XXIII. 11% de choc

Karin

Karin grogna en se réveillant. Ce week-end paraissait sans fin, sans répit. Heureusement que Hinata était là : elle lui avait changé les idées la veille et l'avait courageusement accompagnée pour une soirée alcoolisée. Elle était vraiment cool.

Mais ça ne l'avait pas empêché de passer une sale nuit à se remémorer cette triste discussion téléphonique avec Sasuke et son envie de divorce. Si seulement ce n'était pas réel...

Karin n'avait aucune idée de ce qu'elle pouvait faire pour changer la situation. Et peut-être qu'elle nele pouvait pas. Peut-être qu'elle avait trop fait ce qu'elle voulait et qu'elle en payait le prix.

La logique paraissait implacable mais cela ne suffisait pas à ce qu'elle accepte le tout avec accablement. Sasuke et elle étaient supposés se soutenir l'un l'autre. Qu'il jette tout cela à la poubelle l'hérissait au plus au point. Et la désespérait parce qu'elle n'avait pas réussi à le convaincre.

Elle avait appelé dans le but de mettre les choses à plat. Mais il ne l'avait pas entendue, pas écoutée. Elle avait appelé pour qu'il la rassure, qu'il annule cette demande grotesque. Mais il lui avait dit qu'elle ne voulait plus être son épouse de toute façon, qu'il ne faisait qu'officialiser les choses.

Karin lui avait dit que c'était faux, qu'il était nécessaire à sa vie. Qu'il lui manquait déjà. C'était un peu hypocrite. Il lui manquait parce qu'il était à deux doigts de disparaître. Comme lorsqu'elle l'avait vu si proche de Sakura et sa petite fille. Sasuke avait rétorqué un truc du style : « Va falloir t'y faire. » Et elle avait littéralement explosé.

Elle grimaça à se souvenir, elle n'arrivait même plus à se tenir correctement.

Elle but doucement un gorgée de café et décida de se maintenir occupée comme Hinata l'avait préconisé. Elle était en train de décider qu'elle pourrait préparer les évaluations de ses élèves quand elle reçut un message. Elle frémit mais heureusement il s'agissait de Suigestu : « Amènes-toi. »

Elle lui demanda ce qu'il avait de prévu, pourquoi il débarquait ainsi.

« Il parait que tu as eu une dure journée hier, je vais te remettre d'aplomb. »

La promesse était intéressante et Karin ne tarda pas à se préparer. Le temps qu'elle soit prête à partir, Hinata était courageusement sortie de sa chambre avec de petits yeux et une mine barbouillée.

— L'alcool te va pas au teint, lui fit remarquer Karin d'un ton léger.

— C'est le gin, gémit Hinata. J'ai eu tellement mal au ventre.

Constatant que ses mots pouvaient paraître inquiétants, elle adoucit son effet d'un geste de la main.

— Tu t'en vas ?

— Voir Suigestu, répondit la rousse. À moins que tu ais besoin de soutien ? Je suis sûre que tu peux t'incruster !

Hinata rigola :

— Et tenir la chandelle ? Je suis pas encore masochiste. Amuses-toi pour deux.

Karin vint l'embrasser et disparut. Le froid lui donna une vraie gifle, le vent était plus cinglant que jamais. Elle débarqua chez son amant survoltée.

— Qu'est-ce que tu as prévu ?

Suigestu s'approcha et l'embrassa langoureusement. Karin aurait voulu se laisser aller, profiter, s'abandonner mais elle se sentait mal à l'aise. Elle ne parvenait pas à se débarrasser de son inquiétude ni de son sentiment de culpabilité. Elle s'écarta doucement et observa les alentours en quête d'une activité.

Elle découvrit de grands portants immaculés au milieu du salon, là où ils avaient construit une œuvre et fait l'amour. Son cœur battit plus fort à ce souvenir.

— Tu avais vraiment prévu quelque chose ! s'extasia Karin.

— C'est beaucoup dire mais un peu d'art ça aide toujours. J'ai sorti tout ce que j'ai, ajouta-t-il en montrant la table pleine de divers matériaux et outils.

Karin s'approcha et vis les pinceaux, les bombes, les craies et les crayons. Elle toucha l'aquarelle, les feutres épais, tubes d'acryliques. Suigestu avait sorti le grand jeu. Les toiles blanches appelaient quelque chose, un quelque chose d'eux qui viendrait les changer à jamais. Mais Karin n'y connaissait toujours pas grand chose en arts plastiques.

— Peut-être... Je n'ai jamais été la muse de quelqu'un, avoua Karin d'une voix trop calme pour être spontanée.

— Tu veux poser pour moi ?

L'étonnement se mélangeait à l'incrédulité et Suigestu rougissait. Elle ne savait même pas que c'était possible. Hallucinant. Elle lui sourit alors qu'il peinait à soutenir son regard.

— On est pas obligé si ça te gêne, précisa rapidement Karin surprise par sa réaction.

— Ça me va, rétorqua-t-il vivement. Ça fait longtemps que je n'ai pas fait ça. Tu sais ce qu'il faut faire ?

— Se mettre nu et rester immobile ? proposa Karin.

Ça réussit au moins à lui arracher un petit rire nerveux. Elle ne savait pas vraiment ce qu'il arrivait à son amant, il n'était pas ainsi habituellement. L'idée de la voir nue en pleine lumière était-elle si perturbante ?

— Tu vas t'ennuyer non ?

Il n'avait pas de fauteuil donc il tournait le canapé pour qu'il soit ouvert sur l'espace de travail.

— Je pense que je vais aussi me servir de toi comme muse, expliqua Karin en prenant un cahier et un stylo. Hâte de voir ce que tu vas m'inspirer.

Elle se déshabilla en plein salon sous le regard nerveux du scientifique.

— C'est ton tour, à part si tu préfères qu'on fasse autre chose.

Suigestu se mit à nu et commença à préparer son matériel pour débuter. Karin et lui durent se mettre d'accord sur la position qu'elle adopterait. Ils s'arrêtent sur la position assise, les deux jambes sur l'assise dont une repliée. Le cahier reposait sur celle-ci. Ses cheveux léchaient sa nuque, son dos et un de ses bras.

Suigestu était debout, un crayon à la main, un fusain dans l'autre. Ils travaillèrent en silence pendant une première partie.

— Tu écris sur moi ? questionna Suigesu au bout d'un moment.

— Bien sûr. Je suis un bon modèle ?

— Ça va, c'est pas ce que je fais d'habitude.

Karin sourit, pleins de mots et de thèmes lui venaient et elle se laissait porter par le moment. Parfois c'était des descriptions de lui et de ce qu'elle ressentait pour lui de manière entremêlée. Parfois c'était des idées sur ce qu'il représentait, ce qu'il faisait.

— Pourquoi tu parles si peu de Sasuke alors qu'il est si important pour toi ?

Karin se crispa, elle savait qu'il le voyait. Ils n'avaient plus rien pour se cacher. Comme elle voyait la tension tendre ses doigts et sa pomme d'Adam bouger péniblement.

— Comme toi qui parles peu de ton frère, répondit-elle simplement.

Le silence s'installa de nouveau.

Hinata

Hinata se frotta le front soulagée du silence ambiant. Elle avait vraiment bu avec excès la veille mais elle était tellement déprimée. Elle ne comprenait pas pourquoi sa vie partait à vau-l'eau tout d'un coup. Pourquoi un tabloïd révélait sa relation avec Naruto alors qu'ils s'étaient séparés ? Ça n'avait vraiment aucun sens.

Elle but son café avec application mais cela ne suffit pas à la réveiller. Peut-être qu'elle pouvait s'autoriser à trainer en pyjama toute la journée. Karin n'arrêtait pas de dire que ça lui ferait du bien de ne pas être occupée.

Et ça faisait envie.

Hinata venait d'amener sa couette sur le canapé qu'elle entendit l'interphone sonnait. Quand elle répondit, Sasuke demanda à ce qu'elle déverrouille la porte de l'immeuble ce qu'elle fit. Elle n'eut donc pas d'autre choix que de ramener sa couette et se couvrir un peu avant d'aller ouvrir. Elle reprit un café aussi.

Quand le brun se présenta, elle le servit à son tour par politesse automatique.

— Je ne sais pas quand Karin reviendra, précisa-t-elle. Ni si elle souhaite te voir.

— Ce n'est pas grave, je vais attendre.

Pas grave ? Ce n'était pas l'avis d'Hinata qui ne se voyait pas rester des heures dans ce face à face. Elle n'avait qu'une envie : s'endormir paresseusement et oublier que Naruto ne viendrait pas la réconforter.

— C'est au sujet de la demande de divorce ? poursuit-elle.

Ça ne pouvait être que cela mais Hinata souhaitait tâter le terrain, voir si le brun serait ouvert à la discussion. Elle fut surprise de le voir brièvement se frotter les yeux. Il but une gorgée de café avant de lui répondre :

— Je ne m'attendais pas à cette réaction, c'était tellement violent. Je ne pensais même pas qu'il y aurait litige vu notre dernière conversation...

— Tu es étonné qu'une personne sans famille, sans attache, qui a dû emprunter un nom, s'accroche au bout de papier qui fait de toi sa famille ? Un contrat supposé éternel.

Sasuke plissa les yeux et elle sut qu'elle avait touché juste. Il baissa la tête et Hinata resta silencieuse ne sachant pas quoi faire.

— Dix ans que je la connais et je n'arrive toujours pas à voir au-delà des apparences, souffla-t-il avec dépit.

— Karin est plutôt douée pour se cacher.

Tous les deux échangèrent un sourire entendu.

— Merci pour tes conseils ; j'ai une idée de quoi faire maintenant.

Son ton était décidé et Hinata en eut un peu peur. Elle espérait qu'elle n'avait pas lancé quelque chose qui serait préjudiciable à Karin, elle n'avait pas envie de perdre une amie.

— Tu as une petite mine si je peux me permettre.

Hinata rougit violemment, elle s'attendait à ce qu'il parte, pas qu'il taille une bavette. Elle ne savait même pas quoi répondre. Elle avait dû rompre avec Naruto, était tendue de savoir sa famille en pleine bataille juridique avec Hakai et morte de honte de voir sa vie étalée dans le journal.

— J'ai eu de mauvaises nouvelles, expliqua Hinata. Je suis apparue sur un tabloïd.

Comme Karin, sa première réaction fut de froncer les sourcils.

— Pourquoi ? Tu n'es même pas une personnalité publique.

— J'ai été présentée comme la petite-amie de Naruto avec photo à l'appuie.

— C'est pas croyable, souffla Sasuke d'une voix tendue. Naruto a expressément demandé à ne pas être suivi, je ne comprends pas... Je peux en parler à Naruto, proposa-t-il prudemment.

— Ce n'est pas la peine, il a l'air bien occupé et ce n'est pas à lui de résoudre mes soucis, refusa directement Hinata. Ce n'est pas si grave.

Même si elle était sous le choc et craignait son retour au collège, Hinata se disait que c'était simplement un mauvais moment à passer. Dans quelques semaines, ce serait derrière elle.

— Je suis désolé.

Sasuke avait piqué son attention, elle ne s'attendait pas à ce qu'il s'excuse auprès d'elle. Elle ne savait même pas ce qu'elle était supposée lui pardonner.

— Naruto est en train de se débattre pour moi et même si je suis complètement contre, je ne peux même pas l'en empêcher.

Un mélange de tristesse et de colère s'échappait du brun qui semblait comme abattu. Hinata ne savait pas quoi faire, quoi dire qui pourrait l'apaiser et il ne lui en laissa pas le temps. Il finit son café d'une longue gorgée et se leva.

— Merci de m'avoir reçu, je ne te dérange pas plus longtemps.

Il attrapa vivement son manteau et se tourna vers elle :

— Temari est coincée chez elle, ça lui ferait du bien un peu de compagnie.

En peu de temps, il mit son manteau et partit. Elle eut un peu l'impression qu'il s'était enfui comme s'il s'était senti coupable ou gêné de son moment de faiblesse. Elle ne savait pas.

Elle était trop fatiguée, avec toujours ce petit mal de tête pernicieux, pour réfléchir à tout ça. Et puisque Temari n'avait pas répondu à son appel, elle revint à son programme d'origine : son canapé, sa couette, et sa flemme.

Karin

Son ventre grogna plusieurs fois. Et même quelques fois de concert avec celui de Suigestu. Ils étaient en train de se laisser mourir de faim pour finir leur projet.

— On est pas obligé de finir maintenant, fit remarquer Suigestu.

— Même si on en meurt d'envie.

Suigestu lui sourit de l'autre côté de l'établie et poursuivit son travail. Son regard n'était même pas quémandeur, comme habituellement quand elle était nue. Il analysait l'ensemble, la décryptait, la découpait. Elle avait un peu peur de ce qu'il pouvait y trouver mais Karin savait qu'elle n'était pas la seule à être vulnérable durant cette séance.

Lui aussi s'était mis nu. Il bougeait plus qu'elle et avait maintenant des traces d'aquarelle sur la joue, les poignets, même les mollets. Ses muscles étaient tendus à voir de travailler debout, de jongler entre le pinceau et les crayons. Quand leurs regards s'accrochaient, Karin ne voulait plus le quitter. Elle voulait que ce soit là que commence l'éternité.

Mais bien entendu, cela ne dura pas. Son portable sonna et elle partit répondre. Ses jambes avaient passé trop de temps dans la même position et Suigestu en profita pour aller boire un verre d'eau et prendre quelque chose à manger. Il lui apporta une part de gâteau qu'elle s'empressa de grignoter tout en écoutant Tenten.

Cette dernière lui proposait des places pour son spectacle de danse le soir même, puisque deux places restaient vacantes et déjà payées. Elle se demanda si elle devait inviter Suigestu ou Hinata ; elle détestait avoir à choisir. Elle remercia Tenten et la salua. Elle expliquait distraitement la proposition à Suigestu en même temps qu'elle vérifiait les notifications de son téléphone.

Elle fronça les sourcils en voyant le nom de « Hinata » sur le site de la Feuille.

— Est-ce que tu as la dernière publication de la Feuille ?

— Nan, j'suis pas abonné. Qu'est-ce qu'il se passe ?

Suigestu venait de remarquer son air effaré et commençait à s'inquiéter à son tour.

— Hinata est dans le quotidien, ils ont révélé des trucs super privés je crois.

— On va choper un exemplaire et la mettre au courant.

Ils s'habillèrent en quatrième vitesse et sortir. Bien sûr, maintenant qu'il était midi passés, ils eurent plus de mal à trouver un commerçant ouvert. Ils profitèrent d'un distributeur automatique qui se fichait pas mal qu'on soit dimanche.

Le trajet en vélo l'empêcha de lire l'article mais elle s'y mit dès qu'elle fut dans l'ascenseur. Comme elle l'avait pensé, le célèbre quotidien relatait les agressions qu'elle avait subies adolescentes et la procédure en cours au sein de clan.

Une fois, rentrés, elle trouva dommage de devoir réveiller Hinata pour ses conneries. Mais la présence d'un article aussi intime dans un grand tirage allait vraiment affecter sa vie, il fallait qu'elle le lui annonce le plus vite possible. Hinata mit du temps à s'éveiller pleinement et à comprendre ce que le couple faisait là.

— Mauvaise nouvelle, tu es dans le journal de Konoha.

Hinata blanchit subitement et s'attela à la lecture de son futur cauchemar. Elle se mordit le bout des doigts avant de se rendre compte de son geste et de s'immobiliser.

— Je sais pas quoi faire, croassa-t-elle en se tournant vers Karin qui était restée à ses côtés.

Karin grimaça et eut pour seule réponse un long câlin. Elle ne savait pas comment gérer la situation, quoi faire pour que les gens oublient, si c'était possible de revenir en arrière. Elle ne savait pas.

Quand elle avait raconté son enfance, elle avait été protégée du fait qu'aucune photo n'ait été publiée en même temps. Elle était restée un nom. Elle n'avait même pas fait imprimé « Karin Uzumaki » mais « Karin U. » pour éviter d'être affiliée à l'Hokage. Elle espérait que cela irait pour Hinata.

— Je vais appeler mon cousin, décida-t-elle. Vous ne deviez pas passer la journée ensemble tous les deux ?

Karin haussa les épaules, Suigestu s'était déjà mis aux fourneaux et elle pouvait le comprendre, elle aussi mourrait de faim. Elles n'eurent qu'à s'asseoir et se faire servir. Un simple bouillon de pâtes qui allait bien avec le temps et leur humeur.

— Karin a reçu des places pour un spectacle de danse, annonça Suigestu à la brune. Ça t'intéresse c'est ce soir ?

— Je n'ai pas très envie de voir du monde, refusa Hinata en récupérant les assiettes vides. Allez-y tous les deux.

— Et te laisser t'inquiéter toute seule ? ruminer ?

Karin était loin d'être sereine à l'idée de laisser Hinata seule. Elle n'était pas non plus très encline à la laisser passer la journée ici à tourner en rond et se rappeler ses malheurs récents.

Hinata fit rapidement la vaisselle alors qu'elle-même se demander quoi faire.

— Tu n'as pas un truc que tu aimerais faire ? Un truc qui n'implique aucun inconnu.

— Je sais pas, souffla la brune. Ça m'irait de rester ici à glander.

— Le mot est étrange dans ta bouche, fit remarquer Suigestu toujours aussi à l'aise.

Hinata se retourna en essuyant ses mains. Elle n'avait plus l'air si choquée, juste très fatiguée. Léthargique. C'était la première fois qu'elle la voyait ainsi, à préférer rester seule devant la télé que de faire un projet, une lecture ou n'importe quelle activité qu'elle adorait.

— D'accord, je trouverais une occupation. Vous êtes des vraies mère poule.

Elle devait en avoir plein le dos car elle s'empressa de disparaître dans sa chambre. Karin pouvait la comprendre.

La littéraire revint aux côtés de son petit-ami et soupira en s'affaissant contre lui.

— Elle est pas mourante, elle a juste une merde. Détends-toi.

Karin appréciait le contact de son bras chaleureux. Elle se laissa aller ; elle n'avait même pas besoin de faire taire ses angoisses, c'était comme si elles n'existaient plus. Suigestu y faisait barrière.

— Tu es motivé pour le spectacle de ce soir ?

— Ouais, je suis curieux de voir ce que ça donne.

— Tu restes avec moi ?

Sa main la serra un peu plus alors qu'elle se rendait compte qu'il commençait lentement à sourire.

— Où est-ce que je pourrais partir meuf ?

Karin pinça les lèvres et préféra se lever, arguant qu'elle devait se préparer pour le spectacle à venir. Entendre le rire de Suigestu ne fit que l'irriter davantage.

— Tu veux que je reste ?

Il la fixait avec intensité et elle fut mal à l'aise d'avoir à lui répondre. Mais n'était-ce pas une situation normale ? Que pour une fois ce soit lui qui attende quelque chose d'elle. Karin sentait son cœur battre brutalement, et ses mains devinrent moites, et ses yeux se figèrent sur l'homme qui lui faisait face sans même le voir. Elle ne voyait que sa propre peur, l'impression qu'il voulait lui arracher une sorte de vulnérabilité.

C'était insensé. Suigestu n'avait jamais été ainsi : sa peur était complètement irrationnelle.

C'était elle son plus grand adversaire, et elle ne voulait plus se laisser faire.

— Oui. Je peux pas t'y obliger mais... Je suis très amoureuse de toi alors oui.

Hinata

Elle n'avait envie de rien, et elle sentait que c'était inhabituel, elle était alourdie par une tension et une fatigue qu'elle ne connaissait pas. Elle ne savait pas quoi faire, elle n'était même pas sûre qu'il y ait quoi que ce soit à faire.

Sa vie privée avait été exposée avec tellement de détails : sa mère qui était morte de maladie, son père strict qu'elle décevait constamment, sa petite sœur qui était une petite prodige, son adolescence et les atroces réputations qui l'avaient suivie et n'avaient fait qu'augmenter, la traque que lui avait imposé Hakai, ses études dans toute leur incohérence et surtout ses précédentes relations et ce qu'elles pouvaient apprendre sur son couple avec Naruto.

Beaucoup trop de détails pour un quotidien habituellement plus sérieux que racoleur. Peut-être que le fait que la vie privée de Naruto soit aussi peu connu les avait poussés à s'engouffrer dans la brèche. Mais c'était... rageant. Humiliant !

C'est pour cela qu'elle n'avait pas répondu à Temari et son texto ; elle n'avait envie de voir personne. Elle était dégoûtée à l'idée de ne pouvoir rien faire pour empêcher le tout-venant de juger sa vie. Quand Neji l'appela, elle n'avait aucun espoir :

— Tu as vu les articles à ton sujet ? attaqua-t-il immédiatement.

Sa cousine lui répondit d'une voix morne et ennuyée qu'il ne notifia pas.

— Hanabi et Hiashi cherchent ceux qui ont parlé de toi aux journalistes, mais on ne pourra pas les poursuivre. Je suis désolé.

Hinata se mordit la langue ; même dans ce cul-de-sac, elle avait l'espoir que Neji lui montre un autre chemin, lumineux où elle pourrait s'engager sans peur.

— Je sais que... c'est un gros choc. Et un gros changement. Mais il n'y aura pas que du mal, il n'y a jamais que du mal.

— J'ai perdu ce que je m'étais efforcée de cacher. J'ai l'impression d'être nue en permanence, bégaya difficilement Hinata la gorge nouée.

— C'est pas mille cinq cents mots qui peuvent dire qui tu es, rétorqua son cousin avec ferveur. Et encore moins qui tu seras. Je reste persuadée qu'il peut y avoir du bon de tout ça.

— L'optimisme ne te va pas grand frère.

Cette fois elle l'entendit souffler de contrariété.

— Très bien. Alors voilà ce que tu vas faire : tu sors et tu te changes les idées. Si quelqu'un te parle de l'article, tu dis que tu ne souhaites pas en parler. S'il y fait référence, tu ne vois pas de quoi il parle. Je vais accélérer le processus pour que tu aies rapidement des chèques soutien psychologique.

Le terme lui était familier et pourtant... il la mit profondément mal à l'aise. Alors elle était officiellement une victime ? Malchanceuse en amour, mauvaise en relation, et chargée d'un lourd passé. Elle avait le profil type.

— Ce n'est pas nécessaire, opposa-t-elle avec un sursaut de force.

— C'est la procédure basique : trois séances de psychologie et ensuite tu pourras refuser de poursuivre.

Cette fois Hinata grogna de contrariété. Elle n'avait pas envie de s'asseoir devant un ou une inconnue et de déblatérer sur ses problèmes ou sa vie.

Elle n'avait pourtant rien à opposer à son cousin. C'était la procédure, qu'elle trouvait complètement sensée quand ça ne s'appliquait pas à elle.

— Hinata, reprit son cousin sévèrement, si tu veux que les choses reviennent à la normal, commence par agir normalement.

Ce dernier mot venait d'être prononcé qu'il raccrocha et Hinata se dit que sa présence ne devait vraiment pas être agréable pour être fuie aussi vite.

Comme souvent, son cousin avait raison. Elle devait enclencher la machine pour sortir de cette situation. Ce n'était pas parce que les choses ne seraient plus comme avant qu'elle ne retrouverait pas ce qu'elle appréciait.

Elle fit défiler ses contacts pour appeler Temari et lui demander si elle pouvait passer. Dès qu'elles s'accordèrent, Hinata se prépara rapidement, prévint Karin par un texto (elle voulait surtout pas débarquer en plein moment intime) et se mit en route.

Le trajet lui prit du temps étant donné qu'elle connaissait très mal le chemin mais elle atteignit en un peu plus de vingt minutes un immeuble pas très haut et bien entretenu. Elle voyait plusieurs balcons d'en bas.

Dès qu'elle eut accroché son vélo, elle entra le code pour la porte et monta jusqu'au troisième et dernier étage. Temari lui ouvrit en se tenant difficilement le bas du dos. Hinata eut de la peine de la voir aussi tendue, elle lui présenta son bras pour l'aider à rejoindre le salon.

— Désolée pour tout ça, c'est pas la meilleure partie de la grossesse, souffla Temari en s'asseyant avec précaution.

— C'est pas grave, je ne savais pas qu'il y avait une meilleure partie de grossesse.

Temari rit doucement, elle avait ce geste mignon de poser une main sous son ventre rond.

— Qu'est-ce qui t'es arrivée ? C'est la fin de grossesse qui est compliquée ?

Temari expliqua avec un sourire qu'elle avait juste eu la bonne idée de s'agiter pour aider un ami à déménager et que maintenant elle devait vraiment se reposer pour éviter de provoquer son accouchement en avance.

— Et toi tu tiens le coup ? J'ai lu l'article de la Feuille.

Temari avait annoncé ça avec attention. Elle avait toujours ce regard direct et franc.

— C'est difficile. Je comprends pas trop comment ça m'est tombé dessus ni ce que je vais faire une fois au collège.

— Je me suis aussi posée la question. Naruto et toi avaient fait esclandre quelque part ? Je me serais attendue à un papier sur votre rupture, ça aurait fait plus de bruit.

Hinata haussa les épaules ; elle aussi s'était posé de multiples questions.

— Nous n'étions pas remarqué habituellement donc je ne vois pas ce qui a pu attirer leur attention. Et puis je n'en ai pas grand chose à faire, ça ne va pas diminuer mon agacement.

— Ça doit être suffisamment rageant que Naruto ait disparu, reconnut Temari avec le regard dur.

Hinata haussa les sourcils surprise de cette remarque. Elle demanda à Temari si elle savait quelque chose qu'elle ignorait.

— Sur ce qui l'occupe, je sais pas si vous en avez parlé entre vous.

Puisque Hinata secouait la tête, la blonde poursuivit :

— Orochimaru voulait négocier des informations sur le clan Uchiha contre une grâce. Naruto est tellement proche de Sasuke qu'il veut absolument avoir ces informations alors que ce geste pourrait lui coûter son poste si c'était rendu publique. Sans compter que le Daimyo n'aime pas qu'on fouille dans cette histoire. Il était parti en cow-boy solitaire dans ce sac de nœuds parce que Sasuke, Shikamaru et Sai lui disaient que ça valait pas le coup. Même si ça pouvait innocenter les Uchiha. Vu qu'ils n'ont pas réussi à faire changer d'avis Naruto (comme d'habitude), ils doivent certainement l'appuyer maintenant.

Hinata resta abasourdi. Naruto se battait pour libérer les Uchiha enfermés et laver leur réputation dans une période aussi tendue. Il était vraiment incapable de jouer la sécurité. Elle comprenait qu'il soit absorbé même si ça n'effaçait pas la douleur qu'il lui avait infligée.

— C'est une vrai épopée, souffla Hinata. J'espère qu'il ne paiera pas trop cher sa loyauté...

Temari haussa les épaules. Ses traits étaient sérieux et ses sourcils froncés ; quoi qu'elle ait en tête elle n'en parla pas.

— On ne peut que lui souhaiter bon courage, comprit Hinata qui se sentait bien faible et impotente face à un tel problème.

— Tu as raison et j'ai de quoi te changer les idées.

Cette simple phrase fit grimper la curiosité de Hinata qui se pencha légèrement vers son amie curieuse de la suite.

Temari lui expliqua qu'elle devait prévoir le prochain camp d'été et qu'elle se sentait un peu dépassé. Il y avait bien Biska qui l'aidait à organiser mais elles devaient constamment se poser des questions sur les activités à proposer, le lieu du camp et sa taille. Sans parler de toutes les démarches administratives et légales qui rendraient le tout viable.

— Avec l'enfant à venir, mon travail principal, et la gestion de la Fondation, je vais vraiment être surchargée. Je me demandais si tu pourrais m'aider pour le camp.

Hinata écarquilla les yeux, elle ne s'attendait vraiment pas à ça. C'était impressionnant, elle passerait dans les coulisses d'un évènement qui la faisait rêver depuis plusieurs années. Elle ne savait pas si elle pouvait, si elle avait les compétences, si elle était légitime même.

— Tu ne préfères pas engager une professionnelle de l'événementiel ? Je peux t'aider à prospecter.

— Tu trouves l'engagement trop important ? questionna Temari en ignorant sa remarque.

— Non, je suis intéressée mais j'y connais rien, reconnut Hinata avec honnêteté. Je ne veux surtout pas te faire défaut.

Un sourire lumineux lui répondit alors que Temari s'attelait à faire disparaître ses peurs. Les deux femmes poursuivirent leur discussion échangeant des informations sur la gestion d'un tel évènement et les idées auxquelles elles avaient pu penser pour le camp.

La discussion battait son plein jusqu'à l'arrivée du compagnon de Temari. Il souffla un « bonjour » las et s'immobilisa devant la brune installée dans son salon.

— Bonjour, répéta-t-il avec précaution.

Il embrassa sa compagne et s'enquit de sa journée alors que Hinata détournait pudiquement le regard. Elle pensait même les laisser quand Temari ramena le sujet des « révélations » sur le tapis :

— Tu as vu l'article sur Hinata ? demanda-t-elle au brun. Pourquoi ils sont aussi peu à jour ?

— Qu'est-ce que j'en sais ? souffla-t-il en se laissant tomber sur le dernier fauteuil libre en face d'Hinata. J'ai d'autres soucis à gérer.

Hinata observa son amie qui s'était mise à dévisager intensément le futur père. Elle avait l'impression que quelque chose était en train de se produire mais elle ne savait pas quoi et ça commençait à l'inquiéter.

— Dis-moi mon cœur, reprit Temari avec une douceur appliquée, c'est toi qui est à l'origine de ces articles ?

Shikamaru sembla être très intéressé par le contenu de ses poches ; il saisit ses affaires et commença à se rouler une cigarette.

— Je ne comprends pas.

Hinata se demandait qu'est-ce qui était en train de se passer en ce moment même. Elle ne comprenait rien, elle stressait de plus en plus.

— Il a diffusé les photos et quelques info pour provoquer la publication de ces articles sur Naruto et toi. C'est correct Shikamaru ?

— Ouais, je devrais pas sortir avec une femme cerveau.

— C'est ça ta défense ? explosa Temari en se redressant difficilement.

— Non. Ma défense la voici : on ne peut pas se permettre de voir l'opinion publique se retourner contre Naruto, sa guéguerre avec le Daimyo ne devait pas faire de bruit, mission accomplie.

Hinata crut qu'elle allait s'étouffer. C'était une manigance politique ? Toute sa vie privée étalée pour quelques jours de répit ?

— Va bien te faire foutre, gronda Temari avec fureur.

— Calme-toi, c'est pas si grave.

— Je parie que tu n'as même pas lu ces articles.

Shikamaru ne nia pas. Temari enchaina avec un chapelet d'injures. Hinata se leva d'un coup : elle devait partir tout de suite. Immédiatement.

— Merci de l'accueil Temari, ça m'a fait plaisir de te voir. Passez une bonne soirée.

Temari lui répondit précipitamment, elle voyait sur son visage comme elle était désolée. Elle partit de cet appartement le plus vite possible.


Bonjour ! Je ne vous ai pas oublié même si j'écris plus doucement bien malgré moi. On s'approche de la fin, il reste trois chapitres à publier normalement. Comme toujours, je lirai vos avis avec plaisir. Passez une bonne journée !