Chapitre 2 : le cœur nous guidera
Hay Lin regarde sa montre. Bientôt sept heures du matin. La jeune femme laisse échapper un soupir en se versant un verre d'eau avant d'aller dans la salle de bain pour prendre un cachet contre les maux de tête. Elle s'arrête, plisse les yeux et finalement, opte pour la boîte entière. Revenue dans le salon de son appartement, elle met le premier cachet dans l'eau. Ça commence à agir, l'effervescent se mélange dans un bruit significatif tandis qu'elle se décide enfin à aller rendre visite à sa colocataire.
Hay Lin entre doucement dans la chambre. La pièce est plongée dans le noir. Dans le lit, Irma dort d'un sommeil lourd. Au sol, des vêtements traînent ici et là.
- Irma ?
Aucune réponse. Très bien. La gardienne de l'air n'a visiblement pas le choix. Elle pose le verre et la boîte pour tirer les rideaux et ouvrir les volets. Enfin, elle entend grogner son amie qui sort de sa torpeur.
- Il est sept heures. Ta mère t'attend dans une heure déclare la chinoise.
- Quoi... ? Sept heures ?
Et Irma repose l'oreiller sur son visage.
- Oui sept heures et tu as dû rentrer aux alentours de trois heures du matin, dans un brouhaha qui m'a réveillé. Merci d'ailleurs. Donc oui, la nuit a été courte j'imagine, grommelle Hay Lin avant de s'asseoir sur le bord du lit de son amie.
- J'ai mal à la tête... râle la brune.
- C'est normal. Cela s'appelle la gueule de bois.
Irma soupire et retire l'oreiller pour essayer de se relever. La pièce est faiblement éclairée. Le soleil se lève sur Hearherfield, ville encore endormie. Irma Lair pose son regard sur le verre et les cachets.
- Merci.
Et elle se force à avaler l'eau.
- Ta mère était morte d'inquiétude, Irma ! On ne savait pas où tu étais. J'ai dû prétendre que tu étais partie rejoindre une amie imaginaire et j'espérais que tu rentrerais. Tu aurais au moins pu donner des nouvelles !
- Han... Hay Lin s'il te plaît... ne parle pas si fort !
- Je vais me gêner ! Réplique la jeune femme en haussant le ton. Tu es irresponsable ! J'exige des explications ! Pourquoi tu es partie aussi vite hier soir ? Que s'est il passé avec Cornelia ?
Cornelia Hale. Irma l'avait presque oublié. Elle repose le verre et s'allonge de nouveau en espérant que sa migraine naissante va passer rapidement. Les souvenirs lui paraissent flous.
- Corny a été égale à elle-même, moralisatrice... et puis il y avait ce bar marmonne Irma en passant une main sur son visage, combien de verres a-t-elle bu déjà ? Trop.
- Peut-être parce qu'elle s'inquiète pour toi. Comme nous toutes réplique Hay Lin, inquiète.
- Tu parles !
- Irma, commence l'asiatique d'un ton sérieux, que s'est il passé entre vous deux ?
La brune ouvre un œil et dévisage son amie.
- De quoi tu parles ... ?
- Je ne suis pas aveugle et encore moins idiote. Que tu refuses de m'avouer tes préférences est une chose, que tu me mentes en est une autre. J'ai toujours vu qu'il se passait quelque chose avec Cornelia et que son départ soudain était lié à toi... pas uniquement à son souhait d'étudier à l'étranger. Maintenant je ne te force pas à me parler, si tu ne te sens pas prête c'est ton choix Irma mais sache que je suis là. Je serai toujours là.
Un sourire s'échappe des lèvres de Hay Lin tandis qu'elle se penche et embrasse la joue de son amie. Les mains sur les hanches, elle l'observe un moment.
- Maintenant il te reste moins d'une heure pour être présentable et...
Elle ne termine pas sa phrase. Irma écarquille les yeux et se lève soudainement pour aller dans les toilettes.
- Je suppose qu'on peut oublier le petit déjeuner... termine-t-elle en grimaçant.
C'est bientôt l'heure des funérailles.
Cornelia observe alors sa silhouette dans le miroir. Vêtue d'une robe noire classique, elle hésite. Doit-elle retirer ou pas son collier ? Elle l'effleure du bout des doigts. Une chaîne en argent classique et au bout, un fin pendentif représentant une fleur d'églantier. Le souvenir de ce cadeau lui revient en tête et la blonde pense qu'il est préférable de retirer le bijou. Autant éviter les conflits aujourd'hui songe-t-elle tandis qu'elle range soigneusement le collier parmi ses affaires. Ce collier qu'elle ne quitte pas depuis son dix huitième anniversaire, qu'elle cache sous ses hauts. Un cadeau, oui, de la gardienne de l'eau.
Cornelia a un pincement au coeur en y repensant, mais elle chasse cette pensée quand on sonne à la porte d'entrée de chez Will. Des voix s'élèvent et Cornelia rejoint le salon. Son amie est en pleine discussion avec une jeune femme, blonde également mais à la coupe plus stricte, un carré plongeant.
- Lilian ! S'exclame Cornelia en prenant sa petite sœur dans ses bras.
- Cornelia ! J'avais tellement hâte de te voir.
Les deux sœurs s'enlacent affectueusement plusieurs secondes. Retrouver Lilian c'est comme retrouver une partie de ce qu'elle a laissé ici. Bien sûr, la gardienne de la terre a toujours gardé le contact avec sa famille et sa sœur, mais la technologie ne peut pas combler les kilomètres de distance.
- Nous n'avons pas beaucoup de temps, mais j'ai dit à maman que j'allais arriver avec toi et qu'on se retrouverait directement à l'église, Will a accepté de m'emmener explique Lilian.
- Parfait. Comment vas tu ?
- Ca va. Les études me prennent beaucoup de temps, mais ce n'est pas plus mal après tout... J'aime vraiment ce que je fais et ça me permet d'oublier Chris avoue la jeune femme.
- Vous avez rompu non ? Questionne l'aînée.
- Oui, mais il ne l'accepte pas. Il me reprochait sans cesse de passer justement trop de temps derrière mes bouquins. Je n'en pouvais plus de nos crises et de nos disputes, Lilian laisse échapper un soupir avant de s'asseoir sur le bord du lit, il sera là aujourd'hui et malgré tout je veux lui montrer mon soutien, mais ça me fait peur. Sincèrement Cornelia j'espère qu'il ne va pas faire une crise.
- Je ne pense pas Lili, répond Cornelia en prenant les mains de sa soeur pour la rassurer, on va enterrer son père, il aura la tête ailleurs et il appréciera que tu sois là à ses côtés.
- Je l'espère.
Lilian esquisse un faible sourire tandis que Will approche.
- On va y aller les filles.
Il ne fait ni beau, ni gris ce jour-là sur Heatherfield. Le soleil du matin a disparu sous une couche de nuages pour laisser un ciel gris et terne, mais sec. Un léger vent pourtant, balai par intermittence le visage de Irma. Elle coince une de ses boucles derrière son oreille et lève la tête pour observer l'assistance, tandis que l'on met le cercueil en terre. Les gens sont venus en nombre pour rendre un dernier hommage au sergent Tom Lair. Les policiers bien sûr, mais pas que. On trouve également de nombreux civils que Tom a aidé de son vivant. L'homme était apprécié pour son empathie et sa détermination a toujours aller au bout de ses affaires.
Irma baisse la tête et fixe le cercueil que l'on recouvre de terre dans un ultime serment. Son cœur se serre tout comme ses entrailles. Sa gorge est sèche, aucun mot n'en sort et les larmes montent rapidement, mais elle essaie de les ravaler en se mordant l'intérieur de la joue. Ne pas craquer, pas ici, pas maintenant de répète-t-elle en serrant les poings. Elle se tourne soudainement vers Hay Lin à sa gauche qui lui prend la main pour la serrer dans la sienne. La gardienne de l'eau la fixe un moment. Trop tard. Les larmes coulent et déjà, elle niche sa tête dans le cou de son amie qui l'enlace. Finalement, le plus dur c'est maintenant. Accepter le deuil et apprendre à vivre avec.
Après la cérémonie, Anna Lair a invité les proches de la famille à se retrouver chez elle afin de discuter et de se retrouver autour d'une collation froide. Ce sont les parents de Hay Lin qui ont fait le nécessaire et ont tout apporté. Irma observe les invités. Elle connaît certaines têtes, notamment l'inspecteur Daniel Jones qui lui sourit. La jeune femme lui rend faiblement son sourire avant de poser son regard sur ces quatre amies. Les filles sont là, Irma le sait, mais elle n'a pas envie d'être avec elles. A cet instant, la gardienne de l'eau ne veut qu'une chose, être seule et respirer un peu. Exactement comme hier soir, chez Will, mais la gueule de bois refait surfasse. Un verre d'eau se fait nécessité et Irma se dirige vers la cuisine.
- On a eu les résultats des empruntes.
Irma s'arrête dans l'encadrement de la porte entrouverte. Elle fronce les sourcils. Elle reconnaît la voix du lieutenant Alice Sharp, une policière qui travaillait souvent avec Tom.
- Et ça dit quoi ? Répond l'autre voix que Irma ne reconnaît pas.
- On connaît l'homme. Nathan Hopper, un petit caïd de la drogue, un dealer récidiviste, explique Sharp avant d'ajouter, il traîne souvent vers les quais. La scientifique a relevé ses empruntes sur l'arme et celle de Tom. Aucune autre.
- Donc c'est forcément lui ? Rétorque l'homme.
- Disons que c'est très probable, mais il faut d'autres éléments pour l'inculper et puis il faudrait déjà le coffrer et s'il n'est idiot, Hopper a sans doute quitté la ville. S'il est coupable, il risque la prison à perpétuer.
- La famille est au courant ?
- Non. Le commissaire préfère attendre un peu... avec l'enterrement tout ça... c'est sans doute mieux conclut la femme.
Les jambes de Irma menacent de se dérober sous son poids. Elle prend appui sur le mur. Le verre d'eau n'est plus si nécessaire. Elle pose une mains sur sa bouche pour ne pas crier, pour ne pas se faire découvrir. Elle inspire, expire. Ses mains tremblent. Ce Nathan Hopper serait donc le meurtrier ? Elle fronce les sourcils. La colère ne demande qu'à exploser mais pas ici, pas maintenant. La brune marche rapidement vers la porte pour sortir dehors. Respirer. Oui.
Une fois dehors, Irma sort de la poche arrière de son pantalon noir, ses cigarettes. Elle en coince une entre ses lèvres avant de l'allumer avec son briquet. Quelques pas, elle s'assoit sur les marches et tire dessus en fermant les yeux. La gardienne de l'eau essaie de réfléchir à tout ça. Nathan Hopper, dealer, ses empruntes sur l'arme, il traine aux quais. Son cerveau bourdonne et se vider la tête semble alors impossible. Irma passe une main dans ses cheveux, entrelace ses doigts dans ses boucles et tire presque nerveusement. Comment faire ? Comment retrouver ce minable ? L'ombre de la vengeance semble planer au dessus de la femme.
- On a déjà eu cette discussion Chris !
La voix de Lilian Hale se fait entendre. Irma relève le visage et observe autour d'elle avant de se relever. Elle écrase le mégot dans le cendrier et fait quelques pas pour se diriger vers le jardin, à l'arrière. Sur la terrasse, Lilian et son frère semblent se quereller.
- Mais pourquoi tu refuses de nous donner une chance ! L'agacement dans la voix de Chris est palpable.
- Parce que c'est mieux ainsi et..
- Mieux pour toi ! S'énerve le garçon.
- Tu vois Chris ! Tu comprends toujours tout et travers et tu hurles ! Lilian hausse le ton, énervée à son tour, tu ramènes toujours tout à toi et ah ! Lâche moi !
- Mais écoute moi ordonné Chris en serrant le poignet de la blonde.
- Lâche moi Chris tu me fais mal ! Aie !
Irma approche rapidement et écarquille presque les yeux en voyant Chris tordre le poignet de Lilian qui se débat. Elle ne réfléchit pas et pousse son frère plus loin pour le forcer à lâcher la blonde. Le bruit a alerté les quatre autres gardiennes qui traversent la porte fenêtre du salon pour les rejoindre. Immédiatement, Lilian se réconforte dans les bras de Cornelia qui fronce les sourcils en dévisageant le garçon.
- Non mais ça va pas Chris !? T'es devenu fou ou quoi !? Commence Irma, autoritaire.
- Personne n'a demandé ton avis réplique le garçon.
- Rentre immédiatement à la maison et on en parlera plus tard ! J'y crois pas, bordel le jour de l'enterrement de papa tu fais une scène !
- Oh mais la ferme toi.
Taranee ouvre la bouche pour essayer de s'interposer entre le frère et la sœur, mais les répliques de la gardienne de l'eau sont bien plus rapides et cinglantes.
- Tu me parles sur un autre ton !
Irma fronce les sourcils. Elle sent la colère qui grimpe en elle, mais elle doit se maîtriser, rester calme. Ce qui n'est pas le cas de Christopher. Le garçon s'emporte vigoureusement et pousse sa soeur en arrière.
- Je te parle comme je veux ! Tu n'es pas mon père je te l'ai déjà dit !
- Chris...
- Quoi !? Et toi la bas tu ne me mérites pas ! Hurle le garçon en visant Lilian, vous êtes pathétiques et tu sais qui est la plus pathétique justement parmi nous !? C'EST TOI !
La main de Irma tremble quand son frère la désigne. Les sourcils froncés elle fait tout son possible pour garder son calme. Chris de son côté, ne semble plus se contrôler. Une de ses veines au dessus de sa tempe est visible.
- Parce que tu te la joues grande soeur moralisatrice alors que t'es incapable de te regarder tes copines en face et de leur dire la vérité !
- De quoi tu... commence Irma.
- Oh tu ne vois pas de quoi je parle ? Mais tout le monde le sait ! Papa le savait aussi, mais il disait rien car il avait juste honte que sa fille soit une sale gouine ... !
Et la gifle part.
Irma écrase sa main sur la joue de son frère avec une réelle violence. Ce dernier se tait subitement. Lilian avale un petit cri de surprise.
- Dégage... articule difficilement l'aînée.
Le petit frère dévisage sa soeur, surpris par le geste. Il y a un moment de silence avant que Chris ne retourne dans la maison. Irma inspire et expire très vite, sa respiration se veut saccadée. Elle va craquer. Non elle est entrain de craquer. Elle ferme les yeux pour ravaler ses larmes. Hay Lin approche et pose sa main sur son épaule, mais la brune se dégage de son étreinte vivement.
- Désolée Lilian.
Et elle prend la fuite. Elle retourne dans la maison, marche rapidement vers l'escalier, manque de trébucher, mais se rattrape avant d'aller dans sa chambre. Elle claque la porte derrière elle et verrouille la porte en laissant la clef dans le verrou.
Une fois dans sa chambre, Irma ne retient pas ses larmes. Elle n'y arrive plus. Elle donne un violent coup de pied dans son sac de voyage avant de dégager les quelques affaires posées sur son bureau dans un accès de rage. Est ce les mots de son frère qui font cet effet ? Le fait qu'il sait pour elle ou qu'il l'a dit devant ses amies ? Ou la mort de son père ? Ne pas avoir réussi à lui dire avant qu'il ne soit trop tard ? Elle ne sait pas Irma, mais elle succombe. Adossée contre le mur de sa chambre, elle se laisse glisser à même le sol et ramène ses jambes contre elle. Elle enfouie sa tête à l'intérieure, à bout.
Dans le jardin des Lair, la tension ne retombe pas. C'est le silence qui prédomine. Les quatre gardiennes s'observent les unes après les autres tandis que Lilian se dégage enfin des bras de sa soeur.
- Je vais vous laisser hm... vous devriez aller voir Irma lance la jeune femme avant d'ajouter pour sa soeur, je reste avec les parents.
Il s'écoule quelques secondes d'un nouveau silence après le départ de Lilian avant que Taranee ne prenne à son tour la parole.
- Vous saviez ? Pour Irma je veux dire...
- Oui répond Hay Lin, enfin je m'en doutais et j'attendais qu'elle nous en parle depuis longtemps. C'était à elle de le dire. Mais passons, Lilian a raison. Allons voir Irma.
- Oui, elle a dû se réfugier dans sa chambre conclut Will en retournant dans la maison.
Cornelia reste silencieuse tandis qu'elle se dirige vers les escaliers. Anna Lair approche, inquiète mais Hay Lin la rassure brièvement en lui assurant qu'elles vont s'occuper de Irma. La blonde le savait avant tout le monde. Le souvenir de son dix huitième anniversaire refait surface tandis que Will frappe à la porte de chambre d'Irma. Aucune réponse.
- Irma... Irma s'il te plaît ouvre nous demande la rouquine.
Toujours aucune réponse, mais en collant son oreille à la porte, Hay Lin peut entendre les sanglots de son amie. Elle regarde en arrière, mais de revenir à la porte où elle passe un œil dans la serrure. Aucune lumière.
- Elle a laissé la clef dedans. Je m'en occupe, faites le guet.
Et sans attendre, la jeune femme use de son pouvoir pour tourner la clef. On entend un déclic, un premier tour puis un second et la porte s'ouvre. Hay Lin entre sans attendre et approche de Irma, toujours prostrée contre le mur. Elle regarde dans le vide, comme absente
- Hey... Irma... commence Hay Lin en se baissant pour se mettre à la hauteur de son amie.
Cornelia observe la gardienne de l'eau se laisser tomber dans les bras de Hay Lin toujours en sanglotant, incapable de parler. Ça lui mal de voir la jeune femme dans cet état, bien plus que d'ordinaire. Que faire, que dire ? Cornelia n'a aucune solution. Elle se sent inutile et impuissante. Mais elle doit agir ! Elle doit faire quelque chose, aussi futile que cela puisse être. Elle se baisse et prend lentement la main de Irma qu'elle serre dans la sienne, entrelace ses doigts avec les siens.
- On est là Irma, dit elle.
- Oui on sera toujours là répète Taranee.
Plus tard, Cornelia regarde sa montre. Le soleil s'est déjà couché et il est tard. Ses parents sont rentrés depuis longtemps, mais elle est restée chez les Lair avec les trois autres filles pour veiller sur Irma. Will et Taranee s'en vont enfin, tandis que Hay Lin arrive près de sa voiture avec son sac à main. Cette dernière a proposé à Cornelia de la déposer au passage chez ses parents car il était impensable pour la blonde de laisser Irma dans cet état.
La gardienne de l'eau n'a presque rien dit d'ailleurs depuis son altercation avec son petit frère. Elle a refusé de descendre et est restée dans sa chambre, muette.
- Irma vient de s'endormir lance soudain Hay Lin en démarrant, j'ai parlé avec sa mère, on est d'accord sur le fait que ce n'est pas à elle de gérer Chris et qu'elle doit déjà s'occuper d'elle même. Anna va parler à Irma pour qu'elle retourne à notre coloc.
- C'est sans doute mieux.
- Oui, je pourrai veiller sur elle, ajoute l'asiatique, sa mère va pouvoir se reposer. J'espère juste que Chris va se calmer...
- Lilian n'en est pas certaine avoue Cornelia dans un soupir, c'est aussi pour lui parler que je préfère être chez mes parents ce soir.
Hay Lin ne répond pas immédiatement. Elle laisse le silence s'installer quelques minutes. Cornelia semble perdue dans ses pensées à son tour. Tout se mélange, passé, présent comme futur imaginaire.
- Dis moi Cornelia, que s'est il passé avec Irma ?
La blonde tourne vivement la tête, quittant ses rêveries pour fixer la conductrice. Elle la dévisage presque, stupéfaite.
- Je te demande pardon ?
- Tu m'as parfaitement compris.
Elle est agacée Hay Lin. Agacée par les esquives de la brune et désormais par celles de la blonde.
- Je ne... rien... il ne s'est rien passé articule difficilement Cornelia avant de se taire.
Hay Lin s'arrête à un feu rouge et tourne la tête vers son amie qu'elle fixe quelques secondes. Pour Cornelia, cela lui semble être une éternité.
- À défaut de me dire la vérité, Irma esquive à chaque fois la question car elle n'a pas oublié, contrairement à toi, que je sais quand on me ment.
C'est vrai ! Hay Lin a toujours gardé ce don. Elle est capable de savoir quand on lui ment, car elle détecte les pulsations cardiaques et la respiration de son interlocuteur. Cornelia laisse échapper un soupir, dépitée et mal à l'aise. Décidément elle n'a jamais été douée pour le mensonge. Elle en a horreur il faut dire. Hay Lin semble attendre, mais le klaxonne du conducteur derrière elle l'oblige à redémarrer. Le feu est vert depuis quelques secondes déjà.
- Je ne te force pas à m'en parler, ce sont vos histoires ça vous regarde Cornelia, seulement... elle marque une pause, semble chercher ses mots, Irma est instable. Elle n'est pas en état de gérer ni votre histoire, ni ton retour. Elle doit se concentrer sur elle et sur son deuil avant tout, sortir la tête de l'eau... même si l'expression semble mal choisie pour elle achève Hay Lin.
- Tu as raison. Je ne suis pas revenue pour l'embarrasser, je veux réellement l'aider Hay Lin. Et je voulais aussi revoir ma famille, vous revoir... j'ai été loin trop longtemps.
Nouveau silence jusqu'à la fin du trajet. Quelques minutes plus tard, Hay Lin se gare devant l'immeuble où résident les Hale. Cornelia se détache et descend, mais Hay Lin ouvre sa fenêtre pour l'interpeler.
- Passe le bonsoir à tes parents et à Lilian.
- Ca marche. Merci pour la course.
- De rien... hm Cornelia ?
- Oui ?
- Quoiqu'il se soit passé entre Irma et toi, sache qu'elle a beaucoup souffert de ton départ après tes dix huit ans. Elle n'arrêtait pas de parler de fuite et de lâcheté. Je ne dis pas ça pour que tu te sentes coupable, tu avais sûrement tes raisons, mais n'oublie pas qu'elle est fragile en ce moment alors ménage la, s'il te plaît, évitons les disputes, demande Hay Lin avant d'ajouter, et sache que quoiqu'elle dise, elle tient beaucoup à toi.
- Moi aussi je tiens beaucoup à elle.
Cornelia ne ment pas cette fois, mais elle ne dit pas tout. Quand la voiture de Hay Lin disparaît du parking privé, la blonde reste de longues minutes seule à observer le paysage. Bien sûr qu'elle tient beaucoup à Irma, plus qu'elle ne voudrait l'admettre et c'est pour ça qu'elle a décidé de partir, de s'enfuir ? Oui. Elle a préféré la fuite Cornelia. Et ça lui fait mal au cœur d'admettre que Irma a raison. Elle a été lâche. Elle est toujours lâche. Et surtout, elle est incapable d'aider son amie.
