D'abord merci pour toutes ces reviews :-)
Avant de (re)partir ce soir en vacances, je prend un peu de temps pour poster le chapitre ci-dessous. Il ne s'agit pas du chapitre de septembre diffusé avec de l'avance, mais d'une manière de marquer le coup. Je m'étais promis de le faire si quelqu'un identifiait Sly dès sa première apparition. Bravo à katymyny.
Sur ce, profitez-bien
Ce samedi soir sur le chemin du retour, Severus se sentait un peu apaisé, mais pas totalement soulagé, loin de là. Certes, après ce drôle ce combat entre monsieur Evans et son père, il pouvait désormais s'entraîner au club de boxe, mais rien ne disait que l'adulte ne changerait pas d'avis. Maintenant qu'il avait attiré son attention, l'adolescent devrait redoubler de prudence. Au moins cela lui laissait un peu de répit.
Pour ne rien arranger, du fait de la conversation des deux moldus, impossible prendre des nouvelles de Lily. À la place, il s'était pesé sous la direction de Sly, qui lui avait appris qu'en dessous de cinquante kilos, il rentrait dans la catégorie des poids-plumes.
À moitié endormi, une idée traversa son esprit embrumé par le sommeil. Le lendemain, des bruits au rez-de-chaussée le réveillèrent à une heure matinale. Il se fit aussi silencieux que possible jusqu'à ce qu'il entende la porte d'entrée. Peu après, il vit Tobias s'éloigner dans la rue. Ses vêtements inhabituels attiraient l'attention. De loin, on aurait pu croire qu'il portait une tenue de sport. L'adolescent saisit l'occasion pour se précipiter chez les Malfoy où Dobby se laissa facilement convaincre de le suivre. Il l'emmena dans sa chambre, afin que l'elfe se familiarise avec les lieux. Une fois l'endroit mémorisé, la petite créature les ramena au manoir en transplanant. Désormais, convinrent-ils, il viendrait chercher le jeune sorcier tous les matins à la même heure, après avoir préparé le petit déjeuner.
Soulagé, Severus se mit au travail. Il se sentait suffisamment reposé et confiant pour commencer à mettre en œuvre le plan ardu qui aboutirait au retour de Lily dans le monde magique. Par chance, lors de son expédition dans l'allée des Embrumes, il s'était procuré des œufs de Serpencendre, ainsi que des tentacules de Murlap.
Durant l'après-midi, outre des séances de corde à sauter, il essaya de pratiquer les exercices pour développer ses abdominaux, mais sans enthousiasme. Il finit par réaliser que ça ne lui plaisait pas plus que le jogging. En conséquence, il écrivit le soir même une lettre à Arthur. Sur ce sujet aussi, il se pouvait que le cracmol lui propose une approche inattendue, susceptible de l'aider. Du reste, il entendait pour le moment atteindre le but arrêté la semaine précédente.
Dès le lundi, il repartit courir, mais échoua derechef à monter tout l'escalier. Il recommença jour après jour, grappillant à chaque fois quelques marches supplémentaires. Obsédé par son objectif il jeta à peine un œil à la lettre venant des Arès. L'étudiant de Cambridge détaillait, schémas à l'appui, l'intérêt d'un travail dit « de gainage », à l'aide de positions statiques très précises. Le jeune sorcier remit tout réflexion sur le sujet à plus tard, tellement il se sentait près du but. Jeudi dès l'aube, à bout de souffle mais farouchement déterminé, il posait le pied sur l'esplanade devant la bibliothèque. Peinant à reprendre sa respiration, il leva cependant les poings en signe de victoire.
- Pas mal.
La réflexion émanait de Sly, qui, assis sur un ban, le contemplait l'air approbateur.
- Qu'est-ce que tu fais là ?
- Samedi dernier, ton père a dit qu'il t'avait vu traîner dans la ville en survêtement. Ce n'était pas compliqué de faire le rapprochement. J'ai amené de quoi fêter ta réussite.
Il brandit deux cannettes.
- Je croyais que le club interdisait l'alcool ?
- On est pas dans une séance d'entraînement et en plus j'ai choisi une bière qui titre très peu. Hors de question que je te mette sur la mauvaise pente alors que tu fais tant d'efforts.
Ils savourèrent lentement la boisson fraîche, tandis que le soleil montait peu à peu dans le ciel immaculé de la fin juillet.
- Tu te donnes de la peine, mais tu ne m'as jamais dit dans quel but. Pour agir comme tu le fais, il faut une sacrée motivation.
L'adolescent hésita, mais, saisi par l'atmosphère paisible et le ton détaché de son interlocuteur, il finit par répondre. « Il y a deux-trois élèves avec qui j'ai maille à partir à l'école, depuis des années. Dans ce contexte, je ne peux négliger aucun atout. »
Son interlocuteur mit également du temps avant de parler, sans doute pour bien formuler sa pensée. « Tu ne t'en rends pas compte, Severus, mais tu deviens peu à peu un boxeur. Un boxeur amateur, mais un boxeur. Cela va te donner un gros avantage face à un adversaire qui ne s'y attend pas. » Le jeune sorcier se rembrunit. Il s'attendait à recevoir un sermon lénifiant, mais il se trompait. « Tu parles cependant de personnes au pluriel. S'ils t'attaquent ensemble alors que tu es seul, c'est différent. Tu as une petite chance jusqu'à trois individus en face de toi. Pour se débarrasser d'un ennemi avant que les autres réagissent, il faut cogner vite et fort. À l'avenir, travaille surtout les enchaînements courts. Comme tu as atteint un palier en jogging, tu peux te concentrer sur d'autres exercices. Même s'il faudrait que tu continues à courir un peu pour t'entretenir. Enfin, réfléchis à un moyen de protéger tes mains. S'ils te prennent en embuscade, ils ne te laisseront pas enfiler tes gants. Je ne m'inquiète pas, tu es malin tu trouveras une solution. Quel dommage que je ne puisse pas rester pour voir ça. »
- Qu'est-ce que tu veux dire ?
- Je vais partir vers la mi-août. Je rentre chez moi.
- Tu habites où ?
- Aux États-Unis, je suis américain. Je vais travailler sur un bateau pour payer le transport. C'est pour ça que je quitte le club avant la fin de l'été.
- Mais pourquoi tu es venu de si loin ?
- En fait, je ne suis pas boxeur, je travaille à Hollywood. Au début de cette année j'ai vu le combat entre Mohamed Ali et Chuck Wepner, un inconnu qui a réussi à tenir tête au champion, alors qu'en théorie il n'avait aucune chance. Je trouve cette histoire fascinante, je suis sûr qu'il y a matière à en faire un film. J'ai voulu m'isoler pour creuser le sujet. Venir ici m'a donné plein de pistes, comme cet escalier, par exemple.
Toutes ces histoires de cinéma moldu n'intéressaient guère Severus, mais il décida d'essayer de grappiller d'autres conseils.
- Ça te semble une bonne idée, de s'entraîner en grimpant des marches, Sly ?
- Une idée solide comme un rock et c'est à toi que je la dois. Mais tu n'es pas obligé de m'appeler Sly, ce n'est qu'un surnom, mon prénom c'est Gardenzino. Un dernier point, pendant que j'y pense : même si les racailles qui s'en prennent à toi, s'ils t'en font baver, ne renonce pas. Dans la vie on se prend beaucoup de coups. Ce qui compte au final, c'est moins comment tu frappes que comment tu encaisses. Ce n'est pas grave si tu vas au tapis, du moment que tu te relèves.
Severus le fixa incrédule. Ces paroles constituaient le parfait encouragement à ne jamais renoncer à Lily. « Merci. »
- Pas de problème, ça fait partie du job de régisseur dans ce club. D'un côté, on doit entretenir le matériel, limiter les vols, voire dormir sur place. Mais de l'autre, quand on peut aider un membre, ça fait oublier tout le reste. D'ailleurs, il faut que j'aille ouvrir la salle. On se voit samedi.
Vendredi l'adolescent attaqua le travail de gainage préconisé par Arthur et constata vite que, comme la corde à sauter, cela correspondait mieux à son tempérament. En restant statique, il pouvait plus en même temps concentrer son attention sur une équation d'arithmancie ou sur une formule de potion à améliorer. Le lendemain, cependant, il se sentit pris de vertiges au moment de se lever. Il passa outre, espérant que ça serait passager, mais quand il entra dans le club, il dut faire appel à toute sa volonté pour ne pas vaciller. La vue du nouveau partenaire d'entraînement de monsieur Evans, lui fit oublier momentanément son état. Où son père avait-il trouvé cette tenue de sport ? En comparaison, même le survêtement de Sly paraissait élégant.
Ce dernier demanda au jeune sorcier de se mettre en garde, mais s'arrêta au bout de quelques minutes. « Tu es blanc comme un linge. Ça va ? »
« Mêle-toi de tes affaires ! » Severus détestait se sentir en position de faiblesse, surtout face à un moldu.
- Tu vas rentrer chez toi Severus.
- Quoi ? Hors de question.
- Tu ne vas pas bien, je ne t'entraînerai pas dans ces conditions.
- Et moi je te dis que je ne raterai pas cette séance.
- Tu as quinze ans. Cette semaine, tu viens de te dépasser pour monter cet escalier. Il faut savoir doser ses efforts. Si ça se trouve, c'est juste une crise de croissance. Va te coucher, et si tu te sens mieux en début de semaine, reviens mardi.
- J'ai le droit ?
- Pendant l'été, un membre du club peut venir aussi souvent qu'il veut. Retourne chez toi pour dormir. Le cas échéant, je dirai un mot à Tobias et Marc.
La réplique acerbe qu'il préparait mourut sur les lèvres de l'adolescent. En effet, il se sentait vidé. Le simple fait de ne pas trembler lui demander déjà un effort considérable. Rageant, il acquiesça. À peine rentré, il s'endormit tout habillé.
Dimanche, c'est Dobby qui le réveilla en transplanant. Il se sentait déjà mieux, mais l'elfe insista pour lui apporter le petit déjeuner au lit. Si ça se trouvait, il devait sa crise de croissance à la combinaison des exercices physiques et d'une nourriture copieuse. Échaudé par ses mésaventures du début de l'été, il préféra rester allongé durant la journée.
Pour ne pas s'ennuyer, il réfléchit à la meilleure manière d'améliorer ses mitaines. Quelques runes tracées à l'intérieur devraient permettre d'en améliorer la solidité ou l'adhérence, voire le confort, mais les caractères finiraient par s'effacer. Dans ces conditions, ça valait peut-être la peine de se procurer une paire supplémentaire en cuir pour les graver durablement. De toute façon, s'il grandissait, il risquait de devoir bientôt puiser dans son compte chez Gringotts pour s'acheter des vêtements. Sans baguette, impossible de lancer un sortilège d'ajustement sur sa garde-robe actuelle.
De fil en aiguille, il réalisa qu'il devrait aussi se rendre sur le Chemin-de-Traverse pour acquérir ses fournitures scolaires. Et cette année, il irait seul. Il pourrait utiliser une cheminée des Malfoy, mais sur place ne risquait-il pas de faire une mauvaise rencontre ? Avec sa chance, les Maraudeurs seraient rentrés d'Europe centrale. Il faudrait qu'il se déguise, comme pour son excursion dans l'Allée des Embrumes avec Regulus Black.
Le souvenir de ce dernier lui rappela son intention de lui écrire. Lundi, il rédigea donc un courrier qu'il posta dans la foulée. Bien lui en prit, car il en profita pour inspecter la boite aux lettres des Rogue, où il découvrit une lettre de Damoclès Belby. Le maître des potions ne faisait qu'évoquer l'analyse arithmantique des créatures magique, jugeant prématuré de se plonger dans un sujet si ardu. Sans prendre trop de gants, il incitait plutôt son interlocuteur à ne pas se disperser et à s'occuper davantage de ses recherches sur les interactions entre potions, s'il voulait un jour publier un article.
Cette réponse vexa d'autant plus l'adolescent qu'en son for intérieur, il ne pouvait lui dénier un brin de pertinence. Piqué au vif, il se mit à résoudre des équations, après avoir cependant écrit quelques lignes à Arthur. Si le maître des potions refusait de l'informer, il se débrouillerait autrement.
Il avait néanmoins conscience du caractère sulfureux de certains de ses centres d'intérêt, ce qui lui rappela qu'il possédait de nombreuses notes sur la magie noire écrites de sa main. Dès le lundi, il entreprit de les transposer via une dicta-plume, avant de détruire les originaux. Ainsi, même si on le les trouvait en sa possession, il pourrait toujours nier les avoir rédigés, du fait de la calligraphie impersonnelle.
Il recommença également à brasser des potions médicales. Celles qu'il ne mélangerait pas pour vérifier ses hypothèses lui serviraient de réserve en prévision de la rentrée. Il ne se faisait en effet aucune illusion sur Potter et son gang. Ces petites brutes le rendaient responsables de leurs déboires et comptaient sûrement le lui faire payer. Il valait mieux qu'il puisse se soigner vite et bien.
Sa séance de mardi se passa assez bien, ce qui amena Sly à lui annoncer que la prochaine fois, ils débuteraient les combat d'entraînement, le sparring. À cette occasion, monsieur Evans l'approcha discrètement pour lui conseiller d'éviter les protège-dents usagés, prêtés par le club. À la place, il proposa à l'adolescent son exemplaire de réserve, encore dans son emballage. Trop heureux d'échapper à cette menace pour son hygiène, il accepta, mais toute cette générosité commençait à le mettre sur ses gardes. Il connaissait trop la nature humaine pour ne pas croire qu'on ne finirait par lui demander une contrepartie. À moins que l'adulte ne veuille se faire pardonner de ne pas pouvoir lui dire grand-chose nouveau sur Lily ?
Ce raisonnement de Serpentard le poussa également à profiter de l'occasion pour tenter une expérience. Samedi, juste avant de bloquer sa mâchoire, il murmura « Legilimens ». L'incantation sans baguette donna le même résultat qu'avec Dobby : un maelström disparate d'images et d'impressions, quoique plutôt centrés sur le combat à venir. Il mit cette avancée sur le compte de la nature humaine de son adversaire qui ne sembla s'apercevoir de rien. Seul bémol, pendant le combat, le jeune sorcier ne put exploiter les informations et après, elles devinrent inutiles. Il commença également à pratiquer le shadowboxing, la boxe dans le vide, devant un miroir, sous la surveillance d'un adulte, qui lui expliquait comment améliorer son style.
Entre exercices physiques, sortilèges sans baguette, brassage en laboratoire, et arithmancie, la semaine s'écoula paisiblement. Il entama une réflexion sur la manière de mieux protéger son coffre, mais il comprit vite que face à un sorcier adulte déterminé, peu de sortilèges s'avéreraient capables de résister. Regulus ne daigna pas répondre à son courrier, ce qui le déçut un peu. Au sein de sa famille, le jeune aristocrate avait dû retrouver ses réflexes de caste. Le week-end suivant, il vit sans surprise le père de Lily s'approcher l'air un peu embarrassé. Les masques allaient enfin tomber.
- Severus, tu te souviens qu'à Noël, je t'avais offert un billet pour qu'on aille voir un match de foot ensemble ?
- Si vous avez un empêchement, ce n'est pas gr…
- Ça te gênerait, si ton père venait avec nous ?
L'adolescent s'attendait à tout sauf à ça. Il en resta bouche bée. Son interlocuteur se méprit sur son silence. « Il m'aide beaucoup à progresser, alors je voudrais lui renvoyer l'ascenseur, mais je ne veux rien t'imposer. Je sais que vous n'entretenez pas de très bonnes relations. ».
C'était donc pour ça que l'adulte se montrait aussi attentionné dernièrement. En fait ça lui importait si peu que les deux moldus pouvaient même très bien y aller sans lui. Il ouvrit la bouche pour répondre, mais déjà son Tom intérieur se manifestait. Mieux valait prendre quelques instants pour peser le pour et le contre avant de répondre.
Le père de Lily constituait son dernier lien avec son amie gryffondor, son unique source d'informations sur ce sujet. Cependant, depuis un moment, il ne lui apportait guère d'éléments nouveaux. De plus, assister à une partie de football impliquait de rester assis pendant une éternité, dans un stade plein de gens hurlant à pleins poumons au rythme des péripéties puériles d'un spectacle aussi ennuyeux que stupide. Surtout s'il devait se rendre à l'événement en compagnie de Tobias.
Un séjour prolongé à proximité de son père avait toujours abouti à une crise de colère ponctuée d'une correction. Mieux valait fuir sa présence et éviter de se trouver à côté de lui tout un après-midi. D'un autre côté, il ne se souvenait pas non plus de vacances d'été sans explosion de la part de son géniteur. Inutile de se leurrer, s'il le laissait en paix depuis son retour c'était du fait de monsieur Evans. Grâce à lui, son père semblait même désormais préférer la fréquentation du club de boxe à celle des bars. Dans ces conditions, il s'avérait peut-être préférable qu'ils passent le plus de temps possible ensemble. Quoique cynique, cette dernière pensée le décida.
« Si vous y tenez, on peut y aller tous les trois. En plus, il connaît sûrement les règles mieux que moi. » Comme à la bibliothèque avec Alice Prisatch, il profiterait de l'occasion pour pratiquer son occlumancie. Il demanderait peut-être aussi à Arthur s'il existait des exercices de gainage à effectuer assis.
« Formidable ! » L'enthousiasme puéril de son interlocuteur lui rappela celui de Dobby. Là aussi, quelques efforts bien ciblés s'avéraient particulièrement efficaces.
- On ira samedi prochain. Ça se passe l'après-midi, alors il faudrait que tu viennes ici le matin pour t'entraîner.
Sly choisit ce moment pour intervenir. « Étant donné que je pars bientôt, ça serait une bonne idée que Marc commence à me remplacer à cette occasion. »
- Je pensais qu'il avait déjà un partenaire…
- Ne t'inquiète pas pour Tobias, il peut travailler avec d'autres membre du club. En fait comme notre régisseur nous quitte, en attendant qu'on lui trouve un remplaçant, les plus expérimentés vont aider les plus jeunes. Ça fait partie de la tradition. Puisqu'on en parle, il y a aussi une coutume qui veut qu'un membre ne termine pas une saison sans un vrai match. Tu commences le sparring, tu retourneras à ton internat dans quelques semaines, est-ce que tu voudras combattre pour ta dernière séance avant ton départ ?
Il avait passé l'été à apprendre comment cogner, autant saisir l'occasion de se faire une idée de ses nouveaux talents. « Comment se déroulerait le match ? »
- Une demi-douzaine de rounds contre un poids-plume comme toi, Un adversaire inscrit cette année, donc avec à peu près autant d'expérience. L'arbitre viendrait de l'extérieur en gage d'impartialité.
- Bon c'est d'accord.
- Génial ! Par contre, il va falloir que tu intensifies ton entraînement, que tu viennes plus souvent. Le mardi et le jeudi soir te conviendraient ?
Il avait fini ses devoirs de vacance. Au manoir, il ne lui restait plus grand-chose à brasser et de toute façon il ne pourrait pas boucler tous ses projets encore en cours avant la rentrée. Autant profiter du temps qui restait pour peaufiner sa formation sportive. « Je tâcherai de me débrouiller. »
Enchanté par sa réponse, monsieur Evans insista pour qu'il se mette immédiatement en condition. Severus tira un bilan mitigé de ces rounds de sparring. Lui comme son adversaire avaient préféré s'observer, n'échangeant que peu de coups. Au moment de mordre son protège-dents, il murmurait systématiquement une incantation, mais la légilimencie ne lui fournissait toujours que des bribes d'informations. Comme le père de Lily lui faisait remarquer que ses cheveux le gênaient pour bien voir, il décida de les attacher en catogan.
Ce geste lui rappela sa sortie clandestine avec Regulus, un souvenir qui s'avéra bien utile, quand il reçut lundi le traditionnel courrier de rentrée envoyé par Poudlard. L'établissement n'avait rien trouvé de mieux que d'envoyer une chouette. Heureusement que son père passait désormais presque tout son temps en salle d'entraînement. L'adolescent y vit une occasion à ne pas rater.
Mardi matin, presque à l'aube, une cheminée des Malfoy le conduisit au Chaudron Baveur, d'où il put accéder sans encombre au Chemin de Traverse. En arrivant aussi tôt, il espérait éviter de croiser quelque visage malvenu, alors qu'il se trouvait dépourvu de baguette. Il ne maîtrisait pas assez la boxe pour espérer se tirer sans encombre d'une rencontre malencontreuse.
Par précaution, il avait également recouru à une teinture pour que son catogan arbore des reflets auburn durant cette journée. De plus, il portait les habits d'occasion achetés l'année dernière chez madame Guipure, mais il constata avec surprise qu'ils le gênaient aux entournures. Sly était-il tombé juste en lui diagnostiquant une crise de croissance? Un passage chez Gringotts lui fournit les gallions nécessaires pour ses achats scolaires, auxquels il ajouta en rechignant une nouvelle robe de classe de seconde main. Dès qu'il le pourrait, il ajusterait magiquement les vêtements qu'il possédait. Après réflexion, il repassa à la banque pour que les gobelins changent une partie de son argent en livres sterling.
Le soir, il fit ses adieux à Sly, avec un léger pincement au cœur. Le moldu lui aurait tout de même fourni quelques précieux conseils.
Mercredi, malgré la fatigue de la séance de boxe de la veille, il se leva de nouveau tôt pour se rendre discrètement à la boutique d'articles de sport. Il y acheta un second jogging, ainsi que de deux paires de mitaines en cuir. Il fit taire son Tom intérieur qui lui reprochait de trahir le monde sorcier. À Poudlard, personne ne verrait ce qu'il portait sous sa tenue de classe, aussi préférait-il s'habiller confortablement. Par ailleurs, il allait graver rapidement dans ses nouveaux gants des runes on ne peut plus magiques, qui leur conféreraient des propriétés fort utiles.
Il s'attela à cette besogne l'après-midi même. Une fois son objectif atteint, il attaqua deux autres tâches qui lui tenaient à cœur. D'abord il commença une nouvelle lettre à Arthur. Il sentait confusément que le cracmol en savait plus qu'il ne voulait l'avouer sur l'arithmancie appliquée aux créatures magiques. Aussi le jeune sorcier déploya-t-il tout son art de persuasion, alternant équations compliquées et hypothèses audacieuses, afin d'allécher son interlocuteur, de vaincre ses résistances. Il prit également la peine d'écrire quelques phrases à Victoire. Elle avait systématiquement rajouté un mot à chaque lettre de son frère, autant jouer le jeu.
D'autre part, il inscrivit dans la paroi de sa malle toute une série de caractères magiques, avant d'y déposer un flacon muni également d'étranges inscription gravées par ses soins. Toute ouverture intempestive déclencherait la rupture du récipient aspergeant l'intrus avec un philtre de senteur. S'il ne pouvait empêcher qu'on le vole, au moins il disposerait d'un moyen d'identifier le coupable. Il avait profité de l'occasion pour transposer un sortilège d'agrandissement. Son coffre disposait désormais d'un petit local de quelques mètres cube. Trop exigu pour qu'il se hasarde à y brasser, il lui servirait d'entrepôt. Il y stockerait ses biens les plus précieux, comme certaines potions qui nécessitaient un temps de repos pour mûrir.
Sous certains points de vue, il tirait d'ors-et-déjà un bilan positif de ses vacances. À l'avenir, son bagage se trouvait protégé et son bouclier sans baguette marchait honorablement.
Les entraînements de jeudi soir et samedi matin filèrent comme l'éclair. Avant même qu'il le réalise, il se retrouva assis au fond de la voiture de monsieur Evans, tandis que son géniteur s'installait devant. Au moment d'entrer dans le stade, Tobias voulut acheter des sandwichs pour tout le monde, ce que refusa le père de Lily. Il craignit un moment que le désaccord entre les deux adultes ne dégénère en dispute, mais à sa grande surprise ils gardèrent un ton bon enfant, plaisantant même sur la possibilité de retourner sur le ring pour régler la querelle. Au final, ils convinrent de parier sur le résultat du match et de donner raison à celui qui tomberait juste.
L'évènement sportif laissa Severus totalement indifférent. Il passa son temps à occluder pour s'abstraire des distractions extérieures. Il parvint ainsi à résoudre des équations arithmantiques de tête, tout en contractant ses abdominaux. Quand arriva enfin le moment de partir, il se rendit compte que ses deux compagnons avaient repris leur conversation animée.
- T'es vraiment pas obligé, Marc.
- Un pari est un pari et je l'ai perdu. Je vous dois donc un repas. Ça vous dirait un barbecue demain soir, chez moi ?
Severus sentit son cœur s'emballer. Allait-il revoir Lily ? Un doute affreux l'envahit.
- Excusez-moi monsieur, mais que va dire votre épouse ?
- … ne t'inquiète pas pour ça. En fait, elle est partie en vacances quelques jours avec les filles. Elles ne rentreront qu'au milieu de la semaine prochaine.
Évidemment c'était trop beau pour être vrai. La gêne de monsieur Evans n'avait néanmoins pas échappé à l'adolescent. On lui cachait quelque chose sur son amie. Il devait faire fi de sa déception, saisir l'occasion et tirer l'affaire au clair. Ils se fixèrent rendez-vous dimanche en fin d'après-midi, puis les moldus déposèrent Severus devant chez lui. Eux prirent le chemin du club de boxe, afin, d'après leurs dires, de faire travailler quelques jeunes adhérents. En réalité, ils semblaient surtout lancés dans une grande discussion concernant Mohamed Ali.
En rentrant, l'adolescent trouva dans la boite aux lettres un paquet. Arthur lui envoyait un vieux livre accompagné d'une lettre de recommandations. À force d'insister cracmol avait convaincu sa mère de le laisser lui prêter le volume ci-joint, un bien de famille aussi précieux qu'ancien, à ne pas mettre entre toutes les mains. De ce fait, Severus ne pourrait le garder que cette semaine, car madame Adams-Arès le récupérerait sur le quai de la gare. S'il faisait défaut, elle ne lui rendrait pas sa baguette. Ces précautions excessives l'agacèrent un peu, du moins jusqu'à ce qu'il commence l'ouvrage.
À la base seuls les loup-garous l'intéressaient. Il voulait évaluer ses chances de sonder l'esprit de Rémus Lupin, espérant découvrir les responsables du vol de son cher Tom. Si ses capacités actuelles en légilimancie rendaient la chose impossible pour le moment, le texte sous ses yeux s'avérait néanmoins captivant. D'abord, il couvrait un vaste spectre de créatures, des fantômes aux détraqueurs, en passant par les vampires. Ensuite, non seulement il abordait chaque catégorie du point de vue arithmantique, mais il mentionnait également si un type de magie spécifique se trouvait impliqué.
Cela allait de la magie du sang pour les vampires, à celle de l'âme pour les fantômes ou les détraqueurs qui eux y recourraient pour se nourrir. Il s'agissait de sujets particulièrement ténébreux, aussi Severus comprenait-il parfaitement les réticences de la mère de Victoire. Mais d'un autre côté la lecture s'avéra tellement passionnante, qu'il se sentit profondément reconnaissant envers Arthur. Il se promit de lui rendre la pareille, en étudiant sérieusement son histoire d'alambic.
En attendant, il importait qu'il tire le meilleur parti de ce précieux savoir. Sortant une dicta-plume, il démarra la lecture, ne s'interrompant que pour énoncer des résumés ou des commentaires. Il n'accepta de prendre un peu de repos qu'au milieu de la nuit quand ses paupières commencèrent à se fermer malgré lui. Il se réveilla dès l'aube, l'esprit fourmillant de nouvelles idées. Le temps fila, sans qu'il en ait conscience, les yeux rivés sur le livre. Quand il le referma enfin, le dos douloureux, les yeux brûlants, il dût lutter pour ne pas le rouvrir immédiatement. Il venait de le dévorer si vite qu'il avait sûrement manqué des éléments importants.
Il remarqua finalement la lumière du jour déclinante par la fenêtre. La rune horaire qu'il griffonna le fit s'élancer hors de chez lui. Fasciné par le présent d'Arthur, il n'avait pas vu le temps passer, oubliant le barbecue décidé la veille. Arrivé devant la demeure des Evans, il ne prit pas la peine de sonner, préférant faire le tour de la maison pour gagner du temps. Il connaissait assez les lieux pour deviner que le père de Lily préparerait à manger dans l'arrière-cour. Comme il s'approchait, il discerna les bribes d'une conversation. Ce qu'il en comprit le fit s'arrêter.
- Tu verras qu'il ne viendra pas. Ce n'est qu'un petit intello prétentieux qui se croit meilleur que tout le monde. Manger avec nous, il doit trouver ça indigne de lui.
- Ton fils s'entraîne plusieurs fois par semaine dans le même club de boxe que nous, Tobias. Et hier on a assisté ensemble à un chouette match de foot. Comme activité intellectuelle, on a déjà vu mieux.
- Tu ne le connais pas, il est comme sa mère. Elle m'a toujours pris de haut, toujours méprisé. Je me demande encore pourquoi elle m'a épousé, mais je sais bien pourquoi elle est partie.
- Le mariage ça a quand même quelques bons cotés.
- Tout le monde a pas ta chance.
- Une chance très relative. Tu as bien vu que la maison est vide en ce moment. Je raconte à tout le monde que Rose est partie en vacances quelques jours avec les filles, mais en fait on a eu une dispute terrible. On est pas d'accord sur l'école où il faut envoyer Lily, ma cadette. Résultat, elle a fait les bagages et un jour en rentrant, je me suis retrouvé tout seul. J'ai passé des heures au téléphone pour essayer de recoller les morceaux. Elle doit revenir bientôt, mais je ne sais pas ce que ça donnera.
- Toi, t'as de la veine, ça va sûrement s'arranger.
- Je ne sais pas si ça sera mieux. Parfois moi aussi je me sens étranger chez moi. Ça ne me gêne pas que mes filles passent leur temps à la bibliothèque, ou qu'on parle chiffon à tous les repas, mais bon sang que ça fait du bien de passer une soirée d'entraînement entre hommes !
- Tu sais, les trucs louches dont Severus et sa mère parlaient tout le temps, c'était pas mieux que toutes ces histoires de bonne femme !
- Mais toi, tu as un fils ! Un fils qui fait de la boxe et avec qui tu vas voir du foot. Tu comprends pas ta chance ?
- Tout ça, ça ne durera pas, il va retourner dans son monde.
L'adolescent ne put supporter d'en entendre plus. Il retourna précipitamment à la porte d'entrée, où il sonna comme s'il venait d'arriver. Visiblement, les adultes ne soupçonnèrent pas qu'il les avait écoutés, et reprirent leur conversation sur Mohammed Ali, un sujet qui semblait les passionner. Lui n'en avait strictement rien à faire.
Seule l'occlumancie lui permettait de donner le change, de dissimuler comment son cerveau bouillonnait sous le choc des révélations.
Eh oui, Severus commence à s'apercevoir que les choses et les gens sont parfois plus compliquées qu'il ne voulait bien le croire.
