NDA : comme on est en juin et que c'est un WE Prolongé, voici un nouveau chapitre.
Merci à tous mes reviewers, avec une mention spéciale pour katymyny qui a réussi à m'écrire 3 reviews pour 2 chapitres. Je salue l'exploit :-)


Tout en se précipitant à travers les couloirs du Ministère de la Magie, Severus réalisa progressivement la gravité des dangers auxquels il venait d'échapper. Et il le devait à la personne qui se trouvait à ses côtés.

- Merci pour votre aide, madame.

La mère de Viviane ne répondit pas tout de suite. « Une bonne part de votre gratitude doit aller à Amélia Bones. C'est elle qui est venue me chercher et c'est encore elle qui a su trouver un compromis acceptable par tous. Elle n'occupe encore qu'un poste de stagiaire, mais, vu ses qualités, elle ira loin. Croyez-moi, convaincre Alastor Maugrey de relâcher un suspect constitue un véritable exploit. » Elle se tut un instant. « Vous vous souvenez de notre conversation sur le directeur de Poudlard ? De la rumeur comme quoi il regrouperait ses partisans au sein d'une structure clandestine, d'une sorte d'ordre ? » Il acquiesça, saisi d'un mauvais pressentiment. « Eh bien l'auror Maugrey ne cache pas qu'il a gardé un excellent souvenir de sa scolarité. Et des liens très étroits avec certains membres du personnel enseignant. »

Dumbledore, il aurait dû s'en douter. Aucun doute, le vieux sorcier avait monté un traquenard pour le prendre au piège et le faire accuser à tort. Il paierait pour ça, comme pour le reste. En attendant, cela posait un autre problème plus immédiat.

- Si on a organisé un guet-apens contre moi, on pourrait très bien recommencer. Et désormais, je ne pourrai pas me défendre.

- Grâce au contrat que nous venons de signer, si on vous accuse à nouveau à tort, je le saurai immédiatement et j'interviendrai. Je ne crois pas m'avancer beaucoup en vous affirmant qu'Amelia va garder un œil vigilant sur les aurors. Par ailleurs, leur ordre semble attacher une grande importance à leur discrétion. Si ses membres s'engagent dans une nouvelle opération après ce premier échec, ils courent le danger qu'on les découvre. Je doute que le jeu en vaille la chandelle.

- Et s'ils déléguaient la tâche ? Je connais quelques élèves de Poudlard qui ne m'aiment guère. Il suffirait de leur donner mon adresse.

Il ne les nomma pas, mais frissonna à l'idée de se retrouver désarmé face aux Maraudeurs. Son interlocutrice dût suivre ses pensées, car elle reprit. « En début de soirée, je vous ai dit que M. Lupin ne reviendrait pas étudier l'année prochaine, mais d'autres élèves ont dû assumer les conséquences de leurs actes. Orion Black, s'il protège son fils aîné, n'a guère apprécié sa pseudo-farce. Aussi l'a-t-il envoyé suivre quelques cours d'été en Bulgarie. Il paraît que les professeurs de Durmstrang se procurent de confortables revenus annexes de cette manière et ils se montrent très à cheval sur la discipline. Dès qu'il a appris la nouvelle, James Potter a décidé de l'accompagner. » Cela faisait déjà un problème de réglé. Pettigrow n'oserait jamais agir tout seul et Lupin passerait sûrement l'été à s'apitoyer sur lui-même.

- De toute façon, vous ne vous trouverez pas totalement démuni, Severus. Mes filles louent vos qualités de potionniste et il ne vous faut pas de baguette pour brasser. Pas plus que pour tracer des runes, d'ailleurs.

Il la fixa un instant, éberlué. Pour une sang de bourbe, ses propos s'avéraient dignes d'un serpentard. Elle omettait cependant un détail. « Je vous ai dit que ma mère venait de quitter mon père. Si elle n'habite plus chez nous, le ministère ne me laissera plus y pratiquer la magie, même pour tracer des runes. »

- D'après mon expérience personnelle, la procédure en matière de divorce dure très longtemps, ce qui vous donne un peu de répit. Néanmoins, je vais me renseigner et je vous tiendrai au courant.

Un autre souci lui vint à l'esprit. « Cela veut-il dire que notre foyer restera raccordé par cheminette ? Je m'en sers rarement, mais il faudra que je l'utilise pour me rendre sur le chemin de Traverse afin d'acheter mes fournitures scolaires. »

- Alors là, ne vous inquiétez pas. Le service en charge de ce réseau ne brille vraiment pas par son efficacité ou sa rigueur. Il paraît même qu'ils connectent parfois des foyers moldus à leur insu. Tant que vos parents restent mariés, vous pourrez vous en servir. D'ailleurs, pourquoi ne pas l'utiliser pour rentrer ?

« Je doute que mon père apprécierait. » Quand il revenait pour l'été, il prenait mille précautions, pour éviter que son géniteur ne le surprenne. Cette année il avait crû qu'il pourrait changer les choses, mais, sans sa baguette, il faudrait qu'il s'en tienne aux méthodes habituelles. Au moins, il devrait réussir à se rendre régulièrement au laboratoire du manoir Malfoy. Il envisagea un instant de préparer une potion empoisonnée pour se venger, mais il abandonna immédiatement l'idée. Vu les derniers évènements, il préférait renoncer à toute idée de meurtre dans l'immédiat.

Par contre, l'arithmancie lui permettait de transposer en runes un sortilège repousse-moldu. En gravant les caractères dans la porte de sa chambre, il disposerait d'un havre de paix pour étudier. « Je vais aussi pouvoir faire mes devoirs de vacances, même sans baguette. J'écrirai peut-être à vos enfants pour en discuter. »

- Surtout n'hésitez pas, Arthur sera ravi ! Il ne peut pas parler de magie avec ses amis moldus, et en matière de sorcellerie, entre moi et mes filles, il ne trouve que des interlocutrices féminines. Tout-à-l'heure, quand vous discutiez dans le laboratoire, il semblait aux anges. Malheureusement, je ne peux pas vous proposer de nous rendre visite, Viviane ne pense qu'à réviser et ne veut voir personne.

La fille aînée des Arès lui battait froid depuis leur dispute. Et bien tant pis s'il avait froissé son orgueil.

« Ah, voilà l'infirmerie. » Madame Adams-Arès désignait une porte qui s'ouvrit sur une pièce très semblable à son équivalent de Poudlard. En entrant, ils avisèrent deux formes affalées sur des lits et une silhouette chancelante qui prenait appui sur le mur.

- Auror Peters ? Je suis madame Arès, du département juridique. Nous venons prendre en charge un moldu que vos collègues ont dû amener tout à l'heure.

- Ne m'en parlez pas ! C'est un fou furieux qui a neutralisé deux collègues. Seul un Stupefix m'a évité le même sort in extremis. Je soupçonne une possession démoniaque.

- Qu'est-ce que vous racontez ? C'est le père d'une élève de Poudlard et Severus ici présent le connaît depuis des années.

- Vous savez madame, cette histoire de possession me semble très bizarre. Est-ce qu'on peut le voir ?

« Si vous voulez vous en occuper, ce sera à vos risques et périls » soupira l'auror. Néanmoins, ce fut avec un soulagement évident qu'il leur désigna une couchette à l'écart.

Ils s'approchèrent avec précaution. La lumière, meilleure que dans l'impasse du Tisseur, permettait de voir que le moldu respirait.

- Vous pourriez essayer de le ranimer en restant à bonne distance, pendant que je reste à ses côtés ? Il me connaît et s'il me voit, ça devrait le rassurer.

Ils prirent position, puis madame Arès leva sa baguette.

- Enervate

- Hein ! Quoi ?

- Monsieur Evans, c'est moi Severus Rogue !

- Severus ? Qu'est ce qui se passe ?

- On se trouve au ministère de la Magie. Des sorciers vous ont découvert évanoui et amené ici. Je suis venu vous voir avec la mère d'une amie.

- Bonjour monsieur, je m'appelle Evelyn Adams-Arès. En effet, mes filles vont à Poudlard avec Severus et je travaille au ministère et. Des aurors vous ont découvert inanimé devant chez lui et vous ont transporté pour savoir ce qui vous était arrivé.

- En fait j'avais lu dans la Gazette du sorcier que des élèves s'étaient fait agresser par un loup-garou. Ça me semblait tellement incongru, que j'ai décidé de venir demander à Severus ce qu'il savait.

L'adolescent se crispa. Il sentait déjà la pression du contrat magique imposé par Dumbledore, qui lui interdisait de divulguer quoi que ce soit sur le sujet. Par chance ces restrictions ne s'imposaient pas à la sorcière près de lui.

- Ma fille vient de passer des semaines entières à l'hôpital de Sainte-Mangouste à la suite de ce lamentable événement. Il trouve sa source dans de grossières erreurs de sécurité de la part de certains membres du personnel de Poudlard… Mais tout cela ne nous dit pas pourquoi vous avez perdu connaissance.

- Je marchais, quand j'ai entendu quelqu'un crier « Stupéfiant ! » Après, je ne me souviens plus de rien.

Madame Adam-Arès soupira. « Vous avez reçu un Stupefix, mais visiblement, votre agresseur a pris ses précautions pour qu'on ne puisse pas l'identifier. Je crains qu'on ne connaisse jamais le fin mot de toute cette histoire. De toute façon, il y a plus urgent : il commence à se faire tard, et vos proches pourraient s'inquiéter. Voulez-vous que je vous ramène chez vous ? »

- Je ne suis pas sûr que vous sachiez…

- Ne vous en faites pas, j'ai déjà raccompagné Severus chez lui. Je connais le chemin.

- D'accord. Laissez-moi juste deux minutes.

Pendant que le moldu se préparait, Severus remit, non sans regret, sa baguette à la sorcière.

- Je veillerai sur elle, ne vous inquiétez pas.

En empruntant les couloirs du ministère, le jeune sorcier saisit l'occasion pour reprendre la conversation. « Nous dirigeons vers l'espace d'accueil. Il s'agit du seul endroit du bâtiment où on peut utiliser des moyens de transport magique. »

- Severus… j'étais aussi venu te voir pour une autre raison. Le cadeau que tu m'as fait pour Noël, je ne peux pas le garder. Il faut que tu le reprennes.

Le quatrième année fixa un instant la dicta-plume que monsieur Evans lui tendait. Bêtement, il se sentait blessé.

- Vous venez de le dire, c'est un cadeau. Je ne peux pas le reprendre !

- Ma femme ne veut plus de magie à la maison. Tout ce qui rapporte au monde sorcier la terrifie désormais. Tu m'imagines conserver un objet qui écrit tout seul ?

« Excusez-moi, mais savez-vous qu'on peut neutraliser la fonction de retranscription ? » Visiblement, madame Adams-Arès n'avait rien perdu de leur conversation. « Vous permettez ? » Elle saisit le petit instrument et le tapota avec sa baguette. « Voilà, il s'agit désormais d'une plume pour écrire, certes un peu désuète mais tout à fait banale. Rien qui puisse effrayer votre épouse. »

- Merci beaucoup madame… désolé, je n'ai pas saisi votre nom.

- Appelez-moi Evelyn.

« Alors merci Evelyn. » Il se tourna à nouveau vers le jeune sorcier. « Il faudrait aussi annuler l'abonnement à la Gazette. Plus question qu'un hibou m'en amène un exemplaire tous les matins. » Il s'interrompit à leur arrivée dans l'atrium, fasciné par le spectacle qui s'offrait à lui. La Fontaine de la Fraternité magique avec ses statues d'or, attira particulièrement son attention, mais madame Adam-Ares ne lui laissa pas le temps de s'extasier et les fit rapidement transplaner. Ce bref répit avait cependant permis à Severus de réfléchir.

- Il existe un service du ministère qui permet d'utiliser des enveloppes classiques et non un oiseau. Vous pourriez continuer à recevoir le journal de cette manière.

- Ça serait possible me l'envoyer à mon travail ?

Le ton plein d'espoir du père de Lily fournit à Severus toutes les informations qu'il voulait. De toute évidence monsieur et madame Evans ne posaient plus le même regard sur le monde magique. Il existait une possibilité de ne pas couper totalement les ponts avec la famille de son amie. « Je vais écrire à la rédaction dès ce soir. Vous savez qu'ils sont réactifs. » Il fallait qu'ils continuent à discuter et par chance, une question le tarabustait depuis qu'il avait franchi la porte de l'infirmerie. « Comment avez-vous fait pour prendre le dessus sur deux sorciers ? » Sans pouvoirs magiques, un moldu n'était normalement pas de taille.

M. Evans afficha un petit sourire. « Tu te souviens de la fois où je t'avais parlé de la manière de régler certaines querelles ? »

- Je ne sais pas trop …

- La boxe Severus. Je ne suis pas un professionnel, mais je m'entraîne régulièrement. Ça permet de rester en forme et ça peut toujours servir, comme aujourd'hui. Quand je me suis réveillé, entouré de gens inconnus qui me prêtaient à peine attention, j'ai un peu paniqué, je l'avoue, mais je m'attendais à des adversaires plus combatifs.

« Les magiciens se sentent souvent démunis face à l'usage de la force physique » intervint la mère de Viviane. Au début de ma scolarité à Poudlard, j'ai dû affronter l'animosité de mes petites camarades en vert et argent. Elles ne m'aimaient guère, à cause de mes parents moldus, mais je me suis vite rendue compte qu'elles se reposaient trop sur les sortilèges. Nous en sommes venues aux mains deux-trois fois dans le secret de notre dortoir, et ça m'a permis de m'imposer »

- Vous ne venez pas d'une famille sorcière, Evelyn ?

- Absolument. En commençant mes études, je me suis retrouvé dans la même situation que votre fille même si cela fait déjà un certain temps.

- Dans d'autres circonstances, j'aurais vraiment voulu en savoir plus, mais nous approchons de chez moi. Navré Severus, mais il vaut mieux qu'on ne nous aperçoive pas ensemble. Ça me désole de ne plus te revoir. Tu ne veux pas passer à mon club de boxe, le week-end prochain ? Tu verrais si ça t'intéresse et on profiterait pour bavarder un peu.

L'adolescent hésita. Par principe, tout ce qui touchait aux moldus lui répugnait. Mais d'un autre côté il tenait là une occasion en or de rester en contact avec monsieur Evans. La vision de l'auror Peters prenant difficilement appui sur un mur lui revint à l'esprit : les sorciers semblaient se trouver pris au dépourvu face une attaque physique. Lui qui se retrouvait sans baguette tenait peut-être là l'occasion d'apprendre à se défendre. Cela pourrait toujours lui servir, surtout face aux Maraudeurs. Le souvenir de Sirius Black lui traversa l'esprit. Le gryffondor, grand et athlétique n'hésitait pas à le bousculer ou à le faire tomber et il l'avait frappé avant Noël, alors qu'il ne pouvait pas se défendre. Si cette brute goûtait un peu à ses propres méthodes, ça ne s'avérerait que justice.

- Je vais tâcher de faire un saut samedi prochain. Donnez-moi l'adresse.

- Tu te diriges vers la mairie, et, près de la bibliothèque, tu verras une enseigne. Tu ne peux pas la rater. Je t'attendrai à partir de 16 heures. Je te souhaite une bonne nuit. À vous aussi Evelyn, et encore merci.

Sur ces paroles, l'adulte prit la direction de son domicile. Il faisait preuve d'un enthousiasme très modéré, remarqua Severus. En chemin vers l'impasse du Tisseur, le jeune sorcier se décida à interroger la mère de Viviane sur un point qui l'étonnait.

- Vous avez dit que vous régliez vos comptes avec vos camarades en vert-et-argent dans votre dortoir. Vous apparteniez donc à la maison de …

- De Serpentard, tout à fait Severus. Les sorciers au sang pur ne possèdent pas le monopole de l'ambition ou de la ruse. Néanmoins, à mon époque, ils tenaient le haut du pavé. J'ai dû me faire traiter de sang de bourbe plus souvent que vous n'avez brassé de potions.

Malgré le ton détaché de son interlocutrice, l'adolescent crut entendre son Tom intérieur lui conseiller de surveiller soigneusement son langage en sa présence. Pour une née moldue, elle venait de se révéler une alliée extrêmement précieuse, alors autant éviter de la froisser inutilement.

Il fallait détourner l'attention.

- Le papier que vous écrit avec madame Bones, c'est un contrat magique ? Il parait qu'il y en a un comme ça lors du tournoi des trois sorciers ?

« Pas exactement. Un contrat comme celui que vous mentionnez relève d'une forme de magie ancienne, aussi puissante que difficile à manipuler. Normalement, rien que pour contraindre un individu à faire une action précise, il faut qu'il laisse une trace physique comme d'écrire sur un papier, alors que dans l'exemple que vous évoquez, on peut mettre le nom de la personne à son insu dans la Coupe de feu. Dans le cas du document rédigé tout à l'heure, il est trop compliqué pour qu'une signature suffise à en engager l'auteur. L'idéal aurait consisté à ce que nous prêtions un serment inviolable, nous engageant à le respecter, mais l'auror Maugrey risquait de refuser, en arguant du caractère excessif ... » Elle s'interrompit. « Nous voilà arrivés devant chez vous, Severus, je vais prendre congé et rejoindre mon bureau pour y mettre votre baguette à l'abri. J'en prendrai soin, je vous le promets et je vous la rendrai à la gare, le jour de la rentrée. N'hésitez pas à nous écrire en cas de besoin, mais encore une fois, je crois que vous ne risquez rien dans l'immédiat. Derrière ses allures brusques et paranoïaques, l'auror Maugrey est bien plus subtil qu'on ne croit et il ne prendra pas de risques inutiles. Si ça peut vous réconforter un peu sachez que, grâce à vous, je me suis sentie utile pendant une permanence au Ministère, et ça, c'est une première. À bientôt. »

Voilà une soirée de vacances, qui resterait longtemps dans ses souvenirs.