WARNING: Ce chapitre contient plusieurs scènes avec des thèmes adultes et pouvant heurter la sensibilité de chacun. En outre, il est question de suicide, sexe et d'arme à feu. Vous lisez donc en toute connaissance de cause.
Les jours passent et Irma n'a aucune réponse de la part de Uriah Dunn. Elle se demande si le garçon va réussir. Ce dernier a de nombreux contacts et Irma est persuadée que si quelqu'un peut retrouver Nathan Hopper, c'est bel et bien le rouquin. Et en attendant, son arrêt de travail va bientôt se terminer. Elle peut demander à ce qu'il soit prolongé bien sûr, mais est ce que ça changera quelque chose ? Et puis il y a Cornelia. Elle vit ici désormais. Depuis leur bref baiser, Irma ne l'a pas revu et a refusé de répondre à ses messages. Il y a sans doute ce souhait malsain de se venger, de lui montrer ce que ça fait quand on vous abandonne. Mais plus le temps passe et plus il devient difficile pour la gardienne de l'eau de maintenir la distance.
- Irma ?
La voix de Hay Lin sort la brune de ses pensées. Elle se tourne vers son amie qui entre dans la cuisine dans laquelle Irma se prépare un bol de céréales.
- Irma ça va ? Tu n'as pas décroché un mot depuis hier.
- Désolée, je suis un peu... Elle ne termine pas sa phrase, Hay Lin s'en charge pour elle.
- Ailleurs ?
- Oui.
- Tu veux en parler ? Lui demande son amie.
- Non, ça ira. Enfin... Il me manque. Et ça me fait mal. Un mal de chien Hay Lin et chaque jour passe, mais la douleur ne s'atténue pas... La voix de la brune se casse un peu, elle sent les larmes qui grimpent aux yeux, même si elle essaie de les contenir.
- Je ne sais pas ce que ça vaut, Irma, mais je suis là.
Et dans un geste tendre, elle prend son amie dans ses bras. Irma inspire doucement et profondément pour ne pas craquer. Elle se serre fort contre son amie. Elle sait qu'elle a tord, elle devrait tout dire à Hay Lin, mais elle ne comprendrait pas ce désir de vengeance qui l'anime.
Parce que finalement, il ne reste ça qu'à Irma. Ce désir de vengeance ce sentiment qui la dévore petit à petit, pour mieux la consumer chaque jour. Et ça empire depuis qu'elle a vu Uriah, depuis qu'elle attend une réponse de sa part. La nuit dernière, elle n'a pratiquement pas dormi. Ses penses n'ont pas arrêté de la tourmenter. Elle s'est fait des films dans sa tête. La brune s'est imaginée mille et une façons le face à face avec le meurtrier de son père. Que va-t-elle faire ? Lui parler ? Lui crier dessus ? Le faire payer à son tour ? Et si lui aussi il a une famille ? A-t-elle le droit d'ôter une vie arbitrairement ? Non, évidemment que non, mais lui l'a fait. Il s'est octroyé ce droit. Alors agir de la même façon n'est que justice.
- Je dois sortir ce soir lance Hay Lin en reculant doucement.
- Quoi ? Irma revient à la réalité.
- Je suis invitée à une soirée chez Jessica, mais je vais annuler, je vais rester avec toi.
- Non, non, surtout pas Hay Lin ! Le ton est presque autoritaire, en plus, j'imagine qu'il y aura Jared à cette soirée ?
- C'est… Possible admet l'intéressée en souriant, mais je ne veux pas te laisser seule.
Irma se rend compte que ses problèmes se répercutent sur ses amies et surtout, sur Hay Lin. Sa plus vieille amie, son âme soeur. Elle n'a pas le droit d'agir de cette façon, d'être égoïste. Elle veut que son amie s'amuse, sorte et profite de sa vie, surtout après sa rupture douloureuse il y a quelques mois avec Eric.
- Ça ira, je te le promets et si ça ne va pas… Commence la brune.
- Tu m'appelles. Ceci n'est pas négociable réplique Hay Lin.
- Je t'appelle, promis répète Irma en souriant.
Et pour montrer à son amie qu'elle ne compte pas se laisser abattre, qu'elle peut surmonter sa peine, Irma prend un pancake et le recouvre généreusement de sirop d'érable. Elle n'a pas très faim, mais ne dit-on pas que l'appétit vient en manger ?
Son ordinateur sur ses genoux, Cornelia ne parvient pas à terminer son article. Elle doit le rendre avant demain midi, mais elle a encore le temps. Il est pratiquement achevé.
Une nouvelle vie s'est ouverte à elle depuis son retour. Un nouvel emploi qui lui plaît, même si elle veut se montrer prudente car elle vient juste de commencer et les retrouvailles avec ses amies. Revenir dans sa ville natale a été un très bon choix, qu'elle ne regrette en aucun cas. Elle doit encore trouver un logement. Elle a commencé à chercher bien sûr, la blonde a survolé quelques annonces sur le net et dans les vitrines des agences en ville, mais elle attend d'être certaine que son emploi soit le bon. De nature prudente, Cornelia aime avancer avec douceur, pour ne pas s'égarer en chemin. Elle est tout sauf une tête brûlée. Chacun de ses choix semble mûrement réfléchi, mais ce n'est qu'une façade car parfois, il lui arrive d'agir sur un coup de tête. Comme ce baiser échangé avec Irma il y a quelques jours. Ses doigts trouvent naturellement le chemin de ses lèvres qu'elle effleure, comme pour ressentir encore celles de la gardienne de l'eau sur les siennes.
Cornelia ferme son ordinateur et le pose à côté d'elle. Le regard dans le vague, elle ignore combien de temps elle reste là à ressasser le passé, à ressasser ses remords et ses regrets. C'est sa soeur, la jeune Lilian qui la sort de ses songes en ouvrant la porte du pied, deux tasses à la main. D'un coup d'oeil, l'aînée reconnaît la couleur d'un délicieux thé glacé.
- J'ai pensé que ça te ferait plaisir lance la cadette en donnant une tasse à sa soeur.
- Excellente idée ! Merci.
- De rien. Alors, tu bossais sur quoi ? Demande Lilian.
- J'essayais de terminer mon article sur l'impact des déchets sur la faune et la biodiversité dans le domaine forestier d'Heatherfield répond Cornelia en portant une tasse à ses lèvres.
- Et c'est tout ?
La gardienne de la terre pose un regard sur sa soeur. Depuis quand Lilian arrive ainsi à lire entre les lignes ? À percer la vérité aussi facilement chez elle ? Plus jeunes, elles se disputaient sans cesse, mais ce temps est définitivement révolu.
- Non admet Cornelia.
- Ce n'est pas Peter, n'est-ce pas ? Lilian, contrairement à elle, à tendance à aller droit au but, sans prendre des chemins détournés inutiles.
- Non répète-t-elle.
- Alors c'est Irma conclut la plus jeune en buvant à son tour une gorgée du thé froid.
- Irma ?
- Ne fais pas l'étonnée.
Cornelia a soudainement la vision de sa mère qui lui répond sèchement. Aucun doute, Lilian est bien sa fille, elle a le même ton et la même rigueur dans sa voix. L'ainée serre un peu plus sa tasse dans sa main, légèrement crispée. Elle est donc si prévisible que ça ? Elle ouvre la bouche pour répondre, mais Lilian est plus rapide.
- On peut jouer à ce petit jeu longtemps tu sais, mais parfois, parler, dire les choses, ça fait du bien. Et puis… Je suis ta soeur. Je t'ai bien parlé de Chris.
Elle marque un point pense Cornelia en posant sa tasse sur la table de chevet à côté d'elle.
- Ce n'est pas… Enfin, je ne sais pas ce que c'est, avec Irma répond la blonde, c'est vrai, qu'est ce qu'elle entretient comme rapport avec Irma Lair ?
- Elle te plaît ? En tout cas, toi, tu lui plais, ça se voit comme le nez au milieu de la figure. Chris pensait que j'allais être étonnée quand il m'a dit pour sa soeur, mais je l'avais compris bien avant lui. Les hommes manquent parfois cruellement de finesse.
- Ça ne te dérange pas ? Questionne Cornelia.
- Comment ça ? S'étonne l'intéressée.
- Je veux dire, tu ne trouves pas ça dégoutant ou hors norme ou… Les deux ?
- Je ne suis pas maman. Et même si je trouvais Peter très gentil, ça se voyait que tu n'étais pas à fond dans votre relation.
- Tu devrais faire psychanalyste.
Lilian se met à rire à la remarque. Pourquoi pas ? Elle n'a jamais pensé à se lancer dans la psychanalyse, mais ça pourrait lui plaire. Autant que la médecine ? Elle ne croit pas.
- Alors, Irma ? Demande Lilian.
- Irma, répète sa soeur.
Il y a un moment de silence. Cornelia en a déjà parlé à Will, pourquoi pas sa soeur après tout ? En avoir parlé à la rousse lui a fait du bien et son amie ne l'a pas jugé, au contraire. Elle l'a aidé à mieux comprendre ses sentiments et ce qu'elle pouvait ressentir, également à être sincère envers elle-même avant tout.
- On s'est embrassé, à la soirée vintage. Enfin non, je l'ai embrassé précise Cornelia.
- Vous êtes ensemble ?
- Non, on est… Amis, ce qui en soit est déjà énorme, j'imagine.
Il y a un silence. Un silence durant lequel Cornelia se laisse aller à ses pensées. Elles sont amies. C'est un fait, c'est établi et c'est logique après tout ce qu'elles ont traversé par le passé, mais qu'est ce qu'elle souhaite réellement, la gardienne de la terre ? Tandis qu'elle coince une mèche de cheveux derrière son oreille, elle s'imagine avec la jeune femme. Elle s'imagine un quotidien chimérique, comme elle le faisait dans le passé. Est-ce qu'elle veut vraiment voir cela se réaliser ? C'est complexe, car dans l'immédiat ce qu'elle veut, c'est surtout que Irma aille mieux et sorte la tête de l'eau. Elle est revenue pour ça, pour être enfin là, mais elle a plutôt l'impression d'être un problème de plus pour la brune à gérer.
- Moi, je crois que tu veux dépasser cette barrière, mais que tu t'en empêches volontairement parce que chez les Hale, on a une image à tenir lâche soudainement Lilian, brisant le silence.
- J'ai l'impression d'entendre maman…
- Précisément.
Lilian marque une pause. Elle termine sa tasse de thé glacé avant de fixer sa soeur, les yeux dans les yeux.
- Écoute… J'aime maman et elle est géniale. Sincère, dévouée et nous n'avons jamais manqué de rien. On lui doit beaucoup avec papa, mais ses convictions ne sont pas les nôtres, ne sont ni les tiennes, ni les miennes. Tu ne dois pas t'empêcher de vivre par rapport à elle ou à quiconque. Tu es libre Cornelia et on s'en balance de la bienséance, de l'avis des autres, non ? Franchement, ça serait dommage de passer à côté d'une histoire d'amour pour ça.
- Hé. C'est moi, la grande soeur réplique Cornelia en faisant une légère moue avant d'embrasser la joue de sa soeur et de la serrer contre elle, merci.
- Alors tu vas envoyer valser les principes de la prestigieuse famille des Hale ? Demande la plus jeune en répondant à son étreinte.
- Peut-être bien.
- Ah ! Il faut fêter ça, il doit bien y avoir du champagne quelque part…
Et déjà, Lilian se lève pour sortir de la chambre suivie par sa soeur.
- Lili ! On est en pleine journée !
- Et alors ? On a dit qu'on envoyait valser les principes, alors pour le champagne, il n'y a pas d'heure !
Hay Lin est sortie.
Elle ne voulait pas, elle voulait rester avec son amie car son sixième sens lui dictait que quelque chose n'allait pas, mais Irma a insisté. Elle s'est même montrée autoritaire et l'a presque mise dehors en lui assurant que ça allait aller, qu'elle allait se commander une pizza avec de l'ananas, malgré le sacrilège que cela représente pour son amie et qu'elle allait regarder un bon film. Peut-être en sirotant une bière ou deux, voir le pack. Qu'importe, la soirée serait calme et paisible. Inutile de sortir car dehors, le temps est gris et une fine pluie tombe sur Heatherfield. Est-ce vrai ? Irma l'a espéré. Elle avait l'intention d'agir comme ça. Elle avait même commencé à appeler la pizzeria, à composer le numéro quand elle a décidé de regarder le courrier reçu le matin, laissé sur buffet. Une lettre a alors retenu toute son attention, la figeant tandis qu'au bout du fil, on lui demandait ce qu'elle voulait.
Rien du tout. Irma a raccroché et a pris une lettre sans adresse, à l'écriture maladroite où simplement son prénom était écrit dessus. Uriah. C'est forcément lui se dit-elle tandis qu'elle s'assoit sur le canapé. La main tremble presque, alors la brune inspire et ouvre la lettre enfin. Elle déplie le papier et constate qu'il n'y a rien d'autre qu'une adresse et un message bref.
« 44 Avenue Forge Valley.
Impasse derrière l'arrêt de bus.
Porte rouge.
Si tu veux te venger de l'assassin de ton père, fais vite, il va quitter sa planque d'ici une journée. »
C'est donc là que se cache cette vermine de Hopper, l'assassin de son père. Irma serre la main si fort que ses phalanges en deviennent blanches. Sa mâchoire se crispe, elle n'a plus faim et elle oublie ses bières. Elle a le choix. S'y rendre et régler ses comptes ou laisser Hopper filer, espérer que la police le trouvera et que justice sera rendue pour son père. Ou alors … Ou alors, elle s'en charge elle-même. À la fois juge et bourreau. Que faire ? Le choix lui appartient et pourtant, elle se sent chavirer, partir, comme si le sol se dérobe à l'instant sous ses pieds. Céder à la facilité ou résister. Et le visage de son père lui revient en tête.
C'est le troisième appel sans réponse. Cornelia n'aime pas ça. Elle n'a pas attendu plus longtemps. Une fois encore, la messagerie raille la voix de Irma et déjà, la blonde prend les clefs de voiture de sa mère et lui indique qu'elle sort. Celle-ci acquiesce et Cornelia enfile ses baskets blanches avant de démarrer pour se rendre chez son amie. En chemin, elle met le haut parleur pour appeler Hay Lin, espérant l'avoir au téléphone et qu'elle la rassure. Cornelia n'a pas envie d'imaginer le pire, elle veut croire que les deux amies sont entrain de papoter, de jouer à un jeu quelconque ou qu'elles ont simplement mis leurs téléphones respectifs sur silencieux, mais il y a quand même cette petite voix qui persiste à lui dire que non, quelque chose ne va pas.
- Cornelia ? La voix de Hay Lin se fait entendre avec en fond sonore, de la musique.
- Ah ! Hay Lin ! Dis moi que tu es avec Irma !
- Non, je suis chez des amis jusqu'à demain, pourquoi ? Quelque chose ne va pas ?! La panique se fait entendre dans la voix de la gardienne de l'air.
- Non, non… Enfin, je ne sais pas. J'essaie de l'appeler depuis tout à l'heure et rien, ça sonne et à chaque fois, messagerie. Elle ne répond pas, alors je me rends chez vous. Je veux m'assurer que ça va explique la blonde.
- Elle semblait ailleurs ces-derniers jours… Je n'aurai pas dû sortir, mais elle a insisté ! Cornelia, il y a un double des clefs dans le pot de fleurs à côté de la porte. Je vais te rejoindre.
- Inutile Hay Lin, je vais voir si ça va et si je ne te rappel pas, c'est que ça va.
- Tu es sûre ? Demande l'intéressée.
- Certaine, ça va aller rassure Cornelia, pour son amie, mais également pour elle, j'y serai d'ici une dizaine de minutes.
À l'autre bout du fil, Hay Lin acquiesce malgré le noeud qui se forme à son estomac. Les paroles de son amie la rassurent un peu, mais elle se sent coupable d'être sortie. Mais ça va aller, n'est-ce pas ? Irma va bien et Cornelia va passer la soirée avec elle. Oui, ça va aller. Sans se concerter, les deux gardiennes, l'air et la terre se répètent les mêmes mots pour se rassurer, mais malgré tout, Cornelia ne peut s'empêcher d'appuyer sur l'accélérateur, comme pour avancer le temps. Plus vite, oui, plus vite.
Le pistolet dans la main, Irma pèse l'arme. C'est lourd et encombrant, mais ça peut ôter une vie. Elle inspire, expire. Son palpitant s'emballe lentement. Dans la cuisine ? Quelques bières vides et sur le bureau à sa droite, la lettre laissée par Uriah. Assise au bout de son lit, la jeune femme n'arrive plus à réfléchir. Dans sa tête, tout s'emballe, tout va trop vite. Elle ne sait pas ce qu'elle doit faire, ce qu'il convient de faire ! L'alcool émousse ses sens et sa volonté, ne l'aide pas à réfléchir correctement. Les sourcils légèrement froncés, elle actionne le barillet qui s'ouvre et sort plusieurs balles. L'arme peut en contenir sept balles, pour sept coups. C'est donc à ça que se raccroche la vie ? À un putain de coup de feu, une balle.
Irma observe attentivement les balles et en laisse tomber six à ses pieds. Elles roulent au sol, se glissent sous le lit. La jeune femme en remet une dans le barillet qu'elle fait tourner plusieurs fois, plusieurs tours rapides, trop rapides pour distinguer où la balle s'est arrêtée. C'est la roulette russe. Le hasard qui décide des choses après tout. C'est lui qui a tué Tom Lair, car son père ne devait pas travailler si tard ce soir-là. Il a remplacé un collègue qui s'est bêtement foulé la cheville le matin en ratant une marche devant chez lui. Le hasard. C'est le hasard qui va décider si Irma doit vivre ou pas.
La main est tremblante, comme incertaine. La jeune femme porte le canon de l'arme sous son menton. Elle inspire, expire. Elle ouvre brièvement les lèvres, elle souffle et en même temps, ses yeux se ferment. Son myocarde s'emballe. Elle sait qu'à ce jeu, soit on joue et on gagne, soit on perd et on meurt. Alors pourquoi y jouer ? C'est stupide, très dangereux et inutile, mais Irma a besoin de cette adrénaline. C'est comme une drogue qui prend de plus en plus le contrôle de son subconscient. Elle compte dans sa tête, un, deux… Elle n'a qu'à appuyer sur la gâchette pour essayer, pour voir si une autre tragédie va frapper la famille Lair. La détente est actionnée soudainement. C'est presque une surprise pour Irma qui sursaute. Elle baisse l'arme et l'observe, les mains tremblantes. Enfin, la jeune femme parvient à respirer. Elle inspire et expire rapidement. Le temps a semblé suspendu une fraction de secondes et le barillet a tourné, pas de balle. La chance semble être avec elle à cet instant. Ce n'est pas son heure, pas maintenant, pas ce soir. Cette balle ne lui est pas destinée, et la prochaine ? Pour elle ou pour Hopper ? Elle veut vérifier encore, même si Irma est terrifiée par sa propre folie, elle remet l'arme sous son menton.
Cornelia frappe avec ferveur et insistance, mais la porte ne s'ouvre pas. Pourtant, elle est persuadée que Irma est là, derrière. La blonde tente de l'appeler une nouvelle fois, rien. Il n'en faut pas plus à la jeune femme pour chercher les clefs derrière le pot de fleurs. Le geste est nerveux, l'anxiété grimpe, l'angoisse aussi. Cornelia s'empare du trousseau et insère la clef, espérant que Irma n'a pas laissé l'autre clef dans la serrure, mais non. Léger sentiment de soulagement tandis que le verrou saute et que la porte s'ouvre sur un salon vide. Cornelia entre avec prudence, balaie du regard la pièce. Dans la cuisine ouverte, elle distingue un pack de bières vide, mais aucune trace de son amie.
- Irma ? La voix est tremblante, Cornelia inspire et répète, Irma, tu es là ?
Toujours rien. La jeune femme pose son sac à main et se dirige vers les chambres. Il y a un fond sonore, une musique qui grésille. C'est sans doute celle de la platine de la brune. Elle ne l'a pas entendu pour ça se rassure Cornelia tandis qu'elle fixe la porte de chambre entrouverte. La gardienne de la terre se fige alors. Ce qu'elle voit la terrifie. Irma est assise, une arme sous le menton. Est-ce qu'elle va … ? Est-ce qu'elle veut … ?
- Irma ! Non !
Le cri est perçant. L'angoisse est palpable tandis que Cornelia entre sans attendre. Irma se retourne, surprise et n'a pas le temps de réagir que déjà, son amie s'empare de l'arme et la pose sur le bureau.
- Qu'est-ce que tu allais faire !? Tu es folle ou quoi ?
- Cornelia, qu'est ce que tu…
- Ne recommence jamais ça tu m'entends, jamais !
Sous l'effet de la peur, la colère se décuple et Cornelia saisit la brune par le haut du t-shirt qu'elle porte comme pour la soulever, la forcer à la regarder. Irma fronce brièvement les sourcils, sans répondre. Il lui faut quelques secondes pour comprendre ce qui vient de se passer, pour revenir à la réalité. C'était le septième et dernier coup qu'elle s'apprêtait à faire, alors elle allait y passer, c'est certain. Cornelia l'a empêché d'en finir. Allait-elle vraiment le faire ? La gorge sèche, elle veut parler, mais la blonde l'en empêche, lui hurlant presque dessus.
- Je t'interdis de faire ça ! On a besoin de toi, ta mère, ton frère aussi ! La voix de Cornelia se perd dans un sanglot étouffé tandis qu'elle sent les larmes qui lui montent aux yeux
- Lâche-moi, veux-tu.
Et d'un geste, Irma se libère de l'emprise de la blonde. Elle l'observe un instant et baisse les yeux, honteuse. Cornelia la fixe un moment. Elle a envie de lui hurler dessus, mais aussi de la serrer dans ses bras. Elle veut lui faire comprendre ô combien elle ne supporterait de la perdre. Elle passe une main dans ses cheveux et repose ses yeux sur l'arme. Comment s'est-elle procurée ça ? Est-ce qu'elle allait vraiment … ?
- Pourquoi ?
- Ce ne sont pas tes affaires, Cornelia, maintenant, tu peux partir. J'aimerai être seule répond Irma, tranchante.
- Hors de question réplique la blonde.
- C'est ma vie, ça ne te concerne pas la fusille la brune.
- Bien sûr que si, Irma !
L'envie de la gifler est grande, mais Cornelia n'en fait rien. Non, à la place, la jeune femme pose ses mains sur les joues de son amie. Elle lui caresse l'une d'elle du bout des doigts et expire, laisse retomber la pression qui s'est soudain accumulée dans la pièce.
- Je tiens à toi, bien plus qu'une amie, alors si, ça me concerne, Irma. Je ne… Veux pas qu'il t'arrive quelque chose, je ne… Je ne le supporterai pas avoue-t-elle.
- Cornelia, on a déjà eu cette discussion et à chaque fois, c'est la même chose, tu n'es pas sûre de toi et moi je ne veux pas de ça, je n'ai pas la tête à gérer quelqu'un qui n'est pas certain de ce qu'il ressent ou de ce qu'il est répond Irma en baissant les yeux, mais sans repousser Cornelia pour autant.
- Irma.
Le coeur s'emballe dans la poitrine de Cornelia Hale, mais elle est prête cette fois. Elle ne recule pas, elle est déterminée. Elle inspire, plante son regard d'un bleu azur sur la gardienne de l'eau.
- Irma, regarde moi.
- Cornelia… lance faiblement la jeune femme en relevant le visage.
- Je t'aime.
Elle vient poser ses lèvres sur celles de Irma dans un geste tendre et à la fois, brûlant d'un désir unique. Un désir qu'elle n'a ressenti qu'avec elle. Cornelia ne veut pas rompre le contact, pourtant, elle se force à reculer, posant son front contre celui de Irma.
- Je sais que je t'ai fait du mal et j'en suis sincèrement désolée. Je ne voulais pas comprendre, accepter ce que je ressentais pour toi par crainte du regard des autres, mais on s'en fou non ? De ce que les autres peuvent ressentir. Je tiens à toi et je ne veux plus m'en cacher, je ne veux plus me mentir. J'ai posé les yeux sur toi et je ne veux plus les retirer de ton visage, jamais. Alors si, ça me concerne si tu veux te faire du mal et je ferai tout pour t'aider, même si tu me repousses, même si tu…
Cornelia ne termine pas sa phrase. Irma glisse sa main derrière la nuque de la blonde et l'attire contre elle pour l'embrasser à son tour. Cette fois, le baiser est plus fougueux, brûlant d'un désir qui ne demande qu'à être consumé. La main de la brune se glisse dans la chevelure dorée de la gardienne de la terre, la décoiffant au passage, mais elles s'en moquent toutes les deux. Cornelia répond au baiser à son tour, non sans manifester aussi ce désir réciproque. Elle n'entend même plus son coeur battre tellement elle se laisse submerger par cette vague sans nom qui l'envahie. C'est sans doute la première fois que la jeune femme se laisse aller ainsi. Chez les Hale, on ne doit jamais montrer ce que l'on ressent, toujours se contenir. Non sans une pointe de timidité, Cornelia glisse ses mains dans le dos de Irma et soulève son haut sans manche pour le lui retirer. Cette dernière lève les bras pour l'aider, rompant le baiser brièvement avant de chercher à nouveau les lèvres de la gardienne de la terre.
Et Irma serre Cornelia contre elle tout en lui retirant à son tour ses vêtements. Ses lèvres quittent celles de la blonde pour déposer des baisers le long de son cou, descendant vers sa clavicule tandis que glisse au sol, la chemise que porte la jeune femme. Et vient ensuite le tour du t-shirt blanc qui se retrouve au sol. Irma avance, Cornelia recule et se laisse tomber en arrière sur le lit. Sa main cherche celle de la gardienne de l'eau qu'elle attire contre elle. Irma grimpe à califourchon sur la jeune femme et revient l'embrasser, s'emparant de ses lèvres fiévreuses et désireuses d'aller encore plus loin, mais la blonde recule un instant, les joues en feu.
- Irma, attends… Je… Elle reprend son souffle, ferme les yeux un instant, je n'ai jamais… Avec une femme je veux dire.
- Je sais. Est-ce que tu en as envie ?
La jeune femme acquiesce, croisant le regard de Irma qui lui vole un baiser.
- Alors laisse toi aller et si quelque chose ne va pas ou que tu ne veux pas, surtout dis le.
C'est le petit matin, à peine. L'aube se lève sur la ville pourtant toujours plongée dans la grisaille. Le crachin ne s'est pas arrêté, la pluie est plus fine, mais bien présente. La lueur du jour traverse le voilage de la chambre de Irma qui ne dort pas. Sous les draps, nue, elle observe Cornelia qui dort sur le ventre, la tête cachée sous ses cheveux entremêlés. Elle semble si paisible. La jeune femme observe la gardienne de la terre depuis bientôt une heure, sans réussir à s'endormir. Cette nuit partagée avec elle était hors du temps, comme suspendue dans un univers parallèle. Pourtant, la réalité revient et les doutes se réveillent à nouveau, toujours là. Irma se refait la scène en boucle. D'abord le jeu morbide de la roulette russe, l'arrivée de Cornelia et les mots prononcés. Je t'aime. Elle les a attendu pendant longtemps, oui. Tous ces mots murmurés par Cornelia, l'aveu de ses sentiments. Irma peut s'en satisfaire, se serrer contre l'être aimé et passer la matinée à venir dans ses bras, oubliant tous ses soucis, mais il y a les mots de Uriah couchés sur le papier qui la harcèlent sans cesse. La brune tourne la tête, pose son regard sur le bureau où l'arme se trouve. Elle a retenu l'adresse, elle peut y aller maintenant en prenant le premier bus du matin et régler ses comptes. Elle le sait, elle n'aura sans doute pas d'autre occasion de venger son père. À nouveau, son regard se pose sur la blonde endormie. Est-ce qu'elle comprendra ? Est-ce qu'elle lui pardonnera ? Est-ce qu'elle l'aimera encore, après ça ? Irma se mordille la lèvre inférieure avant de se lever doucement, pour ne pas réveiller Cornelia. Elle ramasse ses affaires dispersées sur le sol et va dans la salle de bain.
L'eau chaude qui ruisselle sur son corps ne fait pas taire ses angoisses, rien ne le pourra à part le corps sans vie de Nathan Hopper. Les sourcils froncés, Irma enfile son jean, son haut sans manche et un sweat à capuche jaune par dessus. Elle retourne dans la chambre, observe Cornelia qui dort encore. La jeune femme ouvre les lèvres comme pour s'excuser, mais aucun son n'en sort tandis qu'elle prend l'arme pour la glisser dans son sac. Derrière elle, la porte se ferme et une fois dans la rue, la brune lève la tête vers le ciel gris. Les yeux clos, elle se laisse bercer par les fines gouttes qui caressent son visage. L'eau est son élément, son allié. Elle n'est pas seule dans sa vengeance. D'un geste, elle rabat la capuche sur sa tête et se dirige, déterminée, vers l'arrêt de bus.
Quand Cornelia sort de son sommeil, il est encore tôt. La première chose qu'elle constate, c'est l'absence de Irma dans le lit. La blonde se redresse, non sans retenir la couette contre elle, non pas par froid, mais par pudeur. Une main dans ses cheveux, elle se remémore lentement les évènements de la nuit dernière. Irma a tenté de mettre fin à ses jours avec une arme dont la blonde ignore sa provenance. Elle l'a arrêté à temps, mais… Si elle n'était pas arrivée à ce moment là ou si elle avait simplement décidé de ne pas partir de chez ses parents ? Cornelia refuse d'imaginer la suite. Elle est consciente que son … Amie ? Qu'importe, a besoin d'aide et elle connaît suffisamment Irma pour savoir qu'elle refusera. Cornelia est pourtant déterminée à lui imposer un soutien. Elle va devoir en parler aux filles, elles seront plus convaincantes à quatre.
Mais il n'y a pas eu que ça. Il y a cette nuit ensemble et Cornelia qui a avoué ses sentiments. Si Irma n'a pas répondu un « moi aussi, je t'aime » elle l'a clairement manifesté. Sont-elles ensemble maintenant ? Un sourire se dessine instinctivement sur les lèvres de la jeune femme tandis qu'elle décide de se lever enfin.
- Irma ?
Pas de réponse. Peut-être est-elle sortie sur le balcon pour fumer pense Cornelia en cherchant ses vêtements sur le sol. Tandis qu'elle ramasse sa lingerie, non sans rougir, son regard est attiré par le bureau et soudain, la scène lui revient. Quelque chose ne va pas, quelque chose n'est pas normal. Non. Sourcils froncés, le pistolet de la veille n'est plus là.
- Irma ? Répète-t-elle.
Toujours aucune réponse et Cornelia enfile rapidement ses affaires. À nouveau, elle est envahie par ce pressentiment qui lui indique que quelque chose na va pas. Tandis qu'elle s'apprête à quitter la chambre en boutonnant sa chemise, elle remarque enfin le papier sur le bureau. Cornelia s'arrête et prend la lettre. Elle lit rapidement les mots et écarquille les yeux. Enfin, les éléments s'imbriquent les uns dans les autres, comme les pièces d'un puzzle. Cornelia fait le lien entre Uriah, l'arme et le comportement de Irma.
- Dites-moi que… Non, non, non, non !
La lettre dans sa main, la blonde se précipite hors de la chambre en appelant son amie, mais elle comprend que celle-ci est sortie avec l'arme et qu'elle s'est rendue à l'adresse indiquée par le courrier. Irma veut venger son père et elle l'a peut-être déjà fait ! Cornelia s'empare de son téléphone qu'elle a laissé dans l'entrée hier. Elle cherche rapidement Irma parmi ses contacts pour l'appeler, mais elle entend un bruit, un vibreur. Son regard se pose sur la table basse plus loin.
- Bordel… Irma.
Elle retient une insulte en constatant que son amie a laissé son téléphone dans l'appartement. Sans attendre, elle enfile ses chaussures, prend ses clefs et sort en se précipitant vers sa voiture. Pourvue qu'elle arrive à temps !
Le bus s'arrête à quelques rues avant l'adresse indiquée par Uriah. Irma sort, toujours cachée sous sa capuche. Elle avance tel un robot, guidée uniquement par ce désir de vengeance. Elle essaie de ne pas se poser de question, de ne pas réfléchir. Cet enfoiré n'a pas réfléchi quant il a tiré sur son père et pourtant, le poids de l'arme dans son sac se fait ressentir. Qu'est-ce qu'elle dira à ses amis ? On va l'arrêter pour ça et elle finira en prison, à moins qu'elle… Cache le corps ? Les scénarios sont plus intempestifs les uns que les autres et Irma remarque qu'elle est enfin arrivée. Elle fixe le panneau indiquant l'avenue et cherche l'impasse.
C'est une ruelle déserte avec un mur et deux entrées d'immeubles qui semblent chacune désertes. Elle se tourne vers la porte rouge. C'est donc ici. La brune déglutit lentement, mais elle ne peut plus reculer. Elle rassemble son courage et s'apprête à frapper, quand elle entend le verrou qui s'ouvre. Tandis qu'elle recule de plusieurs pas, un homme, la vingtaine et de taille moyenne sort, un sac à dos sur le dos. Il la dévisage avant de parler :
- T'es qui ? J'ai rien, si tu veux de la came, va voir Freddy.
Il faut quelques secondes à Irma pour arriver à parler. Sa voix est plus chancelante qu'elle le voudrait, mais elle articule malgré tout ses mots.
- Nathan Hopper ?
- T'es qui… ? Répète-t-il, les sourcils froncés.
C'est lui oui, c'est forcément lui. Irma sent la vengeance qui prend le contrôle, ivre de ce désir qui ne demande qu'à imploser depuis des jours, des semaines, depuis que l'homme qui se tient devant elle a osé tuer son père. Elle laisse tomber son sac au sol tout en saisissant l'arme de poing. De sa main libre, elle retire sa capuche et lui fait face, les yeux dans les yeux.
- La fille de celui que tu as tué et je viens pour le venger.
Le canon est pointé sur Nathan Hopper et Irma sait parfaitement que le tir fera mouche. C'est la seule balle du barillet et ici, le hasard n'a pas sa place. Seule la vengeance prédomine.
