Chapitre 2 - Dursley - La conspiration des squatteurs de couloir
- Paul, ça fait longtemps !
Il se retourna.
- Bonjour Rose !
Elle arriva à sa hauteur, souriante et pleine de vie. Rose effaçait toujours sa morosité. Il se sentait envahi par d'allégresse à chaque fois qu'elle croisait son chemin. Il la salua d'un piètre sourire et d'un hochement de tête.
- Comment vas-tu ? Demanda-t-elle.
- Ca va. Répondit Paul.
Son sourire se fit plus sincère alors qu'il se laissait doucement envahir par le bonheur de la revoir.
- J'ai passé de bonnes vacances de Noël, et toi ? Dit-il.
Evidemment, c'était un mensonge. Ses vacances n'étaient jamais véritablement plaisantes à cause de la distance et le malaise élémentaire dont faisait preuve ses parents. Mais à cet instant, devant sa jolie amie rousse, il lui semblait qu'il n'avait jamais passé de mauvais moment. Aucun de ses souvenirs ne paraissait pouvoir altérer sa bonne humeur. Il se délecta de ses jolis tâches de rousseurs. Ses beaux yeux verts étincelèrent.
- Des vacances en famille ! S'exclama-t-elle. De quoi m'occuper pendant deux siècles sans jamais m'ennuyer. Enfin, tu sais comment est ma famille.
Elle lui fit un clin d'oeil. Il grimaça.
- Oui, je sais.
Effectivement, il savait. Un peu trop bien d'ailleurs. Harry Potter était le cousin de son père, Dudley. S'ils se voyaient peu souvent, quasiment jamais, et heureusement car Paul avait déjà bien trop subit les foudres de James Potter. Lorsque James avait choisi sa cible, elle ne lui échappait jamais. En l'occurrence, Paul avait le malheur de le croiser tous les jours à Gryffondor. Il avait souvent eu l'occasion de se demander pourquoi James avait été envoyé à Gryffondor. Il était ambitieux et obtenait toujours ce qu'il voulait. Il ne dédaignait aucun moyen pour parvenir à ses fins. Il secoua la tête pour chasser ces pensées hors de son crâne. Au final, James Potter parvenait à lui empoisonner la vie même lorsqu'il n'était pas dans les parages. Il soupira. La jeune fille fronça les sourcils.
- Il s'est passé quelque chose avec ma famille ? Demanda-t-elle avec un air suspicieux.
Paul laissa échapper un petit rire nerveux.
- Non, non, rien du tout.
- James t'a encore pris pour cible, n'est-ce pas ? Murmura-t-elle d'une voix douce.
Elle posa sa main sur son avant-bras nu, compatissante, et il sentit un frisson le parcourir. Face à la gêne qui montait en lui, Paul se demanda s'il devait se maudire ou au contraire se bénir d'avoir relevé ses manches. Brusquement, il se dégagea de sa prise et tourna les talons en grommelant quelque chose à propos d'un devoir à faire.
La jeune sorcière resta là, plantée dans le couloir. Une demi-seconde passa avant que sa bouche ne se torde dans un rictus frustré et qu'elle ne croise les bras de colère. Une petite discussion avec James s'imposait. Si elle s'était soudainement mise à taper du pied, les personnages des portraits qui la regardait n'auraient pas trouvé cela étonnant.
Elle partit elle-aussi d'un pas énergique vers la salle des Gryffondors. Quittant le couloir, elle n'entendit pas le rire discret et narquois de son cousin qui résonna derrière elle.
- Potter, cesse donc de ricaner comme ça. Tu m'exaspères. Gromela une voix féminine.
- Calme-toi, j'ai une idée marrante. Répondit le-dit cousin.
- Ah oui ? J'en doute fortement.
- Rooohh... Arrête de râler et fais-moi confiance. Tu viens d'entendre cette petite conversation, n'est-ce pas ?
- Ni plus, ni moins, Potter, puisque je m'apprêtais à te faire avaler une potion dont tu te souviendrais toute ta vie juste avant que ces deux énergumènes ne me distraient.
- D'ailleurs, loin de moi l'idée de te vexer, mais tu m'écrases. Grogna James.
- C'était le but Potter, maintenant ouvre bien grand la bouche je te prie.
- Si tu me verses une seule goutte de cette pommbl !
Un bruit de verre cassé résonna dans le couloir, suivi d'une explosion et d'un gros nuage grisâtre.
- NON ! Tonna Jun. Tu viens de réduire cinq jours de dur travail à néant !
- Vu la couleur du sol, tu m'en vois fort peu désolé. Déclara James.
Des bruits de pas se firent entendre.
- Qui a fait ça ? Tonna une voix puissante en réponse.
James chuchota.
- Viens !
Il lui attrapa le bras et la tira vers un mur qui s'ouvrit juste avant qu'il ne le percute. Lorsqu'il se referma derrière eux, James se retourna vers elle avec un air conspirateur.
- Voilà ! Dit-il, comme si cela réglait tous les problèmes. Maintenant tu peux m'étriper, mais j'ai une meilleure idée.
- Potter, tu m'épuises... Quelle idée farfelue a encore bien pu te passer par la tête ?
- Haha ! A ton avis qui c'était ?
- Qui ça ? Paul et la fille ?
- Oui ! Tu comprends ?
- Euh... Non, Potter, je ne comprends pas.
- Est-ce que tu connais beaucoup de familles qui peuvent mettre l'ambiance pendant deux siècles ?
Jun se raidit légèrement.
- Si c'est encore pour te vanter, ça ne m'intéresse pas.
- C'était ma cousine, Rose Weasley ! S'exclama James.
Jun soupira.
- Et alors ?
- Et alors, il se passe quelque chose !
- Tu racontes n'importe quoi. J'espère pour ta santé mentale que tu en as conscience.
- Mais t'es bornée !
- Et toi stupide !
- Jun !
- Quoi ?
- C'est pas sympa !
- ... Parce que t'es sympa toi ?
- ... Je peux l'être.
- Ah oui ?
- Ouai. Tu paries ?
Jun éclata d'un rire narquois.
- Bien sûr ! Je parie que t'es incapable d'être sympa pendant plus de deux semaines !
- Pari tenu ! Je te prouverais que je peux être sympa avec Paul pendant plus de deux semaines !
Les deux Gryffondors se dévisageaient en silence, penché l'un vers l'autre avec le défi sur les lèvres. Ils se fusillèrent du regard pendant plusieurs secondes avant que James ne se détourne finalement.
- Faut qu'on sorte d'ici. Suis-moi.
Il se mit à marcher et Jun lui emboîta le pas prudemment.
- Au fait, on est où ? Demanda Jun, dont le ton s'était calmé.
- Dans les couloirs. Répondit James d'une voix dure.
- Quels couloirs ?
- Ceux derrière la statue contre laquelle tu souhaitais m'assommer.
Tout autre que Jun Daniel aurait probablement cessé de poser des questions s'il avait entendu James Potter lui répondre sur ce ton. Mais rien n'arrêtait jamais la curiosité de Jun.
- C'est un passage secret ?
Le jeune homme poussa un grognement.
- Oui.
Le silence retomba finalement sur eux comme une chape de plomb. Seuls leurs pas résonnaient dans les étroits couloirs. Ils passèrent un nouveau croisement.
- Euh, Potter ?
- Hmm... grommela le jeune homme.
- On va où ?
- Vers la salle des Gryffondor.
Malgré tout, le fait qu'il n'ait pas réellement l'air de vouloir lui parler rendait tout de même Jun nerveuse. C'était inquiétant et inhabituel.
- Potter ?
- Quoi ?!
Jun sursauta si fort qu'elle faillit atterrir le postérieur dans la poussière. Elle ne se démonta pas pour autant.
- C'était quoi ton idée ?
James se tourna d'un seul coup vers elle, si rapidement qu'elle percuta son torse.
- Aie ! S'écria-t-elle.
Elle se mit à frotter son nez endoloris.
- Potter, tu pourrais faire plus atten...
Elle se figea lorsqu'elle se rendit compte qu'un grand sourire satisfait et arrogant était plaqué sur son visage. Est-ce qu'il avait joué le jeu tout ce temps-là ?
- Tu t'intéresses enfin à ce que je dis ? Ca m'étonne de toi Jun !
- C'est ça... grogna-t-elle.
- Je vais te montrer comment je suis sympa envers Rose et Paul.
Jun soupira. Elle ne le sentait pas, mais alors, pas du tout !
- Et comment ?
- Tu verras !
Il se retourna et reprit sa marche en riant. Une grimace de frustration vint déformer le visage de la jeune fille. Pourquoi est-ce qu'il était toujours comme ça ? Elle poussa sur ses lunettes pour les remettre en place sur son nez.
- Mouai...
James était parti pour un entrainement de Quiditch. Jun n'appréciait pas qu'il l'ait faite gambader pendant au moins trente minutes dans les couloirs poussiéreux et plein des toiles d'araignées qui se cachaient entre les murs de Poudlard. Elle était persuadée qu'il l'avait fait exprès. Après tout, c'était James Potter ! Mais ils étaient finalement arrivés devant le portrait de la grosse dame, ce qui était plutôt inédit. Jun avait la ferme intention de retourner explorer ces couloirs jusqu'à ce qu'elle en connaisse la moindre poussière, et, surtout, la moindre toile d'araignée. Pour l'instant, elle avait des devoirs à faire, et cela ne pouvait attendre.
Rose, assise dans la cour devant Poudlard se rongeait toujours les freins. Si elle adorait sa famille, elle détestait que James jouât à ce genre de jeux malsains qui consistaient à pourrir la vie des autres. Elle savait pourquoi il faisait ce genre de choses... C'était sa manière à lui de vivre la célébrité de ses parents. Dans le fond, elle restait persuadée qu'il restait de la bonté en lui... Peu importe ! Elle allait le sermonner de toutes manières, cela ne pourrait pas lui faire de mal. Elle sauta sur ses pieds d'un air décidé et se mit à sa recherche.
James surgit soudainement au détour d'un couloir, si soudainement qu'elle faillit le percuter.
- Ah ! James !
- Ah ! Rose ! Déclara-t-il en souriant, toujours cette trace de malice dans le regard.
Rose soupira.
- James... C'est pas le moment. Lança-t-elle sur un ton de reproches.
James haussa les sourcils avec un petit sourire.
- On dirait que tu es contente de me voir !
- Eh bien oui ! Répondit Rose.
- Oh...
- Je dois te parler de quelque chose ! Qu'as-tu fait récemment ?
- Récemment ? Articula lentement James comme s'il réfléchissait. Hm... J'essayais de faire tomber Jun sous mon charme mais on dirait bien que cela ne porte pas encore ses fruits. Dommage... !
- James ! Soit sérieux un peu ! Comment veux-tu que ça réussisse avec toutes les crasses que vous vous faites ?
James éclata de rire.
- Je plaisantais ma chère Rose !
Celle-ci fit la moue.
- Je n'en suis pas si sûre...
- Je te promet !
La façon enfantine dont il prononça la phrase attira un sourire sur le visage de Rose.
- Bref... Déclara-t-elle en se reconcentrant sur sa préoccupation initiale. Tu n'as pas fait de farces récemment ? Je peine à le croire...
James leva les yeux au ciel.
- Ah ma chère cousine ! Aurais-tu une idée précise en tête ?
- Effectivement, mais j'aurais voulu que tu me l'avoue toi-même.
- Quoique ce soit, sache que je suis innocent !
Une moue exaspérée passa sur le visage de l'adolescente.
- Paul. Dit-elle simplement.
- Paul ?
- Oui, Paul. Qu'est-ce que tu lui as fait ?
Un petit rire mesquin franchit les lèvres du jeune homme.
- Ohhh... Le petit loupio est venu se plaindre dans tes jupes ?
- James ! Gronda la brune.
- Oui oui... Tu crois vraiment que je lui ai fait quelque chose ?
- Tu lui fais toujours quelque chose !
Un soupir s'échappa des lèvres de l'aîné.
- Ah... Ok... Je vais arrêter...
- Ha ! Tu vois que j'avais raison !
Un sourire moqueur vint immédiatement se glisser sur les lèvres de James.
- J'arrête si tu lui déclares ta flamme.
Rouge se mit à rougir jusqu'à la racine de ses cheveux bruns.
- Q... Quoi ?
Très fier de son coup, James rayonnait de satisfaction. Il adorait manipuler son monde. Il reçut un violent coup sur le crâne.
- Espèce de débile !
Rose écarquilla les yeux en découvrant Jun qui la fixait de son regard bleu tout en ébouriffant les cheveux auburn de James.
- Ne l'écoute pas Rose.
- Aie ! Mais ça fait mal ! S'écria le jeune homme en se dégageant de sa poigne.
- Tu le mérites, déclara la blonde en le fusillant du regard.
Rose, bouche bée, observait les deux... rivaux ? Amis ? Amoureux ? Difficile à dire. Dans tous les cas, quelque chose de spécial les liait tous les deux. Rose l'avait remarqué longtemps auparavant. Soudain, Jun attrapa le bras de James, qui faisait tout de même une tête de plus qu'elle, et se mit à le tirer vers le fond du couloir.
- Je te l'emprunte Rose. Surtout fais comme tu le sens, j'le maîtrise !
- Euh... oui.
Rose regarda, atone, son cousin se faire emporter. Elle tourna les talons dans une démarche totalement rigide, comme un automate en mouvement.
Alors qu'elle disparaissait au détour du couloir, Jun se tourna vers James avec un regard plus noir qu'une nuit sans lune.
- JAMES SIRIUS POTTER ! Cria-t-elle exaspérée. C'était d'un manque de délicatesse ! Tu m'expliques ce que tu fais ?!
Et lorsque Jun Daniel était celle qui remarquait un manque de délicatesse, l'heure était très très grave.
- Ehhh... bien... je suis sympa !
- ... Comment est-ce que tu peux dire une chose pareille ? Est-ce que tu as déjà lu la définition du mot « sympathique » dans le dictionnaire ? Ca n'avait rien d'agréable pour Rose !
James haussa les épaules.
- Laisse-moi faire, je gère !
- Tu parles ! Je te vois venir ! Touche plus à Paul à l'avenir et laisse-les régler leurs affaires tout seul !
James soupira.
- J'essaie de te prouver que je suis sympa et tu ne me laisses même pas faire...
- J'ai pas confiance en tes manigances de fouine !
Il fronça les sourcils, la frustration grandissant en lui.
- T'es mal placée pour me dire ça !
Jun fronça son petit nez, un tic qu'elle avait quand elle commençait à s'énerver. James réprima un sourire mauvais.
- Si tu veux les aider, fais-le subtilement. Déclara-t-elle.
James la fixa un moment du regard avant d'éclater d'un rire confiant.
- J'ai plein d'idées, ne t'inquiète pas...
Jun ricana à son tour, mais son rire sonnait sarcastique.
- C'est justement ça qui m'inquiète...
- Je te promet que je vais être sympa !
- T'as vraiment une définition du mot sympathique qui me dépasse Potter...
Le jeune homme haussa les épaules.
- Bien, j'ai des choses à faire ! Déclara-t-il en s'éloignant. A plus tard !
Jun le regarda partir en s'enfonçant dans ses pensées. Elle n'allait pas cracher sur une trêve avec James Potter. Surtout que les devoirs ne cessaient de s'entasser sur son bureau. Le calme était absolument à mettre à profit. Sur ce, elle se mit en quête de Louis Weasley.
Pourquoi Jun était-elle si attentionnée envers Paul ? Quel genre de relation pouvaient-ils bien avoir ? Il était d'ordre général que Jun ne se souciait que de ses amis proches ou de sa famille. Quand avait-elle tissé des liens avec Paul ?
Cela inquiétait James plus que de raison. Avec combien d'autres garçons avait-elle pu tisser des liens sans qu'il ne s'en aperçoive ?
Fred Weasley passa dans le couloir et l'appela, le tirant de ses pensées.
