Bien le bonsoir !
Troisième chapitre de cette petite histoire sans prétention. Aujourd'hui, on s'attaque à Camus ! Bonne lecture :)
Camus « La terrible table de neuf »
Le mardi, le jeudi et le vendredi, lorsque Camus n'était pas de garde, il s'absentait du Sanctuaire. C'était donc une habitude de le voir descendre des marches, habillé en civil, avec dans la main un cartable en cuir. On se moquait un peu, mais les chevaliers étaient solidaires ; on évitait alors au maximum de le contacter par télépathie.
Ce vendredi-là était l'un d'entre eux ; le chevalier du Verseau avait donc enfilé un pantalon noir, une chemise, un pull en laine, et était sortit du Sanctuaire par la grande porte. Une fois dans les rues de Rodorio, il salua les gardes en factions et se téléporta. Il réapparu juste derrière un bâtiment décoré de mille et un dessins coloré. L'école primaire de Kathigis, un village à quelques kilomètres du Sanctuaire, accueillait deux-cents enfants. Après la sortie des cours, trente d'entre eux restaient dans l'enceinte de l'établissement pour recevoir des cours de soutien ; Camus était là pour ça.
Il poussa le petit portail qui délimitait la cour de récré. Une dizaine d'enfants jouaient au ballon en attendant le début de leurs cours ; d'autres échangeaient des cartes colorées, sautaient dans ses cerceaux ou courraient dans tous les sens. Ils étaient surveillés par trois femmes, une tasse de café à la main. Le chevalier se dirigea vers elles, en évitant au passage une petite fille qui fonçait sur sa trottinette.
« - Bonsoir, Camus, sourit la plus vielle. Comment vas-tu ?
- Bien, merci, madame la Directrice.
- Toujours aussi formel, se moqua légèrement l'institutrice. Prêt pour la classe de petits monstres ?
- Croyez-moi, j'ai vu pire. Des choses spécifiques à signaler, aujourd'hui ?
- Rien de plus que d'habitude. Quelques bobos, des frites à la cantine. Ils sont bien énervés. »
Camus hocha la tête. Un groupe de dix enfants surexcités, il pouvait gérer. Ils avaient tendance à se calmer quand ils rentraient dans sa classe - peut-être à cause de son regard froid sur quiconque faisait le clown sous sa surveillance. Il avait élevé un apprenti pour en faire un chevalier digne de ce nom, il pouvait gérer dix enfants normaux d'une main de maître.
La troisième surveillante, Cybèle, était une jeune fille joviale. Elle était étudiante, et venait arrondir ses fins de mois en faisant de la surveillance d'étude dans les écoles. C'était précisément la couverture que c'était choisi Camus ; celui d'un étudiant en histoire antique, plus particulièrement centré sur la Grèce. C'était fort pratique -il vivait sous le commandement de l'une des déesses principales, après tout...
« - La semaine a été longue, sourit Cybèle. Heureusement que c'est le week-end, ce soir. Est ce que tu as quelque chose de prévu, Camus ?
- Pas vraiment.
- Mes colocataires et moi allons sortir, ce soir. On va faire quelques bars en centre-ville. Tu es invité, si ça t'intéresse !
- Non merci, répondit poliment le français. »
La jeune femme semblait déçue ; elle allait ajouter quelque chose, mais fut interrompue par la cloche de l'école ; l'étude commençait. Les gamins se séparèrent bien gentiment, et allèrent se ranger devant les salles de classe. Camus salua ses collègues et rejoint ses petites charges. Elles étaient au nombre de huit, âgées de huit à dix ans, et le saluèrent d'un joyeux « Bonjour Monsieur Camus ! ».
Il les fit rentrer dans la salle et les laissa s'installer. Les petits s'assirent bien gentiment, et sortirent leurs devoirs. Peu d'entre eux avaient réellement besoin de soutien scolaire ; ils étaient seulement deux ou trois.
« - Venez me voir si vous avez besoin d'aide. Maxenss, on y va ? »
Le petit garçon en question hocha la tête et sortit un petit cahier bleu. Camus tira une chaise et s'installa à ses côtés.
« - Qu'est ce que tu as fait aujourd'hui ?
- Des maths, répondit joyeusement le petit blond. J'ai réussi à avoir des points jaunes, regarde ! »
Il ouvrit son cahier et lui montra fièrement les résultats. Camus eu un petit sourire. Des points jaunes, c'était une victoire, pour ce petit bonhomme. C'était certes moyen, mais il partait de loin.
« - C'est bien, bravo. Il y a quelque chose que tu n'a pas compris, aujourd'hui ?
- On a vu la table de neuf! Mais moi j'arrive pas. C'est trop compliqué, neuf !
- Tu connais le début, non ?
- Oui, jusqu'à neuf fois trois !
- Alors combien font neuf fois trois ?
- Vingt-sept, répondit fièrement le petit garçon. »
Ah, les mathématiques… La bête noire de beaucoup d'enfants. Camus lui-même n'en était pas un grand amateur ; il connaissait les bases, bien sûr, mais son maître avait été bien plus exigent dans son apprentissage de l'écriture que des nombres. Il ne pouvait pas lui en vouloir ; c'était bien beau de savoir résoudre des équations si on faisait dix fautes par ligne dans ses rapports de mission.
Pour avoir lu ceux rendus par certain de ses collègues, Camus était bien d'accord. Les rapports de Milo passaient toujours par son bureau pour être corrigés, même si ça n'était pas très légal.
« - Vingt-sept, c'est bien, dit-il au petit garçon. Mais écoute, c'est simple. Tu connais la table de quatre, pas vrai ?
- Oui !
- Dans ce cas, tu connais combien font quatre fois neuf ?
- Euh… Trente-six ?
- Trente-six, bravo, confirma le Verseau. Tu vois, la table de neuf, tu la connais déjà toute entière si tu connais les autres tables. Tu comprends ce que je veux dire ? »
Son élève fronça les sourcils, l'air de réfléchir intensément.
« - Donc… Cinq fois neuf, ça fais quarante ?
- Non, ça c'est huit fois neuf, corrigea le professeur.
- C'est compliqué... »
Ah, il allait perdre son attention, s'il ne réagissait pas. Maxenss était comme ça ; il se désintéressait très vite de son sujet. Il fallait réussir à le motiver, et ce n'était pas une mince affaire.
« - Je vais te donner une astuce, fit-il en plaçant ses mains devant lui. Mets tes mains comme ça. »
Curieux, le petit garçon leva ses mains. Elles étaient toutes petites par rapports aux grandes mains de Camus.
« -Ils sont rouges, tes ongles, remarqua-t-il. Comme ceux de ma maman ! Et comme tes cheveux !
- C'est parce que j'aime le rouge. Concentre-toi, je t'explique l'astuce. Regarde, si tu veux faire la table de neuf facilement, il faut que tu comptes sur tes doigts. Donne-moi un calcul de la table de neuf.
- Euh… Neuf fois six !»
L'improvisé professeur de maths compta sur ses doigts jusqu'à six, et abaissa le sixième doigt.
« - Voilà. Le nombre de doigts que tu as de levés avant celui-ci, c'est le nombre des dizaines, et ceux que tu a ensuite, se sont les unités. Combien ça fais ? »
Maxenss fronça les sourcils et compta les doigts tendus devant lui. Un grand sourire éclaira son visage.
« - ça fait cinquante-quatre !
- Hé bien voilà, cinquante-quatre, bravo. Essaye toi-même, maintenant. Combien font neuf fois sept ? »
Doigts tendus, doigt baissé, comptage.
« - Soixante-trois ! C'est trop bien ta technique msieur Camus ! »
Un petit sourire étira les lèvres du chevalier. Quand ils étaient calmes, les enfants étaient quand même intéressants.
« - Et ça marche pour les autres tables ? »
Avant qu'il puisse répondre, des éclats de voix lui firent redresser la tête ; à une autre table, deux gamines se regardaient vicieusement et échangeaient des noms d'oiseaux. Il se leva et prit sa terrible expression neutre -celle qui collait des frissons à Hyoga, alors même que le froid de la Sibérie n'arrivait pas à le faire trembler.
« - Je peux savoir ce que vous faites ?
- C'est Maélis qui m'a tiré les cheveux !
- Oui mais elle a mis du crayon sur ma feuille !
- C'est elle qui a commencé, elle a tapé dans mon coude et ça a tout gribouillé mon coloriage magique !
- C'est pas vrai !
- ça suffit, intervint le Verseau. Je ne veux pas le savoir. Séparez-vous. Maélis, tu vas changer de bureau.
- Mais c'est pas juste ! »
Camus fronça les sourcils -ces sourcils si particuliers qui passaient plus de temps froncés que haussés. La petite baissa la tête et fila s'installer plus loin avec ses affaires. Les autres enfants, qui avaient observé l'interaction, échangèrent quelques murmures -vite arrêtés sous le Regard Noir.
L'adulte fit le tour de la classe pour voir s'il y avait d'autres problèmes quelque part. Il donna l'orthographe d'un mot, désigna une couleur pour un dessin et revint s'asseoir avec le petit génie des maths, qui trépignait sur sa chaise.
« - Quelle était ta question ?
- Ton astuce elle marche avec les autres tables ?
- Malheureusement non.
- C'est nul, observa le petit garçon en gonflant les joues.
- Peut-être, mais c'est comme ça.
- Hé msieur Camus, c'est vrai que t'es français ? »
La question surprit un peu le chevalier. D'où est-ce que ça sortait, ça ? Il n'avait pas d'accent, pourtant. Son maître y avait veillé lorsqu'il lui avait appris le grec. Ou alors, un léger accent russe, à cause des nombreuses années qu'il avait passé là-bas.
« - Je suis né en France, oui. Comment tu le sais ?
- C'est Mademoiselle Cybèle qui en parlait avec la directrice ! Elle a dit que les Français ils étaient très romantiques. Ça veux dire qu'ils sont amoureux de plein de monde ?
- Non. « Romantique » ça veux dire faire étalage de sentiments.
- Et c'est vrai ?
- Je ne sais pas. Je n'ai pas grandi en France. »
Par contre, ce qu'il savait, c'est qu'il n'aimait pas qu'on parle de lui derrière son dos. Comment Cybèle l'avait-elle su ? Il n'avait même pas de papiers français -ou alors ils étaient perdus au fin fond d'une boîte dans les archives du Pope, périmés depuis des années.
« - Pourquoi ?
- Ça ne te regarde pas. Concentre-toi sur tes mathématiques. »
La réponse sèche refroidit un petit peu son élève, qui retourna prudemment à ses devoirs.
Au bout d'une heure, l'étude se termina et les enfants filèrent dans la cours pour attendre leurs parents. Camus boucla son cartable -où étaient notés les progrès du petit Maxenss et d'autres de ses camarades – et sortit de la classe.
La directrice discutait avec des parents, mais sa collègue surveillante lui sourit.
« - Hey, super prof. Ça s'est bien passé ?
- Rien d'inhabituel.
- Tu es sûr que tu ne veux pas venir, ce soir ? Ton mec est invité aussi, évidemment. »
Le jeune homme eu un temps d'arrêt. De quoi ?
« - Mon mec ?
- Ben, ouais, répondit Cybèle qui avait le sourire un peu moins large. Ou alors… J'ai mal compris ? Ce type dont tu parles parfois là… Milo quelque chose ?
- Milo n'est pas mon compagnon, se raidit quelque peu Camus. C'est mon meilleur ami.
- Mais tu sais, ça me dérange pas hein.
- Je ne suis pas homosexuel, Cybèle.
- Ah ! Ah, okay… Désolé, je pensais que... »
Elle semblait lutter avec ses mots, et fit seulement un signe de main le désignant.
Là, Camus était vexé. Comme ça, un vague signe de la main ?
« -… Enfin voilà, quoi, tu vois.
- Non, je ne vois pas, répondit le Verseau. Bonne soirée. »
Il planta là la jeune femme, qui grimaçait comme si elle venait de croquer dans un citron. Il ne perdit pas de temps pour sortir de l'école et se téléporter au Sanctuaire.
Non mais… Elle en avait du toupet celle-là ! Depuis quand on jugeait les gens sur leur apparence quand on était bien élevé ? Bon, il était peut-être un peu biaisé ; la chevalerie n'avait absolument aucun sens de la mode ou de l'esthétique ; les chevelures étaient colorées, longues et parfois complètement improbable, les gens se baladaient en justaucorps violets sous leurs armures, et puis de toute façon tout était râpé des entraînements et des gardes. Mais quand même !
Il entreprit de remonter chez lui en maugréant (mais à l'intérieur seulement, parce qu'il avait une réputation à tenir). Devant la maison du Scorpion, il s'annonça d'un éclat de cosmos, et rentra sans complexe dans les appartements privés du temple. Milo était allongé dans le canapé, et leva une main à son entrée.
« - Tu fais une drôle de tronche, commenta le Scorpion pour tout salut. Tes gamins t'on mis une punaise sur ta chaise ou quoi ?
- Milo, est ce que j'ai l'air gay ? »
Le grec leva les sourcils si haut qu'ils disparurent sous sa frange. Il se redressa et posa le magasine qu'il tenait. Qu'est-ce qui lui prenais, à Camus ?
Avant de répondre, il le détailla de haut en bas. Il avait de longs cheveux roux, des yeux également rouges, un nez droit et des muscles bien dessinés, même s'ils étaient cachés par ses vêtements civils. Ses ongles étaient peints en rouge, et parfaitement manucurés, pointus comme des griffes.
« - Je sais pas, mec. Gay plutôt comme Shura ou comme Misty ? »
Le Verseau leva les bras au ciel, l'air de dire « ah ! »
« - Et puis je sais pas si t'as remarqué, mais on a tous des styles improbable dans ce sanctuaire, ajouta le Scorpion. J'veux dire, Aphrodite porte mieux la jupe que n'importe quelle femme, et c'est pas pour tant qu'il est plus gay qu'un autre. Pourquoi tu te poses la question ?
- Ma collègue m'a invité a à une sortie ce soir, soupira Camus. Moi et mon compagnon. Toi, selon ses dires. »
Un sourire un peu incrédule étira les lèvres de Milo avant qu'il n'éclate de rire.
« - Mais comment elle en est venue à cette conclusion ?
- Je n'en ai aucune foutre idée, grogna le Verseau. Et ensuite elle m'a dit que j'avais « juste l'air gay ! »
- Aaaah, mec, t'inquiète, t'a pas l'air plus gay que n'importe lequel d'entre nous. »
Camus fit la moue. Il posa son cartable de cuir sur une chaise et vins s'asseoir près de Milo. Celui-ci observa le visage de son meilleur ami, un peu amusé. Il avait le nez légèrement froncé et les sourcils froncés. Un signe qu'il était agacé, donc. Avec le temps, il avait appris à distinguer toutes les mini-expressions du Verseau. Ça faisait un bout de temps qu'il le pratiquait, quand même.
« - ça t'ennuie tant que ça qu'on pense que tu sois gay ?
- Ne dis pas de bêtises, soupira le français. Je me fiche bien de ce qu'on pense de moi, encore plus de ma sexualité. Je n'aime simplement pas qu'on parle de moi dans mon dos.
- Aw, taquina Milo. En fait, elle était mignonne et tu te rends compte que tu as complètement raté ton numéro de charme ? »
Le Verseau attrapa un coussin et lui colla dans la figure.
« - Tait toi donc, arachnide stupide. »
L'arachnide en question ricana derrière le tissu du coussin. Il s'auto-serra la main ; il avait réussi à dérider son ami. Sa soirée n'était pas perdue !
« - Ceci dit, elle a au moins dit quelque chose d'intelligent, ta collègue.
- Quoi donc ?
- Une soirée au bar, c'est une bonne idée. Tu ne veux vraiment pas les rejoindre ?
- Et passer la soirée dans un endroit bruyant, avec des imbéciles qui ne pensent qu'a trouver un partenaire pour la nuit ? Non merci, ça ira.
- Le fier chevalier du Verseau, vaincu par une horde de femmes hormonales, ricana Milo. Tu sais, si ça te dérange tant que ça, je piquerais un jean à Shura et je prétendrais être ton mec ! »
Des éclats de rires montèrent du temple du scorpion alors que le coussin du canapé s'abattait comme une pluie de météores sur son propriétaire.
« - Imbécile ! »
Tadam ! N'oubliez pas que vous pouvez suggérer des idées pour les petits boulots des ors ;) Et que la review est le salaire de l'auteur ! A la prochaine !
