Je vais radoter mais ça me fait plaisir quand je lis une revue comme celle de Rose qui râle après Severus. J'ai tellement peur d'en faire un personnage idéal voire parfait (et donc ennuyeux :-P) que ce genre de commentaire me rassure. Oui, notre serpentard préféré a mauvais caractère. Il n'hésitera pas à s'en prendre à une poufsoufle, même si récemment, il s'est plutôt disputé avec Viviane. Et comme le fond de sa personnalité n'a pas changé, il effectue souvent de mauvais choix , même si désormais ce ne sont plus tout à fait ceux décrits dans les romans de J K Rowling.
J'arrête la psychologie de comptoir et je vous laisse découvrir le nouveau chapitre (et merci à la fidèle Katymyny pour ses reviews aussi régulières que pertinentes)


Bougon, Severus reporta son attention sur son parchemin. « Tu n'as pas pu mettre la main sur ta sœur ? La belle affaire ! Elle doit prendre un peu de bon temps avec John. Un conseil : évite de les chercher, je doute qu'ils apprécient que tu les trouves. »

Ces derniers jours Viviane et son petit ami semblaient passer tout leur temps dans les bras l'un de l'autre. C'était bien la peine qu'on vienne l'importuner pour si peu.

- John révise avec Agnès et d'autres élèves de leur classe à une autre table un peu plus loin, je les ai croisés en venant ici. Si tu veux, je te les montre.

Irrité par tant d'obstination, il leva la tête pour l'envoyer au diable, quand il croisa son regard. D'un coup, il se retrouva renvoyé un an en arrière. Elle arborait le même ait angoissé, quand elle l'avait interpellé alors qu'il sortait des quartiers de Serpentard. Cette fois-là, sa sœur venait d'échapper in extremis aux crocs d'un loup-garou.

Aujourd'hui, elle se faisait sûrement du souci pour rien, mais il n'oubliait pas non plus qu'elle avait spontanément témoigné pour le disculper, lors de l'agression de février. Comme il aimait à penser qu'il payait ses dettes, il commença à ranger ses affaires, en soupirant.

- Raconte. Mais on ferait mieux d'en parler à John.

- Il ne connaît pas l'endroit où on devait se retrouver, mais il paraît que toi si.

Effectivement, le réduit où elle l'amena s'avéra familier. Il s'agissait de la pièce dans laquelle, un an plus tôt, trois serpentards avaient conclu un pacte contre les Maraudeurs.

- On se retrouve souvent ici, quand on ne veut pas qu'on nous dérange. Même monsieur Rusard ne fait pas de rondes de ce côté.

C'est vrai qu'elle discutait avec le concierge pour trouver des cracmols susceptibles de travailler aux Fabuleux Philtres Foisonnants. Elle poussait quand même les choses assez loin, si elle en venait à lui donner du « monsieur. » Faisant fi de ces pensées parasites, il s'avança dans la pièce, en tapotant négligemment son nez avec sa baguette. Odorus lui permit de détecter assez facilement deux odeurs assez nettes, ainsi que des effluves plus faibles, mais vaguement familières qui le mirent mal à l'aise sans qu'il comprenne pourquoi. Il fallait maintenant qu'il parvienne à faire état de ces informations sans dévoiler son sortilège.

- C'est bizarre… Je ne suis pas les cours de divination, mais ça ressemble à ce qu'on m'en a raconté. Je ressens des choses étranges dans cette salle, comme si on m'en dévoilait les secrets à voix basse. Si je me fie à mon intuition, alors plusieurs personnes se trouvaient ici tout-à-l'heure. Le nombre de deux me vient à l'esprit.

- Oh.

- Qu'est-ce qu'il y a ?

- Rien, rien.

- Arrête tes salades, ça se voit sur ta figure que tu me caches quelque chose.

Comment pouvait-elle espérer dissimuler quoi que ce soit, si elle ne parvenait même pas à rester impassible ? Typique des Poufsouffles.

Après quelques instants d'hésitation, elle finit par se décider. « Depuis une dizaine de jours, Viviane me pose beaucoup de questions sur Regulus. Sur les raisons pour lesquelles on ne se voit plus, si je trouve qu'il a changé, si ça me semble normal qu'il reste tout le temps à l'écart depuis son retour de l'hôpital. Je ne comprenais pas pourquoi elle me demandait tout ça, mais il existe peut-être un rapport, tu ne crois pas ? »

Formidable, l'aînée des Arès avait décidé de jouer les entremetteuses pour que sa sœur et le jeune aristocrate se réconcilient. Sur le fond, il ne pouvait pas vraiment lui reprocher, puisqu'il comptait effectuer lui aussi essayer de rabibocher les deux étudiants. A la nuance près qu'il possédait assez de bon sens pour vouloir agir après les BUSES !

Si elle avait abordé le problème avec son manque de tact habituel, alors en ce moment, Regulus devait la fuir à travers l'école, tandis qu'elle le poursuivait en lui serinant obstinément qu'il devait sortir avec Victoire. Dans ce cas, le plus gros risque qu'elle courait, c'était qu'excédé, il sorte sa baguette pour qu'elle lui fiche la paix. La meilleure solution pour les retrouver consistait encore à se poster près de l'infirmerie et à s'armer de patience. On finirait immanquablement par les voir arriver, passablement éclopés après une explication musclée.

Il ouvrit la bouche pour annoncer ses conclusions, quand Victoire lui jeta brusquement ses bras autour du cou.

- Merci ! Tu es toujours là pour m'aider quand j'en ai besoin, Severus. Sans toi, je ne sais pas ce que je deviendrai.

Malgré leur discussion de février, elle persistait à lui prêter les plus nobles intentions, quoi qu'il fasse. Indécrottable. Il poussa un nouveau soupir. Autant profiter de l'occasion.

- Si mon intuition s'est révélée exacte jusqu'ici, peut-être qu'elle parviendra à nous conduire jusqu'à ta sœur ? En ce moment, je ne ressens plus rien dans la pièce, j'ai dû en épuiser le fluide. Tu ne posséderais pas un objet à elle, par hasard ? Ça pourrait m'aider.

- Je pense que oui, je vais regarder dans ma malle.

Pendant qu'elle filait vers son dortoir, il arrêta un vague plan général. Si son subterfuge pour dissimuler Odorus fonctionnait, il ferait courir la rumeur qu'il possédait des dons de medium. Comme d'habitude, Potter l'accuserait de pratiquer de la magie noire, mais la divination s'avérait une discipline suffisamment floue, pour justifier pas mal d'heureuses coïncidences. Il disposerait d'une raison plausible pour expliquer sa capacité à éviter les Maraudeurs ou les patrouilles des professeurs.

Le retour de Victoire le tira de ses réflexions. Sans mot dire, elle lui tendit une écharpe aux couleurs vert-et-argent. L'air grave, il attrapa le vêtement.

- Ça devrait m'aider à trouver la bonne voie dans la trame des futurs possibles.

- … en cherchant bien, j'ai aussi retrouvé quelque chose qui appartenait à Reg.

Avec précaution, elle sortit un cravate de Serpentard du parchemin qui la protégeait. Il retint le commentaire sarcastique qui lui venait aux lèvres. Lui-même aurait donné cher pour posséder ne serait-ce qu'un mouchoir de Lily.

Les morceaux de tissu dans la main, il ferma les yeux, pour mieux feindre la concentration, tandis qu'il lançait discrètement un Odorus. Il identifia sans peine les effluves des deux étudiants, mais échoua encore à reconnaître la troisième odeur. Tout en continuant à simuler la transe d'un medium, il quitta la pièce pour suivre la double piste à travers les couloirs.

Après moult pérégrinations, un escalier mobile les fit changer d'étage. Sans qu'il puisse se l'expliquer une sourde inquiétude commença à le gagner quand ils s'engagèrent dans le nouveau niveau. Il ne comprit pas pourquoi avant qu'ils ne débouchent dans un corridor qu'il ne connaissait que trop bien.

- Oh ! Regarde Severus, les toilettes de Mimi Geignarde. Si on allait lui parler ? Elle a peut-être vu…

« Stupefix ! » Atteinte dans le dos, elle s'évanouit avant même de comprendre ce qui lui arrivait. Il rangea fébrilement sa baguette tout en occludant de son mieux les souvenirs qui l'assaillaient. En voyant les lieux, il venait de comprendre pourquoi la troisième odeur lui paraissait aussi familière. Il l'avait déjà traquée quelques semaines, quand il croyait bêtement pouvoir s'occuper seul du problème. Elle appartenait à Méduse, la créature terrifiante qu'il s'était juré de ne plus jamais approcher.

Par acquit de conscience, il lança quand même un Odorus. Plus aucun doute, il identifiait maintenant sans problème les remugles du monstre. Si la gorgone était à nouveau sortie de sa tanière, alors on pouvait s'attendre à découvrir bientôt ses nouvelles proies, pétrifiées par son regard. Plus précisément, deux nouvelles proies, qui cette fois, appartiendraient à la maison de Serpentard. Dommage, mais il n'y pouvait pas grand-chose.

Il attrapa Victoire avant de les désillusionner tous deux. Tout en prenant le chemin des quartiers réservés aux Poufsouffles, il réfléchissait avec frénésie au meilleur moyen d'éviter qu'on l'implique dans ces nouveaux événements. Pour le moment on n'avait pas trouvé les corps, mais ça ne voulait rien dire, puisqu'il ignorait la manière d'agir du monstre.

Il allait commencer par s'éloigner autant que possible de l'antre de la bête. Tout à l'heure, il réveillerait Victoire, mais tardivement, de manière à pouvoir arguer de la proximité du couvre-feu ce qui devrait la convaincre d'attendre jusqu'à demain. Lui, il trouverait bien d'autres élèves qui l'accompagneraient jusqu'à la salle commune des Serpentards. Ensuite, il ne quitterait plus la pièce, avant que l'on ne découvre les deux victimes. Ça lui fournirait un alibi solide.

Malgré ce superbe plan, il ne se sentait pas apaisé pour autant. Beaucoup de choses ne collaient pas. Sur les deux précédentes scènes d'agression, l'odeur de Méduse s'était avérée nettement plus forte qu'aujourd'hui, lui posant pourtant beaucoup plus de problème pour remonter jusqu'aux toilettes. Sans compter qu'il n'y avait eu qu'une seule personne agressée à chaque fois. Et si cette fois c'était différent ? Et si demain, on ne retrouvait personne ?

Dans ce cas, peut-être qu'en passant par Ziggy, il pourrait prévenir madame Adams-Arès, afin qu'elle serve d'intermédiaire, pour négocier avec Dumbledore ? En aucun cas, il n'entendait se retrouver seul face au vieux sorcier, mais, vu le contexte, il convenait de l'envisager, en présence d'un tiers. Il avait prêté au directeur, les pires intentions, mais il peinait quand même à l'imaginer introduire un monstre aussi dangereux dans l'école. Pourquoi pas un chien à trois têtes, tant qu'à faire ?

Dans l'hypothèse ou Dumbledore ne s'avérerait pas impliqué dans cette histoire, alors le cinquième année disposait d'une opportunité pour négocier ce qu'il savait. La nature de la gorgone constituait déjà en elle-même une information précieuse, surtout si on y ajoutait la localisation de sa tanière. Tout le problème consisterait à révéler ces informations sans pour autant paraître suspect. Une bonne nuit de sommeil lui permettrait de prendre du recul pour arrêter un plan d'action.

Et si ça s'avérait vraiment trop compliqué ou trop risqué, il ne s'en mêlerait pas. De toute façon, cela faisait un an que Regulus Black ne lui parlait plus. Quant à Viviane, elle l'avait carrément soupçonné d'être le coupable. Elle et sa sang de bourbe de mère en prenaient bien trop à leur aise avec lui, depuis quelque temps. Lui tout ce qu'il voulait désormais, c'était finir tranquillement son année, passer brillamment ses BUSES, puis profiter d'un été entier en compagnie de Lily.

La vision d'une pile de tonneaux le tira de ses réflexions. Il venait d'entrer dans le couloir qui menait aux cuisines de l'école, il approchait de l'entrée du territoire des blaireaux. Cela ramena son attention sur l'étudiante qu'il transportait. Oui, elle était venue lui demander son aide, mais il avait fait tout ce qu'il avait pu pour l'aider. qu'est-ce qu'elle s'imaginait ? Qu'il allait résoudre tous ses problèmes en un clin d'œil ? Quelle naïveté.

Et d'abord, pourquoi s'était-elle impliquée face à Potter ? Il ne lui avait rien demandé, et surtout pas de confirmer l'alibi fourni par Agnès ! La réponse lui revint en tête.

« Tu es mon ami, Severus. Je crois en toi. »

Le genre de réflexion typique d'une Poufsouffle.

De toute façon, il ne pouvait pas accomplir de miracle. En plus non seulement il ignorait comment actionner le mécanisme dans les toilettes, mais en plus il ne se sentait pas de taille à affronter un monstre aussi redoutable.

Une idée lui traversa bien l'esprit, mais il l'écarta aussitôt. Absurde. Pas question de tout gâcher, parce qu'une quatrième année se faisait du souci.

« Je crois en toi. »

Non, C'était complètement absurde.

« Je crois en... »

« Ahhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhh ! »

Son hurlement de frustration résonna à travers le corridor vide, suivi d'une bordée d'injures toutes plus colorées les unes que les autres. Heureusement que personne ne pouvait l'entendre. Quand il eut utilisé toutes les grossièretés qu'il avait pu entendre à Carbone-les-Mines, il tourna brusquement les talons, furieux contre lui et contre ce qu'il s'apprêtait à faire.

Vu sa destination, il prit quand même la précaution de lancer Odorus et Hominem Revelo, pour s'assurer que personne ne se trouvait à proximité. Transportant toujours Victoire, il rejoignit sa cachette la mieux protégée, celle où il conservait ses possessions les plus précieuses ou les plus compromettantes.

Une fois bien à l'abri, il annula leur camouflage, ouvrit le sac d'où il sortit la cape de Potter pour pouvoir mieux contempler un autre objet qui restait. Un petit flacon qui contenait un liquide de la couleur de l'or fondu, dont quelques grosses gouttes sautaient à la surface. Felix Felicis, la chance liquide. Une remarquable invention du grand sorcier Zygmunt Budge. Un des philtres les plus difficiles à brasser qu'on puisse imaginer.

On disait que seuls les meilleurs maîtres des potions pouvaient la réussir et voilà que lui, élève de cinquième année, y était parvenu, avant même de passer ses BUSES. Il y avait investi six mois de sa vie, ainsi qu'une somme rondelette pour acheter les ingrédients. Et encore, il ne comptait ni la complexité de la préparation, ni les difficultés pour l'amener à Poudlard sous une forme inachevée. Certes, il n'était pas arrivé à en brasser beaucoup, mais s'il l'ingérait il pouvait espérer disposer d'une dizaine d'heures privilégiées. La boire cet été lui permettrait certainement de convaincre les Evans de laisser leur fille retourner à Poudlard. Il se pouvait même qu'il lui en reste assez pour que Lily oublie ses petits copains moldus au profit de son meilleur ami …

Et pourtant, voilà qu'il s'apprêtait à gaspiller tous ces efforts pour des bêtises. Parce qu'une gamine se faisait du souci. Une enfant qui s'était stupidement mis dans la tête mis dans la tête qu'elle l'aimait bien, au motif qu'il l'aurait aidée. Une fois. Et parce qu'il y trouvait son intérêt.

Complètement absurde cette gosse.

Dans un coin de son esprit, Tom essayait de lui faire entende raison. Cela valait-il vraiment la peine de renoncer aussi facilement à un plan si ingénieux ? Pourquoi ne pas chercher un compromis ? Par exemple en ne buvant qu'une gorgée de la potion.

Ses yeux tombèrent sur Victoire, toujours inconsciente. Il revit son air affolé à la bibliothèque, puis sa reconnaissance naïve quand il s'inventait des dons de médiums. Elle croyait en lui. Si son amoureux et sa sœur affrontaient un monstre comme Méduse, alors ils risquaient leur vie. Pas question de demi-mesure. Il haussa les épaules, envoya Tom au diable et vida le flacon d'un coup.

De toute façon, il disposait d'un plan de secours pour les Evans.

En attendant que le philtre fasse effet, il récapitula tout ce qu'il savait sur son fonctionnement. Felix Felicis lui apportait une sorte de dose supplémentaire de chance, mais pour un temps limité. Vu ce qu'il avait bu, il était tranquille pour toute la nuit, s'il n'agissait pas de manière inconsidérée. Il devait aussi garder à l'esprit qu'il n'allait pas obtenir automatiquement tout ce qu'il souhaitait. Si la potion facilitait les choses, elle rendait possible des exploits, pas des prodiges.

Comme elle permettait d'exploiter au mieux les opportunités, des choses impossibles au premier abord devenaient envisageables. Par exemple s'il se trouvait face à une armoire sécurisée dans un bureau anonyme du ministère, il ne saurait pas comment l'ouvrir. En revanche, s'il s'agissait du lieu où madame Adams-Arès travaillait, il la connaissait suffisamment pour trouver où elle cachait son mot de passe, voire pour le deviner. S'il existait un moyen de tirer les deux serpentards des griffes de la gorgone, alors le philtre le guiderait. Il fallait juste espérer que ça ne prendrait pas trop de temps.

Une nouvelle sensation le tira de ses réflexions. Peu à peu, il lui sembla qu'une myriade de possibilités se présentait à lui, comme si on lui offrait l'opportunité de réussir à peu près n'importe quoi. D'un coup de baguette, il fit flotter Victoire, puis la revêtit de la cape d'invisibilité, avant de se désillusionner. Poussé par son nouvel instinct, il reprit le chemin des cuisines de l'école, profitant habilement du passage des escaliers mobiles, ou des passages secrets les mieux dissimulés.

En conséquence, il ne lui fallut qu'une poignée de minutes pour revoir les tonneaux qui cachaient les quartiers des blaireaux. Soulevant une tapisserie, il mit à jour sans surprise une alcôve. Avec précaution, il y glissa l'étudiante, avant de récupérer la cape. Fouillant dans ses affaires, il en sortit une plume et un parchemin sur lequel il écrivit rapidement quelques lignes.

« Je ne sais pas ce qui s'est passé, mais tu t'es évanouie. Certainement la tension et l'angoisse. Je dois te laisser, je crois que je tiens une piste, je ressens de bonnes vibrations. Si je ne me trouve pas avec toi quand tu te réveilleras, ne prend pas le risque de partir me chercher. Il risquera de se faire tard, il vaudra mieux que tu rentres avant le couvre-feu.

Par contre, si demain matin, tu ne nous vois pas, moi, Viviane et Régulus à la table des serpentards pour le petit déjeuner, alors tu sais comment prévenir ta mère… Où qu'il soit, elle trouvera un moyen de contacter Dumbledore, pour qu'il agisse.

À tout-à-l'heure. »

Il signa rapidement, puis coinça la lettre entre les doigts de la quatrième année, avant de remettre la tenture en place. Il jeta quelques sortilèges sur le tissu pour s'assurer que personne ne s'approcherait du renfoncement, mais il sentait bien qu'il s'agissait là d'un luxe superflu.

Amplifiée par la chance, son intuition lui soufflait qu'elle ne risquait rien. Elle se réveillerait peu de temps avant l'heure limite sans comprendre ce qui lui était arrivé. Un peu tranquillisée par le mot qu'il venait d'écrire, elle regagnerait son dortoir sans coup férir. Par contre, il ignorait ce qui se passerait à son réveil. Sa clairvoyance ne s'étendait pas jusque-là.

Il prit ensuite la direction de sa deuxième cachette, qu'il entreprit de vider entièrement. Il y prit tout : l'ensemble de ses potions médicales de réserve, ses notes d'arithmancie sur les différentes manières magiques de pétrifier quelqu'un et jusqu'à la dicta-plume qui avait servi à les rédiger. Même la potion de fertilité pour Narcissa et le philtre de compulsion qu'il gardait comme plan de secours pour les parents de Lily, finirent dans sa sacoche. Pourquoi agissait-il ainsi ? Il l'ignorait, mais il laissait Felix Felicis le guider.

Il alla ensuite entreposer la décoction pour la fiancée de Lucius à proximité des quartiers de Serpentard. Il y trouva sans difficulté un recoin aussi obscur que reculé. Il pourrait ainsi la récupérer plus facilement dans quelques semaines, avant de prendre le train.

En repartant, il lança un Odorus qui fit remonter des effluves antipathiques mais familières. Potter traînait à nouveau dans le coin. Il ne fallut pas longtemps pour trouver le binoclard, qui maîtrisait toujours aussi mal les sorts pour se dissimuler. Assommé par un Stupefix informulé, il glissa au sol, manquant perdre sa sacoche. Il ne s'était même pas changé après les cours.

Severus lui enfila rapidement sa propre cape d'invisibilité. Avant de rabattre le capuchon, il desserra les dents du gryffondor pour lui faire avaler quelques gouttes de potion tranquillisante. De cette manière, il s'assurait que le gryffondor dormirait de nombreuses heures. Tout cela paraissait de plus en plus bizarre, au serpentard. Il fallait espérer que Felix Felicis s'avérerait fiable. Faisant flotter l'étudiant derrière lui, il se mit en marche vers sa destination finale.

Tandis qu'il marchait, ses pensées dérivèrent vers l'étudiant inconscient qui flottait derrière lui. Pourquoi s'encombrait-il ainsi ? Même dans cet état, le binoclard constituait un fardeau dangereux. Malgré la désillusion et la cape d'invisibilité, il fallait espérer qu'ils ne croiseraient personne. Si leurs camouflages devraient empêcher les élèves et les professeurs de parvenir à les repérer, le château abritait d'autres genres de créatures.

Que se passerait-il s'ils rencontraient des fantômes ? Mimi ne parvenait pas à le détecter, mais il se pouvait qu'elle constitue un cas particulier. Elle portait un uniforme de classe d'une coupe pas trop démodée, ce qui indiquait que son décès ne devait remonter qu'à quelques décennies. Peut-être qu'avec le temps qui s'écoulait les spectres développaient d'autres moyens de perception ?

Il en savait si peu à leur sujet. L'essentiel de ses connaissances restait théorique, basé sur les analyses arithmantiques effectuées avec Arhur. Encore s'agissait-il de spéculations, focalisées sur la manière dont les revenants parvenaient, à rester dans le monde des vivants. Son seul contact direct avec l'un de ces êtres remontait à la fin de l'année dernière, quand il avait passé la nuit à l'infirmerie, et à ce moment-là, le baron sanglant ne s'était exprimé que par énigmes. Qu'est-ce qui avait pu effrayer Tom au point qu'il accepte de meurtrir son âme ? Et de quelle manière ?

En fait, il réalisait qu'en dehors des quelques informations recueillies au fil de leurs conversations, il ne savait pas non plus grand-chose de son ami. On lui devait la création d'un journal indestructible renfermant une copie parfaite de sa personnalité, avant même de quitter Poudlard mais depuis, qu'était-il parvenu à accomplir ? Et tout d'abord, comment s'y était-il pris pour fabriquer le carnet ? Dans toutes ses lectures, Severus n'avait jamais trouvé mention d'un tel objet.

Stimulé par Felix Felicis son sens de la logique l'aiguilla vers la magie de l'âme évoquée par le spectre. Il s'agissait d'un art occulte suffisamment ténébreux et puissant pour conférer au carnet ses propriétés extraordinaires. Sauf que cette discipline semblait aussi extrêmement dangereuse. Severus ne comprenait pas en quoi cela vaudrait la peine de prendre autant de risques.

Quel objectif Tom avait-il pu chercher à atteindre ? Disposer d'un interlocuteur de valeur ? Mais alors, pourquoi l'enfermer dans un placard des Malfoys ? Par peur, comme le disait le Baron Sanglant ? Peur de quoi ? Tout cela n'avait aucun sens, quelque chose lui échappait.

À moins que sa conversation avec le revenant ne soit sortie de son imagination ? Il avait bien rêvé qu'il se trouvait au croisement de plusieurs corridors obscurs, en train de discuter avec Tom de son passé et de son futur. Ou plutôt de ses futurs, tous moins réjouissants les un que les autres.

Bizarrement, maintenant qu'il y repensait, il ressentait beaucoup moins d'angoisse. Comme si une partie des menaces qui pesaient alors sur lui venaient de disparaître. qu'est qui avait bien pu changer ? Il s'attendait à moitié à ce que son Tom intérieur lui réponde, en écho à celui de son songe, mais aucune voix ne résonna dans sa tête. Un effet secondaire de la potion de chance ?

Il remit ces réflexions à plus tard en voyant apparaître son but. Dire qu'il y a moins d'une heure il fuyait fébrilement les toilettes hantées alors que maintenant il allait y entrer sans hésiter.

Bien qu'elle ne puisse pas les voir, Mimi accueillit l'ouverture brutale de la porte avec son flot de récriminations habituelles. Un Bloclang informulé la coupa net au milieu de sa tirade. Renonçant pour cette fois à appeler la mort de ses vœux, elle plongea bruyamment dans une cuvette. Severus savoura la tranquillité retrouvée. Les choses sérieuses allaient pouvoir commencer.

Toujours poussé par son instinct, il s'approcha des lavabos disposés en cercle. Portant sa baguette à sa gorge, il songea avec quelque amusement que, la dernière fois qu'il s'était servi de sa variante personnelle du Sonorus, Potter se trouvait déjà non loin de lui. Aujourd'hui, cependant, il n'imiterait pas une voix, mais un langage.

Felix Felicis lui souffla même le nom de l'idiome qu'il s'apprêtait à utiliser, le fourchelang. Tout à fait approprié pour un serpentard, puisque le fondateur de sa Maison pratiquait déjà cette langue mille ans plus tôt. Il aurait dû y penser dès qu'il avait entendu les sifflements, après le match contre les gryffondors, mais il n'était pas trop tard.

Maintenant, il savait. Maintenant il comprenait beaucoup de choses, jusqu'aux paroles entendues ce jour-là et qu'il allait prononcer à son tour.

« Ouvre-toi. »


Severus effectue souvent de mauvais choix. Souvent, mais pas toujours :-)
Sinon, je dois avouer que, dans Les reliques de la mort de JK, je suis toujours resté perplexe sur la manière dont Ron ouvre la Chambre des secrets pour accéder aux crochets du basilic. Il réussit à parler en Fourchelang? A prononcer un mot qu'il a entendu une ou deux fois, 5 ans plus tôt? Sérieusement? C'est pour ça que j'ai tenu à ce que mon Severus combine un souvenir pas trop vieux, un sortilège de son invention et Felix Felicis. Maintenant, est-ce que ça suffira pour faire face à ce qui l'attend ...? Vous le saurez dans quelques semaines!