Dernier texte un peu tardif sur la saint Valentin, du moins, pour cette année. C'est encore du très mignon, profitez-en, le prochain texte prévu pour ce recueil sera atrocement crève cœur.


Disclaimer : M. Kurumada

Rating : K


14 Février (5)

Il y avait des petites guirlandes en papier crépon rose et rouge, il y avait des fleurs aux quatre coins des petites pièces, il y avait des bâtonnets d'encens qui diffusaient une odeur douce. Il y a quelques temps, quand le chevalier du taureau lui avait proposé de venir ce jour là avec ce sourire qui faisait qu'il ne pouvait rien lui refuser de peur de le voir se faner, il n'avait pas pensé trouver tout ça.

Il attendit, le cœur battant, que le propriétaire des lieux daigne se présenter à lui alors qu'il attendait dans ce qui tenait lieu de vestibule dans la petite masure du temple qui faisait office de logement.

-Tu peux entrer ! Je suis dans la cuisine !

Il aurait du s'y attendre : cela sentait l'encens, mais aussi la nourriture. La cuisine était minuscule, mais Aldébaran s'était arrangé pour rentabiliser au maximum l'espace. Sa grande taille et le plafond haut avait aidé. Les murs étaient saturés de placards, mais au moins Aldébaran pouvait y faire loger tout le matériel qu'il voulait. Présentement, ses fourneaux débordaient de victuailles en tout genre. Lorsqu'il vit son invité, le propriétaire des lieux se fendit d'un sourire enthousiaste.

-Je suis désolé, j'ai pris un peu de retard, mais c'est bientôt près ! J'ai fait du saumon avec des pommes de terre nouvelles avec une sauce à l'aneth, et puis des rouleaux de chou garnis de viande hachée avec de la confiture d´airelles, et après ce sera fromage et fruit, j'ai pas fait de gâteau, je sais que t'aimes pas ça, mais ça ne va pas ? Demanda-t-il en remarquant l'air défait de son homologue suédois.

Le regard d'Aphrodite faisait des vas-et-viens entre tout l'attirail du taureau.

-Pourquoi fais-tu tout ça ?

-Quoi ? Il papillonna des yeux une seconde, l'air désolé. Ça ne te plaît pas ?

-Si, répondit-il rapidement, mais pourquoi fais-tu tout ça ?

-Ben, j'avais voulu te faire plaisir ! Aujourd'hui, c'est la fête des amoureux pour les gens normaux, alors je me suis dit que nous aussi, on pouvait faire ce genre de chose. Il n'y a pas de raison. Après, peut-être qu'effectivement, j'aurai du t'en parler, mais je voulais aussi te faire la surprise. Mais si cela ne te plaît pas, c'est pas grave, je remballe tout, et on va à la brasserie d'en bas comme on l'a déjà fait, c'est pas grave.

Aphrodite eu une seconde d'hébétement.

-...Non. Non, tout est très bien, ne change rien.

Il ne savait pas ce qu'il avait fait pour s'attirer l'amour d'un tel homme. Il s'était toujours vu que comme un être abject, un meurtrier dont la seule qualité était sa beauté. Son maître, puis Saga pendant le temps où il était sous l'emprise de sa personnalité double le lui avaient bien fait comprendre. À leurs contacts, il avait appris à se maudire et à se haïr, ainsi qu'à se cacher et à se dissimuler, pour être cet Autre, que les autres évitent et craignent, comme les profanes refusant de se frotter à l'épine de la rose, pour que personne ne soupçonne ses blessures béantes de son âme malmené par celui qui lui a donné son armure dans la douleur, et par celui à qui il avait voulu donné son cœur pour que finalement il lui prenne tout sans rien en retour. Il s'était persuadé que la solitude serait sa seule véritable compagne, que nul autre ne voudrait se compromettre avec lui, lui qui s'empoissait de son propre sang, lui qui avait bafoué sa déesse et commit les pires abominations pour des mensonges auxquels il s'était efforcé de croire. Mais Aldébaran, brillant comme un soleil aux rayons doux comme le miel, était apparu dans sa vie à vouloir rompre un à un chacun des remparts que constituaient ses épines pour ensuite humer à sa source le vrai Aphrodite avec ses doutes et ses pleurs, et loin de chercher à faner la fleur fragile qui l'habitait, il en prit soin avec la douceur qui le caractérisait, l'acceptant tout entier avec toutes ses spécificités.

-Tout va bien ?

Aphrodite battit des cils tandis qu'il sortait de sa rêverie. Lentement, il s'avança vers le chevalier du taureau, caressa sa nuque de ses deux mains tendues comme il le faisait toujours pour réclamer un baiser et alors que celui-ci se penchait pour accéder à sa requête, ses lèvres effleurèrent celle de son amour tendrement, puis passionnément.

Il ne savait pas pourquoi Aldébaran l'aimait autant mais lui savait pourquoi il l'aimait tellement. Il était sûr qu'il ne savait pas pourquoi celui-ci était autant reconnaissant pour toute les preuves d'amour qu'il lui apportait, mais peu importait. Il était celui qui lui redonnait confiance en lui, un pilier sur lequel il pouvait s'appuyer, se réchauffer pour ensuite briller à son tour. Aldébaran n'était rien de moins que tout ce dont il avait besoin dans sa vie.

Le taureau serrait tendrement le poisson contre lui. Aussi loin qu'il se souvienne, il l'avait toujours fasciné, entre sa beauté, la distance qu'il mettait avec les autres qui le rendait si mystérieux, son regard qui, lorsqu'il ne se sentait pas observé, perdait de sa superbe pour n'arborer qu'une triste nostalgie rêveuse. Il n'avais jamais osé l'abordé dans leur première vie, par bêtise, se sentant indigne d'un tel homme, mal à l'aise dans ce corps trop grand qu'il jugeait laid par comparaison avec ceux de ses frères d'arme, mais le regret avait par la suite été suffisamment important pour qu'il attrape cette deuxième opportunité à mains jointes quand elle s'était présentée. Il s'était approché doucement d'abord, puis de plus en plus hardiment au fur et à mesure qu'il prenait conscience de quel genre d'insidieux poison rongeait de l'intérieur le poisson et qu'il l'aidait à remonter la pente. Il n'était pas sûr de comprendre pourquoi Aphrodite s'était amouraché de lui là où une simple amitié aurait pu suffire, mais lui avait l'impression de retomber amoureux de lui à chaque fois qu'il le voyait sourire, ce qui à sa grande joie, arrivait de plus en plus souvent.

Il ferait n'importe quoi pour rendre le douzième gardien heureux. Peu importe à quel point il devra se battre pour lui faire comprendre à quel point il l'aime. Peu importe si jamais il doit bataillé une dizaine de minutes pour lui faire admettre que ce n'est pas grave s'il n'a pas pensé à faire quelque chose pour cette saint Valentin qui n'était qu'un prétexte pour lui pour pouvoir encore le dorloter. Il l'aime. Il veut le rendre heureux. C'est tout.

Derrière eux, dans l'indifférence générale, livrés à eux-mêmes dans leurs fourneaux, les mets commençaient lentement mais sûrement à brûler.