Avant-propos : Hello ! Voici le septième chapitre et c'est, à l'instant où j'écris ceci, le plus long à ce jour. Il y avait beaucoup de choses à dire après le sixième et le cinquième chapitres aussi. Dans ce chapitre, des intrigues vont avancer, d'autres vont se clôturer et certaines vont démarrer, continuant l'exploration des witch dans leur vie adulte. J'espère que vous allez aimer ! J'ai essayé de décrire avec précision et intensité le passage de l'inquisition, n'hésitez pas à me faire vos retours.

Enfin, sachez qu'une scène a été écrite par mon amie Victoria que je remercie. Sa plume, en plus d'être de toute beauté, sublime deux personnages que j'ai décidé de lui donner. C'est donc elle qui va diriger en amont l'intrigue commune autour de ses protagonistes (dont vous allez découvrir l'identité, la scène se passe juste avant celle de l'inquisition), merci encore ma belle pour tout.

WARNING !:La dernière scène peut choquer la sensibilité de certaines personnes, des scènes de violences sont évoquées, vous lisez en toute connaissance de cause.


Le coma a duré plusieurs jours, mais fut assez court. Après plusieurs examens menés par le docteur Patterson, neurologue talentueuse de l'hôpital université de la ville, Cornélia a pu être déplacé du service réanimation au service neurologie pour quelques jours d'observation supplémentaire. Ni ses parents, ni sa soeur ne la quittent. Ils ont eu peur de la perdre et ceci pour toujours. La jeune femme, les traits tirés se souvient de tout et elle a apporté son témoignage concernant la soirée partagée avec Irma. Ceci en privé et sans la présence de ses proches. Elle a aussi confirmé que c'est bien Hopper qui a tiré et non Irma, disculpant définitivement la jeune femme. Du reste, la blonde a enfin réussi à convaincre ses parents et notamment sa mère de lui laisser un peu de temps avec ses amies. Lilian est retournée chez eux pour lui prendre des affaires.

- Comment tu te sens ? La main de Will serre celle de Cornélia en souriant, as-tu besoin de quelque chose ?

- Fatiguée, mais ça va. Je vais négocier pour sortir avant, je ne veux pas rester ici longtemps... Pourquoi Irma n'est pas venue ?

La présence de la gardienne de l'eau était attendue par la jeune femme. Hay Lin qui termine son café pose le gobelet.

- Elle a préfère éviter de venir pour ne pas croiser tes parents commence-t-elle en grimaçant, ta mère l'a tient pour responsable de ce qui s'est passé.

- Je sais et c'est ridicule. J'ai renoncé à lui faire changer d'avis, elle me fatigue avoue Cornélia, mais je ne peux pas lui en vouloir après ce qui s'est passé. J'aurai quand même aimé voir Irma.

Et elle resserre sa main autour de Will. Un regard suffit aux deux femmes pour se comprendre. Inutile de lui expliquer la situation. Will comprend les sentiments qui animent son amie.

- Tu dois sortir quand ? Demande Taranee, adossée contre la vitre.

- Pas avant une semaine, mais je refuse. Je ne me vois pas rester ici aussi longtemps. Je signerai une décharge si nécessaire. Heureusement qu'il y a les lys pour égayer un peu cette pièce fait remarquer la blonde.

- Je sais que tu les adores avoue la rousse.

- Tu me connais trop bien, c'est suspect.

Cornélia laisse échapper un rire, mais grimace légèrement sous la douleur. La fine cicatrice au niveau de l'abdomen est encore fragile et elle doit se ménager.

- Fais quand même attention lance Hay Lin.

- Promis, mais je veux être remise. Je dois dire à Kandrakar que Irma ne doit pas être sanctionnée dit la gardienne de la terre.

- Ce n'est pas prudent, rétorque la gardienne du feu avant d'ajouter, tu viens tout juste de sortir du coma et tu dois te reposer. Te rendre à Kandrakar n'est pas une bonne idée.

- Peut-être, mais je ne peux pas abandonner Irma.

Orube, adossée au mur se détache, les bras croisés. Elle fixe la blonde toujours avec ce regard perçant, digne de la guerrière de Basiliade qu'elle est et qu'elle sera toujours.

- Kandrakar sait déjà que tu es réveillée Cornélia et cela sera pris en compte, forcément. Cependant, Irma n'est pas jugée uniquement pour sa responsabilité dans ce qui arrivée, elle l'est aussi pour avoir usé de ses pouvoirs devant et sur un être humain.

- Mais... Commence l'intéressée.

- Je vais défendre Irma, coupe Orube, ta voix sera entendue par mon biais, je te le promets. Mais pour le moment, écoute Taranee et prends soin de toi. Je vais aller me chercher un café.

Cornélia Hale baisse la tête alors que son amie sort de la pièce. Elle se sent épuisée, fatiguée et se rendre à Kandrakar serait de la folie, mais elle ne peut pas abandonner Irma. Elle ne lui tient pas rigueur de ce qui s'est passé, elle n'y parvient pas. La jeune femme a vu sa détresse dans son regard et elle refuse de la laisser, elle veut être avec elle et la protéger, l'aider autant que possible. La main de Will se pose sur l'épaule de la blonde qui relève le visage vers elle.

- On te laisse te reposer, on va aller se poser à la cafétéria avant de revenir, d'accord ?

- Oui, de toute façon, l'infirmière devrait bientôt passer et ensuite ma mère ne tardera pas.

Et quelques minutes plus tard, Cornélia est seule dans sa chambre. Elle passe une main sur son visage, elle se sent seule et elle aurait aimé que Irma soit là, pour parler. Parler de ce que son amie ressent, de ce qui s'est passé et bien sûr, d'elles, mais la gardienne de la terre ne lui en veut pas. Au contraire, elle comprend la décision de Irma et la respecte. Déjà, sa main s'empare de son téléphone que sa sœur lui ramené et elle cherche dans la liste de ses contacts, ses favoris, sa favorite même, Irma.

Hey, j'aurai aimé te voir. J'ai vraiment besoin de te voir, de te parler. Dès que je sors, je me débrouille pour qu'on puisse se retrouver seules, alors s'il te plaît, viens quand le moment sera venu. Tu me manq...

Les trois derniers mots sont rédigés, avant d'être effacés et déjà, le sms est envoyé. Cornélia ferme les yeux tout en posant sa tête sur l'oreiller. Orube a raison, elle est encore trop faible pour espérer sortir d'ici, alors envoyer balader tout Kandrakar, c'est de la folie.


Un bouquet de fleurs blanches est déposé sur la tombe de Tom Lair. Irma esquisse un sourire en retirant un autre, plus ancien et fané qu'elle compte jeter en quittant le cimetière. Elle ne pensait pas être de ces gens qui vont parler sur la tombe d'un défunt, car elle sait que l'esprit de son père n'est pas ici, mais elle le fait. Elle le fait depuis quelques jours sur les conseils de son psychologue et la jeune femme ne peut pas nier que ça lui fait du bien. Irma se redresse et laisse une brise légère lui rafraichir le visage. La chaleur est encore omniprésente dans la ville. Vêtue d'une robe d'été bleu azur et de baskets blanches, la brune s'apprête à se rendre chez Cornélia. Son amie a enfin pu sortir après quelques jours, non sans négociée, de l'hôpital. Elle est surveillée et suivie, mais chez ses parents et peut enfin se reposer comme il se doit. Ce soir, ce sera la nouvelle lune et à minuit, Irma se retrouvera face à Kandrakar. Alors elle a dit oui pour retrouver son amie en tête à tête, parce qu'elle a peur que ça soit la dernière fois qu'elle puisse la voir, lui parler et peut-être enfin, lui dire ce qu'elle ressent.

- Au revoir papa et j'espère, à bientôt lance la gardienne en quittant le cimetière.

C'est la peur au ventre que Irma prend le métro aérien pour se rendre dans les hauteurs de Heatherfield. Les beaux quartiers où vivent, au dernier étage d'un immeuble moderne, les Hale. Une fois dans l'ascenseur, Irma inspire. Elle sent son myocarde qui s'emballe dans sa poitrine, mais elle tient vraiment à exprimer ce qu'elle ressent envers Cornélia. Elle a seulement peur que celle-ci la repousse. Hay Lin lui a assuré que non, que la blonde n'avait aucune colère contre elle, mais après tout, cela serait légitime. Les portes de l'ascenseur s'ouvrent et Irma longe la couleur jusqu'à l'appartement numéro 94. Elle frappe et attend. Enfin, Cornélia vient lui ouvrir, ce sourire éclatant sur les lèvres.

- Je t'attendais. Entre, fais comme chez toi dit-elle.

Entendre le son de sa voix est un bonheur pour Irma qui ne peut s'empêcher de sourire. Déjà, elle entre et retire ses chaussures avant de rendre un paquet à son amie.

- Je me suis arrêtée à la pâtisserie avant de venir ici, je sais que tu en raffoles.

- Des macarons ? Demande la blonde en souriant avant d'embrasser la joue de son amie, merci. Ils vont être parfaits avec le thé glacé. Lilian en a fait avant d'aller chez des amies. Installe-toi.

Irma acquiesce et s'assoit sur le canapé. Elle observe Cornélia qui apporte un plateau avec une carafe et deux tasses, ainsi que les macarons. La jeune femme semble fatiguée, malgré son sourire. Elle a attaché ses cheveux en une simple tresse et porte un short jogging court gris avec un simple t-shirt blanc assez ample pour être confortable.

- Laisse moi faire le service, je vais t'aider dit la plus jeune en se redressant.

- C'est vrai que tu sais faire ça comme les pros, tu as travaillé chez les Lin plusieurs été comme serveuse.

- Exactement, alors admire.

Cornélia esquisse un sourire avant de s'installer sur le canapé. Elle prend sa tasse et un macaron tout en ramenant ses jambes contre elle. Au loin, Napoléon, le chat noir de sa sœur dort paisiblement dans son panier, unique témoin de la scène qui se déroule.

- À la tienne dit la blonde en faisant trinquer les tasses.

- À la tienne, répète Irma avant de boire une gorgée, je suis contente de te voir. C'est peut être la dernière fois vu ce que Kandrakar me réserve, alors je tenais à te présenter mes excuses les plus sincères pour tout ce qui s'est passé. Tout est ma faute et j'ai eu peur de te perdre pour toujours... Je... Je ne m'en serai pas remise.

Voilà c'est fait, ou presque songe Irma en baissant les yeux, fautive. Cornélia pose sa tasse et prend la main de la jeune femme, doucement.

- Déjà, ne pars pas défetiste. Orube va te défendre et tu sais combien elle est combattive. Elle ne t'abandonnera et nous non plus. S'ils osent t'enfermer, je viendrai moi-même te libérer parce que... Cornélia marque une pause et lève la tête vers la femme, je tiens à toi Irma et je ne te tiens pas rigueur de ce qui s'est passé. Je veux juste que tu sois heureuse et épanouie.

Irma serre la main de la blonde contre la sienne et lentement, entrelace ses doigts avec les siens. Elle a cette impression étrange que son cœur va exploser, mais a contrario elle se sent très bien. À la fois sereine et reposée, la jeune femme aimerait que le temps s'arrête à cet instant.

- Je le serai encore plus avec toi dit-elle.

Cornélia relève le visage et fixe Irma un moment. Il y a un flottement, un instant où plus rien ne compte, où les deux femmes se déconnectent du monde qui les entoure pour ne penser que l'un à l'autre, comme ce soir-là quand la blonde s'est abandonnée dans les bras de la gardienne de l'eau. À cet instant, Cornélia Hale n'entend plus que l'écho de son cœur qui bat la mesure au même rythme que celui de Irma. Elle ôte ses doigts des siens et lui lâche la main pour poser la sienne sur la joue de la brune tout en approchant son visage encore un peu plus prêt. À cette distance, Irma peut sentir le parfum de son amie tandis qu'elle ferme les yeux au contact ses lèvres. Le baiser n'est pas comme les précédents. Non, il est doux, réconfortant et apaisant. Il n'y a pas cette fougue qui est contenue, simplement le désir de matérialiser ses sentiments et ce que l'on ressent. Et il y a aussi le parfum de Cornélia qui prend le dessus, inonde les narines de Irma qui prolonge le baiser et rencontre la langue de la gardienne de la terre, dans une danse commune. La fragrance se compose de jasmin, de rose de mai et de muguet, des fleurs, l'essence même de la terre qui fait de Cornélia, une femme splendide que Irma veut pour elle, rien qu'à elle. Toutes ses aventures sont balayées, oubliées, futiles. Toutes ces femmes avec qui elle a essayé de se perdre n'existent plus, car elles n'arriveront jamais à la cheville de l'être aimé et désiré. Et au diable les préjugés, les critiques et la bienséance comme ce que peut penser Elizabeth Hale de cette relation, elles s'aiment et c'est finalement tout ce qui compte. C'est Cornélia qui rompt l'échange après quelques temps, reprend son souffle et sourit, tandis que ses doigts caressent la joue de la jeune femme. Les yeux dans les yeux, elle a l'impression que son palpitant va imploser de l'intérieur tandis qu'elle pose sa tête sur l'épaule de son amie. Son autre main vient chercher à nouveau le contact de ses doigts qu'elle entrelace.

- Moi aussi, je le serai encore plus avec toi et c'est ce que je veux Irma, être avec toi avoue la jeune femme en fermant les yeux, seulement, il faut me laisser un peu de temps. Je... Je ne veux pas d'une relation cachée, je veux être sincère et entière avec toi parce que tu le mérites et je tiens à ce que ma famille le sache. Cependant, cela doit se faire à mon rythme, s'il te plaît. J'affronterai ma mère le moment venu, mais pour l'instant, je veux simplement savourer cet instant avec toi.

Un sourire s'étire sur les lèvres de Irma. Elle prend conscience qu'il n'y a qu'avec Cornélia qu'elle se sent aussi entière et sereine, vivante également. Sa main serre un peu plus celle de la jeune femme tandis qu'elle se penche et lui embrasse le front.

- Je t'aime.

Elle ne lui avait pas dit jusque là. Il faut dire que quiconque connaît la fille de Tom Lair sait que ce n'est pas son genre d'exprimer cela à voix haute. Devant les autres, la brune va prétendre que c'est niais à souhait, mais à cet instant, les mots sont sortis d'eux-même, exprimant avec une justesse parfaite ce que Irma ressent depuis tout ce temps.

- Et je serai là pour t'aider le jour où tu décideras de le dire à tes parents. Je suis là, maintenant et après conclut Irma.

- Merci.

Lentement, non sans grimacer à cause de la douleur encore présente par moment au niveau de sa blessure, Cornélia se redresse et revient chercher les lèvres de la brune un instant. Cette-dernière ne peut d'ailleurs pas s'empêcher de glisser une main dans le dos de la jeune femme pour l'attirer un peu plus contre elle, ce qui les fait sourire toutes les deux.

- Si je n'étais pas convalescente... Commence l'une.

- Je te sauterai dessus ici et maintenant termine l'autre.

Et dans un éclat de rire, elles se lovent l'une contre l'autre en terminant leurs thés glacés. Elles parlent de tout et de rien, sans aucun filtre. Irma évoque l'interrogatoire et son suivi psychologique car avec cette fille c'est plus simple. Elle se sent comprise et écoutée, bien plus qu'avec quiconque. Sa tasse vide, Cornélia ferme un instant les yeux sous le regard soucieux de Irma.

- Tout va bien ?

- Oui, je suis juste fatiguée encore, excuse moi répond l'intéressée.

- Ne le sois pas. Allonge-toi, dors un peu, je reste là indique la brune en souriant.

En guise de remerciement, Cornélia embrasse la joue de Irma avant de venir poser sa tête sur les genoux de cette-dernière. Elle ferme les yeux, laisse Irma détacher sa queue de cheval pour passer ses doigts dans ses cheveux. Ses caresses bercent la gardienne de la terre qui ne tarde pas à s'endormir. Le temps passe et il est bientôt l'heure pour Irma d'y aller. Les parents de Cornélia ne vont pas tarder à rentrer.

- Corny ?

- Hm ?

La concernée ouvre lentement les yeux, encore endormie et s'étire. Elle passe une main dans ses cheveux.

- Je ne vais pas tarder, lance Irma en passe ses bras autour de la faille de la blonde.

- Oh, il est quelle heure ? Cornélia lève la tête vers l'horloger et grimace, j'ai trop dormi, désolée. Il fallait me réveiller.

- Tu en avais besoin. Je vais te laisser.

Et Irma enlace tendrement la gardienne de la terre contre elle avant de se redresser.

- Merci pour le thé dit-elle en remettant ses baskets.

- Tu m'appelles dès que vous êtes sorties de Kandrakar demande la blonde.

- Si j'en sors, rétorque l'autre.

- Tu en sortiras, je le sais, alors sois positive, d'accord ?

- J'ai l'impression d'entendre Hay Lin.

- Tu devrais l'écouter un peu plus.

Irma lève les yeux au ciel avant de sourire en prenant son sac de cuir en bandoulière. Cornélia approche et lui prend la main.

- Alors... Ensemble ? Dit-elle à la brune.

Cette dernière serre la main de son amie et acquiesce avant de venir prendre ses lèvres tendrement. Sa main libre se pose sur la hanche de Cornélia pour la serrer contre elle tandis que son amie passe les siennes autour de son cou.

- Ensemble, répète Irma en reculant après un moment.

Cornélia sourit et se mordille la lèvre inférieur pour retenir sa joie tandis que Irma ouvre la porte d'entrée.

- Ne fais pas cette tête, sinon je fonds lance la jeune femme.

- Quelle tête ? Cornélia hausse un sourcil.

- Peu importe. Prends soin de toi, ma belle et à bientôt.

- Toi aussi.

Une fois en bas de l'immeuble, Irma lève la tête vers le balcon où celle qu'elle peut désormais considérer comme sa petite amie lui fait des signes de la main. Irma y répond avant de disparaître à l'angle d'une rue. Elle se sent plus forte pour affronter Kandrakar car elle n'est pas seule, elle a ses amies et surtout, elle a quelqu'un qui désormais, occupe une place unique en son cœur. Et tandis qu'elle attend l'arrivée du métro, son téléphone sonne. Le numéro est inconnu. La jeune femme hésite à répondre, mais le fait quand même.

- Allo ?

- Irma, c'est le sergent Sharp, comment tu vas ?

Alice Sharp. La brune grimace légèrement. Généralement, quand la police vous appel ce n'est jamais pour vous donner de bonnes nouvelles. Elle n'aurait pas dû décrocher. Sa sérénité s'évapore doucement.

- Ca peut aller répond enfin la jeune femme.

- Je voulais te dire deux choses commence le sergent. La première, c'est que Hopper va finir en prison pour meurtre, mais aussi pour tentative d'homicide volontaire sur ton amie. Il ne sortira pas de prison et tu es entièrement disculpée. Il devait être sous l'emprise de la drogue au moment des faits car il parle de sorcellerie, mais passons...

Irma retire un instant le téléphone de son oreille et soupire un peu plus fort, soulagée. Au moins la police ne va pas continuer son enquête.

- La seconde chose, Irma, c'est que je vais monter ma propre unité. Les mœurs, c'est terminé pour moi. Je passe aux renseignements.

- Ah, je suppose que des félicitations s'imposent, répond la gardienne.

- J'aimerai te proposer un poste dit Alice, sans détour.

- Un poste ? Attendez, à moi ?

- Oui. Plus d'une fois, ton père m'a dit que tu ferais un très bon agent, que tu en avais exprimé le souhait. Alors passe le concours, tu vas le réussir Irma, je le sais et si tu es prise, mon unité n'attend que toi. Réfléchis-y et tiens-moi au courant s'il te plaît ? Je t'envoie toutes les informations et le dossier de candidature par mail. J'ai un double appel je dois te laisser, mais une dernière chose... Ton père savait Irma et il était fier de toi. Ne l'oublie pas.

Et la communication se coupe, laissant Irma bouche bée par les propos de l'agent. Le métro au loin, se fait entendre. Elle, porter l'insigne et rejoindre une brigade criminelle ? Elle ? Son père la croyait définitivement plus forte qu'elle ne le pense. Il avait peut être tout compris.


Partie rédigée par Victoria.

L'inquisition dans les esprits, tant des gardiennes que des proches au courant, elles ne savent savourer cette dernière soirée avant que les majestueuses portes de Kandrakar ne se dressent devant elles. Et pourtant, ce n'est pas le principal sujet qui occupe l'esprit de Will. La rousse est perdue, alors qu'elle sait parfaitement qu'elle devrait se concentrer sur Cornélia, et son retour triomphal et rassurant, ou sur Irma, et la pression que la jeune femme ressent sûrement, c'est néanmoins la guerrière de Basiliade qui se dresse dans ses songes, et ce, depuis qu'elle l'a revue. Les souvenirs qu'elle pensait partis depuis longtemps refont surface, depuis ce moment, depuis que la féline s'est imposée en sauveuse, prête à défendre Irma. Et si Will devrait être contente, une part de son cœur semble se briser, depuis les quelques mots échangés avec celle qui fut un temps, l'une des gardiennes, à la place de Taranee.

- Orube... lâche-t-elle alors, discrètement, en la voyant s'installer près d'elle. Écoute... je... je n'aurais jamais dû...

- Will. Stop. C'est vraiment pas le moment. Et ça sert à rien. l'interrompt-elle promptement.

- Je ne voulais pas te blesser ! Il faut que tu saches.

- Alors tu voulais quoi ? Hein ? Bon sang, Will... Si je suis venue, c'est pour aider Irma, pas pour ce qu'il s'est passé la dernière fois.

Elle ne sait quoi répondre. Elle qui a pourtant toujours été au plus proche de la guerrière, se sent comme impuissante. Impuissante, de lui rappeler tant les blessures d'antan, que celles qu'elle lui a causées.

- J'en sais rien. avoue-t-elle, en baissant les yeux, alors que le ventre arrondit s'impose sous son regard. Et les regrets pointent. Elle ne sait quoi penser. Ne peut que se souvenir. Se souvenir, sans le désirer, et pourtant, déjà, les images reviennent en mémoire. Ces moments où Orube ne cessait de pleurer, la mort de Cédric l'affectant plus que tout. Ces moments où son propre couple semblait l'insupporter, l'impression que Matt ne la comprenait pas. Ces moments où la détresse des deux femmes se retrouvait commune, et les rapprochaient.

- Alors oublie. C'est ce que j'ai fait. C'était ça ou ne plus pouvoir me lever le matin. Un mensonge flagrant, de la part de l'ancienne élève de Luba. Sans doute pour donner bonne conscience à celle qui détenait jadis le cœur.

- Comment veux tu que j'oublie ? laisse entendre la rousse. Alors que t'es la seule qui lit en moi...

- Arrête ça. S'il te plait, arrête. Pour nous deux, arrête de ressasser ça, ou je n'y arriverai pas... et Irma a besoin de moi. De nous. laisse entendre la demoiselle au carré plongeant, avant de se lever, et de rejoindre Taranee et Hay Lin, laissant Will seule avec son passé.

Son cœur qui se fissure, tandis qu'elle ignore toujours si elle a bien fait de s'accrocher à celui qu'elle pensait être l'homme de sa vie. Et si elle l'avait choisie, elle ? L'aurait-elle sauvée des abysses de son palpitant ? L'aurait-elle ramenée à Heatherfield plus tôt ? L'aurait-elle rendue heureuse, malgré le sacrifice de celui qu'elle aimait ? A l'époque, Will a cru que jamais leur histoire n'aurait eu la moindre chance, et pourtant, aujourd'hui, le masque de glace mis en sa présence par Orube lui rappelle combien elle maudit sa raison de l'avoir poussée à choisir Matt, alors que l'asiatique semble raviver les blessures de son cœur... Pourtant, elle ne peut pas flancher, pourtant, elle ne peut pas craquer. Cornelia, Irma, elles ont besoin d'elle, de leur leader. Et Will ne doit pas s'abandonner aux regrets de son âme, si elle veut parvenir à sauver ses amies. Décision aussi lourde que le fardeau sur ses épaules, elle laisse ses pensées vaquer à d'autres occupations, attendant le jour fatidique avec pression. Car cette nuit est la dernière, avant que l'heure de juger Irma ne vienne.


L'eau s'écoule sur le corps de sa gardienne. Chaude et fumante, la vapeur s'élève dans la salle de bain tandis que les muscles se dénouent et que la tension semble retomber. Irma garde les yeux clos et laisse l'eau ruisseler sur sa peau. Une douche chaude, une douche brûlante et surtout, une douche réconfortante, lien unique avec son élément avant de partir. Il sera bientôt minuit, mais la brune n'a pas d'heure pour se doucher. Hay Lin le sait bien et quand Irma prend une douche à presque minuit, c'est souvent pour se remettre les idées en place et faire tomber la pression. Elle ouvre un œil quand elle entend la sonnerie de son téléphone posé plus loin dans la pièce. Il ne cesse de sonner. Des sms en boucle sans doute envoyés par Cornélia pour lui transmettre sa force et son courage. La jeune femme esquisse un sourire avant de rabattre ses mèches à l'arrière de sa tête pour terminer de se laver. Elle ne se voit pas perdre son pouvoir, elle ne sait pas comment elle ferait. Cet élément, l'eau, son mouvement, flux incessant et qu'on ne saurait contrôlé, il fait partie intégrante de son être. La jeune femme tend la main et des perles d'eau virevoltent autour d'elle. Qu'est-ce que Irma peut dire ou faire pour convaincre ses crétins de Kandrakar qu'elle n'est pas dangereuse, qu'elle a simplement eu une mauvaise période, accumuler trop de choses et qu'elle voit enfin le bout du tunnel ? Rien parce qu'elle est de ceux qui pensent que l'attaque est la meilleure des défenses. Cependant ici, hors de question d'attaquer les sages et les conseillers. Il faut être diplomate et ce n'est clairement pas son atout.

- Qu'ils aillent au diable, qu'elle marmonne avant de laisser les billes tomber au sol.

À trop penser, elle va finir par être en retard. Alors Irma Lair termine de se doucher et sort, se sèche les cheveux enveloppée dans un peignoir et prends enfin son téléphone. Un sourire s'étire sur ses lèvres en lisant les messages envoyées par Cornélia :

Tu vas y arriver !

Crois en toi, tu n'es pas seule, nous sommes toutes avec toi et moi aussi.

S'ils t'enferment, tu crois qu'ils font un tarif réduit pour les couples ? J'espère qu'il y a la 4G là-bas.

Je t'attends, alors tu as intérêt à revenir.

Reste calme surtout.

Je pense à toi, toutes mes pensées sont avec toi.

Et le dernier message est un simple emoji cœur. Irma y répond avec un émoji crotte et un cœur avant de se sécher grossièrement les cheveux, les laissant boucler volontairement. Elle enfile un jean et un t-shirt noir qu'elle rentre dedans. Une fois dehors, elle observe ses amies qui l'attendent dans le salon. Il est bientôt l'heure. Hay Lin arque un sourcil en la fixant, Taranee reste silencieuse, Orube pouffe de rire et Will fait une drôle de tête.

- Quoi ?

- Irma... Commence la rousse d'un air dubitatif, tu crois vraiment que la meilleure façon de te rendre à ton procès c'est de mettre un t-shirt avec écrit en lettres capitales dessus " Fuck Society " ?

- Moi, je trouve ça parfait lance Orube.

- Merci et oui, Will. Le message me paraît assez limpide comme ça. Hay Lin, comment ça se passe demande la brune en prenant un briquet sur le buffet.

- Ma grand-mère va ouvrir un passage ici, on a juste à attendre et ça me stresse répond la chinoise.

- Parfait, juste le temps de m'en griller une.

Et Irma fait coulisser la porte qui donne sur le balcon, cigarette entre les lèvres. Une dernière pour la route, une dernière avant l'heure du jugement.

Kandrakar. Citadelle qui se dresse majestueusement au centre de l'infini, capitale des mondes et lien universel entre les peuples. Entourée par un voile magique permanent, elle est reliée à Basiliade, l'école qui forme les guerriers comme Orube. Même après tout ce temps passé là-bas, cette dernière sait qu'elle ne connaît pas toutes les salles ni tous les secrets de ces lieux sacrés. Et cela fait bien longtemps que les quatre gardiennes n'ont pas mis les pieds ici. Tandis qu'elles avancent dans un long couloir, dirigée par Yan Lin, Irma sent le stress prendre le dessus. Ce n'est pas d'une cigarette dont elle a besoin, mais de plusieurs. Et Cornélia n'est pas là. La jeune femme inspire, mais elle tremble à mesure que l'imposante double porte en bois blanc immaculé se rapproche. Elle sait très bien ce qui l'attend derrière, ou tout du moins, elle en a une petite idée. Des centaines de regards, des reproches et une sentence, telle une épée de Damoclès qui ne demande qu'à s'abattre. C'est à ce moment là qu'elle sent la chaleur de la main de Taranee qui se referme sur la sienne. La brune se tourne et fixe son amie qui la regarde avec intensité. Sous les verres qu'elle porte, les iris de la gardienne du feu brûlent d'un éclat unique. Taranee est déterminée à sortir d'ici et avec Irma, libre. Cette dernière esquisse un sourire tandis que cette fois, c'est Will qui prend sa seconde main et hoche la tête. Autrefois leader et détentrice du cœur, la rousse est prête à assumer à nouveau ce rôle face à tout Kandrakar. Hay Lin s'arrête en même temps que sa grand-mère. La sage les invite à attendre quelques instants avant d'entrer tandis qu'elle pénètre en première dans la pièce. Irma sent son cœur qui tambourine dans sa poitrine. Elle serre un peu les mains de ses mains quand Hay Lin se retourne et la fixe. L'asiatique acquiesce légèrement, signe qu'elle est avec elle et ceci jusqu'à la fin. Enfin, Orube pose ses mains sur les portes.

- Prêtes ? Demande la guerrière.

- Oui, les gardiennes sont unies et pour toujours, répond Will. Car même si Cornélia est absente, son esprit est omniprésent et sa force est bien là, ancrée en chacune d'entre elles.

Et Orube pousse les énormes portes pour entrer dans la salle du conseil.


La grande salle du conseil de Kandrakar est circulaire. Une immense baie vitrée donne sur l'extérieur et au loin, Basiliade est visible. Des gradins, tel un amphithéâtre de l'antiquité se dresse au fond de la pièce avec au centre, trois sièges où trônent respectivement Endarno, Himerish et Yan Lin. Le plafond est si haut qu'une brume blanche le recouvre et empêche de voir le sommet. La pièce est d'un blanc immaculé et nacré pur. Sur les gradins, tous les conseillers sont assis, vêtus d'une robe blanche et portant une écharpe à la couleur de son monde. Elyon est présente et fixe les gardiennes qui entre. Elle porte un diadème en argent sur sa tête et son écharpe tissée de vert émeraude et de bleu marine. Les autres portes sont gardées par des guerriers de Basiliade, les bras croisés dans le dos, ils sont impassibles et silencieux. C'est Endarno qui se lève en premier, tiquant en voyant le haut de Irma, suivi par les deux autres sages.

- Gardiennes, nous vous attendions, commence l'homme, nous allons pouvoir commencer.

Will plisse les yeux en remarquant dans la main de l'Oracle, le précieux cœur de Kandrakar prêt à l'usage. C'est avec l'essence même de l'énergie que l'on peut donner ou ôter les pouvoirs d'une gardienne.

- L'Inquisition a été demandée suite aux actes jugés immoraux de la gardienne Irma Lair continu le sage.

Irma ouvre la bouche pour répliquer, mais Taranee lui serre davantage la main et utilise son pouvoir pour chauffer sa peau, juste assez pour ne pas qu'elle parle, pas encore. Dans un procès, chaque prime à son importance et celle ci peut se retourner contre l'individu. C'est ce que sa mère lui a appris.

- Ainsi, Kandrakar t'accuse, Irma, d'avoir abusé de ta maîtrise de l'eau dans le seul but d'ôter la vie d'un humain innocent. Ceci a eu pour répercussions de menacer la vie de la gardienne de la terre Cornélia Hale, ici absente. Tu as également été à l'encontre de nos lois en exposant ton pouvoir et en brisant le secret. Pour cela, moi Endarno, je réclame la sanction suivante, le retrait immédiat de ton pouvoir et ceci pour toujours.

Dans l'assemblée, plusieurs voix s'élèvent pour soutenir la demande du sage. Hay Lin fronce brièvement les sourcils. La partie n'est pas gagnée.

- Irma, reprend Himerish en se levant à son tour, reconnais-tu les faits ?

- Oui, mais je... La gardienne se tait quand Orube lève la main.

- Puis-je prendre la parole au nom de Irma, Oracle ? Demande-t-elle.

L'homme acquiesce et l'invite à parler. Orube fixe un bref instant Irma. Un regard qui en dit long, qui veut dire fais moi confiance, je sais ce que je fais. Irma acquiesce, silencieuse.

- Bien. Reprenons étape par étape. Les faits évoqués par le sage Endarno manquent de précision. Certes, on ne peut nier que Irma a utilisé son pouvoir contre un humain et ceci en dépit du secret. Le nier serait mentir, mais il faut remettre les événements dans leur contexte et surtout, ne pas qualifier l'être humain en question d'innocent. Nous parlons ici d'un assassin qui a tiré sur le père de la gardienne.

Silence dans la grande salle, Yan Lin incline la tête en signe de respect à Tom Lair. Endarno fulmine sans un mot.

- Alors certes, cela ne retire rien à l'acte que Irma a fait, elle sait qu'elle n'aurait pas dû céder ainsi à sa colère, à sa tristesse, mais peut on vraiment la blâmer pour cela ? Elle a perdu son père, d'une façon lâche et injuste. Cet homme, Nathan Hopper, a délibérément tiré sur Tom Lair et a privé une famille d'un mari, d'un père.

- La justice des hommes existe pour ces crimes, Orube rétorque Endarno.

- Oui, mais je vous le demande. À vous tous, sages et conseillers ici présents. Que celui ou celle qui n'aurait pas voulu venger le meurtrier de son parent se lève et accuse Irma. Moi, je ne le ferai pas, car j'ai déjà cédé à mes instincts.

Un silence s'ensuit dans la salle. Personne ne bouge et n'ose aller à l'encontre des proprios de Orube. Celle-ci fixe les conseillers puis les sages. C'est l'honorable Yan Lin qui rompt le silence installé.

- Remercions plutôt Tom Lair pour son dévouement et ce qu'il a fait.

Et elle incline la tête suivie par plusieurs conseillers. Endarno plisse les yeux. C'est un homme juste, mais autoritaire et qui est très stricte sur les règles. Il a toujours vu en Irma un électron libre dangereux, craignant qu'elle dérive comme jadis Nerissa. À cette époque, Endarno étant un jeune conseiller et il pensait que la gardienne au cœur noirci allait revenir vers la lumière. Il culpabilise toujours de la mort de Cassidy.

- Cela ne retire rien au fait que la gardienne de la terre a failli y laisser sa vie.

- Sage Endarno.

La voix de la reine Elyon résonne dans la grande pièce tandis qu'elle se lève. Plusieurs conseillers l'observent, surpris.

- Avec tout le respect que je vous dois, ne parlez pas au nom de Cornélia. Son état l'a empêché de venir, mais pour lui avoir parlé depuis qu'elle est sortie du coma, elle ne tient pas Irma pour responsable. Au contraire, elle ne veut que son innocence, explique la jeune reine de Meridian.

- Vous manquez de neutralité, majesté répond le sage.

- En aucun cas. C'est la vérité, je transmets simplement la parole de la gardienne de la terre et vous le savez.

Les deux individus se fixent sans un mot. Aucun n'oserait remettre en question la parole de la reine. Cette dernière tourne la tête et fixe les gardiennes avant de s'asseoir.

- J'ajouterai que ce n'est pas Irma qui tenait l'arme, conseiller, mais bien encore une fois, l'homme qui a déjà ôté la vie de son père ajoute Orube.

Endarno fronce les sourcils et s'assoit. C'est l'Oracle Himerish qui approche des gardiennes. Il a toujours eu ce regard bienveillant et à la fois mystique, envers elles.

- Ce n'est donc qu'un mauvais concours de circonstances ? Demande-t-il à l'intention de Orube.

- Bien sûr que non. On ne peut pas nier le lien de cause à effet provoqué par les choix de Irma, mais ces choix ne sont pas rationnelles. Ils ont été guidé par des factures traumatisants, accumulés par des événements tragiques. Le déni lié au choc, la colère, la culpabilité et la dépression, ce sont les phases du deuil. La dernière étant l'acceptation et j'ose affirmer que Irma va s'en sortir car elle est soutenue.

- Orube a raison.

Les regards se tournent vers Will qui lâche la main de Irma pour avancer et prendre la parole. Elle était autrefois la détentrice du cœur et même si elle ne peut défendre Irma, on ne la fera pas faire.

- Irma va mieux et vous le savez, vous le voyez quotidiennement. On se sait surveiller, car même si vous nous avez laissé une partie de nos pouvoirs, nous savons que Kandrakar veille à ce qu'on n'en abuse pas et cela est logique. La rousse marque une pause et reprend, mais vous savez aussi que Irma n'a jamais voulu tout ceci. Elle a vécu un traumatisme profond et cherche à s'en sortir. Je... Je me sens responsable de ce qui est arrivé.

- Will... lance Irma.

- Non, Irma, laisse moi parler car c'est la vérité. Avant d'être des gardiennes, vous oubliez que nous sommes des êtres humains. Nous ne sommes pas dénuées de sentiments, d'émotions négatives comme positives. On vit et on ressent les choses. J'ai vu Irma s'écrouler quand elle a appris la mort de son père et je pense que je n'ai pas été assez présente. Alors oui, je pense aussi avoir ma part de responsabilité dans ce qui s'est passé. Si Irma doit être punie, je dois l'être aussi conclut la gardienne du cœur.

- Moi aussi, ajoute Hay Lin, déterminée.

- Nous le sommes toutes termine la gardienne du feu.

Irma ne dit rien, mais ne peut pas s'empêcher de retenir une larme qui coule le long de sa joue. L'amitié avant tout, a toute épreuve et quoiqu'il arrive.

- Oserais-je ajouter, que Kandrakar aussi, vois tous ici présents, vous êtes responsable de ce malheur lance la guerrière de Basiliade, car vous avez vu ce qui se passait, vous avez vu la dépression prendre possession de Irma et vous n'avez rien fait.

Un grondement de contestation se fait entendre de la part des conseillers. La remarque est osée, mais véridique. Elyon expire un soupir, elle se retient de se lever et de tous les envoyer balader avec une réplique cinglante, mais elle sait que cela ne servirait pas ses amies. On lui reproche déjà assez de manquer de neutralité dans l'affaire. La jeune reine passe une main sur son front avant d'ouvrir les yeux, surprise en entendant une voix s'élever.

- Il suffit ! tonne Yan Lin à l'encontre des conseillers avec sévérité.

Une bourrasque de vent, élément à jamais ancrée chez elle comme chez sa petite-fille traverse la pièce et fait s'envoler les paroles des conseillers avec elle.

- Grand-mère... ? C'est peut-etre la première fois que Hay Lin entend sa grand-mère hausser autant le ton.

- Ne soyons pas hypocrites. Orube a entièrement raison tranche la sage en inclinant la tête envers la guerrière qui fait de même.

Un sourire s'étire sur les lèvres de la reine de Meridian qui observe l'assemblée se taire. Ainsi, le silence retombe dans la grande pièce. C'est le dernier acte de ce procès car chaque partie a avancé tous ces arguments ou presque. Orube doit abattre ses dernières cartes et elle est prête.

- Je terminerai par ceci commence la féline, nous avons tous une dette envers les jeunes femmes ici présentes. Tous, sans exception, nous leur devons quelque chose. Elles ont risqué leur vie, celles parfois de leurs proches pour nous aider quand nous en avions besoin et parfois, sans en faire la demande. Alors qui sommes-nous pour juger d'une erreur' ? Qui sommes-nous, je vous le demande répète-t-elle avant de tourner la tête vers Irma, plutôt que de sévir, Kandrakar devrait accompagner ses anciennes gardiennes et les épauler quand elles sont au plus mal. Irma vous a sauvé et ceci plus d'une fois, alors à nous d'agir pour elle et non contre elle, désormais.

La gardienne de l'eau sourit brièvement et incline la tête en guise de remerciement envers Orube. Elle n'aurait pas pu rêver meilleure personne pour la défendre et ceci, qu'importe le verdict.

- Je crois que nous pouvons passer au vote dit l'Oracle.

C'est le moment. Celui qui va décider du destin de Irma et qui peut tout faire basculer. Tel un château de cartes, Kandrakar a le pouvoir de poser la dernière carte sur le plateau ou de tout faire basculer. Himerish fait quelques pas, approche des gardiennes et fixe un instant Will avant de hocher la tête et de se tourner vers le conseil.

- Que ceux qui souhaitent qu'une sanction soit prise à l'encontre de la gardienne de l'eau lèvent la main.

Elyon se retient de lâcher une remarque cinglante quand Luba lève la main. Quelle vipère celle-là, elle ne changera pas. Endarno fait de même. Ils sont finalement peu nombreux, une dizaine tout au plus.

- Que ceux qui souhaitent que les charges à l'encontre de la gardienne de l'eau soient abandonnées lèvent la main dit Himerish tout en levant sa propre main.

Et cette fois, c'est presque toute l'assemblée, Elyon et Yan Lin comprises qui lèvent les mains.

- Spatial ! Lance Hay Lin en sautant sur place.

- Je n'aurai pas dit mieux Hay Lin, en effet, c'est spatial répond Himerish en souriant avant de poser une main sur l'épaule de la brune, Irma, tu es libre.

Irma ouvre la bouche pour répliquer quelque chose, sans doute une remarque ironique comme à son habitude, mais dans l'assemblée, la reine de Meridian est déjà debout et applaudit.

- Merci aux gardiennes dit-elle d'une voix forte.

Orube commence également à applaudir, suivi petit à petit par l'intégralité de l'assemblée. C'est sous une ovation que s'achève ce procès où l'amitié l'emporte sur tout le reste.


Cornélia lutte pour ne pas s'endormir. Il est tard, mais elle veut rester éveillée. Elle veut savoir ce qui va se passer pour sa... Petite-amie. Cette pensée la fait sourire, mais son cœur bat vite, car entre le bonheur ressenti à l'idée de sortir enfin avec la fille qui lui plaît depuis toujours, il y a l'angoisse de ne plus la voir. La jeune femme guette son téléphone, espérant un appel et une bonne nouvelle. Elle soupire, passe une main dans ses cheveux avant de soulever lentement son haut pour observer la cicatrice à l'abdomen. Elle est fine, mais elle restera, tant pis. Même en maillot de bain, on la verra alors si on lui demande comment elle s'est fait cela, elle prétendra avoir été attaquée par un tigre durant un reportage en Asie. C'est crédible ? Absolument pas, mais qu'importe. Et son téléphone vibre. Cornélia le saisit rapidement et répond, parlant à voix basse pour ne pas réveillée sa sœur et ses parents.

- Irma !

- Libre et ovationnée, j'imagine que même Karmilla n'a jamais été aussi applaudie de toute sa carrière lance la brune, euphorique.

- Quoi ? Tu... Vraiment ? Et Cornélia se met à sourire un peu plus.

- Vraiment. J'ai été acquittée. Aucune charge n'a été retenue. C'est grâce aux filles, à Orube et aussi à Elyon.

Irma marque une pause. Elle n'a pas voulu dire à ses amies pour Cornélia et elle, pas encore car elle a promis à sa belle d'aller à son rythme et elle ne tient pas à la brusquer. Elle fait donc attention à ce qu'on ne l'écoute pas.

- Et grâce à toi aussi, tu étais là, avec moi, du début à la fin, dans mon cœur alors... Merci ajoute la jeune femme.

- Je suis si soulagée, tu ne peux pas savoir !

- Et moi donc !

Elles se mettent à rire en même temps et Irma se laisse tomber sur le lit de sa chambre. Elles sont rentrées depuis quelques minutes déjà.

- J'aimerai être avoir toi, à cet instant dit cette-dernière.

- Moi aussi. Demain, journée hôpital, mais après, ça devrait aller. Alors, on se verra ? Demande la blonde en s'allongeant aussi sur son lit.

- Oui. J'ai hâte.

- Idem.

Silence, un instant. Juste assez pour se connecter l'une à l'autre malgré la distance, l'eau et la terre, comme une évidence.

- Allez, je te laisse, prends soin de toi Corny et dors bien dit Irma en se redressant.

- Je ne fais que ça, dormir. Si ça se trouve, je ne vais pas me réveiller rétorque l'intéressée.

- Alors je viendrai sur mon cheval blanc pour t'embrasser, comme dans les contes. Cornélia au bois dormant, ça sonne pas si mal.

- Toi, sur un cheval ? J'aimerai bien voir ça dit la blonde dans un rire, mais oui, je vais me coucher. Je suis vraiment heureuse pour toi, pour nous alors prends soin de toi aussi et à très vite.


Une fois la communication terminée, Irma sort de sa chambre. Il a beau être presque trois heures du matin, personne ne dort. Hay Lin sort les derniers packs de bière et Orube fait réchauffer des pizzas. Taranee prépare un jus d'orange pour Will qui discute avec Matt au téléphone pour lui expliquer. La gardienne de l'eau approche des filles dans la cuisine ouverte.

- Je peux aider ?

- Non, ça va être bon répond Orube. On va pouvoir trinquer.

- Parfait répond la brune en prenant une bière.

Irma tire sur la porte coulissante qui donne sur le balcon. Elle pose sa bière sur le rebord après l'avoir ouverte et allume une cigarette. La jeune femme tire une longue et première taffe avant de siroter une gorgée. Elle observe le ciel étoilé qui brille au dessus de la ville. C'est un sentiment étrange qui prend possession d'elle. À la fois soulagée et anxieuse. Soulagée d'avoir été acquittée, mais aussi heureuse de ce final, de cette ovation et surtout, de se savoir soutenue par ses amies. Irma regrette de les avoir ignoré et mise à l'écart aussi longtemps. Les phases du deuil, disait Orube ? La guerrière a étudié la question et elle a entièrement raison. Après le déni, la colère, la culpabilité et la dépression, vient l'acceptation et c'est ce qu'elle traverse actuellement. Mais Irma est aussi anxieuse. Oui, anxieuse car elle ne veut pas faire souffrir Cornélia dans cette relation, elle a déjà failli la perdre. Elle veut être heureuse avec elle, elle veut la rendre heureuse et la jeune femme sait qu'elle a un caractère imbuvable quand elle veut. Anxieuse aussi, vis à vis de l'offre reçue par Alice Sharp. Irma n'y pensait pas jusque là, car il y avait Kandrakar et la crainte de finir elle ne sait pas où, mais maintenant que ce chapitre est terminé, elle peut y réfléchir. Elle, policière ? Au service de la brigade des renseignements criminelles ? La brune sait très bien qu'elle ne comptait pas continuer sa formation actuelle, mais changer ainsi de voie ? Les questions se bousculent et c'est une voiture qui se gare dans le parking, quelques étages plus bas qui la sort de sa songerie. Irma fronce les sourcils en reconnaissant le visage du conducteur qui sort, l'air furibond. Des cheveux mi-longs bruns, attachés en une queue de cheval, aucun doute possible. Nigel Ashcroft.

- Ce petit merdeux crache Irma en écrasant sa cigarette non terminée dans le cendrier.

Et tandis qu'elle retourne dans la pièce à vivre, on sonne déjà à la porte. Hay Lin approche.

- Non, je m'en occupe, je sais qui c'est dit-elle en ouvrant.

- Salut, Tara est là ? Demande le jeune homme.

Nigel a beau faire une tête de plus qu'elle, Irma s'en moque. Elle hausse un sourcil et croise les bras contre sa poitrine.

- Va savoir. Elle doit te rendre des comptes ?

- Elle ne me répond pas, je suis inquiet dit-il, agacé.

- Peut-être qu'elle ne veut pas te répondre le corrige-t-elle.

- De quoi tu te mêles ? Laisse moi passer, Tara !

Nigel avance, mais Irma le repousse. L'échange devient plus virulent et le ton monte rapidement, si bien que Taranee approche en reconnaissant la voix de son petit-ami.

- Nigel, mais qu'est-ce que tu fais là ? Je t'ai dit que je ne rentrerai pas ce soir, que j'étais avec les filles explique la gardienne du feu.

- Viens, on rentre Tara.

Déjà, l'homme lui saisit le poignet et la tire hors de l'appartement sous le regard médusé de Irma.

- Aïe, attends Nigel, tu me fais mal, lâche-moi se plaint la jeune femme.

- Tu te rends compte que j'étais mort d'inquiétude ? J'ai appelé tes parents, ton frère, je suis venu ici deux fois, mais il n'y avait personne !

- Elle t'a dit de la lâcher pauvre tâche ! T'es sourd en plus d'être débile ? Tonne Irma en les suivant dans la cage d'escaliers.

Celle-ci déjà, saisit Nigel par le col et le menace de son poing fermé. Taranee s'interpose. Il est hors de question que son amie soit à nouveau dans l'embarra et cède à ses nerfs. Elle connaît aussi Nigel et il peut devenir violent, très violent même, quand il s'y met.

- Irma, ça va, je vais y aller, Nigel a raison, je... Il se fait tard et j'ai abusé, excuse-moi mon cœur, on y va, je viendrai récupérer mon sac demain.

- Tara... Commence Irma, mais déjà, Nigel s'enfonce avec sa petite-amie dans le couloir.

La gardienne de l'eau soupire, les mains sur les hanches. Elle jure entre ses dents. Elle n'aime et n'aimera jamais ce gars, c'est définitif. Elle sent que quelque chose ne va pas dans ce couple, mais elle ignore quoi. Elle devrait peut-etre les suivre, elle fait un pas en avant, mais déjà, la voix de Hay Lin se fait entendre.

- Tout va bien ? Demande son amie.

Que faire ? Lui en parler ? Ce n'est pas un secret, car pour tout le monde a déjà conseillé à Taranee de laisser Nigel, mais elle retourne à chaque fois dans ses bras, cependant, ce soir, Irma n'a pas envie de lutter. Elle soupire et retourne dans l'appartement.

- Je ne comprends pas Tara... Elle cède toujours à ce crétin lâche Irma, agacée avant de retourner boire sa bière, sur les nerfs.

Et Nigel démarre le moteur rapidement, énervé. Taranee se tient à côté de lui, silencieuse. Elle se mord la joue pour ne rien dire et serre les poings tandis que le jeune homme recule pour faire une marche arrière et sortir du parking.

- T'es vraiment une sale menteuse, tu continues de me mentir et moi, je suis toujours le bon prince qui te cherche, j'en ai marre crache-t-il.

- Nigel, ce n'est pas...

Et il freine brusquement, surprenant Taranee qui sent la ceinture de sécurité contre sa poitrine. Elle lâche un cri de surprise avant que Nigel se tourne vers elle et lui saisisse la gorge de sa main. Une gorge qu'il serre et serre encore, le regard haineux. Taranee sent qu'elle manque rapidement d'air et que les larmes lui montent aux yeux.

- La ferme. Je te jure Taranee, ça va très mal finir pour toi si tu ne te tais pas ici et maintenant.

La jeune femme sent son pouvoir qui ne demande qu'à se manifester, mais elle n'en fait rien. Elle acquiesce en silence, mais Nigel maintient la pression.

- Tu vas arrêter de voir ces pétasses à partir de ce soir. J'ai été trop gentil avec toi, elles ont une mauvaise influence sur toi, alors stop. En rentrant, je prends ton téléphone.

Enfin, le garçon la relâche, permettant à Taranee de reprendre sa respiration. Elle tousse à plusieurs reprises.

- Nigel, s'il te...

Trop tard. Nigel écrase déjà du dos de sa main le visage de sa petite-amie qui se cogne la tête contre la vitre. Il ne la regarde même pas, reprend la route pour avancer.

- J'ai dit la ferme.

Taranee ne dit plus rien, sent sa tête qui lui fait mal, mais surtout, quelque chose de chaud qui coule de son nez. Elle porte sa main à ses narines et constate qu'elle saigne. Son sang s'écoule sous les coups de son petit-ami et ce n'est pas la première fois.