21 – Flamme
La flamme de vie qui brûle dans les yeux de l'autre quand ils se rencontrent ne fait qu'exploser au cours du temps, chacune s'attirant mutuellement pour mieux danser autour de l'autre.
Celle du Docteur est puissante et brutale, rustre, et effrayante. Celle de Jack est plus charmeuse, taquine, joueuse.
Leurs flammes se rencontrent, se cherchent, se tournent autour jusqu'à se toucher, et se palper.
Elles se brûlent au départ, mais comme n'importe quel feu, elles finissent par se mélanger, jusqu'à s'unifier.
Leurs flammes augmentent d'une nouvelle intensité, en même temps que grandit et évolue leur relation : elles explosent lorsqu'ils deviennent davantage que de simples compagnons de voyage, se mélangent et s'unissent, se réchauffant mutuellement de toutes les manières possibles.
Jack est fasciné par la force de vie du Docteur, son honnêteté, sa loyauté, il est son ami, son mentor, son leader, son amant. La flamme qui brûle dans le Seigneur du temps est d'une puissance telle qu'il n'en a jamais vu, et le capitaine devient papillon face à la lumière, dansant et virevoltant autour de celui qui est désormais le centre de sa vie.
Le Docteur, si épuisé, si enragé, le Docteur passe son temps à râler sur le jeune garnement. La flamme qui anime le capitaine est celle de tous les jeunes paons, têtus et insolents. Il râle, et il grogne, mais au fond de lui, il sait qu'il est conquis.
Le Seigneur du temps gravite autour de son compagnon, se réchauffant auprès de lui comme un vieil ours aigri. Il se colle à lui, recherche son effronterie, son énergie, sa jeunesse, sa tendresse. L'humour insolent du jeune homme cache une fragilité et un cœur brisé que les apparences ne laissent pas deviner. Mais le Docteur est âgé, et expérimenté. Il sait reconnaître les différents types de sourires, et rires.
La flamme de Jack est aussi celle d'un survivant, un combattant. Jack est comme lui, et c'est tout naturellement qu'avec le temps, il devient son ami.
Chacun se brûle au contact de l'autre, comme deux papillons se perdant dans la lumière d'un lustre.
Sans surprise, leurs flammes finissent par se mélanger, et s'aimer.
Il est tellement facile, de fermer les yeux et oublier. Ils sont addicts, ils le savent, mais ils s'en moquent, ils savent que jamais rien ne dure, et c'est ce qui rend leur flamme encore plus intense, ce désir commun de vivre et oublier, courir pour toujours sans jamais se retourner, courir, et rire, et se brûler au contact de l'autre, vivre, encore et toujours, pour oublier, qu'un jour tout cela sera terminé.
La flamme qui anime le nouveau Docteur est toujours aussi puissante, et Jack pourrait s'y perdre de nouveau s'il y plongeait, il le sait.
Ce serait tellement facile, d'oublier.
La flamme qui brûle en ce nouvel homme est sauvage, et violente, et passionnée.
Si gaie, et enflammée.
Ce serait tellement simple, de s'y plonger.
Peut-être, devrait-il essayer.
Mais Jack ne veut plus, ne peut plus.
Il a appris, il a été trahi, et il fuit.
Sa propre flamme est tarie.
La flamme du Docteur vacille lorsque Jack se détourne, ses mots taquins mais fermes ne laissant aucun doute quant à l'étendue de la faille qui s'est créée entre les deux alliés.
La flamme de Jack tremblote et clignote alors qu'il s'éloigne, hésitant et chancelant et protestant.
Ne devrait-il pas au moins essayer ?
Mais que reste-t-il à tenter ?
Sa vie sur le Tardis est terminée.
Cette page est à tourner.
Le Docteur sent sa propre flamme tituber quelques instants, ses mains se contractant en même temps qu'il sert les dents.
Mais pourquoi Jack serait-il resté ?
Quelles raisons lui a-t-il données ?
Il n'est bon pour personne, il le sait.
Et pourtant, il demeure blessé.
Et pourtant, il ne va pas le chercher.
Deux cœurs brisés, deux flammes soufflées, ou vraiment ?
Car deux âmes si semblables ne peuvent s'ignorer pour toujours, leurs flammes sont trop identiques pour ne pas se retrouver, nées chacune dans les feux de la guerre, le chagrin et la peine, deux immortels, seuls au monde sans aucun autre être parallèle.
Ils ont besoin de la flamme de l'autre pour se soutenir, et se souvenir, se souvenir du passé, et du temps aimé, se souvenir de ce qu'ils ont été, et ce qui pourrait, si seulement ils voulaient tenter.
Leurs flammes sont si identiques, et si éloignées, Jack ne fait que le regretter, son Docteur lui manque, mais le deuil doit être fait.
La flamme n'est plus, elle s'est résorbée, pour se transformer.
La question est, peut-il l'accepter ?
Dehors, le Docteur l'attend, patient.
Le Docteur sait, qu'il l'a blessé, qu'il l'a brisé, il a mérité son rejet.
Il ne peut qu'espérer.
En lui, la flamme renait.
Un jour, tout sera réparé.
Il ne peut qu'espérer.
Si seulement, il parvenait à vraiment s'excuser.
