Bonjour ! Cela faisait un moment que je n'avais pas mis à jour ce recueil, avec un grand texte qui plus est. C'est donc fait, et je sors de ma zone confort en traitant un duo inhabituel pour moi. Autant dire que j'espère ne pas m'être trop plantée.
Par avance, je vous souhaite de joyeuses fêtes de fin d'année :)
Rating : K
Disclaimeur : Masami Kurumada
Table rase
La vie était revenue au Sanctuaire, avec son lot de surprises.
Les saints étaient revenus d'entre les morts, leur déesse siégeait au treizième temple et étendait continuellement son cosmos doux sur le Sanctuaire.
La vie était revenue au Sanctuaire.
Et en lui aussi.
Cela faisait longtemps maintenant. Presque un an. Mais Aioros continuait à s'émerveiller de ce miracle. Il restait parfois de longues heures assit à regarder ses mains bouger, à sentir ses muscles et jointures rouler sous sa peau, à ressentir le sens du toucher. Manger aussi était devenu une activité extraordinaire. Mastiquer, savourer la saveur pénétrant ses papilles, sentir l'aliment glisser le long de son œsophage... il adorait ça, même si sa lenteur à manger était devenue une source de plaisanterie au sein du Sanctuaire entier. Les couleurs et les senteurs aussi le fascinait. Il avait pris l'habitude de se lever tôt, juste pour voir le soleil se lever, sentir l'odeur du matin remplir ses narines, l'herbe humide de rosée chatouiller ses chevilles et l'air frais caresser sa peau encore brûlante d'avoir passée la nuit sous la couverture. Ce qui ne l'empêchait pas d'aimer dormir, ne serait-ce pour le plaisir de rêver à nouveau. C'était quelque chose qu'il avait oublié d'ailleurs. Cela avait rendu sa première nuit étrange, et un peu euphorique également.
En un mot comme en cent, il n'avait jamais trouvé aussi incroyable d'être vivant que depuis que la vie lui avait été rendue, treize ans après qu'elle lui ait été ôtée.
C'était extrêmement jouissif.
Ce qui l'était moins, c'était ses interactions avec ses collègues. Il avait laissé des enfants, il retrouvait des adultes. Pas toujours équilibré. Deathmask était devenu encore plus fou que ce qu'il avait craint, Milo n'était plus aussi turbulent, Aldébaran qui pleurait parce qu'on le disait trop chétif pour devenir le prochain taureau était devenu une montagne d'os et de muscle, Aphrodite le mettait mal à l'aise, Camus avait perdu son joli petit sourire timide, il n'y avait guère que Shaka et Mü qui ne semblaient guère avoir changé, mais peut-être était-ce parce qu'il les connaissait moins. Il avait réussi à renouer contact avec Saga et, il l'espérait, viendrait prochainement s'installer entre eux la même complicité qu'auparavant. Il avait également été ravi de faire connaissance avec Kanon ainsi qu'avec Dohko, même si ce dernier ne ressemblait pas du tout à ce qu'il s'était imaginé. Quant à Aiolia... Il était fier de ce que son frère était devenu, mais il n'empêchait que le petit garçon d'autrefois lui manquait, et ce d'autant plus que le fossé qui s'était creusé entre eux peinait à se remplir.
Mais malgré tout cela, il semblait au chevalier du sagittaire qu'il s'était fait intégrer. Tous le respectaient, plus personne ne le regardait comme un revenant – qu'ils étaient tous, de toute façon.
Le seul réel problème que rencontrait Aioros était Shura. Depuis leur résurrection, le capricorne mettait un point d'honneur à l'éviter, à ne pas être dans la même pièce que lui. Même pendant leur réunion mensuel avec le Pope, il s'arrangeait pour ne pas être directement dans son champ de vision.
Cela chagrinait fortement le sagittaire que de savoir que celui-ci s'en voulait autant de l'avoir tué – car il ne voyait pas d'autre raison à ce comportement. Il avait laissé faire un moment, pensant que le comportement du capricorne évoluerait à son rythme, mais le fait était que la situation ne bougeait guère. Alors Aioros avait fait quelques tentatives d'approche, pour lui expliquer qu'il allait bien maintenant, qu'ils étaient vivants et que c'était l'essentiel, qu'il ne lui en voulait pas, que c'était juste une histoire de circonstances finalement, mais le dixième gardien s'était défilé à chaque fois.
Il allait falloir qu'il se décide à prendre le capricorne par les cornes. Sans mauvais jeu de mots.
-Hey Shura ! ...Mais attend moi ?!
À la fin de la réunion mensuelle avec le Pope, il s'était jeté sur les pas du capricorne, tandis que les autres s'éloignaient, indifférents à leur altercation à quelques brefs coups d'œil près.
Si Shura se retourna en entendant son prénom, la circonspection peignait ses traits.
-Je peux te parler deux minutes ?
-Je suis désolé, mais j'ai des choses à faire.
De fait, il continua sa descente vers son temple, mais Aioros continua de le suivre.
-Je peux t'aider si tu veux !
-Je n'en doute pas un seul instant, mais...
-Écoute-moi s'il-te-plaît... J'ai l'impression que tu m'évites...
-Et c'est grave ?
Il avait toujours trouvé Shura d'une terrible sincérité. Cela ne s'était pas arrangé.
-Ben heu oui quand même ! Il n'y a pas de raison pour que nous soyons fâchés.
-Je ne suis pas fâché.
-Ah tu vois !
-Ce n'est pas une raison pour se fréquenter.
-Shura, s'il-te-plaît, peux-tu au moins t'arrêter pour m'écouter...
Le pas vif du capricorne aidant, ils approchaient de la dixième demeure.
-Shura, j'ai l'impression que depuis notre retour à la vie, tu m'évites...
-Ce n'est pas le cas alors tu peux rentrer chez toi...
-Excuse moi mais je n'ai pas cette impression... Hé, écoute moi !
Ce faisant, il attrapa l'épaule du capricorne, l'immobilisant tout en le forçant à lui faire face. Shura leva les yeux au ciel, mais estimant que l'autre n'accepterait pas de le laisser tranquille autrement, il ne se défila pas.
-S'il-te-plaît Shura, arrête de m'éviter... Je comprends que cela ait pu être dur pour toi, mais maintenant, nous sommes tous vivants et réunis, alors ce n'est plus l'heure de culpabiliser pour...
-Je ne culpabilise pas de t'avoir tué !
La voix du capricorne était tombée comme un couperet. Et son regard avait le coupant de sa lame.
Lentement, Aioros retire sa main de l'épaule de son vis-a-vis qu'il avait forcé à se retourner.
-Je te tuerai à nouveau s'il le fallait. Je m'en veux parce que... parce que j'aurai dû deviner – savoir ! – que tu étais du côté d'Athéna...
Shura avait dévié le regard, ses épaules s'était légèrement affaissées, il se détourna du sagittaire.
-Tu n'étais qu'un enfant... murmura son aîné.
-J'étais chevalier ! Hurla-t-il. L'âge n'excuse rien, j'étais chevalier, je devais savoir de quel côté se trouvait la justice, je devais servir Athéna du mieux que je pouvais, comme je l'ai toujours voulu, comme j'aurais toujours dû faire, et au lieu de ça, qu'est-ce que j'ai fait ?!
-Tu as obéi aux ordres. Tu ne l'aurais pas fait, tu aurais été considéré comme un traître toi aussi et tu te serais fait tuer.
-J'aurais été mort dans l'honneur !
-Tu aurais été mort comme moi, comme un traître et on aurait craché pendant treize ans sur ta tombe. Tu aurait été mort inutilement.
-Parce que je ne suis pas mort inutilement, là, peut-être ?
-Tu avais pu donné Excalibur à Shiryu. Grâce à elle, il a pu remporté de nombreux combats pour Athéna. Et ton sacrifice face au mur du destin à nous permis de triompher face à Hadès.
Shura poussa un soupir.
-C'est vrai, tu as raison sur ce point là. Mais cela n'enlève rien au fait que j'ai pendant 13 ans servi un traître et un assassin et commis les pires atrocités en son nom, en pensant bien faire.
Il serra les poings à cette évocation.
-De ce que je sais, Saga n'a pas été un si mauvais Pope.
-Il a juste essayer de tuer sa déesse, c'est vrai ce n'est pas grave...
-Mais il a sut faire face à des situations face auxquelles je n'aurais pas pu aussi bien réagir. Et puis...
-Aioros. Tais-toi. Ne dis plus rien. Ne dis plus rien car tu ne saurais me convaincre que cette situation était la moins pire qu'il aurait pu arriver. Et quoique tu dises, te voir me rappelleras toujours mes fautes passées. Tu es l'incarnation de mes péchés Aioros. Et la preuve que je suis faillible, malgré toute ma foi, malgré toute ma volonté. Et tes belles paroles n'y changeront rien.
Le capricorne parti sur ses mots au constat désolant, faisant claque sa cape d'un coup sec. Le sagittaire soupira de tristesse, et regagna sa maison.
Il savait reconnaître une défaite.
Mais il ne cesserait jamais d'être peiner de perdre tous ces enfants qu'il avait un jour connu.
Soudain, il se frappa le front, comme si l'évidence venait de lui tomber sur la tête. Ce n'était que maintenant qu'il savait ce qu'il aurait dû dire. Il grimaça. Il n'y avait pas à dire, il aurait fait un très mauvais Pope. Même pas capable de trouver les arguments percutants du premier coup.
Mais avait-il vraiment toujours été comme ça ?
Il s'arrêta brusquement, en proie au doute.
Comme Saga, il avait été pressenti comme futur Pope. Certes, il était avec lui le seul chevalier d'or assez âgé pour être désigné à cette tâche. Certes, sa foi envers sa déesse n'était entachée d'aucune ombre.
Mais il n'aurait pas été désigné candidat s'il n'était pas un bon meneur, bon parleur, et s'il ne savait pas prendre des décisions rapides et justes. Jamais Shion n'aurait sérieusement envisagé de prendre un benêt comme successeur.
Il y a treize ans, il savait toujours quoi dire pour encourager ses camarades plus jeunes encore apprentis, il savait conseiller ses aînés d'argent ou de bronze en cas d'attaque simplement lors d'un tour de garde...
Alors pourquoi avait-il depuis son retour à la vie le sentiment obscur et oppressant de ne plus savoir faire ? D'avoir... changé ? Est-ce que ces treize années passées sous l'ombre du soleil auraient pu changer l'homme qu'il avait été ? Des données avaient-elles été perdues alors que son corps rattrapaient un retard qu'il n'avait pas vécu ? Son âme avait-elle été altérée ?
Il secoua la tête dans une tentative vaine de se débarrasser de ses idées angoissantes. Il était le même Aioros. Il n'y avait pas de raison qu'il ait pu muter, c'est le monde qui avait changé sans lui, et même si ce n'était pas beaucoup plus réjouissant, ce n'était pas sa priorité, et son objectif du moment s'appelait Shura. Il pourra toujours en parler au Pope pour savoir s'il avait un ressenti similaire, mais plus tard.
Il allait remonter et convaincre le capricorne une bonne fois pour toute.
Et tant pis s'il devait à nouveau se prendre une douche froide.
Le menton entre le pouce et l'index, Shura observait pensivement la statue de sa déesse. Elle lui semblait un peu abîmée, alors il songeait à quel soin serait le plus approprié pour la lustrer. Le bruit d'une personne montant en courant les escaliers lui fit tourner la tête. Il grimaça en se rendant compte que c'était encore le chevalier du sagittaire, venu encore pour lui. N'avait-il donc pas été assez clair ?!
-Que me veux-tu encore ?! Cracha-t-il à son vis-à-vis sans attendre qu'il reprenne son souffle.
-Que tu assumes.
-Quoi ?!
Il planta ses iris brunes dans le noir de celles du capricorne.
-Je veux que tu assumes.
Shura perdit des couleurs.
-Tu as dit que j'étais l'incarnation de tes péchés, la représentation de ta faillibilité, non ? Alors assume ! Assume tes erreurs passées ! Et ne me fuis plus.
Ils s'affrontèrent du regard quelques secondes encore.
Shura finit par légèrement pencher sa tête et par entrouvrir la bouche pour parler. Aioros attendit, le cœur plein d'espoir.
-Tu... as quel âge exactement ?
Encore une réponse à laquelle il ne s'était pas attendu.
-Eh bien, ça dépend comment le prend, si on compte toutes les années passées où j'étais décédé...
-Ça suffit ! Je n'ai que faire de tes bêtises de sale niais décédé trop tôt ! Tu n'es pas le bienvenu ici, combien de fois dois-je te le dire ?!
-Mais je...
-Va-t-en ! hurla-t-il en faisant gonfler son cosmos.
Peiné, le sagittaire battit en retraite une nouvelle fois. Il avait sous estimé le caractère têtu borné de son collègue. Il n'accepterait jamais d'avoir tort, ni même d'envisager de penser autrement que ce qu'il avait déjà décidé. En y repensant, c'était peut-être pour ça qu'il s'était fait berner pendant treize ans...
Quoiqu'il en soit, Aioros se sentait terriblement déçu. Il aurait réellement voulu que tous ses camarades soient aussi heureux que lui d'être en vie, sans regret et sans soucis. Il n'était peut-être qu'un sale niais, comme Shura l'avait dit. Un sale niais idéaliste.
Le moral dans les sandales, il descendit à la maison du lion.
Quelques jours plus tard pourtant, il s'aperçut qu'il s'était trompé. Manifestement, Shura, avait décidé d'arrêté de l'éviter de façon ostentatoire. Par contre, dès que le sagittaire faisait mine de s'approcher, il le foudroyait du regard avec suffisamment de conviction pour le faire dévier de sa trajectoire. Mais le sagittaire avait quand même pris le parti d'en sourire en se disant que c'était une amélioration.
Et puis, peut-être qu'avec le temps finirait-il par se fatiguer les yeux et à le regarder autrement ?
La vie était revenue au Sanctuaire.
Avec son lot de surprises.
