La chaleur des derniers jours semble s'être installée durablement sur Heatherfield. La température ne cesse de grimper et les terrasses sont rapidement prises d'assaut. Les touristes aussi débarquent en nombre, perturbant le calme des habitants. Irma a toujours affectionné cette période de l'année, le moment où elle peut aller à la plage, se baigner et siroter quelques cocktails, mais pas cette année. Non, cette année a un goût terne et désagréable. Elle n'a envie de rien, si ce n'est de retrouver le meurtrier de son père et de le faire payer.

Cela fait un peu plus d'une semaine depuis l'enterrement et Irma est retournée à la colocation, même si elle fait régulièrement les navettes chez sa mère pour l'aider. La brune n'a toujours pas repris le travail, elle n'a pas envie de continuer à dire vrai. Elle se sent juste vide et colérique en même temps. Un léger soupir s'échappe de ses lèvres tandis qu'elle dépose sur la tombe de son père, un bouquet de fleurs blanches. Elle vient régulièrement, presque tous les jours et elle sait qu'elle ne devrait pas, qu'elle devrait passer plus de temps avec ses amies, ses proches et sortir, mais elle n'en a simplement pas envie. Les mains dans les poches, elle fixe encore de longues minutes la tombe de son père. Ce qui sort la jeune femme de sa torpeur, c'est la sonnerie de son téléphone. Elle lit rapidement le sms reçu par Hay Lin.

« Je suis arrivée au pub, Taranee est là. Will et Cornelia sont en route. »

Irma ne répond pas. Elle range son téléphone dans la poche arrière de son jean et quitte le cimetière. Elle doit cesser de penser à son père, à ce Nathan Hopper qui accroît sa haine et son désir de vengeance le temps d'une soirée avec les quatre autres gardiennes. C'est important pour elle. C'est d'ailleurs la brune qui a donné rendez vous à ses amies à la Citrouille Bleue, un pub branché qu'elle apprécie en journée comme en soirée, à quelques minutes à pied de leur ancienne école. Seule Hay Lin est au courant des raisons de cette réunion, faire son coming-out. Irma sait qu'elle doit des explications à ses amies, surtout après les propos de son frère. Si elle a imaginé plein de fois comment avouer son homosexualité aux filles, elle ne s'est jamais sentie prête à le faire. Maintenant oui et pas uniquement parce que Chris l'a dit, mais parce qu'elle sent qu'elle doit le faire pour elle même avant tout. Ça sera une étape importante dans sa vie. Malgré tout, Irma angoisse et sent un noeud qui lui serre l'estomac plus elle approche du bar.

Ses amies sont installées en terrasse, autour d'une grande table en bois sur des tabourets. Irma approche et constate que Will et Cornelia ne sont pas encore arrivées.

- Hey Irma !

- Salut Tara.

Un léger sourire se dessine sur les lèvres de la brune tandis qu'elle s'installe à la gauche de la gardienne du feu. Elle retire ses lunettes de soleil et sort une cigarette de son paquet entamé.

- Tu m'en paies une ? Demande Taranee.

- Oui, sers toi, répond la brune avant de se tourner vers Hay Lin, le médecin a prolongé mon arrêt et...

Elle se tait quand les deux dernières amies arrivent et s'installent. C'est Cornelia qui prend place à sa droite. La cigarette entre les lèvres, Irma fait signe à Taranee d'allumer la sienne et une flamme irradie un bref instant.

- Merci, sourire complice envers la gardienne du feu.

- Bon, alors j'ai faim on mange quoi ? On se prend des tapas à partager ? Demande Will en prenant la carte.

- Pourquoi pas ! J'adore les tapas ici ajoute Hay Lin.

- Sans moi, je n'ai pas très faim, réplique Irma.

Petit silence gênant. Oui, Irma n'a pas retrouvé l'appétit et la gourmandise est toujours aux abonnés absents, mais elle s'en accommode bien, contraire aux filles. C'est Cornelia qui brise le silence.

- Je vais rester sur un cocktail aussi pour le moment.

- Prenons des tapas pour trois, lance Taranee en attrapant un cendrier sur la table voisine.

Irma reste silencieuse quelques minutes, le temps que le serveur prenne la commande. Elle opte pour un mojito. Ses pensées sont floues, comment annoncer ça ? Elle a pourtant répété les mots et imaginer la scène de nombreuses fois, mais la vivre en vraie c'est finalement bien différent.

- Alors cet entretien, Cornelia ? questionne Hay Lin.

- J'attends toujours une réponse, mais j'espère que ça sera positif, le poste me plaît vraiment.

- Tu as passé un entretien ? Demande la brune en se tournant vers sa voisine, surprise.

- Oui. Pour le journal local, Actu Heatherfield. C'est une place pour la rubrique écologique et environnement, mon domaine de prédilection explique la blonde.

- Donc tu restes ? Fini New York ? Irma sent son cœur qui accélère, bat plus fort dans sa poitrine.

- Oui. Mais cache ta joie réplique Cornelia.

Irma la fixe de longues secondes en silence. D'ordinaire, elle aurait été la première à répliquer sur un ton encore plus cinglant, mais pas cette fois. Non, cette fois, Irma se contente de hausser les épaules avant de souffler la fumée en l'air.

- D'accord.

Et c'est tout. Irma reste muette jusqu'à ce que la commande arrive. Elle sirote son cocktail avant de terminer sa cigarette qu'elle écrase dans le cendrier. Cornelia reste. Elle a presque envie de rire, ça lui semble absurde et irréel à la fois. Elle aurait aimé que la blonde prenne cette décision il y a des années. Alors pourquoi maintenant ? Pourquoi alors qu'elle a sa vie ailleurs elle veut rester ? Sans doute pour sa famille songe la brune avant d'observer les tapas sur la table. Irma se force à chasser ses questions de son esprit pour revenir à l'instant présent. Elle sait ce qu'elle doit dire, mais comment commencer ? Elle inspire et attend que Taranee termine de parler pour prendre la parole à son tour.

- Les filles, j'aimerai vous parler de quelque chose d'important, lance Irma.

Silence.

Elle a commencé, elle sait qu'elle ne peut plus s'arrêter. Elle inspire et croise le regard de son amie Hay Lin qui lui sourit pour l'encourager.

- Je sais que vous avez entendu ce que... Chris a dit lors de l'enterrement et hm... elle soupire, il dit la vérité... Je... je l'ai compris durant l'adolescence, quand j'ai quitté Stephen. Je n'arrivais plus à le voir comme un petit-ami mais plutôt comme un ami. Je luttais contre ce que je ressentais et j'ai essayé d'être ce que je pensais être normale, comme les autres, mais en fait, la normalité c'est simplement s'accepter non ? Enfin vous comprenez. J'aurai juste voulu que vous l'appreniez autrement qu'ainsi, je voulais vous le dire mais à chaque fois j'avais peur. Maintenant j'ai peur, mais je crois que c'est le bon moment pour vous le dire.

Nouveau silence. Irma baisse la tête. Elle reprend sa respiration.

- Je suis une femme et j'aime les femmes.

Encore un silence. La brune hausse un sourcil.

- Et bien... dites quelque chose, je ne sais pas, n'importe quoi !

- Bravo ! C'était spatial Irma ! Lance Hay Lin avant de se lever pour la prendre dans ses bras et lui embrasser la joue, mais c'était pas trop tôt non plus.

- Spatial ? Répète son amie.

- Ca ne change rien pour moi Irma, mais je suis fière de toi dit Will en se levant à son tour.

- Donc ton premier crush c'était Karmilla en fait ? Ajoute Taranee en faisant de même.

- On peut dire ça répond la brune en riant.

- Et tu es sortie avec des filles qu'on connaît !? Demande à son tour Will.

- C'est un interrogatoire ? Irma laisse échapper un nouveau rire en réfléchissant. Pas vraiment quoique... ah si ! Mais gardez ça pour vous. Hm... Bess Grumper ?

- Bess... Grumper ? Répète Hay Lin, stupéfaite.

- Ca c'est du scoop ! Enchérit Will.

- Ca n'a pas durée très longtemps, mais j'ai découvert qu'elle n'était finalement pas si mauvaise que ça !

Seule Cornelia ne fait aucun commentaire. La blonde se lève et enlace à son tour son amie, mais elle ne dit rien de plus. Un silence qui en dit sans doute plus que des mots.


Quelques jours plus tard, Irma observe la mer agitée. Les rouleaux se forment et s'écrasent sur les rochers qui entourent le port de plaisance. C'est samedi et elle n'a pas voulu aller à la plage car elle sait qu'il va y avoir du monde même si la baignade est interdite. A la place, la gardienne de l'eau s'est installée comme elle l'a déjà fait, sur les rochers entourant la digue. Les jambes repliées, elle observe les vagues et l'écume qui se forme à chaque impact. Elle ferme brièvement les yeux pour sentir les embruns et quelques gouttes d'eau salées viennent s'échouer sur son visage. Malgré la fin de sa vie de gardienne, Irma a gardé comme ses amies, un lien particulier avec son élément et une partie de ses pouvoirs dans une puissance plus faible qu'à l'époque où elle pouvait se transformer.

Cornelia observe depuis le port son amie. Elle attache rapidement des cheveux et approche. C'est Hay Lin qui lui a dit qu'elle trouverait la brune ici. Quelque part, ça lui fait un pincement au cœur de constater que Hay Lin connaît mieux Irma qu'elle. Bien sûr, la blonde sait que les deux amies ont toujours été très proches, mais avant son départ, Cornelia était très proche aussi de la gardienne de l'eau. A cette pensée, elle ne peut pas s'empêcher d'avoir un sourire mélancolique, comme un regret d'une époque désormais lointaine et qu'on ne peut pas changer.

- Voici la fameuse sirène d'Heatherfield lance Cornelia en approchant entre les rochers de la brune.

- Oui et elle ne signe aucun autographe, rétorque l'intéressée en laissant cependant son amie s'installer à ses côtés.

- Dommage, je ne deviendrai pas millionnaire.

Irma esquisse un léger sourire avant d'observer à nouveau la mer, pensive.

- J'ai eu le poste, lance la blonde, je commence lundi.

- Hm. Je suppose que des félicitations sont de rigueur ?

- Pourtant ça n'a pas l'air de te plaire.

- Ce n'est pas ça. Je me demande toujours, pourquoi ?

Oui, pourquoi ? Cornelia reste silencieuse un moment, savourant le paysage et la mer agitée en face. Au fond d'elle, la blonde sait pourquoi elle reste. Il y a plusieurs raisons qui motivent son choix, mais elle ne dit pas tout. Même à ses proches. Peut être est il temps de le faire ?

- Pour trois raisons commence l'intéressée, premièrement ma famille me manque. J'ai envie d'être proche de Lilian qui va entamer des études, on est très complice. Après, même si j'ai aimé voyager, j'aime cette ville pour tout ce qu'on a vécu ensemble, avant et après Kandrakar. Elle marque une pause et reprend, et puis il y a toi.

- Moi ? Répète Irma en fixant son amie.

- Je sais que j'ai fait une erreur en fuyant comme je l'ai fais après mes dix huit ans. Je regrette. J'appréciais notre relation, notre amitié et notre complicité, sincèrement Irma. Et puis... j'ai paniqué. Mais j'aurai dû affronter la situation et te parler plutôt que de partir.

- Je t'ai laissé tellement de messages vocaux que ta messagerie était pleine. Je ne parle pas des mails ni des sms. Tu n'as jamais répondu, ajoute Irma, l'air sévère.

- Je sais, mais j'avais peur réplique son amie.

- Peur de quoi ? D'assumer ce que tu ressentais ?

- Non... Je ne sais pas Irma !

Il y a un silence gênant. La gardienne de l'eau détourne le regard de la blonde et fixe l'océan. Elle expire un soupir tandis que Cornelia glisse une mèche de cheveux derrière son oreille avant de saisir la main de Irma qui ne bouge pas.

- Qu'est ce que tu espères, Corny ? Qu'est ce que tu attends de moi ?

- Je veux que l'on retrouve notre relation d'autrefois avoue l'intéressée.

- C'est à la fois vague et idéaliste comme réponse, tu le sais ça ? Rétorque Irma.

- Tu es toujours aussi optimiste raille Cornelia avant de reprendre, nous étions très amies et très complices. Même si j'apprécie les autres, c'est avec toi que j'aimais passer du temps en propriété... Et cela me manque. Je veux être là pour toi. Nous sommes amies non ?

Irma écoute attentivement Cornelia. Elle ressent un pincement au cœur à ces mots. Nous sommes amies. Irma a toujours considéré la blonde comme son amie et même plus. Ce qu'elle espérait au fond d'elle. Elle expire un profond soupir.

- Oui, bien sûr que nous sommes amies et moi aussi cette relation me manque seulement... J'ai la rancune tenace. C'est sans doute un tord, mais je suis comme ça.

- Et mes excuses n'y changeront rien ? Questionne la blonde.

- Si. Elles comptent et elles sont appréciées. Seulement... Laisse moi du temps d'accord ? Je ne suis pas en état actuellement de gérer tout ça avoue Irma en souriant légèrement.

Il y a un nouveau silence où seul le bruit des vagues se fait l'écho des sentiments instables et importants qui submergent les deux gardiennes. Lentement, Cornelia se lève et fait quelques pas sur le rocher en direction de la mer, toujours agitée.

- Cornelia, attention.

- Je sais nager, tu m'as appris rétorque l'intéressée avec un sourire malicieux sur le coin des lèvres.

- Oui enfin, tu barbotes ma chère, tu n'es pas non plus médaillée d'or en natation, n'approche pas trop.

- Tu me protégeras. L'eau est ton élément, non ?

- Tu as décidément réponse à tout ajoute Irma, presque exaspérée.

Une nouvelle vague s'abat plus ferment et menace d'éclabousser Cornelia. D'un geste de la main, Irma fait lentement s'éloigner l'eau qui ne touche pas son amie.

- Tu vois, j'ai raison lance la blonde, amusée.

- Non ce n'est pas ça. Je m'en voudrais si ton magnifique brushing était trempé.

- Maintenant c'est toi qui a réponse à tout.

Instinctivement, les deux jeunes femmes se mettent à rire ensemble avant que Cornelia ne retourne s'asseoir aux côtés de son amie.

- Je voulais aussi te voir pour te proposer de fêter mon nouvel emploi commence-t-elle.

- Une fête ? Mais encore ?

- Il y a une soirée vintage au Stéréo, Will ne peut pas venir, mais peut être que Hay Lin et Taranee si. Je commence dans une semaine.

- Le Stéréo. Ça fait des lustres que je n'y suis pas allée avoue Irma, l'air pensive.

- Viens s'il te plaît, demande Cornelia en fixant la brune.

- À deux conditions, rétorque Irma, un sourire taquin sur le bord des lèvres, la première c'est que tu paies ta tournée pour fêter ça bien sûr et la seconde, que tu mettes une robe vintage.

- C'est quoi cette deuxième condition ?! Demande la blonde dans un éclat de rire.

- On ne discute pas chérie, c'est à prendre ou à laisser !

- D'accord, d'accord, marché conclu.

Pendant plus d'une bonne heure encore, les deux amies sont restées sur ce rocher à discuter, à rire, à se retrouver comme si les quatre dernières années n'avaient pas existé. L'une comme l'autre, elles n'avoueront pas avoir passé une excellente après midi et d'avoir cette sensation étrange d'avoir retrouvé plus qu'une amie, une âme sœur. Quelqu'un qui leur avait tant manqué, comme une évidence, depuis tout ce temps.


Une robe vintage donc.

C'était le défi accepté par Cornelia. Demain soir, elle retrouverait Taranee, Hay Lin et Irma pour une soirée vintage à la discothèque Le Stéréo situé dans le centre ville de Heatherfield.

- Il y a la boutique Coco et Banana qui propose des vêtements style vintage lance Will en avançant dans les rues, à pied.

- Allons-y.

Une fois dans la boutique, la gardienne de la terre fait plusieurs essayages jusqu'à s'arrêter sur une robe verte émeraude avec une bande blanche au niveau de la taille. La robe convient parfaitement à la taille fine et élancée de Cornelia, elle épouse ses formes à merveille et met en avant ses jambes.

- Verdict ? Cornelia attend que Will donne son avis.

- En un mot ? Parfaite ! Dit la rouquine.

- Alors je la prends. Avec des talons blancs ça ira à la perfection... Pour les cheveux, peut être les relever en un chignon ?

- Tu n'as pas changé, lance son amie dans un petit rire, toujours à te poser plein de questions, mais tu seras parfaite Cornelia. Aie confiance en toi.

- Mais ça doit être parfait ! J'ai accepté de jouer le jeu pour Irma rétorque l'intéressée.

Will reste un moment silencieuse, tandis que Cornelia retourne dans la cabine pour essayer d'autres robes. Au bout de plus d'une heure, elle se décide à finalement acheter la robe verte et un sac à main. Les deux amies se sont arrêtées à un salon de thé pour une petite pause gourmande. Pour Will, un thé noir aux fruits exotiques et pour Cornelia, un thé vert à la menthe classique et délicieux.

- Et pour le déménagement ? Questionne Will en sirotant sa boisson.

- Une grosse partie est déjà revenue chez mes parents, mais j'ai encore quelques affaires à récupérer explique la blonde un peu pensive, mais j'ai encore le temps. Je dois rendre l'appartement dans un peu plus d'un mois.

- Si tu as besoin d'aide je peux réquisitionner Matt.

- Oh, je ne dirai pas non, je te dirai ça ! Ça me fait bizarre de retourner chez mes parents, dans ma chambre. Mais c'est temporaire, je compte trouver un logement dans quelques temps.

- Je suis contente que tu sois de retour avoue Will en souriant.

- J'y songeais depuis quelques temps déjà tu sais... Explique la blonde en coinçant une mèche de cheveux derrière son oreille, ce n'est pas si soudain, même si les derniers événements avec Irma m'ont décidé.

- J'ai une question à ce sujet.

- Oui, laquelle ?

Will marque un temps de pause. Elle observe un instant Cornelia, les yeux dans les yeux et inspire avant de se lancer après avoir repose sa tasse.

- Est-ce qu'il y a quelque chose entre Irma et toi ?

- Pardon ?

- Je ne te juge pas et c'est en aucun cas un problème. Seulement, depuis le coming-out d'Irma certaines choses sont devenues plus claires à mes yeux, notamment votre relation et la façon dont vous vous regardez, dont tu parles d'elle. Ce n'est pas de l'amitié Cornelia, c'est plus que ça. Et je pense que c'est la raison de ton départ si soudain après tes dix huit ans.

La gorge sèche, Cornelia sent son rythme cardiaque qui s'accélère. Comment Will a-t-elle pu la percer à jour si facilement. Elle ouvre la bouche pour répondre, mais aucun mot ne sort. Elle perd ses moyens, ce qui n'est pas son genre. Son amie lui saisit la main alors, sourire rassurant aux lèvres.

- Ce n'est pas un problème tu sais et je n'en parlerai à personne.

- Je... Ce n'est pas... C'est compliqué et c'est ma faute soupire Cornelia.

- Tu veux en parler ? Peut être que ça t'aidera à te sentir mieux et à y voir plus clair ?

Will a toujours su faire preuve d'empathie. Cornelia esquisse un faible sourire. Peut être que son amie a raison, peut être qu'elle doit mettre des mots sur ce qu'elle ressent et arrêter de fuir.

- Quand on était encore des ados... Irma et moi, on s'est beaucoup rapproché. Elle m'a appris à nager et même si on se chamaillait, ça devenait taquin et finalement à la fin, ça nous amusait nous même. Notre amitié a évolué et petit à petit... Irma m'a confié qu'elle pensait être attirée par les filles. Cela m'a perturbé car j'avais du mal à l'imaginer avec quelqu'un, fille ou garçon d'ailleurs depuis sa rupture avec Stephen. J'ai commencé à être jalouse de ses autres fréquentations. J'ai senti que ça dépassait le stade de l'amitié, que je ne percevais plus Irma sous cet angle. J'avais besoin de la voir, de lui parler et de m'assurer qu'elle allait bien, d'être là pour elle. C'était plus fort qu'avec toi, Taranee ou Hay Lin. En parallèle, Peter me reprochait de m'éloigner. Et puis il y a eu mes dix huit ans. Irma voulait m'offrir un cadeau et elle savait que ça allait me plaire, explique Cornelia avant de reprendre, alors je lui ai dis de me suivre dans ma chambre. Elle m'a offert un collier, ce collier.

Le collier que Cornelia porte presque tous les jours. Will l'avait remarqué. Elle tend la tête pour mieux le voir. Elle plisse les yeux un instant. Il y a quelque chose de familier.

- Mais c'est le... commence la gardienne.

- Le tatouage de Irma oui. C'est une fleur d'églantier. C'est ma fleur de naissance. Une fois, nous avons cherché des fleurs qui nous ressemblaient et j'ai eu un véritable coup de cœur sur cette fleur peu commune. Irma a fait faire ce collier sur-mesure pour moi. Quand elle me l'a offert, je me suis sentie à la fois privilégiée et envahie d'un sentiment si puissant que je n'arrivais plus à contenir mes sentiments. Je... Je l'ai embrassé.

La blonde se mord la lèvre, par gène ou par culpabilité, un ménage de plusieurs sentiments.

- Elle a d'abord été surprise, avant de m'avouer qu'elle n'avait pas osé faire le premier pas, sans doute à cause de Peter avoue Cornelia avant de poursuivre, nous sommes restées comme ça de longues minutes. Je me sentais étrangement libérée et bien. Comme si c'était finalement naturel et évident. Puis des invités sont venus me chercher et nous sommes retournés à la fête. Quelques jours on passait et j'ai essayé de parler à mes parents. Ma mère est gentille Will, je l'adore, mais elle est profondément homophobe. Elle n'aurait jamais accepté la situation et elle apprécie beaucoup Peter. Quel avenir j'avais ? Irma dirait que je me cherche des excuses, mais j'ai simplement pris peur. Peter m'avait déjà parlé de cette opportunité de déménager et mon dossier avait été accepté pour l'université alors... Plutôt que d'assumer, je suis partie du jour au lendemain, sans prévenir comme tu le sais. Irma a essayé de me contacter, de m'appeler, mais je n'ai jamais répondu. C'est pour ça qu'elle était froide à chaque fois qu'on se faisait des discussions toutes les cinq. Notre relation s'est dégradée pour devenir ce qu'elle est aujourd'hui. Entre amitié et rancoeur. Quand j'ai vu le tatouage d'Irma dans son dos... Je ne pensais pas... Je n'ai jamais voulu lui faire de mal.

La rousse termine sa tasse en assemblant les différentes pièces du puzzle. Elle comprend mieux la situation désormais.

- Et maintenant... Que ressens-tu ?

- Tu me demandes si j'ai toujours des sentiments pour elle ? La réponse est oui.

- Alors pourquoi tu ne lui dis pas ?

- Tu ne comprends pas Will rétorque son amie, ma mère serait folle et une relation homosexuelle ce n'est pas simple à gérer, je ne sais même pas si je suis gay, je n'ai jamais ressenti ça pour une autre fille qu'elle.

- À mon avis, tu te cherches des excuses lâche la rouquine.

- Quoi ?

- Cornelia, tu es plus que majeure, tu n'as de compte à rendre à personne. Tu fais ta vie comme tu l'entends et avec qui tu veux. Ta mère l'accepte c'est bien, elle ne l'accepte pas, tant pis. Et peu importe que tu sois gay, bi, hétéro et j'en passe, l'important est de vivre l'instant présent avec la personne qui te convient. Tu ne crois pas ?

- Sans doute... Mais Irma vient de perdre son père, elle accepte à peine de me reparler et de tisser un lien, alors je ne pense pas que le moment soit bien choisi, Cornelia lâche un nouveau soupir.

- Laisse du temps à Irma oui, elle doit déjà faire son deuil et t'avoir à ses côtés est important je pense. Il suffit de voir comment elle te regarde pour savoir quelle ressent toujours quelque chose pour toi. Et toi, installe toi et cesse de te poser toutes ces questions. Vous avez le droit, toutes les deux, de vivre quelque chose. Peu importe l'avis d'autrui et le temps que ça durera, c'est votre vie, votre histoire et elle n'appartient qu'à vous.

- Hm. Tu ferais une excellente psychologue tu sais ?

- C'est une voie que je n'avais jamais envisagé mais pourquoi pas !

Et les deux amies se mettent à rire ensemble. Cornelia se sent étrangement soulagée d'avoir pu parler aussi librement de ce qu'elle ressent et garde en elle à son amie. Une sorte de petite coming out à sa manière et une façon de comprendre que le lien qui l'unie à Irma est toujours là. Quelque chose de visible, mais que l'on ne voit pas.


Les bras enroulés autour de la taille de Taranee, Irma observe les lampadaires éclairer la ville nocturne de Heatherfield. Il est vingt heures passé et la gardienne du feu, sur sa moto, est venue chercher Irma qui était chez sa mère. Direction, la discothèque du Stéréo pour passer une soirée entre amies. Cela fait longtemps qu'elle n'a pas dansé, apprécier du bon son en compagnie des autres filles. Peut être que l'espace d'un soir, d'une nuit, elle oubliera son chagrin et sa vie qui semble chavirer. Et le retour de Cornelia est à la fois une chance comme une nouvelle épreuve à affronter. Irma est perdue, contente et soucieuse. Elle a peur en fait, peur de souffrir à nouveau si elle ouvre son cœur à son amie, car elle sait qu'elle a toujours des sentiments pour elle et que la voir comme une simple amie n'est pas aussi simple. C'est dur et douloureux. Lentement, Taranee ralentit jusqu'à se garer au parking en face de la boîte de nuit. Elle coupe le moteur et ôte son casque. Irma fait de même et passe une main dans ses cheveux pour se recoiffer.

- Merci pour la course, j'adore les sensations dit-elle en descendant du véhicule vêtue d'un pantalon noir moulant et d'une chemise blanche.

- Je te le répète, tu devrais passer ton permis.

Taranee prend son sac à main et suit Irma vers l'entrée du Stéréo. La gardienne du feu a opté pour une combinaison orange mettant en avant son teint ébène. Les talons claquent sur le sol tandis que Cornelia et Hay Lin attendent les deux amies devant l'entrée.

- Tara tu es splendide ! S'exclame Hay Lin qui a enfilé une ravissante robe bleu nuit et a détaché ses longs cheveux.

- Merci, mais vous aussi.

- Tu as relevé le défi, lance Irma à la blonde, un sourire taquin sur le coin des lèvres.

- Ce n'est pas mon genre de me défiler. Tu aimes ?

- C'est pas mal.

C'est même plus que pas mal, Cornelia est très belle dans sa robe. Irma ne le dira pas bien sûr et garde ça pour elle, préférant entrer dans la discothèque pour éviter les questions. Une fois les entrées payées, les quatre amies descendent un escalier pour atteindre le cœur de la boîte de nuit. Sur la piste, de nombreux clients dansent déjà dans une folle ambiance autour de musiques vintages. Le DJ donne la voix. Au loin, Irma remarque une banquette libre et les gardiennes s'y installent.

- C'est ma tournée, qui prend quoi demande Hay Lin en se redressant.

- Un Sex on the beach, répond Taranee.

- Deux s'il te plaît, ajoute Cornelia.

- Un Cosmo pour moi, termine la brune.

Hay Lin s'éloigne rapidement avant de revenir plus tard avec les boissons. Avant d'aller sur la piste de danse, les amies savourent leurs boissons après avoir trinqué au poste obtenu par Cornelia. Petit à petit, le Stéréo se remplit de monde.

- Et si on allait danser ! Je veux enflammer cette piste lance Taranee en terminant son verre avant de se lever.

- Oui allons y ! Ajoute la gardienne de l'air.

Et les autres amies arrivent sur la piste. La musique est dynamique, entraînante et Taranee montre tout son savoir. Elle attire rapidement les regards, ce qui amuse les quatre femmes. Après quelques danses, Irma s'éloigne de la piste en compagnie de Cornelia pour se rendre au bar.

- Deux shots de vodka s'il vous plaît commande-t-elle, tu es certaine de vouloir me défier ?

- Bien sûr rétorque la blonde.

- Prépare toi à perdre alors.

Dans un éclat de rire, Irma règle la commande et prend son verre en trinquant avec Cornelia. Cette dernière lui a assuré qu'elle pouvait la battre, un défi que Irma accepte de relever.

- Prête ? Demande la gardienne de l'eau.

- Je dirai même plus que prête, à la tienne.

Les deux amies trinquent avant de vider le verre d'un trait. Irma esquisse un sourire en voyant Cornelia qui déglutit un peu mais réussie.

- Deux autres s'il vous plaît. Ça va, chérie ?

- Oui, oui, je manque d'entraînement précise l'intéressée.

- On va dire ça.

Les deux nouveaux verres arrivent et les amies trinquent avant de boire encore. Irma pose le verre et fixe Cornelia qui pose son verre vide mais n'arrive pas à avaler son contenu immédiatement. Elle inspire avant de boire et souffle, les joues légèrement rouges.

- Un autre ! Ordonne-t-elle en sortant de quoi payer.

- On va s'arrêter là pour toi et passer au soft, un autre pour moi, dit Irma en posant sa main sur celle de Cornelia pour l'empêcher de payer.

- Je vais parfaitement bien rétorque la gardienne de la terre.

- Pour l'instant.

- Ah, mademoiselle Lair me surveille ? Cornelia arque un sourcil.

- Je te protège, nuance précise la concernée.

Cornelia observe un moment Irma qui sourit en prenant un nouveau shot. Elle en profite pour commander une limonade pour son amie. Celle-ci inspire, prise d'une étrange sensation. Une sensation qui ne lui est pas si étrangère que ça. Elle connaît cette sensation, la blonde. Elle la ressentait déjà durant l'adolescence et elle a éclaté à sa majorité en sentant les lèvres de la brune contre les siennes. Elle l'aime. C'est une évidence. Et nerveusement, comme à son habitude quand elle est gênée, Cornelia glisse une mèche de cheveux derrière son oreille.

- Irma.

- Hm ? La brune arque un sourcil en prenant un dernier shot. C'est son combien déjà ?

- Je voulais te dire, je...

- Irma ! Viens vite ! S'écrie Hay Lin en arrivant près du bar. Elle prend le bras de son amie et la tire brusquement.

- Hein mais quoi ?!

- Écoute ! C'est NOTRE chanson !

La gardienne de l'air semble s'indigner que Irma n'est pas reconnue la chanson dès les premières notes. Celle ci arque un sourcil et écoute. Oh ! Un sourire s'étire sur les lèvres d'Irma qui suit son amie sur la piste. Elle tourne la tête vers Cornelia et lui tend la main pour l'inviter à se joindre à elle. Sur la piste, Hay Lin danse en rythme avec Irma qui se met à rire de bon cœur. Cela lui fait du bien, outre la chanson, leur chanson, le tube de Kim Wilde, Kids in America, c'est surtout le fait de se vider la tête. De ne plus penser à rien, de ne plus être tourmentée, de se laisser aller, d'être libre et de respirer la vie. Cela dure le temps d'une chanson, mais ça libère incroyablement la gardienne de l'eau qui danse avec ferveur et dynamisme en riant. Taranee est dos à elle et elles dansent coller dos contre dos.

Quand la chanson se termine, Irma reprend son souffle et Hay Lin également.

- Je vais m'asseoir dit cette dernière.

- Je t'accompagne. Taranee déborde d'une énergie qui me laisse sans voix répond Irma.

Suivies par Cornelia, les deux jeunes femmes prennent place sur la banquette. Irma regarde son téléphone un instant, quelques sms mais rien d'important. Elle balaie la pièce du regard et soudain, ses iris se posent sur une tignasse rousse familière. Les sourcils froncés, elle reconnaît l'individu qui sort de la boîte du côté des fumeurs. Soudain, une idée germe dans son esprit. Oui c'est une mauvaise idée, mais elle s'en moque. Déjà Irma se redresse.

- Tu retournes danser ? S'étonne Hay Lin.

- Quoi ? Euh. Non, non, je vais fumer. Je reviens.

Et elle s'éloigne rapidement. Cela n'échappe pas à Cornelia qui l'observe en silence. Irma se faufile entre les individus, en bouscule quelques uns et s'excuse à mi mot avant de sortir enfin dehors. L'odeur des pots d'échappement et la fraîcheur de la nuit se font immédiatement ressentir. La brune a un frisson qui lui parcoure le dos jusqu'à l'échine, mais elle n'en n'oublie pas son objectif. Elle cherche du regard sa cible, son objectif et elle le trouve.

- Uriah dit-elle alors que ce dernier discute avec quelqu'un.

- Lair... Hm. On parlera après, Zach.

Et il approche, laissant son pote qui retourne auprès de sa bande. Uriah Dunn, grand, l'allure désinvolte, une tignasse rousse sauvage, le visage parsemé de grains de rousseur et des yeux d'un vert saisissant. Il est mal aimé, vulgaire dit on et autrefois il dealait avant que Tom Lair ne l'aide à sortir de ce cercle vicieux en lui trouvant un poste comme apprenti dans un garage. En matière de mécanique, il n'y a pas mieux que Uriah.

- Qu'est-ce que tu veux ? Demande-t-il d'un air nonchalant.

- Des renseignements répond la gardienne de l'eau. Uriah arque un sourcil, mais elle ajoute rapidement, Nathan Hopper. Je veux savoir où il crèche, là maintenant.

- Comment tu connais ce gars ?

- On s'en moque rétorque Irma, agacée.

- Je croyais que ton truc, c'était les filles lance le rouquin en riant, sérieusement Lair, ce mec n'est pas pour toi. Peu importe la raison qui te pousse à le chercher, oublie. Pour ta sécurité.

- Il a tué mon père.

Uriah reste un instant silencieux. Il fixe Irma. Il ne connaît pas bien la jeune femme, mais il sait qu'elle est tenace et qu'elle ne le lâchera pas. Comment peut elle affirmer que c'est bien Hopper qui a tiré sur son père ? Elle doit sans doute avoir ses sources. Uriah lui-même sait que Hopper se cache et qu'il était présent lors de la fusillade. Il a le bras long et encore quelques contacts de son ancienne vie. Cette vie là... Le jeune homme a réussi à y renoncer grâce à Tom Lair. Peut être est il temps de payer sa dette ? Il soupire.

- Je vais voir ce que je peux faire. Mais je ne te promets rien lâche enfin le rouquin.

- Merci répond enfin Irma, soulagée.

- Tu comptes le livrer à la police ? T'es certaine que c'est lui ?

- Ce ne sont pas tes affaires, mais il paiera. C'est une certitude.

Dans le regard de Irma, Uriah peut jurer y lire une détermination fatale. Inutile de la retenir, après tout, elle a raison sur un point, ce ne sont pas ses affaires.

- Donne moi ton adresse, on fera ça à l'ancienne. Je préfère éviter les données numériques autant que possible.

Irma acquiesce et lui donne l'adresse de la colocation avec Hay Lin. Le garçon acquiesce et range son téléphone. Il se retourne, discussion terminée. Ou presque.

- Attends Uriah.

- On a terminé, Lair dit-il, les sourcils froncés.

- Je sais, mais... Tu n'as pas quelque chose pour me détendre, là maintenant ?

- T'es pas croyable, il soupire et sort de sa poche une petite boîte métallique, je ne touche plus à rien, tu sais ? J'ai juste ça qu'on m'a donné, mais ça ne vient pas de moi, d'accord ?

- Promis, merci répond l'intéressée en prenant le joint de cannabis que le garçon lui tend.


Irma tire sur le joint un moment. Elle est perdue dans ses pensées, à tel point qu'elle a oublié ses amies et la raison de sa venue ici. Ses pensées sont tournées vers une seule et unique personne, Nathan Hopper. Que fera-t-elle une fois que Uriah lui aura donné son adresse ? Elle devrait la donner à la police. Oui, elle devrait, mais elle n'en n'a aucune envie. Ses sens s'émoussant sous l'effet du cannabis, si bien qu'elle remarque tardivement l'arrivée de Cornelia.

- C'est ici que tu te caches lance la blonde.

- Je ne me cache pas. J'avais dit que je sortais fumer.

Cornelia se retient de rétorquer que pour une cigarette, ça fait long avant de constater que son amie ne fume pas du simple tabac justement.

- C'est tout ?

- Comment ça ? Irma fronce les sourcils, quelque chose te dérange, Corny ?

- J'ai vu Uriah répond l'intéressée.

- Oh. Et ?

Irma lance le mégot une fois le joint terminé. Elle expire la fumée et quitte le mur contre lequel elle était adossée.

- Je vais rentrer, j'en ai assez dit-elle.

- Attends !

Cornelia lui saisit le poignet avec fermeté. Il y a un moment de flottement, de silence étrange entre les deux femmes.

- Lâche-moi ordonne la brune.

- Je tiens à toi, idiote, rétorque Cornelia avant d'ajouter, beaucoup. Plus que tu ne le penses. Je suis revenue ici pour t'aider.

- Ah oui ?

Irma laisse échapper un rire cynique d'entre des lèvres.

- Et bien, prouve le Corny.

C'est presque instinctif. C'est soudain et inattendu que ça coupe la parole à la gardienne de l'eau qui allait ajouter quelque chose. Quand Cornelia pose ses lèvres sur celles de son amie, cette-dernière est désemparée. Elle ne bouge plus, elle se laisse faire. Il y a ce mélange entre surprise et désir qui forme un tout pouvant faire chavirer la colère d'Irma.

Cornelia, elle ignore ce qu'elle fait. Elle n'a pas réfléchi a dire vrai. Elle a agit presque automatiquement. Et la blonde n'a aucune envie que cela s'arrête. Elle veut continuer, sentir davantage Irma contre elle, mais c'est plus fort qu'elle. Quand elle entend la porte qui s'ouvre et des voix qui s'élèvent, elle recule soudainement.

- Hm. Désolée... Souffle-t-elle.

- Ne le sois pas. Rien n'a changé, je ne sais pas à quoi je m'attendais lâche sèchement Irma.

Elle contourne la blonde qui veut la retenir, mais Irma est plus rapide. Elle rentre dans la boîte, laissant Cornelia seule dehors. Seule et avec beaucoup de regrets.