Bonsoir à tous. En ce moment, je trouve que le rythme des parutions sur ce site s'essouffle un peu, alors j'ai décidé de montrer l'exemple :-). Voici donc un chapitre avec un peu d'avance.
Comme on est encore le 25 décembre et que c'est donc toujours Noël, sachez que j'ai glissé une allusion alambiquée à la filmographie du regretté Alan Rickman. Si quelqu'un la trouve, il y aura un chapitre supplémentaire début janvier. J'espère que comme ça, mes lecteurs me pardonneront une nouvelle note de bas de page.
Joyeux Noël! (et si vous êtes fans de Star Wars, regardez le Mandalorien. Il y a des fans qui en ont pleuré de joie ...)


Malgré les récriminations véhémentes de Potter, l'arbitre finit par leur accorder la victoire. Le règlement ne prohibait aucun des sortilèges qui protégeaient leurs gants, pas plus qu'il n'interdisait à un joueur de toucher volontairement un cognard, fut-ce avec son poing. La discussion dura néanmoins, une bonne vingtaine de minutes, sous le regard d'un public de moins en moins patient.

En tendant l'oreille, Severus réalisa que de nombreux murmures parcouraient les tribunes. Tout le monde ne gobait pas l'explication de John sur les sorciers dans l'Histoire. Plus d'un Sang-de-Bourbe devait avoir fait le lien avec la boxe moldue. Il devinait sans peine que cette information ne faisait pas que des heureux chez les serpentards.

Néanmoins les membres de sa maison gardèrent leurs réflexions pour eux. S'il y avait un problème, il se réglerait en privé. Hors de question de donner raison à un Gryffondor, a fortiori à un Maraudeur qui remettait en question leur succès au Quiddich.

Leur directeur de Maison resta muet également, tout en observant l'équipe d'un air pensif. Le Club de Slug compterait sûrement quelques invités supplémentaires, lors de sa prochaine réunion.

Malgré leur réussite, John tint absolument à faire le bilan du match. Il voulait qu'ils réalisent qu'il leur restait encore beaucoup de progrès à accomplir. Au moins, obtinrent-ils d'en discuter tout en regagnant leurs quartiers.

Quand ils franchirent l'entrée de la salle commune, ils demeurèrent un instant comme interdits. L'ensemble des Verts-et-argents semblait s'être rassemblé dans la pièce. Il y eut un silence qui sembla durer une éternité, jusqu'à ce que John lance à la cantonade : « On a gagné ! »

Tous reprirent en cœur, approuvant bruyamment, avant d'applaudir à tout rompre. Dans un vacarme assourdissant, on fit une haie d'honneur aux membres de l'équipe. Severus crut d'abord qu'ils allaient pouvoir rentrer dans leurs dortoirs, mais il n'avait pas l'habitude de ce genre d'événements : le passage dégagé par les élèves aboutissait à une série de tables accolées au mur, sur lesquelles on discernait une quantité respectable de nourriture et de boisson. De toute évidence, la soirée ne faisait que commencer.

- Avant qu'on fête dignement notre victoire, j'aimerais dire quelques mots.

Grimpé sur une chaise, leur capitaine les apostrophait.

- Ouais ! Bravo ! Vive John ! Que crèvent les blaireaux !

- Merci, merci ! Mais un peu de modération, je vous prie. N'accablons pas nos adversaires, ils ne pouvaient pas prévoir ce qui les attendait. On a gagné parce qu'on a une équipe du tonnerre. À commencer par Agnès qui a su cacher son jeu durant la majeure partie du match.

La gardienne grimpa à son tour sur une table pour saluer, captant instantanément l'attention du public. À moins que ce ne soit du fait de sa tenue bien trop courte. En tout cas, ça ne paraissait pas la gêner le moins du monde.

« Grâce à elle » reprit John « notre attrapeuse a pu placer sa botte secrète au moment décisif. Hourra pour Viviane ! »

La cinquième année resta au sol, mais reçut quand même sa part d'applaudissements. « C'était un travail d'équipe John. Tu as envoyé le cognard exactement comme prévu. Il faut rendre ses mérites à chacun. »

- Tout à fait. Et puisqu'on en est là. Je dois préciser quelque chose. Oui les sorciers ne se sont pas toujours servis de leur baguette, mais on l'avait un peu oublié. Celui grâce à qui nous pouvons aujourd'hui remettre cette tradition au goût du jour, c'est Severus Rogue !

Tous les regards se tournèrent vers le cinquième année qui regretta brusquement de ne pas disposer de la cape d'invisibilité de Potter. Heureusement, leur capitaine n'en avait pas fini.

- Je sais bien que certains d'entre vous sont sceptiques. Après tout, on parle de pratiques qui remontent à l'époque des fondateurs. Par chance, j'ai pu fouiller un peu dans les archives de l'école. Au XIXème siècle, Poudlard a accueilli parmi ses élèves Lord John Douglas qui a codifié les règles de cette technique (1). Malheureusement, elles se sont aussi diffusées chez les moldus, mais bon nous n'y pouvons rien si un sorcier s'avère tellement brillant que ses trouvailles se répandent au-delà de notre communauté. Regardez Merlin !

Il n'avait pas mentionné si ce John Douglas appartenait à une famille de sorciers. Dans le cas où il s'agirait d'un sang-de-bourbe, cela expliquerait la diffusion des règles jusqu'à Carbone-les-Mines. Viviane n'avait pas menti, en mentionnant l'art de la dialectique de son petit ami. D'ailleurs le capitaine prenait à nouveau la parole.

« Nos adversaires ont vu notre force aujourd'hui. Dites-vous que ça ne fait que commencer. Ils peuvent craindre notre équipe de Quiddich, ils peuvent nous redouter ! Qu'ils craignent les poings des Serpentards ! »

« QU'ILS CRAIGNENT LES POINGS DES SERPENTARDS ! » reprirent les élèves en chœur, applaudissant à nouveau.

À peine John descendu de sa chaise, Viviane se jeta à son cou. Ils s'étreignirent longuement, indifférents aux convives. Un peu gêné, Severus détourna le regard, mais ce fut pour tomber sur Agnès. Toujours perchée sur une table, elle ondulait au rythme d'une musique jouée par d'invisibles instruments. Nombre de membres de la gent masculine n'en perdaient visiblement pas une miette. Il devait reconnaître qu'elle savait bouger son corps… Le jeune sorcier décida qu'il se sentait fatigué, il valait mieux qu'il aille se coucher.

Malheureusement pour rejoindre son dortoir, il lui fallait d'abord traverser la pièce. Les nombreux convives l'obligèrent à faire des détours qui l'amenèrent devant le buffet. Il y avisa des verres totalement embués.

Surpris, il en attrapa un qu'il garda quelques instants en main sans qu'il se réchauffe. Il se souvint que Magie Ménagère mentionnait des enchantements permettant qu'un objet reste froid. Il tenait une piste pour distiller, sans attendre de disposer d'un alambic. S'il parvenait à transposer …

- Quand on veut boire, on utilise plutôt sa bouche que ses yeux, Severus.

Levant la tête en sursaut, il dévisagea Agnès. De toute évidence, elle était descendue de sa table. En même temps, il pouvait la comprendre. Après le match éprouvant de cet après-midi, il ne voyait pas où elle trouvait l'énergie pour continuer à bouger. Elle accusait quand même le coup. Ses vêtements humides de transpiration lui collaient à la peau. Il n'allait pas fort non plus, ses pensées dérivaient. Il fallait qu'il se concentre.

- Je crois que j'ai une idée pour une nouvelle technique de brassage.

« Ça semble l'air très intéressant, mais il n'y a pas que les potions dans la vie, tu sais » l'admonesta-t-elle gentiment. « La soirée ne fait que commencer. Tu ne veux pas danser ? »

Se donner en spectacle devant tout le monde ? L'idée seule suffit à le faire frissonner.

- Bonne nuit.

- Tant pis. Une autre fois peut-être ?

Il fit un vague signe de tête avant de prendre la direction des dortoirs.

Dans les jours qui suivirent, il remarqua que les effets de leur victoire dépassaient largement le domaine sportif. Les Gryffondors ne pouvant invoquer le respect du règlement voulurent déplacer le débat. À les en croire, seule l'épée brandie par le fondateur de leur maison constituait une alternative honorable à la baguette magique. Les Serpentards répliquèrent en lançant une rumeur selon laquelle, lors d'une dispute, Salazar avait assommé Godric à mains nues. Traumatisé, ce dernier était allé supplier les Gobelins de lui fabriquer une arme. Les dénégations scandalisées de Black et sa bande firent les délices de l'école des jours durant.

Le discours de John laissa également des traces. Beaucoup des élèves qui se trouvaient dans la salle commune ce soir-là prirent peu à peu l'habitude de porter des mitaines. En se croisant dans les couloirs, ils commencèrent à se saluer en les exhibant, avant de déclamer des expressions bizarres. Cela commença sans surprise avec « Qu'ils craignent les poings des Serpentards », mais d'autres phrases mystérieuses comme « Par le grand marteau de Grabtar » vinrent la concurrencer. Au final ce fut « Par le poing de Salazar ! », une variante de l'original, qui finit par s'imposer pour résonner bruyamment dans les corridors.

Severus observa ces péripéties avec détachement. Depuis leur victoire, il se focalisait sur l'idée qui lui était venue. Un soir, il disposa au-dessus du chaudron fourni par les elfes, une large lame métallique installée de biais. À l'aide des enchantements trouvés dans Potions pour la maison, il la refroidit avant de mettre des fleurs dans le récipient inférieur.

Malgré la précarité du système, les vapeurs dégagées par la chaleur vinrent, comme il l'espérait, se déposer sur la plaque, du fait de sa plus faible température. Il ne lui resta plus qu'à placer une bassine en bas de son dispositif, pour récupérer la condensation. Il ne s'agissait que d'un pis-aller en attendant de recevoir le matériel commandé grâce à Arthur, mais il en tira une grande satisfaction. Ce succès, cette capacité à obtenir de nouveaux composés, il ne les devait qu'à sa capacité de raisonnement.

Si seulement il pouvait partager sa réussite avec Tom ! En ce moment, ses efforts pour retrouver le journal se trouvaient au point mort. Il ne maîtrisait pas assez la légilimancie, pour trouver à coup sûr des informations intéressantes dans l'esprit d'un Maraudeur. Disposer d'un peu de temps ou orienter la conversation au préalable améliorerait ses chances, mais Potter et son gang ne lui accorderaient sûrement pas cette faveur. Dès qu'ils le verraient, les sortilèges fuseraient. Il s'attacha cependant à pratiquer la magie de l'esprit sans sa baguette, histoire de ne pas rater une hypothétique opportunité.

En attendant, il comptait bien profiter de ses nouveaux succès expérimentaux. Le jour de la sortie à Pré-au-Lard, il se joignit au flux des élèves, tout en veillant à rester en retrait des différents groupes. Peu de gens lui prêtèrent attention, le « noble art » de John Douglas occupait la plupart des conversations. Nul doute que, lors des prochains matches de Quiddich, toutes les équipes comporteraient des joueurs sachant boxer. Mais les Serpentards pourraient toujours compter sur leur capitaine. John avait prouvé sa capacité à concevoir des stratégies aussi inattendues qu'efficaces.

Annulant son léger sortilège de désillusion, il rentra dans la taverne. Située dans une rue latérale, La tête de sanglier n'attirait guère les étudiants, ce qui lui convenait tout à fait. Le tenancier le dévisagea quand il entra. Le Serpentard se sentit mal à l'aise sous ce regard perçant qui lui rappelait vaguement quelqu'un, mais il se reprit vite. Ajustant ses boucliers d'occlumancie, il alla s'asseoir à une table, à l'écart, commanda une Bièraubeurre et commença à attendre.

Viviane ne tarda pas à le rejoindre. « Tu as tout ce qu'il te faut ? »

- J'ai bien garni mon sac, ne t'inquiète pas. Et de ton côté ?

« Notre première cliente, doit arriver à son point de rendez-vous d'ici quelques minutes. Je vais aller la chercher. » Dès qu'elle fut partie, il tira de sa sacoche une demi-douzaine d'éprouvettes, ainsi qu'une liasse de parchemins. À son retour son alliée jeta sur les objets un œil approbateur, alors que Alice, qui l'accompagnait, regardait sans comprendre.

- Vous avez fait attention pour venir ?

- Oui, oui, ne t'inquiète pas.

- Je ne comprends toujours pas pourquoi on prend autant de précautions.

- Ma chère, il se trouve que certaines personnes n'apprécient guère notre petit commerce. Dans ces conditions autant ne pas attirer l'attention.

- Par certaines personnes vous voulez dire des professeurs ?

La Gryffondor manquait toujours autant de subtilité.

- Exactement. Mais leur autorité s'arrête aux limites de Poudlard. Comme nous nous situons dans le village, le problème ne se pose donc pas. Cependant, on préférerait éviter qu'ils l'apprennent. Tu ne dois pas parler de notre rencontre, ni à lui, ni aux autres élèves, à commencer par le gang de Potter ! On est bien d'accord ? Si ça te pose un souci, tu nous le dis maintenant, et on en restera là.

- Vous plaisantez ? Il me faut absolument un parfum pour mes rendez-vous avec Franck.

Elle se lança dans une grande tirade afin d'expliquer pourquoi il importait qu'elle se présente sous son meilleur jour. À l'en croire son petit ami réunissait toutes les vertus possibles et imaginables. Severus fit de son mieux pour se montrer diplomate mais au bout de quelques minutes, n'y tenant plus, il finit par l'interrompre.

- Tu sembles tout à fait décidée. Tu es sûre de toi ? Tu peux encore changer d'avis ou demander conseil à un adulte.

L'expression dégoûtée de l'étudiante lui confirma ce que Viviane lui avait assuré. Bien peu d'adolescentes envisageraient sérieusement de mêler à leurs affaires de cœur une personne extérieure, surtout plus âgée.

- Bien. Vu ce qu'on t'a raconté tout à l'heure, tu comprends que je ne peux plus brasser de potion personnalisée. Par chance, je disposais d'un stock tout prêt, quoique moins diversifié. Tu vois devant toi des échantillons numérotés de ce que j'ai à te proposer. Il te suffit de les humer et de me dire s'il y en a un qui te plaît.

Il lui tendit un parchemin. « Ensuite, tu notes ton nom ainsi que le chiffre du flacon qui t'intéresse. Si tu verses une avance maintenant, on te livre lors de la prochaine sortie à Pré-au-Lard. »

- Ce ne serait pas possible d'aller plus vite ?

- Aujourd'hui, je n'ai pris que les échantillons avec moi. Hors de question de te remettre quoi que ce soit dans l'école, on ne s'amusera pas à transgresser la volonté du corps enseignant.

La Gryffondor fit contre mauvaise fortune bon cœur inscrivant les informations demandées, avant de leur remettre un gallion, puis de cliquer les lieux.

Les deux étudiants réitérèrent l'opération, une dizaine de fois durant l'après-midi, toujours de la même manière et avec le même succès. Parmi les élèves, comme convenu pas d'autres gryffondors, mais les trois maisons restantes se trouvèrent équitablement représentées. Toujours aussi peu à l'aise avec les étrangers, Severus vit arriver sans déplaisir la fin de la journée. Sa comparse poussa également un soupir de soulagement.

« Ouf, on est dans les temps ! Tu m'excuses, mais je vais me dépêcher de partir. John et Agnès ont bien voulu occuper Victoire aujourd'hui, alors je ne veux pas abuser de leur bonne volonté. » Elle persistait à vouloir tenir sa sœur à l'écart. Cela ne s'avérerait pas possible éternellement, mais elle n'était visiblement pas encore prête à l'accepter.

De toute façon, ils avaient d'autres préoccupations plus urgentes. Dès le lundi suivant, Viviane lui fit discrètement signe. « Dumbledore veut me voir immédiatement. »

Ni l'un, ni l'autre ne marquèrent d'émotions particulières. Ils s'attendaient à cette convocation. De même, quand ils franchirent la porte du bureau, l'odeur épouvantable qui leur sauta aux narines ne les surprit pas. De concert, ils portèrent un mouchoir à leur visage, avant de s'écrier en chœur : « Quelle puanteur ! »

Ils récoltèrent des regards plus que mitigés de la part des personnes déjà présentes. Il s'agissait de Black, Potter et du directeur, les mêmes protagonistes que la dernière fois, auxquels s'ajoutait une nouvelle venue, de qui émanaient d'infâmes relents.

Avec surprise, Severus reconnut une des Serredaigles rencontrées à la Tête de Sanglier. Il s'était attendu à trouver Alice.

- C'est à ce sujet que je voulais justement vous voir, mademoiselle Arès. Mais je n'avais requis que votre présence.

Dumbledore lui, ne semblait guère incommodé par les remugles. Au moins, il ne perdait pas de temps.

« Severus souhaitait également vous voir, monsieur. En tant que préfet, j'ai jugé pertinent de profiter de l'occasion. » Ils avaient préparé leur argumentation avec soin. Désormais, hors de question que l'un d'eux se retrouve seul face au vieux sorcier.

- De toute façon, vu les personnes présentes, ce n'est peut-être pas une mauvaise chose que nous soyons là tous les deux. Votre convocation aurait-elle un lien avec la précédente ?

- En effet. Monsieur Potter, en tant que préfet, m'a rapporté des éléments préoccupants. Non seulement, il semble que vous persévériez dans votre commerce illicite, mais en plus mademoiselle Brown a incontestablement eu à souffrir de vos agissements.

Severus voulut répliquer, mais son alliée la devança. « Pamela, c'est toi ? Tu sens tellement mauvais que je t'ai prise pour un inferi. »

- Je vous prierai de garder pour vous vos remarques désobligeantes. Mademoiselle Brown affirme que c'est à vous qu'elle doit sa condition actuelle.

- Je ne vois pas pourquoi elle croit ça. Enfin, sauf si elle n'a pas respecté notre accord.

- De quoi parlez-vous ?

- De la transaction effectuée ce week-end, quand elle nous a acheté un philtre.

- Vous reconnaissez continuiez à vous livrer à un trafic ?

C'était le moment de jouer leur botte secrète.

- Quel trafic ? Nous lui avons proposé les produits d'une société tout ce qu'il y a de plus officielle : Les foisonnants filtres fabuleux. Vous pouvez en vérifier l'existence auprès du ministère.

- Je vous avais dit de cesser ce genre d'activités.

- Et nous vous avons scrupuleusement obéi, monsieur le directeur. Nous respectons trop l'autorité que vous exercez sur l'école… C'est pour cela que la transaction avec Brown s'est effectuée hors de cette enceinte, à Pré-au-Lard.

Le Serpentard savourait ce moment qu'il préparait avec Viviane, depuis un certain temps. Jusque-là tout se déroulait comme prévu.

- Monsieur Rogue, en admettant que vous ayez bien agi pour le compte d'une entreprise, cela ne vous donnait pas le doit pour autant de jeter un sortilège à une élève.

- Mais Severus n'a rien lancé, nous avons passé un contrat magique avec une cliente. Avant de lui proposer nos produits, nous avons expressément posé des conditions. Elle s'est engagé à les respecter, elle n'a pas tenu sa promesse, cela entraîne des conséquences.

Les deux Vert-et-argents jetèrent un regard méprisant à la Serredaigle. Pas de pitié pour une traîtresse, surtout assez stupide pour croire qu'elle pourrait tromper des Serpents deux fois de la même manière. L'étudiant se recroquevilla dans un coin, comme si elle voulait disparaître. Black et Potter malgré leur air bravache n'avaient toujours pas ouvert la bouche. Ils ne devaient pas en mener large non plus, face à des événements qui prenaient une tournure inattendue. Le droit sorcier les inspiraient sûrement moins que le Quiddich ou leurs farces stupides.

Il en allait cependant différemment pour Dumbledore. « Vous avez fait signer un contrat magique par une élève, à son insu ? Il s'agit d'un acte grave. »

- Nous lui avons proposé de se faire assister d'un adulte, ce qu'elle a refusé. Avant qu'elle n'accepte d'écrire quoique ce soit, nous avons également clairement formulé nos demandes. Néanmoins, il ne s'agit pas d'une situation définitive. Si elle nous adresse une lettre où elle reconnaît avoir transgressé ses engagements, nous la rembourserons, ce qui annulera le contrat. Cependant, si sa famille veut se plaindre, elle peut s'adresser à la représentante légale des propriétaires des foisonnants filtres fabuleux. Il s'agit de ma mère.

- D'ailleurs madame Adams-Arès vous enverra peut-être un courrier, monsieur. Voyez-vous, elle a récemment eu la curiosité de parcourir le règlement de Poudlard, et elle s'est rendu compte que le directeur de l'école peut, lui aussi faire passer des contrats magiques aux élèves, et ce sans même leur faire signer quoi que ce soit. Bien évidemment, elle ne peut imaginer que vous vous livriez à ce genre de pratiques… Cependant, en tant que juriste, elle se demande si en votre présence, les étudiants ne devraient pas automatiquement bénéficier de l'assistance d'un adulte de leur choix. Elle hésite encore à contacter le conseil des gouverneurs à ce sujet, car elle manque de temps, mais elle y réfléchit.

Tout leur plan aboutissait à ce moment, même si visiblement les Maraudeurs ne comprenaient rien à ce qui se passait sous leurs yeux. Severus espérait que le message quoique implicite était clair : si le vieux sorcier ne les laissait pas tous les deux tranquilles, ils demanderaient l'intervention de madame Adams-Arès, ce qui risquait de s'avérer dommageable pour tout le monde.

Leur stratégie s'avéra payante. Effectivement, Dumbledore se contenta de les admonester un moment, avant de leur donner congé. Pour un Gryffondor, il faisait preuve d'une capacité d'adaptation digne d'un Serpentard. S'il conseillait à Brown de leur écrire pour annuler le contrat les choses en resteraient là. Avec un peu de chance, ils n'auraient plus à subir de convocations. Le cinquième année aurait voulu en faire plus, mais la mère de Viviane lui avait rappelé le rapport de force. Face à un des magiciens les plus puissants du pays, il valait mieux choisir soigneusement ses batailles. De toute façon, son Tom intérieur lui murmurait que ce n'était que partie remise. Il trouverait une occasion de régler ses comptes.

En descendant l'escalier menant à la gargouille, si lui et Viviane ne dirent mot, ils ne purent s'empêcher de partager un sourire complice. Une expression qui disparut immédiatement de leur visage, quand ils débouchèrent dans le couloir. À quelques pas d'eux Victoire les attendait, les traits marqués par l'inquiétude.


1 : John Sholto Douglas, 9e marquis de Queensberry (1844 - 1900), est un aristocrate écossais connu pour avoir donné son nom aux « règles du Marquis de Queensberry » qui formèrent la base de la boxe anglaise moderne.