Bonjour,

Merci de me suivre encore. Ce soir un chapitre où beaucoup de choses se passent. C'est le dernier jour avant la grande « réunion de famille ». J'espère que cela vous plaira bonne lecture. Biz Peace'.


Chapitre 6 : J-1 Sanctuaire d'Athéna.

En ce vendredi matin, Shion se réveilla vers sept heures, quand il entendit toquer à sa porte. Il se leva, enfila son peignoir et dit :

- Entrez.

À ce moment-là, deux hommes entrèrent, les chevaliers Aphrodite du Poisson et Camus du Verseau. Shion fut surpris, mais écouta le propriétaire du douzième temple parler :

- Maître, nous venons faire notre rapport.

- Rapport ? questionna le Grand Pope.

- Oui, nous étions de garde cette nuit, affirma le Poisson.

- Oh oui pardon… j'ai eu une petite nuit et j'ai du mal à me réveiller.

- On voit ça, énonça d'une voix froide le second chevalier.

Les deux autres furent interloqués par le ton de la remarque et notèrent que l'homme regardait dans le vide derrière leur supérieur. Ils orientèrent alors leurs regards dans la même direction et virent une femme debout, portant une chemise appartenant au propriétaire des lieux et lui servant de nuisette, et un caleçon.

- Bonjour messieurs, dit-elle.

Les trois hommes la regardèrent et hochèrent la tête. D'un coup, elle courut et glissa mais Shion la rattrapa et elle énonça :

- Ce n'est pas ce que vous croyez : cette nuit j'ai eu un accident et le Seigneur Shion m'a gardée auprès de lui.

- Vous n'avez pas à vous justifier, trancha l'homme de glace.

Puis Shion vit le chevalier du onzième temple se courber pour prendre congé et comme quelques heuresplus tôt disparaître derrière la porte après l'avoir fait claquer. Il voulut le retenir mais Aphrodite l'en empêcha :

- Laissez-le partir, dans cet état il ne vous écoutera pas.

- Mais…

Tout en stoppant d'un mouvement de main la réplique de son supérieur, il fit signe à la jeune fille de se diriger vers la salle de bain pour se rafraîchir et reprit sa discussion avec son vis-à-vis :

- Je vous assure mon Seigneur, je le connais assez pour savoir qu'il vous a cru, mais il est assez possessif dans son genre.

- Aphrodite ? questionna Shion, assez surpris

- Je ne suis pas aveugle. Mais sachez juste que, même s'il ne vous l'avouera jamais, vous êtes très important à ses yeux, déclara le chevalier des Poissons.

- Aphrodite !

- ….

- Pardon je t'ai mal jugé. Je ne pensais pas que tu faisais autant attention à ton entourage.

- Haha ! Je sais : Je suis beau et je ne m'occupe que de mes fleurs… Donc, je suis efféminé et superficiel, conclut-il en riant de plus belle.

- Désolé…

Le Grand Pope baissa la tête en signe de regret d'avoir jugé son subordonné d'après les apparences.

- Oh ! Ce n'est rien. Vous savez les gens parlent et créent des rumeurs pour passer le temps. Puis peu à peu celles-ci s'installent et plus personne n'essaie de connaître la vérité. Alors la rumeur fait foi.

- Tu as raison… Pardon.

Shion était encore plus déçu de sa propre attitude envers un frère d'arme.

- Merci.

- Non, merci à toi. À partir de maintenant je ne jugerai plus sur les « on dit », mais j'apprendrai à connaître les gens par moi-même, à commencer par toi si tu n'y vois aucun inconvénient.

- Non, ce sera avec plaisir. Mais attendons que notre glacial ami se soit calmé. Je ne veux pas d'ennui avec mon voisin, sourit le chevalier du Poisson.

- Je comprends, rougit le Grand Pope.

Puis Shion vit son cadet se retirer. Il pensa aux mots qu'il avait lus dans les autobiographies et qui traitaient du premier chevalier du Poisson ainsi que de celui du Scorpion. « Après avoir lu le passage je leur en parlerai, se dit-il, je pense que je leur dois ça, surtout à Aphrodite. »

Il sursauta quand il entendit la porte de la salle de bain claquer derrière lui. La jeune Noémie en sortait. Il se souvint de la nuit d'avant, après le départ du maître du onzième temple, il s'était dirigé vers les dortoirs des servantes.

- Que se passe-t-il ici pour qu'on me dérange à cette heure ? questionna Shion.

- Ce n'est rien… j'avais demandé à ne pas vous déranger pour si peu, murmura une jeune fille.

- Noémie… que… que s'est-il passé ? demanda Shion, tout ébahi face à l'allure de son ange gardien.

- Rien ne vous inquiétez pas, renchérit Noémie.

- Soldat, racontez moi ! ordonna le Grand Pope.

- Et bien mon seigneur, venez voir.

Le soldat amena son supérieur dans le dortoir où il montra le lit de Noémie. Celui-ci était plein de punaises dont certaines ensanglantées. Il regarda alors hors de la chambre par la porte et entraperçut le corps de la jeune servante avec encore quelques-unes de ces punaises plantées dans sa chair. Puis il reporta son regard sur le lit trempé.

- Nous pensons que quand elle a voulu se relever après avoir été piquée, on lui a jeté des seaux d'eau pour qu'elle glisse et retombe sur les punaises, énonça comme hypothèse le soldat.

- Je comprends mieux pourquoi elle est trempée, murmura Shion.

- En effet mon seigneur, renchérit le soldat. Nous avons été avertis par une des autres servantes quand elle fut réveillée par les cris. Quand nous sommes arrivés, tout était dans le noir alors nous avons allumé et on a vu la jeune demoiselle glisser et ré-atterrir sur son lit ; elle aurait pu être plus salement amochée.

- Je suis bien d'accord avec vous, confirma le Grand Pope.

- Pour finir on a vu cela écrit sur le mur, termina le soldat.

Shion balaya l'endroit du regard, lut le mot insultant la jeune femme et d'une voix forte et dénuée de tout sentiment, il déclara :

- Qui a fait ça ?

- …

- Je vous donne jusqu'à demain midi pour vous dénoncer. Sinon à partir de demain quatorze heures je commencerai des interrogatoires, je ne supporterai pas ce genre d'action dans le temple d'Athéna qui n'est qu'amour. Est-ce bien compris ?

- …

- Bien et je ne vous félicite pas, bonne nuit. Affirma Shion.

Le Grand Pope sortit du dortoir et amena Noémie avec lui après avoir donné congé aux soldats. Il prit Noémie dans ses bras et l'amena avec lui.

- Pas besoin de me porter. Je peux aller à l'infirmerie toute seule, sur mes deux jambes.

- Chut ! pour une fois, c'est moi l'ange gardien.

Puis l'homme se dirigea vers sa chambre, posa la demoiselle sur son lit et partit chercher une trousse à pharmacie dans sa salle de bain afin de soigner sa protégée. Le représentant d'Athéna commença par retirer toutes les punaises une à une puis passa de l'alcool dessus pour désinfecter les piqûres. Ensuite, il lui conseilla de prendre une douche chaude et lui donna une de ses chemises et un de ses caleçons pour se vêtir. Enfin, tous deux allèrent se coucher dans le silence et s'endormirent paisiblement jusqu'à l'arrivée des deux chevaliers il y a de cela quelques minutes.

Il fut extirpé de ses pensées par la voix de sa protégée :

- Seigneur… heu Seigneur Shion.

- Oui, pardon je t'écoute.

- Je vous remercie pour hier soir mais je vais retourner au dortoir.

- Non !

- Mais mon Seigneur…

- Tant qu'on ne saura pas qui t'a fait ça, tu restes avec moi.

- Mais…

- Pas de mais… j'ai besoin d'une assistante alors à partir d'aujourd'hui tu travailles pour moi. Tu es mon assistante.

- Merci, mon Seigneur.

- Bien, allons manger.

Tous deux partirent ainsi prendre leur collation du matin puis se rendirent au bureau du Grand Pope pour une nouvelle journée de travail.

Après avoir pris connaissance des différentes tâches à accomplir, Noémie se mit au travail. Elle se devait de vérifier si tout serait prêt pour le lendemain. Autant la décoration – fleurs et vaisselles –, le plan de table, que la nourriture.

Pendant ce temps, Shion s'occupa de l'administratif et commença ses investigations pour trouver les coupables qu'il démasqua peu avant midi : des servantes jalouses que Noémie se rapproche du Grand Pope elles prêtaient à cette dernière des intentions pas très louables comme obtenir les faveurs du Seigneur Shion. D'où le mot « PUTAIN » écrit au-dessus de son lit. Shion était outré, il congédia les femmes en question puis continua son travail.


Pendant ce temps, Noémie continuait de vérifier que tout serait bien en ordre pour la réception du lendemain. Pour faciliter son organisation de travail, elle avait écrit une liste le matin même des différentes tâches à accomplir au cours de la journée.

Sa priorité concernait les fleurs, mais quand elle s'aperçut que le livreur n'était autre que le Chevalier Aphrodite, elle décida de le laisser se reposer de sa nuit de ronde. Elle irait le visiter dans l'après-midi pour voir ça avec lui.

Elle en profiterait aussi pour régler ses comptes en privé avec les Chevalier Aphrodite et Camus – dont les maisons sont voisines –, surtout que ce dernier a eu un comportement plutôt distancier et froid avec elle, plus qu'à l'accoutumée selon elle.

Fort affairée dans la matinée, Noémie ne vit pas le temps passé et s'activa une fois de plus pour rejoindre le douzième temple en début d'après-midi. Après avoir manifesté sa présence et ne pas avoir reçu de réponse, elle entra et trouva le propriétaire des lieux sagement endormi sur un siège au milieu de son magnifique jardin de roses.

« Comme elles sont belles et bien entretenues » s'extasia-t-elle. « Et elles sentent toutes très bon, ce parfum est vraiment envoûtant, on le perçoit déjà en entrant dans le temple ». Noémie profita de cette pause olfactive bienvenue dans sa journée de folie pour s'évader l'espace d'un moment, puis elle revint à sa présence en ces lieux.

« Ne te laisse pas distraire ma fille, tu as fort à faire aujourd'hui et le Grand Pope compte sur toi ! »

Noémie porta son regard sur le Chevalier du Poisson et nota que derrière le livre posé sur sa poitrine, il était plutôt légèrement vêtu.

Comme elle eut peur qu'il attrapât froid, elle partit dans sa chambre lui chercher une couverture et l'en recouvrit.

Elle se dirigea ensuite vers le salon où elle récupérer un crayon et une feuille de papier sur laquelle elle laissa un petit message pour signaler son passage. Elle n'eut pas le temps de le déposer près du Chevalier qu'on le lui subtilisa. Elle sursauta, comme prise en faute, et en se retournant, elle vit quatre hommes qui l'observaient, un sourire aux lèvres.

Le Chevalier qui lui avait pris le mot des mains se mit à rire et alla réveiller Aphrodite en tapant sur la chaise.

- Oohee ! Debout dormeur. Tu nous invites pour le thé et tu dors. En plus tu fais peur à une jeune femme.

- Hein ! fit Aphrodite.

- Écoute ça mon grand. Cher Chevalier, le Grand Pope m'a demandé de venir voir si vous n'aviez besoin de rien pour demain. Je vois que vous avez encore besoin de dormir alors je vous laisse. Ayant eu peur que vous attrapiez froid je me suis permis d'aller chercher dans votre chambre de quoi vous couvrir et de vous emprunter du papier et un stylo pour ce mot. Je repasserai vous voir un peu plus tard. Noémie. Ah la la ! Mon grand tu poses des problèmes à tout le monde.

- Non, non… vous ne me posez pas de problème, je repasserai, s'excusa très timidement Noémie.

Alors qu'elle allait partir, l'un des autres hommes l'attrapa. Elle fut surprise mais rassurée en même temps :

- Toi ! fit l'homme.

Tout en attrapant l'une de ses mains, il releva sa paume devant ses yeux puis releva sa manche pour découvrir ses avant-bras. Ensuite, il baissa ses yeux sur le reste de son corps et regarda ses jambes. Il dit alors :

- Je vois. Bien, il faudra rajouter une chaise de plus. Aphrodite je vais faire le thé.

Le Chevalier du Poisson enlaça la jeune femme et l'attira à lui pour l'embrasser sur la joue.

- En remerciement pour votre délicate attention. J'imagine que vous êtes tout aussi attentionnée envers notre seigneur, lui murmura-t-il.

Puis d'une voix plus haute, il s'adressa aux deux Chevaliers qui avaient parlé plus tôt.

- Deathmask, merci pour avoir lu le mot de notre invitée, mais la prochaine fois, veux-tu bien me réveiller autrement, s'il te plaît ? Merci. Quant à toi Camus, je serais ravi de boire un thé préparé par tes soins, mais surtout, sois plus doux avec cette chère jeune fille, notre seigneur l'apprécie.

- Arrêtez ! Ne vous disputez pas pour moi et vous vous trompez… cette nuit il ne s'est rien passé. C'est un malentendu, s'écria la jeune femme.

- On sait, la coupa Camus. Shion nous a fait parvenir une missive. Donc pour l'instant tu restes avec nous.

- Il y a un problème ? demanda un autre Chevalier.

- Non Milo, et viens plutôt m'aider. Shura, va chercher autant de chaises qu'il faut et Deathmask, tu te tiens bien avec Aphrodite et Noémie.

Le ton péremptoire du Chevalier du Verseau ne souffrait aucune remarque, aussi chacun s'exécuta sans broncher.

- Il est… commença Noémie.

- Toujours comme ça ? finit Aphrodite. Oui il l'est, c'est sa façon de dire qu'il nous aime bien.

- Il a même retenu ton prénom demoiselle, sois en fière c'est assez rare, ricana Deathmask.

Les cinq Chevaliers et la jeune femme discutèrent de tout et de rien. Aphrodite profita d'ailleurs de l'occasion pour parler avec Noémie de l'installation des fleurs pour l'événement du lendemain. Il lui fit une liste de ce dont il aurait besoin pour tout bien aménager et lui dit qu'il n'aurait pas besoin d'aide car Shura et Deathmask seront là pour tout porter. Ces derniers râlèrent pour la forme, faisant rire les autres. Quand le soleil se coucha, Noémie tiqua en s'écriant :

- Seigneur Shion !

Tout le monde sursauta et la regarda :

- Que… Qu'as-tu ? demanda Camus passablement inquiet même si on ne le voyait pas.

- Non, rien… pardon je… Je dois y aller. Il se fait tard et connaissant notre Grand Pope, il doit être encore en train de travailler. Il ne pensera même pas à se nourrir. Si vous saviez tous les repas qu'il saute ces temps-ci.

- Heureusement que son ange gardien est là pour veiller sur lui, s'amusa Aphrodite.

- Il vous a aussi dit cela, murmura gênée la demoiselle.

- Vas-y, ordonna Camus.

La jeune fille partit alors en courant après avoir remercié les Chevaliers pour cet excellent après-midi passé en leur compagnie.

Quand elle arriva au treizième temple, elle trouva le Grand Pope à son bureau croulant sous une tonne de dossiers. Elle partit lui préparer un plateau qu'elle rapporta afin que le Grand Pope mangeât. Une fois fait, elle le sermonna gentiment pour qu'il aille se coucher car le lendemain il aurait une longue journée devant lui. Résigné mais attentif aux bons conseils de son « ange gardien », il accepta de bon cœur et tous deux allèrent se coucher. Bien installés dans le lit, Noémie s'endormit rapidement, tandis que le Grand Pope souhaitait lire un peu et avancer dans la lecture des deux autobiographies qu'il avait récupérées. Il commença alors par celle du Verseau, en reprenant là où il s'était arrêté :

Mais avant tout, je dois commencer par le début en remontant à ma naissance.

Je suis né dans une famille aisée d'Athènes. Mon père était un des hommes d'état de la ville. Il était très respecté je me souviens que tout le monde se courbait à son passage et chaque fois que je passais devant un étal, on m'offrait toujours quelque chose avec un grand sourire. Cependant, ce n'est pas parce que tout le monde vous apprécie, que vous n'avez pas d'ennemis, et d'ennemis, mon père n'en manquait pas malheureusement.

C'est ainsi qu'un soir de printemps, alors que je mangeais tranquillement avec les miens, notre résidence a été attaquée. Tout le monde fut massacré, famille comme employés. J'en réchappai grâce au courage et à la discrétion d'une de nos servantes. Elle réussit à me conduire dans la cuisine sans être vus par nos assaillants et nous avons emprunté un passage secret qu'elle avait découvert un jour par hasard en faisant le ménage.

Je me retrouvai donc orphelin à cinq ans, perdu dans une grande ville comme Athènes, avec pour seule compagnie la servante qui m'avait aidé à fuir et qui avait été blessée pendant l'attaque.

Sans un sou en poche, recherchés par les meurtriers de ma famille, nous n'avons pas pu faire soigner ma bienfaitrice qui mourut quelques jours après le drame. Rapidement, je compris que seul, faible et trop jeune pour pouvoir travailler, le déshonneur pouvait rapidement nous tomber dessus. Comme je ne pouvais avoir confiance en personne, j'appris rapidement à voler pour pouvoir survivre. Or rester dans cette cité devenait trop dangereux, alors après avoir fait des réserves de provision dans un vieux sac en toile que j'avais trouvé dans les poubelles, je me décidai à quitter mon foyer. Je sortis par les grandes portes d'Athènes, entre peur et excitation et m'avançai vers mon avenir qui pour la première fois semblait incertain.

Effectivement, jusqu'à maintenant, étant le fils d'un notable avec de grandes responsabilités, j'avais un avenir tout tracé. Très jeune, je reçus l'instruction des meilleurs précepteurs d'Athènes afin de pouvoir un jour comme mon père, accéder aux plus hautes fonctions de cette grande ville. Pourtant, j'avais bien conscience que ma formation n'était pas complète dans tous les domaines, notamment dans celui du maniement des armes, qui m'aurait permis de me défendre contre mes ennemis, mais bien plus tôt que je ne l'avais pensé. Bien sûr, le fait de n'être encore qu'un enfant ne rendait pas les choses faciles, quand on est un gamin des rues obligé de voler pour trouver sa nourriture, tout le monde vous rejette. Il était donc bien loin le temps où j'étais respecté parce qu'on respectait mon père.

Malgré tout, j'avais confiance en l'avenir, alors je partis le cœur triste mais l'âme en paix.

Après une longue marche d'une dizaine de kilomètres environ, je découvrais sous mes yeux ébahis un immense lac. N'étant jamais sorti de l'enceinte d'Athènes, je fus d'abord surpris puis émerveillé parla beauté de l'endroit. L'eau était limpide, et les nuances bleutées n'enlevaient rien à sa clarté. On distinguait même le fond couvert de sable et de rochers. Je ne pus résister à l'envie d'y plonger ma main, l'eau était propre et chaude.

Je remerciai Poséidon pour ce cadeau, ainsi qu'Apollon pour garder cette eau à une température toujours acceptable pour pouvoir y faire ma toilette.

Tout autour, s'étendaient l'herbe et les arbres, presque à perte de vue, seule émergeait de cette verdure une vieille bâtisse, dernier vestige du passage de l'Homme par ici. Il s'agissait d'une rotonde en pierre, composée d'une dalle surélevée avec quelques marches pour y accéder, et de là s'élevaient des colonnes de style ionique terminées par des volutes. Le tout était couvert d'un toit.

Tout en marchant dans l'eau, je continuais à longer le lac et finis par me positionner en face de l'édifice en pierres. Je n'arrivais pas bien à distinguer ce qu'il pouvait y avoir à l'intérieur, mais je disais que j'irais bien m'y reposer après avoir pris un bon bain.

Je me déshabillai pour entrer dans l'eau et après m'être bien délassé et bien nettoyé – n'ayant pu accéder jusqu'à présent àun point d'eau –, je sortis du lac pour nettoyer en suivant mes propres habits – car parti en toute hâte, je n'ai pas pu prendre de changes – et me mis à courir vers l'abri devant moi où je pensais aussi faire sécher mes habits.

Quelle ne fut pas ma surprise quand, arrivé dans celui-ci, je tombai nez à nez avec deux personnes. Sur le coup, je sursautai en poussant un cri et fit tomber mes affaires. Je me retrouvai nu devant eux, mais leurvisage n'exprimaitaucune émotion. Je me permis de les détailler ; ils étaient assis sur un banc en pierre qui courrait tout le long du bâtiment. L'homme – un adulte – était grand avec des cheveux courts et bruns, habillé d'une toge noire assortie à ses yeux. Je dois dire que je le trouvais vraiment envoûtant il me fut difficile de détourner mes yeux pour les porter sur la personne qui l'accompagnait, une enfant de mon âge.

Quand je posai enfin mon regard sur elle, je fus ébloui elle était d'une beauté àcouper le souffle. Déjà grande pour son âge, elle avait une peau bronzée aux reflets dorés, une chevelure d'un noir corbeau, des lèvres rosées. Le noir de ses yeux était saisissant et montrait toute la curiosité et la détermination dont elle pouvait faire preuve à son âge. Je fus tellement subjugué par son charisme que j'en oubliai que j'étais nu devant eux.

Shion était complétement absorbé par sa lecture, aussi n'entendit-il pas l'homme se faufiler dans sa chambre, pas plus qu'il ne vit l'ombre au-dessus de lui. Toutefois, ilsentit une main se poser sur sa bouche, et alors qu'il allait dire quelque chose, son assaillant fit glisser cette main sur sa mâchoire et vint happer ses lèvres. La main caressait le bas de son visage ainsi que son cou avec infiniment de douceur. Puis le baiser prit fin et l'homme murmura à son oreille :

- Pas un bruit ou on va la réveiller.

Pris par surprise, le Grand Pope lâcha son livre et le Chevalier en profita pour l'embrasser à nouveau tout en posant délicatement le livre sur la table de chevet sans y prêter attention. Ensuite, d'une main, il enlaçait son supérieur, maintenant ainsi le baiser, alors que de l'autre – progressivement – il lui caressait le torse, puis glissa sous les draps pour atteindre son entre-jambe.

Lentement, il lui effleura la verge, tout en douceur au moment de retirer sa main, il sentit une pression des cuisses sur son poignet, accompagnée d'un grognement de frustration : le langoureux baiser venait de s'arrêter.

Le chevalier se redressa. Tout souriant, il retira sa main de l'entrecuisse du Grand Pope pour la placer sous les genoux de ce dernier, et de son autre main, il resserra son étreinte autour des épaules de son amant pour le soulever doucement et le transporter jusqu'à la salle de bain.

Une fois son amant installé dans la douche, le Chevalier ouvrit le robinet qui fit couler une eau froide.

Instinctivement, Shion voulu sortir pour se blottir contre lui, même s'il portait encore son armure.

Le Chevalier régla la température de l'eau pour que Shion puisse enfin se sentir à l'aise. À ce moment-là, un phénomène des plus étranges se produisit.

Le liquide environnant se mit à enlacer Shion, à le caresser puis à le faire léviter. Par endroits, l'eau se solidifiait même, comme sur sa verge en érection, telle une main le masturbant par de petits mouvements lents et réguliers. Dans son dos, une gerbe d'eau vint lui titiller l'anus ailleurs, un filet d'eau fit basculer son buste en avant, l'obligeant à s'accrocher aux montants de la cabine vitrée. Satisfait de lui, son amant observait la scène, tel un futur tableau exposé, puis de ses mains, il releva le visage de son supérieur pour l'embrasser à nouveau avec passion. Dans le même temps, le Chevalier se remit à l'œuvre, commandant ainsi aux derniers flux d'eau de redresser les fesses de Shion pour les écarter délicatement et initier de petits mouvements de va-et-vient dans son anus. Il découvrait cela pour la première fois, mais le plaisir fut tel qu'il ne put retenir ses cris, presque plaintifs au début, puis de plus en plus réguliers et affirmés, montrant le désir qu'il ressentait.

- Hmm… Haaa… Vas-y ! Plus loin…

Le Chevalier continuait de manipuler tous les jets d'eau de manière simultanée, excitant de plus en plus le Grand Pope, qui finit par exulter :

- Prends-moi !

Sans se laisser démunir, l'Homme de Glace recula de deux pas et regarda son supérieur :

- Pas encore. Je veux que tu me désires corps et âme, que tu m'aimes comme je t'aime.

Les flots poursuivaient leur office, accélérant la cadence sur tout le corps de Shion jusqu'à ce que, presque à bout de souffle, l'extase vienne le submerger et qu'il en jouisse, tel un volcan en éruption. À bout de force, Shion se laissa porter par l'eau qui le ramena dans les bras du Chevalier.

Ce dernier saisit une serviette pour y emmitoufler son amant, puis il ajouta :

- Je t'aime tellement… Je ne pense qu'à toi, je ne peux pas me passer de ta présence… de te toucher. Tu m'obsèdes !

- Cam…

- Chut ! Je te veux, mais je sais que toi tu en vois un autre…

- Non ! … Oui j'avoue que Dohko m'a longtemps plu à une époque, mais plus maintenant… de plus, il préfère les femmes…

- Vraiment ?

- Camus, serais-tu jaloux ?

- Tout comme toi tu l'as été de mon premier meilleur ami.

- Cam…

- Chut ! Je te laisse du temps pour y réfléchir. On a une nouvelle vie de paix qui devrait être longue, alors autant prendre notre temps.

- Mais ?

- Je n'aime pas savoir qu'une autre personne que moi dorme avec toi.

Shion sauta au cou de son amant et l'embrassa en souriant. Le Chevalier du Verseau disparut comme il était venu après avoir remis son Grand Pope au lit. Celui-ci ferma les yeux et s'endormit aussitôt.