Bonjour à tous. J'espère que vous avez passé de bonnes vacances. Moi, je m'apprête à repartir quelques jours et il semble que la météo soit de mon côté... Je n'en oublie pas pour autant mon planning. Profitez bien du nouveau chapitre.


Sans surprise, dès le lendemain, tout Poudlard bruissait des rumeurs les plus folles sur la nouvelle agression. Évidemment, en apprenant la présence de Severus sur les lieux, Potter se mit à l'accuser, le dépeignant comme un criminel éhonté, rodant sournoisement dans les couloirs à la recherche d'une proie innocente.

Pour appuyer ses dires, il n'hésita pas à faire appel aux arguments les plus bizarres, comme les Maisons auxquelles appartenaient les deux victimes. d'après le Gryffondor seul quelqu'un de particulièrement lâche pouvait s'en prendre à des élèves aussi faibles. Toujours aussi subtil, il ne réalisait visiblement pas à quel point il se montrait insultant pour les Poufsouffles ou les Serredaigles. Quand on apprit l'identité de la dernière victime, la bêtise de son raisonnement s'étala dans toute sa splendeur.

Contrairement à la plupart des blaireaux, Jean-Édouard Aspi traînait une drôle de réputation. Son père, fortement soupçonné d'appartenir aux Mangemorts, avait un jour mystérieusement disparu, pour se soustraire aux enquêteurs du Ministère d'après la rumeur. Sa mère, issue d'une vieille lignée aristocratique, s'était murée dans un silence obstiné, opposant aux questions des forces de l'ordre une fin de non-recevoir non dénuée de morgue. Cette attitude exaspérante lui avait finalement valu de se faire envoyer à Azkaban par Barty Crouch, un de ses interrogateurs. Depuis lors, elle croupissait dans une cellule cernée par les détraqueurs.

Il se murmurait que leur fils, loin de renier ses parents, cultivait discrètement des relations avec quelques-uns de leurs amis les plus sulfureux. Comme quoi la loyauté pouvait prendre des formes inattendues. En tout cas, tout ça ne collait pas avec l'image de la pauvre victime sans défense, dépeinte par Potter. Le binoclard essaya bien d'expliquer que Severus s'était débarrassé d'un dangereux concurrent, mais il ne réussit qu'à se couvrir de ridicule. Seul Pettigrow parut accorder du crédit à cette fable stupide. À moins qu'il n'ose tout simplement pas contrarier le dernier de ses protecteurs.

Severus ne reçut jamais de convocation. d'abord soulagé de ne pas devoir se justifier, il jeta peu à peu un regard nettement plus mitigé sur la situation. Pourquoi Flitwick n'agissait-il pas ? Dumbledore voulait-il éviter une mauvaise publicité qui nuirait à la réputation de l'établissement ? Le vieux sorcier choisissait sûrement les proies de Méduse avec soin, de manière à pouvoir blâmer Severus sans trop nuire à la réputation de Poudlard.

Dans ce cas, il fallait absolument que le serpentard mette la main sur des preuves substantielles, avant qu'il ne soit trop tard. Il se remit donc à arpenter les couloirs de Poudlard, tout en veillant désormais à se désillusionner pour éviter qu'on le détecte. Pour éviter de s'épuiser, il dut cependant restreindre son utilisation d'Odorus et Homineme Revelo.

Même limité, le recours à ces deux sortilèges lui indiqua que plus personne ne le suivait. Viviane poursuivait sans doute d'autres chimères, mais pourquoi ne détectait-il plus la gorgone ? En y repensant, il réalisa que six semaines au moins s'étaient écoulées entre les deux agressions. l'attaque pétrifiante épuisait-elle la créature ? Si en ce moment elle se reposait, il fallait qu'il profite de l'opportunité.

Grace aux échantillons de tissus qu'il était parvenu à se procurer, il mémorisa l'odeur du monstre, puis entreprit de quadriller les corridors, à la recherche de la moindre piste. Il ne détecta rien à l'emplacement de la découverte du corps du Poufsouffle. Paradoxalement, cela collait avec son hypothèse d'une créature capable de transplaner.

Il étendit ensuite ses investigations à tout l'étage, sans plus de succès, avant de décider d'élargir encore son périmètre de recherches, nullement découragé. Même si la gorgone disposait d'une bonne cachette, il avait bien fallu qu'elle en sorte pour agresser ses proies. Ses soupçons finirent par se confirmer quand il capta enfin une odeur. Bien qu'assez ancienne, elle le mena jusqu'à une pièce à la disposition étrange.

Il devait s'agir d'une ancienne salle de classe, désormais transformée en entrepôt, puisque des meubles recouverts de draps s'y entassaient en désordre. l'un d'entre eux, moins bien protégé, laissait deviner un miroir. Une des victimes devinant ce qui la menaçait, s'était-elle souvenue du stratagème de Persée pour vaincre Méduse ? De toute évidence, avec moins de succès que le héros grec.

Quand il voulut suivre la piste qui devait mener à la salle, il rencontra cependant pas mal de difficultés. Il craignit un moment que la Gorgone ait encore transplané, mais, à force d'opiniâtreté, il détecta enfin quelques faibles effluves qui l'amenèrent jusqu'à une nouvelle pièce. Il ne put retenir une grimace de contrariété en reconnaissant les lieux. Tous les élèves de Poudlard savaient qu'il fallait éviter l'endroit. Il s'agissait de toilettes qui servaient d'abri à Mimi geignarde, une revenante absolument insupportable.

Loin de la réserve de la plupart des spectres, elle n'hésitait pas à interpeller bruyamment tous ceux qui avaient le malheur de la croiser, avant de pleurnicher sur son sort. Si Severus s'aventurait chez elle, nul doute qu'elle se lancerait dans une de ces retentissantes tirades. Il devrait prendre des précautions pour rester discret.

Serrant les dents, il renforça sa désillusion. Même allégée, la dépense d'énergie quotidienne commençait à le fatiguer sérieusement. Pour ce soir, il recourrait à l'occlumencie, histoire de pouvoir se concentrer sur son objectif, mais il ne faudrait pas que ça devienne une habitude.

Un mouvement de baguette, suffit pour que la porte s'ouvre devant lui. « Qu'est-ce que C'est que ça ? Il y a des courants d'air jusqu'ici, maintenant ? Évidemment, c'était le seul endroit où la pauvre Mimi trouvait un peu de tranquillité, mais ça ne pouvait pas durer. Pourquoi est-ce que je ne suis pas morte tout simplement … »

Quatre phrases et Severus n'en pouvait déjà plus de cette logorrhée verbale. Il envisagea de la réduire au silence avec Bloclang, mais en agissant ainsi, il risquait de dévoiler sa présence. Occludant de son mieux, il examina la pièce. Un grand miroir fissuré, des stalles sordides aux portes en bois décaties et, au centre, des lavabos regroupés en cercle. Il se dégageait de l'ensemble une impression particulièrement déprimante, mais rien qui permette de faire le lien avec le monstre. En désespoir de cause, il finit par relancer un Odorus. l'odeur de la gorgone lui sauta aux narines, mais il ne parvint pas pour autant à lui attribuer une origine précise.

Ignorant de son mieux le monologue qui lui vrillait toujours les oreilles, il se creusa la cervelle à la recherche d'une solution. Il devait forcément exister un accès dissimulé quelque part dans la salle, mais où ? Quand le bavardage insupportable s'arrêta enfin, il reprit ses investigations, déterminé à aboutir. Malheureusement la lassitude aidant, il finit par heurter bruyamment une porte, ce qui provoqua une nouvelle crise du spectre. Par chance elle incrimina Peeves, mais le volume sonore devint quasiment intolérable. Impossible de travailler dans ces conditions, ce vacarme finirait inéluctablement par attirer l'attention. Exaspéré, il quitta les lieux pour retrouver un peu de calme, et examiner ses options.

Il venait d'effectuer des progrès substantiels. Il savait maintenant que la solution à ses ennuis se trouvait au deuxième étage, mais elle se dérobait encore à lui. Il avait arpenté les couloirs pendant des jours sans se décourager, il devait encore faire preuve d'un peu de patience. Faute de mieux, il attendrait caché dans une des stalles, que la créature sorte de sa tanière. Il tâcherait de prendre le monstre par surprise, pour le capturer en mettant à profit ses talents de duelliste. Si ça s'avérait impossible, il parviendrait bien à comprendre comment fonctionnait le passage secret. Il lui suffirait ensuite de transmettre l'information à madame Adams-Arès.

Cependant, la nécessité de rester discret allait lui compliquer passablement la tâche. En se désillusionnant des soirées entières, il finirait par s'épuiser. Une mauvaise idée, s'il lui fallait ensuite livrer bataille. Il eut beau retourner le problème dans tous les sens, il ne voyait qu'une solution, mais elle ne l'enthousiasmait guère

Le lendemain, il quitta le dîner en déployant son habituel triptyque de sortilèges de sécurité, avant d'effectuer de surcroît de longs détours destinés à repérer une éventuelle filature. Une fois tranquillisé, il se dirigea vers une tapisserie, qu'il souleva pour pénétrer dans une alcôve au plafond particulièrement élevé. Pointant sa baguette presque à la verticale, il murmura Finite incantatem, provoquant la chute d'un vieux sac de classe.

Il ne put retenir un sourire. Transformer le sol en glu ne permettait pas seulement de ralentir un loup-garou. Rien n'empêchait modifier également une surface en hauteur, pour y jeter un objet. Après l'explosion de son laboratoire, les Maraudeurs avaient sûrement fouillé les lieux avec frénésie, sans jamais penser à lever les yeux pour regarder au-dessus de leur tête. Comme quoi ça pouvait payer de parier sur la bêtise de ses adversaires.

Une fois Noël passé, il lui avait suffi de venir récupérer la cape de Potter, restée sagement collée au même endroit pendant quinze jours, pour mieux la dissimuler. À l'origine, il ne pensait plus y toucher avant l'été, aussi s'était-elle retrouvée stockée dans sa meilleure cachette, celle qui abritait son plan d'origine pour faire revenir Lily. Les circonstances le forçaient à prendre plus de risques que prévu.

Il jeta un coup d'œil au vêtement. Jusqu'ici il n'avait pas pris le temps de l'examiner. En théorie, il pouvait concevoir le fonctionnement d'un tel objet, mais la réalisation pratique lui échappait. Si jeter un sort de désillusion sur un tissu ne posait pas de problème en soi, il fallait un enchantement extrêmement puissant pour parvenir à fonctionner en toute circonstance. Sans compter que la magie aurait dû finir par se dissiper.

Seules des runes particulièrement bien tracées pouvaient conserver durablement leur efficacité. Il lança un Lumos pour pouvoir mieux examiner l'étoffe, à la recherche de la moindre inscription, mais en vain. Il lui sembla vaguement discerner un rond barré dans un triangle, mais il n'aurait pas pu en jurer. De toute façon, ça ne ressemblait à aucun caractère de sa connaissance. Et si le tailleur s'était donné la peine de les dissimuler, comme lui pour sa sacoche ? Comment mieux cacher et protéger des symboles qu'en les inscrivant à l'intérieur de la doublure ? Ou mieux encore en les y brodant ! Impossible néanmoins de vérifier son hypothèse sans risquer d'endommager le tissu. Il valait mieux qu'il en revienne à son objectif initial.

Enfilant le vêtement, il en constata aussitôt l'efficacité. Plus besoin de dépenser d'énergie, pour devenir invisible. Dans ces conditions, il s'avéra nettement moins fatiguant de s'introduire dans les toilettes du deuxième étage. Mimi geignarde remarqua bien que la porte bougeait, mais ça ne provoqua qu'une brève séance de pleurnicheries. Négligeant le vacarme, il alla s'installer dans une des stalles. De là, il embrassait les lieux du regard, tout en évitant qu'on le remarque trop facilement, si la cape venait à glisser. Une fois le spectre calmé, il commença à occluder pour mieux se concentrer sur ses révisions. Au bout d'une heure, réalisant que rester debout ne servait à rien, il finit par s'asseoir.

La première soirée s'avéra infructueuse, mais ça ne le surprit pas. Il savait pertinemment qu'il s'agissait d'un travail de longue haleine. Le lendemain, un entraînement à la magie informulée lui fournit une bonne opportunité pour tester les effets d'un sortilège de coussinage sur le sol. Finalement, il s'allongea carrément par terre.

Il essaya de se convaincre qu'il adoptait une position plus détendue uniquement pour faciliter sa concentration, avant de reconnaître qu'il se sentait fatigué. Il envisagea bien de commencer chaque séance par un peu de repos, avant de réaliser que cela posait trop de problèmes. Il devrait recourir aux runes horaires pour se réveiller, ce qui pouvait d'attirer l'attention du spectre. En plus des inconvénients liés à une sonnerie, s'il relâchait son attention, il risquait de manquer la sortie de la gorgone.

Pourtant il aurait eu bien besoin de se reposer un peu, vu la tournure que prenaient leurs entraînements de Quidich. Malgré leurs succès, John ne leur laissait aucun répit, leur faisant répéter leurs exercices jusqu'à ce que l'épuisement le dispute à l'écœurement. Il ne se privait pas de leur rappeler qu'ils devaient encore affronter l'équipe des Gryffondors qui avaient eux aussi remporté deux victoires. Le vainqueur du dernier match remporterait la Coupe.

Quand la lassitude le gagnait, Severus se rappelait qu'ils se confronteraient bientôt aux joueurs dirigés par Potter. S'ils parvenaient à les battre, ça donnerait une bonne leçon au binoclard. Il fallait juste espérer que le capitaine des serpentards aie à nouveau gardé quelque atout dans sa manche.

L'activité physique leur permettait aussi de se vider l'esprit, ce qui les aidait à oublier un temps les mauvaises nouvelles qu'on lisait de plus en plus souvent dans le journal. Une importante attaque de Mangemorts venait de faire de gros dégâts à Londres tout particulièrement chez les Aurors. À nouveau Severus se demanda quels objectifs le Seigneur des Ténèbres poursuivait en utilisant de telles méthodes, même si cela présentait pour lui l'avantage d'une diversion : pendant que les adultes se focalisaient sur ces événements, personne ne s'occupait des problèmes de Poudlard, ce qui lui laissait le temps de préparer sa riposte. Malheureusement, il ne s'agissait que d'un sursis.

Un dimanche soir d'avril, il aperçut un personnage inattendu venir s'installer à la table des professeurs. Malgré les pansements qui lui recouvraient une bonne partie de la tête, ou la béquille sur laquelle il s'appuyait pour marcher, le serpentard reconnut immédiatement la silhouette d'Alastor Maugrey. Les mauvais souvenirs que réveillait l'individu lui coupèrent aussitôt l'appétit. Il se força à avaler quelques bouchées, mais le regretta dès que Dumbledore se leva pour prendre la parole.

D'un ton guilleret, il présenta comme le nouvel arrivant aux étudiants. d'après lui, il s'agissait d'un de ses anciens élèves les plus doués, qui resterait quelque temps à l'école pour se remettre des blessures récoltées en service. Cela lui donnerait aussi l'occasion d'effectuer des travaux de recherches académiques pour son compte personnel. Enfin, il en profiterait pour évaluer la sécurité de l'établissement, tout particulièrement en ce qui concernait les sorties à Pré-au-Lard.

La plupart des convives semblèrent gober ces explications vaseuses, mais Severus, lui n'était pas dupe. L'auror n'avait pas réussi à l'envoyer à Azkaban la dernière fois, alors il comptait sûrement profiter de l'occasion pour se rattraper. On mettait en place contre lui le même piège que l'été dernier, avec les mêmes protagonistes.

Il envisagea de contacter immédiatement madame Adams-Arès, mais il réalisa qu'il disposait de trop peu d'éléments pour prouver son innocence. S'il connaissait la nature du monstre responsable des attaques, il lui restait à découvrir l'accès à sa tanière. À ce moment seulement, il pourrait faire éclater au grand jour les machinations du directeur. Encore un peu de patience.

Dans un premier temps, tout parut pouvoir continuer comme avant. Maugrey passa la majeure partie de son temps à l'infirmerie pour se soigner. d'abord sceptique, Severus finit par obtenir confirmation de l'information grâce à Victoire. Fidèles aux valeurs de leur maison, des Poufsouffles visitaient régulièrement Jean-Édouard, pour prendre de ses nouvelles auprès de l'infirmière. Ils purent attester que l'auror recevait sans conteste des soins importants. Par malheur, cela ne dura pas.

Bientôt les élèves se mirent à croiser à l'improviste, une silhouette claudicante, à l'imposante carrure. L'adulte ne se gênait pas pour les interpeller, officiellement dans le cadre de l'évaluation de la sécurité de l'école. Severus ne s'y laissa pas prendre, redoublant de précautions pour éviter de le croiser. Il ne manqua pas de le remarquer un jour en grande conversation avec Potter. L'étau se resserrait peu à peu.

Devant la tournure que prenaient les événements, il résolut de changer son angle d'attaque, et d'inspecter minutieusement les murs des toilettes pour y trouver la trace du passage. La cape d'invisibilité devrait lui permettre de mener cette tâche à bien sans coup férir. Le cas échéant, il utiliserait Assurdiato sur la revenante. Malheureusement, tout ne se passait pas toujours comme prévu.

Un soir, comme il tournait dans un couloir, il fit une rencontre de mauvais augure.

« Tiens, Rogue. » Malgré toutes ses précautions, Maugrey l'avait trouvé. « Ça tombe bien, je voulais te causer. »

Occludant de son mieux, il se força à répondre d'une voix neutre. « Désolé, mais je crois que ça ne va pas s'avérer possible. »

- Je m'en balance de ce que tu crois, je suis sûr que tu as des trucs à me dire. On peut le faire ici ou dans le bureau de Dumbledore, comme tu préfères.

L'absurdité de l'argument désarçonna carrément le jeune sorcier. Avant qu'il puisse se reprendre, une voix retentit derrière eux.

- Ça me surprend que le directeur envisage de convoquer Severus.

Mécontent, l'adulte reporta son attention sur l'étudiante qui s'avançait.

- Reste en dehors de ça gamine !

Malgré la sécheresse du ton, Viviane ne se démonta pas. « Ah, mais moi aussi, je souhaite continuer à aller à Pré-au-Lard. C'est bien de cela que vous voulez parler, non ? »

- Joue pas à la plus maligne, tu sais très bien de quoi il s'agit. Quand on aura trouvé l'auteur des agressions, il filera direct à Azkaban ! Tout comme ses complices, d'ailleurs…

Cette nouvelle tentative de déstabiliser la jeune sorcière échoua comme la précédente. Comme elle semblait loin, l'adolescente si facilement manipulée par Dumbledore avant Noël. En ce moment précis, sa maîtrise de la situation faisait irrésistiblement penser à sa mère. « Si le ministère ouvre un enquête, alors, en tant que mineurs, nous avons le droit à l'assistance d'un adulte. À quel titre agissez-vous ? »

- Demandez à Albus !

- Si vous n'occupez aucun poste officiel dans cette école, nous n'avons pas à vous répondre. Et si le directeur souhaite nous questionner moi ou Severus, alors là aussi nous sollicitons la présence d'un adulte.

- Qu'est-ce que C'est encore que ce délire ?!

Soit il jouait remarquablement la comédie, soit Dumbledore n'hésitait pas à faire des cachotteries, même à ses partisans. Autant en profiter.

- Il semblerait que le Directeur compte parmi ses prérogatives le droit de faire passer un contrat magique à un élève. S'il s'agit d'étudiants mineurs, ils peuvent donc se faire assister.

Cette fois, l'auror ne réussit pas à cacher sa surprise. Le vieux sorcier le traitait-il comme Potter ? Un simple pion qu'il manipulait comme bon lui semblait ? Il fallait continuer dans cette voie.

- Il ne vous en pas parlé ? C'est sûrement un oubli de sa part. Il vous a sûrement communiqué le résultat du sort de diagnostic lancé par le directeur adjoint ? Il vous a au moins dit que j'ai accepté qu'on pratique Priori Incantatem sur ma baguette pour démontrer mon innocence ?

- Ça ne prouve rien !

- Tout comme trouver Severus à côté d'une personne évanouie ne prouve pas qu'il l'a agressée.

- Ne te donne pas tout ce mal, Viviane. L'auror Maugrey préfère suivre les ordres du Directeur sans discuter, plutôt que réfléchir par lui-même et mener une véritable enquête.

Bizarrement, l'adulte ne réagit pas à la provocation. Prenant visiblement sur lui, il les regarda fixement quelques instants, avant de parler.

« Vous seriez surpris de ce qu'on peut obtenir avec un bon travail d'investigation. Ne croyez pas en avoir fini avec moi. » Sur ces paroles, il tourna brusquement les talons. Malgré sa claudication, il se déplaçait étonnamment vite.

Severus avisa la serpentarde. Elle venait de démontrer une remarquable connaissance du droit et des procédures juridiques, mais C'était un autre point qui le préoccupait.

- Comment tu m'as trouvé ? Tu t'es remise à me suivre ?

- Ce n'est pas toi que je suivais, mais lui. Il ne s'en est même pas rendu compte, il ne va pas fort. Cette histoire de convalescence, ce n'était pas du bluff.

- Et pourquoi…

- Victoire m'a dit que tu te renseignais à son sujet. Comme maman m'avait raconté son intervention de l'été dernier, ce n'était pas compliqué de deviner ce qui allait finir par arriver. En même temps, en traînant tout seul dans les couloirs, tu fais tout ce qu'il faut pour attirer les soupçons.

Évidemment, elle ne pouvait pas s'empêcher de le sermonner.

- Et en me défendant, toi tu passes pour ma complice.

- Je suppose que c'est ta manière très personnelle de me remercier ?

- Je m'en serais très bien sorti tout seul !

- C'est évident…

À nouveau leur conversation dérapait. Depuis quelque temps, il leur devenait impossible de parler sans se quereller. Aussi mécontents l'un que l'autre, ils en restèrent là.

Échaudé par l'incident, il prit la décision difficile de ne plus s'approcher de la cape de Potter. Si on la découvrait en sa possession, cela constituerait une preuve supplémentaire contre lui. Il envisagea de retourner examiner les toilettes en se désillusionnant, mais il risquait à nouveau de s'épuiser. l'idéal aurait consisté à ce qu'il ne s'y rende que pour la prochaine sortie du monstre, mais il ne voyait pas comment y arriver. Il fallait espérer que les indices qu'il possédait suffiraient, si jamais on essayait encore de le piéger.

Au moins Maugrey ne l'approcha plus. Par contre, on l'aperçut à plusieurs reprises sur les lieux des deux attaques. Bizarrement, on le vit également s'entretenir avec des élèves qui ne semblaient avoir aucun lien avec l'agression. Parmi eux, Severus reconnut même l'étudiante qui avait interrompu sa conversation de janvier avec Slughorn, pour une histoire d'araignées. Peu après, Victoire lui rapporta une anecdote encore plus étrange.

- Il discutait avec Hagrid, ils parlaient animaux. Monsieur Maugrey se renseignait sur les poules. Tu crois qu'il veut commencer un élevage ?

Il lutta pour ne pas lever les yeux au ciel. Lors de leurs entraînements, la petite poufsouffle lui procurait des renseignements intéressants, mais sa naïveté pouvait s'avérer consternante.

- Qu'est-ce que j'en sais ? Tu n'as qu'à demander à Hagrid.

- C'est ce que j'ai fait, mais il préfère qu'on parle des animaux de la forêt. Il est doué, tu sais. Un jour, il pourrait tout à fait remplacer monsieur Brûlopot.

Emportée par son enthousiasme, elle se mit à babiller sur la magicozoologie. Il fit de son mieux pour ne pas y prêter attention, mais ils se trouvaient en plein tango. Impossible de prendre ses distances. En désespoir de cause, il essaya de changer de sujet.

- Merci d'avoir parlé de moi avec ta sœur. Sans toi, je me serai retrouvé tout seul.

- C'est normal Severus, C'est ce que font les amis.

Décidément, il s'avérait impossible de discuter avec quelqu'un d'aussi naïf. Cela ne l'aida guère à surmonter sa frustration, mais au moins la situation ne s'aggrava pas. Tandis que le souvenir des agressions s'estompait peu à peu dans la mémoire collective, il révisait ses BUSES avec obstination.

Il écrivit aussi à monsieur Evans, ainsi qu'à son père, en prévision de l'été. Une fois réconcilié avec Lily, il espérait passer le maximum de temps chez les parents de la Gryffondor, mais il n'oubliait pas les nouvelles relations entre Tobias et monsieur Evans. S'il restait circonspect vis-à-vis de son géniteur, il ne voyait plus d'intérêt à se venger en utilisant la magie, surtout avec les soupçons d'agression qui pesaient sur lui. Accessoirement, si on surveillait son courrier, ça ne pouvait pas faire de mal qu'on sache qu'il correspondait innocemment avec des moldus. C'est dans cette optique qu'il envoya une lettre expliquant qu'il passerait peu de temps à la maison familiale, mais qu'il n'oubliait pas pour autant le club de boxe.

L'école finit par se focaliser sur un événement, où, par chance, il n'occupait cette fois qu'un rôle mineur. Tout le monde ne parlait plus que de la rencontre sportive la plus attendue de l'année : l'affrontement Gryffondor - Serpentard. Avec l'approche des BUSES, le match se déroulerait fin mai, pour ne pas trop impacter l'emploi du temps.

Même Severus finit par s'intéresser à la compétition. Il espérait toujours qu'une défaite de l'équipe du binoclard porterait un coup décisif à son ego et à son animosité. Plus tard, quand il y repenserait, de telles préoccupations lui paraîtraient bien futiles.

Il ne se doutait pas de la séquence inattendue qui prendrait sa source dans ce week-end.


Les toilettes de Mimi Geignarde, une salle avec un miroir, un auror qui veut élever des poules ... Tout ça fait un drôle de cocktail. Notre serpentard préféré saura-t-il s'en accommoder ?