23- Beau
Ce n'était pas une surprise, le premier Docteur de Jack ne s'était jamais aimé.
Son corps était trop mince, trop maigre : c'était le corps d'un homme épuisé par les combats et l'amertume des années, le corps d'un être qui se haissait tellement pour ses crimes et échecs qu'il refusait de le nourrir, se contentant du minimum vital.
Ce Docteur se détestait encore tellement, qu'il se punissait de toutes les manières possibles.
Et l'une d'elle consistait à ne pas se nourrir suffisamment.
Son corps était mince, si mince, presque maigre. Ses muscles étaient la seule marque de force physique l'habitant, contrastant avec la maigreur de sa taille et ses côtes presque saillantes.
Son visage était le symbole de cette souffrance, ses traits émincés faisant ressortir ses pommettes saillantes, et la profondeur de ses yeux bleu marine.
Son visage était peut-être ce qui exprimait le mieux le dégoût que ce Docteur ressentait vis-à-vis de lui-même.
Lorsqu'il se regarderait dans le miroir, tout ce qu'il y verrait serait des traits décharnés et osseux, bien plus proches des morts que des vivants l'entourant au quotidien.
Il n'y avait rien à aimer, rien à apprécier.
Ce Docteur ne s'était jamais trouvé beau, et il ne faisait de toute manière aucun effort pour le devenir, se dissimulant sous une immense veste de cuir et une tenue sobre presque militaire.
Jack n'était pas d'accord.
Jack était tombé amoureux de lui au premier regard.
Son regard, c'était la première chose qu'il avait vue chez lui. Ces yeux bleu marine l'avaient envouté immédiatement, le faisant tomber dans un océan d'étoiles et supernovas qu'il n'avait jamais réussi à quitter. Leur puissance était telle que Jack s'était retrouvé attiré immédiatement, captif volontaire de ces deux boules bleues emplies d'une vie et rage qu'il n'avait pas ressenties depuis trop longtemps.
Les yeux du Docteur exprimeraient tant de sentiments.
Joie, peur, colère, rage, excitation, satisfaction, humour, gentillesse.
Malgré son apparence d'ours mal léché, l'homme était une des personnes les plus gentilles que Jack avait pu rencontrer. Sa tendresse pour les siens n'avait d'égale que sa passion pour la vie, et sa capacité hors du commun à la partager.
Il y avait tant d'amour, dans ses yeux.
Tant de gentillesse, et de vie, et d'énergie dans ses pupilles.
Le regard du Docteur était si magnifique.
Le voir hanté par les horreurs du passé avait toujours brisé le cœur de Jack.
La tempête et la rage qui y brilleraient.. Le capitaine frissonnait juste à y penser. Leur puissance et violence étaient telles qu'elles auraient pu détruire l'univers à elles seules.
Malgré sa peur, Jack ne pouvait contenir sa fascination.
Il existait une beauté sombre dans ces yeux qui l'avait attiré dès le premier regard.
Le visage du Docteur était rugueux mais fin, ses muscles puissants malgré la maigreur de leur propriétaire. L'homme était semblable à un fauve, sa démarche assurée indiquant son expérience et sa confiance en lui-même.
La beauté de ce Docteur n'était pas traditionnelle, mais de cela, Jack s'en moquait : sa beauté résidait dans ses cœurs, et sa personnalité. Ce Docteur était rustre mais vrai, honnête bien qu'abimé, sa beauté était aussi intérieure et Jack en était tombé amoureux.
Le nouveau Docteur avait tout pour plaire.
Jeune, stellaire, brillant, des yeux bruns d'une puissance à vous faire tomber d'un regard, accompagnés d'un sourire coquin que Jack avait voulu embrasser dès qu'il l'avait vu.
Sa beauté était plus traditionnelle, ses traits fins mis en valeur par des cheveux savamment mis en scène et accompagnés d'un costume trois pièces à s'en faire palir tous les tailleurs de l'univers. Son intelligence était toujours aussi poussée, son charme geek ravageur et enthousiaste – ce manteau était la trouvaille du siècle, et ces converses ? Qui d'autre aurait osé ?
À tous les égards, il était le symbole du gendre parfait, et il le savait.
Ce Docteur était fier de son apparence, et ne s'en cachait pas. Son plaisir à s'habiller tirait sur l'orgueil, le soin apporté à ses tenues identique à celui passé à se coiffer – avec quoi exactement, Jack n'en savait rien, mais il devait y avoir des réserves astronomiques de gel à présent sur le Tardis, à moins que le Docteur n'emploie réellement des pétards ?
Cette incarnation avait tout pour plaire, et le savait.
Jack n'y avait pas échappé, oh, non. De même que Rose, et Martha, et Shakespeare, et toute la gente multisexe de l'univers, il était tombé, son cœur s'emballant violemment la première fois qu'il avait découvert sur une photo l'apparence du nouvel homme habitant le Tardis.
Mais tout s'était arrêté à cela – l'apparence.
L'immortel et ancien compagnon n'avait pas tardé à découvrir que la personnalité du nouveau Docteur était tout aussi différente que ses traits.
Ce Docteur était cruel dans ses mots, et instable dans ses amitiés.
Sournois dans ses paroles, et lâche face à ses fautes.
Le précédent Docteur pouvait être brutal dans ses mots, mais il possédait une honnêteté de cœurs que le capitaine ne retrouvait plus dans la présente incarnation.
Il avait été blessé, ô, si cruellement.
Alors il était parti.
Il avait fallu du temps à Jack pour comprendre que la beauté de ce Docteur était un masque, si utile pour séduire et charmer, plaire, satisfaire, amuser, attirer.
Un visage jeune et jovial, vers lequel se tourner et se confier.
Un sourire charmeur et gentleman, idéal pour captiver et ensorceler.
Une jeunesse éternelle, qui dissimulait une âme brisée.
Comme lui, le Docteur demeurait cassé, brisé par le temps et ses cruautés. Ses cœurs étaient abimés par ses pertes, et si fatigués de toutes les souffrances et deuils affrontés.
Comme Jack, sa beauté n'était plus qu'une armure, un paravent pour dissimuler combien il était épuisé.
Peu à peu, Jack avait appris à lui pardonner, et, lentement, recommencer à l'aimer.
