Bonjour à tous. Juillet arrive, alors la chapitre suivant aussi :-)
Je remercie les gens qui ont pris la peine de m'écrire un commentaire, et ce d'autant plus qu'il semble que je réussisse à faire passer un message auquel je tiens: Severus n'est pas parfait, il a des défauts et il commet des erreurs. Vu son intelligence, ça s'avère tentant de lui faire toujours effectuer les bons choix, de le transformer en gary-stu. Mais jusque là, il semble que j'évite cet écueil.
Après tout, s'il est intelligent, il n'est pas toujours très malin, loin de là. Et c'est tant mieux, parce que sinon, je ne saurais pas comment le camper :-P

Mais assez bavardé, voyons plutôt comment notre personnage favori va s'en sortir...


Potter ne se tenait plus de joie. Sa baguette braquée, il prenait à témoin les élèves attirés par le bruit.

- Servilus montre enfin sa vraie nature. Petit serpentard vicieux, tu as vraiment cru que tu pourrais tromper tout le monde ? Moi, je me suis méfié dès que je t'ai vu dans le train. Le pire c'était l'année dernière quand tu es devenu bizarre avec tes runes de localisation et tes machinations tordues. Tu as fait renvoyer Sirius, tu as fait expulser Remus, tu as assommé Pettigrow, tu voulais m'attaquer en traître…

« Non, ça, C'est ta spécialité. » À force de s'écouter parler, le gryffondor venait de lui laisser le temps de reprendre ses esprits. Severus aurait pu balayer le binoclard et s'enfuir, mais cela revenait à admettre sa culpabilité. Il avait déjà connu ce genre de situation, il fallait qu'il garde son sang-froid.

- Ferme-la sale cloporte, je ne te permets pas de m'insulter. En tant que préfet nommé par Dumbledore lui-même…

- Depuis Noël, tu ne peux rien faire sans un enseignant, je dirais plutôt sous-préfet.

- Que quelqu'un aille chercher un prof ! Moi je surveille le meurtrier.

Voilà qui lui assurait un délai pour trouver une solution. Occludant de son mieux, il se força à regarder son adversaire dans les yeux. La légilimancie ne lui servirait à rien dans le cas présent, mieux valait essayer d'argumenter.

- Tu commets une grave erreur, Potter. Je marchais dans le couloir, j'ai trébuché, ensuite, j'ai sorti ma baguette pour y voir plus clair. Voilà toute l'histoire.

- D'abord tu assassines un élève, ensuite tu mens à un préfet. Tu vas finir à Azkaban.

L'été dernier, le nom l'aurait terrifié. Heureusement que depuis, de l'eau avait coulé sous les ponts. « Pour aller en prison, il faut commettre un meurtre. Quoi que j'ai entendu dire que ça valait aussi pour les animagus non déclarés… » En entendant ses paroles, le pseudo-préfet accusa nettement le coup, permettant au Serpentard de poursuivre. « d'ailleurs, qu'est-ce qui te dit, qu'il est décédé ? » Interrogea-t-il en désignant le corps. « Il faut jeter un sort de diagnostic pour être sûr. »

- … ça se voit, essaye pas de nous embrouiller.

- Tu t'y connais peut-être mieux que moi en cadavres, mais je crois quand même qu'il serait préférable de prévenir madame Pomfresh.

- Elle ne ranimera pas un mort ! Quelqu'un que TU as tué.

- Je n'ai lancé aucun sortilège dans ce genre, et je peux le prouver. Il suffit d'effectuer Priori Incantatem sur ma baguette pour le vérifier.

- … tu as dû faire de la magie noire pour ne pas laisser de trace.

- Non, il dit la vérité.

- Hein ?

- Il dit la vérité, je suis témoin.

Potter se tourna aussitôt vers Agnès.

- Sale menteuse ! Tu raconterais vraiment n'importe quoi pour protéger ton mec.

Malgré la véhémence des propos, elle ne broncha pas.

- Ex. Severus est mon ex, on a rompu tout à l'heure. Je lui courrai après, C'est pour ça que j'ai vu la scène qu'il raconte.

- Servilus t'a largué ?

- Ça ne te regarde pas.

- T'as enfin eu ce que tu mérites !

Drôle d'idée de se mettre à insulter la serpentarde, vu les circonstances. Ce soir, quelque chose clochait vraiment chez le gryffondor. Severus se retrouvait désormais presque en retrait, à tapoter son nez avec sa baguette, tandis qu'une Agnès furieuse attirait tous les regards.

- Je te l'ai déjà dit, Potter, je traîne avec qui je veux, quand je veux, et comme je veux. Ce qui s'est passé entre Severus et moi, ça ne te regarde pas, alors tes réflexions moralisatrices de jouvenceau frustré, tu peux te les garder. Si tu étais parvenu à conclure avec Evans, vous ne vous seriez pas privés d'aller fricoter dans tous les placards à balais de l'école.

- Je t'interdis de parler de Lily comme ça, sale traînée !

- Tu n'as rien à m'interdire ! Tu vois les filles comme des petites choses pures et innocentes, alors quand ça ne colle pas avec ta vision des choses, tu passes aux insultes. Au lieu de macérer dans ta rancœur, tu devrais trouver autre chose que le sport pour soulager tes frustrations.

Le gryffondor rougit en entendant ces paroles. Les sous-entendus de la remarque arrachèrent quelques rires à l'assistance, ce qui n'arrangea pas les choses.

- Taisez-vous ! Tous ! Quant à toi…

- Quant à moi, je maintiens ce que j'ai dit, Severus est innocent.

- Ce sera ta parole contre la mienne. Tu pourras raconter ce que tu veux, à Poudlard tout le monde sait ce que tu vaux, alors que moi, je suis préfet. Préfet et capitaine de l'équipe de Quiddich. Tu crois vraiment que…

- Moi aussi, j'ai tout vu. Severus est innocent.

Tous les regards convergèrent vers celle qui venait de parler. Elle s'avança calmement vers les trois protagonistes. À la lueur des torches son blason jaune et noir scintillait presque autant que les armures qui jalonnaient le corridor.

Passé un moment de stupéfaction, Potter se reprit le premier : « Raconte pas n'importe quoi, Arès. j'ai bien vu que t'étais pas là. »

- Tu sais James, tu peux m'appeler Victoire. j'ai toujours trouvé bizarre qu'on ne se serve pas de nos prénoms. Bizarre et plutôt réducteur. On se focalise sur un détail, ce qui fait qu'on oublie le reste. Toi par exemple, tu te concentrais tellement sur Severus, que tu n'as même pas remarqué que je me trouvais à l'autre bout du couloir. Je l'ai bien reconnu malgré la pénombre, et à aucun moment je ne l'ai vu attaquer, ou même esquisser un geste menaçant..

Avec un second témoignage en sa faveur, les événements prenaient un tour nettement plus favorable. Un murmure parcourut d'ailleurs la foule, tandis qu'une lueur de doute semblait se refléter dans les lunettes du gryffondor. Sur ces entrefaites, Flitwick arriva fort à propos. Non seulement sa qualité de directeur adjoint lui donnait toute latitude pour traiter le problème, mais son expérience d'ancien champion de duel s'avéra particulièrement précieuse.

Il commença par jeter un sort de diagnostic particulièrement élaboré sur le corps par terre. Contrairement à ce que Potter affirmait, il n'était pas mort, mais victime d'une forme de pétrification aussi puissante qu'inconnue. Le soulagement du petit enseignant céda rapidement la place à la préoccupation quand il réalisa que la victime appartenait à sa Maison.

Le binoclard saisit l'occasion pour réitérer ses accusations contre Severus, mais Agnès et Victoire vinrent à nouveau corroborer sa version. Le Serpentard proposa alors qu'on utilise Priori Incatatem sur sa baguette, comme preuve de sa bonne foi. l'opération démontrant qu'il n'avait utilisé aucun sortilège suspect, Flitwick décida d'emmener à l'infirmerie Ed Wood, le Serredaigle pétrifié. Vu l'heure tardive, il ordonna également aux autres élèves de regagner leurs dortoirs.

Sur le chemin, Severus s'arrangea pour ne pas perdre Agnès de vue. Il hésitait sur la manière de l'aborder, quand ce fut elle qui prit la parole.

- Tu as l'air soucieux, Severus. Quelque chose te tracasse ?

Il jeta hâtivement un Assudiato, avant de répondre.

- Tout-à-l'heure, tu me suivais peut-être, mais tu ne m'as sûrement pas vu trébucher.

- Il se pourrait que j'ai légèrement exagéré, en effet.

- Tu as menti. Tu as menti pour moi, pour me protéger. Tu as même laissé croire que c'était moi qui venait de rompre. Pourquoi ?

- j'étais sincère quand je t'ai dit que tu m'avais fait vivre des moments inoubliables, Severus. On est plus ensemble, mais tu as compté et tu comptes encore pour moi, même si c'est d'une manière différente. Et puis je n'aime pas Potter. Entre toi et ce petit préfet bouffi d'arrogance, il n'y avait pas à hésiter..

- Mais comment tu pouvais être sûr que j'étais innocent ?

- Quoi que tu penses, j'ai appris à te connaître au cours des dernières semaines. Tu es un vrai Serpentard et pas complètement idiot de surcroît. Si tu voulais t'en prendre à un élève, tu ne te ferais pas bêtement surprendre, et par ton pire ennemi en plus. j'ai pris un risque, qui s'est révélé payant, puisque Flitwick a établi ton innocence.

- Mais…

- Si tu as encore des doutes, considère ça comme un cadeau de rupture. Histoire que tu ne gardes pas un trop mauvais souvenir de moi.

Comme ils arrivaient devant l'entrée de la salle commune, elle s'arrêta.

- j'ai un drôle de pressentiment au sujet de toute cette histoire. Fais attention à toi Severus.

Avant qu'il puisse répondre, elle l'embrassa sur la joue et passa le seuil.

Il la suivit aussitôt, sans trop savoir ce qu'il allait faire, mais il tomba aussitôt sur John. Leur capitaine organisait une rapide réunion de l'équipe, afin de faire le point sur les derniers événements. Ed Wood ne jouait pas au quiddich, mais ce qui venait d'arriver risquait de perturber les serredaigles. Une bonne chose pour les Verts-et-argents, à condition qu'ils ne s'en trouvent pas affectés.

Aussi, quelques minutes plus tard, se retrouvèrent-ils tous dans leurs dortoirs, avec pour instruction de se détendre, afin de se reposer au maximum. Instruit par l'expérience, Severus prit le temps de s'isoler dans le local de sa malle pour effectuer quelques exercices de gymnastique. Alliée à l'occlumencie, l'activité physique lui permit de s'assoupir ensuite sans trop de problème.

Le lendemain, il entra donc dans la grande salle, à peu près reposé, tous les sens aux aguets. Mine de rien, il tendit l'oreille durant le petit déjeuner, attentif aux dernières rumeurs.

Ed Wood se trouvait toujours à l'infirmerie, sans grand espoir d'en sortir rapidement. Il existait bien un remède pour le tirer de son état de pétrification, mais la préparation nécessitait d'utiliser une mandragore. Malheureusement, cette plante faisait partie de celles qui dépérissaient malgré les soins du professeur Chourave.

Quelque chose ne collait pas. Pourquoi ne pas essayer de trouver un ingrédient équivalent pour remplacer celui qui manquait ? Il envisagea d'en faire la suggestion à Slughron, mais rejeta l'idée immédiatement. Les témoignages et l'enquête de Flitwick venaient juste de le disculper. Hors de question de prendre le risque d'attirer à nouveau l'attention.

On devait aussi pouvoir aller chercher la substance manquante en dehors de l'école. Pour quelle raison, les enseignants ne faisaient-ils pas appel à une aide extérieure ? Il est vrai que l'établissement se trouvait dirigé par Dumbledore. Le vieux sorcier avait montré avec Lupin sa volonté que les problèmes de Poudlard restent confinés à l'intérieur de ses murs. S'il avait voulu dissimuler une tentative de meurtre, une simple paralysie ne devait pas lui poser de problème. Peut-être craignait-il tout simplement les conséquences d'un nouveau scandale ?

Par une étrange coïncidence, la victime ne possédait pas de famille proche en Angleterre. Son père, veuf, se trouvant actuellement en voyage à travers le monde, il faudrait des semaines, voire des mois, avant de pouvoir le joindre. Son fils serait peut-être même guéri avant qu'on parvienne à le prévenir. Ed Wood s'avérait être un sang-pur et un Serredaigle typique. D'après ce qui se racontait, totalement indifférent à la politique, il se passionnait pour l'art en général, et la sculpture en particulier. Il s'était même essayé à quelques créations dans ce domaine, quoique sans grand succès. En somme rien qui puisse justifier qu'on s'en soit pris à lui.

Dans l'immédiat, il importait avant tout de se concentrer sur le match de quiddich qui allait commencer. Très vite, les Bleus et bronze démontrèrent que les événements de la veille ne les perturbaient en rien. Alors qu'ils semblaient voler de manière aléatoire, dès qu'ils se retrouvèrent en possession du souafle, ils se mirent à le faire circuler entre eux à toute vitesse, prenant de cour leurs opposants.

Ce ne fut que quand ils réitérèrent l'opération que Severus réalisa qu'ils n'attrapaient plus la balle mais la faisaient rebondir à coups de poings. Ils avaient visiblement trouvé un nouvel usage des techniques de boxe. Cette tactique s'avérait particulièrement efficace pour passer au travers des défenses adverses. La plupart des membres de l'équipe en Vert-et-argent ne réussissaient même pas à suivre le mouvement. Il existait cependant une exception qui résistait vaillamment.

Là où le cinquième année ne voyait que des mouvements désordonnés qui lui rappelaient les flippers moldus, Agnès devinait à coup sûr les trajectoires les plus complexes. l'œil vif, le réflexe prompt, la nunuche du match contre les Poufsoufles semblait bien loin. La présence de Gus Lobel au premier rang des gradins ne devait pas y être étrangère. Cependant, malgré toutes ses prouesses, elle restait humaine. En dépit de sa vivacité et de sa précision, elle finit par laisser passer quelques balles, permettant aux Serredaigles d'ouvrir le score puis de l'augmenter inexorablement.

Pour gripper cette dangereuse mécanique, les Serpentards entreprirent de conserver le souafle autant que possible. Malheureusement, l'autre équipe s'y était visiblement préparée. À la moindre occasion, ses membres se retrouvaient en possession de la balle et s'agençaient alors dans des configurations mystérieuses, mais redoutables. Étrangement, ces mouvements, indéchiffrables au premier abord, s'avéraient d'une incroyable efficacité. Severus finit par repérer un joueur adverse un peu à l'écart qui ne participait pas au jeu, mais effectuait régulièrement des gestes incompréhensibles. s'agissait-il de leur capitaine, discret chef d'orchestre de ces formations énigmatiques ?

John dut se poser la même question, car il expédia soudain un cognard vers l'étudiant en retrait. Ce dernier, pour éviter le projectile, dut effectuer une acrobatie, interrompant ses signes, ce qui perturba grandement l'équipe adverse. Les Serpentards crurent un instant qu'ils venaient de trouver un moyen de prendre l'avantage. Malheureusement, leurs opposants avaient visiblement prévu cette hypothèse.

Abandonnant sa position distante, leur capitaine se dirigea vers les batteurs en Vert-et-argent pour s'en positionner à courte distance. Ainsi, il leur incombait de repousser les balles tandis qu'il guidait ses subordonnés. John sembla goûter fort peu cette manœuvre, effectuant en vain de brusques écarts, pour se débarrasser de l'importun. Ce dernier sembla dès lors prendre un malin plaisir à se coller à son adversaire, se rapprochant tellement qu'il aurait pu le toucher.

Cette stratégie sembla à toute épreuve. Ainsi, quand le second batteur envoya coup sur coup les deux cognards vers le compagnon de Viviane, ce dernier dévia le premier, d'un revers de sa batte, tandis qu'il projetait au loin le second d'un crochet du gauche. Cependant, personne ne s'attendait à ce que son poing termine sa course dans le visage du Serredaigle. Sonné, l'étudiant perdit connaissance, manquant glisser de son balai. Avant qu'il ne risque d'effectuer une chute dangereuse, le serpentard l'attrapa par le bras, puis descendit doucement vers le sol.

L'ensemble de la manœuvre n'avait pas échappé aux spectateurs présents dans les gradins, qui se trouvaient à nouveau partagés. Chez les Serredaigles, prédominait l'inquiétude pour leur capitaine, tandis que les Poufsouffles et les Serpentards hésitaient visiblement sur l'attitude à adopter. Les Gryffondors eux, huaient à tout rompre, Potter en tête.

Avec aplomb, John remit son adversaire à madame Pomfresh, avant de donner tranquillement sa version des faits. Plaidant l'inattention et le réflexe malheureux, il expliqua qu'il s'agissait juste d'un regrettable incident. L'arbitre finit par accepter ses explications, tout en l'avertissant que le prochain incident de ce genre lui vaudrait une expulsion immédiate.

Le joueur assommé ayant retrouvé ses esprits, le match reprit, mais le mal était fait. Traumatisés, les Serredaigles commencèrent à se focaliser sur les gestes de leurs adversaires, plus attentifs à leurs mouvements qu'à la balle. Il suffisait qu'on brandisse le poing, pour qu'ils fassent un écart. Dans ces circonstances, les Bleus-et-bronze se trouvèrent complètement désorganisés. Serpentard ne rencontra dès lors plus guère de difficultés pour revenir au score, puis prendre l'avantage, avant que Viviane n'attrape paisiblement le Vif-d'or.

Quoique à nouveau sujette à polémique, la victoire s'avérait indéniable. Cette fois, néanmoins, les vainqueurs décidèrent fort raisonnablement de ne pas s'offrir de tour d'honneur, mais filèrent dans les vestiaires. John les avertit qu'ils ne quitteraient les lieux pour faire la fête qu'une fois effectué le bilan du match. Il leur restait encore à affronter leur plus redoutable adversaire, l'équipe des Gryffondors dirigée par Potter. Il importait d'en connaître la stratégie, ainsi que les projets, afin de trouver le moyen de les contrer.

En écoutant ce discours, Severus ressentit une impression bizarre. Et si leur capitaine venait juste d'utiliser cette méthode ? D'abord s'informer des intentions de son adversaire, ensuite endormir sa méfiance, enfin porter le coup décisif, cela résumait tout à fait les derniers événements. Dans ce cas, on pouvait s'attendre à ce que leur chef, en bon serpentard, reste dans l'ambiguïté, afin qu'on ne connaisse jamais le fin mot de l'histoire.

En tout cas, il y avait une personne que leurs actions avaient impressionnée. Quand ils sortirent, Gus Lobel les attendait. Dès qu'il les vit, il entraîna John et Agnès à l'écart. Cette péripétie ne passa pas inaperçue et bientôt, toute l'équipe bruissa des rumeurs les plus folles sur d'hypothétiques recrutements.

Le cinquième année mit cette diversion à profit pour revenir sur ces pas sans attirer l'attention. Le stade finissant de se vider, il put observer à la dérobée les élèves qui s'éloignaient, jusqu'à ce qu'il repère sa cible, qu'il entreprit de suivre à distance.

Il guetta l'occasion pour lui parler en tête-à-tête, attendant qu'elle se sépare du groupe avec lequel elle marchait. Quand, elle finit par s'engager seule dans un couloir de l'école, il la rattrapa en quelques enjambées, pour lui saisir le poignet.

- Viens avec moi, il faut qu'on parle.

Elle ne broncha pas, le suivant sans discuter à travers le labyrinthe des passages de Poudlard. Très prudent, il prit soin d'effectuer de nombreux au cas où on le suivrait. Pour faire bonne mesure, il utilisa également Odorus et Hominem Revelo. À un moment, il lui sembla que ce dernier sortilège renvoyait un vague écho, mais il ne capta plus rien quand il récidiva. Arrivé dans sa salle de duel, il la barricada soigneusement, avant de se tourner vers son interlocutrice au blason jaune et noir.

- Il va falloir que tu m'expliques pourquoi tu as menti.

- Pardon ?

- Ne fais pas l'innocente Victoire. Hier soir, face à Potter, j'aurais eu de gros ennuis sans ton témoignage. Sauf qu'il s'agissait d'une invention de ta part.

- Plus ou moins. Mais je ne pouvais pas laisser James te traiter comme ça.

- En allant jusqu'à mentir ?

- Je ne mentais pas vraiment. Je t'ai effectivement vu dans le couloir, et à aucun moment tu n'as attaqué qui que ce soit. Il s'agissait bien de la vérité et rien que la vérité.

- Mais pas de toute la vérité. Tu joues sur les mots.

- Que veux-tu, je suis fille sœur de serpentardes, j'ai de qui tenir.

- Mais tu es une poufsouffle. Et ta loyauté dans tout ça ?

- C'est moi qui choit à quoi et à qui je suis loyale.

- Je ne comprends pas ?

- Je suis loyale à mes amis. Je n'allais pas rester sans rien faire pendant qu'on t'accusait.

« C'est la raison pour laquelle tu m'as aidé ? » Il s'attendait à tout sauf à ça. « Donc pour toi, on est amis. Et depuis quand, je te prie ? »

Insensible à l'ironie, elle répondit sans hésiter.

- Depuis que tu es venu à mon secours, quand Sirius ne voulait pas me lâcher. Je n'oublierai jamais comment tu m'as défendue.

La naïveté des blaireaux. Le moment était venu de dissiper ses illusions.

- Je ne t'ai pas aidée, je visais Black. Je voulais régler mes comptes avec lui.

- Mais tu es intervenu, tu ne l'as pas laissé faire. Tu m'as même suivie pour me protéger.

Elle ne voulait vraiment rien comprendre.

- Je t'ai utilisé comme appât pour l'attirer. Je guettais le moment où il reviendrait à la charge.

- Et si c'était arrivé, tu aurais fait quoi ?

- j'aurais collé à cette racaille la raclée qu'il méritait.

- Donc tu m'aurais aidée.

- Redescend un peu sur terre ! Je suis un cerpentard calculateur, je n'agis jamais par bonté d'âme, mais avec une idée derrière la tête.

- Je te rappelle que c'est une serpentarde qui m'a élevée. Tu peux raconter ce que tu veux, vous ne passez pas votre temps à échafauder des machinations. De toute façon, quelque soient tes raisons, tu es venu à mon aide. Comme dit le poète "qu'importe le flacon pourvu qu'on ait l'ivresse."

- Et si tu fais erreur ? Et si je te manipule ?

- Tu es un type bien, Severus, ça vaut le coup que je prenne ce risque.

« Tu te trompes, je ne le mérite pas. » Son Tom intérieur se mit à hurler, mais il continua, décidé à en finir avec cette farce. « Quand je vous ai approchées, toi et ta sœur, je cherchais à me rapprocher de Regulus. Je voulais faire enrager son frère ! Cette année, j'ai accepté qu'on s'allie pour me protéger des Maraudeurs. En réalité dès vous que ne me servez plus, vous ne m'intéressez plus, comme dans le train en juillet. Tu te souviens ? »

Sa réponse véhémente sembla porter ses fruits, ébranlant Victoire, mais ça ne dura qu'un instant. « Si tu veux juste nous utiliser, pourquoi tu me dis tout ça ? » La question, le prit de cours, lui laissant le temps de continuer. « La seule raison que je peux imaginer, C'est pour me tenir à distance, pour me protéger. »

- Ou bien, ne supportant plus ta naïveté, j'ai craqué.

- Un mouvement d'humeur de la part d'un serpentard calculateur ?

- …

- Tu sais Severus, grâce à Arthur et maman, j'ai beaucoup lu, des auteurs sorciers, mais aussi des moldus. l'un d'entre eux expliquait la différence entre la raison et la croyance. La première s'appuie sur des preuves, des déductions, au contraire de la seconde qui s'appuie sur la conviction. Le texte traitait de la religion, mais les principes peuvent s'appliquer dans d'autres domaines. Et bien moi, je crois que tu es mon ami. Même si tu n'es pas parfait, je crois en toi.

Pour la seconde fois depuis le début de leur discussion, il resta muet, abasourdi par tant de candeur. Il résolut cependant de faire un dernier effort.

- Et si je voulais une preuve de ce que tu racontes ? Je pratique la légilimancie. Tu me laisserais entrer dans ton esprit, pour vérifier ce que tu racontes ?

- Vas-y.

Comment pouvait-elle savoir qu'il bluffait ? Ajoutée aux événements de la veille au soir, la tension du match, ne lui permettrait pas de se concentrer suffisamment. Dans ces conditions, il n'obtiendrait qu'un maelström de souvenirs incohérents. De toute façon, qu'elle mente ou qu'elle dise la vérité, elle pouvait lui servir.

- Inutile. En attendant, tout ça ne nous dit pas qui a agressé Ed Wood.

- Pour ce que Maman nous en a raconté, ça ressemble beaucoup ce qui t'était arrivé fin juillet. Il faut qu'on la prévienne !

« Nos courriers sont surveillés, sans oublier que ça risque d'attirer l'attention sur elle, avant même qu'elle puisse agir. » Il ne pouvait pas lui dire qu'il gardait aussi une certaine rancœur vis-à-vis de la sang-de-bourbe, depuis la scène de Noël.

- Je peux lui faire passer un message par Ziggy. Et ne t'inquiète pas pour elle, elle sait manœuvrer. Il suffit de voir comment elle a fait intervenir madame Bones quand ton laboratoire a explosé.

L'information le surprit. Malgré sa colère et ses sermons, la née-moldu s'était débrouillée pour l'aider discrètement. Les Arès se révélaient pleins de surprise.

- Pour le moment, je ne suis pas directement menacé. On ne la fera intervenir qu'en cas d'urgence. Il faut avant tout qu'on en apprenne un peu plus. On ne sait même pas à qui ou à quoi on a affaire.

- On pourrait demander à ma sœur et John de nous aider ? En ce moment, il prend ses devoirs de préfet très au sérieux. l'année dernière, il ne pensait qu'au Quiddich, mais Viv' a réussi à remettre les idées en place.

Encore une chose qu'il ignorait. Décidément, s'il voulait éviter des erreurs de jugement, il faudrait qu'il se renseigne d'avantage à l'avenir. « Si on nous voit trop souvent ensemble, vous risquez de vous trouvez impliqués. Il vaut mieux garder un ou deux atouts dans notre manche pour les jouer au moment opportun. En plus, tu as dû remarquer que depuis quelques temps, Viviane et moi on ne se parle pas trop. »

- Je pourrais…

- Dans le cas présent, c'est une bonne chose, ça évite qu'on se focalise sur elle. Elle ne vient même plus à la salle de duels. Tu veux qu'on en profite pour reprendre l'entraînement de boxe ?

- Ça serait génial ! Mais on fait quoi pour l'agression d'hier ?

- On va commencer par bien réfléchir. Dans l'immédiat, ce qui m'aiderait, ça serait que tu m'expliques comment tu as fait pour progresser autant en esquive.

- Je peux remercier mes cours de danse. Si tu veux, je te montrerai.

Parfait. De cette manière, il pourrait garder un œil sur elle.

- Il ne faut pas non plus qu'on nous voie trop ensemble. Même pour venir ici, tu devras faire attention. Est-ce que tu maîtrises le sortilège de désillusion ?

- j'ai bien peur de …

- Je t'apprendrai. En attendant, on se fixera des points de rendez-vous à l'écart pour ne pas risquer qu'on découvre cette pièce. Je te camouflerai moi-même, jusqu'à ce que tu maîtrises l'enchantement. Il faudra aussi qu'on fasse régulièrement le point. Si on ne se doute pas que tu es impliquée, personne ne s'attendra à ce que tu m'aides. Par contre là il commence à se faire tard, il va falloir qu'on rentre si on ne veut pas se faire remarquer.

Joignant le geste à la parole, il les désillusionna, avant de la raccompagner à ses quartiers. Prétextant le besoin de discrétion, il lui enjoignit de garder silence, ce qui lui permit de réfléchir pendant qu'il marchait.

Contrairement à ce qu'il craignait, Victoire paraissait sincère. Il aurait gardé un doute s'il s'était agi de quelqu'un d'autre, mais la naïveté de la Poufsouffle s'avérait convaincante. Comme il ne pouvait pas totalement exclure qu'une tierce personne la manipule, il devrait cependant rester un minimum sur ses gardes.

Quand il rejoignit enfin la salle commune des Serpentards, la fête battait son plein. Au moins, cela évitait qu'on remarque son arrivée tardive. Comme la fois précédente, on trouvait de la nourriture et des rafraîchissements dans un coin, tandis que de la musique résonnait à travers la pièce. Perchée sur une table, Agnès dansait lascivement, indifférente au regard avide d'une poignée d'étudiants.

Au moment où leurs regards se croisèrent, elle lui fit un clin d'œil, qu'il lui rendit sans réfléchir. Tous les chagrins de la veille au soir lui parurent soudain bien loin. Liaison, arrangement, amourette, peu importait le nom qu'on pouvait donner à leur relation, elle était bel et bien terminée. Et il savait désormais qu'il n'en garderait pas un mauvais souvenir.

Un peu plus loin, il reconnut John et Viviane enlacés sur un sofa. À voir les autres couples dispersés ça et là, on pouvait parier que quelques alcools s'étaient glissés au milieu des boissons. Il réalisa que l'aînée des Arès le regardait fixement. Quand elle tourna vivement la tête, il se demanda si elle se doutait qu'il venait de voir sa sœur.

Renonçant à en avoir le cœur net, il rejoignit son dortoir pour trouver un peu de calme. Une fois allongé dans son lit, à l'abri de moult sortilèges, il put essayer de prendre un peu de recul pour faire un point objectif sur la situation.

D'ors et déjà, une première conclusion s'imposait. Victoire avait raison, on essayait de le compromettre en l'impliquant dans une agression. s'agissait-il d'une nouvelle manigance de Dumbledore ? Dans ce cas, il venait de commettre une grave erreur. Cette fois Severus ne se laisserait pas faire. Si le vieux sorcier croyait pouvoir utiliser deux fois le même stratagème avec un serpentard, il se trompait lourdement.


Et oui, on ne peut pas toujours prévoir les conséquences de ses actes. Des fois, on entend la moitié d'une prophétie et on la répète à un Seigneur des Ténèbres qui en déduit qu'il doit tuer l'amour de votre vie, et des fois, pour enquiquiner un Gryffondor, vous aidez une Poufsouffle qui en déduit que vous êtes génial.
Sinon, Severus va devoir tirer au clair cette histoire de pétrification. En soupçonnant Dumbledore, nul doute qu'il cherche dans la bonne direction ...
(et bravo au reviewer qui a compris ma référence du chap.14 à un générique de DA jap)