Chapitre 3 - Weasley - La jeune Rose a des piquants que l'élève insouciant ferait mieux d'éviter


Plus tard, en arrivant dans la salle commune des Gryffondors, James aperçut Jun et son cousin Louis qui étudiaient dans un coin. James observa un instant Louis. Pour une raison inexplicable, la relation entre Jun et Louis n'inquiétait pas James. C'était Louis. Sa principale occupation était de lire à la bibliothèque ou dans les jardins.

Comme si elle avait un radar spécial Potter, la jeune fille releva la tête et son regard croisa immédiatement le sien. James ne put s'empêcher un sourire narquois. Il s'approcha prêt à la taquiner mais celle-ci s'éclaircit la gorge.

- Être sympathique, donc. Dit-elle en replaçant ses lunettes sur son nez.

Elle attrapa un livre énorme. James leva les yeux au ciel lorsqu'il comprit de quoi il s'agissait. Un dictionnaire.

- Agréable, amusant, dont la compagnie est plaisante. Lu-t-elle. Synonymes, deux points, accueillant, chaleureux, charmant, gentil, bienveillant… Rien à dire, Potter, quels doux synonymes de ta personnalité.

- Tu ne trouveras pas plus charmant que moi. Répliqua James avec un clin d'oeil.

Ce fut au tour de Jun de lever les yeux au ciel.

- Cent doutes possibles. Déclara Jun en lâchant le lourd dictionnaire sur la table pour compter sur ses doigts.

James s'assit à côté d'elle, poussant la moitié de ses affaires pour poser ses bras.

- Qu'est-ce que vous étudiez ? Demanda-t-il.

Jun retira son parchemin.

- Bas les pattes, Potter ! C'est un secret de la plus haute importance.

James la regarda, interdit.

- Quoi ? Demanda-t-elle. Tu as besoin d'aide pour le devoir de Défense contre les Forces du Mal ?

- Je l'ai déjà fini. Par contre, moi, je peux vous aider.

Son père leur avait appris plus de choses sur la Défense contre les Forces du Mal qu'ils ne pourraient jamais en apprendre à Poudlard. A cause de son passé, il était particulièrement méticuleux sur le sujet. C'était d'ailleurs bien le seul, car Harry était relativement assez tranquille sur les autres sujets. Par conséquent, James avait d'excellentes notes en Défense contre les Forces du Mal.

Jun réfléchit un instant.

- Non c'est bon. Déclara-t-elle. Tu peux vaquer à tes occupations Potter.

Cependant au même instant, Louis répondit.

- Oui, j'aimerais bien James.

Un énorme sourire naquit sur les lèvres du jeune homme alors qu'il s'installait plus confortablement pour dispenser son savoir. Il était persuadé que Louis était un ange envoyé sur le Mont Gryffon.


Dans la Grande Salle, Rose était plongée dans ses pensées. Trois jours étaient passés depuis sa discussion avec James. Trois jours entiers que le cerveau de Rose envisageait toutes les possibilités. Et il n'y en avait pas beaucoup. On aurait donc pu tout simplement dire qu'elle ruminait. Le nez dans sa tasse de thé au caramel, elle n'avait pas bougé d'un pouce depuis au moins cinq minutes.

Paul l'observait, curieux et légèrement inquiet.

- Rose ? Dit-il.

Rose sursauta, le regarda et se mit à rougir jusqu'à la racine de ses cheveux bruns. Paul se demanda ce qui pouvait bien l'embarasser à ce point, mais il ne put s'empêcher de la trouver mignonne.

- Ton hibou vient de t'apporter une lettre. Dit-il simplement.

Lorsque Rose regarda enfin autour d'elle, elle se rendit compte en effet qu'une lettre trônait à côté de son assiette. Elle la saisir et l'ouvrit, distraite. Alors qu'elle baissait les yeux sur l'intérieur de la lettre, l'inscription lui sauta aux yeux.

"Alors ?

Ton plus dévoué cousin."

Elle sentit une boule se former dans sa gorge. Elle savait parfaitement qui c'était et sa dévotion était à revoir. Elle regarda un peu plus loin à la table des Gryffondors, James la regardait avec un grand sourire.

Si elle se déclarait à Paul, est-ce que James le laisserait vraiment tranquille ?

Le dit dévoué cousin était particulièrement fier de son petit effet.

- James… Murmura Jun près de son oreille.

James sursauta et se retourna aussitôt pour regarder Jun. Seul un oeil averti aurait pu repérer facilement que ses oreilles avaient prises une légère teinte rouge. Et Jun avait un oeil averti. Un sourire carnassier vint orner son visage.

- Alors comme ça, je te fais de l'effet Potter ?

Pendant une seconde, James sembla muet, ce qui était un exploit en somme. Puis un sourire narquois vint étirer ses lèvres.

- Bien sûr, Daniel. Si on mettait cette matinée à profit ? J'ai plein d'idées. Dit-il avec un petit mouvement de sourcil.

Jun but tranquillement une nouvelle gorgée de jus de citrouille.

- Si tu me disais plutôt ce que tu manigances Potter ?

- Moi ? Tenta de répondre James le plus innocemment du monde.

Mais cela était vint. James n'avait jamais l'air innocent. C'était une vérité immuable.

- Tu crois que mon radar anti-fourberie potterienne est passé à travers ton petit échange avec Rose ? Répondit Jun.

James se resservit des pancakes en haussant les épaules.

- Tout va bien.

Jun avisa silencieusement l'expression dépassée de la cousine de James, puis l'air inquiet de Paul. James fronça les sourcils.

- Pourquoi tu t'intéresses autant à eux ? Demanda James incapable de contenir sa curiosité plus longtemps.

La phrase était sortie d'une manière un peu brutale. James n'était pas très honnête. En vérité, il se demandait pourquoi elle s'intéressait autant à Paul. Jun prit le temps de boire une dernière gorgée de jus de citrouille avant de reporter son attention sur James. Un sourire malicieux vint orner ses lèvres.

- Cela te dérange Potter ?

James grogna. Converser avec Jun était comme mettre les pieds dans un champ de bataille. Habituellement, il trouvait cela plutôt stimulant, mais sur ce sujet en particulier, il aurait voulu avoir une réponse franche. Ignorant la question, il reporta son attention sur Paul. Que pouvait-il bien avoir de spécial ?


Cela faisait une semaine que Rose se torturait l'esprit sur un sujet inconnu du jeune homme. Paul l'observa une fois de plus passer la main dans ses épais cheveux auburn. Elle levait parfois le regard, croisait le sien et rougissait. Quelque soit le sujet de ses réflexions, il avait l'air de vraiment embarasser. Paul n'avait jamais vu Rose ainsi. Elle était toujours tellement sûre d'elle. C'est sur cette pensée qu'il se pencha vers elle.

- Rose…

Elle sursauta et leva les yeux vers lui, ses jolies joues rougissant une fois de plus. Il avait vérifié, repensé ses mots encore et encore. Rose lui avait si souvent remonté le moral. Cette fois, c'était son tour.

- Ca te dirait de te promener ?

Rose acquiesça d'un signe de tête. Le sourire heureux de Paul lui redonna un peu de courage. Elle se leva pour le suivre.

- Où va-t-on ? Demanda-t-elle.

Paul lui offrit un sourire énigmatique. Il la mena à travers Poulard jusqu'à ce qu'il en sortent et se dirigea vers le lac.

- Ne fais pas de bruit… Commença-t-il en approchant du bord.

Il y avait là un arbuste dont les branches ployaient au-dessus de l'eau. Il était assez chétif mais possédait tout de même un nombre de jeunes pousses. Paul lui désigna l'arbre en silence. Rose laissa son intérêt grandir et se pencha pour observer l'arbre.

- Qu'est-ce qu'il y a à…

Soudain l'une des jeunes pousses se mit en mouvement. Si vite que Rose eut peine à en croire ses yeux.

- Des botrucs !

Paul la regarda ébahi.

- Tu connais ça ?

- Bien sûr ! C'est écrit dans le manuel de soins…

Elle s'interrompit en voyant un botruc lentement tendre une de ses petits pattes vers elle. Tout aussi lentement, par peur de l'effrayer, elle leva le doigt à sa rencontre. Une fois à sa hauteur, elle ne le bougea plus et attendit. Le botruc passa sa patte sur le bout de son doigt. On aurait dit du bois sec. Un sourire éclatant vint orner les lèvres de la jeune fille. Elle se tourna vers Paul et celui-ci lui lança un regard si tendre qu'elle put retenir la phrase qui tournait dans ses pensées depuis longtemps.

- Je t'aime.

A ces mots, le visage de Paul changea complètement. Il la regarda abasourdi. Rose était amoureuse de lui.

- C'est une blague ? Demanda-t-il.

Les paroles étaient sortie d'une traite, avant qu'il n'ait pu exprimer à quoique ce soit de plus profond.

Rose sembla très, très mal prendre sa remarque. Elle passa par un rouge pivoine très intense qui vira carrément au cramoisie. Elle ouvrit la bouche, mais aucun son n'en sorti.

Avant que Paul n'ait pu faire quoique ce soit, Rose se retourna et partit en courant. Stupéfait, Paul resta debout au bord du lac, sous le regard indifférent des botrucs.

Rose est amoureuse de moi...


James vit Rose entrer dans la salle commune des Gryffondors avec une expression défaite sur le visage. Elle avait les yeux rouges et les joues humides. Soudain pris d'un très mauvais pressentiment, James bondit de son siège.

- Rose ?

Celle-ci s'effondra en pleurs.


James venait de tourner au coin de couloir. Lorsqu'il vit Paul, ses yeux s'enflammèrent.

- Toi !

James s'avança, chaque pas raide de rage contenue.

- Tu me dégoûtes !

Un grognement rauque et obscur sortit de sa gorge.

- Comment as-tu pu lui dire ça !

Paul observa James s'approcher le visage rouge de colère. Il recula d'un pas… Puis deux. Jusqu'à ce qu'un mur froid ne lui heurte le dos.

- Je n'ai pas…

- Ta gueule !

James s'arrêta à un mètre de son cousin, il bouillonnait de fureur. Il n'avait jamais porté Paul dans son cœur. Il le trouvait flasque et inutile et ne comprenait pas qu'un être dans ce genre fasse partie de sa famille. Son existence même les déshonorait tous. Il n'avait jamais rien fait de sa vie à part… être un lâche. Pourquoi même le Choixpeau l'avait-il envoyé à Gryffondor ? Un poltron dans ce genre n'y avait pas sa place ! Il ne faisait que ternir la magnifique réputation de James Potter ! Maintenant, il avait brisé le coeur de Rose pour une raison inconnue et probablement dégoulinante de lâcheté. Il fusilla Paul du regard.

- T'es le pire des déchets !

La détresse de Paul se mua en ressentiment. Il renvoya un regard brûlant de hain à James. Combien de temps son cousin allait-il continuer à s'acharner sur lui ? N'en avait-il jamais assez ? James avait tout ce qu'il voulait en ce monde ! Il était aimé par sa famille et ses amis, il était drôle et reconnu pour son talent. C'était à peine si Paul se sentait toléré par ses parents. Personne ne souhaitait jamais se lier à lui et, loin de reconnaître chez lui un quelconque talent, le monde semblait sans cesse lui rappeler à quel point il était un être inférieur.

… A part Rose.

Un masque de douleur passa sur son visage.

- Enfoiré ! Tout le monde ne peut pas être comme toi ! Cracha Paul.

James s'immobilisa un instant. Jamais, Paul n'avait osé lui répondre. Un sourire carnassier vint lentement se former sur son visage.

- Et personne n'aspire à être aussi lâche de toi ! Lavette !

Il balança son poing vers les côtes de Paul. Celui-ci le prit de plein fouet. Son souffle se coupa et son corps se plia en deux. Alors qu'il se redressait, il foudroya James du regard. La respiration sifflante, il contre-attaqua avec un crochet vers le menton de son cousin. Celui-ci recula assez vite pour éviter l'impact principal, mais Paul lui marcha sur le pied et lui envoya un genou vers le ventre. James hoqueta, propulsé au sol. Paul lui sauta dessus.

Ils se mirent à se battre comme des acharnés, des hommes enragés, tourmentés, emportés par la tristesse inacceptable d'une jeune fille. Lorsque l'un prenait le dessus, le second redoublait de fureur. De halètements, de bruits de coups, de tissus qui se déchirent, de tout leur coeur et toute leur énergie, ils lancèrent des coups, l'un après l'autre.

Jusqu'à ce que les respirations se fassent plus laborieuses, que les poussées faiblissent, l'un accroupi, adossé au mur froid, l'autre à genoux, les poings serrés, ils échangèrent un regard indéfinissable. James observa lentement le bleu qui s'agrandissait sur la pommette de son cousin. Il goûta au sang qui jaillissait de sa lèvre coupée.

- T'es quand même un sacré connard. Souffla-t-il.

Paul grogna.

- Pourquoi Paul ? Tu l'aimes.

Sa phrase le heurta plus fort qu'aucun des poings de James n'aurait pu le faire. Les mots se bloquèrent dans sa gorge. James continua à le fixer d'un regard impénétrable.

- Elle… Commença Paul.

Il ferma les yeux. Il revoyait la scène parfaitement. Il l'avait passée et repassée dans sa tête, tellement qu'il la connaissait par coeur.

- Elle est tellement incroyable… Magnifique… Magique… Et moi.

Il inspira. Rouvrant les paupières, il planta son regard dans celui de James.

- Je n'ai jamais cru qu'elle pourrait s'intéresser à moi. Ca me semblait tellement impossible… J'ai merdé James.

Il ne pouvait pas lui dire… James se redressa en grimaçant.

- Je ne sais même pas pourquoi j'essaie de te comprendre. De toute façon, tu n'auras jamais le courage de lui dire. Grommela-t-il en se remettant sur ses pieds.

De nouveau, sa phrase heurta Paul. Il voulait le dire à Rose. Il fallait qu'il le lui dise. Comment pourrait-il se regarder encore dans un miroir en sachant la merveilleuse fleur que Rose lui avait offert et la façon dont il l'avait refusée et piétinée…

Etonné, il contempla la main que James lui tendait.

- Je vais lui dire. Dit-il en la saisissant.

Une fois debout, il tourna les talons. James observa son cousin tourner au détour du couloir. Complètement redressé, Paul faisait la même taille que lui. James n'avait jamais vu autant de détermination dans son regard. Un sourire satisfait vint lentement étirer ses lèvres déchirées. Peut-être qu'il y avait quelque chose à tirer de son cousin finalement.

Un bruit de verre cassé le fit sursauter. Il se retourna en moins de temps qu'il ne faut pour le dire, prêt à combattre.

- James !

Son sourire revint étirer ses lèvres aussi vite qu'il l'avait quitté.

- T'es complètement nu ! S'exclama Jun.

- Avoue que tu aimes ça. Répondit-il en la regardant approcher.

Elle avait vraiment le don d'apparaître quand il s'y attendait le moins. Un mouvement agile agita la baguette de la jeune fille. Sur quelques mots incantés, les vêtements déchirés de James se recousirent grossièrement.

- Bien sûr, j'ai toujours aimé te voir dégouliner de sang. Dit-elle en haussant les épaules.

Elle s'arrêta devant lui pour observer le vilain bleu qui pointait son nez sur sa mâchoire.

- Quel piteux état ! Tu ferais mieux d'aller à l'infirmerie avant que la moitié de l'école ne s'imagine que Peeves t'as fait le pire tour de tous les temps.

- Mais ! C'est que tu t'inquiètes pour moi.

Jun grogna, détournant les yeux.

- Si tu n'étais pas dans cet état, je te ferais avaler ma dernière création.

Elle se garda de dire que celle-ci gisait maintenant parmi les débris de verre au milieu du couloir. Elle agita sa main devant le nez du jeu homme.

- Va, villain malotru !

James ne put réprimer un sourire radieux.

- Oui, oui. Déclara-t-il en tournant les talons.


Quelques semaines plus tard, Jun face à l'une des fenêtres de la tour de Gryffondor observait la couleur de sa nouvelle potion à la lumière du jour.

- Tu as vu ça ? S'exclama James en surgissant à côté d'elle tel un esprit frappeur.

Jun raffermit sa prise au dernier moment sur son flacon. Un peu plus et elle en reversait le contenu sur ses chaussures, ce qui était à peu près la dernière chose qu'elle aurait voulu faire. Elle s'assura que le bouchon était bien en place au sommet du flacon puis se tourna vers James.

- Qu'as-tu fais Potter ?

- Eh bien vois-tu…

Il passa un bras autour de ses épaules en désignant Rose et Paul de la main. Elle grogna et s'échappa de son étreinte.

- Alors ?

- J'ai créé une ambiance propice à l'amour ! Déclara-t-il d'un air conspirateur.

Jun se figea.

- Quoi ?

- Eh oui Madame ! J'ai donné un coup de pouce à leur relation ! N'est-ce pas faire preuve de sympathie ?

- Est-ce que tu essaies de me dire que c'est grâce à toi s'ils se sont mis ensemble ?

- Parfaitement ma chère !

Jun le regarda l'air peu convaincue.

- Dois-je prendre le fait que tu te prennes pour un agent matrimonial comme une preuve de ta gentillesse ?

James haussa les épaules en souriant.

- Si cela ne te suffit pas, je te signale que ça fait plusieurs semaines que rien n'est arrivé à Paul.

Jun se mordit les lèvres. Il n'avait pas tort. Même si ça la tuerait de l'avouer, à la grande surprise générale, il était vrai que James s'était montré particulièrement gentil avec son cousin ses dernières semaines.

- C'est vrai, souffla-t-elle, et cette affirmation lui arracha un bout de fierté.

La sourire de James devint éclatant, tandis qu'il la prenait par les épaules pour qu'elle ne puisse éviter son regard.

- J'ai gagné le pari ! S'écria-t-il un air triomphant plaqué sur le visage. Pas vrai Daniel ?

Jun fit un effort surhumain pour surmonter son égo et le regarder dans les yeux, mais elle ne put soutenir son regard plus d'une seconde. La frustration la tendait toute entière. Elle ne parvint qu'à chuchoter un inaudible « oui » en regardant ses chaussures. Elle détestait perdre. Elle détestait ça !

- Ah ? Pardon ? Je n'ai pas entendu. La taquina James.

- OUI ! C'EST BON JAMES ! Hurla-t-elle, lui envoyant un énorme coup de pied dans le tibia.

Un cri lui échappa. Alors qu'il se baissait pour frotter son tibia endoloris, Jun tenta de s'enfuir dignement.