Bonsoir à tous. Vous, je ne sais pas, mais en ce qui me concerne, les vacances sont bien finies.
Je dois avouer que ça me fait plaisir, de constater que quelques personnes continuent à lire ma petite Fanfic.
Alors un grand merci à ceux qui ont cliquer récemment sur Fav ou Follow.
Et un très grand merci à Paladin thorn et katymyny qui ont pris le temps de m'écrire une review : en effet Severus a bien occupé son été (mais il n'avait pas à craindre le covid :-P ) Par ailleurs, Paladin thorn a bien compris que j'essaye de donner une explication à l'attitude générale du père de Rogue. D'ailleurs, je continue dans ce chapitre et je fais la même chose pour un autre personnage ...
Tout en dînant, Severus écoutait vaguement la conversation des deux adultes.
- Écoute Tobias, Sugar Ray Robinson a tous les attributs du boxeur parfait : l'aisance sur le ring, la vitesse, la précision, la fluidité… Il a tout, je te dis ! Jusqu'à l'instinct du geste décisif au moment crucial. On ne fait pas mieux, même Mohamed Ali le reconnaît.
- C'est la modestie des grands champions. Sugar Ray c'est la perfection, mais version classique. Mohamed Ali, il joue carrément dans une autre catégorie. On parle tout de même d'un poids lourd qui réussit à se battre comme un poids léger. Tellement doué et agile qu'il ne prend même pas la peine de bloquer les coups de ses adversaires, il parvient à les éviter. Par contre quand il frappe, tu ne le vois pas venir. Il a résumé ça lui-même, il danse comme un papillon, il pique comme une abeille. C'est le meilleur !
Au moins, pendant qu'ils poursuivaient leur discussion passionnée, ils laissaient l'adolescent en paix. Il ne sentait pas en état de participer, tant les pensées dansaient dans sa tête. Bien que moldus, il avait toujours considéré les Evans comme un couple modèle, à l'opposé de celui formé par ses parents. Découvrir qu'il n'en était rien le chamboulait complètement. Cela signifiait-il que toute relation amoureuse se trouvait vouée à l'échec ? Y compris ce qu'il espérait confusément construire un jour avec Lily ?
Quant au jugement que Tobias portait sur lui, il refusait tout bonnement d'y penser. Depuis des années, sa haine envers son père constituait un des fondements de sa personnalité, une justification à beaucoup de ses convictions. Ce qu'il venait d'apprendre risquait de la remettre en cause, un acte quasiment contre-nature. Il valait mieux qu'il se concentre sur autre chose.
Il entreprit de se focaliser sur la bibliothèque municipale. À l'origine, il comptait y aller pour se documenter en consultant les livres sur la distillation recommandés par Arthur, mais il disposait désormais d'une motivation supplémentaire. Avec un peu de chance, il y croiserait son amie. Cette pensée lui apporta assez de réconfort pour lui permettre de profiter de la soirée.
Ses compagnons finirent par lui proposer une boisson fraîche. Ils burent en silence, pendant que le soleil se couchait lentement. Le jeune sorcier ressentit une sensation d'apaisement en contemplant le spectacle, du même genre que celle éprouvée avec Sly en haut des marches. Ce sentiment ne le quitta pas sur le chemin du retour.
« Le week-end prochain, c'est ton premier match. » Le ton sec de son père le tira de sa rêverie. « Si tu veux avoir une chance, plus question de lambiner, va falloir que tu t'entraînes tous les jours. » Severus sur ses gardes, attendit la suite. Un long moment s'écoula avant que son interlocuteur reprenne. « Dans la remise de la cour, doit y avoir mon vieux sac de frappe. »
L'adolescent prit quelques instants pour contempler l'adulte. Son visage fermé montrait son caractère buté. Ou sa crainte du rejet. Tobias Rogue n'était qu'un sale type, inculte, fruste, brutal, qui ne connaissait que la violence comme moyen d'expression. Quelqu'un qui valait bien moins que sa femme ou son fils, et qui en avait conscience. Un pauvre type.
Une pensée incongrue traversa l'esprit du jeune sorcier : lui et son géniteur partageaient le même tempérament colérique, prompt à s'enflammer, considérant la force comme une bonne solution à leurs problèmes. Heureusement, son Tom intérieur vint dissiper ces fadaises. Face à lui se trouvait un moldu, un être inférieur, tout comme Dobby ou monsieur Evans. Il le manipulerait pour mieux l'utiliser, faute de pouvoir brandir sa baguette.
- Tu crois que tu pourrais me montrer l'enchaînement que tu as utilisé à la fin de ta « baston-discussion » ?
- Un jab suivi d'un uppercut au plexus. Dans un combat classique, j'aurais conclu avec un crochet à la tempe. Y a rien de spécial dans ces coups, mais il faut apprendre à les exécuter au bon moment. Avec mon sac, je dois aussi avoir des pattes d'ours qui traînent.
Si en plus son père le laissait le frapper, ne serait-ce qu'aux mains, que demander de plus ?
- D'accord.
La dernière semaine de vacances s'avéra particulièrement intense. Jogging, corde, gainage en constituaient les bases. Ensuite Tobias et Marc le prenaient en main pour lui faire travailler ses frappes et sa mobilité. Il réussit néanmoins à dégager assez de temps pour ranger le laboratoire Malfoy, avant de prendre congé de Dobby.
Il laissait à l'intention de Narcissa un stock conséquent de potions odorantes de qualité. Lucius ne regretterait pas de l'avoir embauché cet été. Il emportait à Poudlard plusieurs philtres de senteurs moins réussis, ainsi que moult remèdes en tout genre, sans oublier son plan pour les parents de Lily. Si on ajoutait à cela sa correspondance avec Damocles Belby et Arthur, ou la qualité de ses devoirs de vacance, il jetait sur les deux derniers mois un regard assez satisfait. Les gallions que Lucius lui fit remettre, constituèrent cependant un apport bienvenu.
Comme l'année précédente, Dobby se désolait de le voir partir. Il mentionna alors la possibilité pour un elfe de changer de maître, surtout quand son propriétaire d'origine trouvait ses services déplorables. L'éclair de compréhension dans les yeux de la petite créature ne lui échappa pas. Il venait de poser un jalon important dans le cadre de son plan de secours pour récupérer Tom.
Le jour du combat, il ne se pressa pas. Son père et monsieur Evans lui ayant expressément défendu tout effort physique, il avait décidé de se rendre à la bibliothèque municipale. Cette fois, il monta l'escalier sans précipitation, attentif à économiser ses forces.
En arpentant les rayonnages, il ressentit un petit frisson. Malgré l'absence de magie, se retrouver entouré de tous ces ouvrages lui rappelait l'école. Il s'attendait presque à voir madame Pince surgir au détour d'une étagère, les sourcils froncés. Dès demain, quand il prendrait le Poudlard Express, une redoutable année scolaire débuterait, alors autant savourer ce moment. Pas besoin de se presser, il portait déjà sa tenue de sport, il se rendrait directement au club, en quittant les lieux.
Il trouva sans difficultés les volumes recommandés par Arthur. Indiscutablement, les techniques de distillation s'avéraient prometteuses quoique ardues. De retour à l'école, il faudrait qu'il travaille longuement le sujet, tant sur les aspects théoriques que pratiques. Néanmoins, un problème se posait, il ne disposait pas d'un alambic. Il ne pensait d'ailleurs pas qu'il en existe un à Poudlard. Cela voulait-il dire qu'il devrait lui-même fabriquer l'appareil ? Cette perspective l'amena à prendre de nombreuses notes où il entremêlait aspects techniques et innovations potentielles.
Alors qu'il se levait pour consulter un nouveau livre, il faillit percuter une jeune femme qui se trouvait au milieu de l'allée. Plongé dans ses pensées, il mit quelques instants à la reconnaître.
- Rogue ?
L'incrédulité de Petunia le surprit, mais il se rappela le nouveau jogging qu'il avait sur le dos. Elle devait en être restée aux vêtements miteux qu'il portait lors de leur précédente entrevue. Le contraste expliquait sûrement sa surprise. Les circonstances délicates de leur dernière discussion lui revinrent également en mémoire. Il fallait qu'il corrige le tir immédiatement.
- Bonjour Petunia, c'est un plaisir de te revoir. Si tu me le permets j'aimerais te présenter mes excuses. Quand nous nous sommes revus, je venais de passer une journée épuisante et pleine de péripéties. La fatigue a défavorablement influencé mon humeur qui n'est déjà pas très bonne habituellement. Sache que je le regrette.
Il avait veillé à formuler ses propos en employant le ton aussi policé que respectueux. Quand il la vit hocher brièvement la tête, il entreprit de pousser son avantage.
- Accepterais-tu que je t'offre un café pour me racheter ?
En fonction de sa réponse, il saurait si elle était venue seule ou avec Lily. Malheureusement, ils se retrouvèrent quelques minutes plus tard en tête-à-tête devant deux tasses fumantes.
Faisant contre mauvaise fortune bon cœur, il décida d'exploiter l'opportunité. Reprenant la conversation là où il l'avait laissée voici deux mois, il lui posa plusieurs questions sur le jardinage. Après qu'elle lui eut expliqué comment elle tâchait de vendre les fleurs qu'elle cultivait, il essaya d'orienter la discussion vers les vacances qui se termineraient bientôt. Après plusieurs tentatives infructueuses, lassé par ses échecs, il décida de changer d'approche.
Au moment de payer, il simula une quinte de toux qui lui permit de murmurer l'incantation de légilimencie. Si son interlocutrice ne se rendit compte de rien, il lui fallut toute sa science de l'occlumancie pour conserver le contrôle de lui-même. Comme pour les précédents essais, il ne distinguait que des flashs de souvenirs, mais leur contenu suffisait à le déstabiliser.
Monsieur Evans et sa femme se querellant bruyamment, sans tenir compte de leur fille aînée ; Madame Evans entraînant vers sa voiture Lily et Petunia chargées de lourdes valises bouclées à la hâte ; les plages de Cornouailles pleines de vacanciers, une foule qui, de manière inattendue, semblait mettre la moldue mal à l'aise. Le même trouble se faisait ressentir quand elle rencontrait des adolescents, qui s'intéressaient visiblement beaucoup plus à sa sœur.
Ces dernières images indisposaient particulièrement Severus. Lui-même peu à l'aise en société, il comprenait parfaitement ce qu'elle ressentait pour l'avoir lui-même vécu. Partager des points communs avec Petunia Evans le révulsait, mais il préférait encore ce sentiment au traumatisme que lui causaient les dernières scènes. D'abord on y discernait Lily au milieu d'un groupe, dansant éperdument au son d'une musique assourdissante, pendant que sa sœur faisait tapisserie, visiblement reléguée en marge de la surprise partie. La scène atteignait son point culminant, quand la jeune sorcière, bougeant au rythme d'un air sirupeux, se retrouvait collée à un partenaire qu'elle finissait par embrasser goulûment.
Sonné, Severus se leva, sans écouter ce qu'on lui disait. Il avançait comme un somnambule, indifférent à ce qui se passait autour de lui. Il revoyait sans cesse l'image de son amie s'abandonnant dans les bras de ce type. Lily était amoureuse. Évidemment l'élu de son cœur était un grand sportif attrayant, semblable à Potter. Malgré l'occlumancie, les pensées les plus sombres l'assaillaient. Il lui semblait avoir perdu toute raison de vivre, toute motivation.
Machinalement, ses pas le portèrent vers la salle d'entraînement. Avant qu'il ne le réalise, il se retrouva sur le ring, face à son opposant. Par habitude, il se mit en garde, mais le cœur n'y était pas. L'esprit ailleurs, il enchaîna mollement les coups pendant une durée indéterminée.
- Tu n'es pas dans le match Severus. Reprends-toi, bon sang !
Assis sur son tabouret, il regarda monsieur Evans sans répondre. Bien sûr qu'il n'avait pas la tête au combat. Il ne voyait même pas la peine de disputer un nouveau round.
« Severus. » La voix de son père le tira de sa rêverie. Il fixa l'adulte, attendant le commentaire méprisant. « Dis-toi qu'en face de toi, ton adversaire … c'est moi. »
Les mots agirent comme un électrochoc. Une rage froide l'envahit. « Il y a pire que toi. » Il y avait bien pire. Il y avait toutes ces personnes qui voulaient lui voler Lily. Qu'ils jouent au quiddich ou dansent avec elle, ils ne valaient pas mieux les uns que les autres. Celui qui se trouvait dans l'autre coin du ring allait payer pour eux tous. Il entreprit d'analyser calmement la situation. Son opposant venait de dominer les deux premiers rounds, mais il avait aussi montré ses limites. Il cognait fort, il cognait vite, mais il manquait de précision. Il péchait également par la lenteur de son jeu de jambe.
Le gong retentit. Quand le boxeur en face de lui allongea le bras, son poing ne rencontra que le vide, le serpentard l'avait esquivé. Grâce à sa légèreté et ses réflexes, il ne se fit pas toucher une seule fois dans les minutes qui suivirent.
- C'est mieux, mais ça ne va pas suffire pour gagner.
- J'ai dansé comme un papillon pour qu'il gaspille son énergie. Maintenant je vais piquer comme une abeille.
Son adversaire commençait visiblement à fatiguer. Ses frappes perdaient de leur puissance, ce qui permis au jeune sorcier de baisser un peu sa garde pour passer à la contre-attaque. Il passa un long moment à utiliser son jab, atteignant son opposant au visage, à de multiples reprises.
- Dernière ligne droite Severus. Tu as dominé ce round, mais il a mené les deux premiers. Si tu veux remporter le match, il te faut un KO.
- J'ai mon plan. Il me reste un ou deux atouts à jouer grâce à vous.
Il recommença à enchaîner les frappes à la tête pour obliger sa cible à conserver une garde haute. Le dernier coup partit volontairement un peu plus lentement que les autres. Comme il l'escomptait, cette manœuvre détourna l'attention de l'autre boxeur une fraction de seconde de trop. Juste assez pour lui envoyer un uppercut au plexus solaire. Quand il vit son adversaire se pencher en avant sous l'impact, il ne lui resta qu'à conclure avec un crochet du gauche à la tempe. Une application parfaite de la séquence travaillée depuis une semaine.
Sa concentration était telle qu'il lui semblait que le temps s'était arrêté. Plus rien ne comptait, ni le bruit autour de lui, ni le choc brutal qu'il ressentit au visage. Seule lui importait la vue de son opposant roulant à terre, symbole de toutes ses contrariétés enfin terrassées. À peine eut-il conscience du bras autour de ses épaules qui l'attirait sur son tabouret, avant de le secouer.
- Severus ? Severus ? Le gong a sonné, Severus ! C'est fini.
- Il est assommé. J'ai fait ce qu'il fallait, j'ai gagné !
- Le gong a sonné avant ton dernier coup, le KO est intervenu au-delà du temps limite.
- Hein ? Mais c'est dégueulasse !
- Les juges vont se retirer pour délibérer, il faut attendre leur décision. En attendant occupons-nous de toi. Lui aussi t'a placé un vilain coup après le gong. Ton nez ne te fait pas mal ?
Comme pour la tentative de meurtre de Black, on se liguait contre lui, pour lui refuser ce qui lui revenait de droit. En plus on l'importunait avec des futilités. Furieux, il occluda toute sensation, avant de se tapoter le visage.
- Il ne faut pas se fier aux apparences, ce n'est pas douloureux. Mettez-moi un pansement et ça ira.
Ses compagnons ne semblaient pas convaincus, mais devant son insistance, ils finirent par obtempérer. Comme ils achevaient de fixer le bandage, le nom du vainqueur fut proclamé. L'annonce le scandalisa, sans vraiment le surprendre. De la même manière qu'à Pouldard, l'injustice prévalait. Sauf que cette fois, il se trouvait à ses côtés deux adultes exaspérés.
- C'est injuste qu'ils ne t'aient pas désigné.
- Marc a raison ! Les juges sont des pourris, l'arbitre un vendu ! Je vais aller les…
- Tobias, laisse tomber, c'est trop tard. On aurait dû faire plus attention au moment de leur nomination.
- C'est le boulot du régisseur !
- Sly est parti, on ne s'est pas occupé de lui trouver un remplaçant, on a notre part de responsabilité. Il n'en reste pas moins que tu t'es bien battu Severus, tu as parfaitement placé l'enchaînement que tu avais appris. On est fiers de toi, pas vrai Tobias ?
- … ouais.
Alors tout ça était de la faute de ces sales moldus ? L'adolescent voulait leur hurler dessus, les maudire, mais en même temps leurs paroles lui mettaient un tel baume au cœur qu'il avait envie de pleurer. Pourquoi dans cette journée où tout semblait se liguer contre lui fallait-il que ce soit deux spécimens de cette race inférieure qui lui apportent un peu de réconfort ?
Chamboulé, sentant sa colère s'envoler, il refusa la proposition de sortir pour refaire le match. Connaissant son père, ça allait se terminer en tournée des bars, voire en bagarre d'ivrognes. À moitié hébété, il se changea, avant de prendre le chemin de la maison.
Quand la porte de sa chambre se referma, il lui sembla qu'une digue venait de céder. Quelques larmes se mirent à couler, de plus en plus fort, jusqu'à ce qu'il retrouve à sangloter, debout au milieu de la pièce. Il maudit la terre entière, le sort qui s'acharnait contre lui et même Lily qui ne l'avait pas attendu. De fil en aiguille, il tourna sa vindicte vers le sale type qui la lui avait volée, puis vers Sly qui l'avait abandonné pour partir aux USA. C'est à ce moment que les paroles de l'américain lui revinrent en mémoire. « Ce n'est pas grave si tu vas au tapis, du moment que tu te relèves. » . À l'époque, il avait trouvé ces paroles particulièrement pertinentes, les prenant comme un encouragement à ne pas renoncer à la gryffondor. Est-ce que cela avait changé ?
Son amie restait une sorcière, même si pour l'instant on la tenait à l'écart du monde auquel elle appartenait. Quand elle le réintégrerait, elle prendrait conscience des choses vraiment importantes. À commencer par lui, son meilleur ami, un brillant élève de Poudlard. Un peu ragaillardi, il se mit à arpenter la pièce en tâchent de faire des projets d'avenir.
Son regard tomba sur un miroir. Il tiqua quand il vit la taille du pansement sur son visage. Un peu inquiet, il abaissa ses boucliers d'occlumancie, avant de tâter précautionneusement les bandages. Il dut s'arrêter presque aussitôt avec une grimace. Il se demanda brièvement s'il aurait dû laisser un médecin l'examiner, mais balaya l'idée aussitôt. Demain soir, il irait à l'infirmerie de Poudlard. Madame Pomfresh saurait comment le soigner rapidement, même s'il n'échapperait malheureusement pas à ses questions indiscrètes. À moins qu'il trouve le moyen de sauter cette étape.
Il ouvrit sa malle d'où il sortit plusieurs flacons, ainsi que ses notes pour Damocles Belby. Après quelques minutes de lecture, il posa une première équation d'arithmancie. Le nez contenait du cartilage, ce qui l'obligerait à combiner une potion Poussos avec une autre pour la régénération sanguine. Il devait donc au préalable évaluer les effets de leurs interactions pour déterminer la meilleure manière de les doser. Une fois sûr de ses calculs, il traça une poignée de runes horaires, inspira un grand coup et avala les premières gorgées de philtre.
Peu de temps après, les runes horaires sonnèrent pour lui indiquer qu'il était l'heure d'absorber de nouvelles rasades. Il réitéra l'opération tout au long de la nuit, ce qui l'obligea à dormir en pointillé. Néanmoins, il constata avec plaisir au petit matin qu'il ne ressentait plus aucune douleur. Certes il devrait garder son pansement encore quelques heures le temps que son traitement fasse pleinement effet, mais il ne pouvait se départir d'une certaine satisfaction. Son intelligence et ses talents de sorcier lui avait permis de prendre le dessus, de surmonter les obstacles dressés devant lui.
La lumière de l'aube qui commençait à filtrer par la fenêtre lui rappela qu'il ne devait pas trop tarder. Cette année, il fallait qu'il se débrouille seul pour atteindre la gare de King's Cross. Il rangea soigneusement sa malle, avant de détruire le parchemin caché près de sa porte. Il ignorait s'il pourrait toujours pratiquer la magie dans cette maison, l'été prochain. Il valait mieux faire disparaître tout élément susceptible de l'incriminer.
Manquant de sommeil, il peina à descendre son coffre dans l'escalier, aussi ne remarqua-t-il pas immédiatement le bruit sourd qui émanait du rez-de-chaussée. Il dut attendre d'arriver en bas pour en découvrir la cause. Affalés sur les fauteuils du salon son père et monsieur Evans ronflaient de concert. Vu l'état de leurs vêtements, ils avaient fini la nuit ici.
Il entreprit de quitter la maison aussi discrètement que possible, mais si son bagage disposait d'un sort d'allègement, il n'en restait pas moins fort encombrant. Attentif à ne pas le cogner, il négligea de regarder où il mettait les pieds et finit par trébucher. Il se rattrapa de justesse, mais pas très silencieusement.
- Qu'est-ce que… Severus !
- Pardon pour le bruit, je ne voulais pas vous déranger.
- Ne t'inquiète pas, au contraire ! On est venus t'attendre pour te dire au revoir.
« C'est très aimable à vous. » Il sentait sa colère de la veille revenir, mais faute de baguette, il devait continuer à jouer la comédie. Surtout s'il comptait rester en contact avec la famille de Lily. « Hier je suis passé à la bibliothèque, et j'ai vu… »
« En plus on a une super nouvelle. Je te présente le nouveau régisseur du club ! » L'adulte ponctua ces mots en désignant triomphalement Tobias.
Un poste cumulant les fonctions de gardien de nuit et d'agent d'entretien. Voilà qui convenait parfaitement à son géniteur. Mieux valait acquiescer, pour pouvoir plus facilement en revenir au sujet qui l'intéressait. « Félicitation ! Sinon, j'ai croisé Petunia hier, à la bibliothèque. Elle semblait en forme. »
- … oui, Rose et les filles sont revenues mercredi. Elles ont bien profité des vacances, mais vous devez tous retourner à l'école. Je suis désolé, cette année, je ne peux pas t'emmener.
Il fallait se faire une raison, il n'en apprendrait pas plus. En même temps, si le père de son amie était resté dormir ici, ça en disait long sur l'ambiance chez lui. Autant changer d'angle d'attaque. « Ne vous inquiétez pas monsieur, je me suis organisé. J'ai trouvé le train et le bus à prendre pour me rendre à Londres. Vous voulez qu'on s'écrive, cette année aussi ? »
- Avec plaisir ! Mais envoie-moi plutôt tes lettres à mon travail. Et il faudra que tu me rappelles comment m'y prendre pour passer par la poste, le Royal Mail.
- Sans problème. Je vous mettrai toutes les explications dans mon premier courrier.
- Tobias, tu voudras lui écrire, toi aussi ?
Son père émit un grognement indistinct pour toute réponse. Severus décida de ne pas relever. Il choisirait lui-même un moment plus opportun.
- Fais-le comme tu le sens. Par contre, là, il faut vraiment que j'y aille.
- Pareil pour moi, Rose doit m'attendre…
- Tu veux que je t'accompagne un bout de chemin ? On s'arrêterait pour boire un café, histoire de s'éclaircir les idées.
La proposition de son père surprit Severus. Chez quelqu'un d'autre, ce serait passé pour une manifestation d'empathie, ou de tact. Ils se dirent au revoir à l'angle de l'impasse du Tisseur, mais au bout de quelques dizaines de mètres, il réalisa qu'il ne restait plus personne chez lui. Faisant demi-tour, il revint précipitamment sur ses pas.
À peine arrivé, il saisit la poudre de cheminette. Après plusieurs semaines passées à transplaner avec Dobby, il avait tendance à oublier les autres moyens de transport. Il émergea quelques instants plus tard dans le Chaudron Baveur. Pour la deuxième fois de la matinée, son intellect et ses capacités de sorcier venaient de lui permettre de trouver une solution à ses problèmes.
Comme lors de son passage au Chemin de Traverse, il importait cependant d'éviter une mauvaise rencontre. Mieux valait ne pas traîner. Au fond de son bagage, il piocha son sac de classe dans lequel il entassa rapidement une poignée d'objets. Après un instant de réflexion, il prit également une paire de mitaines en cuir. Il devrait porter sa malle à travers la ville, il préférait pouvoir assurer sa prise. Il enfila ses gants, empoigna son coffre et quitta les lieux sans plus attendre.
Au bout d'un moment, marcher dans les rues, produisit sur lui un effet apaisant un peu analogue à celui provoqué par le jogging. Il réussit enfin à prendre du recul vis-à-vis des informations apprises par l'intermédiaire de Petunia. Il avait promis à Lily de lui permettre de revenir à Poudlard, il tiendrait sa promesse. En attendant, il tâcherait de se tenir informé, en écrivant à monsieur Evans. S'il le fallait, il entrerait même en contact avec la fille aînée des Evans. L'objectif importait plus que le moyen pour y parvenir.
Rasséréné, il avisa le soleil qui commençait à s'élever dans le ciel. Il ne fallait pas qu'il tarde s'il voulait atteindre la gare à temps. Faute de baguette, il ne pouvait utiliser le magicobus. Par chance, préparer son trajet vers Londres l'avait familiarisé avec les transports en commun moldus. Il trouva sans trop de difficultés un arrêt de bus. Le contrôleur tiqua un peu en voyant son bagage, mais lui délivra sans rechigner un ticket, contre une bonne partie des livres sterling qui lui restaient.
Malgré quelques pérégrinations inutiles, il se retrouva face au pilier 9 3/4 bien avant l'heure du départ. Il brûlait d'envie de gagner le Poudlard Express, mais hésitait à rejoindre le monde sorcier en restant désarmé. Alors qu'il tergiversait, une exclamation le tira de ses réflexions. Levant la tête il vit madame Adams-Arès qui le contemplait l'air étonné.
- J'ai failli ne pas vous reconnaître, Severus.
De toute évidence, une petite crise de croissance combinée à des vêtements décents suffisaient à changer le regard qu'on posait sur vous. Pourquoi les gens s'attachaient-ils tant aux apparences ? Il creuserait le sujet plus tard. Pour le moment, il y avait plus urgent. Il ne lui fallut pas fouiller beaucoup dans son sac pour trouver ce qu'il cherchait.
- Bonjour madame, voici votre livre. Avez-vous ma baguette ?
- Je ne comprends toujours pas comment mon fils m'a convaincu de vous prêter cet ouvrage. Quand on pense à ce qu'il contient de sulfureux…
- Ça valait le coup, je vous assure ! Je n'ai pas fini d'échanger des lettres sur le sujet avec Arthur.
- Faites attention, quand-même. À une époque des enseignants indiscrets n'hésitaient pas à intercepter les correspondances, histoire d'y jeter un œil indiscret.
Cette annonce le fit se rembrunir. Nul doute que Dumbledore n'hésiterait pas à user sans vergogne de ce privilège. Il n'eut pas le temps de s'attarder sur cette contrariété.
- Severus, je crois que moi aussi, j'ai quelque chose qui vous appartient.
En voyant qu'elle lui tendait un objet emballé dans un vieux parchemin, il ne put retenir un tressaillement de joie. « Ma baguette ! »
Ils firent l'échange promptement, mais il lui restait encore un point à régler.
- Madame, vous avez fait énormément pour moi cet été. Permettez-moi de vous offrir cette potion odorante pour vous remercier.
- C'est trop gentil, il ne fallait pas ! Vous l'avez brassée vous-même ? Viviane m'a montré celles que vous lui aviez préparées. Je les trouve absolument remarquables. Elle vous le confirmera sûrement tout à l'heure, elle a insisté pour revenir ici après ses examens. Je crois qu'elle ne voulait pas laisser sa sœur toute seule dans le train. En même temps, ça lui permet de remplir les obligations…
- Excusez-moi, l'heure tourne. Je dois y aller, sinon, je risque de ne plus trouver que des compartiments bondés. Bonne journée.
Sans plus attendre, il tourna les talons. Viviane lui importait peu. Contrairement à sa sœur, elle ne lui avait pas écrit de l'été, tout comme Regulus. En franchissant le pilier, il s'autorisa un petit sourire. Il était de retour chez lui !
Si vous êtes parvenues à faire preuve d'empathie pour Tobias ou Petunia, alors je vous demande un peu d'indulgence pour Lily. Elle n'a pas eu une année facile, elle a décompressé à sa manière. Ceux qui n'ont jamais essayé de s'étourdir pendant les vacances peuvent lui jeter la première pierre, mais en tout cas ça ne viendra pas de moi.
