Bonjour,
Merci encore de me suivre et de me lire. Enfin nous arrivons au jours J. Un long chapitre qui commence la réunion des dieux. Bonne lecture au mois prochain Biz Peace'.
Chapitre 7 : Jour J Sanctuaire d'Athéna.
Le représentant d'Athéna sur terre se réveilla tranquillement en ce samedi matin du mois de juin. Aujourd'hui allait être une journée importante pour beaucoup de monde, puisque les Dieux se réunissaient enfin après de longues périodes de conflits.
Il s'assit dans le lit, étirant bien ses bras au-dessus de la tête. À ses côtés, un mouvement sous les draps se fit sentir et une mèche de cheveux d'un noir de corbeau se déploya jusqu'à lui.
- Bonjour mon ange.
- Bonjour Seigneur Shion.
- Bien dormi ? Car aujourd'hui va être une dure journée.
- Oui et vous ?
- Mieux que je ne l'aurais pensé. Bon reprenons pour voir si tout est en ordre. Après on se prépare et au boulot.
La jeune fille hocha la tête pour approuver tout en finissant de se réveiller. Tous deux discutèrent encore un peu au lit pour revoir le programme de la journée puis ils finirent par se lever.
C'est à ce moment-là que le regard du Grand Pope croisa à nouveau la biographie du premier Chevalier du Verseau, et cela remémora au premier la visite et les derniers mots prononcés par l'actuel Chevalier. Au fond de lui, approuverait-il de voir une autre personne dans le lit de « son » amant ? Certainement pas, aussi pouvait-il comprendre ce que ressentait Camus en ce moment…
Alors tout en souriant, il rangea ce livre avec l'autre biographie qu'il lui tardait de lire au plus vite, intrigué qu'il était par ce qu'il pourrait apprendre sur son prédécesseur. En effet, suite à ce début de lecture de la biographie du premier Verseau, il ne put s'empêcher de constater des similitudes dans leur enfance : une naissance aisée avec un avenir prometteur, ruiné par la mort tragique et trop jeune de leurs parents alors qu'ils étaient encore tout jeunes.
Peut-être qu'en lisant l'autre biographie, celle de son prédécesseur, il y aurait des ressemblances entre leurs vies, même s'il en doutait un peu… Il en resta là de ses réflexions et parti se préparer. Une fois qu'ils furent prêts, ils sortirent de la chambre pour aller prendre un bon petit-déjeuner avant l'arrivée des convives.
À dix heures les premiers hôtes arrivèrent. Même si cela était une réunion de famille ça n'en restait pas moins une invitation officielle. Shion avait donc ordonné de mettre en place le protocole traditionnel qui comptait les étapes suivantes : dans un premier temps, les invités se devaient de monter toutes les marches du sanctuaire sans leurs pouvoirs ensuite, chaque groupe serait conduit auprès de la Déesse par un accompagnateur enfin, le Grand Pope serait là pour les accueillir en présence de la Déesse et en profiterait pour les présenter officiellement.
Le représentant sur terre d'Athéna avait désigné pour guide le Chevalier du Verseau, Camus. Au début, le Grand Pope avait été hésitant à le choisir, puis Noémie – qui de part sa fonction d'assistante du Grand Pope avait eu accès aux dossiers de chacun des Chevaliers – lui avait certifié que Camus était tout désigné pour cette tâche.
En effet, son dossier mentionnait bien le fait qu'il était intelligent, instruit et surtout qu'il avait une bonne capacité d'adaptation, ce qui était parfait pour l'occasion. Sans compter sa froideur et son port altier qui lui procurait une sorte d'aura de noblesse et de respect qui se dégageait constamment de lui.
Toutefois, l'argument de Noémie le plus percutant fut celui qui précisa que pendant des années, Camus avait été l'espion du sanctuaire. Il était donc le seul à connaître toutes les habitudes des autres sanctuaires.
Pour toutes ces raisons, le Grand Pope approuva la proposition de son assistante, ce qui lui prouvait une fois de plus qu'il ne s'était pas trompé dans son choix : « Elle est décidément très douée, cette petite ! » se dit-il.
Noémie compléta sa mission en allant requérir les services du Chevalier en personne. Ce dernier accepta volontiers de servir de guide aux convives, un rôle qu'il saurait prendre à cœur, avait-il précisé à Noémie. Elle n'en doutait nullement.
Aussi, quand Hadès – le Dieu des Morts – arriva accompagné des Demi-Dieux Thanatos et Hypnos ainsi que de sa sœur Pandore et des trois juges Rhadamanthe, Minos et Eaque, c'est tout naturellement que Camus – Chevalier d'Or du Verseau – les attendait à l'entrée du sanctuaire d'Athéna. Ce dernier ouvrit donc la marche aux sept convives et leur facilita ainsi la traversée des douze Maisons du Zodiaque.
Devant chacune des maisons, Camus demandait à son gardien l'autorisation de la traverser pour rejoindre la suivante, et chaque gardien accompagnait le groupe jusqu'aux marches du temple suivant. Telle était la procédure lors des grandes cérémonies.
En arrivant au treizième temple, celui de la Déesse Athéna, Camus dirigeait le groupe des invités vers la salle du trône et le confiait aux bons soins de son supérieur pour faire les présentations, car celles-ci étaient très protocolaires : il s'agissait pour le Grand Pope de clamer haut et fort le nom de chacun des invités puis, après de courtes civilités, il montrait à chacun d'entre eux où se trouvaient leurs places respectives.
C'est à ce moment-là que le onzième chevalier retournait à son poste pour aller chercher les prochains convives.
Après le clan du Dieu de la Mort, le sanctuaire accueillit celui de Poséidon. Camus fut ravi de revoir son ancien élève Isaak, même s'il n'en montra rien. Les deux hommes échangèrent à peine un regard. Mais Poséidon vit bien la fierté du Maître dans son regard.
Isaak était devenu un homme fort et un guerrier accompli. Poséidon était fier de son soldat, et même de tous ses soldats, mais comme le Maître des Glaces, il ne dirait rien et ne montrerait rien c'était dans leur nature, ils n'avaient pas été choisis par hasard pour représenter les maisons de l'élément aqueux.
Le Verseau resta concentré jusqu'au bout sur sa mission, et continua à accueillir tous les Dieux qui avaient répondu présent à l'appel d'Athéna.
Toutefois, les tous derniers invités se présentèrent d'eux-mêmes à la salle du trône, avant même que Camus n'ait eu le temps d'aller les chercher à l'entrée du sanctuaire. Et cette entrée fut plutôt fracassante.
Pendant ce temps, Shion s'ennuyait ferme debout devant sa Déesse. Depuis deux heures, il présentait les différents membres de la famille divine. Il se félicitait tout de même de l'organisation et des efforts fournis par Noémie en à peine un jour, et elle avait su respecter toutes ses directives et les faire appliquer sans anicroches.
Son regard engloba la salle du trône avec fierté. Ses chevaliers se tenaient bien malgré la présence de leur ancien ennemi, assis à côté d'eux.
La salle dans laquelle ils se trouvaient tous avait été agencée spécialement pour l'événement : elle avait divisée en trois parties. Le Grand Pope faisait face à la porte d'entrée afin de mieux voir les convives arriver de part et d'autre d'une allée centrale par laquelle Camus et les invités avançaient jusqu'à lui et la Déesse – installés sur une estrade en demi-lune où siégeait également l'ensemble des Dieux tout juste arrivés –, se trouvaient deux rangées de bancs où étaient assis les soldats. Sur sa gauche, une plate-forme avait été aménagée pour accueillir les prêtres et prêtresses accompagnant chacune des divinités en présence.
Il était notable de remarquer que ce dernier groupe comptait bien peu de membres, lui-même – Shion – se définissant autant comme un représentant religieux qu'un soldat, avec une préférence plus marquée pour la seconde catégorie.
En portant son regard sur l'assistance, ses yeux se posèrent plus particulièrement sur la prêtresse Pandore, sœur d'Hadès. Leur entrée fit tomber un silence de plomb sur toute la salle.
Après la dernière guerre, les accueillir ici, en leur présence, était un fait difficilement acceptable pour l'ensemble des chevaliers d'Athéna, pour autant, par respect pour leur Déesse, chacun d'entre eux avait consenti à faire un effort.
Le Grand Pope poursuivait son observation détaillée de ce groupe entièrement vêtu de noir, portant de grandes toges et s'avançant vers lui.
Il commença par Hadès, si majestueux, ses longs cheveux d'un noir de corbeau faisant ressortir le bleu profond et intense de ses yeux dans lesquels il était facile de se perdre sans commune mesure Hadès n'était certes pas le plus grand du groupe, pour autant toutes les attentions de la salle se tournaient vers lui, indifférent qu'il était à son environnement.
Outre cette couleur noire qui dominait sur l'ensemble du groupe, ce qui surprenait beaucoup en les voyant arriver, c'était aussi la taille de certains membres : les jumeaux dépassaient de facilement dix centimètres leur Dieu quant aux trois frères juges – Minos, Eaque et Rhadamanthe –, ils avaient sensiblement la même carrure que leur Seigneur enfin, seule Pandore dépareillée par sa petite taille. Shion se souvenait d'avoir lu quelque part que les hommes pouvait atteindre la taille d'un mètre quatre-vingt-douze lui-même se sentait petit face à eux, et ne parlons pas de sa Déesse qui était plus petite encore que la prêtresse d'Hadès.
Mais ce qui attira réellement l'attention du Grand Pope, ce fut de voir à quel point ces sept personnes étaient capables de montrer un visage noble, malgré la récente défaite subie face à leurs hôtes.
Cela avait été perçu de manière différente par l'assistance : dégoût, étonnement, voire respect.
Hadès s'avança d'un pas franc, soutenu d'un port altier et s'exprima ainsi :
- Ma très chère nièce, je vous remercie de cette invitation au nom du royaume des Enfers. Je sais combien il va être difficile pour certains d'entre nous de mettre de côté nos griefs, mais j'espère que cette journée nous permettra de mieux nous connaître et surtout de mieux nous comprendre.
- Mon oncle, je suis ravie d'entendre ce discours de votre part, s'étonna alors Athéna qui n'en espérait pas tant de son oncle.
- Croyez-moi ma nièce, la seule chose que je désire plus que tout, est la paix pour nos deux royaumes.
- C'est aussi ce que je désire, mon oncle.
Le groupe se scinda en trois afin que chacun regagne la place qui lui avait été attribuée : Hadès ainsi que les jumeaux avec les autres Dieux Pandore avec les prêtres et les trois frères avec les soldats du sanctuaire.
Le Grand Pope avait demandé aux chevaliers d'Athéna de s'asseoir un peu partout sur les bancs afin d'insérer entre eux les guerriers des autres sanctuaires. Minos et Eaque avaient pris place dans un coin, cote à cote, tandis que Rhadamanthe avait choisi un siège à la droite de Kanon, le Chevalier des Gémeaux.
Dans un premier temps, ce choix surprit le représentant d'Athéna, car il savait que ces deux hommes s'étaient affrontés jusqu'à la mort dans les Enfers. La surprise se dissipa rapidement quand il remarqua le très léger sourire qu'avaient échangé les deux hommes, ce qui le rassura un peu en quelque sorte.
Poséidon fit alors son entrée, suivit de ses trois subordonnés et précédé de Camus, comme toujours. Ce dernier s'écarta légèrement pour laisser passer le groupe. Le Dieu de la Mer avait une magnifique chevelure bleue qui encadrait un doux visage d'où ressortait le même regard profond et intense que chez son frère, précédemment arrivé. À l'instar d'Hadès, Poséidon portait également une toge assortie à ses cheveux.
Ses trois Chevaliers quant à eux avaient fait leur petit effet en pénétrant dans la salle : Sorrento, le plus grand et le plus âgé des trois, avait des cheveux d'un violet étincelant et des yeux couleur noisette Thétis – la seule fille, de la taille de Pandore à quelques centimètres près –, dévoilait une superbe crinière blonde et un regard bleu acéré, ce qui ne la rendait pas dénuée de charme enfin, Isaak, le plus jeune, avait très fière allure avec sa tignasse d'un vert flamboyant et son seul œil valide, tel un pirate.
Les trois soldats étaient habillés en civil, simplement vêtus d'une chemise blanche et d'un jeans noir pour les garçons et d'une chemise blanche et d'un pantalon en tissu noir pour la sirène.
Constatation faite de tout cela, Shion allait présenter les nouveaux invités quand son regard croisa leur guide, Camus. Ce dernier était radieux, et beaucoup d'autres dans la salle – comme Aphrodite et Milo – l'avait remarqué. Les trois Chevaliers d'Athéna avaient un sourire bienveillant envers leur homologue, visiblement très fier d'avancer aux côtés de son ancien élève, le Général Isaak.
Shion se réjouit finalement de voir le Chevalier du Verseau aussi heureux. En effet, le fait qu'ils se fréquentassent depuis quelques jours lui avait fait changer d'opinion envers son subordonné.
Dohko n'avait peut-être pas tort quand il le chahutait en lui disant qu'il avait plus qu'une simple affection pour le Maître des Glaces. Il est vrai qu'avec les préparatifs de cette journée, Shion n'avait pas pris le temps de penser à sa relation avec le Chevalier du onzième temple, mais il ne pouvait nier que plus il le regardait et le découvrait au quotidien, plus il était attiré par lui. Il sortit de sa contemplation quand Poséidon prit la parole :
- Ma nièce, je vous remercie pour votre invitation.
- De rien mon oncle, je suis ravie que vous l'ayez acceptée.
- Comment en aurait-il pu être autrement ? Je veux dire quand on parle de « réunion de famille » c'est toujours un plaisir de venir.
Athéna approuva d'un hochement de tête et eut un sourire franc envers son oncle qui le lui rendit. Le Grand Pope profita de cette occasion pour faire un signe de la main à Poséidon afin de lui indiquer sa place. Quant aux généraux, ils allèrent rejoindre les soldats déjà installés.
Avant de s'en aller, Camus voulut une dernière fois suivre du regard son ancien élève. À sa grande surprise et non sans un réel plaisir, il le vit s'asseoir à côté de Hyoga, un autre de ses élèves. Shion vit alors Camus repartir, toujours aussi digne, mais non sans avoir esquissé un très léger sourire de satisfaction aux commissures de ses lèvres.
Shion vit alors arriver la déesse Déméter accompagnée de sa suite, trois soldats et une prêtresse. Il s'en réjouit, car jusqu'à maintenant il pensait que seul Hadès faisait appel à leurs services. La divinité de la terre avait de magnifiques cheveux argentés aux reflets violet pale ; ils étaient si longs, qu'ils frôlaient le sol quant à ses yeux, ils étaient aussi bleus que ceux de ses deux frères. Enfin, elle portait une robe vert pale, brodée au fil d'or de motifs floraux.
Sa suivante avait la même robe qu'elle. Les deux femmes étaient d'une beauté à couper le souffle.
Les trois soldats, eux, étaient habillés de façon très simple. Tout comme les protecteurs de Poséidon, ils avaient opté pour une chemise blanche et un pantalon noir.
Ainsi vêtue et accompagnée, et semblant flotter au-dessus sol, la déesse s'avança majestueusement d'un pas fluide vers les membres de sa famille déjà installés derrière Athéna.
- Ma nièce, commença-t-elle à l'adresse de ses parents. Mes frères. C'est un plaisir de vous revoir après tout ce temps. Je suis ravie de vous retrouver tous en pleine forme.
- Ma tante, le plaisir est partagé. Vous-même avez l'air de bien vous porter.
- Je fais aller ma chère… je fais aller, murmura-t-elle la seconde fois, plus pour se convaincre que pour insister auprès de sa nièce…
Ses deux frères lui firent un signe de la tête en guise de salutation.
De manière fugace, Shion surprit un échange de regard – presque imperceptible pour l'assemblée – entre la Déesse de la terre et le Seigneur des morts. Si ce dernier détourna rapidement les yeux de sa sœur, la première ne s'attarda pas non plus. Mais ce qui intriguait le Grand Pope plus que tout, était la tristesse qui se lisait dans les deux regards fuyants. Il garda ça pour lui dans un coin de sa tête, en se promettant de mener un peu plus tard une petite enquête auprès de sa Déesse pour avoir le fin mot de cette histoire.
- Je vous présente mon général, Andros, et deux de ses élèves les plus doués, reprit Déméter. Et voici Callysta, ma prêtresse.
- Bonjour à vous tous et bienvenue dans mon sanctuaire. J'espère que vous vous y sentirez comme chez vous, répondit la déesse Athéna.
Une fois les présentations finies, chacun regagna sa place.
Callysta alla s'installer auprès de Pandore. Les deux jeunes femmes se dévisagèrent et se serrèrent la main en signe de salutation.
Shion reporta alors son attention sur les nouveaux arrivants : le dieu Apollon, accompagné de trois de ses soldats.
Le dieu du soleil portait bien son nom, car à son entrée la pièce s'illumina. Sa chevelure rousse flamboyante rayonnait de mille feux, comme si le feu solaire s'y était déposé pour suivre son maître où qu'il aille, afin de le protéger ou d'éclairer son chemin.
Son arrivée ne passa pas inaperçue, et c'était visiblement l'effet escompté.
Outre ses magnifiques yeux bleus, qui ne sont pas sans rappeler le lien qui unit les divinités présentes ce jour, ce qui impressionna le plus Shion, ce fut son immense stature. En effet, Apollon – avec son mètre quatre-vingt-dix-huit – était la personne la plus grande qu'il n'avait jamais vue jusqu'à ce jour.
Le Grand Pope porta ensuite son regard sur la garde rapprochée du Seigneur du soleil. Ils étaient trois soldats, un de chaque côté d'Apollon et un derrière, portant chacun une tunique blanche descendant à mi-cuisse, telle la tenue que portaient les habitants de la Grèce antique.
Perdu dans sa contemplation, il revint à la réalité en sentant la chaleur et la luminosité se dégageant du Seigneur du soleil – pourtant posté à quelques pas – sur lui.
Bien que positionné sur l'estrade divine, Shion pouvait regarder Apollon dans les yeux et ainsi mieux les admirer.
Il fut alors surpris de voir son vis-à-vis s'incliner dans une révérence des plus protocolaires devant les membres de sa famille et énonça d'une voix haute et ferme :
- Bonjour à tous, merci pour cette invitation.
- Bonjour mon frère, avec plaisir.
- Artémis doit-elle venir ? questionna-t-il plutôt hésitant.
- Elle le doit, affirma Athéna.
- Merci ma chère sœur.
Cet échange n'allant pas plus loin, le Grand Pope indiqua à chacun la place qui lui revenait.
Sur ces entrefaites, Camus revint dans la salle du trône accompagné de deux hommes.
Le premier était identifiable immédiatement, ses yeux bleus si caractéristiques trahissaient son ascendance, il faisait incontestablement partie de la famille divine.
En revanche, le second avait les cheveux et les yeux noirs, et malgré l'air sévère que cela lui donnait, on sentait une douceur sans commune mesure exhaler de son visage.
Les deux hommes portaient un pantalon de toile grise, accompagné d'une chemisette blanche. Après les avoir longuement dévisagés, le représentant d'Athéna les présenta aux différents convives.
- Déesse Athéna, je vous présente le dieu de la médecine Asclépios, et son compagnon Evander.
- Bonjour à vous deux, fit Athéna.
- Bonjour chère tante. Père. Grands oncles et grande tante. Ravi de vous voir, dit le châtain aux yeux bleus.
- Bonjour chère tante, oncle, grands oncles et grande tante. Moi aussi je suis ravi de vous voir, fit le brun.
- Tante ? interrogea Athéna.
- Oui il est le…
- Tais-toi PERE ! ordonna froidement Asclépios à Apollon. Si c'est pour dire des choses désagréables, pas la peine de te fatiguer. Evander est mon compagnon aussi bien dans la vie qu'au travail, car tout comme moi il est médecin. C'est tout ce qu'i savoir.
- Je suis bien d'accord, confirma Hadès.
Suite à cet échange houleux entre Asclépios et son père, plus personne n'osa bouger le moindre petit doigt, de peur d'irriter davantage les esprits. Athéna et Shion avaient clairement pris conscience que la situation était des plus conflictuelles entre les deux Dieux.
C'est alors que le Grand Pope remarqua un petit signe de la part du Chevalier du Verseau. Il comprit qu'en bon espion, Camus irait se renseigner dès qu'il aurait un moment. Shion le remercia d'un léger sourire et se dit qu'il aurait dû y penser plus tôt, il lui demanderait à l'occasion de s'informer du problème présent entre Hadès et Déméter.
Asclépios et Evander profitèrent de cette pause pour rejoindre leur place parmi les Dieux.
Le Grand Pope finissait sa contemplation du tableau familial se trouvant derrière la Déesse Athéna quand il entendit des bruits de pas et de cliquetis qui résonnèrent dans la salle.
En se retournant, il découvrit un jeune homme, dans la trentaine, plutôt bien mis, vêtu d'un simple pantalon gris et d'une chemisette blanche. Shion se demandait qui pouvait bien être ce parent d'Athéna, quand il se rendit compte qu'une aura rouge orangé se dégageait de la cuisse du jeune homme.
En prêtant plus attention, il vit un petit garçonnet d'environ cinq ans, portant une chemisette blanche, une cravate noire et un short couleur vert sapin, et dont la chevelure flamboyait telle celle d'Apollon.
Encore un trait divin, se dit-il ! Propre aux Maîtres du feu on dirait… À l'exception de ses yeux, ils sont d'un orange vif ! Héphaïstos, donc, je ne le pensais pas si jeune, se dit-il toujours pour lui-même.
Héphaïstos portait aussi des chaussettes blanches, remontées jusqu'aux genoux, et des tennis de couleur noire.
Ils ont eu raison de se vêtir léger avec des couleurs claires, étant donné le temps que nous promet Apollon pour le week-end, on ne va pas avoir froid, pensa-t-il encore dans sa tête.
Sorti de ses pensées, le Grand Pope vit s'avancer et s'incliner le trentenaire devant lui :
- Bonjour à tous. Déesse Athéna, je vous remercie pour votre invitation. Mes Seigneurs, Mes Dames, je vous présente le seigneur Héphaïstos. Je me nomme Alexandre et je m'occupe du jeune prince depuis environ un an.
- Bonjour Alexandre, bonjour Héphaïstos, fit la déesse Athéna dans un sourire bienveillant à l'attention du garçonnet.
- Bonjour, répondit intimidé le jeune Héphaïstos, avant d'aller se blottir contre la jambe de son précepteur tout en lui prenant la main.
- Comment se fait-il qu'Héphaïstos n'ait que cinq ans ? Et que vous n'êtes avec lui que depuis un an ? s'étonna Athéna.
- D'abord, sachez que mes recherches m'ont permis d'aboutir à la conclusion suivante : la plupart d'entre vous n'est pas revenu sur Terre en même temps que les autres en moyenne beaucoup se sont manifestés il y a une quinzaine d'années, mais il est difficile d'établir une chronologie précise. En ce qui concerne mon jeune maître, Héphaïstos, il semble que son retour eut lieu plus tard que vous autres. Il apparaît que cette régulation sur Terre qui assure votre retour soit liée à la gestion du cosmos-énergie. Trop d'un coup pourrait être fatal à la planète.
- En effet, confirma Déméter, notre Terre souffre de multiples maux parmi lesquels notre existence et les batailles qui nous déchirent et qui font rage un peu partout.
- C'est pour cela que nous sommes ici pour y remédier,affirma Hadès.
Tous les dieux hochèrent la tête en signe d'acceptation.
- Mais poursuis donc, ajouta Déméter d'une voix douce l'appelant à continuer.
- Merci. Pour répondre à votre seconde question, Déesse Athéna, j'ai rencontré le Seigneur Héphaïstos il y a un peu plus d'un an, quand son ancien gardien – un soldat terrassé par la maladie – est venu me trouver pour prendre la relève et veiller à l'éducation du jeune Dieu.
- Êtes-vous un guerrier ? demanda Shion.
- Non, mais je sais me défendre et je m'entraîne tous les jours, expliqua le trentenaire.
- Je vois, soupira le Grand Pope.
Un silence gêné s'installa et là encore, plus personne n'osa ouvrir la bouche. Les personnes ici présentes semblaient vouloir remercier le destin qu'un si jeune enfant n'ait pas été mêlé aux dernières guerres sanglantes qui ont fait rage récemment.
Shion finit par indiquer d'un geste de la main où devaient se placer l'homme et l'enfant. Exceptionnellement, étant donné les circonstances, on avait autorisé un humain à s'asseoir parmi le panthéon, uniquement parce que le jeune Héphaïstos avait besoin d'un visage connu au milieu de tous les membres de sa famille qu'il connaissait à peine.
Deux heures s'étaient écoulées, et visiblement tous les Dieux et Déesses avaient répondu à l'appel, sauf évidemment celles et ceux qui n'étaient pas encore revenus sur Terre. Alexandre l'avait bien expliqué, s'ils étaient tous revenus en même temps, cela aurait pu causer un désordre.
Au moment où Camus allait quitter à nouveau la grande salle, il remarqua la présence de quatre inconnus pressant le pas et se dirigeant vers le Grand Pope, bientôt suivis par ses onze coreligionnaires. Surpris par cette arrivée massive, Shion cessa toute activité.
Le groupe se composait de deux adolescentes de dix-sept ans encadrées par deux hommes. Un de leur âge, et l'autre ayant dans la trentaine apparemment.
Shion commença par détailler les jeunes filles.
La première à attirer son attention fut celle qui ressemblait le plus à sa Déesse : de taille moyenne – environ un mètre soixante –, de longs cheveux argentés tombant au sol, les mêmes yeux bleus et resplendissants que le reste de sa famille, et un sourire rayonnant.
Elle portait une robe de soie bleu clair qui s'accordait parfaitement à sa physionomie.
Quant à la seconde, aucun doute sur son lien de parenté avec la première : même corpulence et mêmes yeux, des sœurs, incontestablement.
Les seules petites différences venaient de la couleur de ses cheveux, d'un rose pâle, et des traits de son visage.
Pour harmoniser le tout, cette demoiselle portait une longue robe argentée.
Les deux jeunes femmes s'étaient parées de bijoux somptueux, en or pour la première et en argent pour la seconde, assortis à sa robe.
Ensuite, le Grand Pope porta son regard sur l'adolescent. De même taille que le Dieu des morts et que lui-même, le jeune homme arborait une magnifique crinière rouge-orangé – semblable à celle des Dieux du feu – qui descendait jusqu'au sol comme celle de sa sœur, avait des yeux couleur noisette et portait un costume noir, une chemise blanche et une cravate noire.
Il finit son tour d'horizon de ce petit groupe par l'homme le plus âgé et qui semblait accompagner la fratrie. Il le reconnut immédiatement, car quelques jours plus tôt il avait consulté son dossier. Un homme pour lequel il éprouvait une certaine jalousie, il devait bien l'admettre…
Avoisinant une taille proche de celle d'Apollon – environ un mètre quatre-vingt-dix-huit –, ce guerrier était affublé d'une tenue identique à celle de son maître. Ses cheveux d'un noir de jais, tout comme ses yeux rappelant ceux du docteur Evander, lui donnaient un air sévère.
Shion se sentait un peu confus face à cet homme au port altier, d'une certaine noblesse et dégageant une forme d'aura de supériorité, comme s'il se trouvait face à un « jumeau » de Camus. Déstabilisé un court instant, le Grand Pope se mit au défi lui-même d'apprendre à le connaître, après tout, il avait bien réussi avec Camus.
Le serviteur d'Athéna lâcha sa contemplation quand le jeune homme s'approcha pour prendre la parole :
- Bonjour à toutes et à tous. Toutes nos excuses, ma sœur, pour cette entrée sans cérémonie, mais il semblait que nous étions les derniers à être attendus, aussi nous sommes venus directement accompagnés de vos Chevaliers pour ne pas perdre de temps.
Interloqué, Shion figea son regard sur l'adolescent avant qu'une chose incroyable ne se produise. Du haut de ses cinq ans, le jeune Héphaïstos quitta sa place pour se jeter dans les bras du jeune homme qui le souleva et l'étreignit avant d'être rejoints par sa sœur aux longs cheveux argentés. Le jeune Dieu se lova alors dans les bras de la jeune fille qui l'enlaça d'amour.
À ce moment-là, Apollon esquissa un mouvement pour rejoindre le groupe de jeunes, mais la seconde sœur – dans un geste de peur et de dégoût envers ce dernier – saisit le bras du guerrier les accompagnant. Le Dieu du soleil compris, et dans un mouvement de tristesse, il reprit sa place, déçu.
Le Grand Pope observa la scène incrédule avant de sentir derrière lui une présence. Le guerrier avait récupéré le jeune Dieu des bras de ses proches pour le faire remonter sur l'estrade divine. Tout content, Héphaïstos retourna s'asseoir à sa place. Sur ces entrefaites, l'homme se rapprocha des trois adolescents avant de prendre la parole en leur nom.
- Bonjour à toutes et à tous. Alexandre, mes Seigneurs et moi-même vous remercions pour tout ce que vous faites depuis un an pour le Seigneur Héphaïstos, fit le brun.
- Ce n'est rien… murmura le dit Alexandre avant de se faire couper.
- Si, vous n'avez pas idée à quel point nous tenons au jeune Seigneur. Et si nous avions su plus tôt, nous vous aurions déjà contacté. Déesse Athéna, merci pour votre invitation à cette « réunion de famille » au nom de la Paix. Toutefois, sachez quand même Seigneur Apollon que si vous faites quoi que ce soit que ma déesse désapprouve, je ne ferai pas grand cas de cette paix. Me suis-je bien fait comprendre ? continua le brun.
Alors que les soldats du dieu soleil allaient se lever pour riposter à cet affront fait à leur maître, celui-ci leur fit un signe de la main afin de leur ordonner de s'asseoir.
- J'ai très bien compris et j'approuve ton initiative, guerrier. Je veux… répondit Apollon.
- Je comprends Seigneur Apollon, mais elle n'est pas prête, coupa le guerrier.
Alors que l'assistance resta médusée face à ces échanges un peu houleux entre le guerrier et Apollon, Shion quant à lui n'en avait pas perdu une miette, très attentif à chaque mot et à chaque geste.
C'est alors qu'un raclement de chaise résonna dans toute la salle. Le Grand Pope se retourna pour voir le Dieu Asclépios se déplacer d'un siège et laisser le sien à la jeune fille aux cheveux rose. Cette dernière accepta son invitation à s'asseoir entre eux, et se précipita vers lui.
Elle semblait voler pour le rejoindre quand elle fut coupée dans son élan par leur protecteur à tous les trois.
- Jeune fille ! Vous pourriez au moins vous présenter avant d'aller vous asseoir, c'est la moindre des politesses. Je ne crois pas vous avoir si mal élevée, expliqua le chevalier.
- Oui, pardon… Je suis Artémis, Déesse de la lune et de la chasse. Je vous remercie ma chère sœur de nous avoir invités et permis de revoir certains membres de notre famille que nous n'avions pas vus depuis longtemps.
- Avec plaisir ma sœur, je suis ravie de vous rencontrer tous les quatre.
L'homme retira sa main de devant Artémis, celle-ci le regarda tout en s'inclinant avec respect, puis partit rejoindre son neveu et son conjoint. Ravis de l'avoir auprès d'eux, les deux hommes enlacèrent l'adolescente tendrement avant de s'asseoir.
Shion porta à nouveau son regard sur les adolescents et leur protecteur. Les deux jeunes gens étaient ravis de ces retrouvailles.
Le jeune homme attrapa la main de sa sœur et s'approcha du Grand Pope.
- Bonjour, je vous présente Aphrodite, Déesse de l'amour, et voici Méthos, notre chevalier. Quant à moi, je suis Arès, Dieu de la guerre.
Tous trois s'inclinèrent pour saluer l'assistance, puis les jeunes Dieux rejoignirent leurs semblables.
D'une poignée de main ferme et respectueuse mais peu chaleureuse, Arès salua les médecins plus amène, Aphrodite les embrassa chaleureusement.
Shion perçut que malgré tout, il y avait un certain malaise entre eux.
Enfin, les deux médecins adressèrent un sourire sincère à Méthos avant que ce dernier n'aille s'installer avec les autres chevaliers. Une dernière fois, Shion dévisagea ce guerrier qui n'était autre que l'ami d'enfance de Camus et qui fut autrefois son premier amour. Le Grand Pope ne put s'empêcher d'avoir un pincement au cœur en y pensant.
Au moment d'aller prendre sa place, Méthos ajouta :
- Chevaliers d'or d'Athéna, allons-nous asseoir ! Votre Déesse pourra ainsi nous parler à tous.
En regagnant son siège, Méthos frôla Camus, presque intentionnellement, et ce dernier sourit en le voyant faire. Les deux hommes s'installèrent côte à côte, ce qui renforça le sentiment de jalousie du Grand Pope.
À ce moment-là, Athéna se leva et prit la parole :
- Bonjour à tous, chers membres de ma famille. Soldats de tous les sanctuaires. Prêtresses. Merci d'avoir répondu à mon invitation. Après toutes les guerres que nous avons affrontées, je souhaitais vous soumettre un traité de paix afin de pouvoir vivre heureux tous ensemble. D'ailleurs, mon père, Zeus, est d'accord avec moi et m'a demandé de tous vous réunir ici et d'attendre son arrivée pour signer les papiers.
Une chaise racla le sol et tout le monde se tourna vers le bruit. Méthos était debout, il allait parler quand il fut coupé.
- Et quand doit-il arriver ? questionna Arès.
- Ce matin, il m'a fait savoir qu'il ne pourrait pas venir aujourd'hui et m'a demandé de vous héberger jusqu'à son arrivée.
Un murmure se propagea dans toute l'assistance et Méthos allait encore essayer de s'exprimer quand son seigneur reprit la parole :
- Méthos, assieds-toi et tais-toi ! ordonna le dieu de la guerre.
Celui-ci s'exécuta. Plus personne n'osa bouger dans la salle et les convives restèrent en silence à écouter le jeune Seigneur aux cheveux rouge-orangé poursuivre :
- Nous allons donc rester là et attendre notre roi, c'est la moindre des choses.
- Bien, merci à tous, répondit-elle avec un sourire. En attendant, mes chers invités, je vous propose d'aller nous restaurer.
Tout le monde se leva par ordre protocolaire pour se rendre dans la salle de réception et déguster le repas.
La Déesse Athéna parut soulagée de ne pas avoir à se justifier sur le retard de son père.
