Bonsoir ! Puisque le premier chapitre a plus, me revoilà avec le deuxième de cette histoire, résumée très élégamment par quelqu'un du serveur discord Saint Seiya: "Les ors sont des clochards".

C'est rigolo je trouve. Sachez que vous pouvez proposer des petits boulots pour les chevaliers ! J'ai déjà décidé de ce que je ferais pour Deathmask, Camus et Aphrodite, mais n'hésitez pas à proposer tout de même !

Bonne lecture :)


Kanon : « Capitaine, ô capitaine »

Le port le plus proche du Sanctuaire était situé à une dizaine de kilomètres. Il n'était pas très grand, mais il arrivait par là des marchandises qui étaient ensuite envoyées dans toute la région. Sa taille ne permettait pas vraiment aux marins et propriétaire de bateau d'investir dans des machines pour décharger les bateaux ; en d'autres termes, il y avait du travail à foison.

Du travail, c'était précisément ce que Kanon cherchait. Chaque semaine, il réussissait à cumuler une partie de ses heures de repos pour venir ici gagner sa pitance. Ce n'était pas le salaire de misère que leur payait Saori qui allait couvrir leurs dépenses… Surtout que « Chevalier des Gémeaux » n'était qu'un seul poste. Il n'y avait donc qu'une paye à la clef, et ils étaient deux ! Ça commençait à chauffer sérieusement pour leur compte en banque.

Il était donc là, tôt le matin, avec les autres gars des déchargements. Fort heureusement, il y avait toujours un poste pour tout le monde. Du café noir tournait dans des gobelets en plastique ; un vieux loubard lui tendit la cafetière, qu'il accepta avec un sourire.

« - Hé, Kanon. Ça fais un bail que j't'avais pas vu. Qu'est-ce que tu deviens ?

- Pas grand-chose. J'ai changé de patron, y'a eu quelques histoires, mais c'est réglé. »

L'homme hocha la tête et leva son verre à la résolution des problèmes. Kanon aimait les gens du port, pour leur capacité à se mêler de leurs propres affaires ; il connaissait certain depuis des années, maintenant. Pour eux, il était un homme à tout faire d'une famille un peu huppée. Ce n'était pas si faux ; chez Poséidon, il avait dû gérer beaucoup d'aspect pratiques, en plus de l'entraînement des Marinas à peine sortis de leurs couches.

« - Et il gueule pas que tu viennes faire les débarquements, ton nouveau boss ? Demanda un autre homme. T'es là d'plus en plus souvent. »

Kanon fit la grimace.

« - Il est pas exactement au courant, en fait. J'vous la fais courte, mais j'ai dû emménager avec mon frère, et nos salaires sont pas mirobolants.

- Donc tu fais des extras.

- Ouep. Surtout que y'a des travaux à faire chez nous. Le proprio a engagé des branques pour refaire le toit, ça fuis de partout, c'est un bordel…

- Ah ça ! C'est pareil partout, mon gars. Moi, ça fais des années que je dis au mien qu'il faut faire refaire la plomberie, mais nan, il attends que ça nous pète au visage pour agir ! »

Plusieurs autres types approuvèrent à grand renfort d'anecdotes, et Kanon eu un discret sourire en terminant son café. Il aimait cette ambiance. Milo l'appelait souvent « le pirate », à cause de sa manie de ne vouloir aucun maître et d'aimer l'océan. Le Gémeaux ne s'en vexait pas. Pirate, ça lui plaisait bien, comme titre.

Il jeta son gobelet dans une poubelle en voyant les capitaines des différents navire se rassembler.

« - Okay les gars, fit l'un d'entre eux d'une voix forte. On a besoin de quatre personnes sur le dock un pour de la manufacture, trois sur le deuxième pour la poiscaille, deux sur le troisième pour du tri de coquillage et cinq sur le dernier pour un embarquement ! Organisez-vous comme vous voulez, mais je veux tout le monde au taff dans dix minutes !

- Prends tes coquillages et étouffe toi avec, grommela un vieil homme en enfonçant une vieille casquette sur son crâne. »

Kanon leva les yeux au ciel. Ce poste était déserté ; il ne payait pas assez et le marin qui gérait le chalutier était un sombre crétin. Il attacha ses cheveux pour éviter qu'ils ne traînent dans le poisson et se dirigea vers le deuxième embarcadère. Le capitaine le salua d'un mot bourru et lui désigna la cale qu'ils devaient vider de ses poissons. Quelques-uns iraient sur une table couverte de glace pour que les clients puissent voir quel était le résultat de la pèche ; les autres seraient triés et entassés dans des glacières, direction les hangars du port.

Le travail demandait de s'y connaître un minimum en poisson, pour pouvoir les reconnaître. Après plus de dix ans au Sanctuaire sous-marin, Kanon était plus que qualifié pour ce travail. Il le faisait vite et bien, sans s'attarder sur ses collègues qui la plupart du temps, n'avaient pas non plus envie de discuter.

Il enfila donc ses gants et se mis au travail.

Ici, un congre immense qu'il déposa sur la table de glace ; une prise comme ça, ce n'était pas tout les jours. Là, un banc de daurade gigotait encore faiblement. Un peu plus loin, un calamar tentait de fuir -il le rattrapa vite et le plongea dans un aquarium disposé là à cet effet, où évoluait déjà un gros crabe aux pinces menaçantes.

Il n'était pas tout seul ; une petite vingtaine de ses camarades évoluaient dans le bac -même si aucun n'atteignait la taille de celui-ci. Le chalutier relevait ses paniers à crabes une fois par semaine. Celle relève-ci était peu fructueuse, a part le monstre de la taille d'une assiette qui brandissait ses armes osseuses avec colère.

Le travail était odorant, humide, froid et physique, mais ça lui plaisait. Pas de décisions à prendre, pas de troupes à diriger… Juste des poissons glissants à mettre bêtement dans des bacs. C'était mentalement reposant. Il travaillait cinq heures d'affilée, récupérait sa paye en liquide et rentrait chez lui. Pas de guerres, pas de jumeau, pas de temple qui lui tombait sur la tête.

Évidemment, sa tranquillité ne pouvais pas durer.

« -… Kanon ? C'est toi ? »

La voix connue le fit relever la tête. De l'autre côté de la table de glace, habillé d'un jean et d'un vieux pull en laine, Krishna le regardait, un air quelque peu incrédule sur le visage.

Merde, pensa Kanon. Il avait complètement oublié que les Marinas venaient faire leurs courses une fois par mois dans ce port. Krishna devait être celui qui coordonnait l'action, aujourd'hui. Lui-même l'avait fait tellement de fois par le passé…

« - Krishna, salua-t-il d'un mouvement de tête. »

Ce n'était pas que tomber sur ses anciens collègues était dérangeant… Juste que, depuis la guerre qui les avait opposés à Poséidon, il était assez mal à l'aise en leur présence, et il savait que c'était parfois réciproque.

« - Qu'est ce que tu fais là ?

- Je chasse le zèbre, grogna le Gémeaux sans réfléchir. »

Qu'est-ce qu'il pouvait bien faire, les mains plongées dans un aquarium ? Contre toute attente, le Sri-lankais sourit. Combien de fois avait-il entendu cette phrase dans la bouche du Dragon des mers…

« - Étrange zèbre que tu as là, répondit-il en désignant le calamar du menton. »

Kanon lâcha enfin la bestiole, qui alla se réfugier dans un coin de sa prison de verre, loin du crabe malveillant. Le crustacé agita les pinces, et le pécheur du jour retira prudemment ses doigts de sa portée.

« - Je ne savais pas que tu travaillais ici…

- ça m'arrive. J'ai pas mal de temps libre. »

Silence. Un petit malaise aussi, peut-être. Le général Marina se balança un instant sur ses talons.

« - Alors… Comment ça se passe, chez… Ton nouvel employeur ? »

Il gardait à l'esprit que des oreilles mortelles les écoutaient peut-être. Se mettre à parler de mythologie grecque en plein milieux du port n'était peut-être pas une bonne idée.

« - C'est pas mal. Et chez vous ?

- C'est bien aussi… Je sors les apprentis pour la première fois. »

Kanon leva un sourcil à cette nouvelle. Les apprentis étaient assez rares, chez Poséidon. L'armée du dieu des océans n'était pas aussi étendue que celle d'Athéna ; il y avait en tout et pour tout trente-cinq Marinas dotés d'Écailles, en plus des sept généraux. Chacun en avait en théorie cinq sous ses ordres. À l'époque où il était général du dragon des mers, il n'y avait que dix-huit Écailles de portées.

« - C'est une bonne nouvelle. Où sont les heureux élus ? »

Krishna se retourna et lui désigna l'étale d'en face. Là, trois adolescents, à peine plus vieux que les bronzes d'Athéna, observaient un espadon avec un air fasciné. Il y avait deux filles à la peau brune, et un petit roux qui semblait très excité.

« - Il a jamais vu une poiscaille, le rouquin ?

- Il n'est pas là depuis très longtemps, s'amusa le général de Chrysaor. Il n'a pas eu le temps de se familiariser avec la faune locale.

- Donc sortie éducative sur le port ?

- Il faut bien. Reem, Evie, Thomas ! Venez par là. »

Les adolescents approchèrent.

« - Je vous présente Kanon.

- Kanon comme le traître du dragon des mers ? Demanda le petit roux.

- Lui-même, répondit le gémeaux d'une voix sarcastique. »

Ouch, son ego ! Krishna eu une grimace et colla une taloche derrière la tête de son apprenti.

« - Un peu de respect, gronda-t-il. C'était un général marina et c'est à présent un chevalier d'or. Si je ne vous demande pas de vous incliner, c'est uniquement parce que nous sommes en public. »

Thomas eut la décence de paraître penaud. Il murmura une excuse. Kanon renifla. Il avait encore des choses à apprendre, le gamin ! Heureusement, il ne prenait pas facilement la mouche. Les accords de paix auraient valsé depuis longtemps, sinon.

« - Et à qui ais-je l'honneur ?

- Thomas, monsieur, répondit-il d'une petite voix. Je m'entraîne pour l'Écaille de la Méduse.

- La méduse, hein ? Grande responsabilité. Et ces demoiselles ?

- Evie et Reem, monsieur, répondirent la plus vieille. Pour les Ecailles du Poulpe et du Nautile.

- Reem ne peut pas se présenter par elle-même ?

- Elle ne parle pas, intervint Krishna. »

Ah. Kanon, chevalier de Je-Met-Les-Pieds-Dans-Le-Plat. Il fouilla dans un très vieux souvenir de langue des signes et passa la paume de sa main gauche sur sa main droite. Le visage de l'adolescente s'éclaira. Elle répondit rapidement -il ne compris pas tout les signes, mais elle le saluait et le pardonnait de sa maladresse.

« - Je ne savais pas que tu parlais la langue des signes.

- De très vieux restes. Un de mes subordonnés était sourd, quand je suis arrivé au Sanctuaire sous-marin. Il a raccroché quelque temps plus tard, je n'ai pas eu le temps de bien l'apprendre.

- C'est vous qui les avez péché ? Demanda Thomas en désignant l'aquarium où les crabes évoluaient.

- Non. Je ne fais que les décharger. Ne tape pas comme ça sur la vitre, tu vas leur faire peur. »

Les trois adolescents se désintéressèrent de l'ancien marina pour observer les crustacés. Kanon en profita pour demander des nouvelles de ces anciens camarade -il avait pratiquement élevé les plus jeunes d'entre eux, après tout. Il allait demander des nouvelles de Sorrente -bébé des généraux, bien qu'ils se gardaient de l'appeler comme ça devant témoins – quand une bousculade éclata derrière eux.

Sans qu'aucun ne comprenne comment, un grand homme bouscula Thomas qui plongea en avant et heurta l'aquarium avec un cri de douleur. Le bac vacilla et bascula . Il éclata sur le sol dans un bruit infernal de verre brisé et d'eau qui se renversait. Les crabes se répandirent sur le béton du doc comme des perles tombées d'un collier.

« - Oh merde, pardon ptit gars ! Est ce que ça va ? Tu t'es pas coupé ?

- Je crois, grimaça l'adolescent en se relevant. Ça va, Monsieur Kanon ? »

Monsieur Kanon était totalement dépité. Sur le sol s'ébattait son salaire. Les crabes tombés sur le dos agitaient leurs pattes ; ceux qui étaient tombés dans le bon sens s'enfuyaient déjà, et avec eux sa paie.

« - NOM DE DIEU RATTRAPEZ MOI CES BESTIOLES, gueula le capitaine du navire. »

Les adolescents, habitués à réagir aux ordres gueulés par un instructeur mécontent, bondirent aussitôt après les crustacés. Kanon se pencha lui aussi en slalomant entre les morceaux de verre. Il attrapa un panier et balança quelques crabes dedans avant de le poser sur la table. Où était le calamar ?

Il le repéra deux mètres plus loin, à frétiller avec l'énergie du désespoir. Avec un soupire, le chevalier se pencha pour le ramasser.

« - AÏE ! PUTAIN ! »

Il fit un bon en arrière et se retourna vivement. Le roi des crabes le regardait avec ses petits yeux malveillants. Il venait de lui pincer le mollet et semblait très déterminé à recommencer, vu comment il claquait des pinces. Kanon balança le calamar dans le panier et se retourna vers la bestiole.

« - Toi mon pote. J'vais te plomber. »

Le crustacé sauta dans sa direction toutes pinces dehors. En reculant, Kanon faillit glisser sur un morceau de verre.

« - Mais… mais dégage, saloperie ! »

La saloperie en question fit de la mousse avec ses mandibules et chargea à nouveau. Un bon coup de pied l'envoya à la flotte.

« - Pas vrai ça, marmonna le Gémeaux. »

Il se retourna pour voir Kirshna qui refoulait visiblement un fou rire, les trois apprentis de Poséidon qui courraient après le reste des crabes et, un peu plus haut, le capitaine du chalutier qui le regardait avec l'air d'avoir avalé tout le panier de crabes.

Kanon ferma les yeux. Sa paie venait de couler avec le crabe géant.


Méfiez vous des crabes, ces créatures du démon.

N'oubliez pas que la review est le salaire de l'auteur. A la prochaine !