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Le sort de Hela dans la fic régulière vous fait déprimer ? Alors ce texte... n'a pas vocation à vous remonter le moral, hélas.
6 – Délivrance
Cycle I – Tome 1 : Hela (#6)
Rattaché au chapitre n°26 : Un carnage malheureux
Cela faisait des heures que la douleur avait commencé. Des heures interminables, inquantifiables, qui se ressentaient comme des jours entiers, au fur et à mesure que les crampes grimpaient en intensité. Ou peut-être était-ce que parce que Hela avait depuis longtemps perdu toute notion du temps, depuis les débuts de sa captivité.
Les contractions lui déchiraient désormais le ventre, bien que celui-ci restait résolument plat. Comme si l'intimité de la Déesse déchue n'avait jamais été violée maintes et maintes fois au cours des siècles. Comme si ces abus n'avaient jamais créé un monstre hybride, tapi dans ses entrailles. Comme si celui-ci ne cherchait pas désormais à voir le jour.
Le chamane l'avait faite transporter dans la chambre de Laufey dès les premiers signes du travail. Le souverain les y avait rejoints dès qu'il eut remis le pied sur son monde. L'attente s'était installée.
Hela était à peine consciente de la bataille qui se déroulait hors des murs du palais. Les crampes réclamaient une énergie considérable à son corps éprouvé.
Mais, malgré l'assaut désormais continu des contractions lancinantes, elle ne criait pas.
Elle n'en avait plus la force.
Bientôt, un instinct vieux comme la Création se manifesta dans cet océan de douleur aveugle. Il fallait qu'elle pousse. Elle devait aider la naissance.
Hela se concentra du mieux possible, et tenta d'accompagner les contractions. Le chamane Jotün lui parlait, mais elle entendait à peine le son de sa voix, et elle ne saisissait pas le sens de ses propos.
Pousser sur la crampe. Relâcher. Pousser. Relâcher. Elle sentit bientôt distinctement une gêne dans son entrejambe. Cela semblait rond et dur comme un crâne. Pousser. Relâcher. Le crâne descendit encore, la constriction s'élargit. Pousser. Relâcher. Pourquoi n'avait-elle jamais pris la peine de se documenter sur cet acte naturel ? Probablement parce qu'elle n'avait jamais eu l'intention sérieuse d'enfanter un jour. Pousser. Relâcher. Le petit être était aux portes du monde extérieur...
Une gigantesque contraction plus tard, elle sentit le plus gros de la gêne s'expulser toute seule. Le chamane tira pour extraire le reste du nouveau-né.
Le bébé poussa un cri, et Hela put à peine entrevoir sa peau bleue avant qu'un brouillard ne vienne obscurcir sa vision.
Elle se sentait vide. Elle se demandait si tout ceci était réel – si elle était réelle. La sensation de froid lui sembla soudain étrangère, comme si l'air glacial de Jotünheim ne pouvait plus l'atteindre.
Bientôt, il lui sembla également qu'elle n'avait plus de corps physique. Elle ne ressentit plus sa propre respiration. Elle ne ressentit plus le liquide chaud et visqueux qui s'écoulait d'entre ses jambes. Elle ne ressentit plus non plus l'instrument en métal froid qui s'enfonçait jusqu'à trouver son utérus pour en racler les parois.
Ses yeux ouverts ne voyaient plus rien. Elle était coupée de la réalité, sourde, anesthésiée, l'esprit vide.
Qu'ai-je donc fait à cette pauvre chérie ? T.T
