Bonjour à tous. Juillet est arrivé, le chapitre 3 aussi. J'espère que vous avez passé un bon mois de juin. Cela vaut particulièrement pour mes fidèles reviewers basiliskthebestsnake et katymyny (qui sera sans doute contente de me voir évoquer un certain personnage ...)
En ce qui me concerne, je résumerais les dernières semaines par un mot : Wakfu ! Pour ceux qui ne connaissent pas, ils'agit sans doute de la meilleure série animée d'heroic française. Après 2 saisons sur la TNT, puis une troisième en VOD, ils ont lancé un financement partcipatif pour une quatrième, et ça a cartonné!
L'été commence donc bien, sauf peut-être pour Severus. Mais je vous laisse en juger par vous-même :-)
En rentrant chez lui, Severus entama immédiatement une lettre destinée au service rédaction de la Gazette du sorcier. Malgré l'heure tardive, il craignait de ne pas trouver le sommeil et il fallait qu'il s'occupe l'esprit. Il lui semblait que son passage chez les aurors constituait le parfait point d'orgue d'une période particulièrement ardue.
Entre la guérilla avec les Maraudeurs, sa relation de plus en plus tumultueuse avec Lily, l'attaque d'un loup-garou et un face-à-face tendu avec Dumbledore, il venait de traverser une année très éprouvante. Tout cela avait culminé dans cette journée où la gryffondor s'était refusée à continuer de le voir, avant qu'on manque de l'envoyer à Azkaban. En temps normal, l'occlumancie lui permettait de faire abstraction de ces problèmes, mais il commençait à se demander si cette technique n'atteignait pas ses limites. Le flux d'émotions généré par les événements de ces dernières heures constituait une charge trop importante pour qu'il parvienne à s'en abstraire ou même à la maîtriser.
Une fois son courrier terminé, il l'inséra dans deux enveloppes successives avant de ressortir en pleine nuit pour le déposer dans la boite aux lettres la plus proche. Si les employés du journal agissaient vite, le père de son amie recevrait le quotidien à son travail dès le surlendemain. Il regagna son domicile et finit par se coucher, mais il peina s'endormir, ne parvenant à s'assoupir que brièvement au petit matin.
À son réveil, il inspecta rapidement la maison familiale. Plus une trace de sa mère et son père ne passait visiblement pas très souvent au domicile. L'adulte devait traîner aussi souvent que possible dans les bars des alentours. L'adolescent se demanda brièvement combien de temps s'écouleraient avant le moldu ne puisse plus payer ses consommations, mais, en attendant, il décida de profiter de l'occasion. La poudre de cheminette lui permit de gagner en quelques instants le Manoir des Malfoys, où l'attendait un Dobby au comble du bonheur.
L'elfe commença par lui proposer de s'attabler devant un copieux petit déjeuner, ajoutant avec enthousiasme qu'ignorant quand le jeune sorcier viendrait, il avait prévu de cuisiner tous les jours jusqu'à son arrivée. L'exubérance de la petite créature renvoya Severus un an en arrière. Se souvenant avec un pincement au cœur des conseils de Tom, l'adolescent proposa à son interlocuteur de s'asseoir avec lui pour qu'ils mangent ensemble. La réaction extatique qu'il obtint lui assura qu'il venait de gagner la dévotion de son compagnon pour tout l'été.
Coupant court aux démonstrations de gratitude pour ne pas perdre trop de temps, le Serpentard s'assura que Lucius avait laissé des instructions claires. Il disposerait librement du laboratoire dans le château et s'il lui fallait des ingrédients végétaux frais, il pourrait accéder au jardin et aux serres, accompagné par Dobby, à charge pour l'elfe de veiller à entretenir les plantes. Rassuré, il s'assura que la réserve d'ingrédients se trouvait correctement approvisionnée et se mit au travail.
Avant de se lancer dans des expériences pour tester de nouvelles idées, il entreprit de brasser des potions odorantes. Après tout, il s'agissait du motif officiel de son travail chez les Malfoy. Par ailleurs, il savait bien que l'examen des substances qu'il utilisait pouvait fournir des indices sur la nature de ses travaux. Or son récent séjour au ministère l'incitait à la prudence. Dans quelque temps, il puiserait dans le stock personnel qu'il gardait au fond de sa malle, mais pour le moment, il valait mieux faire ce qu'on attendait de lui.
Il voulut préparer un nouveau philtre de senteur pour Narcissa Black, mais il réalisa vite que quelque chose ne collait pas. Les idées lui venaient difficilement, il se sentait nerveux, voire fébrile, et il se mit à commettre des erreurs grossières. Pensant d'abord qu'il ne s'agissait que d'une mauvaise passe, il se concentra sur les recettes qu'il maîtrisait, sans chercher à les améliorer. Il pourrait toujours les faire passer pour des expériences ratées, tout en les mettant de côté dans la perspective d'une revente en septembre par l'intermédiaire de Viviane.
Dès le deuxième jour cependant, il oublia sur le feu un chaudron qu'il dût retirer en catastrophe, réussissant par la même occasion à se brûler les mains et à s'asperger de liquide corrosif. Enragé par cette faute de débutant, il dût cependant admettre l'évidence : il n'allait pas bien. L'occlumancie lui permettait à peine de prendre assez de recul pour se rendre compte de son état, mais n'empêchait pas les souvenirs de l'année passé de lui revenir par flashs au plus mauvais moment. Pour ne rien arranger, Dobby, sentant sûrement que quelque chose clochait, n'arrêtait pas de l'interrompre pour lui proposer une tasse de thé ou lui demander s'il ne lui manquait rien. L'adolescent brûlait d'envie de hurler sur l'elfe, mais son Tom intérieur se réveilla opportunément pour lui proposer une autre stratégie.
Il était sûr que son ami aurait approuvé qu'il propose à la petite créature de l'aider à entretenir le laboratoire. Plus il occuperait le petit être, moins ce dernier songerait à le déranger. Matin et soir, le jeune sorcier remit à son compagnon des instruments à nettoyer, en les assortissant de consignes strictes. Il importait de n'utiliser en aucun cas un sortilège, mais de les laver manuellement, délicatement, à l'eau et au savon, puis de les laisser sécher à l'air libre en les examinant en permanence pour y chercher toute trace de magie résiduelle. En d'autre temps, la joie naïve de l'elfe lui aurait sûrement inspiré quelques réflexions cyniques, mais dans le cas présent, elle le rendit juste mélancolique. Il ressentait l'absence de Tom d'une manière d'autant plus douloureuse qu'il se trouvait à l'endroit où il l'avait découvert. Il n'osa même pas retourner à la bibliothèque du manoir, pour éviter de se rappeler tous les fabuleux moments qu'il y avait passés. Comme il aurait aimé pouvoir discuter avec le journal de tous ses problèmes, au lieu de les affronter seul !
Il finit par réaliser qu'il disposait cependant d'un autre correspondant intéressant avec qui il pouvait échanger par écrit, et envoya une lettre à Arthur Arès. Même s'il ne réussissait à discuter avec le cracmol que sur des sujets académiques, cela valait la peine d'essayer. Une discussion sur quelques subtiles notions d'arithmancie, constituerait un divertissement bienvenu. Tant qu'à faire, il attaqua aussi ses devoirs de vacances, restreignant son activité dans le laboratoire à préparer laborieusement des potions odorantes ordinaires. Il finirait bien par en réussir quelques-unes dont il ferait commerce. Le philtre de Narcissa attendrait qu'il aille mieux
Pour éviter de faire trop d'efforts, il demanda à Dobby de lui cueillir chaque matin les plantes dont il aurait besoin pour la journée. L'elfe accepta avec enthousiasme, mais Severus réalisa très vite qu'il ne connaissait rien à la botanique. Par chance ses vieux manuels de classe contenaient suffisamment d'illustrations pour fournir à la petite créature des instructions imagées et explicites.
Quatre jours après son arrestation par les aurors, l'adolescent reçut une lettre d'Arthur. Certes les courriers circulaient vite, mais un si bref délai dans la réponse prouvait que le cracmol souhaitait lui aussi qu'ils correspondent. Le jeune homme acceptait avec enthousiasme d'entamer une discussion sur les matières scolaires en général et l'arithmancie en particulier, mais il en profitait pour évoquer son idée d'alambic. Le serpentard dût cependant remettre à plus tard toute réflexion sur le sujet, du fait de la seconde enveloppe reçue.
Il ne s'était pas méfié en la trouvant dans la boite aux lettres, s'étonnant juste qu'on lui écrive. Curieux, il avait parcouru les premières lignes, espérant vaguement qu'elles venaient de Lily, bien qu'il ne reconnaisse pas sa calligraphie. Il lui fallut atteindre la troisième phrase, avant de se sentir saisi d'un doute et de regarder la signature. Il ignorait comment Rémus Lupin s'était procuré son adresse, et pourquoi il avait utilisé la poste moldue, mais le loup-garou cherchait à le contacter.
Écumant, il s'apprêtait à incendier le papier, lorsque les souvenirs de sa confrontation avec le fauve manquèrent le submerger. Quand l'occlumancie finit par lui permettre enfin de se maîtriser, il décida de continuer la lecture, saisi d'une curiosité un peu malsaine. Alors qu'il craignait une salve de provocations moqueuses, il découvrit avec surprise que le gryffondor s'excusait. Même de la part du plus hypocrite des Maraudeurs, cela s'avérait inattendu. Certes il se vautrait dans l'auto-apitoiement et reprenait les expressions de Sirius Black, transformant une tentative de meurtre en « farce stupide ». Néanmoins, Severus ne l'aurait jamais cru capable d'exprimer un regret.
Il se souvint qu'il s'agissait du seul membre du gang de Potter qui avait accepté de lui serrer la main. Le même gang qui était sûrement responsable de la disparition de Tom. Ne fallait-il pas profiter de l'occasion pour entreprendre de retrouver le journal ? Par exemple lors d'un rendez-vous en tête-à-tête. Comment tirer avantage de la situation ?
Le serpentard examina ses options. Il écarta rapidement le Veritaserum. Non seulement, dans son état actuel, il doutait de sa capacité à le brasser correctement, mais il s'agissait d'un produit illégal. L'incident avec Alastor Maugrey ne lui permettait pas de prendre ce genre de risque pour l'instant. La légilimencie ne laissait pas de trace physique et constituait par conséquent un moyen nettement plus prometteur. Cependant, il n'avait fait qu'effleurer le sujet avant de quitter Poudlard et s'il s'y risquait, il faudrait qu'il la pratique sans baguette. Néanmoins, vu l'enjeu, la tâche, quoique très difficile, valait la peine d'être envisagée.
En conséquence, il répondit succinctement à Lupin, prenant bonne note de ses excuses. Cela lui coûtait, mais, en évitant d'insulter l'avenir, il se ménageait la possibilité d'une future rencontre où il pourrait obtenir des renseignements du gryffondor. Dans la foulée, il entreprit de pratiquer le sortilège de bouclier, le seul qu'il parvenait pour l'instant à lancer sans baguette. Il s'attendait à y arriver sans problème, puis à extrapoler pour faire de même avec d'autres enchantements, mais il dût vite en rabattre. Il demanda à titre d'exercice que Dobby lui lance une cuillère en bois et, à sa grande contrariété, son champ de protection la ralentit à peine. Avait-il surestimé sa défense depuis des mois, ou bien sa magie se trouvait-elle aussi affectée que sa capacité à brasser ?
Pour en avoir le cœur net, il essaya quand même le sortilège de Legilimens sur son compagnon. Il s'agissait de sa première tentative de lire des pensées et il ne savait pas trop à quoi s'attendre, mais en tout cas certainement pas à un maelström d'émotions disparates où surnageaient quelques images. Il s'apprêtait à maudire ses aptitudes de sorciers, quand il réalisa la nature de l'elfe. Oui il parlait presque comme un humain, mais son anatomie, ses sens, sa magie, son essence même différaient de ceux d'un humain. Ces divergences pouvaient tout à fait expliquer son échec.
Son enthousiasme diminua nettement, quand il se rendit compte qu'il s'avérerait peut-être tout aussi difficile de pénétrer les pensées d'un loup-garou. Il se souvint du résultat bizarre d'Hominem Revelo, un soir de pleine lune… Damocles Belby lui avait expliqué que les créatures magiques pouvaient, comme les humains, faire l'objet d'une analyse arithmantique, afin de savoir quels philtres auraient de l'effet sur elles. Et si cette méthode s'appliquait à d'autres branches de la sorcellerie ? Il écrivit aussitôt au maître des potions pour en savoir plus sur le sujet. Après réflexion, il envoya également une lettre à Arthur. Il ne pouvait dénier au cracmol un grand talent pour l'arithmancie et deux avis valaient mieux qu'un. Il espérait juste qu'il recevrait une réponse satisfaisante, étant donné que, par précaution, il avait formulé ses interrogations en termes assez généraux.
Le courrier de Lupin lui rappela également la menace que constituaient les Maraudeurs et il passa un long moment à méditer sur le sujet. Il importait qu'il trouve non seulement de nouvelles manière d'affronter ces voyous, mais aussi qu'il établisse une stratégie globale pour retrouver son ami. Tom lui avait appris à envisager tous les cas de figure possibles et à prévoir un plan qui pourrait s'y adapter. Dans cette optique, il fallait qu'il envisage une alternative pour récupérer le journal même si un face-à-face avec le loup-garou ne donnait rien. Il ne pouvait pas non plus se contenter de tabler sur le confinement de Potter et Black en Europe de l'Est pendant tout l'été. Malgré le stress et la fatigue qui continuaient à l'handicaper, il fit de son mieux pour suivre cette méthode.
Si ses capacités défaillantes le lui permettaient, il fabriquerait des potions fumigènes et des variantes biaisées de philtres de senteur. Ainsi il ne risquerait pas d'entamer sa précieuse réserve de poudre du Pérou et il pourrait également disposer à volonté d'une puanteur immonde susceptible de rebuter des assaillants.
Il résolut aussi d'écrire à Regulus. L'expérience prouvait que Sirius Black perdait tout bon sens quand son frère se trouvait impliqué. Même si les événements avaient failli très mal tourner, la dernière fois, il s'agissait d'un atout non négligeable. Alors que l'adolescent se demandait s'il ne risquait pas de recevoir une réponse par voie de hibou, il réalisa que Damoclès Belby pouvait très bien faire de même. Il se maudit de ne pas y avoir pensé plus tôt. Encore une preuve qu'il n'allait pas bien.
Il envoya immédiatement un message au maître des potions, espérant qu'il ne soit pas trop tard. Plus que d'attirer l'attention du voisinage, c'était la réaction de son père qu'il craignait. Jusque-là, ils avaient réussi à préserver un fragile statu quo, en s'ignorant mutuellement. L'adulte passait l'essentiel de son temps à l'extérieur, sûrement au bar, ne rentrant chez lui que sporadiquement et tardivement. L'adolescent s'accommodait sans peine de la situation, le désordre de leur maison ne le gênait pas, et il prenait ses repas chez les Malfoy avec Dobby. Pourtant, il se savait en position périlleuse. L'expérience lui avait appris que tôt ou tard, son géniteur se mettrait en colère et qu'il ferait les frais de sa furie.
Sa lassitude actuelle l'empêchait de concrétiser son projet de runes pour tenir le moldu à l'écart, et il ne pouvait qu'espérer que ce dernier continuerait encore longtemps à fréquenter les débits de boissons. Il se demandait souvent où Tobias trouvait l'argent pour ça. Peut-être, dans le cadre de son divorce, recevait-il une pension de la part des Prince, la famille de sa mère ? On ne le tenait au courant de rien et il s'en trouvait réduit aux suppositions, en attendant une inéluctable crise de rage paternelle. Dans ces conditions, il importait qu'il réussisse au plus vite à brasser des potions défensives. Elles pourraient lui servir contre tout agresseur, sorcier ou moldu.
Le samedi suivant son retour à Carbone-les-Mines, il se rappela de sa promesse à monsieur Evans, et, dans l'après-midi, prit le chemin du club de boxe. Un peu hésitant, il envisagea un moment de rebrousser chemin, mais ne voulut pas rompre son dernier contact avec la famille de Lily. Il y avait aussi la possibilité de disposer d'une nouvelle arme contre les Maraudeurs. Il trouva l'enseigne sans problème, et avisa la porte qui se trouvait en dessous. Il la franchit, mais s'arrêta aussitôt, interdit devant le spectacle qui s'offrait à lui.
Une vaste pièce recelait de drôles d'objets, principalement des sacs suspendus au plafond. Sur un mur, il vit des photos accrochées dans des cadres, ainsi qu'une grande étagère accueillant des coupes et des médailles. Cela lui rappela un peu la salle des trophées de Poudlard, mais il n'eut pas le temps de s'attarder, car des clameurs venant du fond de la salle attirèrent son attention. On y distinguait un ring, sur lequel deux combattants s'affrontaient, encouragés par quelques spectateurs.
Partout des moldus, souvent par groupes de deux, en train de se livrer avec entrain à des exercices physiques. Ça expliquait l'odeur de sueur qui le prenait à la gorge, accentuant un malaise insidieux. Il n'appréciait déjà pas la foule, mais les effluves qui montaient vers lui en ce moment, lui donnaient carrément des bouffées d'angoisse. De manière incongrue, il se dit que, s'il réussissait à répliquer ce genre de remugles dans une potion de senteur, il pourrait faire fuir n'importe quel assaillant.
Lui-même commençait à se sentir franchement incommodé. Il valait mieux qu'il parte. Tant pis pour ses projets, il trouverait un autre moyen de …
« Severus ! » Tournant la tête, il vit monsieur. Evans se diriger vers lui, en souriant largement. Il aurait préféré que l'adulte ne porte pas une tenue de sport humide de transpiration, mais il se sentit soulagé de voir un visage connu.
- Bonjour monsieur. Vous avez dit que je pouvais passer.
- Et tu as bien fait ! Tu vas voir, tu vas adorer l'ambiance. Moi, ça me fait un bien fou de venir ici me changer les idées. À la maison, le temps est toujours à l'orage, depuis la dernière fois qu'on s'est vus. Lily nous parle à peine, elle nous reproche toujours de vouloir la changer d'école. La plupart du temps, elle s'enferme dans sa chambre, mais j'ai bien remarqué que …
- Marc ! T'es pas là pour discuter. Reviens t'entraîner.
- Attends, je voudrais finir de …
- Tu connais les règles du club. On vient là pour boxer ou pour s'inscrire. Maintenant, si c'est sa première fois, le gamin a droit à une séance d'initiation.
Avant que Severus n'ait pu s'offusquer qu'on le traite de gamin, monsieur Evans répondit : « Tu as raison. Sly ! »
L'adolescent vit venir du fond de la pièce, une silhouette un peu dégingandée, vêtue d'un survêtement gris particulièrement disgracieux.
- Severus, je te présente Sly. Il travaille ici comme régisseur pour l'été. Si ça te dit, il va te montrer les bases et on terminera notre conversation dès que j'aurai fini mes exercices. Il y en a pour une heure au maximum. Ça te va ?
L'adolescent hésita. La situation lui rappelait ses tentatives de se rapprocher de Regulus Black, par l'intermédiaire de Viviane et Victoire. Il n'aimait pas les gens et, dans cette salle, il y en avait beaucoup trop. Mais il voulait aussi savoir ce que son amie croyait dissimuler à ses parents. Et pour cela, il n'avait pas le choix. « Va pour une initiation. »
- Sly, je te le confie. À tout à l'heure.
« Tu n'as que ça comme vêtements ? » Severus sursauta, surpris par la voie particulièrement basse. Vexé et croyant à une moquerie sur sa garde-robe, il s'apprêtait à commenter à son tour la tenue informe de son interlocuteur, quand ce dernier reprit « C'est pas idéal pour faire du sport, mais ça ira pour cette fois. Tu as déjà boxé ? »
- Heu, non.
- Alors on va commencer par la garde de base.
- Tu ne me montres pas comment frapper ?
- Si ton adversaire attaque le premier, il faut que tu saches te protéger. Pour bien poser ta garde, il faut déterminer ton bras dominant. Attrape !
L'adulte lui lança un objet que Severus saisit au vol sans savoir comment.
- Ne t'inquiète pas, c'est juste une balle de tennis. Tu t'es servi de ta main droite. Tu es droitier ? OK. Rends-la-moi. Par acquit de conscience, tu vas essayer de l'attraper de la main gauche. Non, c'est bien ton bras droit qui domine. Tu es rapide, dis-moi. C'est un atout dans notre discipline.
Le jeune sorcier acquiesça machinalement, pensant avec ironie qu'il devait sa vivacité à Black et sa bande. Quand on vous harcelait quotidiennement, la vitesse de réaction devenait une nécessité vitale.
- Bon Severus, pour la position de garde de base, tu commences par poser les pieds en diagonale, un peu plus écartés que les épaules. Ensuite tu mets le pied droit en arrière, talon soulevé. Tu vois la ligne tracée par terre ? Positionne les orteils du pied gauche et le talon du pied droit dessus. Lève les mains à hauteur du visage et serre les poings. Non, baisse les coude pour garder les avant-bras presque verticaux. Incline un peu le menton vers le bas. Maintenant, détends-toi et respire.
Le serpentard réalisa qu'inconsciemment, il retenait son souffle depuis un moment. Rien ne se déroulait comme il s'y attendait. « Et maintenant, je vais apprendre à donner des coups ? »
« Pas avec les mains nues. Regarde donc autour de toi. Sans relâcher ta garde ! Avant de taper, il faut d'abord se protéger les phalanges, sinon, on risque de se faire mal. De toute façon, on en est pas encore là. On ne frappe pas juste avec le poing, mais avec tout le corps. Il faut que tu parviennes à conserver constamment la bonne position, même en bougeant. C'est pour ça qu'on va passer au jeu de jambes. Il y a deux mouvements de base. D'abord le pas chassé… »
« Je suis venu pour qu'on m'explique comment me battre, pas comment danser ! » L'adolescent n'appréciait pas du tout cette situation où il devait suivre les ordres d'un moldu. Ce dernier le regarda quelques instants, puis prit à son tour la position qu'il venait de montrer.
- Ferme le poing et pose le contre mon épaule. Vas-y, essaie de me faire bouger. Pousse, n'aie pas peur.
Le jeune sorcier fit de son mieux, sans résultat. Énervé, il s'escrima tant et plus au point qu'il manqua tomber à la renverse.
- Avec une bonne position, tu gardes beaucoup plus facilement ton équilibre, que ce soit pour donner des coups ou pour les encaisser. Allez, on reprend. D'abord le pas chassé, ensuite le pivot.
Concentré sur ses gestes, Severus perdit peu à peu toute notion du temps. Il se focalisait tellement, qu'il ne remarqua même pas monsieur Evans.
- Je crois que ça suffira pour aujourd'hui Sly. Ça va Severus ?
Il réalisa qu'il était en nage et qu'il respirait bruyamment.
L'adulte dut s'en apercevoir, car il reprit « Suis-moi dans les vestiaires. » Dans la petite pièce, il se dirigea vers une glacière et y prit une canette. « Prends donc un jus de fruit. Désolé, il n'y a pas trop de choix. Le club interdit la bière, sauf circonstances exceptionnelles. »
Le serpentard eut à peine le temps de savourer sa boisson que le moldu reprenait.
« Il va falloir que tu travailles ton endurance, pour la prochaine fois. On a chacun sa technique. Moi, je cours plusieurs fois par semaine, pendant ma pause déjeuner. Et ce serait bien que tu viennes avec une tenue plus adaptée au sport. » Il lui tendit un papier. « Voici une liste type de vêtements. J'ai aussi noté l'adresse d'un magasin où les membres du club aiment bien se fournir. Puisqu'on parle de ça, voilà le formulaire pour t'inscrire. Tu vas voir, si tu te débrouilles bien, d'ici la fin du mois, tu pourras passer au travail sur le sac et aux mitaines. Par contre, désolé, mais il faut payer une cotisation, c'est obligatoire pour tout le monde, sauf pour les membres honoraires. Elle est minorée à cause de ton âge. Si tu veux, je peux… »
« Tout-à-l'heure, vous me parliez de Lily, monsieur. » L'adolescent avait joué toute cette comédie pour qu'on lui donne des nouvelles de la gryffondor, et il entendait bien obtenir son dû.
- Ah, oui. Eh bien figure-toi qu'elle passe beaucoup de temps à écrire des courriers qu'elle va poster elle-même. Elle doit croire qu'on ne fait pas attention parce qu'elle n'utilise plus sa chouette, mais j'ai reconnu le nom de plusieurs de ses amies de Poudlard sur les enveloppes. Elle reste en contact avec elles et le monde sorcier ! C'est génial, non ?
Sans dire un mot, Severus tourna les talons et quitta les lieux, furieux. Une heure à obéir à un moldu, pour qu'au final, on lui fournisse une information qu'il connaissait déjà ! À se demander pourquoi il n'avait pas explosé. Il ignorait s'il avait réussi à occluder de nouveau, ou si la fatigue le rendait amorphe, mais il était sûr d'une chose : il ne remettrait JAMAIS les pieds dans une salle de boxe.
NDA : quelqu'un reconnaîtra-t-il le personnage échappé d'un film de boxe qui apparaît dans mon chapitre?
