Purple Haze sur le parvis de San Giorgio Maggiore
Chapitre 5 - 2001 - Giorno (2)
Giorno était soulagé d'avoir retrouvé Fugo. Ils l'avaient cherché, mais la première recrue de Bucciarati était demeurée introuvable. En six mois, la seule preuve qu'il était revenu à Naples étaient ses clés, que Mista avait retrouvé dans la boite aux lettres de leur ancien appartement. Mista avait été fou de rage, en les jetant sur le bureau du boss.
- Il a rien emporté ! s'écriait-il en tournant dans la pièce. Que dalle, même pas une photo de nous ! Tu te rends compte, Giogio ? Même ces…
Il posa une petite boîte à bijoux à côté des clés.
- Même ces putain de boucles d'oreilles que Narancia lui a offert pour Noël, il les a laissées !
- Mista, calme-toi. Il n'est peut-être pas entré dans l'appartement.
- Oh que si, il est entré.
Mista avait quitté le bureau en maudissant et insultant son ancien compagnon. Ça faisait de la peine à Giorno. Il ne connaissait pas très bien Fugo, mais il se rappelait le désespoir sur son visage alors que le bateau s'éloignait, la véhémence avec laquelle il les avait suppliés de ne pas se lancer dans cette mission suicide. En cherchant sa trace à Naples, Giorno était inquiet pour lui. Il espérait qu'il allait bien, où qu'il soit, qu'il avait refait sa vie et ne se blâmait pas trop.
Mista, lui, détestait un peu plus Fugo chaque jour qui passait sans qu'il réapparaisse. Peut-être que c'était un moyen de supporter le deuil, qu'il transformait son chagrin d'avoir perdu son gang en colère contre Fugo, parce qu'il ne pouvait pas supporter plus de tristesse. Où peut-être qu'il prenait mal le fait que Fugo ne cherche pas à le retrouver. Au départ, il ne lui en voulait pas du tout de ne pas les avoir suivis. Pas plus que les autres. Mais les autres étaient morts, et Mista n'avait plus trop parlé de Fugo. Il avait seulement dit à Giorno :
- J'espère qu'il reviendra à temps pour les funérailles.
Fugo n'était pas revenu. Ensuite, il avait fallu vider l'appartement, trier les affaires des défunts. Faire ça sans Fugo avait engourdi quelque chose dans le cœur de Mista. Depuis, chaque jour qui passait sans que son ancien compagnon ne revienne était comme une trahison de plus. Et maintenant que Fugo était enfin là, c'était trop tard. Il n'avait pas été présent quand Mista avait besoin de lui, maintenant Mista n'en voulait plus, et il lui faisait bien comprendre.
Giorno n'aimait pas ça. Il voulait que Fugo rejoigne Passione et qu'il s'y sente bien, comme il se sentait bien dans l'équipe de Bucciarati. Il voulait lui confier la partie finance et la partie législative de leur système, parce qu'il n'avait personne d'assez fiable pour le faire et qu'il ne s'en sortait pas seul. Il voulait que Fugo aide Mista à aller un peu mieux. Il avait cru que ça pouvait marcher, quand Fugo avait fondu dans les bras du tireur, quand Mista avait regardé Giorno d'un air déboussolé alors que son ancien camarade tombait en pièce dans ses bras. Mais finalement, Mista s'était accroché à sa colère, et si Giorno désapprouvait, qui était-il, pour dire à Mista que ressentir, comment se comporter avec les gens qu'il connaissait mieux que lui ?
Il lui fallait du temps.
Après leurs retrouvailles, Giorno avait confié à Fugo une pile de dossiers à traiter. Fugo s'était mis au travail sans discuter ni poser de question, mais le résultat n'était pas aussi efficace que Giorno l'aurait souhaité. L'esprit de Fugo était ailleurs. À San Giorgio Maggiore. Auprès de Bucciarati et d'Abbacchio, de Narancia. Plus loin encore. Ou juste ici, aux pieds de Mista. Mais où qu'il soit, Giorno ne parvenait pas à l'atteindre. Pas plus qu'à le faire dormir ou manger, ni à lui faire rentrer dans le crane que rien de tout ça n'était de sa faute, s'il y avait un coupable c'était plutôt lui, Giorno, qui avait entrainé Bucciarati et son équipe d'enfants dans une rébellion contre leur boss sans se soucier des conséquences.
- Je m'inquiète pour Fugo, dit-il un jour à Mista.
- Faut pas. Il s'est pas inquiété pour nous, lui, quand on a affronté Diavolo.
- Arrête Mista. Il savait pas.
- Il savait pas parce qu'il nous a abandonnés.
Mista était fermement décidé à ne jamais pardonner Fugo. Giorno n'arrivait pas à comprendre. Quand on perd ses trois meilleurs amis, est-ce qu'on ne cherche pas à protéger et s'accrocher au dernier qui reste ? C'était ce que semblait penser Fugo, mais pas Mista.
- Je vais l'envoyer en mission.
- Quoi, Fugo ?
- Oui. Ça lui redonnera peut-être confiance, il aura l'impression de racheter ses fautes, de regagner sa place. Il faut que je trouve une mission importante et un minimum dangereuse, qu'il se sente pris au sérieux. Je pense à l'ancienne équipe des narcotiques qui s'est repliée en Sicile.
- Boss. Fugo va caner si on le sort de la maison.
Est-ce que Mista était inquiet ? Giorno le regarda, et le tireur battit en retraite :
- Moi je m'en fous. Il est mort pour moi à l'instant où il nous a trahis. Mais si tu le veux pour gérer la paperasse, il faut mieux pas l'éloigner de nous. Son Stand devient fou quand Fugo est tout seul.
Il avait déjà expliqué à Giorno comment Purple Haze fonctionnait. Giorno avait forcé Fugo à lui montrer l'état de sa peau, celle-ci était en lambeaux. Mista avait fait une grimace furieuse en voyant ça. Tu vas refaire des trous dans tes fringues, avait-il ordonné durement, et Fugo avait obéi sans discuter. Le malheureux essayait de contrôler tant bien que mal les crises de Purple Haze, maintenant que le regard de Mista était de nouveau posé sur lui, mais il était plus faible que son terrible Stand, surtout quand il dormait et mangeait si peu.
- Il a bien survécu six mois sans nous, protesta Giorno.
- Oui mais dans quel état.
- Ce sera différent cette fois-ci. La mission lui donnera un but, un objectif à remplir. Ça le motivera. Il verra ça comme la lumière de sa rédemption. Et puis il ne sera pas seul.
Mista sembla hésiter, puis soupira :
- Je peux pas aller avec lui, Giogio. Je peux pas te laisser seul maintenant. On a encore trop d'ennemis. C'est trop le bordel à Naples.
- Je sais. C'était pas à toi que je pensais.
Giorno pensait à Sheila E, cette fille en colère qui avait servi l'ancien boss, qui faisait preuve d'une volonté de se racheter presqu'effrayante, mais dont ils n'étaient pas encore sûrs de la loyauté. Il y avait aussi cet espion que personne n'avait jamais vu, Cannolo Murolo. Il avait aidé la Squadra à trahir Diavolo, et effrayé d'être considéré comme un traitre par le nouveau boss, il avait disparu des radars. Giorno l'avait cherché, lui aussi, il avait désespérément besoin d'informateurs et d'espions pour reconstruire Passione, mais sans résultat, jusqu'à ce que Fugo lui déclare comme si de rien n'était avoir trouvé auprès de lui les infos avec lesquelles il avait appâté Giorno pour le piéger. Voilà pourquoi il avait besoin de lui. Fugo ne faisait même plus partie de Passione, comment il avait fait pour retrouver l'espion ?
- Je l'avais déjà contacté dans le passé, répondit simplement Fugo. Il y a deux ans.
Un rappel que Giorno et Mista étaient peut-être les leaders de Passione, mais Fugo était un enfant du système, et ce depuis bien plus longtemps qu'eux.
La loyauté de Murolo devait être testée aussi. Mista ricana en entendant qui partait :
- L'équipe des parias. T'es sûr que réunir trois traitres et les envoyer loin de nous c'est la meilleure idée ? Remarque s'ils se font tous tuer, ça fera le ménage.
Mista riait, mais quand l'équipe des parias revint de Sicile, victorieuse mais bouleversée, Sheila E et Murolo se poussant du coude et se chamaillant comme un duo comique, la peur en plus, pour ne pas être celui qui expliquerait pourquoi Fugo avait dû être rapatrié en avion à l'hôpital de Naples, où il était toujours inconscient, avec la gorge entièrement détruite, pour ne pas être celui qui raconterait au boss comment ils en avaient pu en arriver à laisser leur coéquipier briser une putain de capsule de Purple Haze dans sa bouche, dans sa bouche, Mista arrêta de rire.
Ils allèrent à l'hôpital. La mâchoire, la joue et le cou de Fugo n'était qu'une plaie ouverte, en partie fondue, d'où sortait de multiples tuyaux en plastique.
- Il est condamné, leur dit le chirurgien. On le laisse branché parce que ce sont vos ordres, mais les tissus sont trop endommagés pour une éventuelle reconstruction, le risque d'infection est quasi inéluctable. Et même s'il survivait, il serait dépendant des machines, il ne pourrait plus parler, manger, ni même respirer naturellement.
Mista quitta la chambre brusquement.
Le chirurgien resta encore un peu pour donner d'autres explications, puis Giorno lui demanda de le laisser seul avec le blessé. Gold Experience apparut alors qu'il se penchait sur Fugo, et le soigna un minimum, juste ce qu'il fallait pour qu'il respire, il créa un microbiome qui le protègerait des infections. Ça suffisait pour l'instant.
Il rejoignit Mista dans le couloir. Le tireur lui tournait le dos, un bras appuyé au mur. Il pleurait. Giorno lui toucha l'épaule, dans ce qu'il espérait être un geste de réconfort, mais Mista se tourna vers lui violemment, des larmes plein les yeux, en colère.
- Pourquoi tu l'as envoyé là-bas ? cria-t-il. Pourquoi une mission aussi dangereuse ? Avec deux incapables en plus ! T'as encore voulu jouer au marionnettiste ! « La lumière de la rédemption » mon cul ! C'était super tordu comme plan !
Giorno se figea. Qu'il soit le boss de Passione, que Mista soit son meilleur ami en qui il avait absolument confiance, ne changeait rien au fait qu'il réagissait toujours de la même manière quand on lui criait dessus. Il recula, verrouilla son visage, et se tint prêt à lever les bras pour se protéger.
- Tu étais d'accord, il me semble.
Mista avait remarqué le changement d'attitude de son boss. Il se calma.
- Je sais, Gio. Pardon de t'engueuler. C'est juste que… On a déjà perdu tellement…
- Fugo ne va pas mourir. Gold Experience l'a mis hors de danger.
Le tireur jeta un coup d'œil à travers la vitre. La gorge de Fugo toujours aussi décomposée. Saloperie de virus.
- Pourquoi tu l'as pas soigné entièrement ?
Giorno sentit une boule dans son ventre. Un marionnettiste, hein ?
- Je le ferai, mais je veux qu'il soit conscient. Qu'il sache que c'est moi qui le soigne.
Savoir que Fugo était hors de danger avait rassuré Mista. Le tireur s'essuya les yeux une dernière fois et parvint même à faire un sourire.
- Oh ? Tu veux qu'il te soit reconnaissant ?
- Et même plus, répondit Giorno sombrement. Je veux qu'il sache que maintenant sa vie m'appartient. S'il tente encore des attaques suicides, s'il ne respecte pas son corps, qu'il se griffe se prive de sommeil ou se nourrit mal, il me trahit. Il détruit ce qui m'appartient. Je le soignerai et je lui ferai comprendre ça. Ce n'est plus à lui de décider s'il peut disposer de sa vie ou non, c'est à moi.
- Woh, commenta seulement Mista.
Fugo avait raison, au fond, Giorno était bien un manipulateur. Il espérait que si c'était pour sauver la vie du malheureux, c'était acceptable. Il se sentait tellement désolé. Fugo avait erré des mois sans savoir si ses amis étaient vivants. Il se blâmerait toute sa vie de ne pas être monté sur le bateau, il n'avait presque plus personne à qui demander pardon. Il ne lui restait que Mista qui le détestait, et lui qui le manipulait.
- Il va en chier sa race quand tu le soigneras, s'il est conscient, dit Mista. Bien fait pour lui. Je peux pas croire qu'il m'ait fait pleurer, cet enfoiré.
Ça fit sourire Giorno. Fugo avait encore une petite place au fond du cœur têtu de Mista.
Fugo n'avait pas l'impression d'avoir une place où que ce soit. Il s'était réveillé la tête lourde, assommé par les calmants. Sheila E était assise sur une chaise dans un coin. Murolo était retourné se terrer dans son trou, mais il avait envoyé des fleurs. Fugo essaya de se rappeler ce qui s'était passé.
Massimo Volpe. Massimo Volpe de l'université. Il les avait surpris une fois, son professeur avait sa main là, et Pannacotta était statufié. Le visage de Massimo Volpe s'était allongé et il avait refermé la porte immédiatement. Barbabietola avait laché Pannacotta pour se lancer à sa poursuite dans les couloirs. Pannacotta était mort de peur. Il ne voulait pas qu'on sache, personne ne devait savoir, mais en même temps, si l'affaire éclatait ses parents seraient obligés d'en avoir quelque chose à foutre. Massimo Volpe était un grand, il saurait quoi faire. Peut-être qu'il détestait Pannacotta qui avait de meilleures notes que lui du haut de ses 13 ans, mais il pouvait faire quelque chose, il était adulte, il savait que ce qu'il avait vu était grave et au-delà des jalousies étudiantes. Mais tout ce qui avait changé suite à ça, c'était les rumeurs, les chuchotements sur son passage, et la remontée spectaculaire de Volpe en droit international.
Massimo Volpe se rappelait de tout, il l'avait appelé "la pute du prof" devant Sheila E, qui avait eu la bienveillance de ne poser aucune question. Ça ne lui avait rien fait. Même pas de colère. Fugo était là pour descendre l'équipe des narcotiques, rien d'autre. Pour se racheter devant Giorno, Mista, et les défunts. Depuis la mort de Bucciarati, les souvenirs de l'université de lui faisaient plus rien. Il ne ressentait rien du tout, quand il avait cassé une capsule de Purple Haze entre ses dents. Merde... il avait vraiment fait ça.
Il essaya de parler mais il ne put produire qu'un grognement humide qui ressemblait tellement au bruit que faisait Purple Haze qu'il crut que le monstre était avec eux dans la pièce.
Sheila E se leva et s'approcha prudemment de lui.
- Yo, fit-elle maladroitement. Enfin réveillé. Les docs disaient que t'étais foutu.
Fugo ne pouvait rien faire d'autre que la fixer.
- Ouais, je sais, tu peux plus parler. Je… vais pas t'engueuler pour avoir fait un truc aussi dangereux, parce que tu m'as sauvé la vie, mais tu mériterais une paire de claques… si t'avais encore des joues haha.
Elle se balançait d'un pied sur l'autre. Sheila E était nulle avec les émotions, c'était peut-être pour ça qu'ils se sentaient si à l'aise ensemble.
- Je te donne un conseil : évite les miroirs pendant un moment. Et aussi, t'as été impressionnant là-bas. Je suis contente que tu sois pas mort. Mission accomplie. Merci Fugo. Guéris vite.
Elle faisait la dure, mais elle s'enfuit en tremblant. Fugo se leva et se traina jusqu'à la salle de bains pour trouver un miroir. Il ressemblait à un monstre de film d'horreur. Son visage, son cou. Le peu qu'il restait de la partie inférieure de sa mâchoire avait été cousue aux joues pour tenir en place, autour de la bouche, comme son Stand. Fugo était maintenant aussi hideux à l'extérieur qu'à l'intérieur. Ça le fit rire, si on pouvait appeler un rire ces grognements inhumains. Ça tirait sur les coutures et la douleur le fit s'évanouir.
Il rentra chez lui avec l'intention de ne plus jamais sortir. Un infirmier venait lui apporter les perfusions qui le nourrissaient, lui changeait le bandage de sa blessure au ventre. C'était ça que serait sa vie, maintenant ? Et lui qui pensait qu'il ne pouvait pas tomber plus bas. Au moins, il avait payé sa dette envers Passione. Il ne leur serait plus utile, dans cet état.
Pourtant, au bout d'une semaine il reçut une convocation. Au Libeccio, rien que ça. Giorno avait un sens de l'ironie subtil, ou bien c'était de la pure cruauté. Fugo pensait qu'il n'arriverait pas à s'y rendre, il avait trop de souvenirs là-bas. Mais avec son nouveau visage, tout le monde fuirait en le voyant, ce serait un peu plus supportable. Il n'était de toute façon pas en position de discuter les ordres de Passione. Alors il prit son courage à deux mains et traina jusqu'au Libeccio son visage atomisé, sa blessure à peine refermée au ventre, sa douleur. Qu'est-ce que Passione pouvait encore lui vouloir maintenant ?
Giorno était entré, seul. Il s'était assis en face de lui. Fugo était plié en deux, toussait et crachait et bavait. Giorno avait pris dans ses mains le chili con carne qui lui tenait lieu de gorge et il l'avait soigné. Fugo se toucha le visage et il sentit de la peau, de la peau solide bien que manquant d'élasticité. Il verrait en rentrant que des cicatrices resteraient. Gold Experience n'était pas un chirurgien esthétique.
Il avait pu parler, d'une voix râpeuse qui lui faisait mal. Mais c'était surtout Giorno qui avait parlé. Fugo ne se rappelait pas des détails, tout avait semblé si irréel, la lumière du jour qui filtrait par la fenêtre, Giorno qui avait guéri ses plaies comme une sorte de Dieu. D'ailleurs, Fugo était tombé à genoux. Il avait pleuré et lui avait embrassé les mains. Ça ne lui ressemblait pas, pourtant. Giorno voulait le garder dans Passione. Fugo lui avait dit que sa vie lui appartenait. Pas seulement sa vie, son âme, son corps, tout. Avec du recul, il se dirait qu'il en avait peut-être un peu trop fait, mais sur le coup, dans cette aura mystique, il lui avait semblé que c'était ce qu'il devait faire. Giorno avait semblé satisfait, d'ailleurs, à l'idée que Fugo lui offre son existence pathétique. Dire qu'il avait eu l'intention de le tuer pour venger Bucciarati et les autres, et le voilà qui lui jurait allégeance avec une dévotion presque morbide qu'il n'avait jamais eu pour Bucciarati. Une part de lui n'aimait pas ça. Une autre en criait le besoin. Si Mista faisait confiance à Giorno, Fugo aussi. Il n'avait de toute façon pas la force mentale de lui résister. Il se faisait manipuler ? Ce n'était pas pire que quand il était seul.
Notorious B.I.G, Fugo se rappelait de ça. Giorno lui avait parlé d'un Stand qu'ils n'avaient pas pu battre, parce que son manieur était déjà mort. Il lui avait dit que Purple Haze pouvait devenir comme Notorious B.I.G. Si Fugo ne mourait pas en paix, il était possible que Purple Haze survive à sa mort et dans ce cas le monstre deviendrait invincible. L'idée était tellement cauchemardesque que Fugo n'y réagit pas. C'était au-delà de son seuil de tolérance. Giorno lui avait enlevé le seul point de réconfort qu'il lui restait : l'idée d'une échappatoire dans la mort.
En échange, Giorno lui offrit de venir s'installer dans sa villa avec lui, Mista, et Coco Jumbo la tortue. Il accepta. Revoir la tortue lui serra le cœur. Comment cette petite bête avait pu survivre, alors que tous ses amis qui étaient tellement forts n'étaient plus là ? Giorno se pencha par-dessus son épaule pour donner une feuille de salade au reptile :
- Il y a un fantôme dedans maintenant, lui apprit-il. Monsieur Polnareff ? Vous pouvez sortir, pour que je vous présente Fugo ?
Fugo fit un bond en arrière quand la silhouette d'un homme inconnu sortit de Coco Jumbo. Giorno le rattrapa protectivement.
- La brebis égarée, l'accueillit l'homme dans la tortue avec un fort accent français. Tu es prêt à te mettre au travail, j'espère, on a besoin de toi.
Fugo avait hoché la tête bêtement.
Plus tard, il croisa Mista dans un couloir, et celui-ci se détourna avec un regard dégouté. C'est vrai, pensa Fugo, les cicatrices. Les cicatrices et la trahison.
Fugo se mit au travail. Il n'avait pas grand-chose d'autre à faire. À l'époque du Bucci gang, c'était toujours délicat de trouver un moment pour travailler. La maison était pleine de vie, même dans le grand appart il y avait toujours du bruit, la télé, la musique, les rires et les engueulades. Le soir, ils regardaient des films tous ensemble, serrés sous des couvertures. Ils avaient un planning de tâches ménagères à respecter qui était la source de conflits sans fins. Le frigo et la salle de bains étaient des zones de guerre. C'était différent ici. La villa était immense, en connaissant les habitudes des uns et des autres, il était possible de passer la journée sans se croiser. Fugo passait le plus clair de son temps dans sa chambre ou dans son bureau. Il y avait des gens payés pour faire le ménage et la cuisine, et il y avait plus de salles de bains qu'il y avait d'habitants. Abbacchio ne parasitait pas le canapé, Narancia ne mettait pas la musique à fond, Bucciarati ne prenait pas toute la place sur l'étendoir en faisant sécher sa lingerie à plat.
Mista ne venait pas lui tenir compagnie, lui parler de ses livres et de ses questions existentielles. Mista ne lui parlait plus.
Toutes les nuits, si Giorno se levait pour aller aux toilettes ou boire un verre d'eau, il voyait de la lumière filtrer sous la porte de la chambre de Fugo. Giorno savait bien que ramener Fugo ici ne suffisait pas à le rendre heureux. Comment ça pourrait ? Giorno lui avait tout pris. Si au moins Mista se comportait décemment. Mais Mista en avait trop sur le cœur. Ça aurait été facile pour Giorno de le faire arrêter d'être mesquin, il n'avait que quelques mots à dire : Pardonne-le, Mista, c'est un ordre. Mais ce n'est pas comme ça qu'on convainc ses amis. Le pardon devait venir du cœur de Mista. Giorno n'avait jamais eu l'intention de manipuler les gens qu'il aimait. Et il avait peut-être eu tort de jouer à ce jeu là avec Fugo. L'envoyer risquer sa vie en mission pour qu'il reprenne confiance. Le soigner pour qu'il tienne à la vie. Ce n'était pas se comporter en ami, ce n'était pas bienveillant. Fugo avait besoin de bienveillance plus que d'autorité. Bucciarati l'avait compris dès le premier jour, mais pas lui.
Il frappa doucement à la porte.
- Entrez ?
Fugo était assis dans son lit, entouré de piles de paperasse.
- Tu dors pas ? lui demanda Giorno en s'approchant doucement.
- Je fais du tri.
Il était 5 heures du matin.
- Je peux m'asseoir ?
Fugo sembla se rendre compte d'à qui il parlait. Il rassembla ses papiers nerveusement pour faire de la place.
- Bien sûr, boss.
Giorno s'assit au bout du lit et le regarda. Fugo avait l'air épuisé. Ses cheveux étaient trop longs, des cernes entouraient ses yeux, aussi rouges que les cicatrices sur le bas de son visage, que ses griffures sur les flancs. Aucune ne semblait trop récente, analysa rapidement Giorno. C'était bon signe. Ces trous dans les vêtements étaient vraiment une bonne idée. Fugo croisa les bras, conscient du regard de son boss, et Giorno détourna les yeux.
- Comment tu vas, Fugo ? essaya-t-il de demander. Est-ce que tu te fais à ici ?
- Oui, boss, tout va bien.
Un mensonge tellement flagrant. Giorno n'aimait pas que Fugo l'appelle « boss », il voulait qu'il l'appelle « Giogio », avec tendresse, comme Mista. Mais il ne le méritait sans doute pas.
- Purple Haze te laisse tranquille ?
- Oui, murmura Fugo soudain nerveux.
- C'est bien. Essaie de dormir, d'accord ?
Fugo cligna des yeux sans répondre.
- Fugo…
- Oui. Oui, d'accord, boss, je dormirai.
Giorno avait voulu s'assurer que Fugo soit docile, pour que Mista ne le voie plus comme un traitre et pour que Fugo ne mette plus sa vie en danger. Il avait fait une erreur. Il aurait dû laisser ça venir de lui, comme le pardon de Mista. Oh, Fugo était docile, ça avait marché mieux que bien. Mais en jouant à tirer les ficelles de sa psyché, Giorno l'avait sans le vouloir mis hors d'atteinte. Fugo ne se considérait plus comme un des leurs, par conséquent ils ne pouvaient plus communiquer. Giorno regrettait. Il aurait dû soigner Fugo quand celui-ci était encore inconscient, et peut-être lui dire des choses comme « on est ensemble, on va se serrer les coudes », plutôt que le terroriser en lui parlant de Notorious B.I.G. et le pousser à lui jurer sa vie. C'est ce qu'un ami aurait fait. Mais Giorno avait eu si peu d'amis, il ne savait pas s'y prendre.
Ne sachant comment continuer le semblant de conversation, mais ne voulant pas abandonner, il gagna du temps en regardant la pièce autour de lui. Elle était vide, à part les meubles, il n'y avait rien. Pas un livre posé sur la table de chevet, pas une chaussette qui trainait au pied du lit, même la photo de groupe que Giorno lui avait donné n'était nulle part.
- Tu sais, lui dit Giorno, on a des affaires à toi. On a vendu votre ancien appart, c'est ce que voulait Mista, mais on a récupéré tes affaires qui étaient encore dedans. Tes vêtements, tes livres… Ils sont dans la cave. Si tu as besoin…
- Non, c'est gentil, répondit Fugo. On peut tout jeter je les récupèrerai pas.
Giorno se rappela les boucles d'oreilles qui avaient tellement blessé Mista. Elles étaient encore dans son bureau, avec un carton de petites choses qu'il avait mis de côté quand, avec l'intention d'apprendre à le connaitre, il avait fouillé les affaires de Fugo.
- Je reviens.
Il lui rapporta le carton. Fugo jeta un coup d'œil dedans et comprit tout de suite. Il reprit une expression farouche :
- Giorno, je crois pas que ce soit…
- Je laisse juste ça là, lui dit le boss en voyant que Fugo commençait à paniquer. Je le glisse sous le lit. Tu n'as pas besoin de regarder maintenant.
- O… Okay.
- Mais prends au moins ça. Ça a fait de la peine à Mista que tu ne les aies pas gardées.
Il tendit le boitier des boucles d'oreilles à Fugo.
- C'est… ah…
En une seconde, ses yeux s'étaient remplis de larmes. Giorno, qui ne savait pas comment pleurer, le regardait fasciné. Mais Fugo se dépêcha de tourner la tête.
Giorno s'apprêtait à le laisser seul avec son chagrin, mais alors qu'il se levait, Fugo se mit à parler d'une voix si pressante, c'était comme s'il le suppliait de rester. Il retint son souffle.
- C'était un cadeau de Narancia. À Noël dernier… J'avais pas les oreilles percées, il a fallu que… Abbacchio me les a percées, mais il disait que je pouvais pas les mettre tout de suite, au cas où je faisais des allergies, je devais attendre que ça cicatrise… Alors… Narancia avait trop hâte que je puisse changer et mettre celles-là. Il disait que… il voulait me voir avec. Mais ensuite… ensuite… putain… Narancia…
Fugo avait remonté sa couverture pour se cacher le visage. Il était secoué de spasmes. Giorno tendit une main vers lui mais Fugo, la tête dans la couverture, ne le vit pas. Giorno savait ce qu'il devait faire : il devait le prendre dans ses bras. Il avait vu Mista pleurer comme ça tellement de fois, un câlin aidait. Fugo devait être pareil. Mais Mista, c'était lui qui ouvrait les bras et enlaçait Giorno. Giorno ne savait pas faire. D'ailleurs, Mista lui avait dit, une fois : tu fais les mêmes câlins que Fugo, avec de l'affection, de la nostalgie dans la voix. C'était au début, avant que l'absence de Fugo ne fasse trop souffrir Mista, avant que le nom du traitre devienne tabou pour le tireur. On vous prend dans les bras et vous devenez tout raides comme si vous pigez pas ce qui se passe. Et après tu me tapes dans le dos bizarrement, tout pareil que lui. Fugo comme lui avait dû apprendre à serrer quelqu'un dans ses bras en regardant la télé. Qu'est-ce qui se passerait si Giorno enlaçait Fugo ? Ils seraient comme deux robots qui se taperaient le dos en alternance comme les jouets du Mac Do ? Giorno pensa à leurs retrouvailles, sous la pluie. Fugo s'était jeté dans les bras de Mista avec un tel abandon. Giorno n'en serait jamais capable.
Sa main se posa timidement sur le genou deFugo, par-dessus-la couverture. Fugo tressaillit, et il se mit à sangloter audiblement. Giorno retira sa main. Est-ce qu'il avait empiré les choses ? Peut-être que Fugo voulait être seul ? Il lui posa la question le plus gentiment possible. Fugo l'ignora. Ça voulait surement dire oui, pensa Giorno. Il était doué pour lire les gens, mais les larmes le laissaient dans l'incompréhension. Ce n'était pas comme si qui que ce soit l'avait déjà réconforté. Il regarda une dernière fois Fugo avant de quitter la chambre. Le malheureux avait basculé en position fœtale, serrant dans ses mains tremblantes la paire de boucles d'oreilles que Narancia ne le verrai jamais porter.
Fugo passait la plupart de son temps avec Sheila E, ils s'entendaient bien et Giorno avait décidé de les mettre en binôme. Ils faisaient leurs missions de terrain ensemble. Avec Murolo aussi, quand ils arrivaient à le sortir de son trou. Mista les appelait l'équipe des parias, l'équipe des traitres. Ça faisait enrager Sheila, mais elle avait trop peur du tireur pour protester en face. Fugo l'aimait ben, cette équipe de parias. Ils ne valaient pas l'ombre de la team Bucciarati, mais au moins Fugo était avec des gens de son niveau, qui avaient peur, qui s'énervaient, qui prenaient les mauvaises décisions. Trois parias qui avaient tout perdu. Sheila E et Murolo avait tous les deux travaillé sous les ordres directs de Divaolo, et ça les avait bousillés. Un soir, alors qu'ils buvaient quelques bières chez Murolo, l'espion leur avait raconté que Diavolo avait tué méthodiquement toute son équipe, pour s'assurer que son informateur n'ait d'yeux que pour lui. Pas étonnant que Murolo soit devenu paranoïaque. Tout le monde le considérait comme un lâche, mais ça avait dû lui demander des tripes d'aider la Squadra. À sa place, Fugo ne sait pas s'il aurait osé. L'histoire de Sheila E était semblable. Elle était seule. Parfois, Fugo se demandait s'il n'était pas le plus chanceux des trois. Au moins, il lui restait Giorno et Mista. Mista le détestait et Giorno jouait avec lui, mais au moins ils étaient encore en vie.
Sheila E et Fugo avaient passé la nuit dehors à guetter les allées et venues d'un groupe de trafiquants qui commençait à s'organiser dans le quartier de Scampia. Une nuit pénible et tendue. À l'aube, quand les affaires s'étaient calmées, ils avaient enfin pu terminer leur mission et Fugo avait proposé à Sheila de venir manger quelque chose à la villa avant de rentrer s'effondrer chez elle.
Il pensait qu'il n'y aurait personne dans la cuisine. C'était tôt le matin, en général tout le monde dormait encore. Mais quand il ouvrit la porte, il se figea, au point que Sheila E qui le suivait lui rentra dedans.
Mista était assis sur le plan de travail en attendant que le café se termine. Giorno pinaillait dans son bol de céréales. Entre les deux, allant de l'un à l'autre avec de grands gestes, la seule du trio à être parfaitement réveillée, gesticulait Trish. Elle se figea à son tour quand elle reconnut Fugo.
Un moment, ils restèrent tous silencieux. Mista descendit du plan de travail et sortit nonchalamment son flingue, comme si Fugo pouvait être une menace. Giorno, au lieu d'apaiser la situation, ne disait rien du tout. Ce fut Trish qui rompit le silence avec un prudent :
- Salut.
- Trish… murmura Fugo.
Encore une fois, il buguait. Il ne s'attendait pas à la revoir comme ça. Il ne savait pas quoi ressentir par rapport à elle. Il la détestait ? Il la détestait, non ? Elle était responsable… Fugo savait bien que rien n'était de sa faute. En tout cas, elle, elle devait le détester et elle avait de bonnes raisons.
- Je suis désolé, commença-t-il la gorge nouée.
Il aurait préféré que Mista ne soit pas là pour entendre ça, mais bien sur le tireur n'en perdait pas une miette. Fugo respira un grand coup. Courage.
- … À Venise, j'aurais dû…
- Arrête, le coupa Trish avec un geste de la main. Je suis contente que tu sois pas venu. Au moins un que mon père a pas tué. Ça me fait plaisir de te revoir, Fugo. T'as pas changé.
C'était gentil de sa part de dire ça. Gentil et complètement faux, Trish ne pouvait pas avoir manqué les cicatrices méchantes qui lui barraient maintenant la mâchoire et le cou.
- Enfin bref, reprit Trish alors que le silence recommençait à s'éterniser. Je venais dire au revoir, je pars aujourd'hui, ma maison de disques m'organise une tournée dans toute l'Italie ! Je… je suis chanteuse, maintenant. Enfin je démarre juste.
Fugo n'en revenait pas que Trish tente de discuter avec lui comme si de rien était. Comme s'il n'avait pas crié aux autres qu'il fallait mieux la laisser mourir, comme si les autres n'était pas tous morts en la sauvant. Le poids qui ne quittait jamais sa poitrine s'allégea un tout petit peu. Peut-être que Trish ressentait le même ? Peut-être qu'il pourrait l'aider à l'alléger aussi ?
- Je sais, répondit-il avec toute la sincérité dont il était capable. J'ai écouté ton disque. Il est très beau.
Fugo n'aimait pas trop la musique pop d'habitude, mais entre les lignes, les paroles des chansons de Trish parlaient de Bucciarati, d'Abbacchio et de Narancia, de leur gang quand il était entier. Elles avaient fait pleurer Fugo pendant toute une nuit.
De son coin de la cuisine, Mista ricana :
- Haha, fit-il méchamment. Maintenant tu sais quel genre de musique elle aime.
- Mista, tu fais chier ! l'engueula Trish.
Ça surprit Fugo. C'était comme si Trish avait peur que leur réconciliation rate. Comme si ça comptait pour elle.
- Merci, reprit-t-elle en se retournant vers Fugo. Et donc, je pars un mois, il faudra que vous veniez arroser mes plantes et nourrir mon chat, j'habite pas loin d'ici, à…
- Chez Bucciarati, coupa Fugo. Dans son ancienne maison.
Un silence, puis :
- Comment tu sais ?
- Je t'ai vue là-bas, il y a quelques mois. Je savais pas que tu y vivais. J'y habitais aussi, avant. J'étais venu voir parce que… je me disais que peut-être… enfin… et c'est là que je t'ai vue.
- Oh. T'aurais pu entrer dire bonjour.
Comme s'il aurait pu.
- T'avais un flingue, dit Fugo avec un faible sourire.
- Hein ? Ah mais attends ! le pervers qui est entré dans le jardin pour renifler mes sous-vêtements ! Giorno, Mista, vous vous rappelez, je vous en avais parlé ! Me dit pas que c'était toi, quand même ?
- Je reniflais pas tes sous-vêtements, se défendit Fugo en rougissant. Je me suis approché du linge pour être sur… de loin, j'ai cru que c'était les affaires de Narancia. Je savais pas que Narancia était… qu'ils étaient tous... Je savais pas... alors j'ai cru…
Il ne parvint pas à aller plus loin. Trish essaya de rire, et d'un coup elle détourna le visage et se cacha les yeux. Fugo en fit autant. Mista avait les mains qui tremblaient.
- C'est vrai que je lui ai piqué une jupe ou deux, parvint à plaisanter Trish avec une voix émue. Désolée, Fugo. C'était que moi.
- C'est moi qui suis désolé. Je... j'aurais pas dû toucher tes sous-vêtements.
Trish le regarda de nouveau, elle lui fit un sourire futé :
- Oh c'est rien, ça. En fait, ça me rassure de savoir que c'était que toi. Je sais bien que t'es gay.
Fugo tressaillit. Giorno tourna la tête vers lui. Mista leva les yeux vers lui. Comment elle savait ? Elle le connaissait à peine, est-ce que s'était écrit sur sa figure ? Il repensa à son prof, qui lui disait c'est ton truc n'est-ce pas ? A moi tu peux me le dire. Il allait basculer en spirale quand un rire un idiot retentit près de lui. C'était Sheila E, qui se plaquait les mains sur la bouche en espérant que personne n'avait entendu son gloussement. Ça calma Fugo. Trish regarda Sheila pour la première fois, par-dessus l'épaule de Fugo, et elle sourit :
- Et c'est pas en ramenant une fille que tu vas arriver à me faire croire le contraire. Comment tu t'appelles ? Moi c'est Trish.
Sheila E se mit presque au garde à vous.
- Sheila E. Je suis une fan, j'ai vu tous vos films.
Trish fronça les sourcils.
- J'ai joué dans aucun film...
Sheila rougit de honte mais elle garda la tête haute. Fugo l'admirait un peu.
- Je veux dire : si vous aviez tourné dans des films je les aurais tous vus.
Trish se mit à rire, un peu surprise. Fugo l'était aussi. Est-ce que c'était… une tentative de flirt ? Son binôme avait l'air mortifiée. Fugo ne risquait pas de se moquer d'elle, il serait bien incapable d'en faire autant.
Giorno les invita finalement à entrer s'asseoir, partager le petit déjeuner tous ensemble. Fugo et Sheila E prirent soin de s'installer le plus loin possible de Mista, qui les regardait de travers. Fugo craignait que le tireur ne quitte la cuisine pour ne pas avoir à manger en face de lui, mais ça n'arriva pas. Mista s'assit à côté de Giorno et coupa des morceaux de pain pour les Sex Pistols. Trish s'assit à côté de Fugo.
- Tu sais, lui dit-elle, tu peux venir à la maison quand tu veux. Même si je suis pas là, si tu veux y être seul, tu peux passer. C'était ta maison aussi, t'y as habité plus longtemps que moi.
- Deux ans, murmura Fugo.
- Deux ans, répéta Trish.
Soudain, elle lui attrapa la main. Elle lui fit un sourire tout tremblant :
- J'ai connu Bucciarati qu'une semaine.
Fugo la serra. Il voulait lui dire encore qu'il était désolé, mais il avait peur que ça lui fasse encore plus mal. Ils restèrent comme ça sans rien dire jusqu'à ce qu'un mouvement sur la table devant Fugo attire son attention. C'était Numéro 5. La petite créature rôdait autour de sa tasse de café. Ni Mista ni les autres ne semblaient avoir remarqué qu'il était ici, jusqu'à ce qu'il couine de sa voix geignarde :
- Tu nous a manqué, Fugo.
Son cœur s'emballa. Ce n'était qu'un Pistol, essaya-il de rationaliser, et Numéro 5 en plus, celui qui représentait l'émotivité de son manieur. Mais quand même… Il osa un coup d'œil timide à Mista, qui lui rendit un regard assassin. Il baissa les yeux aussitôt. Numéro 3 était maintenant en train d'insulter et de frapper numéro 5, et pour une fois, Mista le laissa faire.
Olala le chapitre de transition... Je suis passée un peu vite sur les événements de Purple Haze Feedback, j'espère que tout le monde l'a lu ! xD
Giorno : Je pense que l'adorable Giorno a un côté sombre, une part "Dio" que j'avais envie d'explorer dans cette fic, mais je n'ai pas réussi a aller jusqu'au bout parce que je l'aime trop ! Du coup ça donne un mix bizarre, j'espère que c'est pas trop incohérent. Lui aussi c'est un gosse, au fond.
Sheila E : J'adore Sheila E et Murolo, je les imagine comme deux boulets. Je sais pas d'où ça me vient mais j'ai comme headcanon que Sheila E a le rire le plus débile de la terre xD
