Premier week-end du mois, me revoici! Merci à katymyny et Rose pour leur review.


Pourquoi donc Severus se trouvait-il plongé dans l'obscurité ? Réalisant qu'il gardait les yeux fermés, il voulut les ouvrir, mais ses paupières pesaient une tonne. Les soulever lui demanda un effort énorme, il se sentait épuisé. Ce devait être pour ça qu'il se trouvait allongé à même le sol. Un sol particulièrement sale de surcroît.

Levant la tête, il reconnut la stalle délabrée où il était resté aux aguets des soirées entières. Il entreprit de se lever, mais il dût s'arrêter immédiatement, pris de vertige. Il lui fallut quelques instants pour rassembler ses forces, avant de réessayer, plus lentement. Ses membres lui paraissaient incroyablement lourds, son cerveau fonctionnait au ralenti.

Ses sens par contre s'avéraient particulièrement exacerbés, puisque un simple gémissement suffit à lui vriller les tympans. Poussant la porte, il resta un instant interdit devant le spectacle qui s'offrait à lui. Chancelant, prenant appui sur les murs des toilettes hantées, Viviane et Regulus lui jetèrent un regard aussi vague qu'interloqué. Ils ne se trouvaient visiblement pas en meilleure forme que lui. Peu à peu cependant, il sentit son état s'améliorer, tandis que le brouillard qui flottait dans son esprit commençait à se dissiper.

Les événements du début de la soirée lui revinrent progressivement en mémoire. l'inquiétude de Victoire à la bibliothèque. La disparition des deux serpentards, puis les recherches à l'aide d'Odorus. Ensuite cela devenait beaucoup plus flou, mais il s'en soucierait plus tard. Il les avait retrouvés, C'était le plus important.

- Qu'est-ce que vous faites ici ?

- Et toi ?

Répondre à une question par une autre question, pour détourner l'attention. Une technique typiquement serpentarde. Cependant, si Viviane pensait que ce genre de stratagème fonctionnerait avec lui, c'est qu'elle le connaissait mal.

- Je vous cherchais. Tu devais rejoindre ta sœur tout-à-l'heure. Quand elle ne t'a pas vu, ça l'a inquiétée et elle est venue m'en parler. On vient de passer des heures à essayer de vous retrouver, elle se faisait un sang d'encre ! Tu étais avec Regulus ?

Ses deux interlocuteurs se regardèrent. « Je ne sais plus trop, c'est étrange… Je me rappelle juste qu'on marchait dans un corridor sombre. »

- Ça me dit quelque chose … tu dois avoir raison. Tu crois qu'on s'est perdus dans les couloirs ? Où est Vicky ?

Tout cela devenait de plus en plus bizarre. Severus se souvenait pourtant qu'à son arrivée la pièce était déserte. La fatigue lui embrouillait sûrement l'esprit, autant parer d'abord au plus pressé.

« À l'heure qu'il est Victoire a dû regagner son dortoir, on devrait en faire autant. » Ils allaient rentrer se reposer, ils aviseraient à leur réveil. Il espérait juste que le couvre-feu n'avait pas commencé, sinon il faudrait qu'il les désillusionne. Vu son état d'épuisement, cela risquait de s'avérer problématique.

Alors qu'il hésitait sur la marche à suivre, il réalisa qu'il distinguait nettement son ombre par terre. Aucun doute, c'était la clarté du jour qui passait par la fenêtre. Ils venaient de passer toute la nuit ici ? Ils risquaient même d'arriver en retard pour le petit déjeuner. Cette dernière pensée lui rappela d'un coup le mot griffonné la veille.

« Dis donc, le soleil est levé ! Déjà que hier soir ta sœur se faisait du souci, si elle ne t'a pas vu ce matin, tu peux être sûre qu'elle a alerté ta mère via Ziggy. Les connaissant, en ce moment même, elles doivent remuer ciel et terre pour savoir ce qu'on est devenus. »

- Tu crois que maman viendrait à Poudlard ?

- Si ça se trouve, non seulement elle est déjà arrivée, mais ça ne m'étonnerait pas qu'elle ait réussi à y ramener Dumbledore.

- Dans ce cas, on a qu'à se rendre à son bureau. Je suis préfète, je connais le mot de passe.

Ils se mirent aussitôt en route, mais durent vite ralentir l'allure. Visiblement, la fatigue les accablait tous les trois. C'était d'autant plus curieux qu'ils venaient de se réveiller. Plus il y réfléchissait, plus Severus trouvait cette histoire curieuse, des tas de choses ne collaient pas.

Pourquoi son sac lui paraissait-il trop léger ? Pourquoi lui semblait-il qu'il oubliait quelqu'un, alors qu'il venait de retrouver les deux personnes qu'il cherchait ? Il ne s'agissait pas de Victoire puisqu'il se rappelait parfaitement où il l'avait laissée. Mais alors qui ?

Comme ils s'engageaient dans l'escalier derrière la gargouille, il commença aussi à se demander s'il s'agissait d'une bonne idée. Lui et Viviane venaient de passer des mois à soigneusement éviter de se retrouver seuls face au directeur, mais voilà qu'ils se présentaient d'eux-mêmes devant lui. Quelque part, cela revenait à se jeter dans la gueule du loup.

Heureusement, ses craintes se révélèrent infondées. Alors qu'ils gravissaient les dernières marches, une voix familière se fit entendre. Visiblement très remontée, madame Adams-Arès parlait si fort qu'on l'entendait à travers la porte.

- Si je comprends bien, la disparition de ma fille vient s'ajouter à une longue liste d'agressions. Et ça ne vous est jamais venu à l'esprit d'avertir les parents des victimes ?

- Calmez-vous madame. Il faut que vous compreniez que les familles…

- Je comprends surtout qu'après avoir manqué se faire mordre par un loup garou, ma fille … Viviane !

Les trois étudiants venaient d'entrer dans la pièce, interrompant la dispute. Madame Adams-Arès, Victoire, Amelia Bones, Dumbledore flanqué de Flitwick, tous les contemplaient avec effarement. La petite Poufsoufle retrouva la première ses esprits, sautant au coup de sa sœur. Si leur mère se reprit elle aussi rapidement, elle fit preuve de plus de circonspection.

- Où étiez-vous passés ? On vous a cherchés partout.

- Horace a interrogé ses élèves, vous n'êtes jamais rentrés dans votre dortoir.

Pour une fois Severus en venait à déplorer l'efficacité de Flitwick. Après quelques instants de silence, Regulus commença à expliquer d'une voix hésitante qu'ils s'étaient perdus, errant dans les couloirs toute la nuit, mais ses propos ne convainquirent pas grand monde.

« Ce qui est bizarre, C'est qu'aucune patrouille de professeur ou de préfet ne vous ait remarqués, mes enfants. » Évidemment Dumbledore saisissait l'occasion pour faire diversion, évitant ainsi qu'on ne s'intéresse trop à ses absences répétées. « Ce qui est encore plus bizarre, c'est que, comme par hasard, on retrouve à nouveau monsieur Rogue mêlé à ce genre d'incidents. »

La dernière phrase mit aussitôt le serpentard sur ses gardes, d'autant plus qu'elle amena madame Adams-Arès à lui jeter un regard suspicieux.

- Vous avez encore mêlé une de mes filles à vos histoires ?

« En fait, monsieur Rogue se trouvait également sur les lieux des deux premières agressions. » Tout en parlant Flitwick s'était levé pour se diriger lentement vers lui, sans le quitter des yeux. « À chaque fois, ce sont les témoignages de vos filles qui l'ont disculpé… »

Severus maudit intérieurement le petit enseignant, surtout quand il vit le mécontentement se peindre sur le visage de la sorcière. « Je vous avais averti. Je ne tolérerai pas… »

- Arrête maman, Severus n'y est pour rien, on essaye de l'impliquer pour détourner les soupçons.

Le cinquième année en resta bouche bée. Après leurs prises de bec des derniers mois, il ne s'attendait vraiment pas à ce que Viviane vienne à sa rescousse et certainement pas d'une manière aussi catégorique. Tout aussi surprise sa mère la fixait sans mot dire.

- Vous semblez en savoir long mademoiselle, pourriez-vous nous en apprendre plus ?

Étrange. Certes Dumbledore pouvait profiter de l'opportunité pour continuer à semer la discorde, mais il prenait aussi le risque qu'on révèle son implication dans toute cette histoire. Se pouvait-il qu'il n'y soit pour rien ? À moins qu'il ne bluffe magistralement ?

Viviane semblait elle aussi circonspecte. Elle hésitait visiblement à parler, laissant son regard flotter sur les personnes présentes, s'attardant longuement sur ses deux condisciples. Avant qu'elle se décide, la porte du bureau s'ouvrit à la volée.

L'irruption d'un nouvel arrivant à la chevelure hirsute fit sursauter Severus. Comment avait-il pu oublier Potter ? Était-il resté dans les toilettes, invisible sous sa cape ? À nouveau, la mémoire lui faisait défaut, ne restituant que quelques images floues. Le binoclard lui, ne partageait pas ses doutes.

« Toi ! » aboya-t-il l'air hagard en voyant Severus.

Il brandit sa baguette, mais elle lui échappa aussitôt pour atterrir dans la main de Flitwick.

- J'apprécierais beaucoup que les élèves perdent leur habitude d'utiliser leur magie à tort et à travers, monsieur Potter. Surtout en présence d'un membre du corps enseignant.

On oubliait souvent que, malgré sa petite taille, l'enseignant demeurait un ancien champion de duel. Un coup de chance pour Severus qui sentait à nouveau la fatigue l'accabler. Peut-être même pouvait-il tirer avantage de la situation.

- Merci monsieur. Cette petite brute a la mauvaise habitude de jeter des sorts à tous ceux dont la tête ne lui revient pas.

- La ferme Servilus !

« En plus, comme vous pouvez le constater, il supporte mal qu'on lui dise la vérité en face. » Saisi d'une brusque inspiration, il ajouta : « Tu as interrompu ton repas pour venir ici ? Ne me dis pas que tu veux te plaindre de la qualité de la cuisine, tu vas faire de la peine aux elfes. »

- Mais c'est vrai que lui non plus n'était pas dans la grande salle ce matin !

L'intervention de Victoire tombait à point nommé. Revenant à son idée première, sa mère se tourna vers le directeur.

- Donc vous ignoriez également qu'un autre de vos élèves manquait à l'appel dans ce que vous appelez « le lieu le mieux sécurisé du pays » . De mieux en mieux…

« Vous laissez pas embobiner par Servilus, C'est une racaille. » Quelque chose clochait chez Potter. Il ne réalisait visiblement pas qu'il se trouvait en présence de personnes extérieures à l'école et non face à un enseignant négligent. Pas question de compter sur une quelconque indulgence. Pourtant, au lieu de faire profil bas, il insistait lourdement. « Il ne faut pas lui faire confiance, C'est un serpentard. »

- Tu n'as pas le sentiment d'exagérer un tout petit peu, non ? En même temps, on ne peut pas attendre grand-chose de sensé de la part d'un grossier personnage qui ne parvient même pas à prononcer correctement mon nom.

- Je t'ai dit de la fermer sale voleur!

Le stratagème de Noël avait laissé visiblement laissé un mauvais souvenir au binoclard Juste retour des choses, pour une fois que c'était lui qui tombait dans un guet-apens.

- Vous dites que monsieur Rogue vous a volé quelque chose ?

Flitwick n'était pas au courant ? Dumbledore prenait-il seulement la peine d'informer correctement son adjoint ? En tout cas, le petit enseignant paraissait perplexe, examinant le binoclard avec beaucoup d'attention.

- Parfaitement! Ma cape d'… un souvenir de famille auquel je tiens beaucoup.

Dommage, il avait manqué révéler qu'il possédait un objet interdit.

- Vous savez qu'il y a un vêtement qui dépasse de votre sacoche ?

Avec ces dernières paroles, le gryffondor devint brusquement l'objet de l'attention générale, tandis qu'il fixait bêtement le bout de tissu.

« Ma cape d'invisibilité ! » Sans réaliser l'aveu qu'il venait de faire, Potter voulut voir l'objet de plus près. Comme il n'y arrivait pas, il s'énerva, tira tant et plus, si bien qu'il finit par renverser par terre le contenu de son sac.

Le cœur de Severus manqua néanmoins un battement quand, parmi les notes de cours éparpillées sur le sol, il reconnut un parchemin qui lui appartenait. Pire encore, il s'agissait d'un extrait de ses recherches sur la manière de pétrifier quelqu'un. Avec ce genre d'élément, on pouvait très bien l'incriminer. Occludant de son mieux, il se força à prendre l'air détaché.

Par chance, il s'était toujours montré précautionneux, n'écrivant qu'à l'aide d'une dicta-plume anonyme. Même si le gryffondor l'accusait à nouveau, il ne disposait d'aucune preuve. De toute façon, son attitude incohérente le rendait peu crédible.

Pour le moment, les adultes présents se regardaient avec perplexité, hésitant visiblement sur l'attitude à adopter. Madame Bones finit par aider le binoclard à regrouper ses affaires, du moins jusqu'à ce qu'un des parchemins attire son attention. Elle le parcourut lentement, puis le tendit à madame Adams-Arès. d'abord interloquée, cette dernière écarquilla les yeux avant de prendre la parole.

- Voilà un texte au contenu fort intéressant monsieur Potter. On dirait que vous tenez une espèce de journal. Je vous cite « Depuis que Sirius est parti, plus rien ne va à l'école. Tout ça c'est la faute de ces sales serpentards. Je les déteste tous, surtout ce petit cloporte de Rogue, mais j'ai trouvé comment me venger. Avec mon idée, on va l'accuser d'agression et il finira à Azkaban. » Édifiant.

Alors tout ça c'était une machination de Potter !?

« Non mais vous racontez n'importe quoi ! » Insulter son interlocutrice, drôle de stratégie de défense. « C'est Servilus qui attaque les gens, je l'ai vu faire. »

- Erreur Potter, tu m'as trouvé à côté d'un corps. Deux personnes ont témoigné que je n'y étais pour rien.

- Tu étais là !

- Je te ferais remarquer que toi aussi. D'ailleurs, maintenant que j'y pense, c'est bizarre que tu sois arrivé aussi vite.

- C'est toi le coupable ! Tu fais de la magie noire !

« En fait, il existe plusieurs manières de pétrifier quelqu'un. » Flitwick s'était mis lui aussi à parcourir les parchemins. « Par exemple, je tiens là, une idée particulièrement astucieuse, quoique nécessitant une parfaite maîtrise de la métamorphose. » Le petit enseignant faisait incontestablement allusion aux recherches de Severus. Le Serpentard hésita à intervenir, mais Viviane le sortit de ce dilemme.

- C'est drôle, lors de son dernier cours, Mc Gonagall a encore félicité Potter pour son talent…

« Soyons un peu sérieux, je vous prie. Tout cela pourrait constituer une belle histoire, si elle ne s'avérait pas aussi invraisemblable. » Évidemment Dumbledore volait à la rescousse de son protégé. « Parmi les victimes, on compte Alastor Maugrey. Pensez-vous vraiment qu'un adolescent en cinquième année pourrait triompher d'un auror aguerri ? »

« Potter vient de dire qu'il possédait une cape d'invisibilité. » Cette fois la voix de Regulus ne tremblait pas, tandis qu'il réfléchissait tout haut. « S'il ne voit pas son adversaire, même un adversaire expérimenté peut se faire attaquer par surprise. »

- Nous tirerons tout ça au clair, une fois rendus au ministère …

- Madame Bones, dois-je vous rappeler que les événements se déroulant à Poudlard dépendent de ma seule autorité ?

- Vous l'avez dit vous-même Dumbledore, on a attaqué un auror, ce genre d'affaire ne relève pas de vos prérogatives. James Fleamont Potter, vous êtes soupçonnés d'agression sur la personne d'un employé du Ministère de la Magie …

Alors que les choses devenaient franchement intéressantes, Regulus se mit à trembler comme une feuille, manquant tomber au sol. En voulant l'aider, Severus et Viviane faillirent finir par terre également. Voyant cela et, madame Adams-Arès les emmena à l'infirmerie, sans se laisser fléchir par leurs protestations. Dumbledore restant seul avec madame Bones et Flitwick, il allait sûrement profiter de la situation pour permettre au binoclard de s'en sortir encore une fois !

Si les examens de madame Pomfresh ne révélèrent aucun problème grave, elle les jugea épuisés, ce qui la décida à les garder en observation. À peine se retrouvèrent-ils couchés que Madame Adams-Arès prit à nouveau le chemin du bureau du Directeur. Elle ne laisserait pas Potter s'en tirer si facilement. Soulagé à cette idée, Severus s'assoupit rapidement.

Quand il se réveilla, les lieux se trouvaient plongés dans la pénombre. Est-ce qu'il venait de dormir pendant toute la journée ? Malgré ce long repos, il commençait à peine à se sentir mieux, tandis que Viviane et Regulus restaient eux toujours inconscients. qu'est-ce qui avait bien pu les fatiguer à ce point ?

Au moins maintenant il parvenait à penser un peu plus clairement, sans pour autant mieux comprendre ce qui venait de se passer. Et d'abord, comment ses notes s'étaient-elles retrouvées parmi les affaires de Potter ? Le serpentard se souvint alors que la veille, il avait trouvé son sac bien léger. Il en entama l'examen, aussi discrètement que possible, avec un résultat catastrophique : non seulement ses recherches sur la pétrification s'étaient volatilisées, mais il en allait de même pour l'ensemble de ses potions, à commencer par celle qu'il destinait aux parents de Lily. Avec la disparition de son plan de secours, il ne possédait plus aucun moyen pour faire revenir son amie à Poudlard.

Il retint le juron qui lui venait aux lèvres, soucieux de ne pas attirer l'attention. Il lui fallait du calme pour trouver une solution. Occludant de son mieux, jetant un Assurdiato pour plus de précautions, il se concentra. s'il trouverait sûrement le moyen de brasser un nouveau philtre pendant l'été, il aurait tout de même préféré remettre la main sur celui pour lequel il s'était donné tant de mal. Malgré tous ses efforts pour se remémorer ce qui s'était passé la nuit précédente, le flou persistait dans ses souvenirs.

Cela commençait à ressembler beaucoup trop à son goût à ce qu'il avait lu sur les effets du sortilège d'Oubliette. Encore une drôle de coïncidence, une bizarrerie de plus dans toute cette affaire qui n'en manquait déjà pas. La culpabilité de Potter constituait la dernière péripétie à ce jour, mais là encore on trouvait de nombreuses zones d'ombres, qui lui sautaient maintenant aux yeux.

D'un côté, attaquer un innocent pour faire accuser un serpentard s'avérait tout à fait le genre d'idée criminelle que seul un Maraudeur pouvait qualifier de « blague. » De plus, le binoclard possédait sans aucun doute le talent nécessaire pour utiliser la métamorphose afin de pétrifier quelqu'un. Néanmoins, il ne s'agissait là que de présomptions. Une bonne partie des notes qui constituaient la preuve principale, c'était Severus qui les avait rédigées.

Fallait-il en révéler l'origine ? s'il s'y décidait, il repasserait inéluctablement dans la catégorie des suspects. Et puis cela n'expliquait pas la découverte d'aveux complets obligeamment couchés par écrit. Sauf qu'en y repensant, Severus réalisa que le parchemin portait lui aussi l'écriture impersonnelle d'une dicta-plume.

Décidément, tout cela n'avait aucun sens. Le comportement étrange de Potter ne collait pas non plus. Est-ce qu'il y avait un lien avec la disparition de la potion de compulsion ? La fatigue gagnait à nouveau Severus, le poussant à envisager des hypothèses encore plus saugrenues. Et si, dès le début, on avait essayé de l'impliquer pour qu'il effectue des recherches compromettantes ? De cette manière, il fabriquait lui-même les preuves qui serviraient ensuite à l'incriminer.

Il réalisa qu'il en venait à soupçonner un gryffondor d'une opération de manipulation sur un serpentard. De toute évidence, l'épuisement l'empêchait de raisonner clairement. Il préféra se recoucher et se rendormit aussitôt.

Quand il ouvrit un œil, le soleil venait à nouveau de se lever, ce devait être le dimanche matin. Cette fois, Viviane et Régulus étaient réveillés, et très actifs. Assise à côté du lit de sa sœur, Victoire parlait avec animation. Un peu étonné, Severus remarqua que le cadet des Black participait à la conversation avec le plus grand naturel.

Le cinquième année envisagea de feindre le sommeil pour continuer à réfléchir tranquillement, mais l'arrivée de deux nouveaux visiteurs l'obligea vite à changer ses plans. Si la venue de John ne constituait pas vraiment une surprise, celle d'Agnès s'avéra plus étonnante. Severus crut un instant qu'elle se trouvait là en souvenir du bon vieux temps, mais elle le détrompa vite.

Depuis la veille, C'était l'effervescence. Finalement Potter s'était vu promptement emmené au ministère, où il se trouvait toujours. Tenus dans l'ignorance les élèves propageaient les rumeurs les plus folles à travers Poudlard. Ayant eu vent de leur présence chez le directeur, la septième année venait donc essayer de glaner quelques informations inédites.

Malheureusement pour la septième année, madame Pomfresh mit tous les intrus dehors, afin de pouvoir examiner ses patients. Si la cause de la fatigue lui échappait toujours, elle trouva ses patients en bien meilleure forme que la veille. Malgré ce diagnostic encourageant, elle leur déconseilla de se présenter aux examens qui devaient débuter lundi. Vu leur état, il leur fallait encore du repos.

Regulus acquiesça sans rechigner, mais Severus et Viviane ne l'entendirent pas de cette oreille. Hors de question pour eux de renoncer aux BUSES, après toutes leurs révisions. Malheureusement pour la serpentarde, sa mère passa prendre de ses nouvelles. En apprenant la situation, elle trancha sans hésiter, malgré les protestations de sa fille. Un nouvel été de révisions en perspective.

Pour Severus, en l'absence de représentant légal, seul son directeur de Maison aurait pu lui interdire de participer aux épreuves. Le gros enseignant n'avait pas daigné se manifester, sûrement trop occupé à activer son réseau de relations pour en savoir plus sur le nouveau scandale en cours. Le cinquième année annonça donc qu'il quitterait les lieux lundi matin. Par chance, il se serait écoulé assez de temps pour que l'ingestion de Felix Felicis ne pose aucun problème.

Victoire passa lui déposer ses livres de cours pour d'ultimes révisions, ce qui lui permit aussi de discuter un peu avec Régulus. Visiblement, ces deux-là n'auraient besoin de personne pour se réconcilier. Le soir venu il se coucha tôt, occluda autant que possible pour bien dormir et le lendemain, le cœur battant plus vite qu'à l'accoutumée, il partit affronter l'épreuve académique.

Il comptait passer la fin de la journée à revoir encore quelques matières, mais, il tomba sur un exemplaire de la Gazette du Sorcier, qui titrait sur Poudlard. De toute évidence l'affaire des pétrifications avait fini par connaître un certain retentissement. Le reporter mentionnait aussi que Potter se trouvait toujours interrogé au Ministère. Le binoclard continuait-il à nier les faits ? Severus ne savait toujours pas quoi penser de cette histoire.

À court terme, mieux valait qu'il se concentre sur ses priorités. D'abord il passait ses BUSES, ensuite il aviserait pour le reste. Avec un peu de chance quelqu'un finirait bien par remarquer l'utilisation de la dicta-plume. De toute façon, il valait mieux un gryffondor aux prises avec des aurors, que deux serpentards dans les griffes d'une gorgone.

Sa décision s'avéra d'autant plus pertinente, que, le lendemain, le journal publia un article au contenu fracassant. Rita Seeker était parvenue à obtenir le témoignage d'un ancien élève. Elle ne donnait pas de nom, mais la description permit à Severus de reconnaître Castor Troill. Serpentard, sang-mêlé, timide, affligé d'un bégaiement incontrôlable, toutes les « qualités » pour plaire aux Maraudeurs, qui avaient pris l'habitude de lui envoyer un maléfice chaque fois qu'ils l'entendaient buter sur un mot, soi-disant afin de « le motiver pour qu'il se corrige » La reporter n'avait clairement perdu ni son goût pour le reportage à scandale, ni sa capacité à fouiner aux bons endroits.

À l'époque, Severus avait plus d'une fois détourné le regard de ce genre de scène, soulagé à l'idée qu'on ne s'en prenne pas à lui et peu désireux de se mêler des affaires des autres. Étonnement, il ressentait une certaine gêne en y repensant. Ces derniers mois, Victoire, Agnès ou même Viviane étaient venues à son aide sans hésiter, n'hésitant pas à témoigner publiquement en sa faveur pour l'aider. qu'est-ce qu'elles auraient pensé de son attitude ?

Rita Seeker laissait entendre qu'elle possédait d'autres révélations croustillantes qu'elle publierait dans les jours à venir. Apparemment, la drôle d'ambiance qui régnait à Poudlard constituait un sujet de choix. Bientôt, tout le monde connaîtrait la vraie nature de Potter, celle d'un petit voyou qui ne comprenait que la manière forte.

Dans les jours à venir, Severus allait savourer chaque exemplaire de la Gazette, et tant pis si les articles renforçaient les présomptions contre le binoclard.


Mes chers lecteurs et lectrices, ne soyez pas frustrés, vous saurez un jour comment Severus et les autres se sont retrouvés dans cet état au petit matin. Un jour, mais peut-être pas tout de suite. :-)
Sinon, normalement, avec ce chapitre, je passe les 100 000 mots. C'est une première.