XXII. 7% de brutalité

Karin

Ne travaillant pas aujourd'hui, Karin avait tout le loisir de penser à Hinata et de s'inquiéter pour elle. Elle pensait que la rupture était une bonne décision mais ça ne la rendait pas moins douloureuse.

Après s'être occupée du ménage et de la vaisselle, elle passa trente minutes à bouquiner en regardant fréquemment son téléphone. Quand il sonna, elle fut surprise de voir le nom de Tenten s'afficher. Elle répondit.

— Heureusement que tu es là ! Tu es disponible aujourd'hui ?

— Euh oui, qu'est-ce qu'il t'arrive ?

Elle entendait sa voix paniquée et s'inquiétait doucement mais sûrement.

— J'ai besoin de toi. Akito a eu un accident mais c'était l'étalagiste et l'agenceuse de la nouvelle aile du musée Senju. J'ai vraiment besoin de toi pour que la remplacer sinon l'installation va prendre trop de retard. Dis-moi que tu es disponible ?

— Meuf dans quoi tu m'entraines ? Je fais pas ça, moi je décore des appart', grogna Karin devant son débit et la mission qu'elle proposait.

— Te fous pas de moi, j'ai vérifié tes références à l'Open Event. Allez dis-moi oui et épargne-moi des heures de galère.

— Ok, ok... Si ça colle avec mes horaires de prof.

Elle entendit des bruits de papier alors que Tenten se mettait à lui expliquer les horaires où sa présence serait requise.

— Je t'ai envoyé le rapport d'Akito et ses identifiants pro pour les certificats. Je te laisse prendre tes marques, le planning d'installation et les références d'artisans sont en pièces jointes.

— D'accord, je me mets au travail et tu me dois un restau.

Tenten éclata de rire.

— Seulement parce que ça m'arrive d'avoir faim. Bon courage !

Sur ces derniers mots, Karin se leva pour attraper son ordinateur portable. Elle ouvrit les documents en commençant par le planning qu'elle devrait respecter.

Le projet en cours devait servir une collection prêtée par le Pays de l'Eau, une collection de bateaux, d'objets du quotidien, et d'outils d'artisans. L'objectif était de délimiter les espaces selon les sections définies par le musée et de mettre en place les présentoirs et le contexte d'exposition pour protéger, présenter et conserver les objets historiques.

Les idées d'Akito étaient très avancées et elle n'aurait pas grand chose à faire normalement. Karin n'eut donc qu'à se rendre au musée de Konoha pour recevoir les différentes équipes et attribuer les tâches.

Le travail fut plus prenant qu'elle ne l'aurait cru. Elle devait gérer le passage des plans au concret et adorait ça. Ses précédentes expériences lui permettaient de voir clairement ce qui poserait problème, les tâches pouvant être effectuées en même temps et l'ordre dans lequel réaliser les autres.

Elle déjeuna un simple sandwich avant d'appeler Hinata. Elle fut rassurée en entendant son ton calme. Apparemment l'entrevue avec Naruto ne lui avait pas fait trop de mal, elle en parlait calmement. Elle lui dit que c'était pas grave qu'elle ne soit pas présente cet après-midi car elle-même avait prévu de voir son père. L'information était étonnante puisque Hinata ne l'avait jamais évoqué jusque là mais pourquoi pas.

Ceci fait, Karin retourna au travail et l'après-midi passa d'une traite. Quand son travail au musée fut fini, Karin partit rapidement au collège dans l'espoir d'attraper Suigestu à sa sortie. Et il fut ravi de la voir. Il l'embrassa à pleine bouche laissant même une main atteindre ses fesses.

— Chez toi ou chez moi ?

— Chez moi, marre de faire le chemin du retour.

— Je te proposer de rester à chaque fois, opposa Suigestu en montant sur son vélo.

— Mais c'est plus agréable de se réveiller chez soi.

Étant aussi un habitué des retours nocturnes, il ne pouvait pas s'opposer sur ce point précis.

Le soir même, ils s'installèrent dans le lit devant un film d'action. Karin était contente de pouvoir profiter d'un câlin prolongé même si elle n'était pas du genre émotif. C'était un moment calme où elle se sentait bien. Elle se sentait aimée, bien entourée et ça n'avait pas de prix. Elle se souvenait vaguement du jour où elle avait demandé à Suigestu s'il l'aimait. Elle était tellement faite qu'il ne l'avait pas prise au sérieux.

Elle ne doutait plus. Elle n'avait même pas besoin qu'il le dise, elle le savait et c'était tout ce qui comptait.

De son côté, elle ne savait pas ce qu'il pensait d'elle, ni si ses sentiments transparaissaient. Certainement que non, elle manquait clairement des codes sociaux pour communiquer à ce niveau. Elle était en train de penser à une confession, une comme elle en avait lue tant, un moment de vulnérabilité. Mais elle ne savait pas comment si prendre.

Ce serait quelque chose à trouver ; elle ne voulait pas répéter ses erreurs. Elle ne voulait pas que ses gestes ou ses choix soient mal interprétés. Suigestu avait beaucoup d'importance pour elle, elle voulait qu'il le sache. Mieux, elle voulait lui dire.

Karin se sera contre lui et elle sourit quand elle sentit son bras l'enserrer plus fermement. Aussi proches, ses fesses épousaient son entre-jambe chaude. Elle se frotta à lui le faisant doucement grogner. L'idée devait déjà lui trotter dans la tête puisqu'il glissa une main douce dans sa culotte.

Elle se laissa aller contre lui dans un léger soupir. Ses lèvres dans son cou, elle griffa légèrement son avant-bras sans s'en rendre compte. Les doigts qu'elle faisait disparaître lui apportaient de la chaleur et même des vagues de plaisir qui anesthésiaient son cerveau.

— Viens, prends-moi, demanda simplement Karin.

Il rit dans son oreille, ça la fit sourire. Il s'éloigna, pas longtemps, le temps d'abaisser son caleçon. Elle fit pareil avec son sous-vêtement. Ils se retrouvèrent toujours en cuillère et se rejoignirent par leur entrejambe.

C'était un de leurs moments les plus voluptueux, un moment rare, lent, qui demeurait passionnant. Karin se rappela de la fois où ils avaient fait l'amour sur une toile. La poésie l'enveloppait en même temps que Suigestu. Son cœur exalté explosait de félicité.

Hinata

Son père avait accepté de la recevoir l'après-midi même. Elle ne savait pas s'il s'attendait à ce contact ou si elle était simplement bien tombée pour une fois.

Après avoir assuré ses cours et rassuré Karin, elle se mit en route pour le sous-lieu de Noburu. Le clan Hyuga était tellement bien établi qu'il disposait d'un quartier très grand en bordure de la ville et sur lequel il avait pleine autorité. Quand Hinata attacha son vélo sous le long parvis qui délimitait le sous-lieu, elle sentit son ventre se tordre.

Elle avait beaucoup de mauvais souvenirs ici. Mais peu importe. Elle pouvait le faire.

Il suffisait d'avancer jusqu'à l'accueil et de se présenter ; ce qu'elle fit.

— Vous êtes bannie, vous n'êtes pas autorisée à entrer.

— Mon père m'attend, contactez-le.

Tout était une bataille ici, encore. Le parvis était en marbre et en bois, pour asseoir la richesse du clan. De grandes portes opaques empêchaient de voir ce qu'il y avait derrière. Et bien sûr Fukigen l'embêtait encore.

Il prit tout son temps pour passer son appel. Quand les portes s'ouvrirent enfin, Hinata écarquilla les yeux ayant oublié l'architecture dans laquelle elle avait paasé son enfance.

Tout l'espace était délimité, un chemin principal s'enfonçait droit jusqu'au bâtiment principal où avaient lieu réunions et fêtes. L'espace privé était délimité par une haie finement taillée. De petits bâtiments devaient recevoir les invités dans l'espace intermédiaire. C'est là qu'elle fut conduite.

Elle enleva ses chaussures et son manteau et entra dans le salon. Elle fut surprise d'y trouver une théière chaude et sa famille proche. Il était plutôt habituel ici de faire patienter les invités. Hanabi se leva et la serra fortement dans ses bras.

Neji aussi était là. Ce n'était pas ce qu'elle avait imaginé. Elle rougit sans s'en apercevoir et se demanda si elle arriverait à faire ce qu'elle était venue faire.

Son père ne bougea pas mais il lui servit une tasse de thé et s'enquit de son état.

— Je vais bien. J'ai trouvé un travail de recherche en plus de l'enseignement.

— C'est très bien, ce sont des activités qui t'ont toujours plues.

Hinata sourit sans s'en empêcher, elle était contente de son appréciation. C'était un signe qu'il prêtait attention à elle. Il lui parla de nouveaux résultats de leurs recherches et des projets qu'ils avaient. Il savait que ça ne l'intéressait pas beaucoup alors il ne disserta pas sur le sujet.

— Il y a-t-il un sujet dont tu voulais m'entretenir ?

— Oui, des révélations sur ce que j'ai vécu ici.

Hinata n'avait pas envie de revenir ici et de devoir à nouveau trouver la force de témoigner. Elle avait confiance en Neji et en Hanabi. Elle voulait avoir confiance en son père.

— Quand j'étais petite, Grand-père m'a demandé de venir le voir. Et... il a glissé un doigts dans mon vagin.

Ses ongles s'enfonçaient dans ses genoux sous la pression. Elle gardait les yeux fixés sur la théière. Elle ne savait pas quoi dire de plus, elle avait dit l'essentiel ou presque.

— Hanabi, va me chercher du papier et un stylo s'il te plait.

Son père avait parlé, sa sœur fronça les sourcils mais obéit. Quand les yeux d'Hinata retombèrent sur les traits fermés de son père, elle n'y trouva aucun jugement. Il hocha simplement la tête à son encontre, un petit geste qui lui libéra le cœur. C'était son « oui », son « d'accord », son « je t'entends ».

Elle tourna un peu plus la tête vers son cousin, elle voulait partager sa joie avec quelqu'un qui la soutenait. Il était sous le choc.

Elle se souvint alors que c'était leur Grand-père qui avait soutenu Neji quand il avait perdu ses parents. Il l'avait aidé à ne pas perdre pieds, à ne pas culpabiliser de rire, à garder son ambition. Il avait été son roc.

Peut-être que c'était à Neji qu'elle faisait du mal avec cette révélation. Peut-être que c'était un grand mal pour un petit bien. Quand il croisa son regard, un reflet d'elle il le disait toujours, il leva une main rassurante :

— On ne connait jamais assez bien les gens, souffla Neji avec un fin sourire.

— Je suis vraiment désolée, souffla Hinata dans une grimace.

— Personne ne devrait s'excuser de dire la vérité, trancha Hiashi avec son autorité naturelle.

Hanabi revint et posa les deux objets devant son père.

— Tu as eu peur ? questionna-t-elle.

La question avait de quoi faire réfléchir. La peur avait été au centre d'une trop grande partie de sa vie et de ses silences.

— Maintenant ça va. J'ai autre chose à vous dire.

Son entourage resta silencieux, attendant la suite. Gonflée par leurs réactions positives, Hinata poursuivit :

— Chikara Hanzai m'a agressée lorsque j'étais adolescente. De douze à quatorze ans.

Son père commença à noter ce qu'elle disait. Elle prit ça comme une marque de confiance. Elle entendait sa sœur pianoter sur la table, signe qu'elle prenait sur elle pour ne pas l'interrompre.

— Il profitait de son statut d'invité à Noburu et venait dans ma chambre...

Elle n'arriva pas à maintenir le contact visuel avec son père pour terminer sa phrase :

— ... se masturber. Et me toucher à l'occasion.

Le dire à voix haute la ramenait à sa chambre d'enfant, quand elle entendait la porte en bois glisser lentement et que les bruits de la fête cachaient l'affolement de sa respiration. C'était un cauchemar conscient.

— Tu m'en parles aujourd'hui pour l'information ou pour que je prenne des mesures ? questionna son père avec sérieux.

— Des mesures, si c'est possible. Je n'ai pas les ressources ou la force d'aller seule en procès mais je suis inquiète à l'idée de ne pas être la seule à lui avoir servi de victimes.

— Les faits ont eu lieu quand tu étais membre, nota Hanabi avec un détachement tout ce qu'il y a de plus feint. On peut le poursuivre sous la table de respect des hôtes qui protège les enfants, ce sera moins compliqué que si elle porte plainte seule.

Hiashi hocha la tête mais rétorqua sans prêter attention à son aînée :

— Je crains qu'un témoignage soit léger comme preuve.

— Je peux témoigner : Hinata m'avait dit qu'un homme l'effrayait et je l'ai plusieurs fois aidée à s'échapper. De plus c'était quand elle était adolescente donc on pourra se servir de ses journaux intimes comme appui et retrouver les membres du personnel qui auraient pu voir quelque chose d'anormal. Si tu le permets, ajouta-t-il à l'attention de Hinata.

Cette dernière hocha simplement la tête soufflée par la discussion qui se poursuivait presque sans elle.

— Est-ce que tu as du temps ? Je pensais contacter un notaire pour qu'il te fasse un interrogatoire en bonne et due forme histoire que tu n'es plus à t'en soucier.

— Ça me convient. Qu'est-ce qui va se passer après le procès ?

— Tout est en interne, expliqua Hanabi. Donc ce sera dans nos archives mais rien de plus. Si on gagne le procès, il sera reconnu coupable au niveau national et devra une somme d'argent et des heures de psy pour réhabilitation. Sinon, on aura perdu du temps et un partenaire financier. Mais si on perd je fouille dans sa vie voir si tu as raison pour ton inquiétude.

— Tu ne feras pas ça, opposa Hiashi avec rigueur.

Hanabi leva les yeux au ciel et articula pour sa sœur : « je le ferai quand même ».

— Neji, je veux que tu prépares les choses en douceur du côté de l'entreprise Dosum. Je ne veux pas que l'on prenne du retard ni que l'on cède du terrain.

— Je m'en occupe.

Son cousin fit le tour de la table et vint l'embrasser.

— Est-ce que tu te sens bien d'avoir parlé ?

Il la fixait avec intensité. Avant, cela la faisait paniquer au point qu'elle faisait tout pour s'enfuir le plus vite possible. Depuis qu'ils avaient réussi à tisser des liens, Neji la fixait ainsi pour la pousser à dire ce qu'elle avait en tête. En échange, elle savait qu'il ne s'énervait jamais et qu'elle pouvait tout lui dire.

— Je vais bien, vous avez été super, assura Hinata.

Neji lui pressa l'épaule avant de disparaître.

— J'ai contacté Maître Shinrai, il va arriver dans une quinzaine de minutes. Et voici la dérogation pour que l'on ait accès à tes journaux ; dès que tu la signes j'irai fouiller pour monter notre dossier.

Hinata lui rapidement le papier que sa sœur avait rapidement dirigé. Elle reconnaissait là sa sœur vive et décidée. Le droit lui avait vraiment réussi.

Cette dernière vint aussi la serrer longuement dans ses bras. Elle reconnaissait l'odeur sucrée de son savon.

— Je te soutiens à fond, t'es la plus forte.

— Je te retourne le compliment, te tracasse pas avec cette affaire.

— Il va regretter d'avoir une queue quand j'en aurais fini avec lui, lui murmura Hanabi d'une voix hargneuse. Bisous !

Hinata resta ainsi dans la pièce sans savoir quoi dire à son père. Heureusement, il reprit parole :

— Est-ce que tu souhaites que je sois présent pendant l'entretien ?

Elle hésita longuement avant de répondre. Elle devrait être précise, donner des détails sur les évènements et ne se sentait pas de le faire devant son père.

— Je préfère être seule si possible.

— Naturellement. Je suis content que tu sois venue aujourd'hui et que tu es pu m'informer de ces événements. Et peiné que tu n'aies pas pu le faire à l'époque.

À ce moment-là, elle se leva et vint embrasser son père. Elle était peut-être adulte, indépendante, reniée et bannie, ce câlin lui fit du bien. Il la serra contre elle. « Merci. »

Karin

Le lendemain, Karin se sentait apaisée. Elle avait dormi contre Suigestu et bavé tendrement sur son bras. Au matin, ils avaient décidé de faire un vrai petit-déjeuner, un petit-déjeuner copieux et festif pour rebooster le moral de Hinata.

Karin se douta que la nuit lui avait laissé tout le temps de réfléchir et cela pouvait amener à beaucoup d'auto-flagellations ou d'apitoiements.

Quand Hinata arriva en pyjama dans la cuisine, elle les surprit en train de se câliner béatement. Karin s'en aperçut et s'éloigna vivement du scientifique.

— Enfin là ! s'exclama-t-elle en l'accueillant les bras ouverts. Amène-toi, on a tout préparé.

Karin observa le sourire entendu de sa colocataire qui ne manqua pas de demander innocemment :

— Je dérange peut-être ?

Suigestu vint heureusement détourner son attention en parlant des événements que le collège préparait doucement mais sûrement pour les mois à venir. Karin parla du musée dans lequel elle travaillait et elles lancèrent l'idée de travailler ensemble pour présenter cette histoire aux collèges.

Le petit-déjeuner passa très rapidement et Suigestu partit assez tôt. Karin voulut le retenir mais il maintint ses positions :

— Ça fait trop longtemps que j'ai pas vraiment nager. On se voit plus tard.

— Tu as des étoiles dans les yeux ? gloussa Hinata après le départ de Suigestu.

Elle se reçut un croissant dans la tête. Mais les joues légèrement rosies de Karin révélaient tout ce qu'elle n'osait dire. La discussion se poursuivit ; Karin voulait parler de tout sauf de romance ou de mecs. Et elles ne manquaient pas de sujets.

Alors qu'elles commençaient à avoir mal aux fesses à s'obstiner de rester à table pour leur long blabla sans fin, quelqu'un toqua. Elles eurent le même réflexe de se regarder, se questionnant par là-même.

— J'y vais, décida Karin en se levant.

En ouvrant, elle découvrit un mec lambda avec une casquette de postier.

— Madame Karin Uzumaki ? J'ai un courrier recommandé pour vous.

Karin dut signer le papier et obtint une grande et lourde enveloppe. Elle fronça les sourcils parce qu'elle ne savait pas ce que c'était. Et ne put résister longtemps à l'envie d'ouvrir.

L'entête avait l'air officielle, cela l'inquiéta. Pourquoi recevrait-elle une quelconque notice officielle ? Elle dut se calmer pour arriver à lire ce papier et déchiffrer « Demande de divorce ».

C'était un vrai seau d'eau froide qu'elle recevait. Ça tombait de nul part. Ses doigts se crispèrent sur le papier alors qu'elle se concentrait davantage. C'était vraiment ça ?

Sasuke ne voulait plus d'elle.

Il la rejetait.

Mais il ne pouvait pas le faire sans son accord, ce n'était pas le plan ! C'était un contrat qui les liait, il fallait être deux pour l'initier et deux pour y mettre fin. Elle laissa donc tomber l'épais contrat au sol.

Il suffisait d'ignorer ce truc. Pas de papier. Pas de divorce. Pas de rejet. C'était de l'ordre du possible.

Hinata avait fait le tour de la table en la voyant bouleversée, elle saisit le dossier au sol et le lit rapidement. Et elle vint lui faire un long câlin.

C'était la première fois que Karin était aussi abattue. La tête baissée cachée au creux de ses bras, les épaules tendues, elle se retenait désespéramment de pleurer.

Ce qu'elle se permit finalement de faire quand elle accepta l'étreinte de Hinata. Elle trouvait toujours pathétique de pleurer seule mais la présence de son amie l'aidait à accepter l'avalanche émotionnelle.

Qu'est-ce qui prenait à Sasuke ? Il la laissait tomber d'un seul coup, pourquoi ? Ils étaient pourtant supposés s'entendre mieux maintenant. Avoir enterré la hache de guerre. Elle voulait juste crier trahison.

Accrochée à Hinata, elle se laissa bercée au creux de son étreinte. Elle entendait ses mots rassurants sans parvenir à les décrypter. Elle avait envie de se replier sur elle-même et de se réveiller tranquillement de se cauchemar.

Sasuke.

Il lui tournait le dos.

C'était tellement douloureux. Tellement incongrus. C'était son partenaire, son coéquipier merde. Il pouvait pas juste l'abandonner aussi facilement, avec un bout de papier. C'était pas le contrat.

Il fallait qu'elle appelle Sasuke.

Hinata

Elle était tombée des nues en voyant la demande de divorce que Karin avait reçue. Elle avait vu que la situation s'était apaisée entre eux deux mais elle ne pensait pas qu'ils franchiraient le pas. Sasuke avait dû penser autrement.

Elle était partie se doucher pour laisser un peu d'intimité à Karin pour son appel. Ça lui brisait le cœur d'entendre sa voix faible et sans assurance. Ce n'était tellement pas elle. Rien que pour la rendre aussi misérable, Hinata se disait que ce serait pas une mauvaise idée qu'ils rompent, qu'elle soit débarrasser de lui.

Mais Karin s'attachait.

Hinata n'avait pas de solutions à lui proposer d'ailleurs. Naruto lui manquait tout le temps. Elle n'avait pas trouvé de vrai moyen de l'éloigner de son esprit.

Quand elle avait son portable en main, elle regardait son contact et trépignait de lui envoyer un message. Quand elle apprenait quelque chose, elle avait hâte de lui en parler. Quand ses pensées galopaient, elle se remémorait les moments qu'ils avaient passé ensemble.

Le moment n'était pas douloureux en soi, mais celui d'après l'était. Car c'était le moment où elle se rendait compte que cette période avait pris fin et qu'elle avait perdu ce qu'il y avait entre Naruto et elle. C'était horrible de se souvenir pourquoi, de se souvenir qu'il l'aimait, qu'il n'avait juste pas le temps pour elle.

Elle n'allait certainement pas dire à Karin d'arrêter de pleurer. C'était exactement ce qu'elle-même voulait faire. Se rouler en boule et attendre que la douleur passe. Est-ce que ça pouvait durer une petite semaine comme une grippe ?

Alors que Hinata patientait dans le couloir, pour attendre que son amie ait fini son appel, elle entendit Katin crier :

— Tu peux pas m'obliger à signer et je ne le ferai jamais !

Un bruit mat suivit et elle sut que Karin avait jeté son téléphone contre le mur. Hinata la rejoignit sur le canapé, les yeux de Karin étaient rougis sous ses lunettes.

— Je te propose qu'on se maintienne très occupée pour éviter de trop réfléchir.

Karin hocha lentement la tête.

— Je dois passer au musée mais ça me prendra que trois heures.

— Je serai à l'ICSH à ce moment. En attendant on va explorer la ville ?

Karin lui sourit doucement, elle avait l'air si abattue. Elles allèrent toutes les deux s'habiller chaudement et sortirent.

Dans leur vie quotidienne, elles exploraient peu la ville donc c'était une bonne occasion. Elles filèrent à vélo se laissant porter par leur envie. C'était la première fois que Karin pouvait montrer à la brune quelques tags de Suigestu parsemés ici et là.

Elles mangèrent des panini chauds dans un parc et poursuivirent leur route. Elle atteignirent la basse-ville et Hinata la convainquit de visiter la crèche de Kiba.

Ce dernier fut ravi de les voir, les enfants furent curieux et accueillants et Kiba voulut les remercier avec des compotes. Hinata comme Karin étaient étonnées de voir plusieurs animaux se balader parmi les enfants.

— Ça les aide pour la socialisation, expliqua Kiba alors qu'ils s'asseyaient dans un coin pour pas gêner les jeux des enfants. En particulier, ils apprennent que tout le monde a envie d'un peu de tranquillité. Mais on fait attention à introduire des animaux sains et pas violents vu que les accidents arrivent vite.

Karin observait l'espace principal avec attention. La salle était faite pour que tout semble jouable aux enfants et pratique aux encadrants.

— C'est vraiment bien fait, les enfants ont l'air au top de leur fun, remarqua Karin qui ne pouvait s'empêcher de sourire.

— C'est un moment calme, à la distribution du goûter ça devient sauvage.

Les deux femmes éclatèrent de rire alors qu'un petit blond fronçait les sourcils comprenant qu'on se moquait d'eux.

— Salut Hana, tu joues à quoi ?

Autant pour elle, c'était une petite fille. Elle tendit le ballon qu'elle portait et montra une autre partie de la salle. Quand son ballon s'échappa, elle se précipita le récupérer et ne leur prêta plus attention.

— Tellement de mépris dans un si petit corps, soupira faussement Kiba.

Elles ne purent rester très longtemps car elles se seraient mises en retard mais elles remercièrent Kiba pour son accueil. Ça leur avait changé les idées et bizarrement voir des enfants jouer, apprendre à marcher, commencer à courir avait quelque chose d'apaisant. Plusieurs leur firent un coucou de la main quand elles partirent.

Karin et Hinata se séparèrent sur le chemin et la brune fut ravie d'atteindre le local de l'ICSH. Elle avait enfin chaud et son âme d'aventurière avait disparu en même temps que ses mollets.

Hinata continua son travail de correction dans le calme, cela lui demandait beaucoup de concentration ; c'était exactement ce qu'il lui fallait. Malheureusement, cela ne resta pas aussi monotone et prenant et Choji demanda à la voir dans son bureau dès qu'il arriva.

La jeune professeure frémit. Elle ne savait pas ce qui allait se passer. Avait-elle fait quelque chose de mal ? Sa période d'essai n'était pas fini, allait-elle déjà être mise à la porte ? Akimichi ferma la porte derrière eux et vint s'installer. Il prit un papier dans son tiroir et expliqua :

— J'ai pensé que tu voudrais un peu de discrétion vu la situation.

Il lui tendit le tabloïd Proxi aux unes pimpantes qui titrait « Qui est la petite-amie du Hokage ? » Son sang se glaça dans ses veines et elle observa la photo de Naruto et elle qui se souriaient tendrement inconscients d'être observés. C'était un cauchemar pas vrai ?

Hinata saisit le journal du bout des doigts et tourna lentement les pages. Jusqu'à trouver la double page qui la présentait. Il y avait tout, son nom, son prénom, son âge, ses professions, la raison de son bannissement. Il y avait même les rumeurs du clan qui couraient à son propos et faisaient d'elle une sorte de croqueuse d'hommes intéressée. C'était un cauchemar pas vrai ?

Elle se laissa tomber sur une chaise mais elle voyait toujours des photos de Naruto et elle, de elle plus jeune, de elle et un ex-petit-copain. Ils avaient farfouillé dans toute sa vie.

— Je comprends que tu sois sous le choc, tu risques de recevoir des appels pour des interview ou des démentis. Mais je te conseille de travailler avec des professionnels si tu veux exercer ton droit de réponse.

— Merci, souffla Hinata d'une petite voix.

Elle retourna à son bureau dans un état second. Il fallait qu'elle rentre chez elle, ce serait le seul endroit où elle se sentirait un minimum en sécurité.

Elle reçut un message de Karin qui lui disait qu'elle s'éternisait un peu au musée et qu'elle ne devait pas l'attendre. Tant mieux, elle se mit directement en route. Mais rester seule chez elle lui laissait trop de temps pour penser alors Hinata choisit d'appeler Temari. Quand tout cela prendrait-il fin ?


Bonjour, je reprends un rythme un peu plus correct. J'espère que ce chapitre vous a plu. N'hésitez pas si vous voulez me faire passer un mot, je vous lierai avec plaisir.

Bonne journée, Maneeya.