Purpe Haze sur le parvis de San Giorgio Maggiore


Chapitre 2. 1999 - Abbacchio (5)

Abbacchio rentra chez lui seulement à moitié. Le canapé de Bucciarati restait sa deuxième maison. Fugo était plutôt soulagé qu'il reste dans les parages. Il ne pouvait rien faire pour l'aider à moins boire, si l'ancien flic n'était pas près de lui.

Ce jour là, Abbacchio était dans son appart puant à Naples. Fugo avait Bucciarati pour lui tout seul. Quelques mois avaient passé depuis le séjour du leader à l'hôpital. Il était entièrement guéri. Il faisait bon, alors ils avaient sorti une petite table de jardin pour diner dehors dans la lumière du soir.

- Fugo, je voudrais te demander un conseil.

- Un conseil ? À moi ?

L'incertitude de l'ado fit sourire le leader.

- Oui, à toi. C'est à propos d'Abbacchio.

- Qu'est-ce qu'il a fait, encore ? râla Fugo.

- Rien du tout. C'est le problème, en quelque sorte.

- Comment ça ?

Bucciaraati se pencha en avant. C'était un peu délicat et il n'était pas certain de comment Fugo allait le prendre, mais il avait vraiment besoin des conseils de quelqu'un.

- Tu vois, Abbacchio me plait… beaucoup. Mais j'ai beau flirter et lui faire des sous-entendus parfois à la limite du vulgaire, cette patate ne veut rien comprendre.

Fugo ouvrit et referma la bouche plusieurs fois.

- Ah bon ? Je… enfin… je m'en doutais, qu'il te plaisait comme ça.

Bucciarati guettait du négatif dans a réaction de Fugo, de la jalousie ou de la colère, mais l'ado avait juste l'air un peu mal à l'aise, alors il continua :

- Ça me rassure. Je n'ai pas été trop subtil. Mais Abbacchio lui…

- Abbacchio est amoureux de toi ! s'écria brusquement Fugo. Ça j'en suis sûr !

Le visage de Bucciarati s'éclaira.

- Tu penses ?

- Certain.

Qui ne serait pas amoureux de Bucciarati ?

- J'ai l'impression aussi, rayonna le leader, mais il ne réagit jamais quand j'essaie de le draguer.

- C'est parce qu'il est bête et qu'il a une estime de lui à zéro.

Fugo connaissait ça. Il ajouta :

- Pourquoi tu lui dis pas tout simplement ?

- Et bien… C'est peut-être un peu puéril de ma part, mais je n'ai pas envie de faire 100% du boulot. C'est une question de fierté. Je lui prémâche tout le travail, je mérite quand même un petit effort, non ?

Fugo hocha la tête vigoureusement. Bucciarati rit et ajouta :

- Donc, je voudrais organiser quelque chose avec lui, une activité tellement romantique qu'à la fin il sera obligé de me dire qu'il veut qu'on aille plus loin. Le problème c'est que j'ai pas d'idées. On passe déjà notre vie au restau. Boire un verre sur la plage ? Ce serait contre-productif. Un cinéma, un match de foot, un concert, j'ai peur que ça l'intéresse pas. Je vais finir par l'inviter au zoo ou à la piscine si tu me trouves pas une idée.

Fugo se mit à rire en imaginant les deux mafieux se mouiller la nuque avant de se tremper dans le petit bain. Puis il réfléchit :

- Un concert, ça pourrait être bien. Il doit aimer la musique il a tout le temps son casque sur les oreilles. Tu sais ce qu'il aime ?

- Il écoute de la musique classique je crois.

- Quel genre de classique ?

Fugo aurait plutôt imaginé Abbacchio écouter du métal.

- J'en ai aucune idée. Je m'y connais pas trop. Il a laissé trainer son walkman quelque part, tu peux vérifier.

Bucciarati alla chercher l'objet. Abbacchio était décidément en train de s'installer chez eux. Fugo mit le casque et appuya sur play. Il reconnut dès les premières notes, surpris :

- C'est Monteverdi.

- Ah.

Il était clair que Bucciarati ne savait pas quoi faire de cette information. Fugo alla à son tour à l'intérieur chercher le journal. Il l'ouvrit à la page des spectacles et se mit à chercher. Bucciarati se penchait par-dessus son épaule.

- Il n'y a pas de Monteverdi en ce moment, mais il y a un orchestre qui joue du Vivaldi jusqu'à la fin du mois. Si Abbacchio aime Monteverdi il devrait aimer Vivaldi. Tout le monde aime Vivaldi.

- Ah oui ?

Bucciarati avait l'air un peu perdu. Fugo essaya de l'aider :

- Il a fait les quatre saisons, c'est connu, on entends « le printemps » dans la pub pour la banque, ça te dit rien ? ça fait comme ça :

Fugo chantonna quelques notes en les jouant dans le vide avec les doigts par pur réflexe. Il avait travaillé Vivaldi. Il s'arrêta quand il vit comme Bucciarati le dévisageait.

- Il te faut un piano, décida de leader. Où est-ce qu'on va trouver la place de caser un piano ? Il t'en faut absolument un.

- Mais non, rougit Fugo. J'en ai pas besoin. Ça fait une éternité que j'ai pas joué.

- Raison de plus.

Ne sachant quoi répondre, Fugo changea de sujet.

- Est-ce que… euh… si tu ramènes Abbacchio… est-ce qu'il faut que j'aille dormir ailleurs ? Pour vous laisser de l'intimité ? Je pourrais échanger d'appart avec lui…

- Ça va pas non ? C'est ta maison ici, Fugo. T'es chez toi. En plus, qui sera là pour me consoler si je reviens seul après m'être pris un râteau ?

Fugo ne pensait pas que ça puisse arriver. Et probablement que Bucciarati non plus, car il ajouta :

- Il y a des boules quies dans la salle de bains.

- Oh. Compris.

Il y eut un silence. Bucciarati se disait qu'ils devraient réfléchir à déménager dans un endroit plus grand, avec de la place pour avoir un peu d'intimité et un piano. Et un nouveau membre capable de combattre à distance. Mais il était si attaché à cette maison. Fugo lui, pensait à se tirer de cette discussion qui lui paraissait au bord du dérapage.

- Je te réserve deux places pour Vivaldi ce dimanche ?

- Hein ? euh, d'accord. Merci.

Bucciarati avait l'air de ne pas trop savoir dans quoi il s'engageait, mais il était déterminé. Fugo ne put s'empêcher de soupirer :

- Il a de la chance, Abbacchio.

Bucciarati le bouscula gentiment. Toi aussi tu trouveras quelqu'un, et celui-là aura de la chance aussi, avait-il envie de répondre. Mais l'amour était une question si compliquée pour Fugo, ça sonnerait faux, l'ado lui rirait au nez. Il le pensait, pourtant.


Fugo était assis avec Narancia sur le rebord d'un bac à fleurs de la Piazza San Domenico Maggiore. Narancia était plus distant que d'habitude. Il n'avait pas voulu de glace, ni aller jouer au babyfoot. À court d'idées, Fugo avait proposé de simplement s'asseoir là. Ça ne ressemblait pas à Narancia d'être silencieux, de ne rien avoir envie de faire, et Fugo s'inquiétait. Est-ce qu'il avait fait quelque chose de mal ?

- Comment ça va au collège ? chez toi ?

- Super bien. Personne me parle, les petits sixièmes se foutent de ma gueule, les profs veulent m'envoyer dans une école pour attardés, mon père peut pas rester dans la même pièce que moi, c'est l'éclate, Fugo.

Okay, comprit Fugo avec horreur. Narancia était fâché. C'était la première fois. Peut-être que c'était parce qu'il n'était pas venu le voir pendant un mois entier ? Il avait attendu que les griffures que lui laissait Purple Haze disparaissent complètement, il n'aurait pas su quoi dire à Narancia s'il les avait remarquées à travers les trous de ses habits.

- Je suis désolé de pas être venu te voir depuis longtemps, tenta Fugo. On a eu beaucoup de boulot.

Ce n'était pas tout à fait un mensonge. Narancia lui jeta son premier coup d'œil depuis qu'ils s'étaient assis.

- C'est pas grave. Après tout rien t'oblige à venir me voir.

Comme Fugo ne trouvait pas quoi répondre, il ajouta :

- T'as des trous dans tes vêtements.

- C'est mon nouveau style, expliqua Fugo en essayant de ne pas rougir.

Narancia le regarda un peu mieux, l'air à la fois impressionné et perplexe.

- C'est… euh… sauvage.

Fugo ne savait pas trop si c'était un compliment, mais il le remercia quand même. Quelques minutes passèrent encore, et Narancia demanda, d'un ton un peu forcé :

- Alors, qu'est-ce que t'as fait pendant ce mois, pour être aussi occupé ? À part découper tes habits ?

Fugo lui raconta seulement ce qu'il avait le droit de raconter. Bucciarati qui avait été blessé – il allait mieux maintenant - lui et Abbacchio qui avaient dû faire le taf en son absence.

- Toi et Abbacchio ? Tu l'as pas tué ?

- Non. En fait, on est devenus amis. Je crois.

- Oh. C'est cool.

Narancia regarda à nouveau devant lui, vers la place bondée. Il semblait plongé dans ses pensées. Ce n'était pas son genre, lui qui d'habitude racontait tout ce qui lui passait par la tête. Fugo voulait qu'il retrouve le sourire et son énergie. Il rassembla son courage et décida de tenter quelque chose :

- Et aussi, je pense que, nous deux, enfin, toi et moi, on est amis aussi.

Sa résolution vacilla sous le regard de Narancia. Il ajouta un peureux :

- Non ?

- Fugo, répondit Narancia en fronçant les sourcils l'air de ne pas croire ce qu'il venait d'entendre. Ça fait des mois qu'on se connait, que tu te tapes tout le chemin depuis ton village de ploucs à ici juste pour qu'on traine ensemble, et c'est seulement maintenant que tu te dis qu'on est amis ?

- Je…

Il n'avait pas eu beaucoup d'amis avant Narancia. Il ne connaissait pas le mode d'emploi.

- Je pensais que t'étais peut-être mort ! s'énerva brusquement Narancia. Ou que t'en avais eu marre de moi !

Fugo comprit enfin. Narancia avait la peur de l'abandon, il l'avait déjà remarqué, il en avait parlé avec Bucciarati. Il n'aurait pas dû le lâcher comme ça, simplement pour une histoire de trous dans ses fringues. C'était vraiment le pire ami.

- J'ai téléphoné chez toi pour prévenir que j'allais pas venir pendant un moment, se justifia-t-il. Ton père m'a dit qu'il te passerait le message.

- Mon père me parle pas et tu le sais.

Narancia devait se sentir si seul. Et pour Fugo, être source de réconfort pour quelqu'un, c'était un art qu'il devait apprendre à partir de zéro.

- Je suis désolé, répéta-t-il encore. J'en ai pas du tout marre de toi, j'en aurais jamais marre de toi. Mais j'avoue que je… euh… j'avais un peu peur que tu te moques de mes vêtements.

S'ils étaient amis, se dit Fugo, Narancia méritait la vérité. Les amis se disent la vérité, non ?

Narancia resta une seconde incrédule, puis il éclata de rire, enfin. Pas son immense sourire habituel, mais un petit début. Fugo sourit aussi, soulagé.

- Tu m'as vu avec de pires fringues que ça, fit Narancia.

Fugo se souvint des loques que portait le garçon quand il l'avait rencontré, puis sa blouse d'hôpital qui laissait voir ses fesses dès qu'il bougeait. Il rit doucement à son tour.

Il frissonna quand il sentit le doigt de Narancia soudain sérieux effleurer la peau à nu de son ventre, là ou fleurissait une vilaine ecchymose, résultat d'un combat récent. Rien à voir avec Purple Haze, alors Fugo ne ressentait pas le besoin de la cacher.

- T'es la seule personne au monde qui se soucie de moi, dit Narancia.

- Mais non. Bucciarati…

- Bucciarati m'a engueulé quand j'ai proposé de travailler pour lui !

Fugo savait que c'était pour éloigner définitivement Narancia de Passione que le leader avait été si dur. Mais il fallait que Narancia l'ignore, sinon il tenterait sa chance et les efforts de Bucciarati n'auraient servi à rien.

- T'es la seule personne au monde qui se soucie de moi, répéta-t-il, et je sais rien de ta vie. Et si tu mourais, je le saurais même pas.

Le cœur de Fugo se serra. Que pouvait-il faire ? La moindre interaction qu'il avait avec Narancia liait un peu plus Narancia à Passione, et le mettait un peu plus en danger.

- Je vais pas mourir, essaya-t-il de le rassurer. Avec Abbacchio, on est plus forts. Et on va bientôt recruter un sniper.

Narancia n'avait pas l'air convaincu, mais encore une fois, il accepta la tentative :

- C'est bien que tu sois devenu pote avec Abbacchio. Et aussi que tu te sois rendu compte qu'on était amis. C'est cool. Et tes habits à trous, ils sont chouettes. Personne oserait s'habiller comme ça a part toi. Ça te rend vraiment unique.

- Je… euh… je sais pas comment le prendre.

- Prends-le bien. Je suis content que tu sois pas mort.

- Je suis content qu'on soit amis, répondit Fugo maladroitement.

Il avait peut-être encore tout à apprendre en amitié, mais il venait d'arracher son plus beau sourire à Narancia.


Le concert de Vivaldi fut un succès. Dans la voiture sur le chemin du retour, Abbacchio embrassa Bucciarati pour la première fois. Le leader le ramena à la maison, et cette fois Abbacchio ne dormit pas sur le canapé. Ni les suivantes. Ils étaient quelque chose, maintenant. Un couple ? Abbacchio n'osait le croire. Il s'était juré sur la tombe de son ancien binôme de ne plus jamais être heureux. Mais quand il était dans les bras de Bucciarati, quand il se levait au milieu de la nuit pour protéger Fugo de Purple Haze, quand il avait l'impression de jouer au papa et à la maman avec ces deux-là, que c'était si bien que ça pouvait pas être réel, il se surprenait parfois à penser que c'était vraiment une promesse à la con.

Une nuit, alors que Fugo dormait sagement dans sa chambre, Abbacchio discutait avec son leader dans leur lit. Ils venaient de faire l'amour et ils flemmardaient dans les bras l'un de l'autre. Plus tôt dans la journée, Polpo leur avait fait rencontrer un manieur de Stand qu'il souhaitait intégrer à leur équipe. Bucciarati ne l'avait pas retenu, il voulait son sniper pour ne plus se retrouver dans la même situation que face à System of a Down. En plus, l'homme avait le Stand le plus pourri qu'ils avaient jamais rencontré. Paper Cuts pouvait faire bouger à distance le papier. Même pas les cartons, seulement le papier. Le trio avait eu du mal à se retenir de se moquer de lui quand il leur avait fait une démonstration en déroulant le rouleau de PQ des toilettes du restaurant jusqu'à leur table, sous le regard perplexe des serveurs. Les combats de Paper Cuts devaient être épiques.

- N'empêche, remarqua Abbacchio entre deux rires, le papier ça peut faire mal. J'ai connu un gamin qui avait presque tué son prof avec une encyclopédie de 4kg.

- Tu parles de Fugo ?

Abbacchio se redressa pour regarder Bucciarati dans les yeux, surpris :

- Quoi ? Non, pourquoi ? C'est une vieille affaire sur laquelle j'ai bossé quand j'étais flic. Un prof de fac qui s'est fait ouvrir le crane en deux par un de ses élèves pour une histoire de mauvaise note. Le gamin était un genre de surdoué, il avait quoi, 12 ans, il était déjà à la fac.

- C'est Fugo, ça.

La tension montait un peu dans la chambre à mesure que Abbacchio remarquait les similitudes. Il fit un geste agacé :

- Je te dis que non ! Rien à voir avec Fugo, c'était un gosse de riches, je me rappelle qu'il avait un nom complètement ridicule, un nom de dessert, Stracciatella je crois.

- Pannacotta ?

Abbacchio et Bucciarati se regardèrent.

- Ouais… ouais c'était ça. Comment tu le sais ?

- Parce que c'est le prénom de Fugo.

- Putain de merde.

Abbacchio resta encore quelques secondes immobile pendant que les pièces s'emboitaient dans sa tête, puis il se leva d'un bond et se rua hors de la chambre.

Tout lui revenait en mémoire. C'était une de ses premières affaires, il était encore en formation. Pannacotta della Rovia, un petit génie de 13 ans déjà à l'université. Ignacio Barbabietola, un professeur agrégé entre la vie et la mort. La victime était membre du conseil municipal et proche des parents de l'accusé.

- Apparemment, avait expliqué le commissaire chargé de l'enquête à Abbacchio et son binôme, c'est grâce à ce prof que le gamin a été accepté à l'université si jeune. Il a écrit une lettre de recommandation. Voilà comment il est remercié, le gosse lui a éclaté la tête.

- Il m'a violé, disait le mioche en interrogatoire. Plusieurs fois, et il allait le faire encore, c'est pour ça que je l'ai attaqué.

Il avait des yeux rouges, ses cheveux étaient tout blancs malgré son jeune âge. Il était en colère et en même temps épuisé. À côté de lui, son avocat sursautait dès que le mot viol était prononcé.

La police possédait des témoignages d'étudiants disant que Pannacotta della Rovia avait une relation privilégiée avec Barbabietola. De moins polis disaient « la pute du prof » avec jalousie. Le jeune prodige n'avait pas l'air d'avoir beaucoup d'amis. On avait des preuves que le petit Pannacotta était allé chez son professeur à plusieurs reprises.

- Pourquoi t'as rien dit, alors, hein ? le pressait le commissaire. Pourquoi tu continuais à aller chez lui, et tu l'accuses de viol seulement maintenant que t'es sur le banc des accusés ?

L'avocat essayait toujours de calmer le jeu, il disait à son client d'arrêter d'utiliser le mot « viol », de se cantonner à la vérité, et de ne pas faire honte à ses parents.

Interrogé sur son lit d'hôpital, Barbabietola défiguré avait expliqué qu'il avait effectivement reçu l'enfant chez lui certains soirs, dans le but de lui donner des cours particuliers car le petit génie peinait à suivre le programme universitaire, du haut de ses 13 ans. Le professeur avait pressenti le potentiel de son élève, c'est pour ça qu'il avait appuyé son inscription. Il reconnaissait être un peu partial avec lui, car les parents du petit étaient des amis de longue date. Interrogé à propos des accusations de Pannacotta, et des rumeurs des étudiants, Barbabietola fut obligé d'admettre à regret que le petit lui avait fait à plusieurs reprises des propositions de nature sexuelle en échange de meilleures notes où des réponses des examens. Le professeur avait bien entendu toujours refusé, et demandait à la police d'être indulgents avec l'enfant : il était instable et un peu perdu dans cette fac pleine de jeunes adultes, il ne se rendait sans doute pas compte de ce qu'il faisait. C'est pour éviter de le mettre dans une situation délicate que Barbabietola n'avait pas reporté son comportement déplacé à la direction.

Comme motif de l'agression, la victime évoquait un 9/20 que l'enfant avait obtenu à son dernier contrôle. Il soutenait que l'accusé lui avait proposé une pipe s'il doublait sa note, et l'avait furieusement frappé avec l'encyclopédie quand il avait refusé. Un 9/20 avait effectivement été retrouvé rageusement déchiré et froissé au fond de la poubelle de la chambre du garçon, confirmant les faits.

Quand il avait eu connaissance de ce témoignage, le petit della Rovia avait paru dévasté.

- Il ment ! avait-il hurlé en secouant ses menottes. Il y a rien de vrai là-dedans, c'est un violeur ! C'est un pédophile !

- Pannacotta allons, soufflait l'avocat consterné.

C'était peu crédible, d'ailleurs Abbacchio n'y avait pas cru. Quand on demandait au gamin pourquoi il avait gardé le silence et continué à aller chez son prof s'il se faisait vraiment violer, l'enfant rougissait, palissait et se mettait à s'embrouiller. Un mensonge pas très bien rôdé. D'ailleurs, il avait fini au bout de trois jours par admettre ses mensonges et les retirer de sa déposition, au soulagement de ses parents et de son avocat. Ça avait bien fait rire le commissaire :

- Envoyez-moi ça au tribunal pour tentative d'homicide et agression avec coups et blessures. Ce petit con nous a fait perdre notre temps.

- Quand même, était intervenu le binôme d'Abbacchio, le même qui un an plus tard mourrait à ses pieds. Quand même, et si le gosse disait la vérité ? Son avocat lui a forcé la main pour qu'il signe les aveux, on l'a tous vu. On a aucune preuve qui réfute sa version.

- Présomption d'innocence.

Le commissaire avait haussé les épaules et s'était tourné vers Abbacchio :

- Écoute ça, le nouveau : ce gamin là, c'est un gosse de riches. On peut l'accuser de tous les crimes de la terre, il ira jamais en prison. Le tribunal va décider d'une peine, et papa et maman auront qu'à sortir le chéquier. Le gosse rentrera direct chez lui. Les cas comme ça faut pas hésiter à les charger, surtout si c'est des petits menteurs qui nous font perdre notre temps. Ils craignent rien, et ça fait des sous pour la caisse de l'état. On est de bons citoyens, pas vrai ?

- Mais s'il y a vraiment eu viol, avait insisté le binôme. Il faut ouvrir l'enquête et vérifier ça. C'est trop grave pour qu'on prenne le risque de négliger cette piste.

- T'as pas assez de boulot comme ça ? Combien t'as d'affaires en cours, déjà ? Tu veux te charger de la paperasse pour en ouvrir une nouvelle ? Ou alors toi, le nouveau, ça te dit de passer les huit prochaines semaines à vérifier les accusations de ce petit mytho de fils de bourges, sur lesquelles il est revenu dès qu'on lui a mis un peu de pression ?

- Euh… non chef.

- Bien. Et au fait, bienvenue dans l'équipe.

Abbacchio avait fait partie de l'escorte qui avait emmené le gamin au tribunal, mais il n'avait pas assisté au procès. Il avait été plongé dans d'autres affaires et n'avait plus eu de nouvelles du petit Pannacotta. Il ne savait pas quel verdict avait été rendu, et dans le tourbillon des affaires, des crimes, des déceptions et des bouteilles de vin bon marché, il l'avait complètement oublié. Il ne l'avait pas reconnu, quand il avait eu de nouveau en face de lui. Mais Fugo l'avait reconnu, lui. Il se rappelait de tout, et il avait essayé plusieurs fois de lui en parler. Abbacchio le voyait maintenant, les allusions étranges, les phrases pas finies, les perches tendues.

Il voyait aussi on ne peut plus clairement que Fugo avait dit la vérité, à l'époque. Son attitude envers les gens, sa crainte, sa haine, son dégoût de lui-même… merde, Purple Haze, le putain de reflet de son âme qui lui arrachait la peau, qui avait la bouche cousue pace que quand Fugo avait parlé personne ne l'avait cru, même pas lui, et Fugo vivait sous le toit d'un pauvre type qui n'avait pas été foutu de le croire, et Fugo l'avait accepté malgré ça.

- Fugo !

Abbacchio entra sans prévenir dans la chambre de l'ado qui dormait. Fugo se redressa d'un bond dans son lit, l'air terrifié. Bucciarati était là aussi, cherchant à comprendre.

- Pannacotta Fugo ! gueula encore Abbacchio en se précipitant vers lui. Pannacotta della Rovia!

- Qu'est-ce qui se passe ? cria l'ado.

Abbacchio ne trouva pas la force de s'asseoir sur le lit, il se laissa tomber par terre et attrapa la main de Fugo qui jetait au-dessus de lui des regards perplexes à Bucciarati.

- Je suis désolé, fragolino. Je suis putain de désolé.

- Euh…

Abbacchio serrait sa main à lui faire mal.

- J'aurais dû te défendre. J'aurais dû te croire, déjà, et faire quelque chose. Je suis qu'un poivrot de merde, je me suis même pas souvenu de toi.

C'était toujours incompréhensible pour Bucciarati, mais le leader vit le visage de Fugo se décomposer, et la seconde d'après l'ado se laissait glisser par terre à son tour pour se rapprocher d'Abbacchio.

- C'est pas grave, murmurait-il. C'était il y a longtemps, on se connaissait pas. Je t'en veux plus depuis longtemps.

- Bordel Fugo, j'ai été nul.

- C'est pas grave, vraiment. Mais du coup, est-ce que… euh… si tu te rappelles bien… est-ce que maintenant tu me crois ?

Abbacchio attrapa le visage de Fugo dans ses deux mains.

- Évidemment que je te crois, putain !

Des larmes débordèrent des yeux de Fugo, mais ce qui surprit Bucciarati, c'est qu'Abbacchio avait l'air proche de pleurer aussi.

Bucciarati décida de les laisser seuls. Il passa dans la cuisine préparer du café, des infusions, quelques fruits à grignoter, prévoyant que la nuit allait être longue. Il ramena tout ça dans la chambre de Fugo et s'installa par terre avec son équipe, posant le plateau entre eux.

- Vous m'expliquez ?


Fugo raconta tout. Il n'avait pas peur, cette fois, parce qu'Abbacchio était déjà au courant et qu'il le croyait. Alors il raconta, en essayant d'être bref, comme il s'était retrouvé pris dans un engrenage. Il était peut-être surdoué, mais pas au point de réussir la fac à 13 ans. Mais ses parents y tenaient, et le professeur Barbabietola, un ami de la famille, l'avait fait entrer. Complètement dépassé par les cours, le rythme universitaire, les étudiants qui se moquaient de lui, Fugo avait cherché du soutien auprès de la seule personne qu'il connaissait, ce prof. Ses parents n'acceptaient pas les notes passables, et les résultats scolaires étaient une grosse source de stress pour Fugo. Il en avait parlé à Barbabietola qui lui avait proposé de venir chez lui pour un cours particulier. Fugo soi-disant surdoué n'avait rien compris. Quand il s'était retrouvé dans la chambre, que son professeur lui disait de se déshabiller, il n'y comprenait plus rien. Et même le lendemain, complètement perdu. Les jours suivants étaient comme un nuage flou, rien ne semblait réel, Il ne dormait plus et passait des nuits entières dans la salle de bains, à se racler la peau comme le ferait Purple Haze quand il existerait. Il avait décroché dans toutes les matières, ramenant ses pires notes et rendant furieux ses parents. Ceux-ci se plaignirent à Barbabietola, et ce fut prétexte à un nouveau cours particulier. Fugo avait fini par se réveiller, se rendre compte qu'il fallait qu'il en parle à ses parents. C'était ce qui était écrit dans les livres du rayon psychologie de la bibliothèque universitaire, ceux qu'il allait lire en cachette directement dans les rayons parce qu'il n'osait pas les emprunter et laisser une trace écrite honteuse, son nom sur la fiche d'emprunt, et qu'il n'avait aucun ami qui aurait pu l'emprunter pour lui. Il fallait en parler. D'après ces livres, en parler était la clé.

Alors il avait tout raconté à ses parents, sans bafouiller pour qu'ils ne s'impatientent pas, dans le salon d'été de leur grand manoir. Ils… ils l'avaient probablement cru, tout compte fait, c'est juste qu'ils n'en avaient rien eu à foutre. Pense à tes notes, Pannacotta. On veut que tu aies ton master avant d'avoir 16 ans, sinon tous les enfants normaux vont te rattraper. Tu n'y arriveras jamais à ce rythme. Tu as bien de la chance que le professeur Barbabietola t'aies pris sous son aile. N'oublie pas que c'est grâce à lui que tu as été accepté à l'université. Fais ce qu'il te dit et ramène-nous de meilleures notes, c'est tout ce qui compte. C'est ton avenir qui se joue.

Fugo avait compris le message : il lui fallait des résultats tellement bons qu'il pourrait se permettre de décliner les avances de Barbabietola. De retour dans sa chambre, il s'était regardé dans le miroir. Il avait une tête affreuse, il ne dormait plus depuis des semaines, ses cheveux blonds perdaient leur couleur, sa peau était à vif. Il avait cassé le miroir d'un coup de poing et s'était mis au travail. Il allait devenir un monstre du droit international, un monstre dans toutes les matières. Il ne pouvait plus dormir de toute façon, il avait plein de temps. Il était plus motivé que jamais. Les autres étudiants le détestaient de plus en plus de le voir réviser tout le temps et les battre malgré son âge. Il n'y faisait plus attention. Il s'assommait de connaissances, le droit dégoulinait de son cerveau épuisé. Mais ça marchait bien. Ce dernier devoir qu'il avait rendu, c'était un chef d'œuvre. Digne d'une thèse. Fugo avait mis toute son énergie dedans, tout son cœur. C'était le devoir qui le sauverait. Il en était si fier, avec un devoir aussi brillant il se disait qu'il pourrait sans doute directement valider son année, et ne plus avoir besoin de suivre le cours qu'enseignait Barbabietola.

Mais Barbabietola lui avait mis un 9/20 sans donner aucune explication. Il l'avait ensuite coincé dans la bibliothèque et lui avait mis ses mains dégoutantes sur ses épaules, il lui avait proposé, avec un filet de bave, de revenir diner chez lui pour qu'ils parlent de remonter sa mauvaise note. C'est là que Fugo avait compris qu'il était coincé. Il pouvait travailler pendant des jours, au final c'était Barbabietola qui choisissait sa note. Et le professeur savait très bien que les parents de Fugo n'acceptaient pas que leur fils soit moins que parfait. Fugo ne pouvait rien faire. Il n'avait aucun pouvoir. Toute sa volonté et son travail acharné ne changeraient rien. C'est cette prise de conscience qui l'avait rendu fou. Il avait saisi l'encyclopédie et l'avait écrasée contre le visage répugnant de son prof.

Après ça, il avait été arrêté et déclaré coupable de coups et blessures volontaires. Ses parents avaient payé pour qu'il n'aille pas en prison, ça aurait fait tache dans l'arbre généalogique, et ils s'étaient empressés de le déshériter et te le jeter dehors. Il avait vécu dans la rue pendant environ un mois, encore halluciné par la vitesse avec laquelle sa vie avait été détruite, quand il avait rencontré Bucciarati. Quand le gangster lui avait demandé son nom, les mots « della Rovia » lui avaient donné la nausée. Il avait décidé à ce moment-là de prendre le nom de sa chère grand-mère décédée, Fugo.

- Au final, conclut-il. Quelque part, j'ai eu de la chance. Si mes parents m'avaient pas mis dehors, j'y serais encore. J'aurais jamais eu le courage de partir de moi-même.

L'adolescent se tenait assis un peu raide, nerveux. Il ne se collait pas à Bucciarati comme il le faisait d'habitude. Purple Haze n'était pas apparu. N'était-ce son regard un peu vide, il était le plus solide des trois. Bucciarati se cachait le visage. Abbacchio avait les mains qui tremblaient.

- On devrait le buter, grogna le gothique.

- Ça servirait à rien.

- Comment ça, ça servirait à rien ? Il mérite pas de vivre après ce qu'il t'a fait ! Et on est déjà des criminels !

Fugo secoua la tête. Il n'arriverait pas à l'expliquer, mais parfois, quand il allait mal, fantasmer de tuer Barbabietola, de se venger salement, de le faire souffrir et le regarder lui demander pardon en pleurant, c'était la seule chose qui l'empêchait de couler. S'ils le tuaient pour de bon, il perdrait cette échappatoire mentale. Et peut-être qu'il n'en aurait plus besoin, qu'une fois le professeur mort de sa main, il irait mieux, mais si (et c'était ce que Fugo pensait le plus probable) si sa mort ne changeait rien, n'effaçait rien, et ne lui apportait pas la paix, alors il se retrouverait démuni. Il n'aurait plus nulle part où poser sa colère, plus d'appui pour sa rage, rien pour canaliser sa soif de vengeance. Qu'est-ce qu'il deviendrait, alors ?

- J'ai une idée.

Bucciarati enleva ses mains de son visage et les deux autres purent voir non pas une expression affligée mais des yeux étincelants, des lèvres étirées en un sourire diabolique :

- Et si on lui dézippait la bite ?.

- Non de Dieu, Bucciarati, s'exclama Abbacchio comme malgré lui. Je suis tellement amoureux de toi.

Le leader rit en rougissant un peu. C'était la première fois que l'un des deux mettait le mot « amour » sur leur relation. Abbacchio eut l'air gêné mais il ne revint pas sur ses paroles. Même Fugo ne put réprimer un petit rire ému. Bucciarati se dépêcha de revenir au sujet :

- Qu'est-ce que tu en dis, Fugo ? Il va rien comprendre. Imagine le montrer sa bite coupée à la police et à tout un défilé de médecins qui pourront rien faire. Et surtout, il ne pourra plus faire à personne ce qu'il t'a fait.

Fugo essaya de réfléchir. Sincèrement, il n'avait pas envie de se venger de Barbabietola, il voulait juste l'oublier, ne plus jamais le voir ni entendre parler de lui. Mais il adorait le regard maléfique de Bucciarati à cet instant, le fait que cet homme si bon puisse aussi facilement devenir vicieux et sans scrupules, pour lui. Il adorait que Bucciarati soit enfin au courant de ce qui le hantait, et au lieu de montrer de la pitié et de l'empathie, il partait sur la vengeance, sur l'action, et avec le sourire. Il lui avait pris la main sans lui demander l'autorisation de le toucher, sans le traiter comme s'il était en porcelaine, et en même temps, Fugo savait comme Bucciarati prenait tout ça au sérieux. Il voyait la dureté, la haine glaciale derrière son sourire charmeur. Et Abbacchio, qui riait de l'idée mais dont les poings tremblaient encore, dont le maquillage avait un peu coulé sous les yeux, il l'adorait aussi. Merde. Fugo les aimait tellement.

- Ouais, murmura-t-il un peu hésitant. On peut faire ça.

- Okay, fit le leader en se levant. La première mission du gang Bucciarati pour eux-mêmes, et pas sur ordre de Polpo.

Fugo se leva à son tour, et Bucciarati l'attrapa brusquement et le serra contre lui.

- Je t'aime, lui dit simplement le leader.

Fugo se laissa bercer un peu, et recula en reniflant, en faisant attention de ne pas se remettre à pleurer.

Quelques rires, gorges serrées et ébauches de gestes de réconfort plus tard, ils se retrouvèrent tous dans la voiture. Fugo se rappelait où vivait Barbabietola, sur la colline du Vomero. Plus il s'approchaient, plus l'euphorie de groupe et le désir de vengeance se dissipaient, laissant place à une boule d'angoisse. Il ne voulait pas retourner là-bas. Il ne voulait pas revoir son prof, pour rien au monde il ne voulait entrer dans cette maison. Bucciarati gara la voiture, et Fugo avait envie de vomir.

- Est-ce que ça va ? Si tu changes d'avis, on s'en va.

- Nan, je veux vraiment faire ça… mais est-ce que, euh… c'est okay si je vous attends dans la voiture ?

Il s'en voulait de leur laisser faire le sale boulot à sa place, mais une fois de plus, il manquait de courage.

- Aucun problème, le rassura Abbacchio. On va le faire payer, laisse-le-nous.

- Merci.

Fugo se sentait faible, dans cette avenue. Bucciarati lui demanda encore une fois s'il était sûr de lui, Fugo acquiesça. Ne serait-ce que pour que Barbabietola ne puisse plus jamais s'en prendre à personne. Et qui sait si Fugo ne se sentirait pas réellement soulagé après ça ?


Ce gros porc de Barbabietola avait une femme, mais ça n'arrêta pas Bucciarati et Abbacchio. Le leader lui zippa la bouche pour qu'elle ne puisse pas crier, et lui dézippa les bras et les jambes pour qu'elle reste en place, avant de s'occuper de son mari :

- Pannacotta della Rovia, ça te dit quelque chose ?

- Ce sale gosse m'a presque tué, pleurait l'homme. Après tout ce que j'ai fait pour lui !

Il n'avait pas fallu beaucoup de pression pour que le pédophile craque. Un peu de mise en scène, quelques menaces, des fermetures éclair qu'il ne pouvait voir et le pistolet d'Abbacchio, et Barbabietola avouait tout sous le regard médusé de son épouse.

- C'est tout ce qu'on voulait entendre, déclara Bucciarati debout devant l'homme en larmes à ses pieds. On a promis qu'on te ferait pas de mal si tu parlais, et on est des hommes de parole. On s'en va. On va juste emmener un souvenir. Ne t'inquiètes pas, on te laisse ton home cinéma.

Barbabietola eut l'air un peu soulagé une seconde, avant qu'Abbacchio ne lui arrache son slip et que Sticky Fingers, qu'il ne pouvait voir, lui dézippe les parties génitales.

- Qu'est-ce que… ? hurla-t-il paniqué.

- Mets ça dans un sac plastique, lui ordonna Abbacchio en lui collant son flingue sur la tempe. On a pas envie d'y toucher.

L'homme s'exécuta en sanglotant. Il devait se croire dans un rêve. Bucciarati rendit ses mouvements et sa parole à Madame, qui rampa se cacher derrière le lit. Les mafieux partirent sans se presser.


Abbacchio déposa avec dégout le sac plastique entrouvert au bout du ponton dans le port désert, puis il rejoignit Bucciarati et Fugo qui se tenaient sur la rive à bonne distance. Buciarati avait passé un bras autour des épaules de l'adolescent. Abbacchio fit de même. Serrés les uns contre les autres, ils regardèrent Purple Haze apparaitre au bout du ponton.

C'était Fugo qui avait proposé de terminer les choses comme ça. Ils auraient pu tout aussi bien jeter le sac dans une poubelle, mais Purple Haze avait une revanche à prendre.

- Vas-y, Purple Haze...

Fugo murmurait d'une voix trop basse pour que le Stand l'entende d'où il était mais ça n'avait pas d'importance, le Stand savait :

- Détruit tout.

Pour une fois, la créature obéit. Elle frappa, et un nuage violet se répandit sur le ponton. Ces bouts de chair dégueulasses qui avaient fait tant de mal à Fugo se mirent à pourrir et à fondre alors que le soleil se levait sur la baie, dissipant le virus peu à peu. Le trio regardait en silence, accrochés les uns aux autres, digérant la nuit qu'ils venaient de passer.

Alors, dans ce silence paisible, Fugo éclata en sanglots.


Chapitre 2. 1999 - Abbacchio - FIN

Bon cette fin de chapitre était un peu pourrie, pardon, c'était un sujet délicat. J'avais prévu de le retravailler mais je n'ai pas eu le courage.

1. L'idée de Bucciarati qui coupe la bite du prof de Fugo n'est pas de moi, je l'ai lue dans la fanfic en anglais "Sure as hell not Jesus (but you're saving me)" de Purlieu sur ao3. J'ai trouvé l'idée tellement brillante que je l'ai reprise, avec accord de l'auteur bien sur ! Mais je crois que je m'en sors pas aussi bien T.T.

2. Fragolino : C'est un surnom affectueux, ça veut dire "petite fraise", parfait pour notre Fugo !

3. Pannacotta della Rovia : (ce nom xD) Je sais que c'est dit nulle part dans le canon que Fugo a changé de nom quand sa famille l'a mis dehors, mais j'ai du mal à croire qu'il aurait gardé le nom de ses parents et se fasse appeler comme ça par tout le monde alors qu'il a été renié. En plus, si la famille est si riche et influente, leur nom devrait être un peu connu dans la mafia, j'imagine, et "Fugo" sonne assez neutre je trouve, pas très clinquant pour cette famille a fond sur les apparences. Donc j'ai changé ! ça complique un peu inutilement, mais ça m'a permis de caser une petite allusion à la grand-mère qui est passée a la trappe puisque j'ai pris la version animée du passé de Fugo, et pas celle de Purple Haze Feedback.

Prochain chapitre : Narancia