Bonjour à tous, j'espère que l'année a bien commencé pour tous mes lecteurs et que le Covid vous laisse en paix? Je vous avais laissé sur une déclaration surprenante, vous méritez quelques explications, disponibles au paragraphe d'en dessous. Bonne lecture!
Outré, Severus resta un moment sans pouvoir dire un mot. Il luttait pour se maîtriser, tandis qu'Arthur proposait à Pétunia de la raccompagner. Au moins, comme ça il pourrait parler sans se soucier du contrat magique, puisque toutes les personnes qui restaient connaissaient la vérité sur le Gryffondor. Ce qui rendait la proposition d'autant plus absurde.
- Non mais qu'est-ce que C'est que ce délire ?! Tu as perdu la tête ?
Paradoxalement, alors que lui se sentait prêt à exploser, Viviane ne se départait pas d'un calme particulièrement exaspérant. « L'été dernier, il m'a envoyé une lettre pour s'excuser de ce qui s'était passé dans la cabane. Suite à ma réponse, on a commencé à correspondre. »
De toute évidence, le loup-garou ne s'était pas contenté d'écrire à l'impasse du Tisseur.
- Et ça ne t'est pas venu à l'idée de m'en parler ? Par exemple durant l'année scolaire qu'on vient de passer à Poudlard ?
- Je t'en parle maintenant.
« Eh bien puisque tu te décides enfin, je vais te dire ce que j'en pense. Je te rappelle que Lupin est non seulement un monstre, mais aussi un Maraudeur, et enfin, un ami de Sirius Black, le type qui a essayé de nous tuer ! Ça veut dire qu'il appartient à un gang de petites brutes qui entend faire la loi à l'école. » Sans compter que le chef de la bande avait peut-être bien essayé de l'envoyer à Azkaban. « On ne peut pas lui faire confiance. »
- Rémus n'est pas méchant, C'est juste qu'il n'ose pas contrarier ses amis, même quand il les désapprouve. Et ça lui est arrivé plus souvent que tu ne crois.
« C'est ça l'excuse qu'il t'a sortie ? Il va falloir plaindre le pauvre petit gryffondor qui manque de courage ? Il t'a raconté des salades pour t'embobiner, oui ! » Comment pouvait-elle gober des explications aussi saugrenues ? Le souvenir de Tom et de ses conseils parfois surprenants lui traversa furtivement l'esprit, mais il occluda aussitôt. « Et d'abord comment ça se fait qu'il n'ait pas déjà passé ses BUSES ? En septembre, C'est la session de rattrapage. »
- Depuis un an, il n'ose même plus sortir de chez lui. Il n'y a pas que nous que les idées débiles de Black senior ont traumatisés. j'ai eu du mal à le persuader de venir, mais, si on parvient à travailler ensemble pendant les vacances, il devrait réussir à se présenter aux examens à la fin de l'été.
Pourquoi tenait-elle tant que ça à l'aider ? Est-ce que c'était à cause de la fin de son histoire avec John ? En tout cas, si elle comptait se trouver un petit ami de rechange, il ne fallait pas compter sur lui pour prendre part à ces manigances dignes d'un mauvais roman à l'eau de rose.
- Qu'est-ce que tu en as à faire des états d'âme d'un Maraudeur ? L'année dernière tu faisais équipe avec moi pour leur donner une leçon.
- Justement parce qu'ils sont dangereux, comme tu tu l'as toi-même dit. Sirius Black reprendra les cours avec nous en septembre. Tu ne crois pas que ça pourrait être utile de s'y préparer ?
Il n'avait pas pensé à ça. Irresponsable, inconscient, impulsif, le frère de Regulus s'avérait sans conteste le plus dangereux membre du gang. Severus n'oublierait jamais son face-à-face avec un monstre, à cause de ce Gryffondor détraqué. Le second séjour à Drumstrang risquait d'avoir exacerbé ses pires instincts, ce qui laissait présager une sixième année particulièrement mouvementée. Néanmoins, ce nouveau danger surgissait de manière un peu trop opportune. Viviane savait mettre en scène ses arguments, mais il en fallait plus pour convaincre un serpentard.
- Alors tout ça, C'est pour déstabiliser Black ? Il t'inquiète à ce point ? Mais qu'est-ce que tu veux qu'il fasse, seul avec Pettigrow ?
« Comment tu peux être sûr qu'il sera seul avec Pettigrow ? » La question le prit par surprise, son interlocutrice en profita : « Le procès de Potter commence lundi. Dumbledore témoignera d'ici la fin de la semaine, ensuite ce sera le tour des deux élèves pétrifiés et enfin d'Alastor Maugrey. Dans ces conditions, on ne peut pas savoir ce qui arrivera. »
De manière surprenante, le vieil auror s'était montré plutôt ouvert aux arguments de Viviane, puis avait mené une sorte d'enquête. s'il possédait la moitié du talent qu'on lui prêtait, alors, à peine réveillé, il avait déjà remarqué toutes les incohérences de cette affaire. Le directeur ne manquait pas non plus de ressources, comme le prouvait sa stratégie face à lord Black l'année dernière. Si ces deux-là conjuguaient leurs efforts, Merlin seul pouvait prédire ce qui se produirait.
Tous ces très raisonnables arguments pesaient néanmoins bien peu, face aux vieilles rancœurs que Severus sentait se réveiller au fond de lui. De toute façon, ce procès où on ne lui demandait pas de témoigner, lui semblait bien lointain. Décidé à ne rien lâcher, il changea d'angle d'attaque.
- L'année dernière, on était trois dans la cabane. Moi, je vois bien que je ne compte pas, mais tu as demandé à Regulus ce qu'il en pensait ou bien tu comptes lui imposer à lui aussi de côtoyer la créature qui a failli le tuer ?
Bien que la fin justifie les moyens, il se sentait un peu mal-à-l'aise en amenant la discussion sur ce terrain. Par chance, Victoire lui répondit sans se formaliser : « Souviens-toi de ce qu'il t'a dit près du lac, il veut repartir de zéro. On en a parlé, Rémus lui a également écrit et il est prêt à l'envisager à condition que maman veuille bien prendre certaines mesures de sécurité. »
- Cela tombe sous le sens, je n'ai pas oublié la nature de monsieur Lupin. J'ai déjà commencé à prendre des dispositions, au cas il devrait passer une nuit ici, afin de doter une pièce du manoir de toutes les garanties de …
« C'est hors de question ! » Furieux, sentant les évènements lui échapper, il avait interrompu l'adulte. Vu l'expression de cette dernière, cela ne constituait peut-être pas une très bonne idée.
- Jeune homme, au cas où vous l'auriez oublié et jusqu'à preuve du contraire, moi et mes filles, nous sommes ici chez nous. Elles peuvent inviter qui elles veulent et la seule personne susceptible d'y trouver à redire, C'est moi.
- Severus a une histoire compliquée avec les Maraudeurs, maman. Le moins que l'on puisse dire, C'est que certains d'entre eux ne l'ont pas épargné. Et si on demandait à Rémus de ne pas s'approcher du laboratoire de potions ? Ça leur permettrait de garder leurs distances.
Sauf que dans ces conditions il ne pourrait pas aider Lily ! Il se sentait prêt à exploser, mais son Tom intérieur le retint. s'il se fâchait avec les Ares, non seulement il faudrait qu'il se débrouille seul pour convaincre les Evans, mais il risquait de perdre l'accès au laboratoire du château. Et dans ce cas, préparer la potion de compulsion deviendrait nettement plus délicat.
Pourquoi donc Viviane lui compliquait-elle autant la tâche ? Est-ce que côtoyer une née moldue lui répugnait ? Au point de mettre en danger les Fabuleux Philtres Foisonnants ? Ce serait étrange, mais cette hypothèse permettait d'expliquer pourquoi elle se faisait passer pour une sang-pure, occultant soigneusement les origines de sa mère. Tom se réveilla à nouveau pour lui rappeler le temps où il aurait volontiers fait de même avec son père, mais il n'y prêta pas attention, focalisant son énergie sur le problème le plus immédiat. Quelques instants de réflexion lui suffirent pour prendre sa décision. Parfois, il fallait effectuer des choix et s'accommoder de leurs conséquences désagréables.
- Si, et je dis bien si, j'accepte qu'il vienne ici, Lupin ne mettra pas les pieds dans les plantations ou dans la serre qu'on doit construire cet été
- Pourquoi …
« Il veut étudier, non ? qu'il s'installe dans la bibliothèque. Moi par contre, il me faudra des ingrédients frais. » Il pourrait toujours envoyer Ziggy, si jamais il lui fallait un livre. « Et bien évidemment, il fera tout pour qu'on s'évite. Vous voulez de l'aide en potion, vous venez me voir, mais sans lui. » Il y avait assez de place dans le laboratoire pour qu'on puisse y réviser. Peut-être même parviendrait-il à persuader Lily de s'y installer ? Cela résoudrait tous ses problèmes.
- Les BUSES comprennent aussi des examens pratiques. Pour préparer l'épreuve de botanique, il s'avérerait quand même préférable de pouvoir jardiner. Ce que je vous propose, Severus, C'est qu'on établisse un emploi du temps. Cela vous permettrait d'éviter de croiser monsieur Lupin.
Finalement Madame Adams-Arès, semblait vouloir éviter que le conflit ne s'envenime. Si elle agissait ainsi, C'est quelle devait vraiment compter sur son aide avec les parents de Lily. Même si ça n'effaçait pas le reste, il fallait qu'il se focalise sur cet objectif.
- Ça peut s'envisager… Sinon, vous me disiez que vous verrez les Evans dimanche prochain, madame ?
- Exactement. Ma visite risque de s'avérer délicate, mais si vous arriviez au moment opportun, cela m'aiderait sûrement à convaincre la mère de Pétunia.
Il restait à espérer que monsieur Evans ne les questionnerait pas sur les agressions à Poudlard. Quoiqu'en y réfléchissant, il ne pourrait pas parler de ces évènements sans révéler qu'il recevait la Gazette du sorcier à l'insu de son épouse. Peu probable. En ce qui concernait le retour de son amie, les choses ne se présentaient pas si mal, mais il lui restait encore une précision à apporter.
- Tant mieux, car je vous rappelle que Lily reste prioritaire pour moi. Si jamais ses parents ne veulent rien entendre, brasser m'importera moins que de les faire changer d'avis.
Que personne ne croie qu'on pouvait lui forcer la main impunément.
Sa dernière remarque jeta un froid qui ne se dissipa pas du reste de la soirée. Même le retour d'Arthur peu après n'allégea pas l'atmosphère. Le cracmol essaya bien de lancer la conversation sur l'arithmancie, mais en vain.
En conséquence, quand, à la fin du repas, Severus demanda à Ziggy de le ramener, personne ne s'y opposa. Il envisagea d'utiliser la poudre de cheminette, mais le fait de priver, même momentanément, ses hôtes de leur elfe lui procura une sorte de plaisir puéril. Si au fond il sentait bien qu'il agissait par pure mesquinerie, une part de lui jubilait à cette idée. Sa colère n'avait pas disparu, en fait il se sentait dans le même état qu'à Noël, après avoir surpris Lily avec un modlu.
Cela lui rappela qu'il existait un moyen simple pour expulser toute sa frustration : l'activité physique. À peine dans sa chambre, il attrapa sa corde à sauter. Tant pis pour le bruit de ses pieds sur le plancher, et tant pis pour son père s'il s'avisait de lui dire quelque chose. Cet été, Tobias ferait face à un sorcier en possession de sa baguette !
Le souvenir du divorce de ses parents vint malheureusement gâcher cette pensée consolatrice. Il ignorait s'il pouvait encore utiliser la magie chez lui. Aujourd'hui, il cumulait les contrariétés. Il en avait assez qu'on complote dans son dos, qu'on essaye de le mettre devant le fait accompli ! Comme si personne ne lui faisait confiance. n'existait-il pas une seule personne qui croyait en lui ?
Malgré toutes ces sombres réflexions, le sport lui permit de retrouver un peu de sérénité. Comme la maison s'avérait silencieuse, il finit par se hasarder hors de sa chambre. Si la demeure s'avérait un peu mieux entretenue, elle ne semblait guère plus occupée que l'année dernière. Au moins maintenant, son père ne devait plus passer son temps dans les bars, mais au club de boxe. L'étudiant profita de l'occasion pour vérifier que leur foyer se trouvait encore connecté au réseau de cheminette. À son grand soulagement, c'était toujours le cas.
Jugeant l'information de bonne augure, il remonta se coucher un peu rasséréné. Réalisant au réveil qu'il n'avait rien prévu pour le petit déjeuner, il dut sortir effectuer quelques courses. Heureusement que les ventes des Fabuleux Philtres Foisonnants lui avaient permis de mettre de l'argent de côté. En se préparant à manger, il découvrit un mot laissé par son géniteur. Visiblement rentré tard, puis reparti tôt, l'adulte l'informait qu'il pourrait le trouver au club de boxe. Severus décida de ne pas le rejoindre. Comme il ne retournerait au manoir Arès que lundi, il allait organiser le reste du week-end à sa convenance, et il commencerait par prendre quelques précautions.
De retour dans sa chambre, il entreprit de retranscrire en runes un sortilège repousse moldu. Tout bien réfléchi, il valait mieux, comme l'année dernière, se contenter de tenir Tobias à distance. Inutile de chercher des ennuis, la situation s'avérait déjà bien assez délicate comme ça. Grâce aux connaissances acquises pour les BUSES, il put même ajuster avec exactitude la portée de l'enchantement, de manière à ce qu'il coïncide avec le périmètre de la pièce.
Sur sa lancée, il attaqua ses devoirs de vacance. Il ne pensait pas rencontrer à nouveau des problèmes d'insomnies, mais il préférait s'acquitter au plus vite de cette tâche fastidieuse. Alors qu'il sortait ses affaires de classe, il réalisa que Lily n'aurait pas à s'acquitter de ce genre de corvée…
Cette pensée lui rappela la scène de Noël, devant la maison des Evans. Il dut lutter pour ne pas aller vérifier sur le champ si son amie fréquentait toujours ce sale moldu. Ça lui coûtait, mais il fallait qu'il se maîtrise, sous peine de détruire toute chance de se réconcilier avec elle. D'ici une semaine, la rouquine retrouverait la place qui lui était due, au milieu des siens. Un peu de patience et tout redeviendrait comme avant. En attendant, il devait ronger son frein.
Plongés dans ces pensées maussades, il se laissa surprendre par la chouette qui tapait à une fenêtre, un paquet attaché aux pattes. Le mot joint au colis portait l'écriture de Victoire :
Bonjour Severus. Je voulais m'excuser de ne pas t'avoir parlé plus tôt des révisions avec Regulus et votre ami gryffondor.
Lupin son ami ? Quelle horreur ! Les blaireaux et leurs bons sentiments s'avéraient vraiment d'une niaiserie exaspérante. Agacé, il reprit sa lecture.
Pour me faire pardonner, Arthur et Pétunia m'ont aidé à te préparer des biscuits. j'espère qu'ils te plairont et que tu ne m'en voudras pas trop.
En voyant les gâteaux, il sentit une bonne partie de sa rancœur disparaître. La petite poufsouffle pouvait s'avérer horripilante, mais cela pesait peu face à sa gentillesse naturelle. Elle, non seulement elle lui avait dit qu'elle croyait en lui, mais elle le lui avait prouvé. Il ne fallait pas oublier Regulus, qui s'était décidé à reconnaître ses erreurs, s'affichant même publiquement avec un sang-mêlé. Il restait à savoir s'ils connaissaient à l'avance, le plan de Viviane. Peut-être les avait-elle piégés ?
Il réalisait bien qu'il s'agissait de pensées indignes d'un serpentard, mais il n'y pouvait rien. Il se promit d'agir de manière à ce que Victoire ne subisse pas les conséquences des erreurs de sa sœur. En ce qui concernait cette dernière, par contre, c'était une autre histoire.
Il acheva la plupart de ses essais en deux jours, pratiquement sans quitter sa chambre, ce qui lui permit aussi d'éviter Tobias. Le lendemain, avant de pénétrer dans la cheminée, il lui laissa une note pour lui donner rendez-vous samedi prochain au club, puis se jura à plusieurs reprises de s'en tenir à sa ligne de conduite : à ses yeux, Lupin n'existait pas. Dès son arrivée, il fila directement au laboratoire où il commença aussitôt à brasser. Arthur se trouvait déjà là, mais il n'essaya pas d'engager la conversation. Leur dernier repas devait l'avoir échaudé.
Durant la matinée, Severus ne quitta la pièce que pour aller chercher quelques ingrédients. Personne ne vint le déranger jusqu'au moment où Pétunia passa une tête par la porte. Toujours un peu guindée, elle le salua discrètement puis proposa à son bien-aimé de venir avec elle s'occuper du jardin. Avant de partir, elle demanda au jeune sorcier s'il voulait que Ziggy lui apporte son repas sur place. Trop content de régler ce problème pratique auquel il n'avait pas pensé, il acquiesça.
Au début de l'après-midi, Régulus vint lui rendre visite pour établir un plan de révisions. Fastidieuse, l'opération aurait pu s'éterniser sans l'arrivée de Victoire. La voir rappela à Severus l'histoire des biscuits, le poussant à assurer aux deux tourtereaux qu'ils étaient ici les bienvenus. Il en profita pour évoquer les entraînements de boxe, qui risquaient de s'avérer utiles à la rentrée.
En rentrant chez lui, il réalisa avec satisfaction qu'il était bien parti pour créer un groupe d'étude parallèle. Bientôt Viviane et le loup se retrouveraient tous seuls. Mardi, il continua à brasser, s'autorisant néanmoins de plus longues interruptions pour aller cueillir les plantes qu'il lui fallait. À midi, le déjeuner froid qu'il prit à nouveau seul s'avéra moins satisfaisant que la veille. Pétunia, semblait également d'humeur chagrine et Arthur finit par expliquer qu'elle ne reviendrait pas le reste de la semaine. Elle voulait prendre le temps de sonder ses parents, pour informer madame Adams-Arès de leur état d'esprit. Cela permettrait de préparer au mieux l'entrevue de dimanche.
Si Severus, en vrai serpentard, apprécia la subtilité de la démarche, son compagnon de laboratoire ne se dérida pas reste de la journée. Son rendement s'en ressentit et le soir venu, le jeune sorcier s'avoua à lui-même qu'il le comprenait. Ces derniers jours, Pétunia s'était montrée sous un jour inattendu et plutôt positif. Tout le monde au château partageait-il ce sentiment ? Il ne savait pas comment Régulus réagirait, ou s'il risquait d'influencer Victoire. Viviane quant à elle, se trouvait sûrement monopolisée par le loup.
Dans ces conditions, fallait-il prendre le risque de laisser Arhur isolé ? La question l'agita une bonne partie de la nuit, avant qu'il finisse par se résoudre à déjeuner avec les autres dès le lendemain. Par chance, quand il les rejoignit à table, personne ne se hasarda à émettre un commentaire.
Même s'il fit de son mieux pour ignorer Lupin, discuter arithmancie ne l'empêcha pas d'apercevoir le Gryffondor. Le teint pâle, les vêtements élimés, les gestes lents, il était tout simplement lamentable. À un moment, le Maraudeur sembla vouloir lui parler, mais Viviane intervint juste à temps pour éviter la catastrophe. Ces deux-là engagèrent une discussion sur les runes à laquelle, bizarrement, Régulus finit par se joindre. Comment parvenait-il à traiter aussi bien le monstre qui avait failli le tuer ?
En fait, le jeune aristocrate agissait depuis le début des vacances avec la plus parfaite courtoisie, quelle que soit la classe sociale de son interlocuteur. Soit, soucieux des apparences, il tenait à faire preuve de son excellente éducation, soit, comme Pétunia, sortir avec un membre de la famille Arès exerçait sur lui une influence particulièrement bénéfique.
Victoire le tira de ses réflexions en lui apprenant que l'entraînement de boxe reprendrait dès demain. Combinées avec le club de son père le samedi matin, ces séances l'aideraient à se préparer. Si Sirius Black revenait en septembre à Poudlard, autant mettre toutes les chances de son côté. Face à un gryffondor aussi rageur que tordu, il valait mieux pouvoir répondre aussi bien avec sa baguette qu'avec ses poings.
C'est avec cette idée en tête qu'il proposa de continuer également leurs sessions de duel. Elle accepta avec empressement, suggérant aussi qu'ils se remettent à la danse. Avant qu'il puisse répondre, Arthur intervint à son tour pour leur apprendre qu'il avait acheté un vieux projecteur cinématographique, couplé avec un phonographe. Grâce aux fournisseurs de Cambridge, il était aussi parvenu à se procurer plusieurs lots de films et de disques. Dans ces conditions, il devenait envisageable d'instaurer un ciné club certains soirs.
Severus hésita, peu enthousiaste à l'idée de passer plus de temps en compagnie d'un gryffondor pathétique et d'une serpentarde particulièrement horripilante. Mais il réalisa qu'il s'agissait d'une excellente occasion pour vivre quelques moments privilégiés avec une certaine sorcière rousse. S'il parvenait à convaincre Pétunia d'abandonner un peu le jardin pour venir brasser avec Arthur, pendant que Viviane travaillerait avec Régulus, alors il pourrait se consacrer à Lily ! Enthousiasmé par cette perspective, il accepta de rester dîner. Même la présence de Lupin ne réussit pas vraiment à entamer sa bonne humeur. Sans doute aussi parce que le titre du journal ramené par madame Adams-Arès indiquait que le procès de Potter commençait cette semaine.
À peine rentré il envoya un bulletin d'abonnement, afin de ne manquer aucun détail de cet événement délectable. Dès le lendemain, il parcourut avec avidité l'exemplaire de la Gazette qu'il venait de recevoir. Jeudi, des témoignages d'anciens élèves permettraient aux juges de se faire une idée des conditions de vie à Poudlard. Le vendredi se trouverait entièrement consacré à Dumbledore. Exceptionnellement, la cour siégerait samedi pour entendre les trois victimes.
Visiblement Alastor Maugrey et les deux étudiants avaient complètement récupéré, mais Severus y prêta à peine attention. Il voyait surtout que, très bientôt, tout le monde connaîtrait le vrai visage des Maraudeurs, tout le monde découvrirait la partialité du directeur. Il regrettait juste de devoir attendre une journée pour lire la chronique des évènements de la veille. Il envisagea de se rendre au tribunal , mais il décida de se réserver cette possibilité pour une date ultérieure.
Même s'il aurait bien aimé voir le vieux sorcier tâcher péniblement de justifier son incompétence, il ne ferait rien qui puisse gêner madame Adam-Ares dans sa démarche auprès de la mère de Lily. Elle avait besoin de lui, alors jusqu'à dimanche, il garderait un profil bas. Et puis, ça lui éviterait peut-être de voir Dumbledore s'en sortir grâce à un stratagème de son cru. Ragaillardi par sa lecture, il arriva au manoir de bon matin, prêt à attaquer le premier entraînement de boxe. Quand Victoire demanda à réviser le sortilège de désillusion il accepta sans hésiter. Optimiste, il se dit que, mieux elle le maîtrisait, moins elle risquait de nouveaux ennuis avec Sirius Black.
Il se renfrogna cependant quelque peu durant le déjeuner en constatant que Lupin, Viviane et Régulus persistaient à parler de runes. Il réalisa vite qu'ils commettaient nombre d'erreurs, mais il décida de ne pas les corriger, interrogeant même Arthur sur son projet de ciné-club pour détourner son attention. Quand il proposa de visionner des adaptations de Shakespeare, cela éveilla l'attention de Victoire, amenant à un débat passionné sur la possible qualité de sorcier du dramaturge. Satisfait de la tournure des évènements, il paracheva son œuvre en ouvrant ostensiblement le journal à la page consacrée au procès de Potter pendant qu'il buvait son café.
Malgré ce succès, le spectacle des trois étudiants en pleine discussion finit par sérieusement l'agacer. Il passa le reste de la journée à brasser, sans dire un mot, avant de quitter les lieux dès le début de la soirée. En arrivant chez lui, il décida qu'après une séance de corde à sauter, il écrirait à Damocles Belby. Cela pouvait intéresser le Maître des potions d'apprendre que Severus passait l'été avec un loup-garou. Après tout, il étudiait l'aconit. Il fallait juste trouver la manière adéquate de laisser filtrer l'information sans rompre le contrat passé avec Dumbledore.
Cette idée réconfortante lui procura un peu de sérénité, ce qui lui permit de se commencer le week-end plein de bonnes résolutions. Madame Adam-Ares lui avait demandé d'arriver chez les Evans dimanche, vers quatorze heures. Pour se préparer, il disposait donc d'une journée et demie de liberté, qu'il entamerait en se rendant au club où son père officiait.
Un hibou des Malfoy vint cependant le déranger, pendant qu'il prenait son petit déjeuner. Lucius lui donnait rendez-vous en début d'après midi sur le Chemin de traverse, pour régler certaines "affaires". Severus ne goutta guère le ton comminatoire de la missive, mais il se focalisa sur l'objet de cette entrevue. Une fois qu'il l'aurait échangé avec la potion de fertilité, il deviendrait le nouveau propriétaire de Dobby. Il n'avait pas oublié Tom. Même s'il devrait sans doute attendre encore un peu à cause des Evans, très bientôt, il commencerait la recherche du carnet. Bien sûr il n'appréciait pas que l'aristocrate le prenne ainsi de haut, mais le jeu en valait la chandelle.
En partant pour le club de boxe, il récupéra le journal dans la boite aux lettres. Il ne le lirait pas tout de suite, mais il n'entendait en aucun cas rater l'article sur Dumbeldore. Si les locaux n'avaient pas vraiment changé depuis Noël, il ne les avait jamais vu aussi propres. Il ne s'avérait pas difficile de deviner à qui on devait cette transformation. Son père semblait désormais totalement dans son élément, agissant avec froideur mais efficacité, sans aucun des mouvements d'humeur qui avaient ponctué l'enfance de l'adolescent.
Tobias ne manifesta pas d'émotion particulière en apercevant son fils, l'envoyant aussitôt remplir le formulaire de renouvellement d'inscription. Cela convenait très bien au principal intéressé, qui en profita pour saluer monsieur Evans, qui sembla lui ravi de le revoir. Severus profita d'une séance d'assouplissements collectifs pour discuter discrètement, prenant grand soin d'émettre le souhait qu'ils se revoient bientôt.
Il ignorait comment le modlu avait compris ses propos, mais lui comptait bien en profiter pour passer demain chez les Evans, quitte à prétexter un regrettable malentendu. Satisfait, il profita du reste de l'entraînement pour planifier les derniers détails. Si le costume offert à Noël ferait parfaitement l'affaire, il faudrait qu'il prenne soin de son catogan et qu'il peaufine son occlumencie.
Assez content de lui, il s'éclipsa discrètement afin de rentrer au plus vite, bien décidé à parachever cette excellente matinée en lisant la Gazette. Rien de tel que les déconvenues du directeur pour lui ouvrir l'appétit.
Il s'attendait à des révélations fracassantes, mais rien n'aurait pu préparer l'adolescent à ce qu'il allait découvrir.
Et oui, on l'oublie parfois, mais Severus n'a pas très bon caractère, et il peut s'avérer très rancunier. Mais bon, il pourrait bientôt réaliser qu'il y a des choses plus graves que l'inconscience d'un gryffondor pas très malin (je n'aime pas beaucoup Sirius adolescent au cas où vous n'auriez pas remarqué ^^ )
