Bonsoir à tous, j'espère que vous allez bien? Vous avez vu la bande-annonce des Animaux Fantastiques 3? Le remplaçant de Johny Deep ne dégage pas la même aura malsaine, mais sa version de Grindelwald ne manque pas de charisme! Et look de Credence / Croyance / Aurelius ?! o_O Non, mais ça expliquerait tellement de chose sur la psychologie de Dumbledore, si un certain professeur d'Harry Potter, rappelait Credence à Dumby!
Bon ok, je me calme.
Merci à Rose et Katymyny pour leurs reviews. Vous avez apprécié le chapitre précédent? J'espère bien que celui-là vous plaira également.
Au lieu de s'expliquer, Dumbledore avait profité de son audition pour établir un parallèle surprenant. D'après lui des évènements similaires avaient eu lieu dans les années 1940, quand il enseignait la métamorphose à Pouldard. À l'époque d'après plusieurs étudiants, un monstre mystérieux, mais terrifiant s'était manifesté dans l'école. Cette affaire avait culminé avec la mort d'une élève de la maison Serredaigle, manquant provoquer la fermeture de l'établissement. Par chance, Tom Jedusor, alors préfet, avait découvert le responsable, mettant un terme à ce drame.
Rien d'étonnant jusque-là, Severus se souvenait de la mention par le journal d'une sombre histoire de meurtre. Là où les choses se gâtaient, C'est quand le vieux sorcier révélait ce qu'était devenu cet ancien étudiant, dont il mentionnait au passage le statut de sang-mêlé. Après son départ de Poudlard, il avait longuement voyagé, avant de rentrer dans son pays natal, muni d'un nouveau nom.
Lord Voldemort.
Le directeur enchaînait alors en soulignant la faiblesse des preuves récoltées, avant de jeter le doute sur la responsabilité des coupables désignés dans ces deux histoires. Quelque part, on ne pouvait qu'admirer la manière dont il lançait une diversion, afin d'éviter de se trouver mis en difficulté, mais pour l'instant cela importait peu à Severus. Pendant sa quatrième année, il avait dialogué quotidiennement avec le futur Seigneur des Ténèbres ! D'abord abasourdi, les questions finirent par l'assaillir. Pourquoi Tom n'en avait-il jamais parlé ? Peut-être l'ignorait-il ? Et s'il ne s'était décidé à changer de nom qu'après ses études ?
Un peu rasséréné, l'adolescent reprit sa lecture, espérant encore que le tribunal avait quand même demandé des comptes à Dumbledore. Malheureusement le journal se focalisait sur la révélation de l'identité du chef des Mangemorts, sans plus s'intéresser au vieux sorcier.
Avide de titres à sensations et de polémiques, la Gazette donnait la parole à Potter et à lord Black. Le binoclard, trop content d'attirer l'attention, tenait des propos d'une bêtise consternante. D'abord il remarquait que le Seigneur des Ténèbres glorifiait les sang-purs alors que son père était moldu et par conséquent il le trouvait hypocrite. Ensuite il croyait malin de l'affubler d'un surnom. De Tom à Toto, il ne faisait même pas preuve d'originalité, juste d'une immense stupidité. S'il restait chez lord Voldemort ne fut-ce qu'une trace de l'étudiant que Severus avait appris à connaître, Potter venait de dessiner une cible sur sa précieuse petite personne.
Quant à l'interview d'Orion Black elle s'avérait déconcertante. Contre toute évidence, il niait obstinément les déclarations de Dumbledore, sans pour autant apporter le moindre argument. Ce n'était pas non plus très malin de sa part de prendre ainsi publiquement parti, mais il se pouvait qu'il agisse sur ordre du Seigneur des Ténèbres. Il paraissait désormais clair que ce dernier tenait sous son emprise une bonne partie de la classe aristocratique, à commencer par les Blacks et les Malfoys.
Cette réflexion rappela à Severus le message reçu le matin même, ce qui lui glaça le sang. Par une très étrange coïncidence, Lucius décidait qu'ils devaient se voir, quelques heures seulement après les révélations sur la vraie nature de Tom Jedusor. Et si, en apprenant les dernières nouvelles, il avait voulu examiner le journal de son maître ? Les parchemins transmutés à l'époque, ne tromperaient pas longtemps un sorcier un peu soupçonneux. Il avait dû éventer le stratagème et maintenant il allait le lui faire payer !
Paniqué, l'adolescent se leva, prêt à empoigner la poudre de cheminette pour déguerpir à l'autre bout du monde, quand une sorte de voix intérieure l'incita se calmer. Lucius lui avait donné rendez-vous sur le Chemin de Traverse et non chez lui. Pourquoi un lieu public et non son domicile, nettement plus commode pour régler ce genre d'affaire privée ? S'agissait-il d'une ruse pour endormir sa méfiance ? Cela s'avérait bien compliqué, voire alambiqué, même pour un serpentard.
Le rang et l'influence de lord Malfoy lui permettaient de recruter sans difficulté des hommes de main. S'il le souhaitait, il lui suffisait d'envoyer quelques sbires dans l'impasse du Tisseur pour qu'ils lui ramènent le voleur à châtier. Très lucidement, Severus ne se faisait aucune illusion sur ses chances de l'emporter face à trois ou quatre sorciers adultes l'attaquant par surprise.
Pourtant au lieu de ça, Lucius lui écrivait pour lui demander de le rejoindre. Et si… et s'il s'agissait d'un test ? Si ça se trouvait, l'aristocrate nourrissait des soupçons, mais il en était encore à formuler des hypothèses pour lesquelles il cherchait des preuves. Dans ces conditions, la convocation constituait bien un piège, mais pas dans le sens que l'on aurait pu croire.
Un peu soulagé, Severus se sentit plein de reconnaissance pour cette voix intérieure, jusqu'à ce qu'il réalise qu'il s'agissait de celle de Tom. Ou plutôt de Voldemort ! Seul un violent effort sur lui-même l'empêcha de céder à la terreur, tandis qu'il s'astreignait à réexaminer minutieusement le raisonnement qu'il venait d'effectuer. Après quelques instants, ne trouvant aucune incohérence, aucun biais, il arriva à la même conclusion. On se méfiait probablement de lui, mais il n'avait pas dépassé le stade du suspect. Dans ces conditions, ne pas venir transformerait les doutes en certitudes. Il fallait prendre le risque d'aller au rendez-vous, parce que la fuite s'avérerait encore plus risquée.
Pour qu'il s'en sorte, il devrait jouer le rôle du petit étudiant de Serpentard, uniquement préoccupé par ses examens. La partie à venir s'annonçait particulièrement périlleuse, il importait qu'il profite au mieux du temps qui lui restait. Faisant appel à toute sa science de l'occlumencie, il s'astreint à visionner les souvenirs de sa quatrième année, ce qui lui donna une idée pour présenter les choses sous le jour qui lui serait le plus favorable. Une fois cet objectif atteint tant bien que mal, il fouilla ses réserves pour y trouver potions ou ingrédients susceptibles de lui servir.
Malgré toutes ces précautions, son cœur battait à tout rompre quand il attrapa la poudre de cheminette. Alors qu'il comptait arriver le premier et disposer ainsi d'un délai pour prendre ses marques, il entendit Lucius le héler, dès qu'il entra sur le Chemin de Traverse.
Ce comportement familier, inhabituel chez l'aristocrate, renforça ses appréhensions, mais heureusement ce dernier ne sembla pas s'en apercevoir. Avec le plus grand naturel, il se dirigea vers la boutique de Fortarôme, où il s'installa à une table réservée à l'avance. Severus se détendit un peu en le voyant ouvrir ostensiblement son menu. Il avait visiblement préparé les choses, mais à priori pas dans la perspective d'un traquenard. Autant continuer jouer le jeu, en attendant de voir la tournure que prendraient les évènements.
- J'imagine qu'avec ta nouvelle société de philtres, tu n'auras pas l'usage du laboratoire des Malfoys, cet été ?
- Non, en effet.
Il semblait vouloir commencer par une conversation banale. Pour endormir sa méfiance ?
- Quelque part, ça vaut mieux. Je me marie bientôt. Avec les préparatifs, tu n'aurais pas pu travailler tranquillement.
Et accessoirement, Severus ne devait pas se trouver sur la liste des invités. Sur ce point, rien n'avait changé depuis la fin de sa troisième année. Heureusement, l'arrivée du serveur les interrompit, lui donnant le temps d'écarter cette pensée parasite.
Dès qu'ils se trouvèrent face à leurs tasses de thé fumantes, Lucius sortit sa baguette.
Stressé, Severus faillit dresser un bouclier, mais par chance, il reconnut les mouvements. Regulus Black en avait effectué de semblables avant d'appeler Kreatur. Très rapide, l'aristocrate en eut terminé en quelques instants. « Voilà. Maintenant que je me suis assuré qu'on ne pouvait pas nous écouter, nous pourrons discuter tranquillement. Je suis déçu Severus. » Bien que prononcées sur un ton léger, ces paroles mirent tout de suite l'adolescent sur ses gardes.
- Déçu par quoi ?
- Je t'avais demandé de dresser l'inventaire de ma bibliothèque, mais tu as effectué cette tâche de manière incomplète.
- Comment ça ? j'ai vérifié chaque étagère.
- Tous les livres ne se trouvaient pas sur les rayonnages.
Comme il le craignait, leur entretien prenait une mauvaise tournure. Pour éviter de se retrouver sur le fil du rasoir, il devait continuer à jouer son rôle d'élève innocent, ignorant tout.
- Comment je pouvais savoir ? Ils étaient où les autres livres ?
- Severus, j'ai un souci. On m'a confié un ouvrage très précieux et je ne le retrouve plus.
Toujours le même ton léger, mais Lucius le regardait fixement désormais. Guettait-il une trace de culpabilité ? Il fallait aiguiller la conversation, se montrer convaincant.
- Tu cherches un livre depuis deux ans ? Pourquoi tu ne m'en as pas parlé plus tôt?
- … en fait je viens juste de découvrir sa disparition. Et ce n'est pas un livre, mais une sorte de journal intime.
- Je ne me souviens pas d'avoir trouvé ce genre de chose dans ta bibliothèque, mais je te l'ai dit cela remonte à deux ans. Depuis je n'y suis pas retourné, tu peux demander aux elfes.
- À part eux pour le ménage et toi pour l'inventaire, il n'y a pas grand monde qui y rentre. Severus, on commet tous des erreurs, si tu as succombé à la tentation, je comprendrai. Il faut que tu me dises la vérité, c'est important.
Voilà qui sonnait presque comme une supplication. Surpris par le changement de ton, le cinquième année dévisagea son interlocuteur. Au premier abord, il semblait toujours le même. Aidé par sa prestance naturelle, il dégageait une impression de confiance en soi assez impressionnante.
Sauf qu'en y regardant de plus près, on discernait le tic nerveux qui agitait ses lèvres, ainsi que les cernes mal dissimulés, que surmontait un regard hanté. L'aristocrate avait peur. Pire que ça, lord Malfoy, un des sorciers les plus riches et les plus puissants du pays était terrifié.
Tout ça parce qu'il avait égaré un objet dont il ignorait encore l'importance voici deux jours. Il redoutait visiblement la réaction de son propriétaire. Comment lord Voldemort en était-il venu à effrayer ainsi ses propres partisans ? Cela ne collait pas avec le souvenir de l'étudiant que Severus avait appris à connaître. Tom pouvait s'avérer brillant, déterminé, retors, voire redoutable, mais il cherchait à convaincre, pas à intimider.
Avec cette nouvelle perspective, ça en devenait presque pénible de voir Lucius désespéré au point d'explorer une piste vieille de deux années. Mal à l'aise, le cinquième année détourna le regard. Fortarôme n'accueillait qu'une poignée de clients cet après-midi, pour la plupart occupés à parcourir le journal. De là où il se trouvait le jeune sorcier reconnut même l'article que lisait l'un d'entre eux, l'interview où Potter se moquait du Seigneur des ténèbres. À la lumière des derniers événements, la bêtise du binoclard n'en devenait que plus consternante.
Quand lord Voldemort apprendrait que le gryffondor l'avait surnommé Toto, il rentrerait à coup sûr dans une colère épouvantable. Le Maraudeur s'avérait vraiment inconscient, capable des provocations les plus dangereuses. Eh bien, puisque il aimait tant que ça se mettre en péril, Severus pouvait peut-être en tirer avantage.
- As-tu envisagé que ce journal pouvait ne plus se trouver dans la bibliothèque quand j'ai dressé l'inventaire ? Ou bien qu'un de tes invités s'y soit introduit lors d'une réception ?
- Je ne reçois pas mes hôtes dans cette pièce.
- Mais certains d'entre eux ne se sentent pas concernés par ce genre de restriction. Ce n'est pas toi qui te plaignais des mauvaises manières de Potter et Black ?
- … bon sang ! Ils étaient déchaînés lors du dernier réveillon, et quelques semaines plus tard les attaques à Poudlard ont commencé. Les mêmes agressions pour lesquels on juge James Potter en ce moment.
Lucius devait vraiment se trouver aux abois pour se jeter ainsi sur la première hypothèse un peu attrayante. Tant mieux pour Severus, mais s'il voyait le danger s'éloigner, il ne devait pas pour autant oublier de jouer son rôle.
- Excuse-moi, mais je ne vois pas le rapport entre les pseudo-farces de Potter et le vol chez toi.
« En fait le carnet appartient au Seigneur des Ténèbres. » Le ton de la réponse le dissuada de chercher à en savoir plus. En quelques minutes, l'aristocrate était redevenu un individu à l'attitude pleine d'assurance, frôlant même la morgue par moment. Ses yeux brillaient d'un éclat froid, tandis qu'il poursuivait. « Si ce sale petit Gryffondor, traître à son sang, est aussi un voleur, alors le problème va être vite réglé. Et de manière définitive. »
Sur ces derniers mots, il commença à l'interroger sur ses examens. L'étudiant répondit sans se faire prier, soulagé par le succès de sa diversion. Il se demanda vaguement quel rôle Tom avait vraiment joué dans les années 40, mais il y renonça vite, trop d'éléments lui manquaient. Quand il aurait récupéré le journal, il lui poserait la question, tout simplement.
Alors qu'il détaillait les difficultés posées par l'épreuve de métamorphoses, il sentit le sol trembler sous ses pieds. Alarmé, il parcourut la salle du regard. Les clients semblaient pour la plupart aussi surpris que lui, un seul faisait exception. Étranger à toute cette agitation, Lucius savourait sa tasse de thé avec le plus grand calme. Il formula encore quelques encouragements concernant les BUSES de son interlocuteur, avant de changer à nouveau de sujet.
Alors qu'il expliquait à Severus quelles conditions il lui faudrait remplir pour décrocher le statut de fournisseur officiel à son mariage, le bruit caractéristique d'un transplanage tout proche vint l'interrompre. Visiblement agacé, il leva les yeux, fixant un point à travers la vitrine.
Le cinquième année fit de même. Dans la rue, à quelques pas d'eux, deux sorciers se livraient à un combat acharné, qui s'acheva dans un hurlement de douleur. S'il lui sembla reconnaître le vainqueur, un des aurors croisé au ministère l'année dernière, un drôle de masque argenté recouvrait la tête de son adversaire, le rendant impossible à identifier.
- Je crois qu'il est temps que nous y allions, l'ambiance commence à laisser franchement à désirer.
Joignant le geste à la parole, l'aristocrate fit un geste au serveur, avant de jeter négligemment une poignée de pièces sur la table. Il agissait avec une telle assurance, une telle tranquillité que, à peine dehors, Severus posa la question qui lui brûlait les lèvres.
- Tu n'es pas surpris, tu sais ce qui se passe. Pourquoi ces deux-là se battaient-ils ?
- Tu es intelligent Severus, mais tu parles trop. Heureusement que les sortilèges de discrétion que j'ai lancés tout à l'heure fonctionnent toujours, sinon n'importe qui aurait pu t'entendre.
Vexé, le cinquième année faillit répondre qu'Assurdiato, sa création personnelle, s'avérait nettement supérieure, mais il jugea préférable de rester coi. Du moment que son interlocuteur ne le soupçonnait plus du vol dans la bibliothèque, le reste importait peu.
« Il est évident que ces évènements me surprennent autant que toi… mais tu ne trouves pas qu'un des deux sorciers qui s'affrontaient ressemblait beaucoup à un partisan du Seigneur des Ténèbres ? » Si on en croyait, les rumeurs de la salle commune des Serpentatrds, alors le masque devait représenter une tête de mort. « De plus, il faudrait vraiment des circonstances exceptionnelles, pour qu'ils en viennent à transplaner au milieu d'un combat. Se pourrait-il qu'une attaque se soit produite dans un lieu important ? Par exemple dans l'aile du ministère de la justice ou se tiennent les procès. »
- Il parait que l'endroit est ultra sécurisé !?
- Tu as tout à fait raison. Pour tenter ce genre d'action avec une petite chance de succès, il faudrait que les assaillants connaissent parfaitement les lieux, ou bien qu'on leur ait fourni des informations particulièrement précises. Le genre de renseignements confidentiels connus seulement d'une poignée de privilégiés.
Mine de rien, il prenait garde à rester dans l'hypothétique, évitant le moindre propos compromettant. Ce détail jetait une lumière nouvelle sur les derniers évènements.
- Dans ce cas, j'imagine qu'il leur faudrait également prendre des précautions pour qu'on ne découvre pas qui les a informés.
- La table chez Fortarôme était réservée à mon nom. Vu le pourboire que j'ai laissé, je pense que le serveur se souviendra de moi. Cet après-midi, je me trouvais donc sur le Chemin de Traverse, loin de toute agitation judiciaire, comme pourront en attester plusieurs témoins. Par contre, il ne faudrait pas que les déplorables lacunes dans la défense du ministère nous fassent oublier le but premier de notre rendez-vous. Tu possèdes quelque chose qui m'intéresse et il me semble que la réciproque est vraie. Nous devrions pouvoir trouver un arrangement qui nous bénéficie à tous les deux.
Il s'était attendu à ce que Lucius lui donne directement Dobby en échange de la potion, mais de toute évidence, ça ne serait pas aussi simple.
- Je ne suis pas sûr de comprendre ce que tu veux dire.
- Nous allons passer un contrat
« Ce n'était pas prévu. Il faut que je fasse appel à une juriste. » S'il avait su, il aurait contacté madame Arès avant de venir, tandis que là, il ignorait où elle se trouvait aujourd'hui.
- Ne t'emballe pas, il s'agit juste de laisser une trace écrite, pour officialiser ton acquisition d'un elfe. Pas besoin de nous montrer trop formels, mais on va trouver un accord, le coucher sur le papier, puis promettre de le respecter. Simplement, nous nous y engagerons par un serment inviolable.
Quand il réalisa que cela correspondait aux explications qu'on lui avait fournies l'année dernière, il se détendit un peu.
- Mais pour cela, il nous faut un enchaîneur.
- C'est pour le rencontrer, qu'on a quitté Fortarôme. Je connais quelqu'un de discret.
Tout en prononçant ces paroles, il s'engagea dans l'allée des Embrumes. Indifférent à l'atmosphère oppressante, il se dirigea à grandes enjambées vers une échoppe miteuse où il pénétra sans hésiter. Severus allait l'imiter quand, de nouveau, les doutes l'assaillirent.
S'apprêtait-il à se jeter dans un piège sophistiqué ? Encore une fois, cela semblait peu probable. De toute façon, en cas de besoin, il disposait toujours d'un plan de secours. Entre la poudre du Pérou dans sa poche et sa maîtrise de la désillusion, il pouvait courir le risque.
Quand il le rejoignit, Lucius contemplait la boutique vide avec perplexité.
- C'est bizarre qu'il n'y ait personne, ça ne ressemble pas à Terens. J'espère qu'il ne va pas nous faire faux bond. Ça serait d'autant plus regrettable que nous appartenons tous deux à un groupe dont je sais que tu partages les valeurs. D'ailleurs, je me dis que tu pourrais nous rejoindre prochainement. Je comptais attendre encore un peu, mais le service que tu viens de me rendre aujourd'hui change la donne. Pourquoi pas au début de l'année prochaine, quand tu auras dix-sept ans ?
Il y a peu, l'idée de devenir Mangemort à peine majeur aurait enthousiasmé le jeune sorcier. Aujourd'hui, il en allait bien différemment. Si perdre un objet appartenant à la version adulte de Tom terrorisait à ce point le puissant lord Malfoy, il n'osait pas imaginer ce qui arriverait si on découvrait que le vrai coupable c'était lui, un modeste sang-mêlé. En un instant, Severus décida qu'il n'adhérerait jamais à cette organisation. Il restait maintenant à gagner du temps, pour trouver comment refuser la proposition sans éveiller les soupçons.
- Tu es sûr que c'est normal que ce Terens ne soit pas là ? Tu ne crois pas que ça a un lien avec les évènements auxquels nous avons assisté tout à l'heure ?
- J'espère bien que non, sa perte constituerait un coup dur ! En plus d'être des nôtres, il nous sert d'intermédiaire, quand nous avons besoin de nous livrer à des transactions sensibles. C'est un peu notre fournisseur officieux.
Le parallèle son statut de pourvoyeur de filtres de senteur, lui rappela une vieille conversation à Pré-au-Lard. Il tenait une piste.
- Je dois t'avouer que ça me gêne un peu, que tu me présentes dans ces conditions. J'ai peur de ne pas être à la hauteur.
- Tu as vu où on est ? On peut difficilement trouver plus miteux, et pourtant son propriétaire est des nôtres. Tu vois que tu n'as pas de souci à te faire.
- Je ne pensais pas à ça, mais au nom que je porte et à mon père. À cause de lui, je ne suis qu'un sang-mêlé à moitié moldu Lucius, et je le resterai toute ma vie. L'année prochaine, malgré mes dix-sept ans, j'étudierai toujours à Poudlard, sous la surveillance de Dumbledore, qui plus est.
- Tes résultats aux BUSES …
- Même en admettant que je réussisse tous mes examens aussi bien que je l'espère, ça montrera juste mon potentiel académique. Pour notre lutte, les succès scolaires ce n'est pas assez. Si, une fois admis parmi vous, je commets la moindre erreur, ça peut tous nous mettre en danger. Je suis sûr que dans notre groupe, il existe des jaloux qui seraient trop content d'en profiter pour te nuire.
L'expression de doute de l'aristocrate lui montra qu'il avait marqué un point.
- Par contre, Slughorn me prédit régulièrement que, si je continue sur ma lancée, je deviendrai le plus jeune maître des potions de ma génération. Grâce à lui, j'ai déjà rencontré un sorcier susceptible de me prendre comme apprenti. Je suis sûr que je pourrais décrocher mon titre avant mes vingt et un ans. Le genre de performance susceptible de retenir l'attention du Seigneur des Ténèbres. Ça l'impressionnerait certainement, si, grâce à toi, je vous rejoignais le soir même de ma maîtrise.
Il fallait qu'il se montre convaincant, ça pouvait lui permettre de gagner du temps, peut-être même plusieurs années. Son interlocuteur resta un moment à le regarder sans parler. Le silence commençait à devenir pesant quand un bruit leur fit tourner la tête. Surgissant de l'arrière-boutique, un sorcier peu amène les apostropha.
- On est fermés! Ah, C'est toi Lucius.
- Terens. Tu te souviens que je devais passer avec un ami?
« Ouais, ouais, mais aujourd'hui il y a pas mal d'imprévus. » D'un coup de baguette il verrouilla l'échoppe avant de reprendre. « Venez avec moi, vous comprendrez mieux. » Ils franchirent une porte discrète, mais à peine passé le seuil, Severus se figea.
Deux mangemorts, reconnaissables à leurs masques, se trouvaient dans la pièce, visiblement mal en point. Le premier, inconscient sur une table, arborait au niveau du thorax une tache sombre qui s'agrandissait à vue d'œil. Le deuxième, adossé à un mur, tremblait comme une feuille, le corps secoué de spasmes.
- Maugrey lui a balancé un maléfice. On ne sait pas de quoi il s'agit, mais c'est du vicieux. Tu n'aurais pas une idée pour l'annuler ?
Lucius haussa les épaules avec indifférence, sous les yeux de Severus effaré. Incapable de dire un mot, le jeune sorcier fit non de la tête, avant de fouiller dans ses poches. Il finit par en sortir une potion de régénération sanguine pour le blessé.
« Plus la peine. » La phrase le pétrifia. L'homme allongé ne respirait plus, ce qui ne paraissait guère émouvoir les sorciers encore valides. Vu leur réaction, ils devaient voir les sombrals depuis longtemps. Sans se soucier du cadavre, ils commencèrent à discuter pour comprendre comment ils en étaient arrivé là. D'après Terens, si les assaillants étaient parvenus sans problème à pénétrer dans le ministère, ils n'avaient guère pu profiter de l'effet de surprise. Alors que la rumeur décrivait Alastor Maugrey comme affaibli, encore convalescent, il était sorti de nulle part à la tête d'un groupe de sorciers. Baguette à la main, il avait engagé à lui seul trois des attaquants.
Pour ne pas perdre totalement l'effet de surprise, ceux qui pouvaient avaient pris la direction de la salle du tribunal qui consistait leur objectif principal. Sauf qu'ils étaient alors tombés sur Dumbledore, qui aurait pourtant dû regagner Poudlard après son témoignage. Vu sa puissance, les choses avaient rapidement mal tourné.
Par chance pour les Mangemorts, une explosion particulièrement violente avait créé une diversion, leur permettant de s'échapper. Pour une raison inconnue une partie du bâtiment s'était effondrée, ensevelissant sous les décombres bon nombre des combattants des deux camps.
- Il paraît que, dans un combat, Maugrey peut s'énerver, au point d'en devenir enragé. Il suffit qu'une de ses attaques ait touché le mauvais pilier. Avec un peu de chance son compte est bon, on en entendra plus parler. Au moins, si on est parvenus à s'en débarrasser, cette histoire ne sera pas un fiasco complet.
Le cynisme de l'aristocrate s'avérait glaçant, mais il n'en avait pas fini.
- Débarrasse-toi donc des masques et du corps, ils pourraient nous compromettre. Ensuite, il ne faudra pas oublier pourquoi je suis ici. Severus et moi devons effectuer une transaction importante, que nous validerons par un la procédure habituelle. Tu te sens prêt à nous enchaîner ?
Le sorcier grommela quelque peu, mais il se calma vite en voyant la bourse bien remplie que l'aristocrate tenait négligemment.
- Pas de problème, mais faites gaffe, c'est un serment inviolable.
- Pour qui tu me prends ? Et comme il s'agit d'un accord écrit, nous veillerons également à ne rien marquer de compromettant.
Faisant apparaître plumes et parchemins, il en tendit un jeu à Severus.
- Préparons donc chacun une version. On la mettra en commun dans un second temps.
Encore sonné par le souvenir du sorcier mort sous ses yeux, l'étudiant ne s'investit guère dans la tâche, tandis que l'aristocrate, plus motivé, finissait en quelques minutes.
- Nous sommes donc d'accord : Severus, tu me confirmes que la potion que tu as préparée n'est pas toxique et permettra à Narcissa de tomber enceinte ?
Il hocha la tête, toujours secoué.
- Très bien, nous notons donc juste que je me débarrasse d'un elfe inutile, en échange de la potion dont je viens d'énoncer les propriétés. Terens, à toi de jouer.
Le sorcier s'approcha, tandis que le cinquième année et l'aristocrate joignaient leur main droite sur lesquelles il plaça sa baguette.
- Severus, promets-tu de respecter l'accord que nous venons d'écrire ?
- Si tu l'honores, je jure d'en observer les dispositions.
Une mince langue de feu jaillit de la baguette pour s'enrouler autour de leurs poignets.
- Et toi Lucius, t'engages-tu à honorer le contrat que nous avons rédigé ?
- À condition que tu fasses de même, j'en suivrai les termes.
Un second ruban ardent vint s'entrelacer avec le premier pour former une mince chaîne lumineuse. Ils libérèrent leurs mains, tandis que Terens, empochait les gallions.
Pressé de partir, l'étudiant se demandait si la boutique disposait d'une cheminée qui lui permettrait de rentrer directement chez lui, quand la voix de l'aristocrate le fit sursauter.
- Pas si vite Severus, tu sembles oublier qu'il nous reste encore un point à régler. Un point d'une certaine importance.
Eh oui, encore un petit cliffhanger, je suis méchant ^_^.
Et j'imagine tout à fait James Potter surnommer Voldemort Toto, s'il apprenait sa véritable identité. Il préfèrera toujours faire une mauvaise blague que de recourir à son bon sens. -_-'
Sinon c'est officiel, Severus ne veut plus devenir Mangemort. Mais est-ce que ça suffira à lui éviter des ennuis? Il va vous falloir attendre le mois prochain pour l'apprendre.
