Chapitre 14 : Soupçons et rage

Le vendredi était arrivé assez vite. Les Serpentards s'étaient définitivement retrouvés et Drago passait une grande partie de son temps avec eux, excepté lorsqu'il avait besoin de se retrouver seul. Dans ces moments-là, le blond se rendait au bord du lac ou bien en haut de la Tour d'Astronomie. Il avait régulièrement besoin de se vider la tête, d'être au calme.

Dans l'ensemble, les cours se passaient bien pour les élèves de septième année. Ils reprenaient un rythme normal après les perturbations qu'ils avaient subis à cause de la Guerre. Seuls les cours où les deux Préfets-en-Chef devaient travailler ensemble venaient perturber l'ambiance paisible de travail qui s'était installée dans le château. Ils ne parvenaient pas à travailler tous les deux sans hausser le ton, s'énerver, ou simplement ignorer définitivement l'autre.

Drago et Hermione formaient le seul binôme qui ne s'entendait absolument pas. Les autres parvenaient à maintenir un respect mutuel, afin d'éviter que leurs professeurs ne leur retirent des points. Les deux dernières heures de potions avaient valu vingt points en moins à Drago et Hermione, qui en étaient arrivés aux baguettes, avant que leur professeur n'intervienne. En ce qui concernait les autres, Harry et Ron avaient commencé à discuter de plus en plus cordialement avec leurs binômes, Parkinson et Zabini. Ils commençaient petit à petit à se défaire de l'animosité qu'ils entretenaient par le passé, pour se diriger doucement vers ce qui pourrait être de l'amitié. Harry avait même commencé à amorcer l'idée de la soirée avec Pansy.

Parallèlement, Harry et Hermione s'étaient penchés sur l'idée de faire des recherches sur leurs ancêtres. Cependant, ils n'avaient jamais vraiment pu approfondir, car étaient souvent interrompus par Ron lorsqu'ils se voyaient à la Bibliothèque. Lorsqu'il venait les rejoindre, le rouquin paraissait suspicieux, presque méfiant, mais se gardait toujours de leur faire la moindre remarque, ce qui rendait Hermione inquiète de voir un tel comportement chez son meilleur ami.

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Drago avait profité de sa matinée de libre pour se réfugier au bord du Lac. Il commençait à prendre l'habitude de retrouver ce petit coin, où il était toujours au calme, afin de lire ou simplement se reposer. Si ses amis avaient décidé d'en profiter pour faire une grasse matinée, Drago n'étant pas un grand dormeur, s'était contrairement à eux réveillé à l'aube pour rejoindre le parc. Il ne voulait pas se reposer, mais travailler. En effet, comme pour les élèves de Gryffondor, le professeur Weasley leur avait demandé de s'entraîner à lancer les sorts avec lesquels ils avaient des difficultés. Drago n'avait jamais eu de problème dans cette matière, il était plutôt bon, se débrouillait très bien avec les informulés et connaissait parfaitement chacun des sorts proposés. Sauf l'un d'entre eux, le Patronus.

Il n'avait jamais réussi à en créer. Rien ne sortait jamais de sa baguette. Pas la moindre étincelle. Il ne le supportait pas et n'avait jamais accepté l'échec, bien que son professeur ait essayé de le convaincre que tous les sorciers ne parvenaient pas à créer un Patronus.

Il s'était donc résigné ce matin-là, à s'entraîner jusqu'à créer ne serait-ce qu'une étincelle. Debout face au lac, il se concentrait sur la moindre parcelle de joie et de bonheur qu'il pouvait capter au fin fond de sa mémoire. Mais rien ne venait, il était trop hanté par le Mal. Malgré son talent pour l'Occlumancie, il ne parvenait pas à dépasser son mal-être intérieur, ni à l'enfermer dans un coin de sa tête.

Après plusieurs heures consécutives de travail acharné, il cessa ses efforts vains et se dirigea vers le château pour retourner dans ses appartements. Il lui restait à finir le travail de Potions que le professeur Slughorn leur avait donné à Granger et lui, pour leur mauvais comportement du dernier cours.

Quels sont les effets de la Potion de Paix, quels sont les risques et les détails de la préparation ?

Ce professeur avait le don d'énerver Drago avec ses punitions qu'il jugeait complètement idiotes. Il ne le supportait pas et préférait largement son parrain pour lui enseigner cette matière, plutôt que cet idiot aveuglé par sa quête de pouvoir et de célébrité. Severus lui manquait. Son parrain lui manquait et depuis qu'il le savait en vie, il attendait avec une grande impatience de pouvoir le retrouver. Il était même allé jusqu'à demander à la directrice s'il pouvait se rendre à Sainte-Mangouste, mais elle avait refusé. D'après elle, l'hôpital sorcier ne recevait comme visiteurs que la famille proche, ou une liste donnée par le malade, ce que son parrain n'avait pas fait.

Il se retrouvait donc allongé sur son lit, un livre à la main. Il ne voulait pas être dérangé par Granger en restant dans le séjour, bien qu'elle soit en cours pour le moment. Contrairement à lui, la jeune femme avait un emploi du temps plutôt chargé le vendredi, ce qui lui convenait très bien. Il avait d'ailleurs proposé à ses amis de venir visiter l'appartement l'après-midi, pendant leur heure de libre. Après tout, Granger l'avait fait, n'est-ce pas ?

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Le cours de Botanique venait de se terminer et après avoir rempoté des petits plants de Prune Dirigeables, le Trio d'or sortit enfin de la serre numéro quatre. Ils avaient décidé la veille de profiter de leur temps libre pour aller à la Bibliothèque, mais Ron avait refusé. Harry et Hermione n'en avaient pas été particulièrement déçus, mais plutôt heureux d'enfin se trouver un moment seul, afin de commencer leurs recherches. Ron venait de les quitter lorsque Hermione prit la parole.

- Tu ne trouves pas qu'il a un comportement étrange depuis la rentrée ?

- C'est Ron, sois plus précise.

- Quand il nous rejoint, il paraît toujours suspicieux, comme s'il cherchait à savoir quelque chose, ou qu'il savait déjà quelque chose.

- Tu crois qu'il a compris ? s'enquit Harry d'un air perplexe.

- Aucune idée. Mais chaque fois qu'il agit bizarrement, j'ai l'impression qu'il nous en veut, voire qu'il pense que nous lui cachons quelque chose.

- Il n'a pas vraiment tort, nous devrions peut-être lui dire, il a le droit de le savoir.

- Je trouve que c'est trop tôt, je préfèrerais que nous nous laissions encore du temps, pour être sûrs que-

Ron n'avait pas entendu la suite, il s'était caché pour les suivre et essayer d'entendre quelque chose. Mais il en avait bien assez entendu. Le jeune homme n'en revenait pas, comment avaient-ils pu lui cacher cela ? Hermione et Harry ? Il avait arrêté de les suivre dès qu'il avait compris, il ne pouvait et ne voulait pas en entendre plus.

Certes, Hermione et lui n'étaient plus ensemble, mais elle était apparemment vite passée à autre chose. Comment Harry avait-il pu faire ça ? Son meilleur ami ! Il ne lui avait rien dit. Il savait parfaitement que Ron venait de se séparer de la jeune femme, mais il n'en avait rien à faire. Il avait fait semblant tout ce temps. Dès qu'elle avait été de nouveau célibataire et qu'il avait su que Ron n'éprouvait que de l'amitié pour Hermione, il avait saisi sa chance. Il n'en revenait toujours pas, cela faisait depuis la rentrée qu'il les voyait ensemble, sans lui, à discuter en cachette, à se voir tous les deux. Ils le dégoûtaient.

Depuis quand faisaient-ils ça dans son dos ? Et Ginny ? Harry faisait-il semblant avec elle aussi ? Lui qui croyait qu'ils étaient amoureux. Foutaises ! Ce n'était qu'un connard qui trompait sa sœur.

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- Tu as trouvé quelque chose ?

- Non, je pense que nous ne trouverons rien ici, sauf peut-être dans les archives où les élèves de Poudlard sont répertoriés, mais seules Pince et McGonagall y ont accès. Il faut une demande particulière pour pouvoir les lire, soupira Hermione d'un ton désespéré.

- Mais tu es Préfet-en-Chef, tu devrais pouvoir faire la demande, non ?

- Tu as raison, mais il faudrait que je leur explique pourquoi et je ne suis pas certaine que ça soit une bonne idée.

- Pas faux, souffla-t-il. Qu'est-ce qu'on fait alors ? Nous n'allons pas rester les bras croisés en attendant que Rogue revienne pour comprendre toute cette histoire, s'exaspéra-t-il.

- Je suis d'accord avec toi, mais j'ai regardé dans tous les ouvrages susceptibles de nous aider et aucun de ceux-là ne renferme quoi que ce soit d'intéressant… Il n'y a que des livres sur les grandes familles de Sang-Purs, et même si les Potter font partie des premières, ils ne font pas partie des Vingt-Huit.

- Les Vingt-Huit ?

- Les Vingt-Huit familles de Sang-Pur, du Registre. L'aristocratie des sorciers si tu préfères. Les Malefoy en font partie par exemple. Mais pas les Potter, d'après ce que j'ai lu, notre ancêtre n'aurait pas voulu en faire partie.

- Il a bien fait, répliqua-t-il.

- En effet, pouffa-t-elle. En tout cas, nous ne trouverons rien ici, c'est certain.

Harry laissa tomber sa tête sur la table et Hermione ferma le dernier livre qu'elle était allée chercher. Ils étaient dépités de devoir attendre si longtemps pour avoir plus d'informations sur leur fraternité. Ils avaient fini par accepter l'idée qu'ils étaient frère et sœur, car ils n'avaient trouvé aucune raison qu'un tiers ait créé une fausse lettre pour Hermione. Ils étaient convaincus, mais n'en savaient pas assez à leur goût. Loin de là.

- Hermione ?

- Hum, grogna-t-elle toujours plongée dans ses pensées.

- Je viens de me rendre compte de quelque chose, tu sais que les Dursleys sont aussi ton oncle et ta tante, railla-t-il.

- Merlin, tu as raison, quelle horreur ! Heureusement que je ne les ai jamais connus.

- Ils ne sont pas morts et je te signale que moi j'ai passé toute mon enfance avec eux, contrairement à toi, ricana-t-il en grimaçant.

- C'est vrai, excuse-moi. Simplement, je me réjouis du fait de ne pas les avoir rencontrés, pour l'instant en tout cas.

- Tu sais, je suis retourné les voir cet été.

- Ah ? Et comment ça s'est passé ? s'enquit-elle intriguée.

- Plutôt bien en fait, seul Vernon a été désagréable. Il m'en veut toujours. Les deux autres sont presque reconnaissants. Dudley n'a rien contre moi, d'après ce que j'ai compris, il a été plutôt gentil. Je ne l'avais jamais vu comme ça, même s'il n'a pas grand-chose dans le crâne, il m'a fait comprendre qu'il ne m'en voulait pas. Quant à notre chère tante Pétunia, avant de partir l'an dernier, elle m'avait dit qu'elle comprenait la situation, et qu'elle avait toujours été très peinée par la mort de Lily. Je ne comprends pas vraiment pourquoi me l'avoir dit à ce moment-là d'ailleurs, mais peu importe. Je dirais qu'elle a été, disons, aimable avec moi. Nous avons beaucoup discuté et j'ai pu tout leur expliquer. Je crois que c'était une sorte d'au revoir. Bien sûr, je pense que nous nous reverrons. Un jour du moins. Mais c'était une façon de tourner la page, enfin je crois. Dudley m'a demandé de garder leur adresse et je leur ai donné celle du Square Grimmaurd, au cas où nous voudrions échanger.

- Et, ça t'a fait du bien de faire ça, je me trompe ?

- Non, tu as raison, ça m'a fait presque plaisir de les voir. J'étais rassuré à l'idée qu'ils aillent bien, même s'ils ont été d'horribles tuteurs pendant mon enfance. Bizarrement, je ne leur en veux pas, s'ils ne m'avaient pas gardé sous leur toit, je serais très probablement mort à l'heure qu'il est, alors...

- Je suis contente de l'entendre, Harry, sourit-elle. Je ne sais pas si je les rencontrerai un jour, mais si de ton côté tu as fait la paix avec eux, c'est ce qui compte. Tu penses qu'ils sont au courant pour moi ?

- Non, je ne pense pas. Je crois qu'ils s'en moquaient de connaître la descendance de Maman. Enfin c'était le cas avant de me trouver sur leur palier il y a dix-sept ans. En plus, je pense que l'Ordre n'a pas dévoilé le fait que notre mère attendait des jumeaux, principalement pour nous protéger. Sinon le monde entier serait au courant. Les Dursleys n'auraient trouvé aucun intérêt à le savoir, à l'époque.

- Tu sais, ça me fait toujours bizarre que tu dises Maman, même si j'ai réussi à m'en convaincre, c'est toujours étrange de me dire que nous partageons ça. Même si tu ne l'as pas connue non plus et que je considère les Granger comme mes parents. Tu l'as toujours considérée comme ta mère, ce qui n'est pas mon cas, alors c'est vrai que c'est étrange.

- C'est normal, je ne m'attends pas à ce que tu l'appelles Maman, mais j'ai pris cette habitude, répondit-il en haussant les épaules.

- Ne t'inquiètes pas Harry, je n'ai aucun problème avec ça. Je vais finir par m'y habituer, continua-t-elle en posant une main sur son avant-bras avec un sourire bienveillant.

Harry lui répondit avec un sourire timide. Ils ne restèrent pas plus longtemps à la Bibliothèque, n'ayant rien trouvé et se contentèrent d'aller déjeuner quand l'heure fut venue.

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Le groupe de Serpentard avait enfin une heure de libre après deux ennuyantes heures d'Histoire de la Magie. Ils s'étaient donc échappés en vitesse de la salle de classe quand le cours s'était terminé, afin de rejoindre l'appartement que Drago partageait avec Hermione Granger.

- Accipere intellectum, lança Drago, avant de pénétrer dans le séjour.

- C'est quoi ce mot de passe débile ? se moqua Pansy en suivant le blond.

- J'avoue que ce n'est pas terrible, tu sais ce que ça veut dire Drago ?

- Je ne pense pas, mais je suppose que tu vas nous le dire mon cher Théo, plaisanta Blaise.

- Oui, répondit-il en toussotant dans son poing pour cacher sa gêne et dissimuler ses joues rouges. Cela signifie, "à comprendre".

- Pardon ? intervint Drago.

- "A comprendre", répéta-t-il.

- Non, mais j'avais compris, mais pourquoi avoir choisi ça ? McGonagall est devenue encore plus folle que je ne le craignais, railla-t-il en levant les yeux au ciel.

- Pas étonnant, elle ne doit pas être beaucoup plus jeune que l'était Dumbledore. Tu nous fais visiter, Blondie ? demanda Blaise en ricanant.

- Ne m'appelle pas comme ça, grogna Drago. Bon, comme vous devez l'avoir deviné, nous sommes dans le salon, au fond il y a une porte pour chacune de nos chambres et pour la salle de bain. Ce n'est pas compliqué.

- Pas mal, pas mal. J'ai envie de rester ici le plus longtemps possible, qu'en pensez-vous ? s'exclama Pansy avec un sourire en coin, en s'avachissant sur l'un des fauteuils.

- Si vous voulez, nous serons tranquilles de toute façon, Miss-je-sais-tout ne viendra pas nous déranger.

Les garçons suivirent Pansy dans les différents fauteuils et ils commencèrent à discuter. Se retrouver tous ici, ensemble, leur faisait un bien fou. Drago n'était pas encore retourné dans leur Salle Commune et ils ne se voyaient qu'à l'extérieur, ou parfois à la bibliothèque, ce qui ne leur permettait que rarement d'être au calme, ou de pouvoir s'exprimer à leur guise. Être dans un endroit sans bruit et au chaud, n'était donc pas de refus.

- Potter m'a parlé d'un truc hier. Ils veulent organiser une soirée ici et ils voudraient que nous venions tous les quatre, annonça Pansy.

- On parle d'Harry Potter ? Celui qui a vaincu Tu-Sais-Qui et ses Mangemorts, dont nous faisions en quelque sorte partie ? Tu te fous de moi, ou il a reçu un Oubliettes et ne se souvient pas que nous n'étions absolument pas dans le bon camp ?

- Je t'assure que non, Blaise. Il me l'a vraiment proposé. Mais tu sais nous avons pas mal discuté avec Potter, et il avait l'air sérieux. Il m'a dit vouloir faire la paix avec nous et repartir sur de nouvelles bases. Si ça ne marche pas, tant pis, mais autant essayer de s'entendre. Vos binômes ne vous en ont pas parlé ?

- Personnellement, je suis avec Londubat et nous ne parlons pas vraiment, si ce n'est pour le cours, répondit Théodore.

- Weasley n'a rien dit non plus, même si pour le coup nous avons déjà discuté. Il n'est pas aussi débile que ce que je pensais. Il m'a l'air plutôt drôle à vrai dire. Nous n'avons pas beaucoup parlé, mais du peu que j'ai vu, il est assez différent de ce que nous nous sommes acharnés à penser ces dernières années. Et toi Drago ?

- Granger m'en a parlé, oui. Mais j'ai directement dit non. Franchement quelle idée de merde ! Sérieusement, vous nous voyez vraiment sympathiser avec eux ?

Il y eut alors un grand silence. Les trois autres tentaient de se soustraire à son regard inquisiteur, tentant de faire croire qu'ils observaient les détails du séjour. Pansy paraissait particulièrement intéressée par ses ongles. C'était clair.

- Vous n'êtes pas sérieux ?! se lamenta-t-il.

- N'en fais pas tout un plat, Drago ! Sérieusement, ne fais pas le gamin. Ils ont peut-être raison, nous nous sommes toujours fait la guerre et c'était principalement à cause des idioties quotidiennes que nous disaient nos parents. Puis après, à cause du Seigneur des Ténèbres. Mais soyons honnêtes deux minutes, s'il n'y avait pas eu tout ça, nous aurions pu être amis. Nous n'avons rien à perdre, ils veulent juste essayer de passer à autre chose. Ils n'ont pas tort. D'ailleurs, ils ne sont pas si différents de nous, tu sais. Théo et Granger sont tous deux des passionnés des cours et des livres, Blaise et Weasley sont constamment en train de dire des connerie, quant à Potter et moi, nous nous entendons plutôt bien, nous avons discuté hier et c'était sympa...

- Potter ? Sympa ? Mais tu es tombée sur la tête, ma pauvre. Je ne sais pas ce qu'il vous arrive, franchement. Il est hors de question que je vienne à cette foutue soirée. Faites comme bon vous semble, si vous voulez être amis avec ceux qui étaient nos ennemis il y a encore quatre mois. Mais je ne participerais pas à ces conneries, lâcha-t-il dédaigneusement.

- Non mais tu t'entends parler, Drago Malefoy ?! Tu dis constamment que notre erreur a été de suivre nos idiots de parents, voire toi pour certaines choses, lors de l'ascension du Seigneur des Ténèbres, mais tu es en train de donner les mêmes arguments que ceux que tu dis répugner, répliqua Pansy avec verve, les sourcils froncés et le regard sévère. Nos ennemis ? Mais enfin Drago, s'ils l'ont été c'est de notre faute, et ce ne sera plus le cas si nous faisons l'effort de nous entendre avec eux. Ils ne sont pas méchants. Rappelle-toi, c'est eux les gentils dans l'histoire, et pas le contraire. Il faut qu'ils comprennent qui nous sommes vraiment, que nous ne sommes pas les montres que nous devions être pendant la guerre. Ils nous proposent eux-mêmes cette soirée, c'est qu'ils ne nous considèrent pas comme d'affreux Mangemorts. Mais si tu continues avec cette idéologie-là, ils le penseront, c'est certain. Nous ne sommes pas idiots, évidement que ça va être compliqué, gênant, tout ce que tu veux, mais avec ce raisonnement-là, tu ne seras jamais vu autrement que comme le Malefoy Mangemort que certains connaissent ! Nous avons d'ailleurs de la chance qu'ils soient parmi les seuls à connaître le rôle que nous avions pendant la Guerre, sinon crois-moi tu ne passerais pas un si bon séjour à Poudlard. Pourtant, ils nous ont proposé ça, alors qu'ils savent. Certes, dès le début nous ne nous sommes pas entendus, mais aujourd'hui nous avons la possibilité de régler tout cela, et peut-être même de nous faire de nouveaux amis. Ce qui nous a divisés c'est l'idéologie de nos parents et du Seigneur des Ténèbres. Alors arrête un peu de jouer au connard. Je te connais, nous te connaissons tous les trois, et ce n'est pas toi, Drago. Ce n'est pas toi de jouer au méchant. Alors cesse, merde ! s'emporta-t-elle.

Un silence suivit le long discours de la brune, personne n'osait se parler. Drago s'était levé les poings serrés et faisait face à l'une des grandes fenêtres du séjour.

- Elle a raison, mec, ne joue pas à plus idiot que tu ne l'es déjà, s'il te plaît. Viens avec nous, participes, nous verrons bien la tournure que ça prendra. Il faut leur montrer qui nous sommes vraiment, leur prouver que nous avons fait des erreurs, que le camp que nous avons choisi ne définit pas qui nous sommes, dit Blaise. Que nous voulons nous rattraper, expier nos erreurs.

Le blond ne bougea pas, il resta obstinément dos à ses amis, pour qu'ils ne comprennent pas le combat qu'il se passait dans sa tête. Drago ne voulait pas se rattraper. Pourquoi le ferait-il ? Qu'est-ce qu'ils avaient tous à vouloir qu'il le fasse ? Il était un Mangemort et cela ne changerait pas en allant à une foutue soirée avec ceux qui avaient été dans le bon camp, au bon moment. Pourquoi s'acharnaient-ils tous à vouloir qu'il se fasse pardonner ?

- Je serai là. Mais n'espérez pas que je participe, que je m'excuse ou quoi que ce soit d'autre. Si je fais ça c'est pour vous. Je les déteste, ils me détestent et ça ne changera pas.

Il quitta l'appartement, laissant les autres sans un mot de plus. Ils se regardèrent d'un air désolé, tristes de voir leur ami avoir un tel état de conscience.

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Il s'était dirigé directement vers le lac. Il ne croiserait personne à une heure pareille et pourrait expulser toute sa furie là-bas. Dès son arrivée, sa baguette se déchaîna. Il lançait tous les sorts qui lui venaient à l'esprit en direction de l'eau. Aucun d'entre eux ne touchait quoi que ce soit, ce n'était pas son but. Mais grâce à cela, il parvint à calmer le surplus d'émotions contradictoires qu'il ressentait.

Au bout d'une vingtaine de sorts, il parvint à s'asseoir, bouillonnant malgré tout encore de colère, même s'il n'avait plus la force de la déverser. Il n'avait plus de force du tout. Il devait se calmer, avant de retourner en cours. Il n'avait pas n'importe quel cours, mais Potions avec ceux qui l'avaient mis dans un cet état, les Bouffonsdors comme il aimait tant les appeler. L'idée de devoir partager un autre cours avec Granger en sortant tout juste de l'une phase colérique ne l'enchantait guère. Il allait devoir se contenir pour ne pas risquer de déborder à nouveau. Il devait maîtriser ses émotions, remettre le masque d'indifférence dont il avait tant l'habitude.

Après quelques instants à s'être forcé de respirer lentement pour se calmer, il se leva enfin et prit la direction des cachots pour rejoindre son cours.

Ils étaient tous déjà là. Drago ne regarda nullement ses amis, bien qu'il ait aperçu les regards inquiets qu'ils lui lançaient, et se dirigea directement vers la porte que venait d'ouvrir Slughorn, s'asseyant ensuite au premier rang. Il sortit ses affaires et baissa les yeux vers son livre en attendant que le professeur daigne commencer son cours. Il n'entendit même pas Granger se placer à ses côtés tant il était plongé dans ses pensées. Seule la voix couinante de son professeur le fit émerger.

- Bien, ouvrez vos livres page 394, nous allons continuer aujourd'hui sur le thème de la mémoire, après les deux heures de théorie d'hier. Qui peut me parler d'une autre potion sur le thème de la mémoire ? Oui, Monsieur Malefoy ? dit-il sans cacher son étonnement, de le voir lever la main.

- La potion d'Amnésie et la potion d'Amnésie poussée, proposa-t-il de sa voix traînante.

- Exactement, dix points pour Serpentard. Je vois que vous nous avez caché l'un de vos talents, mon cher. Cela étant dit, nous allons aujourd'hui nous intéresser à la potion d'Amnésie poussée. Votre objectif aujourd'hui est encore une fois de m'en préparer une avec votre binôme, vous viendrez bien évidemment en déposer un échantillon lorsque vous aurez terminé.

La classe, dont les élèves avaient tous perdu leur langue après l'intervention de Malefoy – ce qui n'avait jamais eu lieu auparavant - se mit directement en action, après avoir vu Malefoy se lever pour récupérer les ingrédients. Lorsqu'il revint à son pupitre, Hermione ne put s'empêcher de demander :

- Tu as triché, n'est-ce pas ? Je pourrais te dénoncer tu sais.

- Ah bon ? Tu crois ça ? maugréa-t-il. Il n'y a pas que toi qui connais des choses Granger, cesse de penser que tu es la seule élève qui travaille un minimum. Alors non, je n'ai pas triché, je suis juste imbattable en Potions, enchaîna-t-il avec un rictus prétentieux.

- Hum. Ce n'est pas parce que tu as donné une bonne réponse, que tu es imbattable. Cesse de penser que tu es au-dessus de tout et tout le monde. De plus, ta réponse n'était pas difficile à trouver, je suis certaine que la plupart des élèves la connaissait.

- Mais bien-sûr, je n'en doute pas, railla-t-il. D'ailleurs c'est pour cela que j'ai été le seul à lever la main. Mais tu veux peut-être leur demander ? Je suis certain qu'ils se feront un plaisir de mentir pour se foutre de moi. Bien, ajouta-t-il en voyant que sa camarade lui lançait un regard noir en guise de réponse, maintenant, que tu as reconnu que j'avais, comme d'habitude raison, dépêche-toi de couper les brins de Vélane. Je ne vais pas tout faire, ni attendre que tu daignes enfin travailler, gronda-t-il avec un air mauvais.

- Ferme-la, je sais ce que je dois faire, répondit-elle en se reconcentrant sur la recette de son livre et en attrapant les brins en question.

- Mais bien sûr, Granger. J'avais oublié que tu savais tout.

Elle ne releva pas le fait qu'il ait, encore une fois, levé les yeux au ciel pour la provoquer et s'activa. Elle ne voulait pas entrer dans son jeu. Pourtant son talent pour les potions, qu'il n'avait jamais révélé, l'intriguait. Même lorsque Rogue leur enseignait cette matière, il ne participait pas. Mais cette fois-ci, et en moins d'une semaine de cours, il participait plusieurs fois. Il donnait des réponses excellentes, que personne n'aurait su donner, sauf peut-être Hermione.

En le regardant de plus près, elle remarquait la concentration dont il usait pour préparer sa potion. Il ne lâchait pas les ingrédients et le chaudron des yeux, et ne regardait même pas son livre pour se guider le long de la préparation. Il connaissait la recette sur le bout des doigts.

Il se permettait même de faire des remarques condescendantes à Hermione, sur le fait qu'elle coupait ou écrasait de la mauvaise manière les ingrédients. Il dirigeait parfaitement les opérations. La brune n'avait rien à lui redire, car il ne se trompait pas et donnait même de bons conseils, au grand malheur de la jeune femme, qui ne pouvait en rien le contredire.

En réalité, le fait qu'il étale ses connaissances, non sans condescendance, rassurait quelque peu Hermione sur le personnage qu'elle avait en face d'elle. Elle avait plus de mal à le détester lorsqu'elle voyait la passion qui l'animait lorsqu'il était à l'œuvre. Elle se surprenait même à l'observer, sa précision et sa concentration régnants dans chacun de ses gestes. Il était impressionnant. La pureté et l'application qu'il mettait dans chacun de ses gestes montraient d'autant plus sa passion.

- Ma beauté t'éblouit, Granger ?

- Absolument pas, Malefoy, bredouilla-t-elle en se reconcentrant sur sa découpe. J'avais oublié à quel point tu pouvais être centré sur toi-même, le monde ne tourne pas autour de toi, alors arrête de dire de pareilles inepties, éructa-t-elle en reprenant un air plus sérieux et concentré.

- Tu es sûre ? Je te vois observer le parfait être que je suis depuis quelques minutes, fais attention tu risques de faire brûler la potion à force, répondit-il, arborant un sourire typiquement Malefoyen, sans lever les yeux vers elle, toujours concentré sur sa tâche.

- Tes chevilles vont bien, pas trop gonflées ? Non mais j'hallucine, tu es vraiment un parfait crétin.

Il ne put s'empêcher de lâcher un petit rire, sincère, amusé de voir à quel point la jeune femme était mal à l'aise.

- Allons Granger, je ne t'en veux pas, tu sais au moins apprécier les bonnes choses, ricana-t-il.

- Tu m'insupportes, s'énerva-t-elle. Ferme-la et continue de faire cette foutue potion, que je puisse me casser d'ici.

- Allons, allons, surveille ton langage, ce n'est pas digne d'une jeune femme qui ose me regarder, railla-t-il de plus en plus hilare de la voir cet état.

- Mais bon sang, tais-toi, Malefoy ! Tu ne peux pas t'en empêcher, n'est-ce pas ? Je n'en-

- Le cours est terminé, s'exclama Slughorn, coupant Hermione dans son discours exaspéré. Amenez-moi vos échantillons et vous pourrez quitter la salle. Bon week-end à tous et toutes !

Elle n'attendit pas plus, prit ses affaires et quitta la pièce, laissant le blond amener lui-même l'échantillon. Elle n'attendit même pas ses amis et se dirigea directement dans ses appartements, pour s'enfermer dans sa chambre. Elle était en colère et préférait se calmer afin d'éviter de dire quoi que ce soit qui pourrait dépasser ses pensées.


Et voilà ! Qu'avez-vous pensé de ce chapitre ? Dites le moi dans une review !

Merci à Suldreen194 pour sa relecture et correction ;)

Writer8Hell