Chapitre 8 - Le Professeur Londubat - La Tour d'astronomie
Lisa observait Fred avec un regard indescriptible. Elle le connaissait si longtemps qu'elle oubliait parfois à quel point il faisait battre son coeur. Tout ce qu'elle avait vécu avec lui était inoubliable. Et le jour où il avait posé les lèvres sur les siennes, Lisa avait décidé qu'il était temps d'agir. Leur amitié ne disparaîtrait jamais, mais elle voulait plus. Elle voulait aller aussi loin qu'il le lui permettrait.
- Fred.
Elle vit la grimace qui passa rapidement sur les traits de son visage. Elle s'approcha de lui, pas à pas, jusqu'à ce qu'elle ne dusse lever la tête pour le regarder dans les yeux.
- J'ai compris. Dit-elle.
Un lueur inquiète s'ajouta au flot d'émotions qui brûlait dans le regard du jeune homme.
- Ton père... avait un frère jumeau, n'est-ce pas ?
Un long silence s'en suivit. Elle attendit sa réponse patiemment, sans le quitter des yeux.
- Oui. Finit-il par dire d'une voix rauque.
Elle hocha lentement la tête.
- Fred, tu es toi par tes actions et tes paroles. Dit-elle avec douceur.
Fred la regarda sans rien dire.
- Quand je pense à toi, je pense à ce que tu es toi. Fred.
Elle se mordit légèrement la lèvre. Il n'était pas facile de mettre des mots sur ce qu'elle avait si longtemps gardé pour elle.
- Fred ne m'évoque rien d'autre que toi. Reprit-elle. Ton sourire farceur, le soleil sur tes taches de rousseurs, tes cheveux dans le vent, nos courses de balais, nos chasses aux gnomes, nos hurlements à la coupe du monde de Quidditch… Tous ces souvenirs que nous avons construits ensemble. C'est toi, Fred. C'est nous.
Elle approcha d'un pas encore. Fred se retrouva acculé contre la rambarde. Il cligna des paupières et une larme solitaire s'échappa de ses yeux humides. Elle leva un doigt pour chasser la gouttelette de sa joue et lui offrit un sourire lumineux pour balayer sa souffrance.
Ils se regardèrent un long moment. Peu à peu, Fred commença à respirer plus librement.
- Comment tu as su ? Dit-il d'une voix rauque.
Lisa étouffa un éclat de rire et Fred la trouva magnifique.
- Hier, je suivais Maria pour aller aux cuisines et ces fichus escaliers mouvants nous ont séparés. J'ai abandonné, je retournais au dortoir quand je suis passée dans un couloir du cinquième étage de l'aile Est. Tu sais, le couloir au marécage. Je n'avais jamais fait attention auparavant, mais il y a une petite plaque à côté de la zone marécageuse qui indique "Très belle magie de Fred et George Weasley". Au début, j'ai cru que c'était toi.
Elle s'appuya sur la balustrade à ses côtés, observant la vue magique que leur offrait la tour d'astronomie.
- Mais je ne voyais pas trop à quel moment ton père et toi aviez été vu ensemble à Poudlard. Et puis tu as tellement de cousins, je n'arrivais pas à me souvenir si l'un d'entre vous s'appelait George.
Elle tourna la tête vers lui alors qu'il se retournait lui aussi pour admirer le paysage.
- Bref. J'ai fini par me souvenir.
Fred lui retourna son sourire, même s'il était plus timide et qu'il traduisait de la reconnaissance.
- Tu sais… Dit alors Lisa. Quand tu disais que tu n'étais pas gentil…
- Hm ?
- J'ai bien aimé.
- Ah oui ? Répondit-il avec un sourire satisfait.
Il se pencha vers elle et, doucement, déposa ses lèvres sur les siennes.
- Ah bah enfin ! S'exclama une voix.
Les deux amoureux se retournèrent en sursaut.
- Roxanne ! S'écria Lisa.
- Qu'est-ce que tu fais là ? Demanda Fred à sa jumelle.
Une légère rougeur s'installa sur ses joues sombres du jeune homme. D'ailleurs, Roxanne avait elle-même un peu rougi en découvrant la scène. Et ils l'ignoraient, mais sous les yeux brillants de Dominique et le regard extrêmement gêné de Molly, la peau s'était également colorée. Métissés ou non, les gènes roux des Weasley étaient indétrônables.
- Désolée de vous déranger en si bonne voie, mais, Lisa, nous sommes convoquées dans le bureau du Professeur Londubat. J'espère que tu as bien profité car à mon avis ça va pas être la joie en bas !
Lisa poussa un soupir et se dirigea vers l'escalier.
- A plus tard, Fred. Dit-elle en lui adressant un dernier sourire.
Alors que Lisa commençait à redescendre de la tour, Roxanne regarda son frère avec un air moqueur.
- N'oublie pas de lire la lettre, tête de pierre ! Lui lança-t-elle avant de courir à la suite de Lisa.
Fred glissa la main dans sa poche et en sortit le papier. Il était temps de la lire, en effet. Lentement il déplia la lettre. Malgré tout, une angoisse rodait dans son esprit, menaçant de l'engloutir à nouveau. Il avala sa salive et posa les yeux sur les premiers mots. Cette fois, Lisa lui avait donné la force d'aller jusqu'au bout. Il n'était pas seul.
Fred, mon fils,
Je te demande pardon pour le quiproquo c'est glissé entre nous. J'aurais dû clarifier les choses dès que je m'en suis rendu compte. Je n'ai pas assez vite pris conscience de l'importance que cela avait pour toi.
La vie m'a appris quelque chose que je vais aujourd'hui partager avec toi.
Les vivants sont plus importants que les morts, Fred. C'est en vivant avec eux que l'on reçoit la joie, la force et l'amour pour continuer à arpenter le chemin de la vie.
Mon fils, c'est toi, ta soeur, ta mère qui m'avaient donné la force, l'envie et le bonheur de continuer à vivre.
Si tu le veux, retrouvons-nous à Pré-au-Lard pour ta prochaine sortie. Je t'expliquerais pourquoi tu t'appelles Fred. Mais souviens-toi mon fils que je suis extrêmement fier de toi et que cela n'a rien à voir avec le fait que tu portes le nom de ton oncle.
Prend soin de toi.
Papa
PS. On t'embrasse et on t'aime, petit loup.
Maman
Fred sanglota. Toute la frustration et l'incompréhension qu'il avait retenues tout ce temps s'évacuait doucement, par vagues. Ici, il n'y avait personne pour le voir.
- Monsieur Weasley. Déclara une voix froide.
Fred sursauta à nouveau. Cette tour était décidément beaucoup plus fréquentée qu'il ne l'avait imaginé de prime abord. Il essuya rapidement ses larmes et leva les yeux pour rencontrer le regard du professeur d'astronomie, Madame De Marbre. Elle portait d'ailleurs très bien son nom, car elle était littéralement de marbre en toutes occasions. De ses six années à Poudlard, Fred n'avait vu l'ombre d'un sourire étirer ses lèvres qu'une seule et unique fois, le jour où Monsieur Gillani, le Professeur de Défenses contre les Forces du Mal avait avidement courtisé le Professeur McGonagall. Il avait ensuite soutenu qu'un élève avait versé du filtre d'amour dans son thé, mais aucune preuve n'avait jamais été retrouvée.
- J'ignore ce que vous faites ici, mais je vous suggère de quitter la tour. Déclara le Professeur De Marbre, le tirant de ses pensées. A moins que vous ne souhaitiez m'aider préparer le méga-télescope pour le cours des cinquièmes années.
- Non, je… Je me rendais à la Grande Salle. Répondit Fred.
Il se précipita dans les escaliers. Le Professeur De Marbre ne prêta pas plus attention au jeune élève et se dirigea vers le télescope magique pour en vérifier l'état. Elle se fit la réflexion qu'il avait grand besoin d'un nettoyage. Alors qu'elle en faisait le tour, elle découvrit Dominique et Molly Weasley.
- Mesdemoiselles. Dit-elle froidement en observant les deux jeunes filles blanchir significativement.
- Professeur De Marbre ! Déclara Dominique en lui servant son plus beau sourire.
Mais son ascendance vélane n'avait pas d'influence le Professeur De Marbre.
- La tour d'astronomie n'est pas une cour de récréation.
- Bien sûr ! S'exclama Dominique en prenant Molly par les épaules et en la poussant vers l'escalier. Nous nous en allions. Bonne journée, Professeur !
Le Professeur Londubat était assis à son bureau. Il avait croisé les mains sous son menton et observait minutieusement chaque des élèves assises face à lui.
Maria Finnigan avait la décence de paraître embarrassée. Elle se tortillait sur sa chaise et, si elle avait pu disparaître dans un trou de souris, le Professeur Londubat était certain qu'elle l'aurait fait. Sur la chaise à sa gauche, Lisa Jordan regardait par la fenêtre. Elle avait les joues roses et était totalement dans la lune. A ses côtés, Roxanne Weasley se tenait bien droite sur sa chaise. Elle regardait attentivement les plantes posées sur le bureau du Professeur. Il était toujours un peu difficile de savoir ce que pensait Roxanne Weasley. Elle avait une capacité hors norme à afficher un visage impassible qui mettait le Professeur légèrement mal à l'aise. Son regard se posa finalement sur la dernière élève du groupe. Jun Daniel, dont l'indiscipline n'était plus à prouver, le regardait droit dans les yeux.
Il retint un soupir. En tant que figure de l'autorité à l'intérieur de Poudlard, il ne pouvait se le permettre.
- Où étiez-vous, Mesdemoiselles ? Demanda-t-il.
Maria regarda Lisa qui regarda Roxanne qui regarda Jun. Cette dernière se redressa.
- Tout est ma faute Professeur ! Déclara-t-elle.
Elle avait passé les dernières minutes à observer le Professeur Londubat. Elle était certaine qu'il n'avait pas envie d'être là, dans cette pièce avec elles. Il était déçu du comportement de ses élèves. Il en allait donc du devoir de Jun, telle le chevalier allant au-devant du dragon dans un sursaut ultime pour défendre ses princesses, d'innocenter ses camarades de dortoir.
- Ce week-end était tellement ennuyant ! Vous savez, je me brossais les dents, tranquillement, dimanche midi, quand j'ai eu une idée afin d'égayer ma journée… Je me devais de faire disparaître les brosses à dents de mes camarades. Ce n'était pas chose aisée, j'ai dû réfléchir à comment m'y prendre, vous comprenez. J'aurais pu simplement les prendre et les cacher. Mais cela aurait été trop facile. Donc j'ai décidé de prendre les brosses à dents de mes camarades de dortoir et de les inverser avec celles dans le dortoir des garçons. Cependant, Roxanne a vu que je m'enfuyais avec les brosses à dents. Elle a appelé les autres et elles m'ont suivi. Je me devais tout de même de poursuivre mon but, vous comprenez, la détermination est une valeur de notre maison. Comme c'était le midi, j'ai pu m'infiltrer dans le dortoir des garçons. J'allais enfin échanger les brosses à dents lorsqu'elles m'ont rattrapées. Elles ont essayés de me raisonner, mais comme rien ne marchait, il s'en est suivi un échange de sorts prononcé qui a légèrement chamboulé le dortoir. Lorsque la brosse à dents de Timmy a explosé entre mes mains, je me suis dit j'avais été trop loin. J'allais m'excuser, mais je ne sais pas ce qu'il s'est passé. Un de mes sorts a ricoché, peut-être, ou alors il s'est mélé à celui de quelqu'un d'autre. Soudainement la pièce s'est volatilisée et l'on s'est toutes retrouvées perdues à l'autre bout du château. On a tourné longtemps… Toute la nuit, Professeur… C'était long, et froid… On a finalement retrouvé le dortoir dans la matinée. Et vous comprenez, après avoir tournées toute la nuit, on était fatiguées. On s'est endormies jusqu'à midi...
Puis, pour parfaire son histoire complètement alambiquée, Jun termina avec une tirade sur la perversion dont elle avait submergé les autres pour les entraîner dans un acte irresponsable. Elle donna le point final sous le regard abasourdi de Maria, Lisa et Roxanne.
Le Professeur Londubat, lui, observait Jun avec un regard blasé.
- Sortez votre baguette, Mademoiselle Daniel.
- Oui, Professeur.
Elle la tendit devant elle.
- Prior Incantem. Dit-il en agitant sa baguette.
Le sort Finite Incantatem émergea de la baguette, suivi du sort Accio Sac, tous deux palpitèrent un instant dans les airs avant de disparaître. Il répéta l'opération avec les autres baguettes, mais aucun sort convaincant de bataille n'en sorti.
Le Professeur Londubat posa sa baguette sur son bureau.
- Mademoiselle Daniel, la prochaine fois que vous cherchez à couvrir vos camarades, essayez au moins de trouver une explication convaincante.
Jun fixait encore du regard les sorts évaporés dans l'air.
- Oui… Dit-elle distraitement.
- Jun Daniel.
- Oui ! S'exclama-t-elle en reportant le regard sur le Professeur Londubat.
Cette fois, il ne put s'empêcher de soupirer.
- Vous êtes toutes les quatre exclues des sorties à Pré-au-Lard jusqu'aux prochaines vacances. Cela vous donnera tout le temps de rattraper les cours auxquels vous n'avez pas assisté. Déclara-t-il en les regardant chaque leur tour dans les yeux.
Maria se recroquevilla sur sa chaise. Lisa se redressa sur la sienne, tendue comme un ressort. Ni Roxanne, ni Jun n'eut la réaction que le Professeur avait espéré. Roxanne se contenta de son visage impassible tandis que Jun s'écriait.
- Quoi ?! Mais les prochaines vacances, ce sont les vacances d'été !
Lorsque le Professeur Londubat les libéra enfin, les quatre complices se ruèrent dehors.
- Non, mais sérieusement Jun ! A quel moment tu as cru que ça marcherait ? Lui demanda Maria alors qu'elles s'éloignaient du bureau du Professeur.
- Comment je pouvais savoir qu'il existait une telle incantation ?! Rétorqua Jun en levant les mains au ciel.
- Échanger les brosses à dents des deux dortoirs ? Déclara Roxanne avant d'éclater de rire.
- Exploser celle de Timmy ? Ajouta Lisa en riant à son tour.
Jun et Maria les regardèrent un instant avant de rire également.
- Vous avez explosé ma brosse à dents ? Grogna une voix masculine.
- Timmy ! S'exclama Roxanne.
- Pas du tout ! Répondit aussitôt Maria.
- Où est-elle ? Demanda-t-il sur le qui-vive.
- Tu nous as dénoncées ? Contra Jun.
Timmy l'observa un moment.
- Vous aviez pris ma brosse à dents ! S'exclama-t-il comme s'il devait se justifier.
Lisa se remit à rire en voyant Roxanne qui tentait de s'éloigner discrètement. Timmy suivit son regards et l'avisa immédiatement.
- Quoi ! S'écria-t-il. C'est toi Roxanne ? Tu as explosé ma brosse à dents ?
Roxanne se retourna, contrite.
- Je ne l'ai pas explosée ! Se défendit-elle.
Les trois autres comparses rirent à leur tour. Roxanne était rarement découverte encore moins souvent au pied du mur. Timmy la foudroya du regard avec une telle intensité que celle-ci se sentit contrainte à cesser de reculer. Elle changea de stratégie et haussa les épaules nonchalamment.
- Je vous ai simplement délesté de quelques objets dont vous n'avez pas besoin.
- Comment ça, je n'en avais pas besoin ?
Il n'en démordit pas et continua à lui lancer un regard plus sombre que l'abysse au fond du lac de Poudlard. Les cheveux de Roxanne, déjà assez ébouriffés par nature, se dressèrent sur sa tête.
- J'en avais plus besoin que toi, c'est tout. Je pensais que c'était celle de Fred, j'allais m'en servir comme objet de marchandage.
- Rend-la-moi immédiatement. Grinça plus que ne prononça Timmy.
Suivis les rires peu étouffés de trois jeunes filles, Timmy et Roxanne se mirent en route vers la tour de Gryffondor.
Papa et Maman,
Moi aussi, je vous demande pardon.
Je vous verrais à Pré-au-Lard ce week-end, à l'entrée de Zonko.
Fred.
