Bonjour à tous mes lecteurs. J'espère que vous allez bien et que votre mois de juillet vous a apporté moult satisfactions. En ce qui me concerne, il y a surtout eu la reprise de The long road home, une excellente fanfic de langue anglaise. J'admire l'auteure, qui publie facilement deux chapitres par semaines, tout en respectant le caractère des personnages de JK et en parvenant à y rajouter les siens.
En ce qui me concerne, je ne réussis pas à dépasser le rythme mensuel. Comme août commence, voici donc l'arrivée d'un nouveau chapitre.
Écumant, Severus pénétra dans le domicile familial, faisant claquer les portes à la volée. Un après-midi de perdu ! Une demi-journée à côtoyer des moldus dégoulinant de sueur et à devoir suivre les instructions d'une de ces créatures. Tout ça pour apprendre que Lily ne lui parlait peut-être plus, mais restait cependant en contact avec ses amies sorcières ! Si on lui avait rendu sa baguette en cet instant, il aurait pulvérisé le mobilier autour de lui à coup de sortilèges.
En attendant, il allait commencer par se laver, ça lui permettrait de se débarrasser de la transpiration qui lui collait à la peau. La douche lui fit du bien, mais il se sentait toujours d'humeur massacrante. Enfermé dans la salle de bain, il luttait contre l'envie de hurler jusqu'à ce qu'il entende le vacarme dans l'entrée. Il semblait que son père et lui partagent une propension à exprimer bruyamment leur colère. Prudent, il décida de se replier dans sa chambre.
En entrant dans la pièce, il repensa à son projet magique pour tenir l'adulte à distance. Son regard tomba sur un de ses livres de cours qu'il succomba à la tentation d'ouvrir. On y trouvait bien le sortilège repousse moldu, mais impossible de le lancer sans baguette. En parcourant le texte détaillant le mécanisme de l'enchantement, il le trouva plus clair que dans ses souvenirs. Pris d'une inspiration subite, il se mit à griffonner une équation, avant de saisir son volume d'arithmancie, puis son lexique de runes.
Une demi-heure plus tard, il contemplait pensivement une inscription soigneusement calligraphiée sur un parchemin. Impossible de s'en approcher sans disposer de pouvoirs magiques. Il réfléchit quelques instants puis plia son œuvre en deux, avant de la glisser derrière un meuble, près de la porte. De cette manière, il sécurisait le seul accès à la pièce, mais il pourrait quand même retoucher sa création, au cas où il aurait commis une erreur.
Satisfait et sentant le sommeil le gagner, il se coucha. À sa grande surprise, il dormit d'une traite avant de se réveiller le lendemain frais et dispos. Il piocha dans les provisions fournies par Dobby, mangeant de bon cœur pour la première fois depuis longtemps. Aucune trace de son père, quand il quitta sa chambre. Si ça se trouvait, les runes marchaient encore mieux que prévu au point qu'elles avaient fait quitter la maison à son géniteur. Il savait bien qu'en l'occurrence, il prenait sûrement ses désirs pour des réalités, mais il se sentait d'humeur quelque peu fantaisiste ce matin.
Le souvenir de son travail de la veille lui rappela les devoirs de vacance qu'il lui restait à faire. Il décida d'attaquer l'arithmancie qu'il réussit à terminer avant la fin de la matinée. Dans la foulée, il écrivit une lettre à Arthur et sortit la poster. Sur un coup de tête, en rentrant, il saisit la poudre de cheminette pour se rendre chez les Malfoy. En arrivant, il dût commencer par calmer Dobby qui croyait avoir oublié sa venue. Laissant l'elfe se mettre aux fourneaux pour leur préparer à manger, il alla s'enfermer dans le laboratoire pour brasser. Satisfait par ses premiers résultats, il débuta le philtre destiné à Narcissa. Il déjeuna avec son petit compagnon en milieu d'après-midi, avant de reprendre le travail jusqu'à une heure tardive.
Miraculeusement, il ne tomba pas sur son père en rentrant. Cependant la chance l'abandonna peu après, car il ne dormit pas très bien. Il retourna lundi au manoir, afin de continuer tant ses potions que ses devoirs, mais le manque de sommeil le rendit nettement moins efficace. Pour ne rien arranger, il conclut cette journée frustrante par une insomnie. Mardi, il réussit tant bien que mal à achever le philtre de senteur pour la fiancée de Lucius. Les néophytes le jugeraient sûrement remarquable, mais son travail lui laissait un goût d'inachevé. De plus le retour de flash-back intempestifs lui permit pas d'achever un seul des essais. Mercredi, il se retrouva à son grand déplaisir dans la même situation qu'une semaine plus tôt : fatigué, irritable, peinant à se concentrer et improductif. Découvrant une lettre d'Arthur dans la boite aux lettres, il espéra qu'au moins il parviendrait à la lire.
Le cracmol débutait son texte par un long développement sur l'arithmancie, avant de remettre sur le tapis son idée d'alambic. Il citait quelques titres de livres sur le sujet, mais après ce préambule il semblait vouloir aborder un sujet plus personnel. Ayant noté le changement d'humeur du jeune sorcier, il se hasardait à lui demander ce qui avait changé dernièrement.
Agacé, Severus posa la lettre. Son interlocuteur croyait peut-être faire preuve de subtilité, mais en tant que serpentard, il trouvait la démarche bien maladroite. Tellement maladroite qu'il n'avait même pas envie de continuer le courrier. Tant pis pour ce que Victoire avait écrit. Croire qu'un facteur extérieur pouvait l'aider quelle absurdité ! Même l'occlumancie ne parvenait à le soulager que ponctuellement. Clairement, il ne devait son repos de samedi soir qu'à la chance, puisqu'il n'y avait eu aucun événement marquant ce jour-là. Aucun … sauf son passage au club de boxe.
Est-ce que ça avait fait une différence ? Tous ces exercices physiques qui l'avaient laissé en sueur, épuisant son corps lui auraient-ils permis d'apaiser son esprit ? C'était absurde ! Il rejeta le concept avec mépris. Il était un sorcier ! Et accessoirement d'une intelligence bien supérieure à la moyenne. Comment une activité moldue bassement matérielle aurait-elle pu le soulager ? Si son cerveau lui jouait des tours, il lui suffisait de trouver un moyen de le plier à sa volonté.
Néanmoins le doute s'installa peu à peu et l'idée lui trotta dans la tête toute la journée, au point qu'il manqua provoquer un nouvel accident de potion. L'insomnie de la nuit suivant l'exaspéra tellement qu'il se résigna à faire flèche de tout bois. Jeudi, il quitta le manoir plus tôt que d'habitude pour parcourir les rues de Carbone-les-Mines, avec dans sa poche, la liste d'articles de sport et l'adresse du magasin donnés par monsieur Evans.
Il trouva les lieux sans difficulté, mais grimaça en voyant les prix. Heureusement qu'il disposait d'un pécule, constitué pendant l'année scolaire. Il s'était même procuré des Livres Sterling auprès des gobelins, au cas où il serait parti en vacances avec Lily. Néanmoins, il ne disposait pas de fond illimités, et l'acquisition des chaussures de boxe à elles seules entamèrent nettement son capital. Comme la liste mentionnait une seconde paire de chaussures à utiliser hors du ring, il opta pour le premier article qu'il trouva, des souliers portant un nom de marque étrange, Qonverss. Il ne fit pas plus de frais pour le short et le débardeur. De toute façon il ne comptait pas les porter, peu enthousiaste à l'idée de s'exhiber. Le choix du survêtement lui prit plus de temps. Avec le contre-exemple de Sly en tête, il rejeta par principe une cinquantaine de nuances de gris, avant de trouver un modèle bleu foncé qui lui plut pour sa discrétion. Si on ne faisait pas attention, on le prenait facilement pour un banal habit moldu. À Poudlard, il pourrait le porter sous ses robes à la place de ses vêtements miteux.
Comme il se dirigeait vers la caisse, un nom sur une étagère attira son attention. Il se souvenait que monsieur Evans avait parlé de mitaines. Ces drôles de gants ne se trouvaient pas sur la liste, mais servaient sûrement à protéger les mains quand on frappait. Il décida d'en acheter une paire pour parer aux mauvaises excuses. Samedi, quoi qu'on lui dise, il apprendrait à cogner, un poing c'est tout ! Deux des clients attendant pour payer discutaient course à pied, ce qui lui rappela les propos du père de Lily sur la nécessité de gagner en endurance. Il n'aimait cependant pas beaucoup l'idée aussi, le soir venu, quand il enfila ses nouveaux achats, ce fut pour tenter de reproduire les postures et les mouvements qu'on lui avait enseignés.
Il n'arriva pas à grand-chose, ce qui le contraria fortement et ne l'aida pas à trouver le sommeil. Le lendemain, il prit congé de Dobby plus tôt que d'habitude. Un quart d'heure plus tard, mal à l'aise dans sa tenue de sport, il se tenait sur le terrain de jeu où il avait rencontré Lily pour la première fois. Au moins, dans ce lieu peu fréquenté, il n'y aurait pas grand monde pour le voir se couvrir de ridicule. Inspirant un grand coup, il entreprit de courir en longeant la clôture. Au bout du premier tour, il dût s'arrêter à bout de souffle.
Avec les poumons en feu, il ne voyait pas comment il pourrait continuer. Il se demanda si on éprouvait une telle douleur, quand on se trouvait soumis au sortilège d'Endoloris? Il avait formé le projet d'utiliser l'occlumancie pour se protéger dans le cas où les aurors s'en serviraient contre lui. Peut-être que cette technique pourrait l'aider dans le cas présent ?
Il dressa ses boucliers mentaux avec soin, avant de se mettre à marcher précautionneusement. Restant sur le qui vive, il accéléra l'allure peu à peu. Si l'occlumancie lui permettait de négliger les sensations de son corps, il devait en contrepartie veiller à ne pas se faire mal ou s'épuiser. Pour s'occuper l'esprit, il se concentra sur le rythme de ses foulées, tâchant de les faire coïncider avec sa respiration. Il compta cinq tours de terrain avant de s'arrêter et d'abaisser lentement ses boucliers. Il constata qu'il était en nage, presque aussi épuisé qu'après l'entraînement de samedi soir. Il valait mieux qu'il en reste là pour aujourd'hui.
Dans la salle de bain, il s'entraîna de nouveau devant le miroir. Les exercices physiques semblaient lui libérer l'esprit, car les souvenirs de l'entraînement lui revinrent assez facilement, lui permettant de refaire sans trop de difficultés les gestes appris samedi dernier. Peu après, à moitié endormi au fond de son lit, il savoura le sentiment d'apaisement qui le gagnait. Il tenait indubitablement une piste pour améliorer son état.
En conséquence, le lendemain, il surmonta ses derniers à-priori et prit le chemin du club de boxe. Si monsieur Evans l'accueillit avec enthousiasme, Sly se contenta d'un signe de tête avant de l'emmener remplir un formulaire. Severus remarque avec satisfaction qu'il avait un peu surévalué le montant de la cotisation. Une fois toutes les formalités accomplies, l'adulte lui tendit un paquet.
- Qu'est-ce que c'est ?
- Le cadeau de bienvenue traditionnel pour tout nouvel adhérent, une corde à sauter de la longueur adaptée à ta taille.
« Tu te moques de moi ? » Hors de question qu'il se serve de ce jouet pour fillette ! Son interlocuteur le regarda quelques instants avant de lui faire signe de le suivre dans la salle d'entraînement. Désignant les personnes autour de lui, il demanda :
- Combien de personnes sautent à la corde ici ?
« Une bonne dizaine » reconnut l'adolescent en rechignant.
- Ils ont l'air de prendre ça à la légère ?
« Non. » Les moldus fournissaient incontestablement un effort conséquent.
- Tu vois sans doute la corde comme un jouet, alors qu'il s'agit d'un outil. Il ne coûte pas grand-chose, mais je te montrerai tout-à-l'heure comment t'en servir pour améliorer ton équilibre, ton jeu de jambe, ta coordination et même ton endurance. Pour le moment, on va réviser. C'est une bonne chose que tu te sois acheté des vêtements de sport, tu te sentiras plus à l'aise. Mets-toi en garde. Pas mal pour une deuxième séance. Tu t'es entraîné ?
- J'ai un peu répété les mouvements. J'ai aussi essayé de courir, mais ça ne me plaît pas trop.
- Si tu veux vraiment jogger, il faut que tu te fixes des objectifs, surtout quand tu débutes. Détermine d'abord un circuit pas obligatoirement très long, mais un peu vallonné, histoire de varier tes efforts. Commence par essayer de le boucler une première fois, ensuite augmente le nombre de tours, ou bien essaye de le finir plus rapidement. On reparlera de ça plus tard. Pour le moment montre-moi plutôt le pas chassé et le pivot.
Ils travaillèrent sa technique un moment, et l'adolescent commençait à trouver ça pesant quand son interlocuteur lui fit signe de se mettre au repos.
- Maintenant, on va utiliser la corde histoire que tu te détendes un peu. Attrape les poignées mais ne commence pas tout de suite à sauter. Essaye d'abord de trouver les mouvements des mains pour qu'elle tourne autour de toi en restant tendue. C'est bon ? À présent mets-toi légèrement sur la pointe des pieds, genoux un peu fléchis, fais tourner la corde autour de toi et saute ! Pas trop haut, sinon tu vas te fatiguer rapidement. Tu peux sauter dès que tu vois la corde passer devant tes yeux. Une fois que tu as réussis à te synchroniser, tu peux envisager de varier le rythme, ça t'évitera de t'ennuyer. Arrête-toi.
- Mais je ne suis pas fatigué !
- Ce genre d'exercice fait beaucoup travailler le cœur. Comme tu débutes, il ne faut pas forcer. Commence déjà par alterner trente seconde de saut et une minute de récupération. Au fur-et-à-mesure tu pourras augmenter le temps de travail, mais pas besoin d'aller au-delà de trois minutes. Un round de combat ne dépasse pas cette durée.
Le moldu lui fit ensuite modifier sa position afin qu'il garde les coudes proches du corps, avant de lui suggérer des variantes pour travailler spécifiquement certaines aptitudes. Le jeune sorcier se retrouva à sauter sur un pied, puis sur l'autre, à devoir mettre une jambe en avant ou sur le côté. Certes cela brisait la monotonie, mais il finit par s'emmêler les jambes et il manqua tomber. Vexé, il jeta un regard assassin à son interlocuteur, prêt à réagir à réagir à la moindre moquerie, mais Sly se contenta de hausser les épaules.
- C'est comme ça qu'on apprend. Pense à bien respirer et de temps en temps, essaye de faire tourner la corde en croisant les bras. Tu vas sûrement trouver ça compliqué au début, mais ça va t'aider à améliorer ta coordination.
Un quart d'heure plus tard, l'adolescent se promettait de ne plus jamais mépriser les exercices physiques. Il se surprenait aussi à considérer ses progrès avec satisfaction. Ce genre de manœuvre lui plaisait nettement plus que la course, même si son orgueil restait froissé par sa piteuse prestation sur l'aire de jeu.
- Severus, comme tu te débrouilles bien, on va finir la séance en pratiquant un premier coup de poing. Mets-toi en garde. Du fait de ta position en diagonale, ton bras gauche se trouve un peu en avant. En boxe, la frappe la plus importante, c'est le direct du gauche ou jab. Il s'agit du coup avec le plus d'allonge, mais aussi du plus rapide. Tu peux t'en servir aussi bien pour l'attaque que pour la défense. Comme tu n'as pas les mains protégées, aujourd'hui on va travailler dans le vide..
- Mais j'ai les mains protégées ! Je porte des mitaines que je me suis achetées exprès.
- Heu … En boxe, on appelle mitaines ou pattes d'ours, des gants avec une grosse cible dans la paume dont on se sert pour améliorer la précision de frappe. On ne se protège pas les mains avec des gants laissant dépasser le bout des doigts, mais avec des bandages enroulés jusqu'aux poignets. Ne t'inquiète pas, le club t'en fournira samedi prochain.
L'adolescent se renfrogna. Au lieu de gagner du temps, il avait gaspillé de l'argent avec un achat inutile. Cette idée lui gâcha un peu la fin de la séance. Pour ne rien arranger, quand il vit monsieur Evans, il réalisa vite que ce dernier n'avait pas grand-chose à lui apprendre. Lily passait le plus clair de son temps enfermée dans sa chambre, ne sortant de la maison que pour poster des lettres. Il se mit à penser qu'elle l'avait vite oublié, mais l'occlumancie vint immédiatement à son secours. De toute évidence, la séance d'entraînement lui permettait de mieux contrôler ses pensées, même les plus sombres.
Rentré chez lui, il constata au moment de se doucher qu'il avait gardé ses mitaines. Il s'agissait peut-être d'accessoires inutiles, mais qui savaient se faire oublier. Le souvenir de ses récentes maladresses de laboratoire lui revint en mémoire. Il se pouvait qu'il ait découvert un moyen de se protéger les mains sans que ça le gêne. Après une bonne nuit de sommeil, il prit donc le chemin du manoir avec ses mitaines et sa corde à sauter dans les poches.
Les premières ne le dérangèrent aucunement pendant qu'il brassait, tandis que la deuxième lui fournit une échappatoire efficace. Chaque fois que la fatigue le gagnait ou qu'il sentait son esprit se bloquer, il entamait une petite séance de sauts. Pour suivre les conseils de Sly et doser son effort, il traça des runes horaires sur un parchemin, en s'inspirant de celles développées pour le professeur Flitwick, durant l'année scolaire. La méthode s'avéra si satisfaisante qu'en rentrant chez lui, il résolut d'écrire à Arthur pour lui avouer ses nouvelles activités. Il rajouta quelques développements sur l'analyse arithmantique des créatures magiques, avant tout pour échapper à la tentation de nouveaux exercices de corde. Il fallait absolument qu'il évite de faire du bruit chez lui, sinon il risquait d'attirer l'attention de son père.
Dans les jours qui suivirent, il redécouvrit le bonheur de bien dormir plusieurs nuits d'affilée, qui se couplait désormais avec le plaisir de progresser dans un nouveau domaine. Clairement, la corde à sauter lui correspondait mieux que la course. Il n'en oubliait pas pour autant sa frustration de la semaine passée. Aussi, le mercredi suivant, il profita de la soirée pour traîner dans Carbone-les-Mines. Les conseils de son entraîneur en tête, il avait décidé d'établir un circuit de jogging à travers les rues. Bien entendu, il n'oublia pas de le conclure par un peu de dénivelé pour varier les efforts. Les marches menant à la bibliothèque municipale semblaient faites pour ça.
Le lendemain, il acheva enfin un philtre à peu près satisfaisant pour Narcissa, ainsi qu'une petite potion odorante destinée à madame Adams-Arès. La née moldue l'avait beaucoup aidé, il lui semblait donc judicieux qu'il lui témoigne sa reconnaissance. Le soir venu, il enfila son survêtement. Il entendait bien se prouver à lui-même qu'il pouvait réussir tout ce qu'il décidait d'entreprendre, même le jogging. Son activité physique récente porta leurs fruits, car il parvint à fournir un effort soutenu sur une durée nettement plus grande. Il dut cependant s'arrêter au milieu de l'escalier, incapable d'aller plus haut. Au moins, ça lui donnait un objectif à atteindre pour la prochaine fois.
À son retour, il trouva une lettre d'Arthur dans la boîte aux lettres. Le cracmol approuvait son nouveau passe-temps avec enthousiasme, conseillant cependant de boire beaucoup d'eau pour éviter les crampes. De toute évidence, il ne se contentait pas d'exceller en classe à Cambridge. Il citait également le cas de d'Alan Turing, qui, non content de briller en mathématique, avait, à force d'obstination fini par se distinguer en course de fond. Au point de manquer intégrer l'équipe nationale de marathon pour les jeux olympiques.
Cet exemple moldu n'impressionna guère Severus, qui le trouva néanmoins plus amusant que les suggestions de Victoire qui semblait vouloir lui dicter ses menus. À l'en croire, il devrait se jeter sur les viandes maigres, comme le poulet ou consommer en abondance des sucres lents comme les pâtes, tout en gardant du chocolat à portée de main en cas de fringale. L'adolescent n'appréciait pas trop qu'on essaye de le diriger, mais finit par se dire que ça ne coûtait rien d'essayer. Dobby ne ferait pas de difficulté pour cuisiner selon ses instructions et ne poserait pas de questions.
Jeudi, à sa grande satisfaction, il parvint enfin à générer sans baguette un bouclier capable d'arrêter la cuillère de bois jetée par l'elfe. Encouragé par ce succès, il effectua des exercices d'occlumancie, avant de retourner courir le lendemain Cependant, même s'il progressa, il échoua à nouveau avant d'atteindre le haut de l'escalier. Tant pis, il recommencerait la semaine prochaine. Samedi, monsieur Evans vint le voir dès qu'il entra dans la salle de boxe.
- Normalement aujourd'hui, tu vas apprendre les différentes frappes, puis tu devrais t'entraîner sur un sac. Il faut que tu protèges tes mains avec des bandages, mais je te déconseille ceux fournis par le club. Tu vas porter ces bandes de tissu des heures durant. Elles s'imprégneront de ta sueur et de ton odeur, mais elles servent à tout le monde. Imagine-toi partager tes chaussettes avec d'autres.
L'évocation d'une idée si répugnante suffit à faire frissonner l'adolescent.
- Je possède des bandages neufs, jamais utilisés. Ça t'intéresse ?
« Je ne veux pas vous priver, monsieur. » Il rechignait à devoir quoi que ce soit à un adulte.
- Ça me ferait plaisir ! En plus, je n'oublie pas tout ce que je te dois. Sans toi, je ne pourrais pas recevoir la gazette à mon travail.
Évidemment, si le moldu insistait pour lui rendre service, il n'allait pas s'obstiner. Après tout, ça ne lui posait pas de problème que Dobby lui prépare ses repas.
- Si vous y tenez vraiment, j'accepte. Merci monsieur.
- Formidable ! Je te laisse te changer et après je te montre comment les attacher.
Avant que le père de Lily lui explique la meilleure manière de protéger ses mains, l'adolescent écouta Sly lui détailler le programme du jour.
- Je te montrerai la différence entre un direct, un crochet et un uppercut. Rappelle-toi bien que les coups ne se portent pas uniquement avec le bras, mais à l'aide de tout le corps. D'où l'importance de disposer de bon appuis. Tu commences à savoir te positionner, mais il faudra aussi que tu travailles tes abdominaux. Ils te permettront non seulement d'augmenter ta puissance de frappe, mais aussi de mieux contrôler ta respiration. Tu devrais …
- SEVERUS !
À l'appel de son nom, il tourna la tête et sentit son cœur s'arrêter. Son père venait d'entrer dans le club, arborant sa tête des mauvais jours. De toute évidence, il allait devoir affronter la tempête de rage tant redoutée. La peau lui cuisait déjà de la correction à venir.
- Depuis le début de la semaine, je t'ai repéré traînant dans la ville en survêtement. Comme si tu pouvais faire du sport ! Et maintenant, t'as le culot de venir ici ? Tu n'as rien à faire dans ce club, tu rentres à la maison !
« Excusez-moi, mais ce jeune homme s'est inscrit dans les règles. Il a rempli les formalités, il a payé sa cotisation, il a le droit de venir s'entraîner ». Si monsieur Evans croyait que son intervention calmerait les choses, il se trompait. Au contraire elle sembla exaspérer son interlocuteur.
- C'est mon fils, c'est moi qui décide !
- C'est aussi un membre de ce club, ce qui lui confère certaines prérogatives.
- Cherche pas à m'impressionner, je connais ce club, j'y ai sué bien avant toi ! Alors je dis que la boxe c'est pas pour lui !
- Je ne suis pas d'accord.
- Qu'est-ce tu veux que ça me fasse ?
- Si vous avez boxé ici, vous devez savoir que nous avons une manière spécifique de régler ce genre de différents.
La dispute véhémente avait attiré l'attention. Peu à peu les gens se regroupaient autour des deux adultes. « Tu veux une "baston-discussion" ? »
- Tout à fait.
L'expression bizarre provoqua des murmures dans la foule. À côté de lui, Severus entendit Sly marmonner quelque chose. « Qu'est-ce que tu viens de dire ? »
- J'ai entendu parler de ça. Il s'agit d'une tradition du club. Quand deux membres ont ce genre de querelle, ils s'expliquent sur le ring avec des coups et des paroles. Il s'agit d'un combat un peu spécial. Pour qu'ils puissent continuer à parler, ils ne se protègent pas la tête, mais celui qui frapperait son adversaire à cet endroit perdrait automatiquement. Le gagnant, c'est le dernier qui reste debout ou qui réussit à faire changer l'autre d'avis.
- Quelles pratiques barbares !
- Tu es dans un club de boxe, pas dans un atelier de couture. Ce genre de combat arrive quand même très rarement. Je ne pensais pas que j'en verrai un pendant mon séjour.
Severus digéra les informations. Vu la différence de gabarit des deux protagonistes, la victoire de son père ne faisait guère de doutes, mais il accueillait avec soulagement un répit supplémentaire. Autour du ring, où les deux adultes se jaugeaient déjà du regard, le public se massait. De toute évidence, ce spectacle s'avérait plus important que l'entraînement.
« On est supposé faire du bruit, pour ne pas entendre ce qu'ils se disent. » L'informa Sly. Effectivement, des clameurs commençaient à parcourir la foule qui finit par scander en rythme :
- BASTON !
- DISCUSSION !
L'adolescent nota avec surprise que son père adoptait une posture de garde similaire à celle montrée par Sly. Peut-être que Tobias n'affabulait pas quand il disait avoir fréquenté les lieux. Son géniteur passa rapidement à l'attaque. Frappant sans relâche, il ne laissait aucun répit à son adversaire qui ne pouvait pas baisser sa garde.
Monsieur Evans semblait en mauvaise posture, mais Severus entendit le commentaire de Sly : « Marc encaisse pour l'épuiser. »
De fait le père de Lily devait avoir attendu que son adversaire sue à grosses gouttes et se mette à respirer comme un soufflet de forge, pour prendre l'initiative. Il se mit à alterner jabs, crochet et uppercuts, tout en parlant. L'adolescent regretta de ne pas savoir lire sur les lèvres, car les mots prononcés faisaient visiblement perdre sa contenance à Tobias.
Ce dernier, malgré ce mauvais traitement ne semblait pas vouloir renoncer. Il lança brusquement un jab, qui s'avéra une feinte pour permettre de placer un terrible uppercut à l'estomac. Son adversaire accusa visiblement le coup mais riposta immédiatement de la même manière. Les deux adultes gardèrent le poing enfoncé dans le torse de leur adversaire, se dévisageant longuement.
Les clameurs s'étaient tues, laissant place à un silence de mort. Brusquement un bruit incongru se fit entendre. Severus mit un moment à reconnaître de quoi il s'agissait et encore plus de temps pour localiser l'origine du son. Sur le ring les deux combattants riaient à gorge déployée, sous les applaudissements.
« Il paraît que ça se finit presque toujours comme ça » soupira Sly. « Excuse-moi, mais en tant que régisseur, j'ai une tache à accomplir. » Fendant la foule, il monta sur le ring et tendit une canette à chaque protagoniste. Il devait s'agir d'une de ces circonstances exceptionnelles où le club autorisait la bière. Ils levèrent leurs bouteilles une première fois.
« Honneur au vainqueur ! » s'écria la foule.
« Respect au vaincu ! » scanda le public, lorsqu'ils récidivèrent.
Quand ils réitérèrent le geste pour la troisième fois, tous reprirent en chœur : « À LA SANTÉ DE CEUX QUI SE SONT BIEN BATTUS ! »
Sly rejoignit le jeune sorcier. « Viens on va reprendre l'entraînement. »
- Mais mon père voulait…
- Ne t'inquiète pas, laisse le discuter avec Marc.
L'adolescent put en effet se remettre à travailler sa technique de frappe, puis à apprendre quels exercices lui permettraient de développer ses abdominaux, sans qu'on le dérange.
Vers la fin de la séance, il remarqua que monsieur Evans et Tobias se tenaient devant l'étagère aux trophées. Le père de Lily lui fit signe de s'approcher.
- Regarde cette coupe Severus.
Il déchiffra lentement l'inscription gravée sur le gobelet « Tobias Rogue, 1961. »
- Il a été champion de la ville. En ramenant ce prix au club, il est devenu membre honoraire à vie.
- Tu veux vraiment boxer ? »
Surpris, l'adolescent sursauta. Il ne discernait aucune colère dans les paroles prononcées par son géniteur, ce qui l'étonnait beaucoup et le poussa sans doute à répondre franchement.
- Absolument. C'est pour ça que je viens ici depuis le début du mois.
« Et il s'accroche » ajouta monsieur Evans.
« Pour une fois que tu apprendras quelque chose d'utile. » L'adulte n'en dit pas plus et focalisa son attention sur la coupe portant son nom, visiblement perdu dans ses pensées.
Troublé mais prudent, le jeune sorcier n'insista pas. Les évènements de cet après-midi s'avéraient particulièrement perturbants, aussi ne voulait-il pas en rajouter. D'abord, il s'agissait sans doute de la première fois où il avait vu son père rire de bon cœur. Ensuite il venait de découvrir une facette inconnue et plutôt flatteuse de son passé. Enfin au lieu d'une volée de coups, il avait reçu ce qui ressemblait beaucoup à une approbation bougonne. À ce rythme-là, ça ne le surprendrait pas de croiser Merlin en personne sur le chemin du retour.
Décidément, ces vacances ne ressemblaient à aucune de celles qu'il avait connues.
NDA : je ne peux pas finir ce chapitre sans féliciter directement katymyny : non seulement tu prends la peine de me laisser systématiquement une revue, mais tu as correctement identifié Sly. Bravo et merci :-) (je tâcherai d'améliorer mon rythme de publication ce mois-ci pour marquer le coup.)
