XX. 70% d'amitié

Karin

— Dis-moi Hinata, es-tu convaincue ?

Hinata se fit un plaisir de répondre.

— Pas du tout, j'ai plutôt l'impression que c'est un piège.

Suigestu leva les yeux au ciel devant tant de mauvaise foi. Il leur avait proposé de déjeuner en ville mais elles étaient mécontentes d'apprendre que le food truck en question n'avait que des tables en extérieur. Le mois de décembre livrait un froid venteux qui avait tout pour déplaire. Ils n'eurent pas à faire beaucoup de queue étant arrivés avant le rush et purent donc s'installer sur les chaises métalliques glacées.

— Viens, on le déteste, proposa Karin après avoir senti cette froideur déchirante sur son postérieur.

— Chochotte ! Mange au lieu de te plaindre.

Les burritos qu'ils avaient pris étaient parfaits pour les réchauffer et il fallait reconnaître que c'était toujours bien de profiter de la lumière du soleil. Ils mangèrent en parlant peu même si Hinata ne manquait pas de vérifier son portable à intervalles réguliers. Quand Suigestu l'interrogea à ce sujet, Karin répondit à sa place :

— Elle est comme ça depuis hier, à attendre un signe de son mamour.

Si elle n'était pas en train de manger, Hinata lui aurait tiré la langue. Mais là, elle n'eut droit qu'à des gros yeux. Ce qui ne manqua pas de la faire pouffer de rire. Elle sentit le regard lourd de Suigestu sur elle et se demanda ce qui lui traversait l'esprit. Mais il se détourna d'elle sans explication :

— Qu'est-ce qu'il s'est passé ?

— Rien, on s'est juste... quitté précipitamment.

Hinata s'empressa de dévorer une autre bouchée de son repas pour qu'on la laisse tranquille et ses amis eurent exactement la même réaction : un haussement d'épaules.

— Et toi, tu as un truc de prévu ?

Cette fois Suigestu s'était tourné vers elle. Il agissait normalement, enfin de ce qui lui paraissait. Il avait déjà fini son burrito contrairement à elles.

— Pas grand chose, j'aimerais passer chez moi récupérer quelques livres qu'il me manque...

— Déménager complètement ?

Karin nota bien l'adverbe, cette critique implicite. Elle savait que pour tous, elle avait un pied dedans, un pied dehors. C'était comme s'ils ne se rendaient pas compte de la valeur immense de son mariage. Maintenant même Hinata attendait sa réponse.

— Non, répondit-elle un peu trop brusquement. Je n'ai pas besoin de déménager, juste de quelques livres.

Son ton était tellement définitif que ses amis se le tinrent pour dit. Leur pause déjeuner se poursuivit sans accroche.

Elle avait aussi profiter de ce moment pour demander par message à Sasuke si elle pouvait passer récupérer des livres dans la journée. Il lui répondit en vingt minutes et elle organisa le reste de son après-midi. Après une courte séance de correction et la relecture de la grille d'évaluation de fin d'année pour préparer ses élèves aux examens, elle partit du collège et se rendit à Odakana.

L'appartement dont elle avait la clef était fermé mais cette fois elle frappa à la porte. Elle n'avait rien à prouver après tout. Elle eut la surprise de voir Sakura et s'avança lentement. Elle n'avait pas dit un mot que la rose s'expliquait :

— Sasuke a eu un empêchement mais il ne voulait pas te faire faux bonds. Tu as besoin d'aide ?

Karin n'avait besoin de rien. Enfin presque, elle avait surtout besoin de ne pas se retrouver face à Sakura. Elle était toujours confuse et gênée des sentiments qui l'avaient assaillis la dernière fois qu'elles s'étaient croisées. Sakura n'était pas méchante mais tout ce qu'elle représentait l'étouffait complètement.

Elles cheminèrent côte à côte jusqu'à la bibliothèque qui accueillait aussi un très grand bureau.

— Félicitations pour ton article, amorça Sakura d'un ton faussement léger. Sasuke me l'a fait lire, c'était courageux de s'exposer ainsi.

Alors il l'avait lue... Il n'en avait rien dit, aucun commentaire. Karin ne savait même pas quoi en penser.

— C'est qu'un papier signé, ça change pas la vie.

Sakura l'observa du coin de l'œil soulignant un intérêt discret.

— Ça change surtout pour mes élèves : leurs parents voient mon nom écrit et font le lien. Mais j'ai pas eu beaucoup de remarques.

— Je comprends pas pourquoi les gens ont besoin de commenter nos vies, soupira Sakura. C'est quelque chose qui m'a rendu tellement furieuse à mon divorce.

Karin ouvrit la petite valise qu'elle avait apportée et sortit son portable où elle avait noté les références désirées.

— Ça s'est calmé avec ton ex ?

Karin se souvenait qu'elle avait eu un divorce excessivement long parce que même si elle avait voulu divorcer à l'amiable, son conjoint de l'époque avait préféré le conflit. Certainement qu'il assumait pas de se faire quitter par une femme qui avait l'audace d'exiger du soutien de sa part.

— Pas vraiment. De toute façon après tout ce qu'il a fait...

Ah ouais, le fameux Hiro avait demandé un divorce pour faute dès que sa femme avait parlé de séparation. Sa raison parlait d'elle-même : la reprise des études de Sakura. Cette dernière avait arrêté ses études de médecine au bout de six ans (pas assez pour obtenir le titre de docteur) pour aider son compagnon financièrement et construire une vie de famille.

Malheureusement ce choix ne l'avait pas satisfaite sur le long terme et plus elle parlait de finir ses études, plus Hiro se montrait condescendant et insupportable. Sakura avait donc pris la décision de le quitter mais avec Sarada entre eux deux, il ne fallait pas faire n'importe quoi.

— Il continue de faire chier ?

— Non, il se contente d'un bon vieux mépris et d'être à moitié là pour Sarada.

Karin lui sourit doucement. Ce n'était pas facile de faire les choses biens.

— Au moins maintenant vous avez Sasuke et Naruto en soutien.

Sakura rougit doucement et étouffa un rire nerveux.

— Tu sais, je suis vraiment désolée de ce qu'il se passe entre vous.

Karin était contente de lui tourner le dos, elle ne voulait pas qu'on voit sa tension. Le terme « désolée » était un ourson dans sa gorge. Elle voulait que personne ne soit désolé pour son mariage : ce serait reconnaître qu'il était fini.

Hinata

Le silence finissait pas l'angoisser. Naruto lui avait à peine répondu, et juste un message. « Je te rappelle. » Sans préciser quand. Alors elle attendait encore quitte à devenir une vraie boule de nerfs.

Ce n'était pas quelque chose dont elle était fière alors elle le cachait. Elle était plutôt douée à ça.

Entre temps, elle s'occupait l'esprit. Elle faisait découvrir le classicisme à ses élèves, elle travaillait toujours d'arrache-pied au Club Ramen et était ravie de s'épandre en débat avec ses collègues.

Kiba lui avait envoyé un texto l'autre jour et puisqu'ils avaient sympathisé à la soirée de Naruto, elle lui avait répondu. Elle avait même passé trois heures au téléphone avec Temari à refaire le monde. Mais ses occupations ne tenaient jamais face à son inquiétude constante.

Ce n'était pas elle qui avait un soucis mais dans un sens c'était pire. Elle se demandait sans cesse si Naruto avait des problèmes, s'il était en danger, si elle pouvait l'aider d'une façon ou d'une autre. C'était encore plus fatiguant que d'être elle-même en situation problématique.

Elle était dans cet état de réflexion quand elle faillit rentrer dans quelqu'un. Elle s'excusa par automatisme et se concentra sur les étalages de livres. Elle cherchait un livre sur l'éducation des enfants il y a trois siècles. Mais il y avait peu de chances qu'elle trouve quoi que ce soit ici, cette librairie devait être trop généraliste.

Hinata leva la tête pour regarder une nouvelle fois les différentes catégories au cas où ce qu'elle cherchait pouvait se trouvait ailleurs. Son regarde s'accrocha sur un homme carré qui avait tout sauf l'air à sa place. Elle reconnut ses cheveux plaqués par le gel et son impatience caractéristique alors qu'il tapait du bout des doigts une table d'exposition. Pendant quelques secondes, il la vit. Son corps réagit en tremblant avec force alors qu'elle se souvenait de ce qu'il lui avait fait.

Chikara Hanzai.

Chikara Hanzai était là.

L'instant ne dura pas car Suigestu requit son attention.

— C'est bon, j'ai acheté ma BD. Tu as trouvé ce que tu voulais ?

Encore dans un état second, Hinata trouva juste les ressources pour secouer la tête. Elle le suivit mais prit le risque de se tourner une dernière fois pour voir si son cauchemar humain était encore présent. Il n'y avait personne. Peut-être l'avait-elle imaginé ? À cause de son anxiété par exemple. Mais c'était trop gros. Jamais elle n'aurait pu imaginer croiser cet homme.

C'était lui qui l'avait agressé quand elle était adolescente. Le fameux collègue de son père.

À plusieurs reprises, Suigestu se tourna vers elle, remarquant qu'elle n'allait pas bien. C'était d'autant plus étrange qu'elle n'avait pas cette attitude d'absence complète quelques minutes auparavant.

— Tu vas bien ? s'enquit-il alors qu'ils arrivaient au collège.

Hinata secoua la tête, elle sentait les larmes monter alors que le regard intense de son ami lui rappelait étrangement d'anciens face-à-face avec son père. Elle ne savait pas s'il se rendait compte à quel point sa présence pouvait être écrasante pour elle quand elle était plus jeune. Elle n'avait jamais pu lui parler à cœur ouvert, trop obsédée par ce qu'il voulait d'elle, ce qu'il penserait d'elle. Et c'était ça qu'elle ressentait devant Suigestu.

L'incapacité d'exprimer son angoisse sans aggraver sa situation.

— Ok, respire tranquillement ça ira.

Elle sentit les mains de son collègue venir se poser sur ses épaules. Elle sourit doucement. C'était une des rares fois où il était tactile avec elle ; quelque chose qu'il évitait depuis qu'elle lui avait confié son malaise. C'était une super attention de sa part et ce moment lui permit de retrouver ses esprits. Que Hanzai ait été présent ou non, cela n'avait aucune sorte d'importance. Elle avait une vie bien remplie et ses élèves l'attendaient, elle ne devait pas avoir peur.

— D'accord merci.

Elle sentait l'air affluer et se sentit un peu plus légère. L'anxiété n'avait pas disparu mais elle se sentait capable de faire face à ses élèves.

— Tu finis à quelle heure ? Si tu veux je peux t'accompagner sur le chemin du retour, proposa-t-il en chemin vers sa classe.

Hinata accepta avec soulagement. La peur s'était réveillée et elle savait qu'elle aurait dû mal à se détendre aujourd'hui. Cette vision avait invité son cauchemar d'antan dans son présent. Maintenant elle se sentait comme une imposteuse.

Elle eut beaucoup de mal à assurer son cours de musique. Elle était même trop stressée pour jouer pour les enfants alors qu'ils adoraient ça. Elle fut heureuse d'entendre la cloche sonner et se demanda si elle parviendrait à travailler cette après-midi. Comme il lui avait dit, Suigestu l'attendait dans le couloir. C'était vraiment gentil de sa part.

Ils partirent ensemble. À l'angle d'une rue, ils croisèrent Chikara Hanzai. Ce dernier lui offrit un sourire ravi sans aucun complexe. Hinata écarquilla les yeux, il était là, il lui parlait ! Elle se rapprocha un peu plus de Suigestu allant jusqu'à attraper sa main. L'idée qu'ils puissent avoir l'air d'un couple ne lui traversa même pas l'esprit. Elle entendait son ami meubler la conversation, elle observait la scène complètement absente.

— On va y aller nous, on est attendu, coupa Suigestu quand il s'aperçut que l'homme en face ne lâchait pas l'affaire, ayant même entrepris de poser des questions sur Hinata puis de l'inviter à déjeuner aujourd'hui ou un autre jour. À plus mec.

Suigestu la tira littéralement pour qu'elle avance. Il avança plus vite et passa par plusieurs détours plutôt que d'aller directement à son appartement.

— Il nous suit ? s'inquiéta-t-elle subitement en regardant autour d'elle.

— Non, je voulais juste m'en assurer. C'est qui ce type ?

— Un collègue de mon père, je ne l'avais pas vu depuis des années.

Le trajet dans l'ascenseur fut silencieux et elle mit une minute de trop à ouvrir sa porte d'entrée. Hinata fut surprise de ne pas se sentir immédiatement mieux, c'était pourtant un lieu chaleureux, apaisant, où elle n'avait rien vécu de traumatisant. Pourquoi ne se sentait-elle pas en sécurité ? Elle jeta un regard angoissé aux alentours, elle ne savait même pas quoi faire. C'était l'heure de manger, peut-être qu'il faudrait qu'elle s'occupe de ça ?

Suigestu n'était pas parti, certainement qu'il ne voulait pas la laisser seule au moment où elle agissait comme une folle. Il la fit s'asseoir à table et lui préparer une tasse de chocolat chaud malgré l'horaire. Quand elle trempa ses lèvres, Hinata fut surprise par le mélange d'épices et la douceur chaleureuse de sa boisson. Elle inspira lentement profitant de l'odeur qui se dégageait.

— Je suis désolée, souffla la jeune professeur la tête basse. Tu peux partir, tu dois avoir des choses à faire...

— Je reste avec toi, dis moi si tu as besoin de quoi que ce soit.

Karin

Karin fronça les sourcils en lisant le message que Suigestu venait de lui envoyer :

« Urgence Hinata à ton appart. »

Rien n'avait de sens mais ça suffisait pour l'inquiéter. Elle espérait que son amie n'avait pas fait n'importe quoi concernant Naruto. En même temps, elle ne voyait même pas ce que Hinata aurait pu faire de fou. Karin quitta précipitamment Tenten et abandonna son déjeuner en même temps. Elle reprit son vélo pour rentrer chez elle.

Quand elle entra, elle vit Hinata et Suigestu se faire face autour de la table dans une semi-pénombre. Les volets avaient été fermés. Elle s'empressa de rejoindre Hinata et passa un bras autour de ses épaules. Suigestu choisit ce moment pour y aller. Il embrassa Hinata sur la tempe avant de la quitter. Karin le raccompagnait jusqu'à la porte, elle espérait qu'il lui donnerait un peu plus de détails sur la situation.

— J'en sais rien. Je la raccompagnais et on a croisé un collègue de son père et elle est devenu léthargique et paniquée. Elle t'a parlé d'un truc ?

Oui, l'histoire lui disait quelque chose.

— Je crois, merci mec.

— Envoie un texto si t'as besoin d'un truc.

Karin revint aux côtés de sa colocataire. En apparence, c'était toujours la Hinata qu'elle connaissait, assise bien droite, le regard au loin. Mais son assurance s'était envolée, ses doigts étaient crispés autour de sa tasse vide, sa lèvre inférieure tremblait de temps en temps.

La littéraire dégagea le visage de son amie.

— Qu'est-ce qu'il se passe dans ta tête ma belle ?

— Il était là, murmura difficilement Hinata. Il voulait m'inviter à déjeuner.

Elle serra encore plus fort la tasse et ses doigts rougirent sous la pression nouvelle.

— Il ne peut pas t'atteindre, lui rappela Karin. Je suis avec toi, de ton côté toujours.

Cette fois, la Hyuga se tourna vers elle. Elle finit par tomber dans ses bras, s'accrochant à son dos.

Karin eut du mal à convaincre Hinata de ne pas aller travailler l'après-midi même. Elle avait besoin d'un temps mort. Elle prévint Choji et Karin lui fit un plat qu'elle aimait.

Malheureusement, dès qu'elle eut manger, Hinata commença à s'intéresser à son portable. Karin aurait compris qu'elle contacte Naruto, c'était son petit-copain et elle était en situation de crise. Mais elle se contentait d'observer l'appareil.

— Tu veux être seule pour appeler Naruto ? proposa gentiment son amie.

— Non... Il est occupé là.

— Qu'est-ce que tu en sais ?

— Il... Il s'est passé... quelque chose.

Karin fronça les sourcils, ce n'était pas son genre d'être aussi flou. Même quand elle parlait de sujets difficiles.

— Tu veux pas en parler ?

— Si !

C'était un vrai cri du cœur pour le coup.

— Mais je veux pas te blesser, termina Hinata avec gêne.

— Ce qui est blessant c'est d'être mise à l'écart. Donc lâche ta bombe copine.

Hinata sourit en entendant ce surnom amical si incongru. Et elle commença à raconter ce qu'il s'était passé deux jours auparavant.

Naruto et Hinata s'étaient réveillé vers quatre heures du matin morts de faim. Ils s'étaient levé pour cuisiner et grignoter. Moins de deux heures plus tard Naruto recevait un coup de fil d'Orochimaru sur son portable personnel.

— Qu'est-ce qu'il a dit ?

— Je ne sais pas. Naruto s'est agité en le reconnaissant, il a fait quelque chose pour enregistrer la conversation et il a appelé Shikamaru ensuite. Le ton est monté mais Naruto ne m'a donné aucune piste. Il était juste furieux et tendu et on s'est dit au revoir peu après.

Karin était sous le choc. Évidemment qu'Orochimaru ne se laisserait pas faire. C'était déjà curieux qu'il ait accepté d'être jugé par un juri populaire alors respecter leur décision... Une vieille brulure acide remontait. Putain de connard.

Elle comprenait même pourquoi Hinata avait tant hésité à se confier même si l'inquiétude la rongeait.

— Écoute, Naruto aura toujours des tas de merdes à gérer, il est Hokage. Donc si tu attends les moments calmes pour lui parler, tu passeras ta vie à attendre. Et si tu as besoin de lui, dis-le-lui. Ce n'est pas quelque chose qu'on peut deviner tu sais.

Karin fut heureuse de voir Hinata hocher lentement la tête avant de saisir son portable et de débuter un appel. Bien sûr elle tomba sur sa messagerie mais elle laissa quelques mots.

— C'est super, la conforta Karin. Viens on va se changer les idées.

Hinata

Et Karin tint parole. Elle faisait tout pour la soutenir et lui changer les idées. Les premiers jours, quand Hinata avait encore peur de sortir et de le croiser, Karin l'accompagnait pour lui montrer qu'il n'y avait rien à craindre. Elle prévoyait de vrais planning d'occupation parfois avec Suigestu ou Tenten et même quelques fois avec Kiba avec qui elle discutait toujours par texto.

Elle n'avait pas invité Temari parce qu'elle ne voulait pas l'ennuyer avec ses drames de couple alors qu'elle se préparait pour l'agrandissement de sa famille. Mais elle pensait souvent à elle depuis leurs retrouvailles.

Naruto ne l'avait pas recontactée et elle se sentait ignorée. Ça faisait des jours ! Combien de temps une « situation de crise » pouvait-elle servir d'excuses ?

En plein milieu de la semaine, Hinata réessaya d'appeler son petit-ami et tomba immédiatement sur la messagerie. Encore. Elle ne s'autorisait qu'un appel par jour pour ne pas avoir l'air d'une folle mais... Elle se sentait folle. C'était comme si Naruto n'allait jamais réapparaître. Comme si elle s'était faite larguer sans le savoir.

C'était une direction de réflexion qu'elle ne voulait surtout pas suivre alors plutôt que de s'avachir dans son lit, elle téléphona à son cousin.

— Tout va bien ? questionna-t-il d'un air concerné.

— Non, pas vraiment. Mais je suppose que Tenten te l'a dit. Tu es au courant de la situation de Naruto ?

— J'ai entendu des rumeurs des cotères comme quoi il préparerait un gros changement. Mais ce sont que des rumeurs. En quoi cela t'affecte ?

Les cotères étaient les représentants des clans auprès du Daimyo. C'était souvent eux qui négociaient les avantages. Hinata commençait à être inquiète de ce que préparait Naruto. Le vote de défiance était dans peu de temps et il pouvait perdre son poste.

— Cela ne m'affecte pas directement, corrigea Hinata. Je n'arrive pas à joindre Naruto et j'aurais aimé... lui parler de Hanzai.

Neji resta un moment silencieux mais elle ne s'inquiéta pas, c'était sa façon de gérer sa colère.

— Qu'est-ce qu'il s'est passé ?

— Trois fois rien, on s'est croisé dans la rue. Il a voulu m'inviter à diner. Mais je n'étais pas seule, précisa-t-elle vivement. Un ami était avec moi et il m'a vraiment soutenue à fond.

Elle n'avait toujours pas remercié dignement Suigestu et ne savait pas comment le faire. C'était un truc en plus qui la désespérait d'elle-même.

— Je suis content que tu es de bons amis, finit par dire Neji. Et je suis content que tu t'en sois aussi bien sortie. J'ai toujours dit que tu étais plus forte que t'en avais l'air.

Hinata rigola, les joues roses, en entendant ses mots.

— Tu n'as pas toujours dit ça, corrigea-t-elle.

— Depuis assez longtemps pour dire toujours.

Elle entendait le fin sourire dans sa voix et se dit que ça lui manquait de ne pas pouvoir passer chez lui quand l'envie lui prenait.

— Mais ça ne change pas la situation. Tu m'as appelé par dépit parce que tu ne parviens pas à joindre Naruto.

Hinata grimaça. Elle ne pouvait rien rétorquer et elle avait peur que Neji lui sorte le fameux « je t'avais prévenu ». Naruto voulait certainement bien faire en se plongeant dans son travail mais se sentir abandonnée ainsi ne la rassurait pas sur leur couple. Et c'était très blessant.

— Je ne sais pas quoi faire, je lui en veux tellement.

— Ta colère me semble raisonnable.

Et curieusement, cette petite phrase la rassura. Elle avait besoin de quelqu'un qui lui dise qu'elle ne se faisait pas une montagne de peu de choses. Qu'elle n'était pas en train de péter un câble pour rien.

— Et je veux plus jamais croiser Hanzai.

— C'est compréhensible. Je vais me renseigner et faire mon possible pour l'éloigner de toi.

— Merci, tu es le meilleur.

Elle n'eut pas besoin de le voir pour savoir qu'il levait les yeux au ciel.

— Disproportionné, commenta-t-il. Que comptes-tu faire concernant Naruto ?

— Je ne sais pas pourquoi ?

— Tu sais que seul ton bien-être m'importe. Je veux m'assurer que tu prennes la décision qui t'apporte la sérénité.

Son cousin était toujours pompeux mais son soucis était sincère et elle l'appréciait à sa juste valeur. Il savait qu'elle avait eu une mauvaise tendance à chercher à contenter son entourage et cela ne lui avait pas fait du bien. Aujourd'hui, elle allait mieux.

Elle avait construit une vie dont elle était fière. Elle avait trouvé du soutien quand elle allait mal. Et finalement le seul élément qui assombrissait le tableau était le fait d'être ignorée par son petit-copain. Ça faisait plus d'une semaine maintenant. Fallait-il qu'elle soit encore patiente ?

Naruto avait son rêve en jeu ; elle savait que c'était important même si elle ne connaissait pas le détail de la situation. Elle n'avait qu'une petite peine de cœur, elle pouvait tenir. Normalement.


Bonjour, désolée pour ce petit retard, j'essaie de poster dimanche mais j'ai juste oublié. J'espère que vous allez bien, encore merci à Snoupiix pour sa précédente review, ça fait plaisir. Je suis toujours contente de vous lire.

À bientôt, Maneeya.