Premier WE de février, il est temps de découvrir un nouveau chapitre :-)
J'espère que mes lecteurs ont profité du début d'année? Moi j'ai découvert
une chouette série appelée Cobra Kaï. Il s'agit de la suite de Karate Kid, un film d'arts martiaux des années 80. Les acteurs qui jouaient les deux personnages principaux et opposés reprennent leurs rôles, un tiers de siècle plus tard. Une tâche très périlleuse ... mais la première saison constitue un véritable modèle d'écriture! Ça aurait pu s'intituler "comment bien reprendre une franchise, en 10 leçons." C'est comme ça qu'il aurait fallu gèrer la relation Draco-Harry! (SW pourrait aussi en prendre de la graine ...)

Mais foin de considérations nostalgiques, voici un peu de nouveauté à savourer.


Assis dans un lit, Severus tachait de prendre son mal en patience. Cela lui rappelait de mauvais souvenirs de se retrouver ainsi à l'infirmerie, la veille des vacances. Durant ses premières années de scolarité, les Maraudeurs l'y avaient envoyé bien trop souvent à son goût. Le lieu était désert. Le recoin dans lequel il stockait ses échantillons avait en partie protégé Slughorn et Damocles Belby de l'explosion de l'alambic. En ce qui le concernait, seul son Protego sans baguette lui avait évité de se fracasser sur le mur.

Il s'en tirait avec de nombreuses contusions, à la grande inquiétude de madame Pomfresh. Malgré ses affirmations répétées comme quoi il se sentait bien, elle entendait le garder en observation pour la nuit. Elle en faisait trop, mais quelque part, cela le réconfortait de savoir qu'il se trouvait à Poudlard au moins un adulte qui se souciait de lui.

- Il est là.

Le serpentard leva la tête. En parlant d'adultes, on en trouvait d'autres qui se moquaient bien de ce qui pouvait lui arriver. Comme celui qui entrait dans la pièce par exemple. La venue du directeur ne laissait rien présager de bon, tout spécialement au vu des élèves qui l'accompagnaient.

Black et Potter se trouvaient trop loin de la déflagration pour qu'elle les ait blessés. Ils s'en tiraient avec quelques ecchymoses. Celle qui ornait le menton du binoclard atteignait cependant une taille fort respectable et paraissait s'assombrir de seconde en seconde. En tout cas, elle s'accordait parfaitement avec l'air furieux de son propriétaire.

- Je veux qu'il me la rende.

- Ah, monsieur Rogue.

« Monsieur le directeur, je vous remercie de venir prendre de mes nouvelles, avec deux de mes camarades sûrement aussi inquiets que vous. » C'était une mauvaise idée de les provoquer comme ça, mais l'occasion était trop belle.

- Je me trouve ici, car vous faites l'objet d'accusations de vol.

Potter faisait vraiment preuve d'une mémoire à géométrie variable. Il oubliait sa fonction quand il décidait de tendre une embuscade, mais savait fort bien s'en souvenir quand il estimait devoir accéder au Directeur pour bénéficier d'un traitement de faveur. Son poste de préfet lui montait à la tête.

- Je dispose d'un alibi pour la soirée. À commencer par la dernière heure que je viens de passer ici, à l'infirmerie.

- Avant !

Le gryffondor hirsute devenait hargneux quand il rencontrait une contrariété. Il ferait mieux de prendre exemple sur son comparse. S'il paraissait lui aussi extrêmement mécontent, Sirius Black parvenait au moins à se contrôler un minimum. Severus appréciait cependant de savoir que sa baguette se trouvait à portée de main, sous son oreiller.

« Elle n'était pas dans le couloir, il a dû la prendre avec lui. » Le binoclard semblait obsédé par une idée fixe. Visiblement Dumbledore le soutenait, autant jouer le jeu, mais en y imprimant sa marque.

Il montra une chaise. « Comme de toute façon vous ne me croirez pas si je vous dis que je n'ai rien fait, mes affaires se trouvent là. Vous pouvez les examiner. »

Une fouille succincte suffit pour s'apercevoir qu'il n'y avait rien.

« Il a dû la dissimuler ailleurs. » Derrière ses lunettes les yeux de l'étudiant parcoururent la pièce à la recherche de cachettes potentielles, avant de s'arrêter sur Severus. « Il la garde sûrement avec lui. »

- Tu veux regarder dans mon lit Potter ? En fait toute cette histoire, c'est juste pour ça. Quelle imagination !

- Arrête de te moquer ! Tu es un voleur et tu le sais.

- Non je ne sais pas. Je ne sais même pas ce que tu m'accuses de t'avoir volé.

- Ma cape de … ! Une cape à laquelle je tiens beaucoup. Un souvenir de famille.

- Au cas où tu ne l'aurais pas remarqué, la mode ne m'intéresse pas particulièrement, je ne vois pas pourquoi je m'amuserai à te prendre un vêtement. Et je te rappelle que j'ai un alibi. Avant l'infirmerie, j'ai passé la soirée à la réception organisée par notre professeur de potions.

- Menteur, tu étais dans les sous-sols !

- En effet, je m'y suis rendu, mais pour me trouver victime d'un accident qui m'a envoyé ici. Quand est-ce que j'aurais pu voler quoi que ce soit ?

- On était là quand il y a eu l'explosion ! Juste après, tu es venu vers moi, tu m'as traité de voleur qui fouille dans les affaires des gens, avant de me frapper !

Effectivement, la tâche violette sur son menton continuait à s'assombrir. Une vision réjouissante.

- Eh bien je crois que maintenant, je sais pourquoi mon expérience a mal tourné… Pour le reste, tu divagues complètement. D'abord je te traite de voleur, ensuite je te vole. Tout ça n'est pas clair dans ta tête. Surtout pour une histoire de vêtement dont je n'ai rien à faire.

- C'est toi qui embrouilles tout. Tu me regardais bizarrement en m'attaquant. Tu m'as jeté un sort !

- Et pourquoi pas un charme, tant que tu y es ?

- Si ma cape n'est pas ici, c'est que tu l'as mise dans ta malle.

- D'abord tu veux fouiller mon lit, et maintenant mes affaires. Tu veux vraiment qu'on devienne intimes à ce point ? Tu dérailles mon pauvre.

Leur conversation s'échauffait peu à peu, sans que Dumbledore ne semble vouloir intervenir. Se doutait-il que le binoclard lui faisait des cachotteries ?

- Tout ça, c'est à cause de toi. Qu'est-ce que tu m'as fait ?

- Tu as peut-être respiré des vapeurs de potions dégagées par l'explosion du laboratoire ? Leur mélange peut causer des effets inattendus.

Triomphant, le Gryffondor se tourna vers le directeur. « Il vient de reconnaître qu'il fait des expériences interdites. C'est sûrement de la magie noire. Il faut l'expulser. »

« Un beau tissu d'âneries ! » Le nouvel arrivant semblait très mécontent. Le bras qu'il portait en écharpe, devait y être pour quelque chose.

Contrarié par cette interruption, Potter toisa le nouveau venu. « Vous êtes qui ? »

- Damoclès Belby, maître des potions de passage dans cet établissement . Et vous ?

- James P…

« Damoclès, quel plaisir de vous voir ! » Évidemment, si Dumbledore se réveillait, c'était pour protéger un de ses favoris. « Qu'est-ce qui nous vaut le plaisir de votre présence à Poudlard ? »

- Horace m'a invité à sa réception. J'ai accepté d'autant plus volontiers que je savais que ça me permettrait de revoir monsieur Rogue dont j'avais déjà pu apprécier les talents. Cette fois, il m'a décrit une nouvelle technique qu'il a proposé de me montrer.

- De la magie noire !

Décidément, Potter ne savait pas se taire. La disparition de sa cape d'invisibilité devait le frustrer au plus haut point. Sa réaction épidermique lui valut un regard noir de Damoclès Belby.

« Jeune homme quand je voudrai votre avis en matière de potions, je vous le ferai savoir. » Laissa-t-il tomber d'un ton glacial, avant de se tourner vers Severus. « Je viens de descendre examiner votre appareil, mais il n'en reste que des débris. Vous teniez quelque chose de tellement prometteur, c'est scandaleux ! Vous pensez qu'il vous faudra combien de temps pour en refabriquer un ? »

- Mes notes sur le sujet se trouvaient en bas, si elles n'ont pas survécu, je devrais repartir de zéro. Par contre, je ne sais pas s'il s'agit d'une bonne idée, vu l'instabilité du dispositif.

- Vous aviez clairement indiqué qu'il ne fallait pas utiliser de magie à proximité. Les choses ne sont allées de travers qu'à partir du moment où quelqu'un dans le couloir a cru bon de vous envoyer un maléfice.

Le regard suspicieux du sorcier se posa sur les Maraudeurs. Les deux crétins, comprenant enfin qu'ils risquaient des ennuis, firent un pas en arrière.

« Je vous garantis que Poudlard mènera une enquête, pour que ce genre de regrettable incident ne se reproduise pas. » Encore une fois, le directeur venait à la rescousse de ses protégés.

- Je n'apprécie guère de devoir subir un examen de madame Pomfresh, j'ai passé l'age !

- Je peux vous assurer que je mènerai les investigations personnellement.

- Ne vous donnez pas cette peine, je porte plainte.

- Navré de vous contredire, mais ça ne va pas être possible. En tant que directeur, tout ce qui concerne cette école relève de ma compétence.

- Je n'appartiens plus à cette école, je ne suis pas concerné. J'ai d'ailleurs déjà demandé à Horace de contacter le bureau des aurors.

Brusquement, le vieux sorcier parut très pressé de quitter les lieux, Potter et Black sur ses talons. Il allait sûrement arranger les choses. Encore une fois, les deux petites brutes allaient s'en tirer à bon compte. Rageant, mais pas surprenant. Au moins cette fois, Severus pouvait partager sa frustration avec un adulte.

- Vous m'aviez averti qu'en ce moment vous vous trouviez dans une ambiance délétère, mais je ne pensais pas que ce serait à ce point. Un laboratoire entier détruit par malveillance.

« Si je peux, j'essaierai d'assembler une variante simplifiée de mon dispositif pendant les vacances de Noël. Par contre, je ne crois pas que je retravaillerai le sujet après, il faut que je prépare mes BUSES. Peut-être cet été. » La version initiale de l'alambic, avec un chaudron et une plaque refroidie magiquement ferait l'affaire. Il importait de trouver le bon équilibre pour entretenir tant la frustration que l'intérêt de celui qui pourrait bien le prendre un jour comme apprenti.

- Tout ce temps perdu, c'est inadmissible ! Les choses ne vont pas en rester là. Ah, Horace !

L'enseignant venait d'entrer à son tour dans l'infirmerie. La béquille sur laquelle il s'appuyait expliquait la lenteur avec laquelle il se déplaçait. Il n'arrivait pas seul. Une sorcière d'une bonne vingtaine d'années l'accompagnait, ainsi que Victoire, très inquiète.

- Quand j'ai vu revenir monsieur Slughorn et que je l'ai entendu dire qu'il y avait eu un accident, je me suis fait du souci. Qu'est-ce qui s'est passé Severus ?

- Je devrais être sur pied demain matin. On prendra le Poudlard Express ensemble, ne t'inquiète pas.

- Je parie que c'est encore un coup des Maraudeurs. James et Sirius exagèrent !

« C'est comme ça que s'appellent les deux graines de voyou qu'on a vus tout à l'heure ? » Damoclès Belby semblait toujours aussi mécontent. « Rita, je crois que j'ai une histoire pour toi. »

Sur ces entrefaites, madame Pomfresh fit à son irruption dans la salle, clairement contrariée par le nombre de personnes qu'elle y trouva. Le maître des potions et sa cavalière prirent donc congé, tandis que le gros professeur raccompagnait Victoire jusqu'aux quartiers des Poufsouffles.

Resté seul pour la nuit, Severus, enfin au calme, put faire le bilan de la soirée, les yeux mi-clos. Les Maraudeurs s'étaient trouvés pris à leur propre piège. Une fois l'alambic allumé, il avait suffi d'une provocation pour que les petites brutes envoient un sortilège dans sa direction. L'explosion s'était avérée plus forte que prévu, mais son Protego lui avait évité des dommages trop graves. Ses indications avaient dirigé, à leur insu, les adultes dans un recoin protecteur et les deux gryffondors, se trouvaient trop loin pour risquer quoi que ce soit.

Par contre, tous avaient respiré les vapeurs de potions tranquillisantes générés par la déflagration, les rendant à moitié inconscients. Tous, sauf lui, grâce à un antidote ingéré en début la soirée, afin de pouvoir agir à sa guise.

La cape d'invisibilité constituait autant un bonus qu'une diversion. Sans elle, le gang rencontrerait beaucoup plus de difficultés pour le filer ou l'agresser par surprise. Et pendant qu'on se focalisait sur cette disparition, personne ne réalisait qu'il avait profité de l'occasion pour atteindre son objectif principal. Effectuer une opération de légilimancie sur Potter, sans que ni lui, ni personne d'autre ne le réalise, pas mal pour un cinquième année.

Malheureusement, les choses s'étaient précipitées, à cause de Slughorn qui avait appelé un elfe à l'aide. La présence des adultes visait à empêcher que les choses tournent mal, si son plan ne fonctionnait pas, mais au final ils l'avaient plutôt gêné. Néanmoins, il était parvenu à parcourir rapidement le fouillis de pensées disparates qui occupait la tête du gryffondor. Il voulait connaître le rôle les Maraudeurs dans la disparition de Tom, mais le cerveau du binoclard contenait surtout des scènes de quiddich, des images de Lily, et bizarrement des vues d'animaux. Il ne savait rien. Ce qui signifiait que Dumbledore était le seul responsable.

Pour obtenir cette maigre information, il avait sacrifié son laboratoire, mais il s'était préparé à cette possibilité. Maintenant, il fallait passer à la phase suivante du plan. Le vieux sorcier devait cacher le journal dans un lieu inaccessible aux élèves. À l'heure actuelle, il ne se doutait de rien, sûrement trop occupé à s'activer afin d'éviter qu'on sanctionne Potter et Black. Pour pouvoir fouiller n'importe quelle pièce de Poudlard, à commencer par le bureau du directeur, la meilleure solution constituait à devenir le maître d'un elfe de maison ...

La lueur verte qui traversa ses paupières fit sursauter le serpentard. Arraché à ses réflexions, il saisit sa baguette, mais se sentit quelque peu stupide, quand il se retrouva à la braquer sur le Baron sanglant qui le regardait sans rien dire.

Il vérifia son occlumancie, un peu intimidé par le spectre qui flottait devant lui dans la pénombre. Avec ses chaînes et ses vêtements maculés de sang, il s'agissait sans doute du fantôme de Poudlard qui correspondait le mieux aux croyances populaires. Il fallait reconnaître qu'il ne s'avérait pas rassurant, quand il vous contemplait au milieu de la nuit, muet et impavide.

Après de longues minutes, il finit par prendre la parole. « Un serpentard ne fuit pas le combat, mais, souvent, il arrive malheur à ses adversaires, sans qu'il ait à les affronter. » Une phrase énigmatique, qui ressemblait furieusement à un compliment. Une manière de s'exprimer pas vraiment surprenante, vu son auteur.

De manière générale, les fantômes se comportaient d'une manière bizarre. Si le livre prêté par Arthur expliquait leur présence par la magie de l'âme, il ne fournissait guère d'informations sur le processus qui les créait. Il précisait juste que seuls les sorciers pouvaient réussir cette transformation, alors que n'importe quel humain pouvait devenir un vampire. Ces deux sortes de créatures possédaient cependant quelques points communs, à commencer par une longévité quasi infinie. On racontait que le spectre avait suivi l'enseignement des fondateurs de Poudlard eux-mêmes, voici plus de mille ans. Au cours des siècles, il s'était sûrement retrouvé en présence de nombreux sorciers. Et parmi eux …

- Baron, vous souvenez-vous d'un étudiant nommé Tom Jedusor ?

Le spectre s'arrêta alors qu'il s'apprêtait à traverser le plafond. Il ne se retourna pas mais, sa voix retentit dans la pièce.

- La fierté de notre Maison. Un digne héritier du grand Salazar.

Venant d'un être d'habitude si mystérieux, ces louanges réjouirent le jeune sorcier, mais son interlocuteur n'en avait pas fini.

- Quel dommage que, par peur, il ait autant meurtri son âme.

Sur ces dernières paroles, il quitta les lieux. Interloqué, Severus passa un long moment à tenter de comprendre ce que cela signifiait, mais en vain. Frustré, il peina à trouver le sommeil. Brusquement, il se retrouva à l'embranchement de plusieurs corridors où l'attendait un individu qu'il reconnut tout de suite.

- Tom ! Mais ce n'est pas possible, tu es enfermé dans ton journal. Tu es devenu un fantôme, toi aussi ?

Son ami le regarda quelques instants avant de parler : « Félicitation pour ta manœuvre d'aujourd'hui. Intelligemment conçue, brillamment exécutée, malgré d'inévitables anicroches. Tu as beaucoup progressé, surtout quand on connaît ton tempérament » conclut-il en regardant derrière le jeune sorcier.

Severus se retourna. Au lieu d'un couloir vide, il contempla une succession d'images : sa rencontre avec Lily, alors qu'il l'espionnait à la dérobée, son attitude dans le Poudlard Express, lors de son premier face-à-face avec Black et Potter, puis d'autres encore. Il lui sembla qu'une bonne partie de son passé défilait devant ses yeux en un instant, illustrant ses colères, son impulsivité.

Avant qu'il puisse réagir, Tom reprit la parole. « Désormais, tu sais mieux te maîtriser, tu planifies tes actions, mais cela ne te garantit pas le succès à coup sûr. »

Sur le croisement, juste devant lui, de nouvelles scènes apparurent : sa mère en tenue traditionnelle de sorcière à côté d'un couple plus âgé, son père au club en train d'entraîner de jeunes boxeurs, et, pire que tout, Lily, dans une salle de classe moldue riant éperdument avec d'autres élèves.

- Aujourd'hui, Eileen Prince te rejette, Tobias Rogue te tire vers le bas et ta petite sang-de-bourbe se souvient à peine de toi. Malgré tout ton talent et tes efforts, tu ne pourras rien y changer. Au moins, tu as évité le pire.

Au loin, Severus vit un des couloirs s'éclairer, montrant furtivement une poignée de scènes bizarres. D'abord, il se retrouva en larmes devant l'entrée des quartiers de Gryffondor, face à une Lily furieuse, puis adulte portant un masque en forme de tête de mort, puis à genoux devant Dumbledore et enfin agonisant, la gorge en sang, aux pieds de Potter.

Il lui sembla que quelque chose ne collait pas avec les yeux du binoclard, mais déjà Tom reprenait la parole. « Pour un futur improbable, combien d'autres à peine plus réjouissants ? »

Un autre corridor s'illumina à son tour. Le serpentard y discerna d'abord les élèves de Poudlard en vêtements de deuil, près du lac, puis Victoire, Arthur et leur mère, eux aussi avec des tenues sombres, l'air dévasté tandis qu'ils se tenaient devant un portrait de Viviane. Pour finir, Potter et Black apparurent à leur tour, portant un brassard noir, l'air sombre et menaçant.

« Severus, rien n'est écrit, tout est possible. Tes décisions forgeront ton avenir, mais ne crois pas que tu les effectueras librement. » Décidément, son ami savait trouver les mots pour le rassurer. « Il vaut mieux que tu le saches plutôt que de vivre dans l'illusion. Si tu ne peux pas t'en affranchir, découvre les éléments qui guident tes choix, et accepte-les. D'autant plus que cela peut changer. »

Dans la pénombre, il distingua une silhouette féminine. Elle se trouvait trop loin pour qu'il la reconnaisse, mais il n'existait qu'une personne pour qui il se sentait capable de faire n'importe quoi.

- Lily ? C'est toi ?

Elle ne répondit pas. Dans l'obscurité qui s'épaississait, le doute le gagnait peu à peu.

« Lily ? Qui est là ? Répondez-moi ! » Il criait si fort que ça le réveilla.

Alors tout ça n'était qu'un cauchemar ? Tom lui avait pourtant semblé tellement réel. Le Baron sanglant appartenait au songe, lui aussi ?

Les moldus estimaient que les rêves permettaient au cerveau d'exprimer certaines pensées impossibles à formuler. Totalement stupide, mais l'alternative consistait à envisager une vision prémonitoire. Dans les deux cas se posait le problème de l'interprétation. Il commença à se creuser la cervelle, cherchant un sens aux derniers évènements, réels ou imaginaires, mais en vain.

Tout cela ne l'aida pas à trouver le sommeil. Le jour levant le trouva encore éveillé, fatigué et d'humeur plus que maussade. Pour ne rien arranger, il échoua à cacher son état à madame Pomfresh lors de son examen matinal.

Inquiète, l'adulte décréta qu'il valait mieux qu'il reste un peu plus longtemps. Il eut beau protester, arguant que ça lui ferait rater le départ en train, il ne réussit pas à la faire changer d'avis. Furieux, il passa ses nerfs sur Viviane et Victoire qui venaient prendre de ses nouvelles.

Guère rancunière la seconde revint un peu plus tard, avec une proposition. Sa mère acceptait de l'héberger au château afin qu'il ne se retrouve pas seul en cas de problème. L'infirmière donna son accord, à condition qu'il reste une nuit de plus sous sa garde avant de gagner le manoir Arès par le réseau de cheminette.

Rasséréné, il passa la journée à établir de nouveaux plans, avant de s'endormir sans difficulté. Le lendemain, se sentant complètement remis d'aplomb, il quitta l'infirmerie, profitant de ses dernières heures à Poudlard pour ranger sa malle et jeter un œil aux devoirs à rendre pour la rentrée. Il entendait consacrer l'essentiel de ses vacances aux potions et à l'arithmancie, alors autant se débarrasser au plus vite des tâches fastidieuses.

Il envisageait également de passer à Carbone-les-Mines, mais rien ne pressait. Il ne savait toujours pas quelle attitude adopter vis-à-vis de son père ou de Lily, même si son rêve étrange lui donnait envie de la revoir.

Après un ultime repas dans la Grande Salle presque déserte, il écrivit une lettre à Lucius. La création des Fabuleux Philtres Foisonnants allait changer leur relation, au moins dans le domaine des philtres odorants, il utiliserait l'occasion pour continuer son plan.

Quand il arriva chez les Arès, en début de soirée, Victoire et John s'élancèrent vers lui dès qu'ils l'aperçurent. « C'est génial qu'on passe les vacances ensemble, Severus ! »

« Un peu de calme, les enfants. Je vous rappelle que nous le recevons pour qu'il se repose. » Madame Adams-Arès venait d'interrompre sa lecture de la Gazette du sorcier, pour l'accueillir à son tour. « Soyez le bienvenu Severus, je vais vous montrer votre chambre pour que vous puissiez vous installer avant le dîner. Viviane se trouve encore chez John, mais nous mangerons dès son retour. »

Si la pièce où il dormirait ne payait guère de mine, au moins il ne la partagerait avec personne, et il pourrait s'y servir de sa baguette.

« J'aimerais profiter de l'occasion pour éclaircir un point, Severus. » Le ton adopté par la sorcière le mit tout de suite sur ses gardes. « Quand vous êtes venues me voir, avec ma fille aînée, nous avons parlé d'Albus Dumbledore. Il me semblait que nous étions tombés d'accord pour éviter de le défier inutilement, non ? »

- Absolument.

Sur la défensive, il ne voyait cependant pas où elle voulait en venir.

- Dans ce cas, il va falloir que vous m'expliquiez ceci.

Quand elle lui montra le journal, il crut d'abord qu'elle voulait parler de la nouvelle attaque de Mangemorts qui s'affichait sur la Une, mais elle l'ouvrit à la troisième page. Un titre s'y étalait sur toute sa largeur : « Jeunesse dorée, ambiance scolaire pourrie » par Rita Skeeter.