XXIV. 12% de douceur

Karin

— Au pire peu importe, conclut Karin avec force. On les emmerde tous : Naruto, Sasuke, Shikamaru, l'enfoiré d'Orochimaru, Shikamaru, et l'autre con qui gaspille sa vie à agresser des gens.

— Tu as dit deux fois Shikamaru, fit remarquer Hinata en mélangeant paisiblement son yaourt.

— Il mérite une double dose.

Hinata rit devant sa hargne alors que Karin finissait rapidement son omelette. Elles parlèrent principalement du collège ; Hinata appréhendait d'y retourner.

— Mets un chrono si les élèves parlent, tu pourra les couper sans remord, conseilla Karin.

— J'y penserais. Merci pour tout, tu m'as empêchée de devenir folle.

Karin sourit doucement alors que Hinata disparaissait pour récupérer ses affaires. Pour sa part, elle n'avait que quelques heures à passer au musée dans la journée et les corrections qu'elle avait encore en retard.

Elle était donc en train de travailler sur ses copies d'élèves avec un fond de musique quand un coursier demanda à monter pour lui remettre un colis. Même si elle trouvait cela bizarre, elle accepta et attendit sur le pas de la porte. Elle dut signé l'accusé de réception et put ouvrir la lettre qui provoquait un souvenir inquiétant.

Elle venait encore de Sasuke et elle se demandait ce qu'il lui réservait cette fois. Est-ce qu'il avait trouvé un moyen légal de forcer le divorce ?

Karin prit le temps de s'asseoir avant de commencer à lire. Elle chercha les mots « divorce » ou « séparation » sans les trouver. Ce n'était pas le sujet, elle mit du temps à le comprendre. Elle ne s'attendait pas à ça : « Contrat d'affiliation au clan Uchiha, niveau deux »

Elle avait du mal à suivre, c'était quoi ce truc ? Pourquoi on lui parlait de fiscalité, de protection clanique, de privilèges, de charges ? Elle tâtonna pour attraper son portable et appeler Sasuke immédiatement. Peu importe ce qu'il faisait, il avait intérêt à lui répondre.

— Tu as reçu le contrat ? commença-t-il avec calme.

— Oui, explique-toi.

— Je me suis dit que je n'avais pas envie que tu disparaisses de ma vie alors je te propose une alternative. Plutôt que d'être mari et femme, on serait parent.

Il faisait comme si ça coulait de source et ça ne fit que la mettre encore plus en colère. Elle ne voyait pas d'où il sortait cette idée saugrenue.

— Vraiment ?

— Ça ne te convient pas ? demanda plutôt Sasuke en éludant sa question.

— Pas si j'ai des demi-vérités. C'est quoi ce plan ?

— On m'a fait remarqué...

Sasuke cherchait ses mots et c'était assez rare pour être noté.

— C'est triste une séparation et peut-être que je ne m'en rendais pas compte. Je ne veux pas te rayer de ma vie, ni de ma famille.

La rousse s'accrocha un peu plus à son portable. Elle comprenait ce qu'il disait. Ça faisait sens.

Elle aussi avait eu peur qu'il disparaisse de sa vie après lui avoir promis d'être toujours là. Est-ce que c'était sa façon de tenir sa promesse même différemment ? Elle l'espérait.

— Tu n'as pas eu cette idée tout seul, hein ?

— Je ne suis pas assez délicat pour ça, reconnut-il. Ta colocataire m'a aiguillée mais le contrat est mon idée. Est-ce que ça te tente ? Au moins sur le principe.

À mi-voix, Karin acquiesça. Elle ne savait pas très bien où tout cela les mènerait. Mais il lui proposait de poursuivre ensemble même s'ils ne s'aimaient plus.

— Il faudra que tu m'expliques un peu ce contrat. Il y a trop de trucs flous.

Sasuke lui accorda ce point et ils discutèrent des détails du contrat. Son futur ancien mari lui proposait de prendre en charge la gestion immobilière du clan. Elle serait une membre complète du clan Uchiha mais elle avait négocié pour garder son nom.

Même s'il était emprunté, elle avait fini par y attacher beaucoup de valeur.

Ils en profitèrent pour prendre des nouvelles l'un de l'autre, tous les deux apaisés de l'entente pratique qu'ils venaient de passer. Ils ne leur restaient qu'un rendez-vous chez le notaire pour officialiser leur changement de statut. Quand Sasuke demanda comment allait Suigestu, elle jugea que c'était le bon moment pour mettre fin à la conversation.

Karin avait encore du mal à y croire. Elle allait rejoindre le clan de Sasuke. Un acte qu'elle n'avait pas effectué à leur mariage puisque son clan avait été dissous. Mais même après, quand il avait obtenu le droit de refonder son clan, elle ne s'y était pas investi. Elle trouvait que c'était son territoire. Et finalement, elle était moins gênée d'y participer de cette manière.

Le temps avait défilé à toute vitesse et Karin dut se rendre au musée. Les artisans étaient en pause déjeuner, elle put donc observer à sa guise l'avancée des travaux. Elle récupérait les fiches récapitulatif laissées à son attention quand elle entendit crier son nom. Tenten s'avançait vers elle vivement.

— Tellement contente de tomber sur toi ! Je viens m'assurer que tu t'en sors.

— Ça va, tu as le temps pour un tour ?

Tenten acquiesça vivement et elles se mirent en route. Karin n'avait qu'un étage sous sa direction mais c'était quand même énorme.

Les travaux avançaient lentement mais surement, elle était contente de voir qu'ils n'oubliaient pas de protéger les dorures et décorations du musée. Le choix de peinture rendait bien, l'odeur n'était pas trop forte, elle disparaitrait dans une semaine à dix jours. Les estrades étaient montées mais pas installées, les piédestaux aussi. Les vitres avaient même été livrées en avance.

— Tu as vraiment les choses en main, remarqua Tenten en laissant entendre son admiration.

— Ouais, j'ai un peu galéré avec les normes des bâtiments publiques mais là ça va.

— Et ça te plait ?

— C'est l'amie ou la conseillère qui demande ?

— La conseillère, j'ai d'autres projets similaires pour les prochains mois. Mais cette fois tu gérerais tout, pas juste un remplacement.

Karin réfléchit un peu. Elle savait que les Uchiha ne possédaient pas énormément de biens immobiliers, que la plupart était occupé par des membres du clan. Ça ne représenterait pas une grosse charge de travail donc. Alors que finalement, elle aimait bien ce boulot en projet ponctuel et organisé.

— Rassure-moi, il n'y aura pas que des musées hein ?

— Non, promis, lui sourit Tenten avec une mimique à croquer.

— Alors ok.

Bizarrement, c'est la brune qui laissa exploser sa joie. Mais ça allait tout à fait à Karin.

Hinata

Ses collègues avaient lu. C'était sûr. Elle n'était pas suivie ainsi du regard d'habitude. C'était gênant mais personne ne lui en avait parlé donc ça pouvait le faire. Elle accueillit ses quatrième pour leur cours d'histoire.

Certains étaient au courant, elle avait entendu leurs discussions de couloir tout sauf discrètes. Elle demanda s'ils avaient passé un bon week-end et un « oui » morose lui fut répondu. Ils avaient la même énergie qu'elle.

— Des articles sont sortis ce week-end sans mon autorisation. Je pense que vous avez pu découvrir des informations... perturbantes et si vous voulez en parler je suis là.

Plutôt que de tordre ses doigts avec nervosité, Hinata maintint fermement ses mains sur son bureau. Elle devait être rassurante.

Plusieurs mains se levèrent et elle distribua la parole.

— Est-ce que le Hokage embrasse bien ? gloussa Elizabeth les yeux brillants.

— Je ne répondrais pas à cette question. Jericho ?

— Est-ce que vous allez vous marier ?

— Ce n'est pas prévu.

Finalement, si ses élèves ne s'intéressaient qu'au côté romantique de la chose, elle survivrait peut-être.

— Vous avez eu beaucoup de petits-copains, fit remarquer un des élèves.

Cette fois elle ne put s'empêcher de rougir et s'empressa d'écouter une autre question.

— Pourquoi ils disent que vous êtes une pleurnicheuse pour avoir dénoncé le monsieur qui... ?

Oslo cherchait ses mots pour finir sa phrase, il osait à peine la regarder, jouant avec les coins de son cahier.

— Certains estiment que je n'aurais pas dû dénoncer les agressions que j'ai vécues, que je fais du tort à ma famille, voire à moi-même. Le fait que ce soit un homme riche empire la situation puisque je mets en danger sa réputation et sa situation. Vous savez que les procès peuvent mettre en place un système de dédommagement financier ce qui a pu pervertir la représentation de ces plaintes pour certains.

Un silence religieux lui faisait face alors que ses élèves l'écoutaient et la regardaient avec attention.

— Dans mon cas, ça m'a demandé pas mal de force d'effectuer cette plainte. Parce que... j'avais envie d'oublier ces évènements, de les enterrer. Mais ça m'est impossible. Donc j'ai trouvé la force dans le soutien de mes amis et de ma famille. Je l'avais oublié, mais il y a toujours des personnes prêtes à nous aider.

Hinata se tourna vers son bureau pour sortir ses affaires pour le cours à venir. Elle voulait leur laisser un peu de temps pour eux et ne pas chercher avidement leur réaction.

— Madame, appela Gowther. Du coup, le gars va aller en prison ?

— Il y a peu de chance à mon avis parce que les évènements remontent à il y a plusieurs années et qu'il y a peu de preuves. Mais le plus important c'est que les faits soient reconnus et qu'il bénéficie de la prise en charge adéquate.

— Madame, pourquoi on considère les violeurs comme des malades ?

— Comment ça Diane ?

— Les violeurs c'est des sales types, faut les punir. Pas les envoyer en séance de psy.

Plusieurs murmures approbateurs montèrent. Peut-être que Karin avait raison quand elle disait que les ado voulaient du sang.

— Du calme s'il vous plait. L'objectif c'est toujours de vivre ensemble. Les agressions sexuelles sont très problématiques, et elles s'ancrent en particulier dans un certain usage de la violence. Si on arrive à changer cela pour quelques individus, c'est déjà une victoire.

Hinata laissa la discussion se poursuivre un peu puisqu'ils étaient intéressés. Elle se doutait qu'ils n'étaient pas pressés de passer à l'analyse du système de vote.

Le cours resta normal, même si elle avait parlé de sa vie privée et qu'elle se sentait plus exposée que jamais. Hinata avait même envie de se féliciter, pour ne pas avoir céder à la panique.

Dès le lendemain, elle se sentit plus sereine même pour sortir. Elle sentait certains regards s'accrocher sur elle sans que leurs auteurs osent l'arrêter ou lui parler.

Elle travailla au collège pour avancer efficacement dans ses corrections avant de se rendre au club Ramen. Elle nota que Choji était en réunion et salua gaiment ses autres collègues. On lui avait attribué un autre travail de correction, vérification des sources. Malgré son parcours d'historienne, ce n'était pas ce qu'elle préférait.

Quand Choji sortit de la salle de réunion, il vint directement à elle armé d'une revue historique. Il l'ouvrit et lui présenta l'article ; son article ! « Écoles marginales : l'enseignement comme contre-pouvoir par Hinata Hyuga sous la direction de l'ICSH »

— Félicitations ! sourit pleinement Choji avant de se tourner vers leurs collègues pour leur annoncer la nouvelle.

Hinata rougit en rose quand ils se mirent à l'applaudir. Elle ne pensait pas que ses recherches sur les mœurs prendraient une telle tournure mais tant mieux. Elle était juste extrêmement joyeuse. Et le champagne la rendait pompette.

Karin

Heureusement que Hinata l'avait arrêtée : la veille elle avait voulu ouvrir une bouteille pour fêter la première publication de Hinata mais en voyant son état ce matin même... La sobriété lui faisait bien assez de mal.

Une malheureuse soirée pyjama - est-ce qu'on appelait ça ainsi après l'adolescence ? - lui avait mis la tête à l'envers. Peut-être qu'il aurait juste fallu se montrer raisonnable et se coucher plus tôt ? Fichu corps.

Entendant son réveil s'égosiller, Karin sortit du lit pour aller l'éteindre. Elle devait se rendre à Odakana pour déménager. Sasuke avait pris rendez-vous chez le notaire pour samedi. Après ça, elle pourrait l'appeler cousin et faire des blagues sur l'inceste parce qu'ils seraient de la même famille.

L'information avait du mal à faire sens. Des fois, elle y croyait à peine. Mais c'était le vrai monde, avec des gens qui tenaient vraiment à elle, qui l'appréciait, qui défendait ses intérêts. Elle aimerait remonter dans le temps et dire à son moi du passé « Patiente, ça va s'arranger. »

Hinata s'était excusé de ne pas pouvoir l'aider à déménager puisqu'elle avait cours sur ces horaires. Naruto devait être en train de se battre pour avoir le beurre et l'argent du beurre ; elle en serait presque à plaindre Orochimaru de faire face à cette bourrique. Mais elle était surtout satisfaite qu'il ne lui cède rien.

Suigestu l'attendait déjà en bas et ils purent même s'embrasser longuement. Ils étaient venus à pied pour une fois car Sasuke les ramènerait en voiture. Elle fut moyennement surprise de voir un skate au bras du scientifique.

L'emballage de ses affaires se fit dans la bonne humeur. Suigestu et Sasuke semblaient presque destinés à s'entendre ; elle avait presque l'impression d'être la cinquième roue du carrosse. Elle était sûre qu'ils mettraient au moins un quart d'heures à remarquer sa disparition.

Karin emporta le reste de ses vêtements, ça tenait dans une valise, plusieurs livres qu'elle affectionnait, et deux des coussins imprimés qu'elle avait fait faire à l'époque. Ce petit souvenir insignifiant la troubla : ce n'était qu'une trace d'une vieille St Valentin. Mais elle se rappelait de sa joie quand il avait fait sa demande, de sa croyance que rien ne les séparerait.

Sasuke dut sentir son trouble puisqu'il la prit doucement dans ses bras. Ils partageraient toujours ces précieux souvenirs.

— Je pensais vendre cet appart', l'informa Sasuke en se détachant d'elle.

— Tu n'es pas obligé. Il y a même des chances que Naruto te boude : il s'est vraiment installé dans la chambre d'amis.

Sasuke rit de cette remarque : elle était tellement vraie.

— Je pourrais refaire les pièces communes si tu veux changer d'air, proposa Karin. Et même ta chambre si tu veux... marquer le changement.

Sasuke lui tendit la main comme pour passer un accord formel. Elle le retrouvait bien là, toujours à cacher plus ou moins bien ses sentiments. Dès que Suigestu revint des toilettes, ils prirent tous ensemble les derniers cartons et se rendirent à la voiture.

Sasuke avait pris le petit utilitaire de son clan pour facilité le transport. Le trajet mis très peu de temps et ils n'eurent qu'à mettre les affaires dans l'ascenseur et les transporter jusqu'au salon. Karin refusa leur aide pour ranger et les traina plutôt au restaurant pour les remercier.

— Je pensais que vous emménageriez ensemble, fit remarquer Sasuke alors qu'on venait de leur servir leurs boissons.

Suigestu rigola et la regarda s'étouffer sans un geste.

— Nan, j'suis un esprit libre moi.

— Tu peux pas être un esprit libre en faisant des sciences dures, se moqua Karin avec suffisance.

— Elle parle mal, toutes mes excuses, répondit Suigestu à l'attention de Sasuke.

Ce dernier eut le toupet d'accepter ses fausses excuses avec un fin sourire. Ils s'entendaient vraiment trop bien. Le repas défila à toute vitesse et dans une bonne humeur.

Ils prirent des nouvelles de Naruto alors que le vote de défiance avançait à grand pas et que ses opposants tentaient le tout pour le tout pour se faire entendre.

Sasuke parla un peu de ses avancées avec les tables de son clan : il avait réussi à se débarrasser d'un autre chef d'accusation. Celui d'appel à la haine.

— Il en reste beaucoup ? s'enquit le professeur qui avait dû remarquer ses traits las.

— Une dizaine mais ce sont les points les plus complexes.

— Peut-être que Naruto parviendra à t'aider, lui souffla Karin pour l'encourager.

— Et peut-être qu'il va perdre son poste parce que je suis vaniteux, rétorqua Sasuke durement.

— Tu l'as pas obligé à prendre ce risque alors fais pas ton Caliméro, répliqua-t-elle vivement.

— Elle n'est vraiment que douceur.

Les deux gars s'étaient remis à rire d'elle. Désespérant.

Sasuke les quitta à la fin du repas, il avait déjà prévu avec Suigestu de se revoir sous peu.

— Vous vous entendez vraiment bien ? questionna alors Karin à son petit-ami. C'est pas juste pour m'énerver ?

— Tu as une haute opinion de toi, ricana Suigestu. Mais ouais, ton mari est cool.

Cette fois elle ne manqua pas de le frapper à l'épaule. Il avait fait exprès.

— Détends-toi meuf, t'as juste des bons goûts en mecs.

Ils rentrèrent à leur tour, une fois à l'appartement, ils se laissèrent tomber sur le lit avec lassitude.

— Les déménagements c'est horrible, grinça Suigestu en se collant à elle.

— Tu es capable de faire trois heures de natation, me fais pas rire.

Karin se redressa en entendant un bruit, un gémissement. Alors que Suigestu allait la questionner, elle lui mit une main sur la bouche. Un gémissement, un vrai gémissement. Karin écarquilla les yeux, comprenant peu à peu.

— C'est Hinata, murmura-t-elle avec excitation en se redressant davantage.

Elle allait même se mettre debout mais Suigestu la retint par le bras.

— Tu veux aller regarder ou quoi ? la rabroua-t-il consterné.

— Non ! Juste voir s'il y a quelqu'un !

— Oui, c'est tellement le genre de Hinata de chopper un mec au pif pour se défouler juste après avoir plaqué son mec.

Karin pinça les lèvres, il n'avait pas tort. Hinata devait sûrement être seule. Elle était contente de voir qu'elle s'en sortait bien malgré tout. Ouais Hinata était plus solide qu'elle en avait l'air.

Suigestu s'accrocha à ses hanches et la tira vers lui. Ils entendaient encore quelques gémissements et choisirent de regarder un film avec des écouteurs.

Hinata

La brune s'étira lentement, grognant de satisfaction. Elle s'essuya les doigts sur la serviette qu'elle avait dans sa chambre. Elle devait aller laver son vibro à la salle d'eau et n'osait pas le tenir publiquement à la main.

Elle l'enroula donc dans la serviette et fut surprise de croiser Karin dans le couloir. Elle n'avait ni la chair de poule ni le souffle court comme quand elle venait de rentrer : ce qui signifiait qu'elle était présente depuis un moment. Hinata rougit instantanément et ça ne s'arrêterait pas de si tôt.

— Je suis tellement contente pour toi ! s'extasia Karin. Est-ce qu'il y avait des cours de branlette au camp ?

C'était comme si elle était devenue une vraie bouilloire, elle partit rapidement se cacher dans la salle d'eau.

— Réponds juste oui ou non, entendit-elle à travers la porte close.

— Oui, abdiqua finalement Hinata malgré son envie de disparaître.

— Je t'adore, t'es super.

Hinata ne put s'empêcher de sourire en entendant la voix de sa colocataire.

— Moi aussi je t'adore, t'es ma voyeuse préférée.

Hinata nettoya son ustensile rapidement et partit se cacher de nouveau. Elle avait entendu la voix de Suigestu et n'était pas prête à lui faire face pour l'heure.

Elle s'acharnait à rester occupée et loin des pubs qui enjoignaient les uns et les autres à aller voter. Elle entendait parler de Naruto tout le temps : c'en devait horrible. Des gens lui parlaient à elle pour qu'elle lui passe des messages ; désespérant.

Malgré cela, Hinata n'avait pas révélé qu'ils n'étaient plus ensemble. Elle avait peur que cela entache la réputation de Naruto et ne voulait rien faire qui puisse lui nuire. Peut-être que le plan de Shikamaru était tordu mais il était censé savoir ce qu'il faisait.

Dès le lendemain matin, avant même que son réveil sonne, un appel la réveilla. Elle prit peur en voyant qu'il s'agissait de son père et décrocha aussitôt.

— Hinata, bonjour. J'ai une bonne nouvelle à t'annoncer.

La voix de son père était forte et réveillé, sans la moindre lenteur.

— Chikara Hanzai a reconnu ses torts et nous avons passé un contrat. Nous allons cessé de faire affaire avec lui et il aura deux ans minimum de suivi psychologique et une restriction de responsabilité. Je comptais transférer l'argent des dédommagements à la fondation qui fait les camps d'été que tu adores puisque tu ne peux pas en bénéficier ; cela te convient ?

Hinata s'empressa d'acquiescer sous le choc devant les informations qui défilaient à toute vitesse. Elle sentait que son père n'avait pas beaucoup de temps à lui accorder, il ne s'était pas levé aussi tôt sans raison. Elle prit soin de le remercier d'avoir personnellement pris en charge l'affaire. C'était un geste de confiance qui avait beaucoup valeur pour elle.

— C'est tout naturel. Je suis désolé que tu ais dû partir aussi rapidement, reprit-il à sa grande surprise.

Elle ne s'attendait pas à ce qu'il évoque son bannissement. Elle était presque sûre qu'il n'en avait pas franchement le droit.

— Tu as fait d'une situation désastreuse une opportunité. Tu peux être fière.

— Merci Père.

Elle ne se souvenait pas d'avoir déjà dit ces mots avec autant de sincérité et d'engagement. Il la laissa finalement à ses affaires mais lui proposa qu'ils déjeunent prochainement. Hinata accepta complètement ravie.

Sa vie s'arrangea enfin. Elle espérait jusque ce serait aussi le cas pour Naruto ; il ne méritait pas tant de difficultés. Le reste de la matinée passa lentement. Elle fit lire à Karin son article, discuta longuement avec elle devant la télé. La tête de Naruto apparaissait régulièrement pour prévenir que le vote aurait lieu demain et qu'une dernière interview serait diffusé cet après-midi et ce soir.

L'une comme l'autre s'interrogea quand des coups retentir venant de la porte d'entrée. Elles n'attendaient personne. Mais Sasuke était là, pressé et tendu.

— Je suis vraiment navré de débarquer à l'improviste, commença-t-il rapidement. Hinata, Naruto a besoin d'aide et je pense que ton aide serait la bienvenue.

Le cœur de la brune rata plusieurs battement ayant du mal à enregistrer l'information.

— De tout votre groupe, Hinata est celle dont tu as absolument besoin ? questionna Karin avec suspicion.

Sasuke acquiesça le plus sérieusement du monde. Hinata lui demanda deux minutes pour récupérer ses affaires. Elle serra Karin dans ses bras qui lui glissa « Appelle-moi si besoin. »

Le brun était venu en voiture et ils se mirent en route sans tarder. Hinata était anxieuse mais elle savait que l'Uchiha n'avait que les intérêts de Naruto en tête. S'il venait jusqu'à elle pour demander un service, elle lui faisait confiance.

Ils arrivèrent à la maison de campagne de Naruto. Le grand salon était délimité en deux partie : une pour le tournage et une pour les invités. Shikamaru et Sai étaient présents mais aussi Sakura, Choji, Temari, Kiba, Tenten et Lee. Et Naruto sortit de la cuisine au moment où tous prenaient conscience de sa présence.

— Qu'est-ce qu'elle fait là ?

Le blond ne s'adressait pas à elle mais à son meilleur ami. Il s'était crispé, se montrait méfiant et distant en refusant de la regarder.

— Je viens donner un avis, improvisa alors Hinata pour qu'il la regarde enfin. Un avis... vestimentaire.

Étant donné que Naruto déambulait en jogging et tee-shirt, elle ne devrait pas avoir de mal à proposer mieux. Elle sentit enfin son regard sur elle et ne sut comment l'interpréter.

Il avait l'air un peu ahuri. Il ne savait pas à quoi s'attendre ; elle nous plus.

Hinata choisit de monter à l'étage, c'était surement là qu'étaient ses habits et elle ne supportait pas qu'on les observe discuter comme à un spectacle. Même si c'était leurs amis.

Il la suivit, la guida jusqu'à sa chambre. C'était celle qu'ils avaient partagé plus de deux semaines plus tôt. Ce souvenir perturba un peu Hinata qui observa le costard repassé pendant à un cintre.

— Je comprends pas ce que tu fous ici, révéla Naruto d'un ton morne en restant posté près de la porte d'entrée.

— Sasuke m'a dit-

— Il dit n'importe quoi. Tu peux y aller, la coupa Naruto précipitamment.

— Tu es donc prêt pour ton interview ? questionna maladroitement la brune qui sentait que quelque chose était inhabituel sans parvenir à voir quoi.

Elle vit ses traits tressaillir. Il était si sûr de lui habituellement, si franc. Et maintenant il se retenait devant elle. Ça lui brisait le cœur. Oui, même s'ils n'étaient plus ensemble, ça lui brisait le cœur d'être ainsi mise à distance.

— J'ai appris que tu affrontais le Daimyo pour innocenter les Uchiha, continua Hinata. Ça doit être difficile...

Il hésita, avant d'oser :

— Tout le monde me répète que je suis con, Sasuke surtout. Et pour une fois, ça fait mouche.

Naruto s'approcha un peu. Il gardait les mains dans les poches et baissait la tête. Ça lui ressemblait tellement peu.

— Je crois que je me sens pas à ma place, ajouta-t-il.

— Que disent tes critiques ?

Hinata ne voulait pas tomber dans la fausse complaisance. Et elle savait qu'il avait sûrement fallu de gros changements pour que Naruto perde foi en lui-même.

— Que je suis trop bon trop con. Que je dois rien à Sasuke ni aux Uchiha, que ma loyauté est mal placé. Que je suis pas assez ferme, pas assez ... autoritaire. Et je peux pas leur donner tort ; j'ai rien de spécial pour être Hokage.

— Donc tu doutes au sujet de l'aide que tu apportes aux Uchiha ?

La voix d'Hinata était hésitante, elle avait du mal avec le rôle de conseillère dont elle avait écopé.

— Non je suis sûr de moi. Laisser des personnes en prison à tort, prendre mon temps pour les sortir de là, feraient de moi une personne exécrable. Il y a urgence, et c'est pas parce que la situation dure depuis plus de quinze ans que c'est plus tolérable.

Elle sentait à sa voix la force de son engagement. Une pensée la traversa, une bouffée de pitié pour le Daimyo. Naruto était impressionnant ainsi, il était tellement sûr de ce pour quoi il se battait. Proche de l'arrogance peut-être.

— D'accord. Donc tu doutes de savoir si tu fais bien d'être Hokage ?

Naruto acquiesça mollement. Pour le coup, elle vit clairement sa fatigue et ses traits tirés. Son angoisse devait lui peser chaque jour.

— Tout le monde me dit de garder mon poste, à tout prix. Que j'ai beaucoup travaillé pour en arriver là, que ça ruinerait mes efforts. J'ai essayé cette méthode, et j'ai réussi qu'à te blesser. J'ai préservé aucune de mes relations parce que... Je crois que comme m'avait dit Ino, j'étais déjà engagé avec mon boulot.

Hinata resta muette, incapable d'offrir le moindre commentaire. Elle voulait presque fuir. Son cousin avait tellement raison : Naruto ne voulait jamais blesser... Et elle n'avait aucune envie de le réconforter pour l'avoir blessée sans le vouloir.

— Je ne suis pas prêt à tout sacrifier pour le poste, reconnut-il la tête basse.

— Ça ne t'en rend pas moins digne, si tu veux mon avis. Ce que les gens aiment chez toi c'est que tu as la bougeotte, tu vas voir les gens, tu donnes un sens concret à leurs expériences. Et ça donne une vie politique plus riche, plus compréhensive et plus représentative.

Hinata sentait sa voix gagner en chaleur. Elle se souvenait des conversations qu'ils avaient eues, des sensations que lui donnait Naruto à chaque fois qu'il parlait de son métier. Peut-être que personne n'était fait pour remplir ce rôle, mais lui... Il réussissait plus que ce qu'elle aurait cru possible.

— Tu me manques, répondit finalement Naruto après un long silence. Je voulais pas que ça se termine.

Les yeux d'ambre de la jeune femme voguèrent à travers la pièce, se posant partout sauf sur lui. Elle voulait rester assise dans son coin.

Quand il se leva, son corps envahit son champ de vision et Hinata se sentit faiblir. Son cerveau la trahissait, diffusant en boucle les souvenirs de leur couple. Quand ils riaient. Quand ils s'embrassait. Quand ils parlaient. Quand ils s'aimaient.

— J'ai lu les articles, ajouta Naruto en s'approchant. J'ai eu envie de t'appeler à chaque fois. Tu es tellement forte.

Le blond avança, se pencha vers elle, saisit doucement sa main. Elle se leva, incapable de s'éloigner. Une partie d'elle était furieuse de se sentir fondre comme une adolescente.

— J'aurais voulu être là pour toi, continua-t-il toujours plus proche. J'aurais dû-

Des coups les firent violemment sursauter. Shikamaru entra énergiquement dans la pièce alors qu'ils s'éloignaient d'un air coupable.

— Vraiment ? Habille-toi ! Konan et Nagato sont arrivés et leur équipe installe le matériel. Ce sont de vrais fouineurs.

Il se s'était pas adressé à elle mais Hinata parvenait à sentir qu'elle n'était pas la bienvenue. Elle esquissa un geste pour partir (elle pourrait toujours recontacter Naruto plus tard) mais ce dernier la retint.

— J'arrive, je finis.

Shikamaru leva les yeux au ciel face à cette réponse et se tourna brusquement vers elle.

— En passant, désolé pour les articles. Ça ne se reproduira pas.

Aux yeux d'Hinata, c'était très peu sincère mais peu importe. Shikamaru repartit aussi vite qu'il était venu et elle se disait qu'elle aussi devrait partir pour ne pas gêner Naruto.

— Tu es en retard.

Elle n'osait pas le quitter, s'accrochant aux hanses de son sac.

Naruto acquiesça distraitement. Il enleva son tee-shirt pour s'habiller mais continua à lui parler :

— J'ai été un petit-ami déplorable mais je peux faire mieux, être meilleur.

Il retira son jogging et pendant quelques secondes, elle eut le droit à ses cuisses dorées.

— Je te demande six semaines.

Les boutons de sa chemise n'étaient pas encore fermés et le bout de ses doigts était comme électrifié, sous tension par sa simple proximité.

— Six semaines pour modifier ma façon de travailler et pour m'engager franchement dans une vraie relation, détailla Naruto. Je te demande de m'attendre, si tu tiens assez à nous pour le vouloir.

Il avait arrêté de bouger et la regardait, l'attendait, les doigts impatients et crispés sur sa troisième veste.

Hinata s'attendait à beaucoup de choses mais pas à ça. Elle s'attendait à des excuses et peut-être à une proposition de se revoir. Mais pas à un changement aussi drastique.

— Tu es sûr ?

— Entièrement sûr, sourit Naruto. Et peut-être même que tu serais d'accord pour un baiser d'avant-goût.

Sa main forte retrouva ses hanches et Hinata rosit de plaisir avant de pouvoir se fustiger. Elle était ravie d'effacer la distance restante entre eux et de lui offrir un langoureux baiser.

— Oublie pas les chaussures, le rappela-t-elle à l'ordre alors que de nouveaux coups se faisaient entendre.

Il la remercia avec un léger baiser.

— Je vais faire le plus vite possible, j'ai hâte de te retrouver.


Bonjour, je viens de corriger j'espère que rien ne m'a échappé. Merci à Snoupiix de son message (je te réponds bientôt). Merci à ceux qui lisent encore.

PS: les chèques santé sont une idée qui m'est venue car les victimes de trauma ont un peu trop souvent à se débrouiller seul ou à devoir compter sur les associations pour retrouver une vie paisible et je me dis que cette phase de réparation devrait être pris en charge par la justice. Je me suis pas renseignée mais je pense que selon les pays et les causes du traumatisme, une prise en charge similaire doit être fournie.

Edit: désolée de reposter, à la correction je n'étais pas entièrement satisfaite de la fin de chapitre.

À bientôt !