Bonjour à tous. Voici un petit chapitre vite fait, avant que je ne parte en vacances.
Pendant que la fête battait son plein dans la salle commune, Severus profitait du calme du dortoir pour se focaliser sur les derniers évènements. Encore une fois, il venait d'échapper à une fausse accusation. Il existait trop de similitudes avec l'été dernier pour qu'il s'agisse d'une coïncidence. On tentait à nouveau de l'impliquer dans une affaire louche.
Si Dumbledore se trouvait à l'origine du piège de juillet, alors on pouvait parier qu'il venait de récidiver. Lui avoir volé Tom, ou le faire expulser le cas échéant ne lui suffisait pas, il voulait carrément l'envoyer à Azkaban. Cette fois cependant, ce n'était pas les Aurors qui l'avaient découvert, mais Potter, un préfet gryffondor qui se glorifiait de sa proximité avec le directeur.
Le binoclard trempait-il dans la combine ? Sans doute pas. Doté du tact et de la subtilité d'un troupeau d'hypogriffes, il n'aurait pas pu participer consciemment à ce genre de machination sans finir par se trahir. Heureusement que Sirius Black n'était plus là. Héritier d'une famille de serpentards, doté d'un caractère retors affûté pendant l'été sous la houlette des professeurs de Drumstrang, il paraissait nettement plus apte à prendre part à ce type de manigances. Il suffisait de se souvenir d'une certaine nuit de pleine lune...
Il n'en allait pas de même de Potter. Sans doute placé à son insu au bon endroit, au bon moment, il avait agi spontanément, sans se douter de rien. Un peu comme une pièce d'échec qui croirait disposer de son libre arbitre. Se focaliser sur son cas ne servirait pas à grand-chose.
Même s'il s'avérait possible de découvrir comment Dumbledore s'y prenait pour le manipuler, le gryffondor ne le croirait pas. Pire encore, cela risquait de mettre le vieux sorcier sur ses gardes, alors qu'il commettait une grave erreur de jugement. En utilisant deux fois le même stratagème, il sous-estimait grandement Severus.
Se hasarderait-il à recourir à la même ruse une troisième fois ou bien essaierait-il autre chose ? Impossible de le savoir dans l'immédiat. À court terme, cette incertitude allait rendre l'école imprévisible, voire dangereuse. Dans ces conditions, hors de question pour le cinquième année de mettre en œuvre son plan pour permettre à Lily de revenir dans le monde sorcier.
Si on lui en voulait, sa meilleure amie risquait de devenir elle aussi une cible. Convaincre madame Evans s'avérerait déjà compliqué, il ne pouvait pas risquer qu'il arrive quoi que ce soit à sa fille. Par chance aucune rumeur ne semblait avoir filtré hors de Poudlard, aucun article n'était paru dans la gazette.
Il garderait un œil sur les journaux, mais à priori il disposait d'un répit. Il ne fallait pas pour autant qu'il baisse sa garde. Alors que le sommeil commençait à le gagner, il se demanda à nouveau si Dumbledore oserait récidiver en l'impliquant une troisième fois dans une agression. Cela semblait absurde, mais pas beaucoup plus que le traquenard de samedi.
Jusqu'ici, le recours à Priori Incantatem avait suffi à le disculper, mais il ne fallait pas qu'il commette l'imprudence d'en rester à cette seule solution. Flitwick était parti du principe qu'Ed Wood avait reçu un sortilège, tandis que Potter évoquait l'usage de la magie noire. Existait-il un moyen de pétrifier quelqu'un sans baguette ? Il fallait qu'il le découvre, ne serait-ce que pour pouvoir prouver son innocence, le cas échéant.
Il décida qu'il s'agirait de sa priorité immédiate. Une priorité qu'il devrait cependant traiter avec un maximum de précautions. Paradoxalement, ce qu'il découvrirait l'aiderait à mieux appréhender la situation, voire à se disculper, mais cela pouvait aussi constituer une preuve contre lui. Par chance, il commençait à savoir comment mener ce genre d'actions clandestines.
D'abord, il travaillerait dans un endroit éloigné de son dortoir. Ensuite, il ne prendrait ses notes qu'avec une dicta-plume à la calligraphie anonyme. Enfin, il ne garderait aucune trace dans sa malle. La cachette aménagée pour les potions de Lucius et madame Evans accueillerait le fruit de ses investigations. Si John avait réussi à s'en tirer après avoir assommé un joueur de Quiddich en présence de l'arbitre, Severus devrait bien parvenir à explorer quelques sujets délicats sans se compromettre.
Une fois qu'il serait parvenu à élaborer une théorie plausible, il rassemblerait des preuves pour la corroborer. Ce ne serait qu'à ce stade, qu'il envisagerait de contacter madame Adams-Arès. Cela ne l'enthousiasmait guère, mais au fond de lui, il savait bien qu'il s'agissait de la moins mauvaise solution. Malgré son caractère revêche et sa tendance à imposer sa volonté, la née-moldue constituait sa meilleure chance face à Dumbledore. Les entraînements avec Victoire lui permettraient de prévenir l'adulte dès qu'il le jugerait opportun.
Le lendemain, il commença par faire appel à l'occlumencie pour revisionner la scène de samedi soir. La technique ne lui permettait pas d'obtenir des images très nettes, mais il disposait d'une autre source d'informations. Il tapotait si souvent son nez avec sa baguette que personne n'y prêtait plus attention. Ce que tout le monde prenait pour un tic, lui permettait de lancer un Odorus dès qu'il le souhaitait, sans qu'on le remarque.
Sur les lieux de l'agression, il avait ainsi pu capter malgré la foule deux effluves prédominantes. Si la première, provenait du corps d'Ed Wood, la seconde, plus diffuse mais indéniable, n'appartenait pas à un être humain. s'agissait-il d'un animal inconnu ? Les circonstances ne lui ayant pas permis d'en prélever un échantillon. Aussi dut-il se baser sur ces maigres éléments pour échafauder ses premières hypothèses.
Il put accorder toute son attention à résoudre ce mystère, car Poudlard se focalisait sur des évènements extérieurs. Les géants venaient de se rallier à lord Voldemort, qui désormais n'hésitait plus à mener le combat à travers tout le pays. La Gazette mentionnait surtout l'efficacité du ministère pour dissimuler les dégâts aux moldus, mais la lecture des articles rendait Severus mal à l'aise. Il fallait espérer que Lucius ne l'avait pas trompé. Quand il rejoindrait les Mangemorts, il entendait obtenir du pouvoir et la reconnaissance de ses talents. Devenir une sombre brute ne l'intéressait pas. Il n'aimait déjà pas trop que des petits malins comme Mulciber, à la simple vue d'un Serredaigle se mettent à brandir le poing en invoquant le nom de Salazar Serpentard.
En tout cas, cela expliquait les absences de plus en plus fréquentes de Dumbledore. d'après la rumeur, il demeurait la seule personne que craignait encore le Seigneur des Ténèbres. Il devait se consacrer à la lutte contre ce dernier. Il ne semblait pas se trouver à l'école le soir de l'agression d'Ed Wood.
Bien que cela corresponde tout à fait à la volonté du vieux sorcier de déléguer les tâches les plus compromettantes, l'adolescent n'y voyait pas plus clair pour autant. Seul le directeur lui semblait de taille à jeter un sortilège de désillusion sur son odeur. Il fallait donc orienter ses investigations vers les effluves animales senties samedi soir. Peut-être ne s'agissait-il pas d'une créature sauvage, mais d'une potion bizarre ?
Pour en avoir le cœur net, il entreprit de coucher ses pensées par écrit dans un endroit discret, loin du dortoir. Redoublant de prudence il fit appel à ses sortilèges de prédilection pour assurer sa sécurité : désillusion, Odorus, Hominem Revelo. Il commençait à les considérer comme un triptyque aussi inséparable qu'utile dans les situations délicates, même si leur usage le fatiguait beaucoup. Comme après le second match de Quiddich, il lui sembla percevoir un vague écho, auquel vint se joindre une seconde présence un peu plus proche et indéniablement humaine. De toute évidence, on le surveillait.
Il envisagea de mettre fin à la mascarade, d'aller affronter ceux qui entendaient garder un œil sur lui, mais il se ravisa vite. Ce serait agir de manière inconsidérée, vu les incertitudes actuelles. Il ne voulait pas risquer de se trouver pétrifié à son tour. Au lieu de cela, il se dissimula soigneusement, avant d'effectuer des détours, afin de semer les importuns. Une fois assuré de sa tranquillité, il s'isola dans un placard, pour pouvoir développer librement ses hypothèses sur le sort d'Ed Wood.
Malheureusement, il eut beau s'échiner sur les équations d'arithmancie les plus difficiles, que ce soit du côté des potions ou des sortilèges, cela ne lui fournit aucune piste probante. Seule la métamorphose lui parut présenter quelque chance de succès, mais il aurait fallu pour cela disposer de connaissances dépassant largement tout ce qu'on enseignait à Poudlard. Par certains côtés, cela semblait même relever de la mythique science d'alchimistes, comme le fameux Nicolas Flamel.
Le fait de ne pouvoir consulter aucun livre ne lui facilitait pas la tâche. S'il se rendait à la bibliothèque, tout le monde saurait quels ouvrages il venait lire, ce qui risquait de constituer des preuves contre lui. S'il y allait clandestinement, et qu'on le surprenait, sa démarche paraîtrait d'autant plus suspecte. Il ne l'envisagerait que s'il trouvait un sujet suffisamment ambigu pour ne pas risquer de l'incriminer. De plus, l'usage exclusif de la dicta-plume le ralentissait. Il devait admettre que réfléchir en échangeant avec quelqu'un lui manquait. Sûrement une mauvaise habitude acquise à cause de Tom et Arthur.
Même dans le cas d'un philtre, il aurait accueilli l'aide de Damoclès Delby avec plaisir. Malheureusement, comme il ne voyait pas comment le contacter sans attirer l'attention, il dut y renoncer. Le souvenir de ses conversations avec le maître des potions finit cependant par lui donner une idée. Le monde sorcier abritait des êtres aussi divers qu'inattendus. Et si l'un d'entre eux possédait un pouvoir de pétrification ? À force de fouiller dans sa mémoire, il finit par se rappeler un nom évoqué avec Arthur, pendant les vacances de Noël : les gorgones.
La légende grecque lui revint alors en tête. Un héros mythique parvenait à terrasser Méduse, la plus dangereuse de ces créatures, alors qu'elle pouvait figer ses adversaires rien qu'en les regardant. Dumbledore avait-il fait appel à une de ces créatures pour le piéger ? Méduse hantait-elle ces murs ? Cette hypothèse posait plus de problème qu'elle n'en résolvait.
Comment le vieux sorcier parvenait-il à maîtriser un tel monstre, réputé pour son agressivité ? Surtout, s'il s'absentait pour la laisser agir. À ce compte, il ne faudrait pas s'étonner si, lors de la prochaine fête d'Halloween, on croisait un troll dans les toilettes. Et si le caractère impétueux des gorgones ne constituait qu'un compte très exagéré ? d'un autre côté, pourquoi ne pas s'en prendre directement à Severus, si le directeur disposait d'un moyen aussi redoutable ? Il suffisait ensuite de faire traîner la préparation du remède pendant que son corps gisait à l'infirmerie. Beaucoup de choses ne collaient pas.
Il décida de se laisser un temps de réflexion, histoire de prendre du recul et de pouvoir envisager la situation sous un autre angle. Régulièrement, il détectait les deux présences qui le surveillaient, mais elles gardaient leurs distances respectives, aussi ne s'inquiétait-il pas trop. Il se renseigna discrètement sur le degré d'avancement du philtre pour Ed Wood : les mandragores poussaient lentement, sous la garde attentive du professeur Chourave. Une fois le serredaigle remis sur pied, il pourrait non seulement disculper Severus, mais encore apporter des éclaircissements. Là aussi cependant, il faudrait attendre encore plusieurs mois.
Rongeant son frein, l'adolescent chercha un exutoire dans ses entraînements avec Victoire. Pour qu'il progresse en esquive, elle estimait qu'il devait apprendre les rudiments de la danse. Devant sa réticence à la pratique du ballet, elle s'était décidée à lui montrer des choses plus modernes, comme la valse, le tango ou le rock, à l'aide de sa boite à musique.
Bien qu'il lui arrive encore régulièrement de se sentir ridicule, il ne pouvait nier ses progrès. Peu à peu, non seulement il apprenait à mieux bouger son corps, mais aussi à lire les mouvements de ses adversaires dans un combat. De la même manière qu'il en venait à deviner intuitivement comment guider sa partenaire, il pressentait quelle sortilège elle s'apprêtait à lui lancer. Ces nouvelles connaissances lui permirent d'améliorer substantiellement ses capacités de feinte.
Il finit par réaliser que tous ses plans reposaient sur une base fragile. Dumbledore maîtrisait parfaitement la légilimancie. Severus savait protéger son esprit, mais il n'en allait pas de même pour Victoire. s'il sondait la Poufsouffle, le vieux sorcier risquait de découvrir leur stratégie pour contacter madame Adams-Arès. Quand il interrogea la quatrième année, il apparut que sa seule protection consistait à éviter de croiser le regard du vieux sorcier. Elle accepta donc sans hésiter qu'il lui enseigne les bases de l'occlumencie, proposant en échange de lui montrer comment combiner boxe et sortilèges. Tous deux travaillèrent avec acharnement, mais s'accordèrent à trouver leurs progrès bien trop lents.
En attendant, il ne voyait toujours pas comment s'extraire du traquenard dans lequel on voulait l'impliquer. Il finit par se demander si un des Maraudeurs pouvait se transformer en gorgone. Le contrôle de sa forme animagus par un sorcier permettrait d'expliquer le comportement de la créature.
Séduisant, sauf que ça ne collait pas avec le caractère de Potter. Plutôt que de suivre des instructions alambiquées, il aurait directement pétrifié Severus. En allait-il de même pour Pettigrow ? l'étudiant joufflu dissimulait-il derrière son apparence insignifiante un caractère retors ou des ressources insoupçonnées ? Saisi par le doute, il prit le risque d'aller ouvertement à la bibliothèque effectuer des recherches qu'il espérait anodines.
Malgré plusieurs jours de travail intensif, il ne trouva aucune trace d'un animagus capable de devenir une créature magique. Quelles que soient les formes que les deux crétins adoptaient, il s'agissait d'animaux moldus.
Après cette nouvelle déception, il réalisa avec un brin d'effarement, que la fin mars approchait. Il lui restait à peine deux mois avant les BUSES. Si le prochain guet-apens survenait au milieu de ses révisions, cela compromettrait gravement ses chances de succès. Une telle perspective lui apparut insupportable. Les diplômes constituaient sa meilleure chance d'assurer son avenir, il entendait s'y préparer au mieux. Fidèle aux habitudes prises avec Tom, il établit un plan aux multiples facettes, qu'il entreprit de mettre à exécution.
D'abord, lors des entraînements de Quiddch, il entreprit de surmonter sa misanthropie pour discuter avec les élèves plus âgés que lui. Agnès dut voir ses efforts, car, sans doute prise de pitié, elle engagea la conversation, le laissant orienter leurs propos vers les examinateurs du ministère. Comme l'année dernière avec les enseignants, il entendait connaître à l'avance ses interlocuteurs pour s'adapter à chacun d'entre eux. Ainsi, il maximiserait ses chances d'obtenir les meilleures notes.
D''autre part, il décida de recourir à une mesure drastique. Plutôt que d'attendre passivement qu'on le déstabilise au plus mauvais moment, il allait provoquer les évènements. Puisqu'on voulait l'impliquer, eh bien il allait fournir une occasion à ses ennemis. Il jouerait le rôle de l'appât, pour les pousser à se découvrir.
Dès le lendemain, il entama des révisions d'un genre un peu particulier. Après le dîner, il quittait ostensiblement la grande salle, pour se mettre à parcourir longuement les couloirs les plus reculés qu'il ne quittait qu'à l'approche du couvre-feu. Au début, Potter essaya bien de le suivre, mais il dut vite renoncer. Habitué à sa cape d'invisibilité, le Gryffondor maîtrisait mal la désillusion. Sans cet accessoire, il se révélait incapable de faire preuve de discrétion et facile à semer. Encore une preuve de la vacuité du binoclard.
Severus put donc arpenter les corridors dans une relative sérénité, réussissant à occluder tout en gardant ses sens en alerte. Quoique instable, une telle disposition lui permettait de réviser ses cours les plus importants de l'année, comme ses recettes de potion ou ses formules d'arithmancie. Même si ça ne valait pas les sessions d'étude à la bibliothèque, il fallait admettre qu'il s'agissait d'une méthode acceptable pour commencer à préparer ses examens.
Un soir cependant, un évènement inattendu vint chambouler sa tranquillité. Surgissant d'un mur un petit homme aux vêtements bariolés vint le dévisager d'un regard malicieux.
- Holà élève cracra ! Drôle d'idée de traîner, matte qui t'a rencontré ?
- Peeves…
- Mais c'est qu'il connaît mon nom le gringalet ! Pas trop de gringue d'ailleurs. Plutôt laid.
Severus fit de son mieux pour cacher son agacement. S'il s'en rendait compte, l'esprit frappeur ne le lâcherait plus, ce qui contrarierait ses plans. Mieux valait jouer sur les points faibles du poltergeist. Par exemple en évoquant un des rares êtres qui lui fasse peur.
- Savez-vous que le baron sanglant est venu me rendre visite à l'infirmerie, avant Noël ? Il semblait apprécier mes capacités. Si je le revois, je crois que je lui parlerai de vous.
En entendant ces paroles, le petit homme recula vivement, à la grande satisfaction de Severus. L'adolescent dut pourtant échouer à dissimuler ses émotions, car Peeves se reprit aussitôt.
- Bien essayé, Sevy, très marrant. T'es un rigolo toi ! Je te quitte plus, ça va être amusant.
Joignant le geste à la parole, il se mit à tourner autour de l'adolescent, en émettant des borborygmes aussi bruyants que vulgaires. Dans ces conditions, impossible pour le jeune sorcier de mener à bien un quelconque projet discret. Saisi d'une inspiration il brandit sa baguette.
- Bloclang !
Brusquement, un silence de plomb enveloppa l'esprit frappeur. Il avait beau remuer les lèvres, aucun son n'en sortait plus. s'arrêtant en l'air, il jeta à l'adolescent un regard furieux, où transparaissait également une bonne dose d'incompréhension. Il était temps de pousser l'avantage.
« Donc mes calculs d'arithmancie sont bons, j'ai trouvé un moyen pour que mes sorts fonctionnent sur les fantômes et les poltergeists. » Il fit mine de s'interroger à haute voix. « Je pourrais essayer quelque chose de plus puissant ? Personne ne le saurait si j'utilisais un Impardonnable. Allez, Endolo… ! » Avec une grimace d'effroi, Peeves disparut d'un coup. Une bonne chose de faite.
De par sa capacité à se déplacer à volonté dans l'école, l'esprit frappeur constituait un facteur de perturbation à tenir à distance. Pour ne rien arranger, on ne pouvait le détecter ni avec Odorus, ni avec Hominem Revelo. Or ces deux sortilèges constituaient la clé de voûte de la stratégie de l'adolescent. En traînant seul, il offrait l'opportunité d'agir aux deux présences qui le suivaient assidûment. Dès qu'elles se décideraient, il exploiterait la situation à son avantage.
Malheureusement, les jours s'écoulaient sans réel progrès. Pour ne rien arranger, il commençait à ressentir la fatigue qu'induisait l'usage répété de puissants sortilèges, surtout employés de manière informulée. Alors qu'il lui semblait relancer pour la centième fois Hominem Revelo, il nota un changement. La présence la plus lointaine, la plus difficile à capter, venait de disparaître. Quelques instants plus tard, elle se matérialisa au loin dans une section très mal éclairée du couloir, avant de s'évanouir de nouveau. Gardant de son mieux l'air impassible, Severus continua son chemin, sans broncher, s'engageant dans le passage obscur où il ne tarda pas à trébucher sur un obstacle.
Il prit grand soin de tomber sur la masse informe, qu'il palpa soigneusement pendant qu'il faisait mine de se relever. Pour détourner l'attention, il se mit également à parler à voix haute.
- Qu'est-ce que… ? On n'y voit rien ! Lumos. Oh, par Merlin ! AU SECOURS !
Veillant à paraître affolé, il revint sur ses pas en courant, sa baguette à la main, droit sur la présence humaine toute proche qui avait continué à le suivre. Si on le croyait paniqué, on se méfierait pas. Il allait se rapprocher du sorcier dissimulé, le neutraliser, puis l'interroger. Focalisé sur le déroulement de son plan, il ne s'attendait pas à ce que son objectif se rende visible.
- Viviane ?
Sans même prendre la peine de lui répondre la préfète passa devant lui. Le temps qu'il la rejoigne, elle avait déjà trouvé le corps. Elle s'attendait visiblement à cette découverte, car elle ne marqua qu'un très bref arrêt, avant d'enjamber l'étudiant à terre. Sans un regard en arrière, elle s'avança rapidement dans le couloir.
Quand elle disparut au loin, il crut qu'elle l'abandonnait, jusqu'à ce qu'il l'entende parler. Interloqué, il se rapprocha assez pour l'apercevoir dans un recoin, en grande discussion avec une peinture. Il avait oublié la propension des tableaux à travailler pour le vieux sorcier.
- Si le directeur n'est pas là, alors prévenez le directeur adjoint.
Ils attendirent la venue de Flitwick en silence. Les questions se bousculaient dans la tête de Severus, mais il n'oubliait pas la présence du portrait sur le mur. Hors de question de divulguer des informations en présence d'un mouchard.
Quand le petit enseignant arriva, il sembla juger la situation, avant même de lancer le sort de diagnostic. « Il a visiblement subi le même sort qu'Ed Wood. » Son regard balaya la pièce, avant de s'arrêter sur Severus. « C'est la deuxième fois en quelques semaines que ce genre d'incident arrive, monsieur Rogue. Et c'est aussi la deuxième fois que l'on vous trouve sur place. »
Une lueur de méfiance commençait à apparaître dans les yeux de l'adulte, quand Viviane vint mettre son grain de sel. Elle rappela qu'elle avait donné elle-même l'alerte, affirma qu'ils avaient découvert le corps alors qu'ils se trouvaient ensemble.
L'explication ne satisfit qu'à moitié le petit enseignant.
- Vous pouvez remercier une élève nommée Arès. Encore une fois. Cela commence à faire beaucoup de coïncidences, monsieur Rogue.
- Vous croyez vraiment que Severus se laisserait surprendre en train d'agresser des élèves ? Et plusieurs fois de suite ?
Le directeur adjoint prit le temps de réfléchir à la question de la serpentarde, avant de répondre. « Pourquoi pas, s'il s'agit d'un moyen alambiqué de détourner les soupçons. À moins que quelqu'un n'essaye de vous faire accuser… »
Sur ces dernières paroles pensives, il leur enjoignit de regagner leurs quartiers, pendant qu'il transportait le corps de la nouvelle victime à l'infirmerie. Dès qu'ils se retrouvèrent seuls, Severus lança un Assurdiato. Il allait profiter de l'opportunité, au lieu de devoir se créer une occasion.
- Tu me suivais, et ça ne date pas d'aujourd'hui. Tu fais ça depuis le match de Quiddich, pas vrai ?
- Comment tu as fait pour me détecter ?
Elle paraissait surprise, mais il pouvait s'agir d'une diversion, ou d'une tentative pour connaître ses méthodes. Hors de question d'entrer dans son jeu.
- Réponds-moi !
- Flitwick a raison, on veut t'incriminer. Nous sommes alliés, je devais en savoir plus.
- Et si je t'avais prise pour un ennemi et que je t'avais attaquée ?
- C'était un risque à courir.
Cette fois, elle essayait clairement de noyer le poisson, mais il ne s'y laissa pas prendre.
- Tu as cru que j'avais agressé Ed Wood, pas vrai ? Tu voulais me coincer en train d'attaquer une élève.
- J'ai envisagé toutes les hypothèses. Après ta dispute avec Potter…
Ce n'était pas une bonne idée de lui rappeler ce souvenir.
- Alors C'est comme ça ? Ne pas me laisser faire par la petite brute qui m'agresse depuis des années, fait de moi un psychopathe qui pétrifie les gens pour le plaisir. Et pourquoi pas des orgies sataniques avec Agnès ?
- En parlant de ça, tu joues à quoi avec ma sœur ?
- C'est tout ce qui t'intéresse ? Il suffisait de demander. Elle et moi, on s'entraîne. Tu sais, les séances décidées l'année dernière avec toi et Régulus auxquelles vous ne participez plus ni l'un ni l'autre. Victoire veut savoir se défendre toute seule. Elle progresse vite, bientôt elle n'aura plus besoin qu'on veille sur elle. Si tu ne me crois pas, tu peux revenir t'exercer avec nous pour vérifier.
- J'ai autre chose à faire en ce moment ! Et j'apprécierais que tu gardes tes distances avec elle.
- C'est une grande fille qui fait ses propres choix. Tu n'as qu'à la convaincre toi-même.
- Je la connais, quand elle s'y met, C'est une tête de mule qui ne voudra rien entendre.
- Tiens, c'est bizarre, ça me rappelle quelqu'un…
- Je t'avertis, si tu n'agis pas, je préviens maman.
La menace était sérieuse, mais il ne se sentait pas d'humeur à céder. « Tu veux la prévenir de ce qui se passe à Poudlard ? Tu sais très bien que dans ce cas, elle va s'en mêler. Dumbledore veut visiblement tout garder en interne. Si elle le contrarie, elle risque de perdre son travail. » Les choses pouvaient changer si on amenait à la née-moldu une théorie bien étayée, mais on en était pas encore là. « De toute façon, je ne vois plus Victoire que pour les entraînements. Tu te trouves plus impliquée qu'elle, puisque non seulement tu me suivais, mais tu viens de témoigner en ma faveur. »
- Elle l'a fait également !
- Pour confirmer la version d'Agnès. Pas comme unique garant de mon innocence.
- La nouvelle victime est un Poufsouffle ! Ma sœur la connaissait sûrement, elle va vouloir s'impliquer. Tiens-la à l'écart
- Montre donc l'exemple et arrête de me tourner autour.
- J'ai une révélation pour monsieur l'égocentrique : le monde ne gravite pas autour de ta petite personne. j'ai éliminé la piste qui te concernait, il m'en reste d'autres à explorer.
- Eh bien, tu m'en vois ravi.
Sans ajouter un mot, ils se séparèrent aussitôt arrivés à la salle commune. Toujours contrarié, Severus fila directement dans le local aménagé au cœur de sa malle. Prenant à peine le temps d'enlever sa cape, il entama des exercices de gymnastique, qu'il combina bientôt avec l'occlumencie, afin de se calmer un peu.
Toutes ces semaines de perdues ! Pendant qu'il essayait de pousser une élève à la faute, elle, elle attendait qu'il commette une erreur. Le pire, c'est que, s'il l'avait attaquée, il aurait justifié les accusations de Potter.
Est-ce qu'il s'agissait du véritable objectif de Dumbledore ? Le rendre paranoïaque pour qu'il commette des erreurs ?
Ça n'expliquait pas la seconde présence, plus lointaine et plus effacée qui semblait pouvoir apparaître et disparaître à l'intérieur de Poudlard.
Et s'il s'agissait de Méduse ? Peut-être qu'on parvenait à détecter partiellement les gorgones par Hominem Revelo du fait de leur caractère humanoïde ? Par ailleurs, si les elfes parvenaient à transplaner au sein de Poudlard, pourquoi d'autres créatures magiques ne posséderaient-elles pas les mêmes facultés ? Cette hypothèse expliquait beaucoup de choses. Et si le directeur maintenait le monstre sous Imperio, cela résolvait même le mystère de son comportement. Finalement, les derniers évènements lui permettaient de voir les choses sous un jour nouveau. Et il ne s'agissait pas de seul point positif de la soirée.
Avisant sa cape, il en découpa des fragments, qu'il déposa dans des flacons hermétiques. Un Ododrus sur le dernier tube lui confirma qu'il possédait désormais des échantillons de l'odeur animale détectée sur Ed Wood. Heureusement que Tom lui avait appris à toujours prévoir un plan avec une solution de secours. Malgré la présence de Viviane, il était parvenu à se procurer un atout supplémentaire.
Dès demain, il partirait à la chasse à la méduse.
Je dois avouer que quand j'ai commencé La Chambre des Secrets de JK, il y a bien des années, je croyais vraiment que Méduse se cachait à Poudlard. En plus les gorgones existent bien dans l'univers de Harry Potter.
