Purple Haze sur le parvis de San Giorgio Maggiore
Chapitre 3 - 2000 - Narancia (2)
Mista rejoignit l'équipe. Son arrivée ne signifiait pas une personne de plus dans le Bucci Gang (c'est comme ça que Mista les appelait) mais sept d'un coup, si on tenait compte des six petites créatures qui volaient autour de lui en piaillant avec d'horribles voix aigües :
- Mista ! Mista ! On a faim !
- Mista ! C'est qui ces gens ?
- Les Stands peuvent parler ? demanda Narancia étonné à Bucciarati.
- Apparemment oui.
Ils étaient entassés dans le salon, trop nombreux pour l'unique canapé, alors ils avaient amené des chaises de la cuisine pour Mista et Narancia. Mista revenait directement de chez Polpo, il n'avait son Stand que depuis une heure.
- On a encore tiré le jackpot, commenta Abbacchio. Ces trucs ont une voix encore plus aigüe que Narancia.
- Hé, protesta Narancia.
- Désolé, fit Mista qui semblait un peu dépassé par son tout nouveau Stand. Vous avez pas un truc à manger pour eux ? Ça va peut-être les calmer.
Serviable, Fugo alla chercher un bol de céréales dans la cuisine. Il le tendit à Mista et les six petits monstres se jetèrent dessus.
- Vous vous battez pas hein ! les gronda Mista d'une voix un peu trop hésitante pour être vraiment autoritaire. Il y en a assez pour tout le monde. J'essaie de faire bonne impression à mon nouveau boss et ma nouvelle équipe, là, alors soyez sages !
Bucciarati ressentait une affection galopante pour ce garçon qui se retrouvait d'un coup à la charge d'une horde de petits monstres, comme lui.
- Mais ça mange, les Stands ? demanda encore Narancia.
- Je le découvre en même temps que toi.
- Tu sais que tu peux les faire disparaitre hein ? l'avertit Abbacchio. Si tu avais envie, je sais pas, d'un peu de silence.
- Je sais ! Mais ça me fait de la peine, ils sont si petits !
Abbacchio leva des bras désespérés. Bucciarati sentit son cœur fondre.
- Et comment ils s'appellent ? demanda le leader.
- Les Sex Pistols ! Parce qu'ils sont six.
Il y eut un silence perplexe, troublé seulement par le bruit des créatures qui engloutissaient les céréales en se chamaillant.
- T'as confondu les mots anglais « six » et « sex », constata platement Fugo.
C'était les premiers mots qu'il lui adressait. Mista se pencha un peu vers lui et le regarda droit dans les yeux, pendant longtemps, avec ses iris si noires qu'on ne discernait pas les pupilles, et qui ressemblaient à des gouffres sans fond. Fugo commençait à avoir un peu peur. Est-ce que j'ai été malpoli ? Est-ce qu'il l'a mal pris ? Est-ce qu'il va me détester alors qu'il s'entend bien avec tous les autres ? Merde, quel besoin il avait de ramener sa science tout le temps ? Il était sur le point de s'excuser quand Mista ouvrit enfin la bouche :
- Meeeeeerde !
Ça fit rire Abbacchio et même Narancia, qui ne parlait pourtant pas un mot d'anglais. Soulagé, Fugo osa un minuscule sourire. Mista avait l'air dévasté.
- Je me suis planté ! Je fais quoi ? Je les change de nom ? Ça collait parfaitement, purée c'était le nom idéal, tout avait du sens, j'étais trop fier ! Je trouverais jamais mieux. Mais en même temps est-ce que c'est pas un peu malsain d'associer ces petits bonhommes à du sexe ? Les ennemis vont penser que je suis chelou. Remarque, si ça les embrouille c'est à notre avantage. Raah, ça fait chier. C'était trop beau pour être vrai. Vous en pensez quoi, les Pistols ? Je vous change de nom ?
Une des créatures émergea du bol de céréales en pleurant :
- Mistaaaaa ! Numéro 3 fait rien que m'embêter !
- Numéro 3, laisse Numéro 5 tranquille ! Numéro 7, je t'ai demandé de les surveiller.
- Numéro 7 ? releva Bucciarati. Je croyais qu'ils étaient six.
Il n'y avait pas que les ennemis que ce Stand promettait d'embrouiller.
Ce fut cette fois sur le leader que se posèrent les yeux sans fond :
- Vous savez pas ? C'est le chiffre 4. Il se passe que des mauvaises choses quand il apparait. Quand j'étais petit, on faisait des tournois interclasses de foot avec l'école, une fois une équipe a gagné avec quatre buts, ils ont fêté ça en allant manger au restaurant, et le lendemain ils étaient tous à l'hôpital avec une intoxication alimentaire, ils ont dû déclarer forfait. Le 4 porte malheur.
Narancia avait l'air impressionné. Les autres beaucoup moins.
- Et toi qui était tout content de recruter enfin une personne normale, dit Abbacchio à Bucciarati.
- Chut.
- Je suis désolé, dit encore Mista qui croyait que Abbacchio critiquait son Stand bruyant et pas sa personnalité bizarre. Quand j'ai accepté de rejoindre Passione j'imaginais pas que j'allais me retrouver à m'occuper de six créatures surnaturelles affamées. Mais je vais prendre le coup. C'est compris les Pistols ? Numéro 3, dernier avertissement, J'en entends encore un qui pleurniche je vous fais tous disparaitre.
S'ensuivit une cacophonie de protestation, et Mista, fatigué, dû mettre sa menace à exécution. Les six Sex Pistols se volatilisèrent et leur manieur posa sur la table basse devant lui le bol de céréales presque vide.
- Et vous, alors, vos Stands ? Vous en avez tous un, c'est ça ? Je n'ai vu que celui de Polpo en plus du mien, j'aimerais bien en voir d'autres. C'est hallucinant ces trucs.
- Mais grave ! s'écria Narancia en faisant voler Aerosmith dans la pièce. Regarde ça !
- Woaaah ! Trop cool !
Bucciarati fit une démonstration rapide des capacités de Sticky Fingers. Mista et Narancia étaient émerveillés et un peu horrifiés quand le leader se dézippa la moitié de la tête pour leur montrer son pouvoir. Abbacchio fit apparaître Moody Blues et expliqua brièvement qu'il pouvait rejouer des scènes du passé, sans se donner la peine de faire une démonstration. Puis les regards se braquèrent sur Fugo qui essayait de se faire oublier.
- Et toi, Fugo ? lui demanda Mista gentiment.
Fugo fut surpris du ton amical qu'avait utilisé pour lui parler ce presque inconnu qui était si expansif et décontracté et cool. Il rougit.
- Non, moi… je…
- Allez Fugo ! insista Narancia. Pourquoi tu veux pas nous le montrer ? Ça fait quatre jours que je suis là et tu me l'as toujours pas montré ! C'est pas juste ! On a tous montré les nôtres, c'est ton tour maintenant !
- La ferme ! s'énerva Fugo. T'as pas à me donner d'ordres !
À peine avait-il crié ça qu'il se sentit honteux de s'énerver encore comme un sale gosse capricieux. Mista le regardait, un peu surpris mais pas effrayé. Fugo se sentit minable. Il se tourna vers Bucciarati pour savoir ce qu'il devait faire, mais celui-ci ne dit rien. Il attendait de voir ce que Fugo allait décider. Fugo eut l'impression de passer un test, qui dirait s'il était ou non plus pénible et désagréable que les deux nouveaux. Il n'était plus seul avec Bucciarati et Abbacchio, maintenant, ils étaient trois, et Fugo allait devoir apprendre à se battre pour garder sa place. Narancia et Mista avaient déjà des Stands tellement mieux que le sien, et une personnalité tellement meilleure aussi.
Il ne voulait pas leur montrer Purple Haze. Que penserait Narancia, en voyant quelle horrible forme avait son âme ? Et si le monstre l'attaquait devant eux, il aurait vraiment l'air d'un idiot. D'un autre côté, s'il s'obstinait à leur cacher, est-ce qu'il ne passerait pas pour un frimeur arrogant qui se croyait mieux que tout le monde ? Est-ce que ce n'était pas encore pire ?
Ça faisait plusieurs mois qu'il n'avait pas vu Purple Haze, ils avaient réussi à se débrouiller sans lui dans leurs dernières missions. À travers les trous de ses vêtements, la peau de Fugo était normale. Il se sentait mentalement un peu plus solide que la dernière fois qu'il avait vu son Stand. Peut-être que pour une fois ça se passerait bien ? Peut-être qu'il arriverait à le contrôler, maintenant qu'il avait 15 ans et quelques amis. Narancia y arrivait bien.
Un dernier coup d'œil à Bucciarati pour être sûr qu'il assurait ses arrières, et Fugo se décida. Il était temps de grandir.
- Purple Haze, annonça-t-il à contre-cœur.
Le monstre apparut à l'autre bout de la pièce, dans l'entrée de la cuisine. Mista et Narancia se tournèrent pour mieux le voir. Narancia fit mine de se lever pour l'approcher.
- Gardez vos distances, les prévint Abbacchio. Cette chose est dangereuse.
- Il fait quoi ?
- Il libère un virus mortel quand il frappe.
Le Stand commença à grogner. Ses yeux étaient braqués sur Fugo.
- Flippant, dit Mista.
Le nouveau avait parlé d'un ton admiratif plus qu'effrayé. Fugo resta calme. Il s'efforçait de prendre de grandes respirations contrôlées. Il ne fallait surtout pas qu'il perde son sang froid avec Purple Haze en liberté, il pourrait les tuer tous en une seconde. Son cœur battait fort. Maintenant que Narancia l'avait vu, il pouvait le rappeler, mais il n'y arrivait pas. Le monstre était encore plus laid que dans son souvenir. Est-ce qu'il n'aurait pas dû être un petit peu plus présentable, puisque Fugo allait mieux depuis quelques temps ? Est-ce que peu importe le travail que l'ado ferait sui lui-même, Purple Haze aurait toujours la même apparence sordide pour ne jamais le laisser oublier à quel point il était tordu et détruit ? Crève, sale monstre, pensa Fugo. Disparais, putain, laisse-moi en paix. La créature se toucha le bras et Fugo tressaillit. Non non non non, ne te griffe pas, ne te griffe pas devant eux. Narancia va me prendre pour un malade, et Mista aussi ! Reste immobile au moins cette fois.
Le désespoir le prix à la gorge. Il croyait qu'il était devenu un peu plus solide, mais en réalité rien n'avait changé. Pourquoi tu me détestes ? demanda-t-il en pensée à son Stand. Qu'est-ce que je t'ai fait ? C'est pas de ma faute si t'as cette apparence, si t'es aussi dégueulasse et dangereux. J'ai jamais voulu ça. J'ai jamais voulu que t'existes. S'il te plait vas t'en, disparait. S'ils te plait meurt.
Avec un grognement fou, Purple Haze traversa la pièce, hostile, droit vers son manieur. Aucun progrès.
- Stop ! crièrent Bucciarati et Abbacchio en même temps juste quand le Stand allait l'arracher au canapé.
Bucciarati avait crié avec autorité, Abbacchio avec haine. Parce que Bucciarati pensait qu'il y avait encore un moyen de dompter Purple Haze, avec du temps et de la patience, que le Stand de Fugo n'était pas une fatalité, alors qu'Abbacchio, plus pragmatique, haïssait cette créature injustement puissante, qui pesait beaucoup trop lourd sur les épaules de son coéquipier. Fugo avait de plus en plus tendance à penser comme Abbacchio, surtout après ce qu'il venait de se passer.
- Il allait faire quoi ? demanda Narancia dans le silence tendu.
- Purple Haze est un Stand instable, expliqua Bucciarati avec diplomatie. Très puissant. On ne l'utilise qu'en dernier recours.
- C'est notre joker alors ? La classe !
Fugo n'arrivait toujours pas à rappeler la créature, encore moins maintenant qu'elle était si proche de lui et qu'il sentait Abbacchio devenir nerveux juste à côté. Il y avait trop de monde, ça le déconcentrait. La classe ? Narancia avait son Stand depuis moins d'une semaine. Mista arrivait après seulement à peine une heure à garder le contrôle non pas d'une mais de six entités autonomes qui étaient capables de parler. Fugo avait Purple Haze depuis deux ans et il n'était même pas foutu de le garder immobile. Purple Haze pouvait tuer ses alliés. C'était tout le contraire de la classe.
- Narancia, Mista, ordonna Bucciarati. Allez faire un tour dehors.
- Hein ? pourquoi faire ? Y a rien dans ce village.
Mista comprit mieux le message. Il se leva.
- Viens Narancia, on va trouver un endroit où faire les courses. On va acheter de quoi fêter notre rencontre et le fait que je vais pas passer 30 ans de ma vie en prison ! Ce soir c'est moi qui cuisine, ça vous dit ? Je fais des panzerotti, mamma mia, une tuerie vous allez voir.
Narancia se leva, enthousiasmé.
- Fugo ! rappelle ton Stand et viens avec nous !
Fugo aurait bien aimé aller avec eux. Mais Purple Haze ne comptait pas le libérer pour le moment. Mista tira Narancia dehors, et Fugo les vit partir avec un pincement au cœur. Il se sentait mis de côté.
Fugo partageait sa chambre avec Narancia, et Mista dormait dans le salon. C'était loin d'être idéal pour qui que ce soit. Fugo pensait que peut-être, avec quelqu'un de confiance dans sa chambre il dormirait mieux, mais tout compte fait ça ne changeait rien. Il restait éveillé pendant des heures à écouter le souffle de Narancia, terrifié à l'idée que Purple Haze apparaisse s'il s'endormait et les tue tous les deux. Il avait beau savoir que c'était absurde, que si son Stand voulait le tuer il l'aurait fait depuis longtemps, il s'était réveillé en sursaut suffisamment de fois, la bête menaçante penchée sur lui, pour avoir peur de s'endormir. L'insomnie était de toute façon sa sœur, depuis l'université. Avant l'arrivée de Mista, Fugo s'installait dans le salon pour lire ou travailler jusqu'à ce qu'il ne puisse plus garder les yeux ouverts. Ce n'était plus possible, avec le tireur qui dormait comme un bienheureux derrière la porte. Et il ne pouvait pas non plus lire dans sa chambre, au risque de réveiller Narancia. Il restait donc là, les yeux ouverts en attendant l'aube.
Abbacchio aussi était insomniaque et se levait la nuit pour boire et regarder la télé. Mais à la différence de Fugo, lui ne se gênait pas. Il poussait les jambes de Mista du canapé et s'installait comme s'il était seul, avec la lumière et le son. Ils cherchaient un logement plus grand, dans le centre de Naples, mais Bucciarati prenait son temps, il était très exigeant. Fugo le soupçonnait de ne pas avoir envie de partir, quitter cette maison dans laquelle vivaient les derniers souvenirs de son père. Il pouvait comprendre, lui non plus n'avait pas tellement envie de quitter cet endroit.
Alors tout le monde s'adaptait tant bien que mal, en attendant mieux. Jusqu'à la nuit où, aux environs de deux heures du matin, Fugo entendit gratter à sa porte. Pour ne pas réveiller Narancia, il alla ouvrir en silence et se retrouva face à face avec un Mista épuisé mais aussi passablement énervé, qui tenait son sac de couchage dans les bras :
- Je peux dormir avec vous ? Si j'entends encore une fois le jingle du téléachat je vais tuer Abbacchio.
Fugo vit par-dessus l'épaule du tireur les pieds d'Abbacchio qui dépassaient du canapé, et la bouteille de Lacryma Christi bien entamée qui pendait dans sa main au-dessus de l'accoudoir opposé. On ne pouvait rien tirer d'Abbacchio, ces nuits-là.
- On est déjà deux, chuchota Fugo. Y a pas la place.
- Ya toujours plus de place que sur le canapé avec Abbacchio, contredit Mista. Il pue l'alcool en plus. S'teuplait, Fugo. Faut que je dorme sinon les Sex Pistols vont être ingérables demain. Vous pouvez pas me faire une petite place ? Juste cette nuit ?
Il n'y avait vraiment pas d'autre solution, pour le pauvre Mista. Il était inutile et suicidaire de tenter de bouger Abbacchio. Fugo le laissa entrer. Il regarda sa chambre, son petit lit, Narancia étalé par terre.
- Prends mon lit. Je vais dormir avec Bucciarati.
- Attends, je veux pas te virer ! On peut dormir à trois, dans ma famille on était quatre dans la chambre des enfants. Toi et Narancia vous êtes tous maigrichons, vous pouvez partager un matelas.
- Mais il dort ! s'indigna Fugo.
- Et alors ?
Et si Narancia se réveillait et se retrouvait nez à nez avec Fugo, ou même Mista, qui aurait pénétré dans son lit sans son consentement ? C'était interdit, non ? Si ça le dégoûtait ? S'il avait peur ?
- Mais qu'est-ce que tu racontes ? Narancia s'en fout ! On est potes.
- P… potes ? Toi et Narancia ? Mais vous vous connaissez seulement depuis…
Il se tut car Mista le regardait comme s'il était un extraterrestre.
- Moi et Narancia, et toi aussi mec. On se connait depuis deux semaines, ça te parait pas assez ? On vit littéralement ensemble, on a fait caca dans la même maison.
Dur de parler respect de l'intimité avec Mista qui n'avait visiblement pas la notion.
- Bon écoute, si ya que ça pour te rassurer, on a qu'à demander à Narancia. Narancia, hé oh. On a une question pour toi.
- Le réveille pas ! s'énerva Fugo.
- Ça va, il se rendormira. Si ça te choque, tu peux aller te plaindre à Abbacchio, il se gêne pas lui, pour me réveiller. Yo, Narancia ! t'es avec nous ?
- Qu'est-ce que vous faites ? grogna Narancia en se frottant les yeux.
Avant que Mista n'ai le temps de déblatérer ses inepties, Fugo se dépêcha d'expliquer :
- Mista voudrait dormir ici. On se demandait si tu serais d'accord.
- Et vous m'avez réveillé pour ça ? Pas cool. Mista t'es le dernier arrivé alors tu dors par terre. Je prends le lit avec Fugo.
Là-dessus, Narancia grimpa sur le lit et disparut sous la couette. Mista adressa un sourire victorieux à Fugo, qui le bouscula avant de retourner dans son lit. Narancia se poussa pour lui faire une place. Il mit peu de temps à se faire à la présence à côté de lui. Ce n'était que Narancia. C'était okay, ils se faisaient confiance. Il allait essayer de s'endormir, mais il se remit à penser à Purple Haze. C'est le moment que choisit Mista pour murmurer :
- Dites les mecs… je me pose une question…
À cette époque, Fugo et Narancia ne connaissaient pas encore assez bien le tireur pour savoir que cette phrase annonçait le début de la fin. Aussi le laissèrent-ils continuer.
- À votre avis, la soupe, c'est un aliment ou c'est une boisson ? Nan parce qu'on dit « manger » une soupe, mais c'est liquide, alors en fait on la boit. Si on la boit c'est une boisson non ? Mais si on prend le cas des soupes avec des morceaux…
- …
Une heure plus tard, Fugo parfaitement réveillé était en train de secouer Narancia en hurlant :
- COMMENT ÇA LE GASPACHO C'EST PAS DE LA SOUPE ?
Narancia le mitraillait de coups de pieds en hurlant quelque chose à propos des smoothies, et Mista séparait les deux plus jeunes en argumentant à propos de la présence de sel, quand la porte s'ouvrit avec fracas sur un Bucciarati aux cheveux tout défaits et fumant de rage. Les trois ados se figèrent.
- C'est la faute à Abbacchio, eut juste le temps d'accuser Mista avant que Bucciarati ne lui zippe la bouche, ainsi qu'aux deux autres.
Le leader regarda quelques secondes les trois ados réduits au silence, et satisfait, il retourna dans sa chambre en attrapant au passage un Abbacchio ivre mort et en le trainant par la peau du cou jusqu'à son lit. Demain, se promit le leader, il choisirait un nouvel appart.
Aux yeux de Narancia, Fugo avait toujours été une énigme, un garçon étrange. Quand il l'avait rencontré pour la première fois, il lui avait même paru surnaturel.
Il faut dire qu'il n'était pas des plus lucides ce jour-là. Sa tête lui faisait affreusement mal, une douleur aigüe qui partait de son œil et irradiait dans son oreille, sa mâchoire. Il avait du mal à penser clairement, tout était brouillé. Pour ne rien arranger, il mourait de faim. Il mourait de faim depuis sa sortie du centre de détention juvénile, il ne savait plus ce que ne pas mourir de faim signifiait. Il n'avait même plus assez d'énergie pour voler.
Et donc, il était là, à moitié englouti dans une poubelle à la recherche de n'importe quoi, vraiment, quand il avait senti une présence malgré son mal de crâne. Ça faisait longtemps que Narancia avait arrêté de faire attention aux gens autour de lui, et ils le lui rendaient bien. Mais ce garçon-là, d'environ son âge, qui se tenait tout raide avec ses cheveux blancs mal coupés et ses yeux rouges, ne se détournait pas. Il fit même un pas dans sa direction.
Narancia crut qu'il voulait lui voler sa poubelle et il cracha comme un chat sauvage. L'autre s'arrêta. Le temps sembla s'arrêter aussi. L'inconnu n'avait pas l'air apitoyé ni effrayé ni dégouté, les seules expressions auxquelles Narancia avait eu droit avant de se fermer au monde. Il n'arrivait pas à reconnaitre l'expression de l'inconnu, une sorte de compréhension, ça n'allait pas. Comme si ce type avec ses mains de pianiste pouvait avoir vécu dans la rue.
- Pourquoi tu manges pas au restau ? lui demanda l'inconnu un peu brusquement. Ensuite tu cours.
C'était la première fois depuis des semaines que quelqu'un adressait la parole à Narancia. Il s'écarta de sa poubelle et fit quelques pas vers le garçon :
- Tu crois qu'on me laisse entrer dans les restaus ? ricana-t-il.
L'autre fronça le nez. À cette distance, il devait sentir l'odeur atroce qui accompagnait Narancia partout. Pas celle des poubelles, l'autre. L'odeur de la maladie, de la mort, l'odeur de la malédiction. Ses beaux yeux rouges allaient commencer à le piquer et il allait fuir en toussant. C'était déjà arrivé et Narancia était moins malade à l'époque.
Mais l'inconnu ne bougeait pas. Il restait là à réfléchir, avec l'air un peu énervé.
- D'après l'article L-122-1 du code de la consommation, ils n'ont pas le droit de refuser l'entrer à un client. Tu es considéré comme client seulement si tu peux payer, mais si tu les baratines un peu ils ne peuvent pas savoir à l'avance que…
L'étrange garçon se tut soudain. C'était seulement maintenant qu'il remarquait l'allure de Narancia ? Il était sur une autre planète ou quoi ? Narancia allait retourner à sa poubelle sans plus faire attention à ce clown, quand il sentit une main humaine lui attraper le poignet.
- On va voir s'ils te laissent pas entrer, pesta le garçon en l'entraînant vers la lumière de la rue.
Narancia en perdit tous ses moyens. On ne lui avait pas parlé depuis des semaines, mais on ne l'avait pas touché depuis tellement plus longtemps ! Peut-être depuis la mort de sa mère, si on ne comptait pas les bagarres et les fouilles. Il se laissa entrainer. La main chaude sur son poignet l'obnubilait tellement qu'il en oublia sa douleur à la tête. Il se prit à croire que le garçon n'était pas réel. C'était une hallucination causée par la faim, ou alors un ange envoyé ici pour l'accompagner de l'autre côté.
Qui que soit cet être, il le fit s'arrêter devant le Libeccio, un des restaurants les plus chics de la ville, et connu pour être fréquenté par des gangs. Narancia hésita. S'ils devaient manger à l'œil et partir sans payer, il faudrait qu'il prévienne son ange gardien qu'il était absolument incapable de courir, au cas où cet étourdi n'avait pas remarqué. D'un autre côté, l'odeur qui venait du restaurant le faisait saliver. Quitte à se faire tabasser par un serveur, autant que ce soit pour un repas qui vaille le coup. Il laissa le mystérieux garçon le trainer à l'intérieur.
Le silence se fit dans la salle qu'ils traversèrent comme des habitués. Tous les clients se cachaient le nez dans leur serviette en le regardant. Narancia ne se concentrait que sur la main qui n'avait pas lâché son poignet. Personne ne les sépara, ni ne le vira à coup de pieds. Il se retrouva bientôt assis à une table devant une assiette se spaghettis, qu'il dévora sans réfléchir une seule seconde, sous le regard bienveillant d'un archange aux cheveux noirs, alors que l'ange aux cheveux blancs lui répétait d'un air sévère de manger moins vite, de boire de l'eau. Narancia n'écoutait rien du tout, ou en tout cas il ne s'en rappelait plus. Il avait englouti trois assiettes puis il avait tout vomi et s'était évanoui.
Il s'était réveillé à l'hôpital. L'ange et l'archange étaient là. Fugo et Bucciarati. Narancia avait été opéré de l'œil, il allait vivre, s'il prenait bien ses antibiotiques. Bucciarati payait tous les frais. Ils venaient le voir régulièrement, et plus Narancia guérissait mieux il comprenait ce qui s'était passé. Ses sauveurs étaient simplement humains finalement. Mais les deux gangsters gardèrent toujours cette aura un peu surnaturelle pour lui. Quand Fugo avait décidé de découper des trous dans ses vêtements, Narancia avait à peine été surpris. Fugo était tombé du ciel. Pas étonnant qu'il soit un peu étourdi.
Purple Haze, par contre, Narancia ne le comprenait pas. De toutes les bizarreries de Fugo, Purple Haze était la seule qui ne s'alignait pas avec l'image qu'avait Narancia de son ami. La créature n'était que haine. Fugo lui avait pris la main et l'avait sauvé. Narancia ne comprenait pas que les deux puissent être la même personne.
Une nuit, Narancia se réveilla après un cauchemar. Mista ronflait par terre, et Narancia sentait une main qui tirait sur son poignet. La même main, sur le même poignet. Il se tourna et se trouva face aux grands yeux rouges de Fugo.
- Tu faisais un cauchemar, lui chuchota celui-ci.
- Oh, merci de m'avoir réveillé. Tu dors pas ?
Le plus jeune secoua la tête.
- Faut dormir, Fugo ! Après le matin t'arrives pas à te lever.
- Je peux pas, répondit Fugo avec colère mais toujours à voix basse. Je peux pas dormir, crétin ! Sinon il va se pointer !
- Qui ça ? Abbacchio ?
Deux nuits plus tôt, Abbacchio avait déboulé en pleine nuit dans leur chambre en titubant, en gueulant un nom inconnu à qui il demandait pardon, avant de s'effondrer sur le pauvre Mista. Les ados avaient dû aller chercher Bucciarati. Ça avait été une nuit triste.
Fugo frissonna en corrigeant :
- Purple Haze.
Narancia n'avait pas compris. Si Purple Haze apparaissait quand Fugo dormait, ça faisait quoi ? C'était son Stand, il allait pas être dangereux.
Il comprit quelques semaines plus tard, réveillé en sursaut par un cri de terreur. Cette fois, Mista était réveillé aussi, empêtré dans son sac de couchage, les Sex Pistols hurlant autour de lui.
- Narancia, éloigne-toi ! criaient-ils tous en même temps.
Narancia eut le temps de voir la monstruosité violette de très près avant que Mista ne parvienne à le tirer vers lui. Le monstre tenait la tête de Fugo dans une de ses énormes mains, il grognait et glapissait la tête collée à la sienne comme s'il essayait de le mordre, et sans la visière et la bouche cousue il l'aurait dépecé. Le manieur tenait son Stand par le cou en essayant de le repousser.
- Fugo ! cria Narancia en faisant apparaitre Aerosmith.
- L'attaque pas ! le retint Mista. C'est son Stand !
- On peut pas le laisser faire, il va lui arracher la tête !
- Sortez de la chambre ! leur ordonna Fugo entre deux souffles. Ne tentez rien surtout. S'il casse une capsule on est tous morts.
Narancia refusait de laisser Fugo seul avec cette horreur. Bucciarati et Abbacchio entrèrent à ce moment-là.
Ils avaient calmé la créature avec de simples ordres, et la situation se répéta suffisamment de fois pour que Narancia remarque cette nouvelle étrangeté : Fugo n'avait pas de contrôle sur Purple Haze, mais Bucciarati et Abbacchio oui. Narancia imaginait Aerosmith obéir à quelqu'un d'autre, ça lui paraissait impossible. Comment la communication pouvait se faire ? Même les Sex Pistols, qui étaient doués de parole, au final ils ne parlaient qu'avec Mista, si Narancia leur demandait d'aller chercher la télécommande où de partager un bout de salami, ils l'ignoraient ou lui disait de les laisser tranquille.
Mais Purple Haze, lui, écoutait les ordres de Bucciarati et Abbacchio. Et bientôt aussi de Mista.
Narancia s'était encore une fois réveillé à cause d'un cauchemar, mais cette fois-ci Fugo à côté de lui dormait à poings fermés. En se levant pour aller se prendre un verre d'eau, il marcha sans faire exprès sur Mista, et les deux garçons se retrouvèrent à discuter au milieu de la nuit. Ils étaient tous les deux parfaitement réveillés quand Purple Haze apparût.
- Merde, dit Narancia en sortant prudemment du lit. Je vais chercher Bucciarati.
- Attends. Je voudrais tenter un truc.
Mista se redressa et ordonna au monstre en chuchotant pour ne pas réveiller le manieur endormi :
- Purple Haze. Mets les mains en l'air et éloigne-toi de Fugo.
Ils retinrent leur souffle alors que le monstre tournait lentement sa tête vers Mista. Le Stand descendit du lit et recula jusqu'à la porte. Il n'alla pas jusqu'à lever les mains, par contre. Mista et Narancia étaient stupéfaits :
- Il t'a obéi Mista !
- C'est trop bizarre.
- Attends j'essaie !
À ce moment, Fugo remua dans son sommeil et le Stand disparut.
Ils le racontèrent aux autres le lendemain au petit-déjeuner. Bucciarati avait l'air de trouver que c'était une bonne nouvelle. Fugo rougissait, gêné.
- Merci, Mista, murmura-t-il timidement. Je sais que c'est bizarre que je sois pas capable de le contrôler moi-même.
- T'inquiètes je sais ce que c'est. Moi aussi j'arrive jamais à empêcher Pistols de se chamailler.
- La prochaine fois j'essaie ! s'exclama Narancia. Peut-être qu'il m'obéira aussi !
Fugo lui jeta un bref coup d'oeil et Narancia fut surpris par son air furieux. Lui qui une seconde plus tôt rougissait face à Mista. Qu'est-ce que Narancia avait fait pour l'énerver ? ll n'eut pas le temps de tirer ça au clair, les Sex Pistols ayant fait une bêtise qui accapara leur attention.
Mais le visage contrarié de son ami lui resta dans la tête.
Plus tard dans la journée, il surprit une conversation entre Abbacchio et Mista.
- Je suis impressionné, disait Abbacchio. Il m'a fallu des mois et une discussion à cœur ouvert pour que Fugo me fasse assez confiance pour laisser Purple Haze m'écouter. Toi tu te l'es mis dans la poche en quoi, un mois et demi ?
- C'est une question de confiance ? Demandait le tireur.
- Ouais. Purple Haze obéit pas à n'importe qui, sinon tous les blaireaux qui sont morts en le suppliant de les épargner seraient encore là.
Narancia réfléchit. Une question de confiance. Fugo avait confiance en lui, il en était sûr. Son ami détestait être approché de trop près, il détestait qu'on le touche, mais pas quand c'était Narancia. Narancia était super tactile, et ça n'avait jamais eu l'air de trop gêner Fugo. Il ne sursautait pas au moindre bruit quand ils étaient ensemble. Alors Purple Haze devait lui obéir aussi. Pourtant, les nuits suivantes, si la créature réapparaissait, Fugo appelait Mista même si Narancia était le plus proche et le seul réveillé. Un jour, Narancia avait tenté de crier « Bouge plus », le Stand l'avait écouté, peut-être, c'était dur à dire car Mista avait crié la même chose quelques secondes après. Fugo s'était mis en colère et l'effet sur le Stand avait été si violent que le monstre n'écoutait plus rien. Bucciarati appelé en renforts avait dû lui dézipper les membres, comme les premières fois, quand Fugo était un enfant effrayé de 13 ans. Fugo avait été méchamment blessé, il tremblait, c'était la première fois qu'il faisait une crise de colère avec son Stand dehors. Ils auraient pu tous mourir.
On le transporta sur le canapé du salon, et Narancia et Mista s'assirent chacun d'un côté de lui. Les morceaux dézippés du Stand étaient dans leur chambre, et Fugo ne pouvait pas bouger tant que Bucciarati ne l'aurait pas recollé.
- Je veux pas que tu donnes d'ordres à Purple Haze, avait-il sifflé toujours en colère.
- Pourquoi ? Je pourrais t'aider ! Mista il le fait tout le temps !
- Je veux pas, c'est tout. Mêle-toi de tes affaires.
Narancia avait été profondément blessé. Il n'avait pas insisté, ce n'était pas le moment avec Fugo dans cet état. Mais il trouvait cet ordre injuste. Plein de gens avaient l'impression que Fugo le détestait, il était si violent avec lui. Mais Narancia savait dans son cœur que Fugo l'aimait énormément. Il avait juste beaucoup de colère en lui. Narancia en avait pas peur. Il préférait quand Fugo s'exprimait que quand il était tout en politesse et méfiance comme avec les inconnus. Avec lui, il était lui-même. Mais cette nuit où Fugo lui interdit de parler à son Stand, à lui et à lui seul, Narancia se demanda s'il ne s'était pas trompé. Et si en réalité son meilleur ami, celui qui lui avait attrapé le poignet et tiré vers la lumière, le détestait ? Ce ne serait pas la première fois. Narancia n'oubliait pas le sourire plein de bagout de son meilleur ami précédent.
Les cartons étaient tous partis. Bucciarati faisait un dernier tour dans les pièces bien rangées. Il avait choisi un super appartement, dans un quartier sympa à 200 mètres du Libeccio. Un grand duplex avec deux balcons, une grande terrasse, cinq chambres, un bureau, une cuisine américaine. Il gardait quand même sa maison et laissait les meubles ici, une planque hors de Naples serait toujours utile. Abbacchio, lui, rendait son appart. Ils allaient officiellement vivre ensemble. Bucciarati était heureux, mais à l'instant présent c'est de la tristesse qu'il avait dans le cœur. Il avait toujours vécu ici. Avec ses parents d'abord, puis avec son père. Puis seul. Puis avec Fugo. Puis avec son gang, à se marcher les uns sur les autres. Autant de périodes de sa vie qui se terminaient. Il quittait les murs qui l'avaient connu à l'époque où il n'était qu'un enfant innocent. Dans le nouvel appart, il n'y aura plus aucun signe qu'il avait un jour été autre chose qu'un chien de Passione.
Fugo le rejoignit dans la chambre déserte.
- Ça va ? demanda-t-il.
- Ça va, lui sourit Bucciarati. Cette maison va me manquer.
- À moi aussi.
Ils restèrent chacun dans leurs pensées un moment. C'était pas un adieu, il reviendrait. Les dimanches, quand Mista allait à l'église et que Narancia mangeait chez son père. Il viendrait avec Abbacchio et Fugo, ils pourraient manger ici. C'était sur le chemin du cimetière où était enterré son père, en plus. Fugo lui dit :
- Cette maison, c'est la première où je me suis senti chez moi.
Il ajouta rapidement :
- Même si je sais que c'est chez toi, hein, enfin, c'est la maison de ton père. Je voulais dire en termes de ressenti. C'est la première fois qu'en terme de ressenti je…
Il se tut quand Bucciarati lui attrapa la main. Il reprit plus calmement :
- Mais je sais que dans le nouvel appart, je me sentirais chez moi aussi. Tant que je reste avec toi, je me sentirais chez moi.
- Oh Fugo, tu veux faire pleurer ton leader ?
Bucciarati attrapa son ado dans ses bras. Il se le permettait moins, depuis que Narancia et Mista étaient là. Fugo avait l'air de moins en avoir besoin.
- T'as tellement grandi, haha. Avant tu m'arrivais pas à l'épaule.
Un bruit de klaxon leur parvint du dehors :
- Bucciarati, Fugo, vous venez ou on part sans vous ?
- Allez, faut qu'on y aille sinon ils vont se prendre les meilleures chambres.
Ils rejoignirent le reste de l'équipe. Narancia était au volant de la voiture, Bucciarati lui apprenait à conduire comme il avait appris à Fugo l'an passé. Fugo devait conduire le camion, avec Abbacchio en passager, et Mista complétait le convoi avec la Vespa. Ils démarrèrent en file indienne, direction Naples.
1. "On a fait caca dans la même maison" : ce fabuleux moyen de jauger de la valeur d'une amitié me vient de mon amie Teke. Tu me manques Teke, j'ai hate qu'on ait de nouveau l'occasion de faire caca dans la même maison !
2. "La soupe, ça se mange ou ça se boit ?" : je n'ai pas un cerveau assez complexe pour imaginer les questions existentielles improbables de Mista, j'ai piqué celle-ci dans un "objection. lol" une parodie de Phoenix Wright sur youtube.
3. "l'article L-122-1 du code de la consommation" : ça c'est en France, pas en Italie... mais j'ai bon espoir que tout le monde s'en foute xD en plus si ça se trouve en Italie c'est pareil.
A lundi prochain dans le nouvel appart !
