D'abord, merci à katymyny, Fiona, basilik, Paladin et Quetsche pour leurs revues. C'est ce que vous m'avez écrit qui m'a donné envie de publier ce chapitre! Je ne rédige malheureusement pas assez vite pour me permettre ce luxe très souvent :-(, mais vous lire m'a motivé :-)
Pour info le regretté Alan Rickman a joué dans un film intiulé Galaxy Quest, un hommage à Star Trek et à ses fans. Il y incarne un acteur qui en a assez qu'on le confonde avec son personnage (un peu comme Léonard Nimoy et Spock) Il faut le voir, lors d'une convention de SF, jeter des regards excédés à des fans habillés comme lui qui lui lancent tous sa réplique culte ... "Par le grand marteau de Grabtar!" (je ne suis pas peu fier d'avoir réussi à caser la phrase dans le chapitre précédent )
- Qu'est-ce qui se passe ?
- Tout va bien, sœurette, ne t'inquiète pas.
- Ne prends pas ce ton condescendant avec moi. Le directeur vient de vous convoquer pour la deuxième fois. Ne crois pas non plus que je n'ai pas compris votre manège à Pré-au-Lard : John et Agnès ont fait de leur mieux pour me distraire cette fois encore, mais j'ai bien remarqué que tu t'éclipsais. Vous me cachez des choses. S'il y a un problème, je veux savoir.
- Tu es trop jeune pour …
- Arrête avec ça ! Puisque tu ne veux rien me dire, je vais écrire à maman. Et si personne ne me répond, je demanderai au directeur, et même aux Maraudeurs s'il le faut !
« Si je peux me permettre, il serait peut-être préférable de continuer cette discussion ailleurs » Vu la tournure que prenait la conversation, Severus estimait préférable d'intervenir. « À Poudlard, les murs ont des oreilles. » Ajouta-t-il en jetant un regard en biais vers les portraits accrochés aux parois.
Comme Viviane ne paraissait guère convaincue, il se rapprocha d'elle. « Et si Dumbledore la reçoit seul dans son bureau et lui fait passer un contrat ? » Questionna-t-il à mi-voix.
L'idée fit blêmir la cinquième année. « Il n'oserait pas. Il sait… »
« Tu es prête à prendre le risque ? »
Elle pesa rapidement le pour et le contre, avant de soupirer. « Trouvons une salle vide. » Une fois à l'abri d'une pièce dûment sécurisée, elle entreprit de résumer les derniers événements.
À la fin du récit, Severus se sentit obligé de préciser : « C'est mon entraînement de cet été qui m'a donné l'idée de l'odeur. Comme ça, on a pu repérer facilement la coupable et ça ne laissera pas de séquelles. » Son Tom intérieur lui murmurait que ses arguments ressemblaient beaucoup à des justifications, destinées à ne pas heurter la sensibilité de la petite Poufsouffle. Une crainte infondée
- Elle a trahi votre confiance, elle n'a que ce qu'elle mérite.
Il avait oublié l'importance que les blaireaux attachaient à la loyauté.
« Ce n'est peut-être pas totalement de sa faute, on pense que Sirius Black lui a fait un numéro de charme pour la convaincre de tout lui raconter. » De la part du Gryffondor, ça dénotait au moins un peu d'habileté. Finalement, il ne pouvait pas totalement renier sa famille de serpentards.
Tout cela échappait sûrement à la Jaune-et-noir, qu'un autre point préoccupait bien plus.
- Dumbledore peut faire passer des contrats magiques à des élèves à leur insu ? C'est inadmissible.
- Désormais, il devrait se refréner avec nous. Sinon, il risque de devoir accepter la présence d'un adulte chaque fois qu'il convoque quelqu'un.
- Ça devrait même être obligatoire !
- On en a parlé avec maman. Si elle saisit le conseil des gouverneurs, on perd le seul moyen de pression qu'on a pu trouver et on ouvre les hostilités.
Le machiavélisme du raisonnement ne convainquait visiblement pas la quatrième année. Severus jugea à nouveau opportun de s'en mêler.
- Si on rentre en conflit ouvert avec Dumbledore, ça impliquera aussi votre mère. Elle pourra sans doute convaincre les gouverneurs, mais il ne va pas apprécier et il dispose d'une influence considérable. Imagine qu'elle perde son travail...
Il valait mieux faire appel au sens de la responsabilité d'une Poufsouffle, qu'à son pragmatisme, et en effet, elle passa à autre chose.
- Vous êtes allés voir maman, quand ?
- Le mois précédent, lors de la sortie à Pré-au-Lard, ta sœur a appelé Ziggy qui nous a fait transplaner au manoir.
Il ne prit pas la peine de détailler la conversation qui avait alors eu lieu. Madame Adams-Arès posait un regard sans concession sur le vieux sorcier qui dirigeait Poudlard : un être dissimulant derrière son apparente bonhomie, une intelligence supérieure et une puissance redoutable. Sans doute quelqu'un avec de bonnes intentions mais que la plupart des gens adulaient trop pour remettre ses décisions en doute. Résultat : il tendait à ne plus écouter aucun avis, n'en faisait qu'à sa tête, cloisonnait l'information et, quand il déléguait, ne fournissait que les explications qu'il estimait strictement nécessaires. Pour ne rien arranger, il s'occupait peu des choses qu'il ne jugeait pas prioritaires, sans renoncer pour autant à ses prérogatives. Par chance pour eux, Poudlard entrait dans cette catégorie en ce moment : gérer l'école devait lui apparaître moins important que lutter contre Lord Voldemort. Dans ces conditions, on pouvait essayer de lui faire accepter certains compromis sans l'affronter directement.
Madame Adams-Arès, Viviane et Severus comprenaient parfaitement ce genre de choses : tous trois répartis à Serpentard, le sens de l'intrigue leur venait spontanément. Ignorant comment Victoire réagirait, ils avaient préféré la tenir à l'écart dans un premier temps. Elle sembla bien prendre la chose, puisqu'elle changea à nouveau de sujet.
- Vous travaillez vraiment pour une entreprise ?
« Pas tout à fait, en réalité, on s'est associés avec Severus pour fonder les Foisonnants filtres fabuleux. Il nous apporte son savoir-faire, on fournit le laboratoire. » Le serpentard n'avait pas encore dix-sept ans, mais cela importait peu aux gobelins qui avaient formalisé leur accord. « On en est qu'au démarrage, on manque encore de capitaux. Maman prospecte discrètement parmi les collègues qui la complimentent sur son nouveau parfum. Plusieurs ont déjà passé des commandes. »
- Ça veut dire que désormais, Severus ira brasser chez nous, au lieu d'aller à Pré-au-Lard ?
- Il a fait comme ça le mois dernier, mais on a trouvé une autre solution. D'ailleurs ce sont des philtres de senteur, pas des potions odorantes. Maman a bien insisté là-dessus : seul un maître des potions peut vendre ses créations. Par contre, la réglementation est bien plus souple pour les philtres.
- Ça ne me dit pas qui va les confectionner.
- Tu ne devines pas ? C'est pourtant évident… Arthur !
- Notre frère ?
- Tu en connais un autre ? Quand on est allés au manoir, Severus lui a remis une série de recettes qu'il avait améliorées. Il a déjà dû commencer.
- Ça ne le dérange pas de devoir venir de Cambridge à chaque fois ?
- Tu plaisantes ? Il est ravi ! D'abord c'est Ziggy qui va le chercher, ce qui fait qu'il ne perd pas de temps. Ensuite tu sais bien qu'il aime brasser, même s'il préfère l'arithmantique. Ses potions perdent leur efficacité un peu plus vite que les nôtres, mais il a décidé d'en préparer tous les weekends. Il parlait même d'arrêter l'université pour ne faire que ça, mais maman a mis le holà.
Madame Adams-Arès avait clairement posé des limites. En tant qu'employée du ministère, elle ne se transformerait pas en représentante commerciale et en tant qu'étudiant, son fils limiterait son activité en laboratoire. Une fois son diplôme en poche, le cracmol pourrait passer tout le temps qu'il voulait devant un chaudron, mais en attendant, il importait qu'il ne néglige pas ses études.
- Nous aussi, maman veut qu'on se focalise sur nos BUSES. Dès le début de l'année prochaine, plus question de rentrer en douce. Par contre, pas de souci pendant les vacances. Vers Noël, tu risques de voir beaucoup Severus chez nous.
Le jeune sorcier avait saisi l'occasion. Il comptait bien en profiter pour éplucher le livre sur l'arithmancie des créatures magiques, sans oublier de glaner auprès de madame Adams-Arès quelques renseignements sur le divorce de ses parents. Peut-être même ferait-il un saut à Carbone-les-Mines ? Si les relations avec son père restaient distantes, se résumant à quelques lignes au bas des courriers de monsieur Evans, ce dernier, par contre, lui écrivait régulièrement. Dans ces conditions, pourquoi ne pas passer lui remettre un cadeau et en profiter pour prendre des nouvelles de Lily ?
Il remit ces projets à plus tard, pour l'heure, il avait d'autres priorités. Accueillant avec enthousiasme, l'idée qu'il vienne chez eux fin décembre, Victoire entreprit sur le champ de faire la publicité de leur société. Ils durent rapidement lui demander de modérer ses efforts, pour ne pas sembler provoquer Dumbledore.
De toute façon ils n'eurent guère besoin de faire de réclame. La rumeur des mésaventures de Brown se répandit comme une traînée de poudre à travers l'école. La Serredaigle essaya bien d'éteindre l'incendie en leur écrivant une lettre selon les termes convenus, mais cela ne marcha qu'à moitié. Certes, une fois remboursée, elle perdit son épouvantable odeur, mais elle garda une exécrable réputation jusqu'au sein de sa propre Maison. Les Poufsouffles la prirent en grippe à cause de sa trahison et les Serpentards la méprisèrent pour sa pathétique tentative de ruse. Seuls les Gryffondors essayèrent de la défendre, même si cela n'empêcha pas de nombreuses étudiantes Rouge-et-ors de les contacter pour acheter des philtres de senteur.
S'ils ne faisaient plus aucune distinction parmi leurs clientes, ils ne traitaient avec aucune d'entre elles dans l'enceinte de l'école. Ils ne manquaient pas non plus de rappeler qu'une transaction impliquait des engagements à ne pas transgresser… Par contre celles qui promettaient de ne pas sortir avec Sirius Black au cour des prochains mois, pouvaient bénéficier d'une réduction.
Severus n'avait pas eu de mal à convaincre Viviane et sa mère de rajouter cette condition, ni l'une ni l'autre n'ayant oublié l'agression de Victoire. Le Serpentard poursuivait lui un autre objectif. Il entendait provoquer les Maraudeurs pour enfin parvenir à les pousser à la faute.
En effet, dès que la rumeur du rabais se propagea, le gang le prit à nouveau en chasse. Le binoclard semblait avoir compris que ses prérogatives de préfet ne lui serviraient à rien, et en revenait à ses mauvaises habitudes. À plusieurs reprises, le serpentard manqua tomber dans une embuscade. À l'abri de la cape d'invisibilité, les racailles pensaient pouvoir l'attaquer par surprise, mais ils ignoraient son atout caché.
Comme il disposait d'un échantillon de la nouvelle odeur de Black, il parvenait à les détecter à temps. Néanmoins, il ne comprenait toujours pas pourquoi le gryffondor n'émettait plus les mêmes effluves, et le mystère ne faisait que s'épaissir : par moment les remugles tendaient même à disparaître complètement pour réapparaître brusquement un peu plus tard.
La résolution de cette énigme devrait attendre. Si les petites brutes essayaient toujours de lui envoyer des sorts dès qu'ils le voyaient, ils commencèrent cependant à s'adapter, se mettant à le suivre le soir, quand il se rendait à son laboratoire. Ils avaient dû remarquer qu'à ce moment il se déplaçait seul et voulaient sûrement en profiter.
Pour ne pas trop se fatiguer avec la désillusion, il revint à une vieille idée et mit au point une nouvelle version du sortilège de Sonorus destiné non pas à amplifier sa voix, mais à la modifier. Avec ce nouvel outil, il entreprit d'imiter les intonations de différent professeurs afin de distraire le gang assez longtemps pour pouvoir s'éclipser discrètement. Il réalisa cependant assez vite qu'il lui faudrait également mémoriser les odeurs des enseignants afin de les localiser assez précisément. Sans cela, il finirait par commettre une erreur qui dévoilerait la supercherie.
Son stratagème lui assura néanmoins un peu de répit. Sans doute frustrés, les Maraudeurs finirent par s'embusquer pour découvrir où il allait. S'il parvenait toujours à les semer, il réalisa qu'ils se rapprochaient de plus en plus de son laboratoire. Pour le moment, heureusement, il parvenait encore à travailler sans courir trop de dangers. Ayant enfin reçu les différents éléments nécessaires, il fabriqua enfin un alambic fonctionnel, dont il entreprit d'évaluer l'utilité. Ce nouvel outil s'avéra prometteur, même s'il se révélait assez instable et pas évident à faire fonctionner.
Par chance, en matière de potion, ses intuitions s'avéraient souvent bonnes. Il réussit sans trop de difficultés à extraire les huiles essentielles de toutes les plantes qu'il put trouver mais ne résista pas longtemps à la tentation d'autres utilisations. Si ses premières tentatives de distillation d'alcool s'avérèrent assez hasardeuses, il fit de rapides progrès, qui lui ouvrirent des perspectives intéressantes pour atteindre certains de ses objectifs.
Peu après, il reçut une invitation à la réunion de décembre du club de Slug. Il ne s'agissait pas d'une surprise : Damoclès Belby lui avait fait savoir dans une lettre, qu'il serait présent et qu'il comptait bien reprendre leur conversation précédente. Tout se mettait en place conformément à son plan. Il ne lui manquait plus qu'une cavalière.
Il profita de leur session d'études suivante pour en parler à Viviane, mais sa réponse le prit par surprise. « Désolé Severus, j'y vais avec John. Il semble que sa stratégie pendant le match, et son discours dans la salle commune aient impressionné notre directeur de maison. »
Le cinquième année ne put retenir une grimace de contrariété qui n'échappa pas à son interlocutrice. « Ne fais pas cette tête, je ne suis pas la seule fille de l'école. En fait, je crois qu'il y en a une qui accepterait avec plaisir si tu… »
- Moi je veux bien venir !
Les deux serpentards levèrent la tête. Perdus dans leur échange, ils avaient oublié que leur groupe d'étude comportait une troisième personne. L'idée de Victoire n'enthousiasmait pas la cinquième année.
- Tu ne crois pas qu'il vaudrait mieux que tu attendes encore un an ou deux avant de …
- Et c'est reparti avec ta rengaine comme quoi je suis trop jeune ! Pourtant toi aussi, tu étais en quatrième année quand Severus t'a invitée.
À partir de là, le dialogue dégénéra en une dispute feutrée mais particulièrement âpre. Mal à l'aise, le Serpentard envisageait tout bonnement de partir, quand Viviane changea brusquement d'angle d'attaque.
- Si tu te fais inviter, que va penser Régulus ?
C'était un coup bas, même pour une grande sœur avec d'excellentes intentions. Sa cadette encaissa difficilement le coup, mais ne renonça pas pour autant.
- On est pas ensemble, et il ne me regarde même plus. De toute façon, dans ton cas, ça n'a pas posé de problème à John, non ? Ou alors ça aurait dû ? Pour toi, ce n'était pas innocent ?
Severus lutta pour ne pas lever les yeux au ciel devant l'absurdité du raisonnement, mais bizarrement Viviane ne sut pas quoi répondre et se tourna vers lui
- Dis-lui que tu refuses Severus.
- Je ne vois pas pourquoi ? Il me faut une cavalière et elle est d'accord. Où est le souci ?
- Je te préviens, si tu tentes quoi que ce soit…
- J'ai tenté quelque chose avec toi ? De toute façon, tu seras là aussi, tu pourras passer la soirée à nous surveiller, si tu veux.
Il comptait même sur ce dernier point.
Le jour fatidique arrivé, il passa un long moment à achever ses préparatifs, puis alla se changer. Il se désillusionna avant de se diriger vers les quartiers des Poufsouffles pour passer chercher sa partenaire. Il était resté discret sur son invitation et les Maraudeurs devaient sûrement arpenter le sous-sol à sa recherche, mais il ne souhaitait pas prendre de risque.
- Merci encore Severus. J'ai l'impression que Viviane voudrait que je reste cloîtrée jusqu'à la fin de ma septième année. Elle croit me protéger, mais ça ne sert à rien. Toi, tu l'as bien compris, tu es tellement gentil…
Depuis qu'elle avait émergé de la salle commune des Blaireaux, elle parlait sans s'arrêter, louant les mérites de son cavalier. Elle lui rappelait Dobby : un peu d'attention, quelques mots polis, et on le mettait sur un piédestal. Le babillage commençait bien à l'incommoder, mais il occluda en se disant qu'il n'aurait pas à le supporter longtemps.
L'arrivée dans les appartements de Slughorn constitua pour la Jaune-et-noir une nouvelle occasion de s'émerveiller, sans qu'il comprenne pourquoi. À ses yeux, rien n'avait changé depuis la dernière fois : le buffet dans un coin, les instruments enchantés jouant en sourdine et les convives bien trop nombreux à son goût.
Heureusement, parmi eux, il reconnut Damocles Belby qui l'avait également aperçu et se dirigeait droit vers lui. Il était temps de reprendre son indépendance.
« Vivane et John viennent d'entrer » remarqua-t-il désignant le couple tout juste arrivé. « Tu devrais aller les voir et rassurer ta sœur. Je vous rejoindrai un peu plus tard, histoire qu'elle voit bien que je garde mes distances. »
Il faisait confiance à la cinquième année pour accaparer sa cadette, ce qui lui laisserait le champ libre. « Bonsoir, monsieur Belby. Heureux que nous puissions enfin nous revoir. »
- Moi de même Severus. J'ai manqué pas mal d'occasions, car je me trouvais fort loin d'ici, mais heureusement je travaille bien plus près, depuis peu. Paris c'est la porte à côté.
Son interlocuteur lui expliqua que ses recherches sur les créatures magiques l'avaient mis en contact avec un couple sortant de l'ordinaire : un sorcier humain était parvenu à séduire une Veela. Mieux encore, leur fille, Appoline, avait de toute évidence hérité des caractéristiques de sa mère, puisque les prétendants se bousculaient pour la courtiser.
Severus s'évertua à écouter patiemment son interlocuteur. Il lui importait peu de savoir si un jour des sorciers français avec un quart de sang veelane s'appelleraient plutôt Duplessis ou Delacour, il guettait une occasion. S'il réussit à glisser quelques éléments d'arihmancie, ce fut l'arrivée de Slughorn qui lui fournit l'opportunité désirée.
- Ah, Severus, Damocles, à nouveau en grande conversation, mes garçons.
- Notre unique rencontre remonte à près d'un an monsieur. Et nous vous la devons, tout comme celle d'aujourd'hui, d'ailleurs. Pour vous remercier, permettez-moi de vous offrir ceci.
Le jeune sorcier lui tendit la bouteille qu'il gardait à la main depuis le début de la soirée. L'adulte s'en empara avec empressement.
- C'est votre dernière version du cordial ?
- Pas tout à fait. Dans le cadre de mes recherches sur les potions médicales, j'ai fait quelques découvertes intéressantes.
Il entreprit d'expliquer les principes généraux lui permettant d'utiliser l'alambic pour extraire les humeurs végétales sous forme d'huiles essentielles. Il savait bien qu'il reconnaissait par la même occasion distiller de l'alcool dans l'enceinte de l'école, mais il s'agissait là d'un risque calculé. Dans certains domaines, le corps enseignant faisait preuve d'une tolérance frôlant le laxisme. Plusieurs professeurs de défense contre les forces du mal avaient carrément utilisé les trois sortilèges impardonnables en classe, dans le cadre de leurs cours. Certes il ne s'agissait que de démonstrations sur des insectes ou des araignées, néanmoins personne ne s'offusquait qu'ils pratiquent de la torture sur des animaux devant des élèves de quatorze ans.
Dans le cas présent, Slughorn paraissait plus intéressé par la perspective de disposer d'un approvisionnement conséquent en eau-de-vie, que par toute considération éthique. Damoclès Belby, lui s'il ne disait pas un mot, ne perdait pas une parole de son interlocuteur. Il comprenait clairement les perspectives offertes par cette nouvelle technique. Pour un jeune et ambitieux maître des Potions, il s'agissait d'une piste alléchante.
Severus en était bien conscient, aussi prenait-il garde à ne pas donner trop de détails pratiques. Quand il vit que l'impatience commençait à gagner son interlocuteur, il fit de son mieux pour prendre l'air embarrassé, avant de s'écrier :
- Ce n'est vraiment pas facile à expliquer, il vaudrait mieux que je vous montre. Vous ne voulez pas venir avec moi ?
« Vous n'allez pas nous quitter, mes enfants ! » s'écria Slughorn. « Voilà que vous recommencez comme l'année dernière. Vous abandonneriez votre cavalière, Damoclès ? »
- Pourquoi ne nous accompagnez-vous pas, monsieur ?
Voyant l'enseignant hésiter, l'étudiant fit appel à un argument de poids. « Tout à l'heure, j'ai achevé une nouvelle cuvée. Elle doit être refroidie maintenant. Cela m'intéresserait que vous me disiez ce que vous en pensez. » Ses propos achevèrent de convaincre l'adulte qui leur emboîta le pas.
Tout en prenant grand soin d'emprunter des chemins détournés, le jeune sorcier tapotait négligemment son nez avec sa baguette. Une fois sûr que les Maraudeurs ne les suivaient pas, il s'attacha à rester discret, jusqu'à ce qu'il aperçoive l'entrée du laboratoire. Il se lança alors dans un grand monologue, pendant lequel il haussa progressivement le ton :
« On peut même envisager de séparer l'humeur extraite d'une plante en différents composés plus simples. Par contre, cela nécessite plusieurs étapes pour fractionner la distillation. L'idéal consisterait à disposer d'un alambic à étages, pour effectuer les différentes opérations en même temps. C'est la dessus que je travaille en ce MOMENT. »
Il avait presque hurlé le dernier mot, tandis qu'il fermait la porte de la pièce, derrière eux. Il la savait suffisamment sécurisée pour ne pas craindre que le gang la franchisse. Ils devraient rester en embuscade à l'extérieur.
« Ma dernière création se trouve là » indiqua-t-il en désignant un récipient. Slughorn s'en approcha prestement, humant l'air avec une expression gourmande.
« La version actuelle de mon alambic comprend trois niveaux de distillation » précisa-t-il en s'approchant de l'engin. Le dispositif présentait désormais l'aspect d'un fouillis de tuyaux et de serpentins, destinés à porter différents fluides aux températures adéquates. Le fonctionnement de l'ensemble s'avérait compliqué à saisir au premier abord et, comme il l'escomptait, Damocles Belby ne s'en trouva guère plus avancé.
« Si vous voulez, je vais vous faire une démonstration » proposa l'étudiant. « Une fois le foyer allumé, il faut un petit moment pour que la température et la pression montent, mais on pourrait lancer l'opération et revenir en fin de soirée. »
- Le processus est sans danger ?
- Le plus gros risque c'est l'usage de la magie. Le moindre sortilège à proximité rend le dispositif très instable. En s'éloignant, on diminue même les risques.
Son interlocuteur acquiesça l'air un peu frustré. Tout en démarrant le feu, Severus désigna une étagère dans un recoin.
- J'ai entreposé dans ces flacons tous les composés que je suis parvenu à obtenir. Ne faites pas attention aux bocaux à côté. Il s'agit de philtres apaisants, dans le cadre de mes recherches sur les interactions entre potions médicales.
- Vous parvenez à extraire les humeurs de toutes les plantes ?
- Chaque espèce nécessite ses propres réglages, mais pour le moment aucune ne m'a résisté longtemps. D'ailleurs, il faudrait que je compile mes données dans des diagrammes ou des tableaux.
- Avez-vous opéré sur de l'aconit ?
Ce nom lui fit dresser l'oreille. Ce végétal très toxique portait également le charmant nom de « Tue-loup ». Il ne pensait pourtant pas que Damocles Belby aie connaissance de sa rencontre avec Lupin par une nuit de pleine lune. Le maître des potions devait s'intéresser aux loup-garous dans le cadre de ses recherches sur les créatures magiques.
- Non, pas encore monsieur. Mais si Poudlard en possède dans ses réserves, nous pourrions essayer tout à l'heure.
« Ce serait une bonne idée. » Les deux adultes s'étaient regroupés dans le recoin où il stockait ses huiles essentielles, pour les étudier. « Vous avez effectué un travail brillant. »
« Mon plus grand mérite, c'est de réussir à me concentrer malgré l'ambiance parfois délétère qu'on renconctre en ce moment à l'école. » Tout en parlant, Severus s'était dirigé vers la porte du laboratoire, qu'il commença à ouvrir. « Vous savez que l'année dernière, un élève a carrément essayé de faire tuer son frère pour des raisons d'héritag… »
- Stupefix !
Le maléfice mal ajusté, le frôla de peu avant de traverser la pièce pour aller frapper de plein fouet l'alambic. Sous l'impact, le dispositif émit un bruit effroyable avant d'exploser violemment.
J'ai toujours été un peu gêné que, dans le tome 4, le faux Maugrey torture une araignée en pleine classe, devant des élèves de 14 ans, sans que ça ne paraisse choquer qui que ce soit.
Sinon, Severus vient encore de se faire agresser. Bien évidemment, personne ne l'avait vu venir, et surtout pas lui ... RDV en février.
