XXI. 25% de décisions

Karin

Karin était presque surprise qu'Hinata tienne aussi bien. Avec l'amour express qu'elle avait connu, elle s'attendait presque à ce qu'elle s'effondre comme un château de cartes. Mais elle tenait bon loin de Naruto et restait forte pour éloigner ses vieux démons. Chapeau.

À côté, Karin se sentait bien moins sereine. Elle avait peur que Sasuke s'éloigne d'elle. Sakura n'était pas la seule à avoir été « désolée » pour son mariage, Tenten et Suigestu avaient rejoins le groupe. Et à chaque fois, cela avait ravivé une inquiétude vivace en même temps qu'une vague de culpabilisation.

Si son mariage avait été un échec c'est qu'ils avaient dû merder quelque part.

Hinara apparut d'un coup et sortit sa pâtisserie du four.

— Tu as un truc de prévu ? demanda Karin en la voyant se servir un verre d'eau.

— Juste mon travail. J'ai cours à dix heures et demi.

Plutôt que repartir en direction de la salle de bain pour se préparer, Hinata vint s'installer dans le canapé à ses côtés.

— J'aurais aimé que tu me donnes ton avis, commença la brune. Je sais pas comment m'en sortir avec Naruto...

Karin leva les mains pour se dédouaner directement.

— Pas ça meuf. J'ai aucune compétence, fais comme tu le sens.

À côté Hinata leva les yeux au ciel :

— Personne n'est compétent dans le domaine. J'aimerais juste profiter de ton expérience.

Karin hésita longuement avant de parler. Elle ne voulait pas aller trop vite ou se projeter, mais parler de son expérience personnelle, ça pouvait le faire.

— J'ai jamais pu gagner, révéla-t-elle. Les types comme Sasuke et Naruto veulent faire les choses bien mais ils ont leur objectif en haut de la liste et ça reste comme ça. Vu qu'ils se battent pour ça depuis quinze ans... J'étais toujours au second plan. De mon point de vue à moi, c'est peine perdu. Le but de Sasuke est de redorer son clan, ça lui prendra toute sa vie et c'est même pas sûr qu'il soit satisfait à la fin. À côté, mes aspirations avaient l'air ridicules, risibles, et même moi je ne parvenais pas à m'enthousiasmer.

Karin ne s'attendait pas à être aussi amère. Il y avait vraiment quelque chose qui l'avait blessé dans ce mariage même si elle adorait Sasuke, même si elle s'était engagé en connaissance de cause. Il y avait eu une part d'elle qu'elle en était venue à mépriser.

— C'est comme ce que tu me disais sur pourquoi tu n'as pas monté d'agence immobilière, comprit Hinata.

La rousse hocha la tête. Oui, il y avait une part d'elle qui avait fini bâillonnée quelque part. Elle fut surprise quand les douces lèvres de Hinata se déposèrent sur sa joue.

— Merci d'avoir partagé ça avec moi.

— Je me sens coupable de ce qui s'est passé, ajouta alors Karin. J'arrête pas de me dire que j'aurais certainement pu faire quelque chose, à plusieurs moments, pour éviter que tout parte en sucette.

— Est-ce que tu es sûre que tu aurais trouvé un partenaire pour mettre en route ses changements ?

La question de Hyuga semblait innocente mais elle sentait un certain cynisme. Karin était consciente qu'elle n'aurait pas pu changer son couple à elle toute seule. Et elle aurait aimé répondre « oui » avec détachement et certitude. Alors qu'en vérité, il aurait certainement fallu faire en fonction de l'emploi du temps de Sasuke qui n'y aurait vu aucune urgence.

Hinata s'excusa : elle devait aller se préparer pour éviter d'être en retard. Karin se demanda si elle n'avait pas été trop négative dans ses propos. Elle tenait à Hinata et à Naruto, ils faisaient un joli couple dans leurs bons jours. Mais voir Hinata se faire ignorer quand Naruto apparaissait continuellement sur chaque téléviseur pour rappeler d'aller voter samedi prochain... Ça avait de quoi dégoutter.

Karin ne pouvait même pas contacter Suigestu, il avait cours lui aussi. Et cela lui laissait un peu trop de temps pour penser. Elle avait un peu peur pour sa relation avec son amant. Il était accommodant mais est-ce que ça voulait dire qu'il était moins investis qu'elle ? moins amoureux ? À moins qu'il soit très amoureux et qu'il souffre en silence ?

Argh, elle allait mal. Son raisonnement ne tenait pas la route. Suigestu ne ferait rien pour se nuire à soi-même, il n'était pas de ce genre. Et il tenait à elle, elle en était presque certaine. Presque.

Hinata

Hinata avait pris sa décision. Elle avait déjà demandé à Naruto de la rappeler la veille au soir et elle lui laissait douze heures pour. Quand elle arriva au collège, l'horaire était dépassé et elle se sentait débordée par la situation. Elle ne s'attendait pas à ce que ça dégénère ainsi. Elle voulait uniquement que ce moment soit derrière elle mais pour cela, il fallait qu'elle contacte Naruto. Qu'elle lui expose calmement sa décision.

Encore une fois, elle tomba sur le répondeur de Naruto. Elle cligna des yeux, se concentra sur l'objectif. Pas besoin de le blesser, pas besoin de s'épancher.

— Bonjour Naruto, c'est Hinata. Tu dois être bien occupé mais... Je ne souhaite plus être en couple avec toi. Bonne continuation.

Hinata grimaça en raccrochant. Ça avait été horrible à dire, et elle ne se sentait même pas mieux. Elle soupira de soulagement quand elle entendit la sonnerie et sortit son violon pour quelques démonstrations. Ils appréciaient l'entendre jouer et ça leur permettait de faire quelques blind test tout en apprenant les différents courants musicaux.

Elle aimait l'interaction qui lui permettait d'éloigner ses pensées de Naruto et la rupture qu'elle venait de provoquer. Peut-être aurait-elle dû attendre plus longtemps ? Elle n'avait jamais réussi à être sûr d'une période à partir de laquelle ce serait correct de rompre par téléphone. Elle se détestait tellement. Mais elle n'avait pas eu d'autres idées : camper devant son appartement ? passer par Sasuke ? se pointer à son lieu de travail ?

Dès qu'elle eut fini de donner son cours, elle se rendit à l'ICSH pour manger avant de faire son travail. Elle était en pause sur son projet principal cette semaine pour s'aérer l'esprit et permettre à ses collègues de corriger son étude. Pour l'instant, elle était donc plonger dans un rapport sociologique sur l'urbanisme et les classes sociales. Elle passait son temps à vérifier les chiffres selon les annexes et la rationalité des argumentaires. Sa collègue Shiho s'occupait de refaire toutes les analyses statistiques pour voir si elle retrouvait bien leurs résultats.

Ça l'occupa une bonne partie de l'après-midi. Quand ses heures furent effectuées, elle avait le choix entre rentrer chez elle se morfondre ou poursuivre le déni. Elle choisit la deuxième option. Elle avait peur de se retrouver chez elle, célibataire et triste. Elle contacta donc Kiba qui fut d'accord pour aller au cinéma avec elle. Elle appréciait toujours autant le puériculteur – elle doutait que ce soit le bon mot. Il était très gentil et son caractère enjouée et bavard parvenait à ne pas être écrasant. Il eut même la gentillesse de faire un détour pour la raccompagner jusqu'en bas de son immeuble.

Elle mangea seule, Karin voyait Suigestu ce soir et partit se coucher. Elle resta longtemps allongée là à regarder le plafond. Naruto ne l'avait pas recontactée, elle ne savait même pas s'il avait eu son message. Elle n'avait eu aucun retour. Malheureusement, ce sentiment de solitude et d'isolement n'était pas nouveau. Elle avait appris qu'on ne pouvait pas s'étouffer avec.

Karin

Les neveux de Suigestu n'étaient pas restés longtemps. Le temps de leur vacances avant de repartir pour Kiri. L'appartement était bien calme désormais et Karin se sentait de nouveau libre de se balader en culotte dans l'immense appartement.

Elle s'était exposée dans l'espoir que Suigestu n'y soit pas indifférent et ça avait marché. Lui non plus ne devait pas être fan des petits coups rapides et silencieux dont ils avaient dû se contenter. Ses grognements lui manquaient.

Il était en train de lui enlever sa chemise lorsqu'elle lui murmura à l'oreille :

— J'ai une idée pour ta corde.

Sa tête se releva aussitôt cherchant dans ses yeux le signe qu'elle parlait bien de ce à quoi il pensait. Il le trouva. Il la tira jusqu'à sa chambre avec précipitation et enleva directement le reste de ses vêtements.

— Montre-moi ça meuf.

Karin saisit l'accessoire dans la penderie et lui indiqua comment se positionner : à genoux, penché vers l'arrière. Elle lui demanda son mot d'arrêt en même temps qu'elle l'accrochait, cette fois il choisit « balance ».

— Je suis quelqu'un ou quelque chose de particulier ? questionna Suigestu en voyant qu'elle ne se contentait pas de le ligoter.

— Mon cheval.

Karin faisait des rênes pour se tenir à lui et elle garda un pan de corde sui servirait de cravache. Quand elle eut fini elle vérifia son travail et lui demanda s'il voulait changer de position.

— Je suis bien. « Maitresse » sera le mot pour plus.

Ses joues rougirent en même temps qu'elle sentait ses mains s'échauffer. Elle était complètement ravie de la confiance qu'il lui accordait et excitée des moments qu'ils passaient ensemble même si son appréhension n'avait pas disparu. Elle avait peur d'avoir un geste qui briserait l'équilibre.

C'était à elle de se mettre à nu et Suigestu ne la quittait pas des yeux. Il savait l'effet que ça lui faisait et selon ses termes ne se lassait jamais du spectacle.

Elle s'approcha lentement et prit sur elle pour ne pas prêter attention à son érection brulante. Enfin elle dut quand même le faire pour lui mettre le préservatif. Elle joua avec ses cheveux, flatta sa joue, caressa son dos avant de finalement le monter avec précaution. Karin ne lâcha les rênes que d'une main pour l'enfiler avec délectation.

Elle prit appui sur ses pieds pour ne pas écraser Suigestu et commença à se déhancher doucement. Les rênes étaient fixés au niveau du torse et les tirer resserraient l'attache de son partenaire. Elle ne voulait pas le faire trop tôt - pour vérifier qu'il était à l'aise - mais sa tête en arrière exposant sa gorge et les petits souffles retenus qui sortaient de ses lèvres la convinrent de tenter.

Sa tête se redressa alors que ses muscles se tendaient par réflexe. Un grognement épais lui échappa, son regard coléreux la transperçait. Mais c'était elle qui avait le contrôle, elle qui chevauchait, elle qui décidait de ce qu'il deviendrait. Elle attrapa ce qui lui servait de cravache et fouetta ses fesses.

— Tout doux, exigea-t-elle devant son grognement vif.

Elle était incapable de faire des phrases plus longues tant son souffle était court désormais. Elle maintint son rythme de chevauchée autant qu'elle put, elle dut bien s'accrocher aux rênes pour cela, elle entendit Suigestu grogner avec hargne, elle sentit son corps s'embraser.

— Méchante... maitresse.

Le souffle de son partenaire était encore plus court que le sien. Elle sourit en reconnaissant le mot code et administra de nouveaux coups de cravache. Elle se tint à lui, elle sentait qu'elle commençait à manquer d'énergie mais ce moment était trop bon.

Le pouvoir, la décision, la position, tout l'excitait. Les muscles bandés de Suigestu, ses regards pleins de rage, et ses grognements qui résonnaient dans son corps. Elle ne pouvait pas tenir davantage.

Ses derniers déhanchés puisèrent dans ses dernières forces pour atteindre une amplitude qui la faisait frémir à chaque fois. Elle s'accrocha fermement aux épaules de son homme sachant qu'elle lui aurait vraiment fait mal avec les rênes. Et continua ses coups de cravache autant que possible.

Quand elle fut à bout de force, elle se retira lentement, elle ne savait pas si ça avait été assez intense pour que Suigestu finisse mais pour sa part, elle avait les jambes en coton. Elle lui retira la capote remplie qu'elle ferma et jeta. Elle revint à lui pour le libérer doucement.

Elle ne pouvait pas s'empêcher d'embrasser chaque parcelle de sa peau. Dès qu'il put, il l'entoura de ses bras chauds et quelque peu marqués.

— Tu vas bien ? murmura-t-elle.

— Super meuf. J'ai une de ces dalles...

Ils se relevèrent doucement et partirent dans la cuisine. Ils eurent tous les deux le geste de s'étirer en chemin.

— T'es sûre que tu veux pas rester cette nuit ?

Suigestu s'était mis aux fourneaux et sa copine se contentait de le regarder faire dans un état presque comateux.

— Sûre, je veux pas que Hinata se sente seule, surtout en ce moment.

— Naruto n'a pas donné de nouvelles ?

— Non. Je crois qu'elle envisage de se séparer de lui.

— C'est peut-être pour le mieux.

Karin frémit en entendant cette phrase. Une petite phrase anodine qui lui faisait un peu trop de mal. Elle était mécontente que ces deux-là se séparent alors que ça ne faisait que quelques mois, ce n'était pas si grave.

Mais si c'était Suigestu et elle... Elle repoussa cette idée. Elle était angoissante, pas appropriée avec son envie de passer une bonne soirée. Si Suigestu voulait la larguer, il l'aurait déjà fait. Il n'était pas du genre à retarder l'inévitable. Et s'il se mettait à penser que c'était « pour le mieux » ?

Son angoisse s'éclipsa dès elle eut le temps d'accaparer son amoureux. Ils dinèrent dans les bruits de couvert et de discussion puis Karin prit congé. Ils échangèrent un baiser sucré sur le pas de la porte.

— Envoie un message quand t'es chez toi.

Karin mit très peu de temps à arriver et prévint Suigestu par message. Elle se sentait légère et ne tarda pas à s'endormir dans le silencieux appartement.

Elle fut réveiller plusieurs heures plus tard par des bruits forts. Quelqu'un tambourinait contre leur porte d'entrée. Son portable n'indiquait aucun message ou appel manqué. Elle sortit de son lit et vit Hinata tétanisée dans le couloir.

Naruto était en train de gueuler dans le couloir de leur immeuble.

— Qu'est-ce qu'il se passe ?

Il y avait quelque chose d'anormal. Si Hinata l'avait invité pourquoi restait-elle pétrifiée ?

— J'ai rompu, bégaya Hinata. Je te promets, je ne lui ai pas dit de venir...

— Reste ici, décida Karin.

Elle s'élança vers la pièce principale et ouvrit d'un coup la porte d'entrée.

— Ta gueule ! siffla-t-elle avec colère.

Naruto n'était pas dans son état normal. Il portait une chemise chiffonnée et avait assez bu pour que cela se remarque à l'odeur. Son regard était lourd et fixe et il tenta d'enter.

— Tu n'es pas invité, tu ne rentres pas. Retourne chez toi.

— Je viens voir Hinata, répliqua-t-il la voix pâteuse. Laisse-moi la voir, je sais qu'elle est là. Hinata !

Karin se força à ne pas crier, elle n'avait pas envie d'être détestée par les voisins. Mais elle ne savait même pas comment faire pour avoir son attention. Il ne la regardait pas elle mais derrière elle, sûrement au cas où Hinata apparaitrait. Karin espérait qu'elle reste bien à l'abri.

— Je comprends que tu ais envie de voir Hinata, commença-t-elle pour l'apaiser. Tu as eu une dure journée ?

Cette fois elle avait réussi à l'intéresser suffisamment pour qu'il la regarde. Il hocha la tête avec mollesse et elle faillit ployer sous son poids quand il s'appuya sur son épaule.

Karin saisit son manteau et les bottes qu'elle avait abandonnées en entrant. Elle poussa son cousin dans le couloir. Mais en voyant qu'elle le mettait à la porte, il se remit à crier :

— Je veux voir Hinata ! Tu peux pas m'en empêcher, dégage ! Hinata viens me parler si tu l'oses !

Karin détestait officiellement les mecs bourrés. Elle envoya un texto à Sasuke pour lui dire de venir récupérer Naruto et accompagna ce dernier jusque devant l'immeuble. Il était toujours bougon et il l'insulta quand elle refusa qu'il voit Hinata dans cet état.

Quand Sasuke prit le relais elle était soulagée et épuisée et transie de froid. Elle remonta rapidement pour retrouver Hinata en boule dans le couloir.

Hinata

Quand son réveil sonna, Hinata grimaça. Elle était morte de fatigue. La nuit avait été longue et son sommeil tout sauf réparateur. Le peu de cours qu'elle devait assurer aujourd'hui lui paraissait énorme.

Quand elle se leva et rejoignit la salle principale, elle découvrit Karin déjà levée qui lui avait préparé le petit-déjeuner.

— C'est adorable mais je n'ai pas très faim. Vraiment désolée.

— Ne t'excuses pas, mange ce que tu veux.

Elles mangèrent en silence. Karin l'avait veillée patiemment toute la nuit, subissant ses crises de larmes et ses sanglots incompréhensibles. Elle avait un peu honte maintenant de s'être laissée aller ainsi.

— Je vais aller voir Naruto, mettre les choses au clair.

Karin hocha la tête sans faire de commentaires.

— Tu veux que je t'accompagne ?

— Non, c'est gentil.

Hinata ne savait pas vraiment ce qui allait se passer, ça l'inquiétait même, mais elle se sentait assez sereine pour l'affronter seule. Après tout, elle n'avait pas regretté sa décision, simplement sa manière de l'annoncer.

Les bureaux du Hokage se situaient dans le vieux centre. Le bâtiment n'était pas imposant mais finement travaillé. Hinata savait que c'était un ancien monastère réhabilité, cohabitaient les imposantes pierres lisses avec les vitres modernes et le parquet refait à neuf. Elle monta au premier étage.

Une grande salle ouverte composée de plusieurs bureaux et de larges téléviseurs l'accueillit. Ainsi que plusieurs regards curieux, personne n'était supposé venir ici sans motif. Avisant Shikamaru, Sasuke et Sai qui discutaient dans un coin, Hinata les approcha et les salua.

— Naruto est-il présent ?

— Occupé, prévint Shikamaru.

— Il est dans son bureau, celui du milieu, l'informa Sasuke.

Hinata le remercia d'un hochement de tête et s'éclipsa, elle ne voulait pas s'éterniser ici. L'ambiance était calme dans la pièce mais elle sentait une certaine tension malgré tout. L'approche du vote de défiance ne devait pas aider.

Elle frappa à la porte et reconnut la voix de Naruto qui l'invitait à entrer. Elle ouvrit la porte et se glissa dans la pièce. Son cœur battait fort et elle avait envie de fuir. Mais elle s'assit sur le fauteuil d'invité et fit face à Naruto.

Il était toujours aussi beau, aussi... lumineux. Une petite voix lui disait de s'excuser et de reprendre comme avant. Elle se crispa sur sa chaise alors qu'il rectifiait sa position. Il était aussi nerveux qu'elle et ça la satisfaisait, au moins un peu.

— Bonjour, je ne t'attendais pas.

— Je t'ai laissé un message ce matin, précisa Hinata qui ne voulait pas avoir l'air de s'incruster.

Il joua avec son stylo et quand son téléphone sonna, il redirigea directement l'appel.

— Je voulais m'excuser de la scène que je t'ai faite.

Le silence s'étira, Hinata avait été reprise des millions de fois sur ces formules qui sous-entendaient des excuses sans le dire vraiment. Naruto dut le comprendre car il reprit la parole après une nouvelle redirection d'appel :

— Je te présente mes excuses pour... le réveil, l'insolence et le boucan.

— Excuses acceptées. Puisque tu voulais me parler hier, je suis venue.

Naruto se frotta les yeux avec fatigue. Ce n'était pas étonnant, il avait débarqué à trois heures de matin chez elles et avait certainement dû commencer tôt.

— Tu... Je m'en veux d'avoir négligé notre relation parce que tu comptes pour moi. Je suppose que ta décision est prise ?

Hinata pinça les lèvres ; c'était le moment pour faire marche arrière et annuler ce triste message. Mais elle voulait maintenir sa décision pour ne pas être plongé de nouveau dans l'incertitude, l'attente et cette vieille sensation de mépris qui lui clouait le bec.

— Oui. Je ne peux pas m'adapter à ton travail, c'est trop gros, ça me rend pas heureuse.

Les heures d'attente, l'inquiétude, l'anxiété, rien n'était très loin. Mais Hinata n'était pas du genre à s'épancher. De toute façon, elle voulait que Naruto la comprenne rien de plus. En le voyant hocher la tête, rediriger un autre appel, elle eut l'impression que ça fonctionnait.

— Je suis désolé pour ça aussi.

Elle lui trouvait un air abattu et elle savait que ce n'était pas juste le fait de leur relation qui prenait fin. Quelque chose n'allait pas. Elle repensait à ce coup de téléphone, aux différents actes d'Orochimaru, la peur l'assaillit. Elle ne savait même pas si elle voulait connaître la situation.

— Est-ce que ça va ? ne put-elle s'empêcher de demander.

— Au boulot ? Ça va aller, c'est juste une mauvaise période.

Hinata se demanda un moment comment un garçon comme lui, aussi optimiste, gentil et souriant, pouvait faire ce métier qui ressemblait à un enchainement de contrariétés. Peut-être, vu comment ses amis faisaient corps autour de lui, qu'il ne voulait laisser tomber personne.

Elle n'avait pas la réponse, aucun réconfort à proposer, elle se contenta de hocher lentement la tête. À dire vrai, elle ne voulait pas partir. Elle avait tellement peur de franchir la porte et de mettre un point final à leur histoire.

Il fallait retarder ce moment à tout prix mais comment ? Elle n'avait plus de réponse à attendre de sa part ni même de choses à lui dire. Elle restait devant lui à observer ses cheveux qui commençaient à tomber tendrement sur son front. Elle pensait même à les caresser.

Le téléphone sonna encore, il redirigea l'appel. Il y avait beaucoup de personnes qui comptaient sur Naruto, elle ne pouvait pas se l'approprier ainsi. Elle se leva alors, remit son sac à dos. Naruto vint lui ouvrir la porte.

— Ça m'a fait plaisir de te voir. Et tu as raison d'être exigeante.

Son sourire fut aussi fin que triste. Avoir raison ne la rendait pas heureuse en ce moment. Elle savait même pas quoi dire comme dernier mot.

— Ayez du bol, cita-t-elle d'un vieux slogan en signe de soutien.

Elle disparut aussi vite que possible, le regard fixé sur la sortie pour ne pas prendre le risque de croiser qui que ce soit. Ou d'entendre une conversation à demi-mot.

Ça y est, c'était fini.

Elle avait envie de s'asseoir dans les escaliers pour pleurer tout son saoul. Mais elle se retint de peur d'être vue ainsi. Elle se trouvait au pied de l'escalier quand elle vit Hanzai au loin. Elle avait comme un radar maintenant qui l'informait de sa présence assez tôt pour qu'elle puisse s'en cacher. C'était sa seule défense à l'époque.

Elle se recula dans le couloir pour ne pas être vu et jeta un nouveau regard. Il n'était pas seul mais accompagné d'une collégienne. Cette dernière était crispé sur sa chaise, il était accroupi devant elle les mains sur ses genoux.

Peut-être qu'il ne se passait rien. Peut-être qu'il profitait qu'elle soit en jupe. Peut-être que c'était juste elle qui appliquait à d'autres ce qu'elle avait vécu.

Elle aurait tellement aimé pouvoir aller le confronter mais c'était au dessus de ses forces. Il allait l'observer avec assurance et impunité et elle se sentirait de nouveau insignifiante. Elle n'avait pas la force nécessaire pour le combattre seule. Par contre, elle savait qui pourrait l'aider.


Bonjour, je suis désolée de poster aussi tard j'ai juste bêtement oublié. J'espère que ce chapitre vous aura plus, encore merci à ceux qui sont encore là. Si vous avez envie de laisser un mot, je vous lierai avec plaisir.

À bientôt Maneeya.