Je sais, je sais, d'habitude je publie durant le premier WE du mois, et là je suis en retard. Mais bon, la nuit n'est pas finie :-)
Comme d'habitude, merci à mes fidèles reviewers.
Paladin thorn, basiliskthebestsnake, katymyny chacune de vos phrases m'encourage à persévérer. Sur ce, profitez bien!


Contrairement à ce qu'il craignait, le train n'accueillait pas encore grand monde. Par contre, une foule assez nombreuse se tenait sur le quai, s'agglomérant en petits groupes. Beaucoup de gens tenaient un journal à la main, dont le contenu semblait les passionner.

Il s'agissait sûrement d'un événement aussi sensationnel que dénué d'intérêt qui les captivait. Peut-être la coupe du monde quiddich ? Dans ce domaine, les sorciers ne valaient pas mieux que les moldus avec le football. Aujourd'hui, cependant, il ne s'en plaignait pas, puisque ça jouait en sa faveur. Avisant un compartiment vide, il sortit une plume afin de tracer des runes sur la porte. Il ne pouvait pas courir le risque qu'on entre sans prévenir. Normalement il aurait utilisé un enchantement, mais il n'avait pas pratiqué ce genre de magie depuis deux mois.

S'étant assuré un peu de tranquillité, il tourna son attention vers le paquet que lui avait remis madame Adams-Arès. Il ôta avidement l'emballage, qu'il fourra dans sa poche, après quoi il resta un moment immobile, comme fasciné par l'objet qu'il venait de dégager. Il tenait enfin sa baguette dans ses mains, la sentant frissonner sous ses doigts. Il ouvrit son coffre, à la recherche de l'étui à fixer à son avant-bras. Quand il y introduisit la tige de bois, tous ses malheurs de l'été lui parurent brusquement bien lointains, comme un cauchemar qu'on oublie au réveil.

Pour parachever la transition, il entreprit d'enfiler une robe de cours, mais la première qu'il attrapa se révéla bien trop serrée. Il ne pensait pas avoir autant grandi en quelques mois. Par chance il avait acheté des vêtements chez madame Guipure quelques jours plus tôt. Une fois convenablement habillé, il tourna son attention vers ses anciennes tenues. Sur ce point-là aussi, l'avis de Tom s'était révélé pertinent. Il lui fallait des habits à sa taille, non pour des raisons esthétiques, mais pour disposer d'une facilité de mouvement indispensable quand on voulait lancer un enchantement ou brasser correctement.

En d'autres circonstances, un sort d'ajustement aurait suffi pour ce genre de problème. Mais aujourd'hui recourir à un enchantement allait s'avérer compliqué. Il ne s'était jamais séparé de sa baguette aussi longtemps. Lors des étés précédents, même s'il veillait à ne pas lancer de sort, il la maniait discrètement de temps à autres, pour conserver intacte sa dextérité. Il en allait différemment, cette fois-ci.

Avant tout, il importait qu'il évalue son niveau en pratiquant un sortilège simple. Il tendit la main vers ses bagages, mais rencontra immédiatement une première contrariété. Le pansement sur son nez l'empêchait de voir correctement ce qu'il faisait. Estimant que les remèdes avaient largement eu le temps de faire effet, il entreprit de dégager son visage malgré l'adhésif qui se prenait dans ses cheveux. Agacé, il les attacha sommairement en catogan, ce qui lui permit enfin d'enlever les bandages.

Satisfait, il décida de commencer par Wingwardum Leviosa prenant pour cible la plume utilisée précédemment pour les runes. Il constata rapidement, que cela ne marchait que s'il agissait lentement, afin d'effectuer les mouvements avec précision. Pour faire preuve d'efficacité, il devait restreindre sa vitesse. Inacceptable.

De même, quand il essaya de dégainer rapidement, sa baguette lui échappa carrément des mains. La première fois, il mit son échec sur le compte du départ un peu brusque du train, mais au fur-et-à-mesure que le paysage défilait par la fenêtre, les tentatives infructueuses se succédèrent les unes aux autres. Devant ces piètres résultats, il sentait peu à peu l'exaspération le gagner. Fort heureusement les leçons de son entraînement de boxe lui revinrent en mémoire. Pour surmonter ce genre de problème, la meilleure solution résidait dans la pratique intensive.

Il s'astreint à répéter les même mouvements, encore et encore, d'abord lentement, puis de plus en plus vite, pour retrouver de bonnes habitudes. Il commençait à constater quelques progrès, quand un choc soudain manqua le faire basculer. Le train venait de s'arrêter abruptement au milieu des voies.

En cinq années de scolarité, c'était la première fois que ça arrivait. Oubliant l'incident, il se concentra sur sa remise à niveau. Il venait de parvenir à ajuster ses vieux habits, quand les lumières du compartiment vacillèrent un instant, avant de s'éteindre brièvement. Elles se rallumèrent presque aussitôt, mais il remarqua que le Poudlard Express n'avait pas redémarré.

Les événements prenaient décidément une tournure des plus singulières. Autour de lui, il entendit les portes s'ouvrir pour laisser passer les élèves. Avait-il raté un ordre d'évacuation ? Précautionneusement, il lança un Ododrus. Rassuré par le résultat, il se décida à jeter un œil dans le couloir. À priori, personne ne semblait quitter le train. Les autres sorciers apparemment aussi perdus que lui, s'attroupaient comme sur le quai, afin de tenir des conciliabules à mi-voix.

Désormais sérieusement préoccupé, il décida de partir à la recherche d'informations. Toujours aussi peu à l'aise en société, il ne se mêla pas aux groupes d'étudiants, se contentant de tendre l'oreille quand il lui semblait entendre une conversation intéressante. Malheureusement, personne ne semblait connaître la cause de cet incident. Peut-être que les préfets en sauraient plus ?

Il prit la direction du wagon de tête, tout en vérifiant régulièrement qu'il ne détectait pas d'effluves dangereuses. Concentré, il ne prêtait guère attention à son environnement, aussi ne s'attendait-il pas à ce qu'on l'interpelle.

- Servilus ?

La surprise de son interlocuteur lui laissa le temps de déployer un bouclier. Malheureusement, sa chance, s'arrêta là et il se retrouva seul contre trois Maraudeurs dans l'espace confiné d'un couloir. En temps normal, la situation se serait déjà mal présentée, mais en l'occurrence sa maladresse rendait le combat quasiment sans espoir. Il ne lui restait plus qu'à utiliser les compétences acquises pendant l'été.

Au moment où il sentit sa baguette lui échapper sous l'effet d'un Expelliarmus, il s'écria : « Viens m'aider, Lily ! » Comme il s'y attendait, son exclamation ne déstabilisa qu'un seul des assaillants, mais cela lui suffisait. D'un bond, il fondit sur sa proie. Bien campé sur ses appuis, il déroula l'enchaînement qui lui avait si bien réussi la veille. Potter ne réussit même pas à arrêter le jab au visage, qui fit voler ses lunettes. L'uppercut à l'estomac le plia en deux si rapidement que le crochet à la tempe faillit rater son but.

Severus vit avec satisfaction le gryffondor tourner sur lui-même les yeux révulsés, avant de s'effondrer, entraînant Pettigrow dans sa chute. Néanmoins, il n'eut guère le temps de profiter du spectacle. L'instant d'après il se retrouvait plaqué contre une cloison, avec la pointe d'une baguette enfoncée dans le cou par un Sirius Black fou furieux.

- Tu vas payer Servilus. Pour ça, comme pour le reste.

- Tu es jaloux ? Lâche-moi et je t'offre le même traitement, c'est cadeau.

- Tu fais le malin, mais ça ne va pas durer. Tu n'imagines même pas l'enfer que j'ai vécu cet été à cause de toi. C'est l'heure de te présenter la note.

Au moins pendant qu'il parlait, l'aristocrate ne lançait pas de sortilège. Il fallait patienter, guetter une occasion. Cependant tant que son opposant ne relâchait pas sa prise, impossible de lui allonger un coup. Il importait néanmoins d'agir vite, avant que ses deux comparses ne le rejoignent.

Alors que le serpentard ouvrait la bouche pour lancer une nouvelle provocation, un ordre cingla l'air. « Lâche-le ! »

Sans même prendre la peine se retourner, le bellâtre lança par-dessus son épaule.

- Vous mêlez pas des affaires des Maraudeurs, si vous savez ce qui est bon pour vous.

- Tu me parles sur un autre ton, Black.

Cette réponse inattendue amena enfin le gryffondor à prêter attention à son interlocutrice. À quelques pas de lui, Viviane et Victoire, baguettes brandies n'attendaient visiblement qu'une bonne raison pour ouvrir les hostilités. Loin de lui faire perdre sa contenance, leur attitude sembla l'amuser.

- Je savais bien que vous ne pourriez pas résister à mon pouvoir d'attraction. Désolé, mais là il faut que je m'occupe de Servilus qui vient de s'en prendre à un préfet. D'ailleurs vous feriez bien de dégager avant que James ne se réveille et vous colle une retenue.

Severus jeta un coup d'œil aux deux élèves sur le sol. Pettigrow secouait frénétiquement Potter pour le réveiller. Effectivement, on distinguait sur la poitrine du pseudo-sportif un badge aisément reconnaissable. Cette constatation effara le serpentard, mais Viviane ne s'en laissa pas compter.

« Si tu faisais preuve d'un minimum de sens de l'observation, tu réaliserais que moi aussi je suis préfet » répliqua-t-elle en désignant son badge. « J'arrive sur les lieux et je constate qu'il y a deux élèves à terre, tandis que je te trouve, indemne, en train d'en agresser un troisième. De toute évidence tu les as attaqués par surprise. »

- Les Maraudeurs ne se battraient jamais entre eux ! Tu racontes vraiment n'importe quoi.

- Continue à m'insulter, et tu auras droit à ma première retenue de l'année, alors que j'ai vraiment autre chose à penser. Tant que le train ne bouge pas, il faut que je gère tous ces élèves inquiets. Lâche Severus et je te laisserai régler tranquillement les petites querelles avec les vauriens qui te servent de copains.

L'air méprisant, l'aristocrate s'apprêtait à répondre quand le Poudlard Express redémarra brusquement, arrachant un gémissement à Potter. Oubliant tout le reste, Black se précipita vers son ami auprès de qui Pettigrow redoublait d'efforts. Severus voulut reprendre le combat, mais, Viviane l'attrapa vivement par le bras. « Viens, il ne faut pas rester ici. »

Bon gré mal gré, il se laissa entraîner jusqu'à son compartiment. Il se demanda vaguement comment les sœurs Arès en connaissaient l'emplacement, mais il entendait d'abord régler une question plus urgente. « Pourquoi on est partis ? À trois contre trois, avec Potter assommé et le lèche-botte en train de le secouer, on ... »

- Potter est préfet, il se réveillait. Les choses allaient devenir compliquées.

- Toi aussi, tu es préfet.

- Tu crois qu'il se serait passé quoi ? Il vous aurait collé toi et Victoire, j'aurais rendu la pareille à Black et Pettigrow, et après on se serait mutuellement délivré des retenues. Sanctionner un préfet, nécessite l'intervention d'un professeur ou du directeur. Tu voulais vraiment que Dumbledore s'en mêle ?

À elle seule, l'idée d'une telle intervention suffit à calmer le serpentard. Avant même qu'il arrive à l'école, le vieux sorcier trouvait un moyen de lui pourrir la vie. Où était-il allé chercher l'idée de nommer le binoclard préfet ? Ce n'est pas parce que le gryffondor avait foncé vers le saule cogneur, qu'il avait brusquement acquis en maturité. Il s'agissait vraiment d'une décision aberrante. Même Lupin aurait constitué un meilleur choix. À ce rythme-là, Potter finirait préfet en chef dans deux ans.

Victoire le tira de ses réflexions désabusées.

- Je crois que j'ai quelque chose qui t'appartient.

- Ma baguette !

- Elle avait roulé par terre. Je l'ai récupérée pendant que ma sœur discutait avec Sirius Black.

Il récupéra l'objet prestement. Deux mois sans pouvoir la manier et il manquait la perdre quelques heures seulement après l'avoir récupérée. Malgré sa satisfaction, il ne rata pas le discret coup de coude que la petite Poufsouffle envoya à Viviane. Avec une réticence marquée, cette dernière prit la parole.

« Avec un Maraudeur qui passe préfet, les choses vont devenir compliquées pour toi. » Il pouvait difficilement prétendre le contraire. Le binoclard était capable de l'attaquer, puis de lui donner une retenue s'il se défendait. Il ouvrit la bouche pour maudire à nouveau le directeur, mais la serpentarde n'en avait pas fini. « On m'a aussi nommée préfet ce qui me donne les mêmes prérogatives que Potter. Tu n'ignores pas que moi et Victoire on a de bonnes raisons de lui en vouloir à lui et à son gang. Je te propose donc une alliance. On peut sûrement s'entraider, à condition de veiller sur nos intérêts respectifs. »

Cette idée le fit un peu tiquer. Il se serait attendu à ce que cette proposition vienne de Victoire. Si les membres de la maison jaune et noire ne juraient que par l'entraide et la solidarité, il ne comprenait pas ce qu'une serpentarde pouvait y gagner. Certes, Severus constituerait un atout en cas de bataille rangée, mais il ne voyait pas comment ils pourraient en arriver là. Non seulement ses nouvelles fonctions empêcheraient Black et sa bande de s'en prendre à elle, mais elles lui permettraient de protéger sa sœur.

Que pouvait-il apporter à une élève que son sang pur plaçait bien au-dessus de lui dans la hiérarchie des vert-et-argents ? Sauf … sauf que sa mère était née-moldue, ce qui faisait d'elle une sang-mêlée. Personne n'en avait connaissance, car elle portait le nom de son père, membre d'une vieille famille sorcière. Personne sauf lui.

S'il laissait filtrer l'information, elle perdrait son statut privilégié. Était-ce pour cela qu'elle lui faisait la tête depuis son passage au manoir des Arès ? Quelque part, il pouvait la comprendre, tout comme il pouvait comprendre qu'il serait stupide de vendre la mèche.

« C'est vrai que ça serait une bonne idée de s'allier. On pourrait continuer à étudier ensemble. » Ça lui permettrait de reprendre contact avec Regulus. « On se serrerait les coudes face aux Maraudeurs. Et les serpentards poseront un autre regard sur moi s'ils me voient passer du temps avec une sang-pure. » Le soulagement de la cinquième année ne lui échappa pas, mais il n'en avait pas terminé. « Sans compter qu'on reprendrait les sessions de duel. » Même s'il rechignait à l'admettre ses séjours au club lui avaient montré l'intérêt du sparring. « On a un accord ? »

- On a un accord.

Ils se serrèrent la main, et Victoire mit la sienne par-dessus. « C'est génial qu'on soit amis ! Comme ça, moi aussi, je vais apprendre à me défendre. »

- Tu es trop jeune pour …

- Arrête de jouer la grande sœur surprotectrice ! Severus a plein de choses utiles à nous enseigner. Il a quand même réussi à mettre James Potter hors d'état de nuire sans se servir de sa baguette.

L'évocation du récent combat ramena le jeune sorcier à des réalités plus immédiates. Finalement, il n'avait pas perdu son temps dans la salle d'entraînement pendant deux mois. Il chérirait longtemps le souvenir du binoclard tournoyant à travers le couloir avant de s'écrouler pitoyablement sur Pettigrow.

Instinctivement, il serra les poings. Les mitaines enfilées au Chaudron Baveur lui avaient protégé les mains, grâce à leurs runes. Il ferait mieux de les porter en permanence quand il sortirait de son dortoir. Par chance, il en possédait deux paires. Victoire l'interrompit dans sa réflexion.

- Le train a redémarré, Viviane va être moins occupée. On pourrait aller chercher nos affaires pour venir s'installer ici. Il vaut mieux qu'on reste groupés.

L'idée enthousiasmait peu le jeune sorcier qui tenait à sa tranquillité, mais la quatrième année venait de lui rappeler une question importante. « Vous ne sauriez pas par hasard pourquoi on s'est arrêtés ? »

- On a rien dit aux préfets, mais je parierais sur ce groupe de fanatiques qui fait beaucoup parler de lui depuis quelques semaines. Voldemort, leur chef semble les pousser à des actions de plus en plus violentes. Ils ont encore fait la une de la Gazette ce matin.

Alors c'était à cause des Mangemorts que les gens se regroupaient sur les quais tout à l'heure et que le Poudlard Express avait stoppé au milieu de nulle part ? Médiatiquement, c'était sûrement un succès, à en juger par les attroupements dans la gare. Pour le reste, il partageait le point de vue de Tom. Les coups d'éclat permettaient certainement de marquer les esprits, mais pas toujours dans le bon sens. Combien de sorciers effrayés allaient maintenant se tourner vers le Ministère ? D'un autre côté, pour avoir côtoyé les Aurors de bien trop prêt à son goût, il jetait un regard très mitigé sur les services de l'État. Tant leur efficacité que leur impartialité lui apparaissait plus que douteuse.

Au final, il tombait d'accord avec le carnet, mieux valait renvoyer les deux parties dos-à-dos. Penser à son ami le rendit un peu mélancolique, si bien qu'il perdit la notion du temps. Le bruit à sa porte le tira en sursaut de sa rêverie. Quelques mots échangés à travers la cloison lui assurèrent qu'il ne s'agissait pas d'un traquenard, mais quand il ouvrit, il tomba sur trois personnes.

John Lucas se trouvait avec les deux sœurs. À en juger par le bras passé autour de la taille de Viviane, sa petite amie lui avait manqué cet été.

« Severus, je crois que tu vas finir le trajet sans moi. » Il opina brièvement, contemplant avec circonspection les deux amoureux enlacés. Ce genre de démonstration ostentatoire le mettait toujours mal à l'aise.

« Il paraît que tu as collé une correction à Potter tout-à-l'heure ? Bien joué ! » Le compliment du septième année surprit Severus. Contrairement à ce qu'il craignait, il n'était pas le seul à se souvenir des événements de l'année dernière. « L'été t'a profité » ajouta son interlocuteur avant de fermer la porte.

Un peu agacé, il se interpella Victoire. « Décidément, vous attachez tous beaucoup d'importance aux apparences. »

Elle le regarda quelques instants, comme interdite, avant de se tourner vers la fenêtre. « Speculum Speculo ! » Sous l'effet de l'enchantement, le verre perdit sa transparence pour devenir un miroir. « Il y a tout de même un certain changement par rapport à la dernière fois, non ? »

Il jeta un rapide coup d'œil, puis un deuxième, doutant de sa première impression. Bien sûr au club de boxe, il avait souvent contemplé son reflet, mais il concentrait alors son attention sur les postures à prendre et les mouvements à exécuter. Ici, dans un autre environnement et en tenue de cours, les différences lui sautaient aux yeux.

Il se souvenait de sa crise de croissance, de ses vêtements trop étroits, mais il contemplait pour la première fois l'effet de ces changements, couplé avec le catogan. De plus, il avait clairement sous-estimé l'effet de la combinaison des potions médicales prises la veille. Non seulement son nez ne portait plus de trace de fracture, mais il se trouvait maintenant nettement redressé.

D'une manière un peu saugrenue, il se dit que s'il ne posséderait jamais l'allure de Black ou Potter, désormais leurs remarques désobligeantes l'atteindraient moins.

- Effectivement, maintenant que tu le dis, je discerne une petite évolution. Je comprends qu'on hésite, si on ne m'a pas vu depuis longtemps, quoique ça ne vous a pas trompées, toi et Victoire. D'ailleurs comment vous m'avez trouvé, juste au bon moment ? Et comment vous connaissiez l'emplacement de mon compartiment ? C'est comme si vous saviez où…

Saisi d'une inspiration subite, il fouilla dans ses poches pour y trouver l'emballage de sa baguette. Un simple regard lui suffit pour confirmer sa théorie.

- C'est le parchemin que j'avais donné à ta sœur pour le duel avec Black. Votre mère savait qu'il portait une rune de localisation ?

- C'est elle qui a eu l'idée. Elle redoutait ce qui se passerait dans le train avec James Potter comme préfet. Elle a obtenu qu'on nomme aussi Viviane, mais elle ne savait pas si elle pourrait t'avertir.

Ces nouvelles informations lui laissaient une impression mitigée. Il n'appréciait pas trop qu'on se soit joué de lui, mais il pouvait difficilement se plaindre du résultat. En tant que serpentard, quelque part il appréciait même l'habileté de la manœuvre de madame Adams-Arès à sa juste valeur. Malgré ses origines peu glorieuses, elle faisait honneur à la maison vert-et-argent.

Il en venait à se demander si elle ne se trouvait pas à l'origine de l'article de journal sur l'attaque de loup-garou ? Dans l'hypothèse où elle se méfiait de Dumbledore depuis longtemps, il s'agissait d'un bon moyen de s'assurer qu'il ne pourrait pas étouffer l'affaire. De toute façon il ne saurait sans doute jamais le fin mot de cette histoire, mieux valait en revenir à un objectif plus immédiat.

- Vous n'avez pas vu Régulus ? Il pourrait nous rejoindre.

Le visage de la poufsouffle s'altéra. « Il ne nous parle plus. Rien n'a changé depuis juin. »

Voilà qui s'avérait inattendu, Victoire semblait vraiment plaire au cadet des Black. Était-ce lié à son statut de sang-mêlée ? Kreatur avait côtoyé Viviane lors de la nuit fatidique. Severus restait persuadé que les elfes disposaient de sens différents de ceux des sorciers. La petite créature s'était peut-être avérée capable de découvrir le secret des deux sœurs, puis de le révéler à son maître.

- C'est dommage que …

« Au fait où est ton amie gryffondor ? D'habitude vous voyagez ensemble, non ? » Déstabilisé par la question, il jugea préférable de répondre évasivement, avant de changer de sujet.

La quatrième année et le serpentard passèrent le reste du trajet à parler de leur été. Si Viviane s'était plongée avec acharnement dans les révisions, aidée par Arthur, Victoire avait amplement profité de son temps libre. Outre l'exploration des passages secrets du manoir familial et plusieurs excursions plus ou moins clandestines hors du domaine, elle s'était arrangée pour lire à maintes reprises les lettres de Severus. Elle savait donc tout de ses activités sportives et voulait absolument qu'il lui apprenne la boxe. Il tergiversa, remettant à la chose à plus tard, une fois qu'ils auraient pris leurs marques auprès de leurs professeurs.

En attendant, la poufsouffle lui fournit quelques informations utiles. D'abord un préfet ne pouvait coller un élève que si ce dernier se trouvait dans son champ de vision, ce qui éviterait que Potter ne lui balance des retenues alors qu'il se trouvait encore dans son dortoir. Ensuite madame Adams-Arès recommandait de se méfier des portraits. Non seulement ils épiaient volontiers les habitants de Poudlard, mais le directeur pouvait leur demander de tout lui rapporter.

Voilà qui expliquait comment Dumbledore semblait savoir tout ce qui se passait dans le château. Pourquoi Tom ne lui en avait-il pas parlé ? Peut-être l'ignorait-il ? À son époque le vieux sorcier n'occupait encore qu'un poste de professeur, il ne pouvait pas se faire obéir des tableaux. Pour échapper à toutes ces indiscrétions, le cinquième année utiliserait la désillusion, comme il prévoyait déjà de faire avec les Maraudeurs. Il fallait juste espérer que ça le fatiguerait moins que l'année dernière.

À la réflexion, dans nombre de cas il lui importait surtout qu'on n'espionne pas sa conversation. Il décida de se remettre à travailler sur sa propre version d'un sortilège d'insonorisation histoire de s'assurer un minimum d'intimité.

Alors que le soleil commençait à se coucher, il se remémora sa précédente conversation avec Viviane dans le Poudlard Express. Heureusement qu'elle ne lui tenait pas rigueur de ses propos agressifs. À l'avenir, il faudrait qu'il garde le contrôle de ses émotions en présence des sœurs Arès. Tout comme leur mère, elles s'avéraient bien trop utiles pour qu'il prenne le risque de les offenser sans raison.

Peu avant l'entrée en gare, Viviane et John, quelque peu échevelés, vinrent les rejoindre. Ils finirent le trajet ensemble, ne se séparant que devant les tables du banquet.

Ce n'est qu'au moment de se coucher que Severus réalisa quel point important le tracassait inconsciemment depuis plusieurs heures. Avant son altercation avant les Maraudeurs, il avait lancé Odorus à de multiples reprises, sans rien déceler. Il n'était pas parvenu à les détecter.


Et oui, Severus a changé pendant l'été. L'influence de Tom a déclenché une cascade d'événements...
Sinon, Remus ne revenant pas, il fallait bien un préfet Gryffondor de cinquième année. Pour ceux que le choix de Dumbledore choquerait, je rappelle que dans les livres de JK, James Potter devient carrément Préfet en chef en septième année. Je me demande encore aujourd'hui comment on peut considérer Dumby comme le plus grand directeur que Poudlard ait connu... La taille peut-être?