D'abord merci à katymyny pour sa review de mars. En effet, Severus est tiraillé. C'est un peu le thème de sa cinquième année. Comme vous allez le constater dans ce chapitre difficile de savoir de quel coté il va basculer. (seuls Merlin - ou moi :-p - pourrait le dire)


Après Noël, Severus ressentit le besoin d'intensifier sa collaboration avec Arthur, pour des raisons qu'il ne s'expliquait pas vraiment. Il lui détailla ses expériences de distillation avant de proposer qu'ils se lancent ensemble dans la fabrication d'alambics. Ils commencèrent par la version simplifiée qui ne comportait qu'un chaudron et une plaque refroidie magiquement. En utilisant une rune pour abaisser la température, au lieu d'un sortilège, ils permirent même au cracmol d'utiliser l'appareil de manière indépendante.

Une version plus élaborée leur sembla dès lors à portée de main. Le jeune sorcier fit part à son compagnon de son projet de décomposition fractionnée, mais il apprit à cette occasion que la technologie existait déjà. Des entreprises moldues l'utilisaient dans de grandes tours pour séparer les différents hydrocarbures contenus dans le pétrole.

Un peu vexé que ces créatures inférieures y aient pensé avant lui, il put cependant tirer parti de leur savoir-faire pour assembler assez facilement une colonne à plateaux. Les deux compères décidèrent alors de distiller divers végétaux avec chacun des deux alambics, afin de pouvoir comparer les résultats. Pour éviter les malentendus, ils baptisèrent du nom d'eau florale les fluides obtenus à partir de l'assemblage du chaudron et de la plaque.

Severus mit un soin tout particulier dans le cas de l'aconit, dont il préleva discrètement un échantillon. Le soir même, il envoya le flacon à Damocles Belby. Il importait de soigner le maître des potions dont il entendait devenir l'apprenti.

Il reçut aussi un courrier de Lucius concernant les Fabuleux Philtres Foisonnants. Il expliqua donc aux Arès qu'il faudrait qu'il lui rende visite, dans la perspective que leur société devienne officiellement fournisseur pour le mariage de l'aristocrate. Un titre prestigieux qui leur octroierait une respectabilité indéniable. La cérémonie n'aurait lieu que l'été prochain, mais il fallait saisir l'occasion. Le jeune sorcier décida de grouper cette sortie avec celle à Carbone-les-Mines, histoire d'optimiser son emploi du temps. Certes lui et Arthur réussissaient sans souci à combiner expériences d'alambic et brassage de potions odorantes, mais il importait qu'ils restent productifs.

Et puis il devait reconnaître qu'il appréciait énormément leurs discussions animées sur l'arithmancie. Le rituel donnant naissance à un vampire fascinait le cracmol, qui ne se lassait pas de l'analyser. De son côté le serpentard ne parvenait pas à oublier son tête-à-tête avec le Baron Sanglant. Que se passerait-il si le spectre décidait non pas de venir discuter, mais de le suivre ou de l'espionner ? Les fantômes conservant le sens de la vue, il devait s'avérer possible de les éblouir à l'aide de Lumos, comme Lupin par une funeste nuit de la pleine lune. Ils pouvaient aussi entendre, il s'intéressa donc à nouveau aux sorts d'isolation sonore. Ceux que l'on trouvait dans Enchanter son foyer lui semblant peu pratiques et perfectibles, il travailla sur sa propre version. Plutôt qu'un silence total entourant la cible, il jugea préférable de lui faire entendre un léger bourdonnement qui éveillerait moins ses soupçons. Ses progrès rapides lui permirent d'arriver à son but sans trop de difficultés. Il nomma sa nouvelle création Assurdiato.

Poussant le raisonnement plus loin, il réalisa que, s'il bloquait les sons d'une créature au niveau de sa bouche, il pourrait la convaincre qu'il l'avait rendue muette, incapable d'articuler un sortilège. Il s'agirait un moyen de pression très puissant, mais il progressait lentement. Au moins, avait-il trouvé un nom convaincant. Bloclang, cela sonnait bien.

Avec Arthur, enhardis par leurs premiers succès, ils s'étaient décidés à se lancer discrètement dans la fabrication d'alcool, en prenant cependant leurs précautions, afin de ne pas attirer l'attention de madame Adams-Arès. S'il ignorait les motivations de son compagnon, Severus appréciait cette nouvelle occasion de défier l'adulte, sans qu'elle s'en aperçoive.

Le soir du nouvel an, après un repas succulent, malheureusement suivi d'une inévitable séance de danse, ils s'éclipsèrent en douce pour continuer la fête à leur manière.

- Ce serait dommage qu'on ne goûte pas nos propres créations, quand même ! Et puis si on vient nous voir, on dispose d'un alibi.

- C'est vrai qu'on surveille le premier philtre de senteur de l'année. Sauf qu'on en profite pour tester deux ou trois breuvages. Tiens, essaie celui-là.

- Pas mal du tout ! Parfumé à la menthe ? Je vais en ramener à Cambridge, ça en intéressera plus d'un. Tu ne veux pas faire pareil à Poudlard ?

« Vu mes dernières mésaventures, je préfère ne pas tenter le diable. » Il comptait jouer un jeu délicat dans les semaines à venir, il valait mieux ne pas prendre trop de risques par ailleurs. « Je vais patienter et on remettra ça l'été prochain. Ça t'irait ? »

- Carrément ! Il me tarde qu'on tente de nouvelles expériences. Pourquoi pas l'influence du solstice d'été sur l'efficacité des potions ? J'ai lu que les druides faisaient des trucs comme ça. Il paraît qu'il y en a même un en Bretagne qui préparait une potion magique tellement puissante qu'elle permettait aux villageois qui la buvaient d'affronter les légions romaines.

- Tu es sérieux ?

- J'ai vu ça dans la bibliothèque mes grand-parents, en France. Quel dommage que tu partes bientôt, ça ne sera pas la même chose de brasser sans toi, ou même d'acheter les ingrédients. Je crois que je vais effectuer quelques prélèvements dans les serres de ma fac, histoire de faire des économies.

- Si tu te fais prendre ta mère va te tuer ! Et elle est capable de fermer les Philtres Fabuleux dans la foulée. J'ai mieux à te proposer. Je vais te donner l'adresse d'une moldue qui cultive des plantes, pour gagner de l'argent de poche. Tu n'as qu'à lui écrire et tu verras bien si elle peut te faire un prix. Par contre, il vaut mieux que tu ne lui parles pas de moi. On se connaît, mais c'est un peu compliqué. L'avantage c'est qu'elle sait qu'il existe des sorciers. Si jamais, tu gaffes, tu ne transgresseras pas le Code du Secret magique.

- Ça a l'air super ! Je te raconterai ce que ça va donner.

- Il faudra faire attention à ce qu'on mettra dans nos lettres. Il parait que certains enseignants indiscrets ne se gênent pas pour ouvrir les courriers.

- On pourrait s'envoyer des messages codés ? Mes sœurs font ça avec maman. J'ai aussi entendu parler d'un alphabet avec des traits et des points…

Le cracmol se lança dans une grande explication quelque peu confuse au sujet d'un certain Samuel Morse, tout en ponctuant ses propos de solides rasades. N'ayant lui-même plus tout à fait les idées claires, Severus le convainquit qu'ils feraient mieux d'en rester là pour ce soir. Ils allèrent donc se coucher ravis de leurs grandes idées et de leurs bonnes résolutions.

Malheureusement, le réveil s'avéra nettement moins glorieux. Non seulement, ils ne conservaient qu'un souvenir flou de leurs propos de la veille, mais en plus ils se trouvaient dans un état assez lamentable. Fatigués, nauséeux, ils supportaient difficilement la lumière et le moindre bruit leur semblait insupportable. L'un comme l'autre firent semblant de ne pas comprendre les sous-entendus ironiques de madame Adams-Arès sur les bienfaits du silence.
Finalement, peut-être n'était-elle pas si dupe qu'ils voulaient bien le croire.

Le pire restait néanmoins à venir pour Severus. Quand Ziggy le fit transplaner à Carbone-les-Mines, seule l'occlumancie lui évita de vomir sur ses propres chaussures. Une fois l'elfe parti, il prit tant bien que mal la direction de l'impasse du Tisseur. La demeure s'avéra vide, ce qui lui convint tout à fait. Sans la présence de son père, il pourrait agir à sa guise. Non pas que le moldu l'aurait vraiment gêné, puisque cette fois il disposait de sa baguette, mais il ne voulait pas perdre de temps.

Il valait mieux commencer par les obligations professionnelles, afin de pouvoir consacrer le reste de la journée à Lily. Malgré quelques frayeurs, la poudre de cheminette l'emmena promptement au manoir Malfoy. Si Dobby sembla ravi de le voir, il ne pipa mot tandis qu'il le conduisait auprès d'un Lucius dans un drôle d'état. Les yeux rouges, la tenue passablement négligée, l'aristocrate ne paraissait guère plus en forme que le jeune serpentard.

- Ne fais pas attention au désordre, Severus, le réveillon a été mouvementé. Si je te reçois aujourd'hui, c'est que je devais trouver un moment où Narcissa était absente, je veux lui faire une surprise. J'ai dit à Dobby de ranger, mais ce moment il travaille n'importe comment. Je crois que les punitions qu'il s'inflige ne suffisent pas à le motiver, il va falloir que je m'occupe de son cas.

Il ne paraissait pourtant guère pressé de joindre le geste à la parole. Il est vrai que l'alcool et les sortilèges ne faisaient pas bon ménage.

« Dans le cas présent, il y a quand même énormément de travail. Vous semblez avoir passé une soirée plus qu'agitée. » Comme il se savait quelque peu responsable du comportement de l'elfe, il essayait d'arrondir les angles. D'autant plus que la pièce où ils se trouvaient offrait un spectacle désolant. Outre les débris qui jonchaient le sol, d'innombrables taches suspectes ornaient les murs.

« C'est vrai qu'on a connu quelques incidents hier soir » reconnut Lucius. « Les héritiers Potter et Black se sont déchaînés. Ils doivent redouter leur prochaine séparation. »

- Qu'est-ce que tu veux dire ?

- Tu n'es pas au courant ? Tu ne sais pas qu'ils ont agressé Damoclès Belby ?

- Bien sûr que si, j'y étais ! Ça m'a d'ailleurs valu de finir à l'infirmerie, comme souvent avec eux, mais j'ignore ce qui s'est passé après.

- Belby a accepté une médiation du Ministère, ce qui l'a amené à retirer sa plainte.

« Bref, comme d'habitude, cette bande de petites brutes va s'en sortir. » Il était scandalisé, mais pas surpris. Certaines choses ne changeaient jamais.

- Attends, laisse-moi finir. Une expertise a prouvé que le sort qui a provoqué l'explosion provient de la baguette de Sirius Black. En conséquence, il est temporairement exclu de Poudlard.

- Temporairement ? Donc il pourra revenir ?

- Oui, mais pas avant septembre prochain, Dumbledore l'a à peine défendu. On se serait attendu à autre chose vu que ça concernait un de ses petits protégés, mais au lieu de ça, il le laisse aller finir son année scolaire à Durmstrang. Il joue un jeu bizarre dans cette histoire. Les deux Gryffondors n'ont toujours pas compris ce qui leur arrivait. Il fallait voir la tête, hier soir, à mourir de rire. Malheureusement, ça les a aussi complètement désinhibés. Je ne les réinviterai pas de si tôt.

Bien qu'il s'agisse d'un développement inespéré, Severus n'était pas venu pour ça. Réglant rapidement la question du statut de fournisseur, il entreprit d'orienter la conversation du mieux qu'il pouvait : « Même momentanée, l'expulsion de l'aîné des Black va faire les délices de la salle commune des Serpentards. »

- Il n'avait qu'à pas se glorifier qu'on l'envoie chez les Gryffondors !

- Écoute… puisque nous parlons loin de toute oreille indiscrète, je dois t'avouer qu'une des sœurs de Narcissa fait également l'objet de remarque fielleuses.

Lucius se rembrunit. « La faute d'Andromeda rejaillit sur tous les Black. Qui bave ? »

Severus fit mine d'hésiter avant de lâcher :

- Mulciber. Il ne se prive pas de commenter son mariage.

- Il a perdu une bonne occasion de se taire, ça se paiera. Malheureusement on peut difficilement dissimuler cette infamie. Une sang pur qui épouse un sang-de-bourbe, qui porte son nom.
« Tonks ! » reprit l'aristocrate avec dégoût « Ce mot constitue une preuve à lui seul. »

Voilà qui lui offrait une ouverture rêvée.

- Tu as raison, c'est le problème avec les filles. Au moins avec un fils, même s'il fait ce genre de mésalliance, on peut sauver les apparences.

- Tout couple de sorciers digne de ce nom devrait donner naissance à un héritier. Quel dommage que ce soit impossible.

- Dis plutôt que ça ne peut pas se faire comme par magie … ou presque. Lors de mes recherches, j'ai découvert l'existence d'une variante des potions de fertilité classiques. Une variante très intéressante quoique très controversée.

Une lueur d'intérêt s'alluma dans le regard voilé de son interlocuteur.

- Je crois que je vois de quoi tu veux parler, mais il s'agit de philtres extrêmement complexes et difficiles à brasser.

- Difficiles pour le sorcier moyen, sûrement. Mais il n'en irait pas de même pour certains individus. Par exemple un étudiant à qui Slughorn prédit régulièrement qu'il deviendra le plus jeune maître des potions de sa génération.

Désormais, Lucius lui consacrait toute son attention.

- Certains pourraient s'interroger sur les effets ou les dangers d'un tel breuvage…

- Je ne doute pas que les Malfoys possèdent des moyens infaillibles de détecter les poisons dans leur nourriture. Pour ce qui est de l'efficacité, il suffirait d'attendre le diagnostic des guérisseuses de Sainte-Mangouste.

- Et j'imagine que le magicien capable de parvenir à ce résultat entendrait recevoir en retour une quantité conséquente de gallions…

Le moment était venu.

- Je t'ai dit que j'avais discuté le maître des potions Damocles Belby ? Si je veux qu'il me prenne comme apprenti, après Poudlard, il faut que je trouve un moyen de me faire remarquer. Il étudie l'efficacité des potions sur différentes créatures magique. Eh bien, je me suis rendu compte, qu'il existe au moins une espèce à laquelle il ne s'est pas intéressé : les elfes de maison. Cela devrait l'impressionner, si je pouvais mener quelques expériences sur un spécimen.

- Quelle drôle de coïncidence, je possède des elfes !

- Dont un qui ne te donne pas du tout satisfaction, me semble-t-il.

Ils échangèrent un sourire de connivence, mais l'aristocrate redevint très vite sérieux.

- Tu crois vraiment que tu peux y arriver ? Il paraît que c'est redoutable à brasser. Et à l'école, tu devras en plus veiller à ce qu'on ne te surprenne pas.

Ces propos résonnèrent comme l'écho de sa conversation avec madame Adams-Arès.

- Certes, il m'est arrivé une ou deux fois de me retrouver impliqué dans des incidents regrettables, mais on a jamais rien pu prouver. Cela dit, j'ai peut-être attiré l'attention du directeur, il va falloir se montrer prudent. Gardons nos distances jusqu'à l'été prochain.

- Tu envisages donc d'agir impunément à l'insu d'un des plus puissants sorciers du pays. Cela dit, ce ne serait pas beaucoup plus surprenant que l'étrange expulsion de Sirius Black, un élève qui te déteste. Severus, tu te révèles plein de ressources. Si tu continues dans cette voie, je pourrais bien parler de toi à certains de mes amis qui sauraient apprécier tes talents.

Impossible de se tromper, l'aristocrate faisait allusion aux Mangemorts. Le jeune serpentard restait toujours aussi circonspect sur leurs méthodes, mais il se voyait difficilement opposer une fin de non-recevoir. Autant jouer franc jeu, quitte à mettre un peu en scène la vérité.

- Nous nous connaissons depuis des années, aussi tu sais quelles valeurs me tiennent à cœur, des valeurs que nous partageons. Malheureusement, cela implique également que mon père moldu constituera à jamais une tâche sur ma lignée, ce qui me place dans une position fort délicate.
« Bien sûr, il existe des sang-purs auxquels j'obéirais sans hésiter » ajouta-t-il en faisant un signe de tête à son interlocuteur. « Mais d'un autre côté, tu comprendras que je rechigne à l'idée de suivre les ordres de quelqu'un comme Mulciber. »

- Ce sont tes talents de potionniste et ta capacité à les mettre en œuvre qui m'impressionnent, Severus. Notre mouvement comporte différentes branches. Tu pourrais t'y épanouir en te focalisant sur la recherche , tout particulièrement en matière de philtre. Et vu tes capacités dans de domaine, tu te retrouverais vite à ne rendre de comptes qu'au Seigneur des Ténèbres en personne.

Il s'agissait d'une proposition inattendue. Inattendue et diablement tentante. Même ses détracteurs reconnaissaient à Lord Voldemort des capacités intellectuelles hors du commun. Travailler sous l'égide d'un tel mentor laissait présager de grandes choses.

- Dans ces conditions, bien sûr que ça m'intéresse ! Il faudra qu'on en reparle.

- Notre prochaine rencontre nous fournira sûrement l'occasion de discuter potions, lignée et engagement politique.

Cette dernière réflexion marqua la fin de leur entrevue. Une fois rentré chez lui, le jeune sorcier partit immédiatement chez les Evans. La marche lui fit du bien, dissipant un peu les vapeurs d'alcool. Avec les idées plus claires, il put effectuer un premier bilan.

Jusqu'ici, son plan pour retrouver Tom se déroulait sans accrocs. S'il parvenait à brasser un philtre de fertilité d'ici l'été prochain, cela lui assurerait la possession de Dobby. L'elfe emmènerait son nouveau maître par transplanage où il le souhaiterait, y compris à Poudlard. Il pourrait alors profiter des grandes vacances pour rechercher son ami à travers l'école désertée, en commençant par le bureau du directeur. De plus, on pouvait s'attendre à ce que Lucius fasse regretter ses propos à Mulciber. Ce gros balourd en prenait trop à son aise, aussi bien dans la salle commune que durant la sélection de Quiddich.

Néanmoins, il devait maintenant se préparer à concocter une potion dangereuse et pas vraiment légale, sans se faire prendre par un des professeurs ou pire encore par le directeur. Il importait de se méfier particulièrement de ce dernier qui s'avérait imprévisible. Qui aurait cru qu'il laisserait Sirius Black partir à Durmstrang sans réagir ? Le serpentard ne réussissait pas à savoir s'il s'agissait d'une bonne ou d'une mauvaise chose.

D'un côté, les Maraudeurs verraient leurs effectifs divisés par deux pour le prochain semestre. De l'autre, les vacances d'été passées sous la férule de nouveaux enseignants avaient indiscutablement changé le bellâtre, le rendant plus retors. Severus se serait bien passé de la dénonciation de son commerce de potion. Merlin seul savait ce que donnerait un semestre complet d'étude là-bas.

La proximité de la demeure des Evans lui fit remettre ces réflexions à plus tard. Le cœur battant, il vit la porte de la maison s'ouvrir, pour laisser sortir une silhouette à la chevelure rousse. Comme dans un rêve il vit la jeune fille avancer tout sourire. Elle riait même … tandis qu'elle discutait avec le garçon qui la tenait par la main.

Il se figea un instant avant de tourner brusquement les talons. Il se trouvait trop loin pour qu'elle l'ait aperçu et de toute façon, il s'en moquait. La potion odorante qu'il lui destinait irait garnir les stocks des Philtres Fabuleux Tout cela lui rappelait de manière fort désagréable la situation qu'il avait vécue un an plus tôt à Pré-au-Lard. Sauf que cette fois, il ne la surprenait pas avec Potter mais avec un moldu. Pour ne rien arranger, il ne s'agissait visiblement pas de la même misérable créature que celle visionnée dans les souvenirs de Petunia. Dans son esprit, la colère le disputait à la tristesse.

Tandis que lui se démenait pour parvenir à concilier études, entraînement au Quiddich, recherche du journal disparu et retour de son amie à Poudlard, mademoiselle s'amusait avec insouciance. Elle enchaînait les romances pendant que lui s'échinait ! Il lui semblait entendre son Tom intérieur lui rappeler qu'on ne pouvait rien attendre de bon d'une sale petite sang-de-bourbe.

Enragé, il porta instinctivement la main à sa baguette. Il sentit aussitôt sa magie réagir, mais sa migraine se déchaîna également sous son crane. Spiritueux et sorcellerie n'allaient vraiment pas de pair.

Inspirant un grand coup, il entreprit d'occluder, puis d'examiner la situation avec un peu de recul. Sur le fond rien n'avait changé. Quand Lily reviendrait à Poudlard, elle laisserait les moldus derrière elle. Lui restait son meilleur ami, son lien privilégié avec le monde sorcier. Son heure viendrait.

Néanmoins, il sentait désormais plus mal-à-l'aise. À la jalousie, s'ajoutait désormais un insidieux sentiment d'infériorité. Sa conversation au Chaudron Baveur avec Arthur lui revint en mémoire. Non, il n'avait personne et il n'avait jamais eu personne.

Il ne savait pas comment s'y prendre avec les filles !

Il se sentait perdu, sans savoir vers qui se tourner. Il n'y avait guère que Tom à qui il aurait peut-être osé demander conseil, en « oubliant » de mentionner qu'il s'agissait de Lily. Après tout, un journal désincarné fournissait moins de raisons de se sentir complexé. Une raison supplémentaire de remettre la main sur le carnet.

Il réalisa que, comme l'été dernier, ses pas l'avaient porté vers la salle de boxe. Étonnamment, elle paraissait ouverte, bien qu'on soit le 1er janvier. Poussé par la curiosité, il entra. Il apparut qu'il n'y avait pas que les sorciers qui devaient récupérer de leurs excès du réveillon. Plusieurs membres du club semblaient juger qu'un peu d'activité physique leur permettait de se ressaisir. Parmi eux, on comptait monsieur Evans, qui s'avéra enchanté de le revoir.

Quand il lui offrit le maillot de football, le moldu sembla tout bonnement ravi, au point de rameuter les autres participants, à commencer par le régisseur. Le poste avait changé son père. Aminci, se tenant très droit, il prenait visiblement ses nouvelles responsabilités très au sérieux, puisqu'il rappela rapidement tout le monde à l'ordre. S'il avait ouvert la salle aujourd'hui, ce n'était pas pour qu'ils bavardent. Il n'articula qu'un vague merci, quand il reçut à son tour son maillot, mais après un court silence, il lui proposa de se joindre à eux, pour participer à la séance du jour.

Trop heureux de se changer les idées, le jeune sorcier se protégea rapidement les mains avant de se planter devant un sac de frappe, qu'il se mit à cogner violemment. En plus d'un exutoire à sa mauvaise humeur, l'effort physique finit par lui procurer un certain apaisement. Il tiendrait sa promesse, il ferait revenir la rouquine dans la communauté des sorciers. Dès lors, elle oublierait vite les sous-hommes qu'elle avait fréquentés avant. Il fallait juste espérer qu'elle ne peinerait pas trop pour rester au niveau et passer ses BUSES. Elle semblait plus motivée pour folâtrer que pour étudier.

Par moment, il la trouvait tout simplement irresponsable. Même s'ils exagéraient, au moins ses parents avaient conscience des dangers du monde sorcier. Elle, par contre ne faisait rien pour s'y préparer. Qu'on les approuve ou pas, on ne pouvait nier que les Mangemorts s'enhardissaient. Comment se défendrait-elle s'ils s'en prenaient à elle ? Au fond cela pourrait être une bonne chose qu'il rejoigne les partisans de Lord Voldemort. Le cas échéant, ça lui permettait de la protéger.

Ayant retrouvé un semblant de sérénité, il en revint à des préoccupations plus immédiates. D'ici peu, il devrait se livrer à un brassage clandestin, il importait qu'il se prépare. Avec ces nouvelles priorités en tête, il prit donc congé des boxeurs, au grand regret de monsieur Evans. L'adulte lui promit de nouvelles places de football, tandis que son père évoquait à demi-mots, la possibilité de reprendre l'entraînement l'été prochain. Il acquiesça distraitement, l'esprit déjà ailleurs, planifiant sa rentrée à Poudlard.

Les derniers jours de vacances filèrent à toute vitesse. Avant qu'il ne le réalise, il se retrouva à prendre congé d'Arthur, échangeant avec lui moult recommandations de brassage et autres informations pratiques. Ziggy et madame Arès les amenèrent à la gare suffisamment tôt, afin qu'ils trouvent sans difficultés un compartiment. Les adieux avec l'adulte ne durèrent pas longtemps. Même si leurs relations s'étaient un peu réchauffées, il n'oubliait pas le sermon dont elle l'avait gratifié. Il attendrait une autre occasion pour l'interroger sur le divorce de ses parents.

Une fois installés, Viviane les abandonna aussitôt. Officiellement, elle entendait assurer ses devoirs de préfète en patrouillant dans le train. Severus la soupçonnait plutôt de partir retrouver John, mais il garda ses réflexions pour lui. Autant éviter de froisser inutilement certaines susceptibilités. Il passa donc la majeure partie du trajet seul avec Victoire qui tint absolument à parler musique, le genre de sujet qui ne l'enthousiasmait guère. Assez vite lassé des grandes envolées sur l'usage du tango dans les comédies musicales, il entreprit de recentrer la conversation.

- Tu ne voudrais pas plutôt me montrer comment tu avais transformé la fenêtre en miroir, la dernière fois ?

- Tu veux parler de Speculum Speculo ?

- Oui, c'est bien ça le nom. Tu sais si ça fonctionne sur tous les types de verre ?

- Je pense, oui, je n'ai jamais essayé. Pourquoi ?

- Je demande si ça marcherait sur des lunettes.

- Des lunettes comme celles que porte le capitaine de l'équipe de Quiddich des Gryffondors ? Ça ne serait pas très gentil. On ne pourrait pas chercher un sujet de discussion qui nous intéresserait tous les deux, plutôt? Pourquoi pas une comédie musicale sur ton élève favori ? Tu ne trouves pas que ça sonnerait bien A very Potter musical ?

Vexé par la boutade, il se mura dans le silence, laissant son interlocutrice s'émerveiller devant le génie de Mozart. Le retour de Viviane, accompagnée de John, le tira heureusement d'affaire. Ils passèrent la fin du trajet à discuter du calendrier des entraînements de Quiddich, ce qui lui permit de planifier ses autres activités.

Le premier repas à Poudlard attesta du changement d'ambiance chez les lions. Seul avec Pettigrew, Potter semblait un peu perdu. En d'autre circonstances, Severus en aurait profité pour imaginer un traquenard revanchard, mais d'autres activité plus importantes requéraient toute son attention.

Il arrêta d'abord son choix sur un vieux placard à balais, au fond d'un couloir abandonné. Il le dota de divers sortilèges, à commencer par des protections aussi puissantes que possibles. Un intrus courrait même de sérieux risques s'il essayait d'entrer, mais peu lui importait. S'il renonçait à travailler dans sa malle, il n'accepterait pas qu'on le dérange pour autant.

Une fois sa tranquillité assurée, il fit appel à toutes ses connaissances en métamorphose pour obtenir du matériel de laboratoire acceptable à partir de débris divers. Cette méthode ne lui fournit pas un équipement de très bonne qualité, mais au moins personne ne saurait de quels appareils il disposait. Comme il ne comptait utiliser que les ingrédients achetés dans l'Allée des Embrumes, on ne pourrait pas deviner ce qu'il comptait préparer, ce qui valait mieux.

D'abord la potion illégale pour Narcissa, clé de son acquisition de Dobby. Ensuite, il voulait une solution de secours pour assurer le retour de Lily. De toute évidence, monsieur Evans ne s'y opposerait pas, le monde sorcier le fascinait trop. Son épouse par contre, constituait visiblement le nœud du problème. Un philtre de compulsion devrait cependant la faire changer d'avis sans difficulté. Seul souci, il s'agissait d'une mixture interdite. Si elle l'apprenait, Lily serait furieuse, mais tant pis. Si ça ne lui plaisait pas, elle aurait dû lui dire avant ou rester en contact avec lui.

Les magiciens de Poudlard constituaient une préoccupation plus immédiate, à commencer par les membres du corps enseignant. S'ils découvraient ses activités, il risquait de gros ennuis. Il résolut donc d'utiliser une dicta-plume pour anonymiser toutes ses notes sur le sujet, tandis qu'il redoublerait de précautions quand il se rendrait dans son nouveau domaine. Il comptait s'appuyer sur la désillusion, mais il réalisa que le sortilège présentait quelques faiblesses.

D'abord Hominem Revelo suffisait à le neutraliser, ensuite, il ne permettait pas de cacher le bruit et l'odeur. Assurdiato, permit de surmonter rapidement un des obstacles. Pour le reste, le jeune sorcier décida de traiter les problèmes en fonction de la nature du danger. La plupart des étudiants ne savaient pas lancer ce genre d'enchantement et de toute façon il n'en craignait plus aucun en combat singulier. Si par malchance l'un d'entre eux le surprenait, un sortilège d'Oubliette réglerait le problème.

Les professeurs constituaient par contre une menace nettement plus redoutable. Le plus raisonnable consistait à les éviter en les repérant à l'aide d'Odorus. Ne pouvant pas se permettre de prélever des échantillons sur des adultes, il choisit d'apprendre à reconnaître leurs effluves pendant les cours.

Comme il devait étudier en même temps, l'opération se révéla aussi fastidieuse que difficile, mais, motivé, il s'obstina. Durant un moment, il envisagea même d'en profiter pour apprendre à imiter leurs voix, grâce à sa variante de Sonorus. Avec un tel outil, il pouvait raisonnablement espérer tenir à distance les étudiants rodant la nuit dans les couloirs. Malheureusement, il se rendit compte rapidement qu'il avait sous doute présumé de ses capacités. Ne pouvant pas tout faire en même temps, il en revint donc à ses objectifs premiers : études, brassage, mémorisation des odeurs.

Il restait encore la question de Dumbledore à traiter. Hors de question de se rendre dans son bureau pour trouver comment le détecter avec Odorus. Par chance, le directeur se faisait rare dans les couloirs de l'école. Cela avait sans doute un lien avec la recrudescence des actions des Mangemorts mentionnée par la Gazette. La lutte contre le Seigneur des Ténèbres devait toujours accaparer le vieux sorcier. Une chance pour Severus qu'il comptait bien saisir.

Quand il commença à graver les effluves dans son esprit, il réalisa vite qu'elles s'avéraient assez semblables quelle que soit la personne, à une exception près. Le professeur Mac Gonagall dégageait des senteurs brutes, presque sauvages, qui lui rappelaient vaguement quelque chose, sans qu'il parvienne à savoir de quoi il s'agissait.

Alors qu'il tapotait distraitement son nez avec sa baguette, pendant un cours de métamorphose, il réalisa brusquement qu'il ne détectait plus l'enseignante. Tournant la tête de tous côtés, il ne parvint pas à la trouver. Il ne l'avait pas entendue sortir et on ne transplanait pas dans Poudlard. Où était-elle ?

- Mademoiselle Prisatch, je vous prierai de vous concentrer sur votre exercice. Gardez donc vos conseils vestimentaires et vos lectures de mode pour un endroit plus approprié. Votre dortoir par exemple.

En entendant ces paroles, l'étudiante sursauta manquant faire tomber son livre. Rouge comme une pivoine, elle se remit au travail sous les regards goguenards et les ricanements. Severus entendit Viviane commenter à mi-voix.

- Arrivée en cinquième année une Gryffondor, devrait quand même connaître les petits talents de sa directrice de Maison…

La professeure s'était donc changée en chat. Il aurait dû y penser plus tôt, une animagus dégageait des effluves différentes selon qu'elle gardait sa forme humaine ou féline ! Sa transformation en animal expliquait la disparition subite de son odeur.

Le même genre de disparition brutale qui avait rendu la détection de Sirius Black si difficile, à la fin l'année dernière.


La morale de ce chapitre: boire, c'est mal! Farpaitement ! ^^