Sur ses gardes, Severus observait les deux adultes, attendant de voir s'ils donneraient suite à se demande. Pour ne pas montrer son angoisse, il entama un exercice d'occlumencie qui fit ressurgir les souvenirs des derniers mois.
Il y un an, il découvrait que Lily partait en vacances avec ses parents et sa sœur. Ça l'avait décidé à contacter Lucius Malfoy pour savoir s'il voulait toujours l'employer pendant l'été. Il s'était donc retrouvé embauché par l'aristocrate pour établir un nouvel inventaire de la bibliothèque de son manoir. Laissé un peu à lui même et vite lassé par la monotonie de la tâche, le jeune sorcier avait commencé à fureter dans les rayonnages, jusqu'à ce qu'il découvre un ouvrage enchanté, dans une cachette mal protégée. Il s'agissait d'un journal intime, qui contenait une copie parfaite de la personnalité de son créateur, un certain Tom Jedusor qui étudiait à Serpentard dans les années 40.
Ils étaient vite devenus amis, dialoguant par écrit durant des journées entières. Ayant secrètement ramené le carnet à Poudlard, il avait bénéficié des conseils du journal pour s'imposer parmi ses pairs et se faire bien voir des enseignants. Certes Tom s'était montré plus que réservé sur son amitié avec une née- moldue comme Lily, mais il avait gardé ses jugements pour lui, pointant juste de temps à autre une contradiction. Ces petites contrariétés ne devaient pas faire oublier son aide face au harcèlement des Maraudeurs ou son idée géniale de le pousser à étudier l'occlumencie. Sans cette technique, le directeur Dumbledore aurait pu lire ses pensées.
Dumbledore qui avait voulu le faire taire, quand Sirius Black avait cru malin de lui tendre un traquenard mortel. Dumbledore qui lui avait sûrement volé le journal avec la complicité de Potter et de son gang. Tout était de leur faute. À cause d'eux, il s'était retrouvé confronté à Remus Lupin transformé en loup-garou, et les Evans, effrayés par l'agression, imposaient à leur fille de renoncer au monde magique. Bizarrement, elle rejetait la faute sur Severus. Il ne comprenait pas vraiment son raisonnement, mais pour le moment ce n'était pas le point le plus urgent. Il devait avant tout se sortir des ennuis où il se trouvait plongé.
En voyant monsieur Evans inanimé devant sa porte, il avait voulu lancer un sort de diagnostic. Par malchance, les aurors arrivant au plus mauvais moment l'avaient pris pour l'agresseur. Les circonstances ne jouaient pas vraiment en sa faveur. Choqué par son arrestation, il n'avait pas réussi à articuler un mot jusqu'à ce qu'un vétéran bardé de cicatrices l'interpelle.
Secoué par la menace de se retrouver au pénitencier d'Azkaban, il s'était souvenu de la description faite un jour à Lily. Une forteresse massive, se dressant sur une île battue par les flots. Un symbole de désolation, gardé par les détraqueurs, des créatures magiques aussi redoutables que mystérieuses. Elles se nourrissaient des émotions positives et dégageaient une aura de malheur. On disait qu'un séjour dans cette prison suffisait pour rendre fou le sorcier le plus équilibré. Alors quand son interlocuteur lui avait offert un échappatoire, il avait hésité. Peut-être qu'il souffrait d'amnésie ? Furieux en rentrant chez lui, il s'était défoulé sur monsieur Evans, avant de réaliser la gravité de son geste et d'occulter les faits inconsciemment.
Heureusement, l'auror avait voulu trop bien faire en ponctuant sa tirade d'une touche de magie de compulsion. Dumbledore s'était déjà servi de cette technique contre lui. Mis en garde par Tom, il avait travaillé son entraînement pour détecter ce genre de manipulation, grâce à l'occlumencie. D'après le journal, il possédait un don pour les arts de l'esprit, aussi lors de la tentative d'intrusion il s'était automatiquement retrouvé avec des boucliers mentaux dressés. Ayant ainsi réussi à récupérer un peu de sang-froid, il s'était souvenu d'une disposition du droit sorcier.
Jusqu'à ses dix-sept ans, age de sa majorité, il pouvait demander l'aide d'un magicien adulte et il en avait de toute évidence bien besoin.
« T'as aucun droit petite racaille ! Ici, c'est moi qui fixe les règles. » Visiblement son interlocuteur ne partageait pas son point de vue.
- Excusez-moi Maugrey, mais, au regard de la loi, ce jeune homme n'a pas tort.
« Te mêle pas de ça, Bones. » La réaction épidermique à l'intervention de la sorcière ne lui échappa pas. La zizanie couvait-elle entre ses accusateurs ? Nullement découragé, l'auror revint à la charge. « Tu veux l'aide de qui ? Lucius Malfoy ? Ton parrain chez les Mangemorts ne se déplacera jamais pour un sous-fifre dans ton genre. Il a mieux à faire. »
- Il y a une sorcière…
« Ta mère ? » Il semblait trouver l'idée très drôle. « Ça m'étonnerait qu'elle vienne. Tu n'es pas au courant ? Elle a entamé un procédure de divorce. Elle est retournée chez ses parents et veut reprendre son nom de jeune fille. Elle va redevenir une Prince et couper les ponts. » Il se délectait de l'impact ses propos et, malgré ses boucliers, Severus manqua perdre le contrôle.
Le jeune sorcier ne parvint à se maîtriser qu'en se focalisant sur son idée d'origine.
- Je veux parler à Madame Adams-Arès. Elle doit se trouver actuellement au Ministère.
- Evelyn ? D'où la connaissez-vous ?
- Drôle de question, Bones, il a dû la rencontrer dans une réunion de Mangemorts.
- Il se trouve qu'elle est d'origine moldue, Maugrey. Aussi, je doute fortement qu'elle fréquente des gens qui voudraient la persécuter.
Le ton tranchant de la sorcière fit perdre un instant sa contenance à l'auror, ce qui permit à Severus d'intervenir. « Sa fille aînée et moi allons en classe ensemble. J'ai rencontré madame Adams-Arès aujourd'hui, à la descente du Poudlard Express et nous avons discuté. » Elle lui avait proposé son aide, mais il ne pensait pas qu'il en aurait aussi vite besoin.
- Et bien, voilà qui devrait s'avérer facile à vérifier.
« Attend, Bones ! » Les paroles de Maugrey ne servirent rien, et déjà la sorcière quittait la pièce. Elle n'avait visiblement pas apprécié la réflexion sur sa collègue.
Furieux, l'auror se tourna vers Severus et se mit à lui crier dessus, le menaçant de tous les maux ce la terre, s'il n'avouait pas son crime. Le jeune sorcier laissa passer l'orage, se raccrochant à son mince espoir. Le retour de madame Bones mit un terme aux hurlements. Le jeune serpentard constata avec soulagement, que madame Adams-Arès l'accompagnait.
- Severus, c'est bien vous ? Merci de m'avoir prévenu Amelia.
- Je vous en prie Evelyn.
- Vous connaissez ce voyou ?
- Absolument, auror Maugrey, c'est un ami de ma fille Viviane.
- Elle devrait mieux choisir ses fréquentations.
- Je vais attendre que vous éleviez des enfants, avant de suivre vos conseils, merci ! Je n'ai fait la connaissance de ce jeune homme qu'aujourd'hui, mais il a passé la soirée avec mes enfants à notre manoir. Que lui reprochez-vous exactement ?
- Ce vaurien vient d'agresser un moldu. Il a poussé l'audace jusqu'à faire ça devant sa propre porte.
- Je l'ai raccompagné moi-même à son domicile, voici quelques heures, sans rien remarquer de suspect.
- Eh bien, on l'a trouvé en train de lancer un sortilège à la victime !
- Mais c'est faux !
- Qu'est-ce qui s'est passé, Severus ?
Enfin, quelqu'un pour lui faire une demande sensée ! « J'ai posé mes bagages chez moi, avant d'aller rendre visite à une amie. En rentrant, j'ai trouvé le corps d'un moldu devant le perron. »
« Quelle drôle de coïncidence ! » ricana Maugrey. « Et comme par hasard, tu as décidé de sortir ta baguette, juste à ce moment. Tu voulais qu'elle prenne l'air ? »
- Je connais cette personne, j'hésitais à lancer un sort de diagnostic, car je m'inquiétais. Comment va monsieur Evans ?
- Tu crois vraiment qu'on va avaler ces sornettes ?
« Vous ne lui aviez pas encore demandé sa version des faits ? » Madame Adams-Arès paraissait de plus en plus mécontente. « L'auror Maugrey a parlé d'agression, Severus, pas de meurtre. J'en déduis que la victime est toujours vivante. Dites-moi si je me trompe, auror Maugrey. » Elle n'obtint pour toute réponse qu'un grognement inarticulé qui fit pourtant grand plaisir au jeune sorcier.
Monsieur Evans allait s'en tirer ! Décidément, les interventions de la mère de Viviane s'avéraient providentielles. Elle le sauverait peut-être de ce Maugrey, comme elle l'avait fait avec Dumbledore en surgissant dans son bureau. Le parallèle des situations lui donna une idée.
- Il existe un moyen simple pour vérifier mes dires. Examinez ma baguette. Il paraît qu'avec certaines techniques, on peut connaître les derniers sortilèges qu'elle vient de lancer. Si je ne me trompe pas, je m'en suis servi pour la dernière fois quand j'ai tracé des runes sur un vase dans votre jardin.
- Je m'en souviens en effet. Mais bizarrement, l'auror Maugrey a déclaré qu'en arrivant sur place, il vous avait vu lancer un maléfice. D'ailleurs qu'est-ce qui a amené les fonctionnaires du ministère à se rendre dans ce quartier moldu ?
- On nous a signalé une infraction.
- Une infraction de quelle nature ? Vous ne répondez pas ? Amélia ?
- Un usage illicite de …
- La ferme, Bones !
- Un usage illicite de la magie ? Depuis quand les aurors se déplacent-ils pour ce genre de chose ?
- On est en guerre Adams ! On a pas le temps de faire de chichi.
- Et vous croyez que ça vous autorise à envoyer une équipe pour une broutille, à arrêter arbitrairement un sorcier mineur et à l'accuser d'un crime sans disposer de preuves ? C'est scandaleux ! Maintenant que le ministère vous autorise à utiliser les sortilèges impardonnables, vous vous croyez tout permis ? Que prévoyez-vous pour votre prochain suspect ? Vous le torturerez avec Crucio, jusqu'à ce qu'il reconnaisse les faits ? Ou bien vous le forcerez à signer ses aveux contre sa volonté avec Imperio ? Mais non, vous ne vous embarrasserez même plus de ces détails, vous vous instituerez juge, juré et bourreau. Au moindre doute, vous lancerez un Avada Kedavra !
- N'essayez pas de m'embrouiller Adams. On un moldu agressé par magie devant la porte de Rogue, et rien de ce que vous raconterez ne pourra changer ça. Et n'oubliez pas qu'il s'apprêtait à utiliser sa magie dans un lieu non autorisé et à violer notre statut du secret auprès de la victime.
« Comment ça ? » demanda Severus éberlué. « Monsieur Evans est certes moldu, mais sa fille est une sorcière avec qui je vais à Poudlard. Il connaît parfaitement notre existence. »
- Non mais je rêve ? Qu'est-ce que c'est que cette affaire ? Vous n'avez même pas pris la peine de vous renseigner sur la victime ? c'est un scandale, Auror Maugrey ! Un abus de pouvoir !
- Tout ça ne nous dit pas qui est l'auteur de l'agression, et je parie que votre petit protégé y a joué un rôle. On va vérifier…
Amelia Bones interrompit l'auror, l'attrapant par le bras pour l'entraîner dans un coin de la pièce. La mère de Viviane profita de ce répit pour glisser : « Ils n'ont rien contre vous, le dossier est vide. Ils ne pourront pas vous garder. » Elle marqua un temps. « Je ne m'attendais pas à vous revoir aujourd'hui, Severus. »
La touche d'ironie ne lui échappa pas et il se détendit un peu. Une question le tracassait, cependant. « Ils disent que ma mère veut divorcer. Je l'ignorai. Vous croyez qu'ils disent vrai ? »
- Mon ex-mari pourra vous assurerait que je connais bien le sujet. Je vais…
Elle s'interrompit car madame Bones revenait vers eux, pour prendre à part sa collègue. Pendant que les deux sorcières discutaient à voix basse, Severus réalisait peu à peu qu'il échapperait sans doute à Azkaban. Un frisson le parcourut cependant quand il réalisa que les aurors du ministère auraient pu utiliser les sortilèges impardonnables contre lui. Il n'existait aucune protection contre Avada Kedavra, mais, s'il se souvenait bien, certaines techniques d'occlumencie permettaient de limiter les dégâts des deux autres maléfices. En fractionnant son esprit et ses émotions, on parvenait à freiner la progression de la douleur ou des ordres magiques. Il faudrait qu'il travaille là-dessus.
Madame Adams-Arès l'interrompit dans ses réflexions.
- Selon Amelia, Maugrey accepterait de refermer le dossier, mais il veut que vous laissiez votre baguette au Ministère pendant l'été.
« Il croit quoi ? Que je vais me mettre à jeter des maléfices pour le plaisir !? » s'écria Severus furieux. Dans un coin de sa tête, son Tom intérieur semblait se réveiller pour lui rappeler avec ironie, que, voici quelques heures, il voulait rentrer chez lui pour torturer son père. Des velléités bien vite envolées dès qu'il avait vu le corps de monsieur Evans.
- S'il s'obstine, il peut encore vous compliquer la vie. Vous restez un suspect, surpris sur les lieux d'une agression. Ça donne le droit aux aurors de fouiller votre domicile et vos affaires. J'aurai beau contester leur démarche, s'ils trouvent quoi que ce soit de louche, ils l'utiliseront contre vous.
Il s'apprêtait à protester quand il pensa au contenu de sa malle. On y trouverait sans difficultés les ingrédients achetés avec Regulus Black, lors d'une excursion clandestine dans l'allée des Embrumes. Non seulement il lui serait difficile de justifier leur provenance, mais il avait aussi pris des notes à leur sujet, couchant par écrit ses idées sur la manière d'en tirer des potions illégales. Et il allait de même pour ses recherches en magie noire. À Poudlard, à la rigueur, il aurait pu tenter de les présenter comme de simples réflexions théoriques, mais il doutait que les aurors goûtent ce genre d'argumentation académique. Par malheur les parchemins portaient son écriture manuscrite, prouvant indiscutablement qu'ils lui appartenaient. Il se promit de ne plus commettre cette erreur, et d'utiliser à l'avenir une dicta-plume, pour brouiller les pistes.
Plongé dans ses pensées, il tardait à répondre et madame Bones s'approcha d'eux.
- Le ministère est vaste Si monsieur Rogue accepte d'y laisser sa baguette pour l'été, il existe de multiples endroits où l'entreposer. Par exemple sous votre garde, Evelyn.
- Excellente idée, Amelia ! Il se trouve que mon bureau possède une armoire sécurisée. Si vous me faites confiance, Severus, je m'engage à vous remettre votre bien en main propre, avant que vous ne preniez le train pour Poudlard. Ça évitera une perte malencontreuse, ou de regrettables lenteurs administratives…
Il saisit l'occasion. « D'accord ! Mais j'ai votre parole, madame »
- Bien évidemment. D'ailleurs, nous allons coucher tout cela par écrit. Vous comprenez Amelia, je n'apprécie guère l'attitude du département des aurors dans toute cette histoire. Il est hors de question qu'ils continuent à harceler Severus.
Les magiciennes se concertèrent quelques instants, avant de commencer à rédiger un document. Le jeune sorcier se demanda s'il assistait à la création d'une forme de contrat magique. Il gardait un cuisant souvenir de celui que Dumbledore lui avait fait passer à son insu, mais le potentiel de l'outil le fascinait. Tom lui avait même raconté qu'on pouvait de la sorte forcer un sorcier à affronter des dangers comme les épreuves du tournoi des trois sorciers. Cependant, malgré toute sa bonne volonté, il trouvait le texte qu'il voyait naître devant lui aussi clair et attrayant que le commentaire d'un match de Quiddich.
Madame Adam-Ares finit par lever la tête. « Voilà. Vous vous engagez à me laisser votre baguette en dépôt cet été, et le département des aurors abandonne les poursuites contre vous. De plus, aucun service ou fonctionnaire du ministère ne pourra vous contacter ou même vous approcher sans me prévenir immédiatement. Il ne manque plus que trois signatures : la mienne, la vôtre et celle de l'auror Maugrey. »
- Honneur aux dames.
- Merci auror Maugrey, mais je n'en ferai rien. Après tout, c'est à vous que nous devons le « plaisir » de cette charmante et tardive réunion.
De fort mauvaise grâce, l'auror apposa un paraphe rageur. La mère de Viviane fit de même, avant de se tourner vers Severus, qui hésita un instant. Et si c'était un piège ? Une machination complexe élaborée contre lui. Puis il se souvint des aveux qu'il avait faillit faire. Sans son occlumencie, il se serait déjà condamné. Et personne ne pouvait prévoir qu'il ferait appel à madame Adams-Arès. Déterminé, il saisit une plume et écrivit à son tour.
- Le contrat prendra effet dès que vous me donnerez votre baguette.
- Et après, je pourrai quitter le ministère ?
- Absolument.
- Dans ce cas, est-ce que vous pourriez me ramener chez moi ? Après tout vous connaissez le chemin. On en profiterait pour ramener monsieur Evans. Où se trouve-t-il d'ailleurs ?
- On est en train de le soigner, avant d'effacer ses souvenirs.
La réponse de l'auror fit bondir la mère de Viviane.
- On vous a expliqué tout à l'heure que sa fille était une sorcière. Il connaît notre existence, pas besoin de traumatiser son esprit à coup de sorts d'Oubliette ! Venez avec moi à l'infirmerie Severus, il va encore falloir éviter que l'incompétence de certains ne provoque une nouvelle catastrophe !
NDA : d'abord, merci à tous ceux qui m'ont mis en fav, follow et surtout, merci aux auteurs de reviews ! J'aurais bien envoyé un MP de remerciement à ces derniers, mais je n'y arrive pas.
Surtout, continuez tous à manifester votre intérêt. De toute façon je n'arrêterai pas cette FanFic ( j'ai une histoire à raconter ;-) ), mais ma motivation pour la publier peut fluctuer. Si je reçois des manifestations de sympathie pour ce que j'écris, ça ml'aidera à mettre en ligne un chapitre par mois.
J'ai profité de ce chapitre pour faire un récapitulatif plus long du T.1, mais les événements ne vont pas tarder à reprendre leur cour!
