Bonjour et merci à ceux qui ont pris la peine de me laisser un commentaire :-).
Un chapitre un peu spécial pour les vacances de Noël de Severus. D'abord parce que pour une fois, je laisse plein de notes explicatives (désolé T_T, mais je suis parti dans tous les sens ). Ensuite parce que quitte à me lâcher j'ai aussi placé les paroles d'un générique populaire de fin des 90's. On frôle le grand n'importe quoi, mais c'est les vacances (en tout cas pou Severus :-P )
Un peu abasourdi, Severus parcourut le journal. L'article s'avérait encore plus sensationnaliste et racoleur que celui de l'année dernière. En le lisant, on pouvait croire que les couloirs de Poudlard tenaient du coupe-gorge où les individus les plus malveillants n'attendaient qu'une occasion pour s'en prendre à d'innocentes victimes. Quoiqu'en y réfléchissant, cela correspondait assez bien à l'attitude des Maraudeurs à son égard, en tout cas jusqu'à ce que Tom commence à l'aider.
Le prénom de l'auteur, Rita, lui disait quelque chose. Ne s'agissait-il pas de la cavalière de Damocles Belby ? Ce genre de péripétie improbable ne faisait pas partie de son plan, il ne s'y était pas préparé. Comment convenait-il de réagir ? Fallait-il le prendre comme une bonne ou une mauvaise chose ? Dans le cas de Lupin, cela n'avait, au final, pas fait de grande différence.
- À deux reprises déjà, je vous ai donné mon sentiment concernant votre directeur.
La voix de madame Adams-Arès, le fit brusquement émerger de ses réflexions.
- Il semble que cela ne suffise pas, je vais donc me répéter pour la troisième fois. Albus Dumbledore a terrassé Gellert Grindelwald, le plus redoutable mage noir de son temps. Outre Poudlard, il dirige le Wizenmagot et la Confédération Internationale des Mages et Sorciers. En plus de tout cela, il se trouve à la tête d'un ordre secret regroupant un nombre indéterminé de personnes, dont on ignore l'identité. Il faudrait des circonstances absolument exceptionnelles pour qu'une sorcière adulte choisisse de s'opposer ouvertement à lui. Je vous laisse imaginer ce qu'il en est pour un mineur, qui plus est un élève placé sous son autorité neuf mois par an.
Elle s'interrompit quelques instants, pour qu'il comprenne bien tout ce que cela impliquait, avant de poursuivre :
- Heureusement pour vous d'autres événements retiennent actuellement son attention. Les Mangemorts multiplient leurs exactions. Malgré ses déclarations, le Ministère ne réussit pas à les contrecarrer. Il se murmure que seuls votre directeur et son organisation clandestine parviennent sérieusement à s'opposer à lui. Dans ces conditions, Albus Dumbledore n'a ni le temps, ni l'envie de s'occuper des affaires de Poudlard en général, et de votre cas en particulier. C'est une honte pour cette école, mais c'est votre chance. Néanmoins, vous vous trouvez à nouveau impliqué dans un scandale retentissant, pour lequel il va devoir rendre des comptes. Si vous continuez comme ça, vous allez réussir à vraiment attirer son attention. Et je vous garantis que si l'envie lui vient de s'intéresser à vous, il le trouvera, le temps nécessaire pour régler le problème que vous lui posez. Ou bien il inventera quelque chose que vous ne verrez pas venir.
À ce moment, le souvenir de la disparition de Tom traversa l'esprit de Severus, suivi par le rappel de son interrogatoire par les aurors. Madame Adams-Arès avait peut-être raison. Cependant, il appréciait de moins en moins la manière dont elle lui parlait. D'autant plus qu'elle continuait sur le même ton :
- Tant que ça n'implique que vous, vous faites ce que vous voulez, mais j'ai accepté de vous aider, tant pour votre affaire de philtres, qu'en cas de convocation dans le bureau du directeur. Puisque je suis impliquée, j'attends de vous que vous me teniez informée et surtout, je ne veux plus que vous mêliez mes filles à ces histoires. Vous savez ce qu'on dit : une fois c'est un hasard, deux fois une coïncidence et à partir de trois, il faut chercher la cause. Nous en sommes à trois rappels, espérons que nous en resterons à deux scandales.
- En tout cas, je vous garantis que ce n'est pas moi qui suis à l'origine de l'article sur le loup-garou.
La réponse figea la sorcière qui fixa son interlocuteur quelques instants, avant de quitter la pièce sans rien ajouter. Au fond, cela valait peut-être mieux. Elle ne manquait pas de culot de lui reprocher certains gros titres de la Gazette du sorcier, alors qu'il était prêt à parier qu'elle s'en trouvait à l'origine. Il savait quels risques il courrait en agissant contre Dumbledore, mais Tom en valait la peine. Par contre, il ne s'était pas attendu à une leçon de morale aussi malvenue.
En même temps, il ne fallait sans doute pas attendre autre chose de la part d'une sang-de-bourbe. À l'exception de Lily, ces créatures n'avaient vraiment rien à faire chez les sorciers. Leur monde se porterait mieux, une fois débarrassé de tous ces corps étrangers, sur ce point-là, il tombait tant avec Tom qu'avec Lord Voldemort. Quel dommage que ce dernier se montre aussi violent.
Le jeune sorcier réalisa que c'est dans les journaux qu'il tirait ses informations sur le sujet. Or les écrits de Rita Seeker prouvaient que l'on pouvait très bien déformer les faits afin de booster les ventes ou d'orienter l'opinion des lecteurs… Il remisa ces réflexions dans un coin de son esprit. Il attendrait pour en tirer des conclusions, dans l'immédiat, il fallait qu'il décide ce qu'il allait faire.
Vu la manière dont on venait de la traiter, il brûlait d'envie de prendre son bagage, et de rentrer chez lui par cheminette. La perspective s'avérait tentante, mais il pensa aux Fabuleux Philtres Foisonnants. Il comptait profiter des vacances de Noël pour brasser abondamment, afin de garnir les stocks de leur entreprise. Les mauvaises manières d'une parvenue valaient-elles la peine qu'il mette en péril sa nouvelle source de revenus ? Au final, il décida donc de rester tout en gardant ses distances.
Ses belles résolutions volèrent en éclat le soir même quand Arthur se lança dans une analyse arithmantique de certaines créatures magiques. De fil en aiguille, ils se retrouvèrent rapidement plongés dans une conversation aussi passionnante qu'exclusive. Comme les autres convives ne s'en formalisaient pas, ils continuèrent à parler bien après la fin du repas, abandonnant la salle à manger pour la bibliothèque. Le souvenir du Baron Sanglant le poussa à aborder le sujet des fantômes. Puisque seuls les sorciers pouvaient bénéficier de cette transformation, leur existence se trouvait liée à la magie, mais de quelle manière ? Son compagnon n'en sachant pas plus que lui, ils allèrent consulter le livre de l'été dernier.
Le chapitre consacré aux spectres mentionnait la magie de l'âme, sans donner guère plus d'explications, à peine quelques précisions. Si les revenants ne pouvaient plus lancer de sorts, ils n'en subissaient également plus les effets. Ils perdaient également les sens du toucher, du goût et de l'odorat, mais conservaient la vue et l'ouïe.
Pour essayer de mieux comprendre le sujet, ils entreprirent alors de s'intéresser aux autres créatures liées à la magie de l'âme, sans grand succès. Les détraqueurs ne l'utilisaient que pour se nourrir, tandis que les vampires n'y recouraient qu'au moment de leur création, faisant ensuite appel à la magie du sang pour s'alimenter. Dans les deux cas cependant, ces êtres absorbaient une partie de l'essence même de leur proie, sans pour autant les tuer. Fallait-il y voir la raison de leur longévité démesurée ?
Ils auraient pu continuer leur conversation toute la nuit sans l'interruption de Victoire. Le serpentard ne goûta guère cette intervention, mais elle venait rappeler à son frère sa promesse de l'initier à la boxe, dès le lendemain. Elle avait finalement trouvé un moyen d'apprendre à se défendre à mains nues. Décidément, elle ne manquait pas de suite dans les idées. Les deux Arès lui proposèrent de se joindre à eux, ce que Severus accepta. L'incident de l'alambic ne dissuaderait sûrement pas les Maraudeurs, qui risquaient d'y trouver une nouvelle motivation. Aussi importait-il qu'il entretienne ses compétences pugilistiques.
Néanmoins, il déchanta quelque peu en découvrant la manière dont Arthur concevait l'entraînement. Comme John pour le Quiddich, il estimait qu'une bonne condition physique constituait un préalable indispensable. Aussi, dès l'aube, les lança-t-il tous les trois dans un jogging autour du parc, avant de les emmener dans une pièce spécialement aménagée en gymnase. Ils s'y exercèrent un long moment, avant qu'il estime que ça suffisait pour aujourd'hui. Après la douche, ils se retrouvèrent à la table du petit déjeuner où Viviane et sa mère les attendaient.
Madame Adams-Arès devait partir travailler, mais elle ne manqua pas de leur rappeler de profiter de leurs vacances. Sa fille aînée mit vite ce conseil en pratique puisqu'elle fila bientôt rejoindre John. Severus et Arthur prirent eux le chemin du laboratoire.
Le serpentard espérait bien en profiter pour reprendre leur conversation sur l'arithmancie, mais Victoire vint à nouveau les déranger, pour savoir s'ils continueraient l'entraînement demain. Visiblement, elle prenait cette histoire de boxe très au sérieux. L'agression de Sirius l'avait plus marquée qu'il ne l'aurait cru. Devant l'insistance de la petite Poufsouffle, ils finirent par arrêter un programme : Ils se retrouveraient tous les matins, pour une première séance de sport assez intense, à laquelle viendrait s'ajouter, aussi souvent que possible, une seconde plus relaxante en fin d'après-midi. Viviane, quant à elle passait la plupart de son temps chez son petit ami.
Arthur dirigeait les exercices physiques du fait de ses aptitudes. Son niveau rivalisait sans peine avec celui des meilleurs boxeurs club de Carbone-les-Mines. Quelque part, cela ne plaisait guère à Severus de devoir reconnaître la supériorité d'un être dépourvus de pouvoirs magiques, mais en même temps, cela lui évitait de devoir former Victoire. De plus, dans le laboratoire, le cracmol exécutait sans rechigner ses instructions. De temps en temps cependant, il interrogeait son compagnon sur les propriétés de certains ingrédients, ce qui leur permettait quelques fructueuses digressions arithmantiques.
La bibliothèque du manoir possédait différents ouvrages sur le sujet, traitant entre autres d'animaux magiques assez rares. Étonnamment, les moldus de l'antiquité grecque avaient gardé des traces assez exactes de certains d'entre eux comme le sphinx, le minotaure, ou les gorgones.
Un jour, Arthur lui fit part de ses préoccupations : si, à long terme, les Fabuleux Philtres Foisonnants présentaient des perspectives fructueuses de développement, dans l'immédiat, un obstacle se dressait devant eux. L'étude des comptes montrait que les bénéfices restaient faibles, du fait du coût des achats. À Poudlard, Severus avait librement puisé dans les réserves de l'école, alors que maintenant, il fallait payer les différents composants.
Le cracmol finit par décider de se déplacer pour négocier en personne les tarifs avec les fournisseurs, mais cette idée ne plut guère à sa mère.
- Tu penses qu'avec mes vieux cours, tu en connais assez sur le sujet ?
- Il s'agit surtout de végétaux, qui pour la plupart ne sont pas propres au monde sorcier. Je les ai déjà vus dans les serres de Cambridge, ne t'inquiète pas.
- Pour ce qui est des ingrédients magiques, je pourrais t'accompagner.
- Excellente idée Severus ! Comme ça, on se compléterait.
Madame Adams-Arès ne partageait pas du tout l'enthousiasme de son fils. « J'espère que vous vous souvenez de ce que je vous ai dit sur les coïncidences qui feraient mieux de ne pas se produire trois fois, Severus. »
- Écoute maman, on fera attention, je te promets. Et puis, j'ai vraiment besoin d'aller à Londres.
- Ah bon ? Cela aurait-il un rapport avec le 25 décembre qui se profile à l'horizon… ?
- Qui sait ? Après tout, le père Noël existe aussi chez les sorciers, même si on raconte aux enfants qu'il utilise le réseau de cheminette plutôt qu'un traîneau…
Au final, bien que réticente, l'adulte accepta de les laisser se rendre dans la capitale, à condition qu'Arthur n'aille pas sur le Chemin de Traverse. À nouveau, elle montrait sa défiance, vis-à-vis du jeune serpentard, mais cette fois il n'avait pas le temps de s'en offusquer, trop préoccupé par un autre problème. Que convenait-il de faire pour les cadeaux de Noël ?
S'il n'oubliait pas le sermon dont on l'avait gratifié à son arrivée, il n'en demeurait pas moins conscient que ses hôtes lui assuraient gracieusement le gîte et le couvert. Il s'avérerait particulièrement impoli de ne rien préparer pour le 25 décembre, surtout s'ils décidaient eux de lui offrir quelque chose. Ce fut cette dernière réflexion qui le décida. Il ne donnerait pas à une sang-de-bourbe l'occasion de montrer qu'elle valait mieux que lui.
En conséquence, il passa la fin de la journée à se creuser la tête pour se préparer. Alors qu'il lui vint rapidement une idée pour Victoire et Viviane, Arthur lui posa plus de problème. Il dut même se plonger dans ses notes d'arithmancie pour déterminer si les cracmols ne possédaient vraiment aucune faculté magique. Par contre, en ce qui concernait madame Adams-Arès, il chercha en vain. Il décida qu'il profiterait de la première occasion pour demander conseil à son fils.
Quand Ziggy les déposa discrètement à Londres, il saisit l'opportunité. Dès que l'elfe les eut quittés, il aborda le sujet. Arthur, comprit vite où il voulait en venir.
- Je sais ce qui pourrait intéresser ma mère, mais il ne s'agit pas d'objets très bon marché.
« Pas de souci, tant que ça reste raisonnable. » Par chance, son commerce de potion au premier trimestre lui avait permis de renflouer un peu ses finances.
- Dans ce cas, je t'expliquerai tout à l'heure. Là, on va d'abord s'occuper des ingrédients. Même si on dispose de la journée, il vaut mieux qu'on s'organise.
Comme il s'agissait d'achats moldus, le jeune sorcier lui laissa la maîtrise des opérations. Il connaissait indiscutablement son affaire, les menant sans hésiter vers divers échoppes de la ville. Qu'il s'agisse de fleuristes ou d'herboristes, à chaque fois, il jugeait avec assurance la marchandise, ne prenant pas de gants pour dire ce qu'il en pensait. Une méthode efficace, puisqu'il obtenait souvent des réductions, voire une livraison gratuite.
Une fois cette tâche achevée, il les guida dans une rue commerçante, jusqu'à une boutique arborant une galette de vinyle en guise d'enseigne.
- Des disques ? Ta mère aime la musique ? Mais comment faites-vous au manoir, pour actionner un tourne-disque électrique ?
- On a pas obligatoirement besoin de ces machines modernes. Avec un peu de magie des phonographes mécaniques font tout aussi bien l'affaire. Il se trouve qu'on en possède plusieurs. Leur seule contrainte, c'est qu'ils ne lisent que les 78 tours(1).
- Et cette boutique propose ce genre de vieilleries ?
- Ils font mieux que ça, ils vendent des morceaux modernes spécialement pressés dans ce format ! À Cambridge, on trouve pas mal d'excentriques en tous genres, dont certains qui utilisent encore des gramophones. Grâce à eux, j'ai déniché cette adresse. Alors, ça t'intéresse ?
- Bien sûr ! Mais je ne sais pas ce qu'écoute votre mère.
- Si tu veux, je peux te faire quelques suggestions, mais dans ce cas, il faudra que je te demande un service : maman voudra sûrement nous faire entendre ses nouveaux morceaux. Quand ça arrivera, s'il te plaît, ne m'abandonne pas !
De toute façon, il ne se voyait pas fuir le manoir, alors autant accepter d'écouter un peu de musique. Sur les conseils du cracmol, il porta son choix sur les chansons d'un artiste au nom bizarre.
« Jeannot Vacances est un pseudonyme » expliqua le vendeur. « En fait, il se prénomme Jean-Philippe. Il vit en France, il chante en français, mais il a pris un pseudonyme américain(2). »
Surpris, le jeune sorcier se tourna vers Arthur. « Ta mère comprend le français ? »
- Elle le parle même très bien. Ma grand-mère maternelle est française. Mes grands-parents moldus vivent en France. On ne les voit pas aussi souvent qu'on voudrait, mais mes sœurs et moi on a aussi un peu appris leur langue.
Toutes ces histoires de famille rappelèrent à Severus qu'il avait fini par se décider à faire un saut à Carbone-les-Mines, voir monsieur Evans, ainsi que son père et surtout Lily. Il ne pouvait pas arriver les mains vides.
- Tu sais s'il y a un magasin d'articles de sport à proximité ?
- Cherche dans les rues sur ta droite en sortant. Il faut que j'effectue quelques emplettes personnelles. On se sépare un moment ? Tu en profiteras pour acheter les ingrédients magiques
Ce dernier point fit naïtre une idée quelque peu sournoise traversa l'esprit du serpentard.
- D'accord. Je te propose qu'on se retrouve dans deux heures à Charing Cross Road.
Une fois seul, Severus trouva sans peine la boutique de sport. Il opta pour des maillots des équipes de Manchester et Birmingham. Cela ferait bien l'affaire des deux moldus. Pour Lily il brasserait la meilleure des potions odorantes.
Il se dirigea ensuite vers le Chemin de Travers, afin d'acheter les derniers composants de potions. Moins à l'aise qu'Arthur, il ne chercha pas à négocier les prix, expédiant cette corvée au plus vite, avant de s'engager dans l'Allée des Embrumes.
Il comptait toujours retrouver Tom. Dans cette optique, il devait soigneusement préparer sa prochaine rencontre avec Lucius. Il profita de l'occasion pour fouiller dans sa mémoire, à la recherche de tous les ragots qu'il avait pu entendre dans la salle commune, au sujet des Malfoys et des Black.
Ces tâches effectuées, il quitta les lieux pour se rendre chez madame Guipure, chez qui il se procura sans problèmes deux étuis à baguette et des mitaines. Ses finances ne lui permettaient pas d'acheter des modèles trop coûteux, mais il savait par expérience comment les doter de runes qui les transformeraient en accessoires très pratiques.
Il finit juste à temps pour rejoindre Arthur. « Il nous reste un peu de temps. Tu ne veux pas qu'on en profite pour boire une bièraubeurre ? »
- Je ne peux pas, on a promis à maman, souviens-toi
« Tu lui as promis de ne pas aller dans le Chemin de Traverse. Moi, je te parle du Chaudron Baveur. » En bon Serpentard, il ne transgressait pas les interdictions, mais en exploitait les failles. Il s'assurait ainsi une revanche discrète envers Madame Adams-Arès. Arthur ne se laissa cependant pas convaincre si facilement.
- Avec nos vêtements moldus, on risque de se faire remarquer et de s'attirer des ennuis.
- Si un des sorciers dans l'auberge nous cherchait querelle, il risquerait d'être surpris. Ils ne savent pas se battre à mains nues. Tu peux me croire, c'est ta mère qui me l'a appris. Vu ton niveau en boxe, on se tirerait d'affaire sans coup férir.
Ce petit compliment acheva de convaincre son compagnon. Une fois attablés, ils purent souffler un peu en attendant leurs consommations. Arthur jetait des coups d'œil de tout coté.
- Tu n'étais jamais venu ici ?
- Une fois, juste avant que Viv' ne commence sa première année à Poudlard. Après, les choses se sont compliquées… Sinon, tu as trouvé tous les ingrédients ?
- Sans problème, mais c'est vrai que ça fait un trou dans notre trésorerie.
- J'ai une idée pour faire des économies. L'été prochain je commencerai à cultiver les plantes dont on a besoin dans notre jardin. Ça sera toujours ça de gagné.
- Mais ça va te prendre beaucoup de temps.
- Normalement, dans six mois, j'aurai décroché mon diplôme. À partir de là, maman me laissera m'organiser comme je le souhaite. Dès que je pourrai, je remettrai aussi une serre en état.
Ces propos surprenaient un peu Severus.
- Ça ne te dérange pas de te retrouver à faire du jardinage et de la maçonnerie, toi un étudiant de Cambridge ?
- Ziggy m'aidera, et surtout … ça me permet de faire partie du monde sorcier ! Tu n'imagines pas ce que cela représente pour moi. D'ailleurs je profite de l'occasion pour te remercier. Tu m'as offert une opportunité dont j'osais à peine rêver. C'est pareil pour ta proposition de venir boire ici. Grâce à toi, en ce moment, j'ai presque l'impression d'être l'un des vôtres.
Mal à l'aise, le jeune sorcier se sentit obligé de relativiser. « Même en tant que Cracmol, tu possèdes un minimum de magie. Sans cela, je ne t'aurais pas détecté, l'été dernier. Et les potions que tu brasses ne marcheraient pas non plus. » À priori, il pourrait même activer les runes sur ses futures mitaines, à défaut de les tracer lui-même.
- Mais cela ne fait pas de moi pour autant un sorcier. J'ai un demi-frère, outre-atlantique. Dans quelques années, il rentrera à Ilvermorny. Il y aura au moins un Arès dans une école de sorcier, pour faire la fierté de notre père…
Désarçonné par la tournure de la conversation, la réponse de Severus le surprit lui-même. « Tu sais, je suis un sorcier doté de pouvoirs magiques et plutôt bon en classe, mais ça n'a pas empêché ma mère de couper les ponts avec moi. Elle et sa famille font comme si je n'existais pas. Par contre, certains cracmols parviennent à trouver leur place dans notre monde. »
- Victoire m'a parlé de Rusard, le concierge de votre école. Comme elle s'est mise dans la tête de trouver des cracmols qui pourraient travailler aux Fabuleux Philtres Foisonnants, elle espère qu'il pourra l'aider. Pour le moment, on la laisse chercher, on avisera le cas échéant. Elle veut tellement faire quelque chose pour moi. Elle a lu une théorie comme quoi la plupart des nés-moldus possédaient au moins un ancêtre cracmol dans leur arbre généalogique.
Voilà une hypothèse que Severus ignorait. Cela valait-il aussi pour Lily ? Dans ce cas, il espérait vraiment qu'elle tenait ses gènes sorciers de monsieur Evans. Plongé dans ses réflexions, il ne réalisa pas tout de suite qu'Arthur continuait à parler.
- Je me trouve écartelé entre deux mondes. Les sorcières ne savent même pas que j'existe, quant aux moldues… Comment veux-tu garder quelqu'un quand tu dois lui cacher une partie de ta vie ? Depuis que j'ai commencé à brasser, ma copine trouvait que je la négligeais. Comme je ne pouvais rien lui expliquer, on a rompu juste avant les vacances. Vous n'avez pas ce problème à Poudlard. Tu as quelqu'un, toi ?
Severus n'avait pas prévu qu'un simple passage au Chaudron Baveur, donnerait lieu à autant de confidences. Déstabilisé, il réagit assez vivement à la question indiscrète. « Magie ou pas, il y a des choses qui ne changent jamais. Les filles préféreront toujours les sportifs populaires aux élèves studieux. » Les sportifs populaires comme Arthur, Potter ou John.
- Je sais bien qu'il y a beaucoup de facteurs qui rentrent en compte, mais moi la seule fois où j'ai parlé à une amie du monde sorcier, elle est devenue hystérique. Maman a dû utiliser un sortilège d'Oubliette et faire intervenir une de ses relations au Ministère. Je ne veux plus la mettre en difficulté, sa position est déjà assez délicate comme ça.
- Si ça peut te rassurer dans notre école, on trouve aussi des crétins pleins d'idées arrêtées.
- J'ai cru comprendre en effet. L'année dernière Vicky mentionnait souvent un certain Regulus dans ses lettres. Elle l'aimait bien, mais maintenant il ne fait plus attention à elle. Je pensais que les a priori sur les sorciers avec des parents nés moldus appartenaient au passé. Je crois que c'est pour ça qu'en ce moment ma sœur se passionne pour la boxe et l'embauche des cracmols. Pour oublier ses déconvenues.
Alors que Severus pensait orienter la conversation vers les Maraudeurs et l'hostilité entre les différentes maisons de Poudlard, il se retrouvait à recevoir des confidences sur les peines de cœur de Victoire. Il envisagea d'aller parler à Regulus, mais il abandonna aussitôt l'idée. Ses séances d'études avec le cadet des Black avaient montré la force de ses préjugés. Et puis il devait se focaliser sur son plan pour récupérer Tom. Par chance, Arthur le laissa changer de sujet, ce qui leur permit d'échanger des banalités sur la botanique avant de quitter les lieux pour rejoindre Ziggy.
Dans les jours qui suivirent, Severus parvint à s'isoler pour graver les runes sur ses nouveaux achats. Il acheva son œuvre juste à temps pour Noël. Les Arès ouvraient leurs cadeaux tous ensemble le 25 décembre. Ils lui firent la surprise de lui offrir des vêtements taillés sur mesure. Comment connaissaient-ils ses mensurations ? Cela restait un mystère, mais il n'allait pas s'en plaindre. Il possédait désormais plusieurs robes de sorcier flambant neuves, et même un costume moldu.
Il restait dubitatif sur l'usage de ce dernier, jusqu'à ce que Arthur lui recommande discrètement de l'enfiler pour le déjeuner. Quand il arriva, il constata qu'en effet, tous se trouvaient revêtus de leurs plus beaux atours. Cela n'empêchait cependant pas Victoire de porter fièrement son nouvel étui. Elle en tirait à tout moment sa baguette pour tourner les pages de l'épais ouvrage offert par sa mère.
Quand cette dernière, visiblement agacée, finit par lui demander d'arrêter, elle se récria. « Je ne peux pas risquer d'abîmer ce livre. Il s'agit quand même d'une édition limitée des Animaux fantastiques, dédicacée par Norbert Dragonneau lui-même ! »
- Nous allons manger. Tu vas donc poser cet ouvrage, ne serait-ce que pour ne pas le salir. Et tu en profiteras pour enlever ce fourreau de ton bras. Il jure avec ta tenue.
- Mais c'est tellement pratique ! Severus m'a fait un super cadeau. D'ailleurs, il n'y a pas que moi qui porte un de ses présents.
Elle conclut ses mots en lorgnant du coté d'Arthur qui semblait fasciné par ses mitaines.
- Je n'avais jamais réalisé que je pouvais utiliser certaines runes, si un magicien les traçait au préalable. Je me demande …
« À table ! » Sans même élever la voix, Madame Adems-Arès savait se faire obéir. Dans ces moments, elle lui rappelait le professeur Mc Gonagall. Quelques instants plus tard, ils se retrouvèrent tous assis, prêts à déjeuner.
Quand ils en eurent fini madame Adams-Arès décida, comme prévu, de leur faire écouter ses disques. Avec le souvenir du match de foot en tête, Severus se prépara à prendre son mal en patience, sauf qu'Arthur ne l'avait pas prévenu que l'adulte voudrait également qu'ils dansent. Il chercha frénétiquement une échappatoire, mais trop tard, Victoire venait d'apparaître devant lui.
- Au moins cette année, on aura deux cavaliers, on ne devra pas danser entre filles.
« Je ne connais pas les pas. » Il s'agissait d'une excuse vraiment lamentable, indigne d'un Serpentard. D'ailleurs la Poufsouffle ne s'y laissa pas prendre.
« Ce n'est pas grave, je vais te montrer. Essaie juste de ne pas me marcher sur les pieds. » Comme il ne se montrait guère convaincu, elle ajouta à voix basse : « Viviane ne reste pas, elle va bientôt partir rejoindre John. Maman, par contre c'est une autre histoire. Et ne crois pas que tu pourras refuser, si elle t'invite. Tu as dû constater qu'elle peut se montrer très persuasive… »
Résigné, il préféra choisir le moindre mal. Sa cavalière fit de son mieux pour le mettre à l'aise, si bien qu'au bout de longues minutes, il finit par se détendre un peu. Au moins, contrairement au club de Slug ou à la salle commune Vert-et-argent, il n'y avait pas grand monde pour l'observer.
« Merci pour l'étui. » Les paroles le firent sursauter. « Au moins maintenant, je ne risque plus d'égarer ma baguette. Cette année, j'ai vraiment été gâtée. »
- Tu aimes tant que ça les animaux fantastiques ?
- Je rêve de faire comme Norbert Dragonneau, sauf qu'au lieu d'étudier les créatures magiques, je voudrais les apprivoiser.
- Tu penses sérieusement que tu pourrais réussir à te faire obéir d'un dragon ou d'un nundu ? Ça me semble plutôt risqué.
- Un jour je serais la meilleure dresseuse, je me battrai sans répit. Je ferai tout pour être victorieuse et gagner les défis.
- Tu réalises que ça t'amènerait à voyager beaucoup, souvent loin de l'Angleterre ?
- Je parcourrai la terre entière, traquant avec espoir, ces animaux et leur mystère, le secret de leur pouvoir.
Elle semblait très déterminée. Décidément, cette famille se révélait pleine de surprises. Madame Adams-Arès ne prolongea pas outre mesure la séance de torture. Avant que Viviane ne parte, sa mère insista pour qu'ils écoutent ensemble un dernier morceau.
Ils s'assirent donc en arc de cercle, pendant que Ziggy préparait le gramophone. Alors que Severus s'attendait à entendre des notes de musiques, ce furent les intonations cristallines d'une chanson dans une langue étrangère qui sortirent du pavillon. Bien qu'il n'en comprenne pas un mot, la mélodie lui sembla vaguement familière.
À la fin du morceau, il se risqua à interroger Arthur.
- C'est un chant ukrainien qui s'appelle Chtchedryk. Tu connais sûrement une version bien plus populaire chez nous : « Sonnent les cloches(3). » Tu as dû remarquer comment le rythme lancinant parvient à t'envoûter peu à peu. Ça montre le talent du magicien qui l'a composé.
- Cet air vient du monde sorcier ?
- Des sorciers d'Ukraine, oui, et ce n'est pas un cas isolé. Maman pense que Le boléro de Ravel(4) possède les même propriétés fascinantes.
- Tu veux dire que des moldus se sont accaparés les créations de sorciers !?
- Ne te scandalise pas. On pense qu'il s'agit plutôt d'œuvres de magiciens tellement populaires, qu'elles ont franchi toutes les barrières.
Voilà qui semblait déjà beaucoup plus acceptable. Il se souvenait encore de l'histoire de la boxe, créée par le marquis de Queensberry, avant qu'elle se répande dans le monde entier.
« Tu sais Severus, il existe de nombreux exemples surprenants d'interactions entres sorciers et moldus, dans le domaine de l'art. » Sa sœur partie, Victoire se joignait à la conversation. « Pour la peinture, par exemple, ce sont les moldus qui, en réaction à l'apparition de la photographie, ont fait évoluer les style pour donner naissance à des mouvements comme l'impressionnisme. »
Il ne comprenait pas grand-chose. Un peu comme si elle lui avait parlé le gobelbabil, la langue des gobelins. Voyant sa réaction, son frère entreprit d'apporter des précisions :
- À partir du moment où une photographie a permis de saisir une scène bien plus rapidement qu'un tableau, les artistes peintres se sont trouvés obligés de se remettre en cause. Certains ont décidé de réagir en couchant sur la toile non plus ce qu'ils voyaient, mais ce qu'ils ressentaient, leurs impressions, ce qui a donné son nom au mouvement. Des moldus se trouvent à l'origine du de la démarche, mais des sorciers se sont vite joints à eux. Ça a donné des œuvres magiques absolument extraordinaires ! Malheureusement, il faut les voir de ses propres yeux pour le comprendre, or la plupart d'entre elles se trouvent en France.
Comme il ne cachait pas son scepticisme, Victoire revint à la charge.
- En musique, il y a plein d'autres exemples d'interactions fructueuses entre sorciers et cracmols ou moldus. La collaboration entre Tchaïkowski et Marius Petipa pour la danse, par exemple. Malheureusement, on ne peut pas montrer de film avec une bande-son dans le manoir. Par contre à Poudlard, quand tu auras un peu plus de temps que maintenant, je pourrais peut-être te faire écouter certains morceaux, pour que tu comprennes mieux ?
- Tu as amené un gramophone à l'école ?
- Non, une boite à musique magique. Il me suffit d'en changer le cylindre pour écouter une nouvelle mélodie. J'ai même l'air du chœur des sorcières de Macbeth, grâce au professeur Flitwick. Il est persuadé que Shakespeare connaissait l'existence de notre monde, voire qu'il s'agissait d'un magicien. Vu le mystère qui entoure le personnage, on ne peut pas l'exclure.
Toutes ces explications sur les mérites des moldus ne convainquaient guère Severus, mais elles eurent au moins le mérite de lui rappeler l'existence du petit professeur. Il lui devait le passe lui permettant d'accéder à la section restreinte de la bibliothèque, il semblait convenable qu'il marque le coup pour les fêtes. Une carte de vœux avec des runes horaires plus perfectionnées que celles de l'année dernière ferait bien l'affaire. Pareil pour Slughorn, sans qui il n'aurait pas disposé d'un laboratoire pour son usage personnel. Il tacherait de bricoler un alambic dans les jours à venir. Le gros professeur apprécierait sûrement une petite eau-de-vie aux arômes inédits.
Par contre, comme cela allait se traduire par un surcroît de travail, il valait mieux qu'il regagne sa chambre pour se reposer. Il n'était d'ailleurs pas le seul à avoir besoin de souffler, pensa-t-il en voyant Victoire étouffer discrètement un bâillement.
Comme elle s'apprêtait à sortir, sa mère l'interpella. « Tu ne prends pas ton dernier cadeau ? Viviane a oublié le sien » interrogea l'adulte en désignant des enveloppes laissées sur la table.
Au premier abord, elles paraissaient multicolores, mais Severus réalisa qu'en fait elles portaient des drapeaux américains.
- Il y en a combien, maman ?
- Deux, une pour ta sœur, une pour toi. Comme d'habitude..
- Alors comme d'habitude, je n'en veux pas. Pas tant qu'il n'y en aura pas trois.
« Vicky, tu devrais l'ouvrir » intervint Arthur. « Tu sais que ça ne me touche pas. Ce n'est pas important pour moi, si notre père… »
- C'est important pour moi. Pour moi et pour Viviane.
Afin de dissiper l'atmosphère qui devenait brusquement pesante, le cracmol se lança dans de grandes explications techniques sur le cinéma parlant. La magie du manoir perturbait les dispositifs lisant la bande-son des films et même l'ampoule à filament des projecteurs pour les œuvres muettes. Cependant, il ne désespérait pas de remplacer cette dernière par une source de lumière issue d'un sortilège. Pour le bruit et les voix, il existait d'anciens systèmes utilisant des disques synchronisés avec l'image, mais il s'avérait difficile de se les procurer.
Severus émit l'idée d'utiliser une rune comme source de clarté, ce que son interlocuteur trouva génial. Bientôt s'enthousiasma-t-il, ils pourraient visionner ensemble quelques-uns des cinéastes merveilleux qu'il avait découverts à Cambridge.
Le Serpentard opinait gravement de la tête, mais en réalité son esprit était ailleurs. Comme lors du barbecue avec son père et monsieur Evans, son cerveau bouillonnait. Qui aurait cru qu'il se sentirait un jour enclin à la compassion et l'empathie envers un cracmol ? Après tout, ils savaient tous deux ce que ça faisait quand un de vos parents sorciers décidait de vous exclure de sa vie.
Quelques explications, pas trop en vrac j'espère :
1 : les disques tournant à 78 tours par minute constituèrent le principal support de la musique enregistrée pendant la première moitié du XXe siècle. Ils se virent progressivement remplacés par les 33 et le 45 tours, puis par les CD.
2 : Severus est britannique. En anglais, le nom du chanteur se traduirait (à peu près) par … Johnny Hallyday !
3 : le titre anglais est Carol of the Bell. Je recommande vivement de l'écouter. YouT. est votre ami…
4: tout comme Carol of the Bell. Je recommande vivement d'écouter cet petit chef-d'œuvre !
