Et je suis déjà en retaaaaard j'avais pas écrit mon chap voilà il est lààààà..


3- Accepter


Jack n'a jamais été d'un naturel jaloux, et il ne manque certainement pas de confiance en lui-même. Il ne se sent donc pas de trop aux côtés du Docteur, et en particulier de Rose.

Jack n'est pas la troisième roue du carrosse, ou un coup d'un soir vers qui on se tourne lorsqu'on s'ennuie.

Il est un membre à part entière du Tardis, et un compagnon du Docteur, dans tous les sens du terme.

Le capitaine est né au 52ème siècle, à une époque où les mœurs ont radicalement évolué. Faire partie d'un trio n'est pas chose rare, au contraire : il existe toute sorte de relations, tout autant qu'il existe de personnes.

Jack n'est pas jaloux, parce que c'est sa normalité. Il n'a aucun mal à accepter la situation, parce qu'il sait qu'il n'a rien à craindre. Sa relation avec le Docteur est tout aussi unique que celle que le Seigneur du temps entretient avec la blonde, aussi profonde, aussi complexe.

Le Docteur a deux cœurs, pourquoi ne pourrait-il pas aimer deux personnes ?

Jack n'a aussi souci à l'accepter.

Son seul regret est de ne pas pouvoir développer ce type de relation avec Rose : pendant un temps, après son arrivée sur le vaisseau, il s'est interrogé, mais la réponse du Docteur a été catégorique.

-Ce n'est pas que je ne vous fais pas confiance, Jack. Mais j'ai peur que cela se terminerait mal. Trop de millénaires vous séparent.

-Trop de différences culturelles, avait soupiré le jeune homme, en hochant la tête.

-Peut-être pourriez-vous les dépasser.. Peut-être pas.. C'est votre choix, avait répondu gentiment le Docteur, en pressant son bras. Je vous exprime simplement mon ressenti.

-Et il m'est très utile, avait souri Jack avant de l'embrasser. Peut-être que pour le moment.. Je me contenterais d'amitié.

C'était tellement frustrant, mais le Docteur avait raison. Les risques que Jack et Rose se blessent mutuellement sans le désirer étaient trop élevés, et s'il y avait une chose que le capitaine voulait éviter à tout prix, c'était de blesser la blonde. Elle était trop cher à son cœur, et il ne risquerait pas leur amitié pour une relation éphémère.

Cela l'avait attristé, mais Jack l'avait accepté.

Il pouvait être ami avec Rose, et le compagnon du Docteur. C'était déjà un cadeau merveilleux de leur part, que Jack ne pensait pas mériter, mais qu'il prenait sans poser de questions. Il savait, que si jamais il exprimait ses doutes quant à ce sujet, il s'exposerait à l'ire du duo, et en particulier du Seigneur du temps.

Jack ne s'était jamais senti de trop comme amant du Docteur, mais il lui avait fallu du temps pour accepter qu'il méritait réellement sa place sur le Tardis, et qu'il n'était pas simplement gardé pour faire plaisir à Rose.

Les débuts avaient été difficiles, voire même.. explosifs.

Oh, le capitaine était éperdument reconnaissant qu'on lui ait sauvé la vie, la question ne se posait pas. Mais il ne se leurrait pas sur la raison pour laquelle cela avait été fait, et combien de temps il serait conservé à bord du vaisseau.

Il l'avait dit avec le sourire au Docteur, alors que les deux hommes se trouvaient à présent seuls, Rose partie se coucher après sa danse avec le Seigneur du temps.

Ce dernier l'avait fusillé du regard.

-Est-ce ainsi que vous me voyez, capitaine ? Froid et méprisant ?

Jack avait haussé un sourcil.

-Ce n'est pas ce que j'ai dit. Vous avez sauvé mes fesses, je vous en devrais une pour le reste de ma vie – pas trop sûr de sa longueur, mais vous venez de l'allonger. Il avait haussé les épaules, clairement peu concerné. Mais je ne suis pas naïf, Doc. Je n'appartiens pas au navire, avait-il commenté, en regardant autour de lui avec regret.

Ce vaisseau était.. impossible.

Fascinant.

Hallucinant.

Jack avait toutes les difficultés du monde à accepter de ne pas pouvoir rester.

Le Docteur avait grogné, irrité.

-Pourquoi est-ce que vous autres singes présumez toujours tout ? Qui a dit que vous n'apparteniez pas au vaisseau ?

Le capitaine avait haussé un sourcil.

-Je..

-Parce que je n'ai rien dit dans ce sens, et Rose vous a déjà attribué une place dans la cuisine, avait répliqué le Docteur, ses lèvres tressautant en un léger sourire.

Jack avait cligné des yeux.

-Pardon ?

Le Docteur avait soupiré.

-Cervelle ramollie par le choc, aucun doute; vous êtes libre de rester si vous le souhaitez, capitaine. Pour cette nuit, ou davantage, c'est à vous d'en décider, avait-il ajouté, son expression impénétrable.

Jack n'avait jamais été de nature à se poser trop de questions. On lui offrait un lit chaud et gratuit, il n'allait pas le refuser. Il aurait tout le temps de penser à l'avenir au réveil, le lendemain.

Avec un sourire et un clin d'œil, il avait accepté l'offre, s'attirant l'ombre d'un sourire.


Il était resté.

Ce qu'il avait d'abord perçu comme une marque forcée d'hospitalité s'était transformée en amitié réelle.

Le Docteur voulait réellement de lui à bord.

Jack ne savait pas quoi en penser.

Il ne savait absolument pas comment l'accepter.

Amitié signifiait confiance, et soutien. Partage, et écoute, et présence, et Jack n'était pas certain qu'il était capable de se relancer dans cette aventure, pas après la trahison de l'Agence.

Il avait gardé ses distances, souriant et riant suffisamment pour indiquer son plaisir d'être à bord, sans pour autant s'ouvrir davantage.

Il s'était attendu à ce que le Docteur insiste pour qu'il échange davantage sur lui-même, mais le maitre des lieux était demeuré étrangement discret.

Jack avait réalisé qu'il n'était pas le seul à dissimuler des secrets.

Et ceux du plus âgé semblaient particulièrement … Compliqués.

Jack avait décidé que si le Docteur respectait son passé, lui non plus n'irait pas fouiller.

Quel intérêt ?

Le Docteur choisirait quand partager, à son gré.

Cela, Jack n'avait eu aucun mal à l'accepter.

Cela avait été une des premières marques de leur amitié.

L'absence de jugement du plus âgé l'avait bouleversé.

Jack n'avait jamais caché son passé : il avait les mains sales, il le savait, et le reconnaissait. Ce n'était pas comme s'il pouvait le nier. Rose était jeune et encore un peu naïve, mais le Docteur était suffisamment expérimenté pour deviner ce que cela signifiait.

Et pourtant, jamais il ne l'avait jugé.

Il tempêterait sur l'Agence, leurs méthodes et leur cruauté, mais Jack n'avait jamais été personnellement incriminé.

Le jeune homme n'avait pas su comment l'accepter.

Il ne cessait de se demander, avait-il eu raison de rester ? Ou se faisait-il duper ?

Jack avait appris à ses dépens à se méfier.

Le Docteur n'était pas un homme aisé à cerner.

Pourtant, il le fascinait.

Alors il était resté.


Il avait fallu qu'une aventure tourne mal pour que le capitaine comprenne ce qui lui avait échappé.

Il aurait dû le deviner plus tôt, vraiment, comment est-ce qu'il n'avait pas pu le remarquer?

Mais Jack avait été ébloui par la beauté du vaisseau, ébloui par ses merveilles, ses secrets et ses merveilleux habitants.

L'une était humaine. Une simple humaine du XXIème siècle, désireuse d'une vie meilleure, d'aventure et d'excitation, de dangers et de découvertes.

Rose Tyler était merveilleuse. Jack l'avait aimée instantanément.

Le Docteur..

Le Docteur était sombre et mystérieux, prompt à de terribles colères aux moments les plus inopportuns. La joie enfantine qu'il avait déployée lorsque le petit Jamie avait été sauvé, puis lorsqu'il avait réussi à guérir tous les malades, avait été un des rares moments de pur bonheur que le capitaine avait pu lire sur son visage.

Quelque chose tourmentait cet homme, quelque chose de terrible et atroce, quelque chose qui l'empêchait de dormir et le poussait à agir chaque jour en suivant un code moral plus strict que Jack n'avait jamais vu.

Le jeune homme s'était interrogé, avant de décider d'accepter que cela faisait partie des nombreux secrets du Docteur.

Ce secret avait fini par être révélé, et Jack ne savait pas comment l'accepter.


A une époque, les Sov'k'rs avaient été un des peuples les plus civilisés de la planète Orion IV. Leur art n'avait d'égal que leur sens de l'hospitalité, et la gentillesse presque intuitive qui semblait gouverner chacun des habitants.

Cette ère semblait terminée, ou bien certains des habitants avaient mal tourné. Comment expliquer autrement l'attaque brutale dont avait été victime le trio depuis le vaisseau même ?

Le navire ennemi n'était pas surarmé, mais il était loin d'être pacifique également, ses canons suffisamment puissants pour détruire la cuirasse de n'importe quel adversaire.

N'importe quel adversaire, sauf le vaisseau du Docteur, qui apparemment, était réellement paré contre toute éventualité, comme il ne cessait de s'en vanter.

Les boucliers avaient fait leur travail, laissant le groupe secoué et irrité. C'est avec une certaine mauvaise humeur toute justifiée que le Docteur avait ouvert ses canaux de communication, y grognant avec acidité :

-Le Docteur à l'abruti à l'autre bout du fil ! Vous êtes né stupide ou vous avez eu un accident enfant ?

Ses compagnons avaient roulé des yeux, avant d'hausser en cœur un sourcil en entendant une exclamation monter des micros.

-Docteur ? LE Docteur ?

Ce fut le tour de ce dernier d'hausser élégamment un sourcil.

-Un ami à vous ? Murmura Rose.

-Si je me base seulement sur la voix, pas à ma connaissance, murmura l'intéressé.

-Vous en êtes sûr ? Parce que cela vient de se transformer en attaque personnelle, marmonna Jack.

-Docteur ? Montrez-vous ! Montrez-vous !

La voix à l'autre bout du micro semblait en effet furieuse.

Le Docteur fronça les sourcils, avant de se pencher.

-Montrez-vous d'abord. Vous m'avez attaqué les premiers, à vous l'honneur, répliqua-t-il avec sarcasme.

Pendant un instant, seul le silence lui répondit, avant que des bzz bzz ne s'élève de l'écran sur la console, des ondes y apparaissant. Le trio se pencha en cœur, les yeux de Rose se transformant en boules en découvrant plusieurs êtres à la peau jaune zébrée de marques rouges, vêtus sommairement de ce qui ressemblait à des uniformes bleu marine.

-Des Sov'k'rs ? S'exclama le Docteur, un sourire éclairant un instant son visage. Fantastique ! Je n'ai pas rencontré votre peuple depuis.. oh, des décennies ! Il fronça les sourcils. Qu'est-ce que vous faites dans cette partie de la galaxie ? Orion IV est à des années-lumières d'ici ! Depuis quand vous autres explorez l'univers ? C'est beaucoup trop tôt ! Et avec une telle violence ? Quoi ? Quoi ? Pesta-t-il lorsque Rose et Jack le frappèrent en cœur.

-Docteur, souffla la blonde.

-Quoi ?!

Jack pointa le doigt vers le groupe, dont les expressions s'étaient faites encore plus hargneuses.

Celle du Docteur se perdit un peu plus dans l'incompréhension.

-Seigneurs du temps, siffla celui assis dans la chaise du capitaine – des dreadlocks dorés tirant sur le gris, une cicatrice en forme de lune à côté de l'œil droit, et surtout, quelque chose qui s'apparentait beaucoup trop à du deuil dans le regard.

Un silence brutal tomba dans le vaisseau.

Le Docteur, dont les sourcils étaient froncés la seconde précédente, le Docteur était devenu blanc comme la mort.

-Doc ? Murmura Jack.

Une ombre passa dans le regard de ce dernier.

Jack se sentit frémir.

Jamais auparavant il n'avait vu cette expression sur le visage du plus âgé.

Il n'avait aucun mal à la reconnaître, cependant.

Le Docteur était en guerre.

-Nom, et rang, ordonna-t-il, sa voix froide.

L'autre capitaine le fusilla du regard.

-Arkil. Civil.

-Un civil à la tête d'un vaisseau militaire, releva toujours froidement le Seigneur du temps.

L'autre haussa les épaules.

-On prend ce qu'on trouve pour s'enfuir. Vous nous avez abandonnés, siffla-t-il avec hargne. Vous, votre peuple ! Vous deviez nous protéger !

Le masque du Docteur se fissura légèrement, laissant passer .. quoi ? De la peine ? Du regret ? Du chagrin ?

De la culpabilité.

Tant de culpabilité, que Jack se sentit vaciller.

-Je suis désolé, murmura son ami, sa voix basse. Je n'étais pas..

-Vous n'étiez pas là ! Hurla une femme à la droite d'Arkil. Ils sont tous morts ! Vous deviez nous protéger ! Ils les ont tous tués ! Les Daleks !

Jack se sentit blêmir.

Rose lui tendit la main, serrant la sienne avec force alors que le souvenir de sa rencontre avec la créature se rappelait à elle.

Le Docteur leur lança un regard, avant de se retourner vers l'écran.

-Je sais. Je n'étais pas.. Je ne savais pas, souffla-t-il.

-Ils parlaient tous de vous ! Le Docteur ! Hurla la femme, ses yeux rouges emplis de chagrin et rage. Le tueur des Daleks ! Leur pire ennemi ! Ils craignaient tous que vous n'arriviez, mais vous n'étiez pas là ! Vous n'étiez pas..

Un sanglot lui échappa, et elle se laissa tomber en arrière, un de ses compagnons la rattrapant pour la serrer contre lui.

Le regard du trio fit le tour du groupe.

Hommes, femmes, enfants, une dizaine de personnes à peine. Des traits similaires, des tenues sommaires.

Une famille.

Des réfugiés ?

Jack lança un regard au Docteur, dont l'expression alternait entre rage, abattement et culpabilité.

Un Seigneur du temps ?

Mais ils étaient tous morts.

Du moins, c'est ce que l'Agence affirmait.

C'était à compter qu'ils aient jamais existé.

Les légendes à leur sujet étaient légion, mais les preuves bien inexistantes.

Mais Jack savait, il savait la vérité. Il était monté suffisamment haut dans les rangs de l'Agence pour pouvoir avoir accès à plus d'informations que le commun des agents : il savait que ce peuple, quel qu'il soit, avait réellement existé, et régné sur toutes les galaxies pendant des milliards d'années.

Il savait, qu'un jour, un terrible conflit avait éclaté.

Seigneurs du temps contre Daleks, la plus grande guerre de tous les temps.

La Guerre du temps.

Jack savait.

Des milliards de milliards de morts, des galaxies entières détruites, des peuples rasés de toute existence.

Une guerre plus atroce que toutes, qui avait fait trembler l'espace-temps lui-même.

Est-ce que le Docteur y avait participé ?

Était-il l'un d'eux ?

Le capitaine serra les dents.

En face d'eux, la famille de survivants tremblait toujours de rage, le Docteur – Seigneur du temps – étrangement mutique.

Oh, par le diable.

Jack détourna la tête.

Parfois, le jeune homme maudissait sa curiosité.

Il semblait qu'il avait enfin trouvé réponse à ses questions.

Et bien sûr, il aurait souhaité ne jamais savoir.

-Je suis désolé, souffla faiblement le Docteur, si loin de l'image de tueur décrite par la famille. Je n'ai pas pu.. Ce n'était pas moi !

-C'était votre peuple, accusa Arkil. C'est la même chose !

-Non ! Rose s'était exclamée, incapable de se taire plus longtemps. Il n'a rien fait ! Ce n'est pas lui qui les a tués !

Arkil la fusilla du regard.

-Seigneur du temps aussi ? En train de défendre votre espèce ? Cracha-t-il.

-Humaine, répliqua d'un ton glacial la blonde. En train de défendre mon ami, rectifia-t-elle, sa voix dure. Personne ne parle de lui ainsi !

-Rose ..

-La ferme, coupa-t-elle brutalement le Docteur, avant de pointer du doigt l'écran. Je ne peux pas me mettre à votre place, je ne peux pas imaginer, comprendre, ce que vous avez vécu. Ce que je sais, c'est que cet homme – elle siffla, pointant du doigt le Docteur très pale – passe son temps à sauver la galaxie, toutes les galaxies, tout le temps, tous les jours ! Il a sauvé plus de monde que je ne peux en compter, plus de planètes, de familles, d'innocents, qu'on ne peut imaginer ! Sa voix se brisa. Ce n'est pas parce qu'il n'a pu vous sauver que c'est sa faute. C'est celle des Daleks. Ce sont eux, les monstres. Je le sais, j'en ai rencontré un. Son visage se tordit en une expression amère, si loin de sa beauté habituelle. Et oui, c'était un monstre. Mais pas lui, murmura-t-elle en serrant le bras du Docteur dans les siens. Jamais.

Un silence de mort tomba dans les deux vaisseaux, le discours de la blonde imprégnant chacun des équipages.

Pendant un instant, le temps s'arrêta.

Jack jeta un regard à Rose, puis au Docteur, prostré sur sa console.

Il secoua la tête, avant de se redresser à son tour et poser sa main sur son épaule, le faisant sursauter.

-Vous savez, en terme de mains sales, je suis pas mal moi aussi. Des nuits blanches, j'en ai connu plein. Des cauchemars, j'en fais constamment, admit-il très bas, s'attirant un regard en biais de ses deux compagnons. Et je l'ai accepté, parce que c'est tout ce que je mérite. C'est ma pénitence, pour tout ce que j'ai fait. Et pourtant, il m'a pardonné, murmura-t-il en pointant du doigt le Docteur, qui redressa brutalement la tête, le fixant de son regard intense.

Rose se mordit la lèvre, alors que de l'autre coté de l'écran, la famille les écoutait, leur expression concentrée.

-Je ne le mérite pas, murmura le capitaine. Mais il m'a pardonné.

-Vous le méritez, grogna le Docteur. Évidemment que vous le méritez !

-Et vous non ? Répliqua Jack, irrité. Si je le mérite, vous aussi !

-Non, je .. Le Docteur secoua la tête, fatigué, avant de se tourner de nouveau vers l'écran. Peu importe. Réfugiés ? Vous avez réussi à sauver votre famille ?

Arkil cligna des yeux, avant de froncer les sourcils à son tour, sa colère se réveillant de nouveau.

-Pas tous. Ma mère..

Sa voix se brisa.

-Je suis désolé, souffla le Docteur, alors que Jack serrait contre lui une Rose en larmes. J'aurai dû.. Il baissa la tête. J'ai essayé.. Ils étaient devenus fous..

-Tout le monde l'était à la fin, commenta amèrement le père de famille. Mais on espérait..

-Je sais, souffla le Seigneur du temps. J'ai essayé.. J'ai essayé, murmura-t-il en fermant les yeux, une larme unique coulant sur sa joue. Je suis désolé.

-Votre planète, souffla Rose. Est-ce qu'elle..

-Détruite, cracha Arkil.

Derrière lui, des sanglots et pleurs se firent entendre.

Le Docteur baissa un peu plus la tête, alors que Jack se mordait la lèvre, une envie de meurtre le saisissant.

-La sienne aussi..

Rose, merveilleuse Rose, innocente Rose, Rose fixait l'écran, et le Docteur.

Jack fronça les sourcils. De quoi parlait-elle ?

-Rose. La voix du Docteur s'était faite dure et brutale, son masque retombé sur son visage. Je suis désolé, affirma-t-il de nouveau en s'adressant à Arkil et sa famille, sa voix tremblant légèrement malgré sa force. S'il vous plait, laissez-moi..

Mais déjà, Arkil secouait la tête, ses lèvres plissées. Avec rapidité, il frappa les boutons sur sa console.

-Remerciez vos amis, Seigneur du temps. Ils vous ont sauvé la vie. Par respect pour leur amour pour vous, et les coutumes de mes ancêtres, je ne vous attaquerai pas. Aujourd'hui, rectifia-t-il. Croisez de nouveau mon chemin et il n'y aura rien pour vous sauver.

Avant que l'un d'eux n'ait pu répondre, l'homme tira sur un levier, avant d'appuyer sur un bouton. La seconde suivante, le vaisseau disparut, propulsé à la vitesse de la lumière loin, très loin du Tardis.

Rose soupira, se laissant tomber contre la console.

-Wow...

Elle releva la tête lorsqu'aucune réponse ne survint, avant de se mordre la lèvre.

Jack fixait toujours la console, ses mains crispées sur la rambarde de métal.

À coté de lui, le Docteur avait fermé les yeux, ses propres mains serrées désespérément contre ses jambes.

-Docteur ? Jack ?

-Seigneur du temps.

-Jack ?

Le capitaine fixait sombrement la console, ses yeux perdus dans le vide. Le Docteur lui lança un regard, ses lèvres plissées.

Jack secoua la tête, avant de se redresser. Le Docteur détourna la sienne, s'attendant clairement à une attaque, mais son compagnon se contenta de pivoter sur ses pieds.

-Jack ! S'exclama Rose, choquée, avant de courir l'attraper par le bras lorsqu'il continua de s'éloigner. Qu'est-ce que tu fais ? Jack !

Le jeune homme soupira, avant de caresser gentiment son visage.

-J'ai besoin de calme. Je te vois plus tard.

-Tu.. Reste, siffla-t-elle en lançant un regard au Docteur, demeuré silencieux. Il a besoin de toi !

-Non. Il a besoin de toi, répliqua-t-il amèrement.

-Qu'est-ce que tu me chantes, là ? Pars et je te défonce !

La blonde le fixait, furieuse.

Jack soupira.

-Rose. La voix tendue du Docteur. Il a raison. Laissez-le.

-Je ne vous demande pas votre avis, abruti de singe ! Reste ! Pesta-t-elle en serrant plus fort le bras de Jack.

Mais ce dernier secoua la tête.

-Rose. S'il te plait.. J'ai besoin.. Laisse-moi, soupira-t-il, avant de se dégager gentiment.

-Qu'est-ce .. Tu .. Jack, murmura-t-elle, son expression se faisant soudain très jeune. Jack, s'il te plait..

Ne me laisse pas seule.

J'ai besoin de toi.

Il a besoin de toi.

C'est toujours ton ami.

C'est le Docteur.

Le capitaine déglutit.

Du coin de l'œil, il jeta un regard au Docteur, affalé contre la console.

Le Docteur, qui l'avait accueilli sans un mot, dès son premier jour, malgré sa bêtise et son immaturité.

Le Docteur, qui le poussait constamment à croire en lui, à se dépasser pour devenir quelqu'un de meilleur, de digne, de juste.

Le Docteur, qui avait participé à la Guerre du temps.

Le Docteur était un Seigneur du temps.

Jack sentit son estomac se glacer.

Avant qu'il n'ait eu le temps de réfléchir, il pivota sur ses talons, s'enfuyant à toutes jambes sous les cris de Rose.


-Je vais te tuer !

-Rose..

-Je le jure ! Si tu ne viens pas tout de suite, je vais t'arracher les yeux et te les faire bouffer ! Tu ne peux pas le laisser tomber comme ça !

Jack lui lança un regard plat.

Sans surprise, la blonde l'avait poursuivi dans les tréfonds du Tardis, le traquant jusqu'à la salle de sport où Jack était occupé à se défouler contre un punching-ball.

-Tu ne sais pas de quoi tu parles, Rose, pesta-t-il.

-Oh, bien sûr ! Ce n'est pas comme si je n'étais pas là ! Tu l'abandonnes !

Jack la fusilla du regard, abandonnant son sac pour lui faire face.

-Je ne l'abandonne pas. J'ai besoin de calme.

-Tu l'abandonnes, cracha-t-elle.

-Bordel, Rose ! La Guerre du temps ! Ça te parle ? Parce que moi oui, et si je me tiens dans le vaisseau de l'un d'eux, je préfère garder mes distances !

Il avait hurlé, s'attirant un regard perdu teinté de colère.

Grognant, il pivota sur lui-même, frappant du poing le sac qui résonna, le son lugubre.

-Son peuple.. Ce qu'ils ont fait.. Il secoua la tête. Ils en parlaient, à l'Agence..

Rose soupira.

-Ils ont perdu, tu sais.

-Quoi ?

Jack tourna la tête, la fixant surpris. Rose roula des yeux.

-Son peuple. Gallifrey. Ils ont perdu. Il me l'a dit.

-Quoi ?

-Quand je l'ai rencontré.. Il m'a dit qu'il y avait eu une guerre, et qu'ils avaient perdu. Il est le seul survivant, Jack. La bouche du jeune homme s'ouvrit sous le choc. Maintenant, tu vas aller le voir, ou je te dois te tirer par le cu, capitaine ?


La salle des moteurs était inhabituellement silencieuse lorsque Jack y pénétra, son pas hésitant. Il se mordit la lèvre, regardant autour de lui, mais la pièce semblait bel et bien vide.

Et puis un cling retentit sous les moteurs, suivi d'une série de jurons dans une langue inconnue.

Jack sourit malgré lui.

Débile.

Se frottant le bras, il se rapprocha de la console, tentant de se faire le plus discret possible.

Presque aussitôt, les jurons cessèrent, le silence retombant dans la pièce.

Jack soupira.

-Docteur ?

D'un mouvement, ce dernier se fit glisser sur le sol, réapparaissant couvert de poussière. S'accroupissant, il lui tourna le dos, ouvrant une cloison.

Le capitaine roula des yeux.

Clairement, le plus âgé ne rendrait pas les choses simples.

Jack ne le méritait pas, cependant.

En tout cas, il ne s'y attendait pas.

Son esprit était toujours tourmenté, et sa colère bien réelle, mais Rose avait eu l'effet d'une douche froide sur lui : ses mots avaient fait leur chemin, le poussant à tenter de mettre de coté ses sentiments pour écouter son ami.

Le Docteur, le Docteur était trop important pour lui, pour qu'il laisse sa peur détruire leur relation.

Sois courageux, Jack.

D'un pas lourd, le jeune homme se dirigea vers le Seigneur du temps, s'accroupissant à ses cotés. Le Docteur l'ignora, son visage recouvert d'un masque d'une neutralité à en crever le cœur.

Celui de Jack se brisa.

La souffrance du Docteur émanait de lui par vagues.

C'était celle d'un homme brisé, persuadé qu'on allait encore l'abandonner.

Le capitaine sentit une vague de culpabilité le frapper.

Pris dans son chagrin et sa colère, il n'avait pas réussi à se mettre à la place de son ami.

Mais le choc avait été si fort..

-Docteur.. Docteur, grogna-t-il en saisissant son bras, le tournant vers lui.

Il regretta son geste presque immédiatement, lorsqu'un poing s'écrasa sur son visage, l'envoyant voler plusieurs mètres en arrière.

-Jack !

Le Docteur le fixait, horrifié.

Le jeune homme grogna, se redressant lentement.

-La vache..

-Jack ! Qu'est-ce que.. Depuis combien de temps êtes-vous là ? S'exclama le Seigneur du temps en accourant vers lui, tournevis sonique en main.

-Assez pour vous réveiller de votre choc, apparemment, grommela-t-il en se frottant la joue. Oh, ça va faire un beau bleu..

-Je suis désolé.. Jack.. Je..

-Doucement, doucement, s'exclama-t-il, le saisissant par les bras pour le calmer. Je vais bien, Doc, j'en ai vu d'autres, doucement..

-Je vous ai blessé..

-Je ..

-Je suis désolé, je .. Je vais vous déposer..

-Quoi ?

Le Docteur baissa la tête, son expression abattue.

-Je … Je suis désolé..

-Doc, qu'est-ce que vous me racontez, encore ? Les yeux de Jack s'agrandirent. Vous.. Vous voulez que je parte ? S'exclama-t-il, sa voix se brisant.

-Vous me haïssez..

-Je ne.. Oh, Doc.. Doc, je..

-Je comprends, marmonna ce dernier, en se relevant, son expression fermée. Je ne vous en veux pas.

-DOCTEUR !

D'un bond, il s'était relevé, le tournant brutalement vers lui pour le fusiller du regard. Le Seigneur du temps fronça les sourcils, irrité.

-Dites-moi juste où et quand, capitaine, et je..

-Bordel, est-ce que je vais pouvoir en placer une ? Moulin à paroles! Débile ! La bouche du Docteur se referma brutalement. Jack inspira, tentant de calmer sa colère. Est-ce que j'ai dit que je voulais partir ?

-Je ..

-Vous présumez, le coupa sèchement Jack, avant de s'adoucir. Je suis désolé. Je .. Il se frotta le crâne. Je n'aurai pas dû.. J'ai eu peur..

-Je sais, soupira le Docteur. Je ..

-Mais je ne veux pas partir, le coupa-t-il de nouveau.

-Non ?

Le Docteur le fixait, ahuri. Jack secoua la tête.

-Non. Je .. Je suis choqué, mais.. Doc, je suis.. j'étais.. un Agent.. J'ai entendu beaucoup de choses, admit-il très bas, avant de croiser les bras. Mais ce n'est pas à moi de juger. Je l'ai dit, j'ai les mains sales. Ce n'est pas comme si j'étais crédible.

-Oh, Jack.. Vous êtes trop dur avec vous-même, soupira le Docteur. Vous n'étiez pas responsable..

-Si, le coupa-t-il. Mais .. Il secoua la tête. Doc, vous.. Vous m'avez pardonné.. Accueilli.. Nourri.. Vous m'avez sauvé, souffla-t-il. Je ne peux pas.. Vous êtes comme moi, réussit-il finalement à marmonner, en fixant la console. Les circonstances sont différentes, mais.. Vous êtes comme moi, murmura-t-il en baissant la tête. Vous savez.. ce que c'est. Et je sais.. ce que c'est. Je ne peux pas.. Je suis désolé, murmura-t-il en le prenant dans ses bras.

Parce que le Docteur lui avait tendu la main, au moment où Jack en avait le plus besoin.

Parce qu'il l'avait sauvé, trop de fois pour qu'il puisse les compter.

Parce qu'il avait eu peur, et s'était enfui.

Parce qu'il l'avait laissé seul, seul avec ses peurs, ses démons et sa haine de lui-même.

Parce qu'il était sensé être son ami, son mentor, son soutien, et que Jack lui avait tourné le dos, par peur et colère.

Parce que le Docteur croyait en lui, quand Jack n'avait plus tellement de respect pour lui-même.

Parce que le Docteur l'acceptait tel qu'il était, et tentait de le guider pour s'améliorer.

Parce que le Docteur, terrible Docteur, épuisé Docteur, le Docteur donnait des chances à tous ceux dans le besoin, même ceux ne le méritant pas, surtout ceux ne le méritant pas.

Comme Jack.

Jack en avait tellement eu besoin.

Même maintenant, il ne savait toujours pas comment accepter cette main tendue. Il ne savait pas comment l'accepter.

Mais il voulait être digne de sa confiance.

Il voulait devenir l'homme que le Docteur voyait en lui.

Il voulait accepter cet espoir, et cette foi, et tout ce que le Docteur avait à lui offrir, si seulement il acceptait de le prendre.

Jack ferma les yeux, s'agrippant au Seigneur du temps.

Celui-ci respira brutalement, avant de se laisser tomber contre lui.

Le Docteur aussi avait besoin d'aide.

Jack ne le laisserait pas tomber.

Il l'aiderait à s'accepter.

Un travail en apparence impossible, mais Jack n'avait jamais été homme à reculer.

Il acceptait le défi.

-Je ne vous abandonnerai jamais, abruti, marmonna-t-il.

-Je ne le mérite pas, Jack, souffla le Docteur, en posant son front contre le sien.

-Amusant. C'est ce que je vous ai dit, il n'y a pas si longtemps que cela. Et vous m'avez envoyé balader, avec pertes et fracas. On va s'épargner ce passage, et passer directement à la suite. Parce que vous savez, tout ce que j'ai dit tout à l'heure, je le pensais, murmura-t-il en caressant son visage. Et je pense que vous le savez. Il vous faut juste.. l'accepter, sourit-il légèrement, s'attirant un regard noir.

-On emploie mes armes contre moi, capitaine ?

Jack lui lança un clin d'œil, avant de caresser sa joue. Avec lenteur, il se rapprocha, ses yeux rivés dans ceux du Seigneur du temps.

À son grand soulagement, ce dernier ne bougea pas, l'ombre d'un sourire étirant ses lèvres alors que le capitaine y posait doucement les siennes.

Cela, il pouvait l'accepter.