Image 9 (un désert de sable orange avec des dunes à perte de vue) - 172 mots
Karl ignorait qu'il y avait des déserts sur l'île, mais en tout cas, son frère supportait visiblement aussi peu la chaleur que l'eau. David avait fini par tourner de l'œil, et Karl se dit qu'ils avaient bien de la chance que ce soit lui le plus sportif et David l'intellectuel, parce que sinon, ils auraient été bien embêtés.
"Allez, David, tiens le coup ! l'encouragea-t-il même si les dunes couleur feu, lisses et soyeuses à perte de vue, ne lui donnaient pas beaucoup d'espoirs pour la suite, et qu'il commençait à vraiment angoisser. On va... on va forcément trouver... On va forcément trouver un endroit où s'abriter et...
-Karl ?
-Quoi ?
-Tu me balances trop, j'ai envie de vomir."
À sa propre stupéfaction, Karl éclata de rire.
"Essaye un peu de me vomir dessus et je te balance dans le sable, rétorqua-t-il."
C'est à ce moment qu'un cri perçant retentit au-dessus de leur tête. Karl leva les yeux. Une vague de soulagement lui souleva la poitrine. Chute Libre les avait retrouvés.
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Sauce - 180 mots
"C'est quoi ? Je peux goûter ?
-Non, Karl, pas avant que j'aie terminé, déclara David en écartant son demi-frère à l'aide de sa cuillère en bois."
Mais Karl saisit aussitôt l'ustensile plein de sauce et se dépêcha de s'éloigner avant que son cadet de quelques mois le lui reprenne.
"Karl, ce n'est pas encore prêt ! s'énerva le jeune homme, mais les yeux bleus de son frère qui s'écarquillèrent soudain le coupèrent net. Qu'est-ce qu'il y a ?
-Bon sang, David, mais c'est super bon ! s'exclama Karl en léchant la moindre particule de sauce présente sur la cuillère. Comment tu as fait ça ? Elle a exactement le même goût que celle de ma mère !
-Eh bien... Je suppose que toutes les mamans du monde ont plus au moins les mêmes recettes."
Les deux frères s'absorbèrent dans un moment de silence. Ils ne reverraient sans doute plus jamais leurs mères respectives, mais grâce à David, peut-être que ce Noël qu'ils fêteraient en tête-à-tête, sur cette île où ça n'existait pas, serait un peu comme à la maison.
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Tu vas me manquer, Gims - 186 mots
Après avoir quitté l'étreinte de son père, David rouvrit les bras pour recevoir celle de Karl. S'il se mettait à y réfléchir, il était assez impressionné par la vitesse avec laquelle son frère et lui étaient devenus proches en l'espace de six mois. Avant Dinotopia, il n'avait jamais pris Karl dans ses bras.
"Tu vas me manquer, souffla son aîné de quelques mois contre son épaule.
-Toi aussi, murmura David en nouant ses bras autour de lui."
Ça lui faisait mal au cœur de perdre cette fraternité aimante et complice tellement nouvelle, et la relation de franchise et de fierté qu'il avait nouée avec leur père. Mais Dinotopia, c'était chez lui, à présent. Les Skybax, c'était toute sa vie. David songea un instant à tout ce que Karl allait retrouver en rentrant chez eux, à la vie qu'il allait avoir, à la famille qu'il fonderait et que lui ne connaîtrait jamais. Et puis il songea à Vingt-Six, le bébé dinosaure que Karl abandonnait. Sa nièce charismosaure... Et, étrangement, une petite lueur d'apaisement s'alluma dans son cœur en réalisant qu'il lui resterait toujours une famille à Dinotopia.
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Parfois - 171 mots
Quand on demandait à Karl Scott s'il avait des frères et sœurs, il répondait toujours par l'affirmative. Il ne rajoutait même presque jamais « enfin, en quelque sorte ». Parce qu'il avait effectivement un frère, un demi-frère plus jeune que lui de quelques mois qui s'appelait David. Ils se connaissaient depuis qu'ils étaient tous petits mais ils ne se voyaient qu'occasionnellement chez leur père, qui était très occupé par nature. Quelques week-ends par an, parfois à Noël ou la fête des pères. Ils n'étaient donc en théorie pas « très proches », et, l'un comme l'autre, ils ne se gênaient pas pour l'affirmer. Sauf que quand l'avion dans lequel ils se trouvaient avec leur père s'abîma dans l'océan, le premier réflexe de Karl fut de sortir son frère de l'épave. Quand un ankilosaure leur fonça dessus, il le prit par la taille pour le pousser derrière une clôture et le protéger. En fait, il n'était pas « parfois » le frère de David. Il l'était complètement. Ses gestes le prouvaient bien.
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Orange - 100 mots
Karl grimpa sur le lit de son frère inconscient et s'attaqua à l'orange qu'il avait cueillie sur un arbre sauvage, à l'extrême limite du village agricole de Ridaba. Jumper et Samantha avaient poussé des cris indignés en disant qu'il n'avait pas le droit de faire ça, arguant les ressources alimentaires précieuses, le partage, l'entraide, la parfaite harmonie et toutes ces choses dont le jeune homme se fichait éperdument. Alors il avait juste haussé les épaules. Les soigneurs du village étaient bien gentils avec leurs herbes et leurs racines médicinales, mais David avait besoin d'un peu de vitamines pour aller mieux.
