Bonjour,

Je m'excuse du retard je n'ais pas vu les jours passer. 😊.

Aujourd'hui un long chapitre qui conclut cette longue journée du mercredi, qui a été forte en émotion jusqu'à maintenant. Bonne lecture à bientôt Peace'.


Chapitre 15 : J+4 (3)

Après s'être détendu aux thermes et avoir pu enfin approfondir sa relation avec le chevalier du Verseau, Shion était retourné travailler dans son bureau. Mais finalement, il n'avait pas vraiment la tête à ça.

Ses pensées vagabondaient encore auprès de son bien-aimé, imprégnées de caresses et de doux baisers. Dans son imagination la plus folle, à aucun moment il n'aurait envisagé leur première fois de cette façon, et quoi qu'il puisse arriver par la suite, il ne regrettait rien de ce qu'il s'était passé dans les thermes.

Ses pensées se tournèrent par la suite vers Méthos et ses explications sur l'implication des dévots dans le maintien en vie des différentes Divinités peuplant la Terre. En deux-cent-cinquante ans d'une vie riche et bien remplie, il n'avait jamais envisagé que ces dernières pouvaient se nourrir – comme disait Méthos – par le biais de prières et de cultes voués à leur personne. Il se rendait surtout compte que pendant tout ce temps, ou presque, il était resté cloîtré bien trop longtemps dans son sanctuaire, coupé du monde extérieur et vivant du simple fait de ses acquis, lisant des livres bien trop obsolètes, apprenant de manière mécanique ce qui était écrit dedans, sans vraiment chercher à comprendre ce qu'il se passait tout autour de lui, à démystifier la réalité, à être dans l'actualité. Et pour tout cela, il trouvait pertinent de consigner cette vérité sur un document qui serait transmis à ses successeurs, comme l'avait fait le premier Grand Pope.

Il repensa subitement à toutes ces personnes qu'il a pu côtoyer au cours de sa longue vie – hommes, femmes, frères d'armes, divinités – et pour lesquelles il portait un jugement des plus hâtifs, des plus erronés, se fondant juste sur une intuition, une observation, sans même attendre de vraiment connaître la personne : Aphrodite des Poissons, par exemple ou encore Camus, son cher et tendre Camus, cet amant qu'il pensait aussi froid que son pouvoir de glace et qui s'est finalement révélé être plus chaud qu'une tempête tropicale, plus passionné qu'un amant transi d'amour.

Au loin, résonnèrent les coups puissants de l'immense horloge du sanctuaire : « 20 heures ! Déjà ! se dit-il ». Le retour à la réalité fut plus difficile qu'il ne l'aurait pensé, toutefois sa pause s'était éternisée au-delà de ce qu'il pouvait se permettre en ce moment. Des convives prestigieux mais surtout très exigeants étaient toujours présents dans le sanctuaire d'Athéna, attendant désespérément que le Grand Seigneur et Maître se manifeste enfin. Mais pour l'heure, le repas, les invités et ses frères d'armes n'allaient pas l'attendre longtemps avant que tous les plats ne soient vides.

Comme d'habitude, le dîner se passa bien, aucun éclat de voix significatif n'était à déploré. Et pour cause, Shion veillait au grain, et sans sa petite Noémie qui lui était pleinement dévouée, rien ne pourrait se passer comme prévu – dans la mesure du raisonnable, bien entendu.

Seule ombre au tableau en cet instant, son regret de ne pouvoir davantage converser avec son amant toutefois la joie se dessina sur son visage quand leurs regards se croisèrent plusieurs fois ce soir-là et que Camus manifestait un demi-sourire sur les lèvres à ce moment précis.


À l'autre bout de la table où était assis Camus, se trouvait le Chevalier du Phénix. Depuis qu'il s'était attablé, il n'avait plus décroché un mot, fixant un Chevalier du Poisson des plus radieux, des plus enthousiastes. Ce bonheur, Aphrodite ne le devait qu'à une personne, à Ikki lui-même, ici présent. En effet, l'après-midi ne s'était pas vraiment terminé comme le Phénix l'avait envisagé, et d'apprendre de la bouche du chevalier d'Or que ce dernier était amoureux de lui lui avait asséné un sacré choc. Et c'était sans compter le passage à l'acte – non qu'Ikki ne fût un débutant, mais avec un autre homme, et hiérarchiquement plus haut placé de surcroit –, tout cela l'avait laissé pantois. Pour autant, il n'avait pas trouvé ça si désagréable et c'est là que se situait son désarroi, devait-il minorer ce qui s'était passé dans les thermes et ignorer Aphrodite jusqu'à la fin de son séjour ici, ou au contraire, devait-il laisser éclater au grand jour cette révélation : peut-être avait-il vraiment aimé cette expérience avec le Poisson ?!

Une fois le repas fini, pendant que chacun retournait vaquer à ses occupations habituelles – jeux de cartes, jeux de société –, Ikki vit son attention attirée par un groupe en particulier, des hommes regroupés autour d'un seul, bien central, qu'ils courtisaient ouvertement. L'homme au milieu s'en amusait beaucoup, mais n'y prêtait pas la moindre attention non plus.

- Pour lui, c'est ce qu'on appellerait la rançon du succès et de la beauté. Il n'y peut rien, tu sais, il est beau et tout le monde est attiré par lui, mais lui n'a d'yeux que pour toi…

- Hein ?! Mais de quoi je me m… ! cria le chevalier de Bronze, excédé que tout le monde se mêle de sa vie.

Mais il ne termina jamais sa phrase, car en se retournant vers la voix féminine qui arrivait par derrière, Ikki reconnue la Déesse de l'Amour qu'il avait croisée pas plus tard que cet après-midi.

- Heu… Je… Pardon, Déesse Aphrodite, je…

Confus, le Chevalier du Phénix se confondait en excuses car la dernière fois justement, il lui avait déjà mal parlé tout en lui criant dessus.

- Ce n'est rien ! Mais pense à ce que je t'ai dit,sourit la jeune fille.

Aphrodite l'abandonna à ses pensées, tout comme son amant de quelques heures l'avait fait un peu plus tôt. Tout ceci n'était pas pour arranger les affaires du chevalier qui restait une fois de plus dans l'impasse.


Parmi toutes les obligations de Shion en tant que « maître de cérémonie et organisateur d'événement » il en est une des plus contraignantes, être debout avant tout le monde et couché après tout le monde. La petite scène entre la Déesse de l'Amour et le Chevalier du Phénix ne lui avait pas échappée non plus, mais des affaires plus urgentes et plus importantes à l'instant l'appelaient ailleurs. Et ce soir-là, comme tous les autres depuis que tous les convives étaient là, il entrait dans sa chambre très tard dans la nuit en espérant pouvoir se reposer un peu.

Mais une fois allongé dans son lit, il ne trouvait pas le sommeil. Il se pencha alors vers sa table de nuit, attrapa la biographie du premier Grand Pope et en lit une partie afin de trouver le sommeil, reprenant là où il s'était arrêté la dernière fois :

Mais avant tout, remontons à ma naissance. Ma mère est la Déesse Athéna et mon père, le Dieu Poséidon. Je ne sais pas comment ils en sont arrivés là, mais tout ce que j'ai compris, c'est que Zeus avait fait savoir que sa chère et tendre fille Athéna ne devait pas être souillée par un homme quel qu'il fût sous peine de mort, et quant à la Déesse, elle serait enfermée pour l'éternité.

Aussi, quand Athéna comprit qu'elle m'attendait, elle prit peur et partit avertir Poséidon. Une longue discussion entre eux se solda par la décision de tuer l'enfant à sa venue au monde.

Je naquis en hiver dans le temple de mon père au Cap Sounion. Mes parents me posèrent sur l'autel du temple et le Dieu des Océans éleva un glaive au-dessus de moi pour me frapper en plein cœur, tel un sacrifice humain.

Alors qu'il allait abattre sa main armée sur moi, je fus enlevée et sauvée par un autre Dieu ce n'est que plus tard que j'appris de sa bouche qu'il avait été guidé par mes pleurs, comme une voix qui l'avait appelé à l'aide et qu'il ne pouvait ignorer. Pour le moment, je tairai son nom car tu ne pourrais pas comprendre et surtout tu ne voudrais plus poursuivre la lecture de ma lettre, or j'ai besoin que tu continues à lire.

Donc après m'avoir délivrée du destin funeste que l'on m'avait réservé dès la naissance, mon sauveur ne se sentant pas capable de m'élever décida de me placer dans un endroit sûr. Pour cela, il m'emmena dans le temple de ma mère qui se trouvait dans la région de la ville qui porte son nom, Athènes en effet, quel meilleur endroit pour me cacher que celui se trouvant sous le nez de celle qui me cherchait.

Il me déposa au pied du nouveau sanctuaire en construction au nom d'Athéna, après avoir soigneusement enfoui mon héritage au plus profond de ma personne afin que je paraisse la plus humaine possible aux yeux de tout le monde. Là, il frappa sur l'une des grandes portes et quand il fut certain que quelqu'un viendrait me chercher, il partit se cacher pour vérifier que l'on me récupérât bien. Quelle ne fut pas sa surprise quand il vit que c'était la Grande Prêtresse du domaine en personne qui ouvrit la porte et décida de me recueillir.

En effet, elle m'adopta, me couvrit d'amour, s'occupa de moi comme si j'étais sa fille légitime, et malgré tout le travail que lui conférait sa haute fonction, elle a toujours su trouver un moment pour être présente pour moi dès que j'en avais besoin.

Tu dois savoir combien la fonction de dirigeant du Sanctuaire est difficile. Mais sache qu'à l'époque il n'existait que le treizième temple et tous les Chevaliers n'étaient pas encore là. Je t'expliquerai au fur et à mesure de mes écrits l'évolution de ce lieu qu'est désormais ton nouveau foyer.

Comme je l'ai mentionné plus haut dans mon récit, le sanctuaire était en chantier à mon arrivée, seules les dalles des différentes maisons zodiacales étaient placées à terre pour délimiter le terrain.

Pour mieux comprendre la genèse de cette histoire, il faut reculer de dix années en arrière, lorsque ma mère légitime, Athéna – que je nommerai par la suite « Athéna » ou « la Déesse » pour plus de commodités – apparut à ma mère adoptive, Illyrie – que je nommerai quant à elle « Illyrie » ou « ma tutrice » pour mieux les différencier – prêtresse du Parthénon, le premier grand temple construit par les humains pour obtenir la protection de la Déesse sur leur ville d'Athènes.

La Déesse demanda à Illyrie de partir à l'extérieur d'Athènes pour trouver un endroit où lui construire un domaine afin d'y accueillir son armée ainsi que ses prêtresses les plus dévouées. Elle lui proposa de devenir la dirigeante de ce domaine, le temps pour elle de trouver la bonne personne, celle qui aura un cosmos – énergie semblable au Big bang et qui accroît la force – assez puissant pour la représenter sur terre, voire pour devenir l'enveloppe charnelle qui pourrait l'accueillir si besoin était. Athéna expliqua à ma tutrice qu'elle était certes puissante, mais pas assez pour l'accueillir en elle sans en mourir.

Selon les dires de la Déesse, il était très important que l'enveloppe charnelle qui l'accueillerait fût très puissante pour pouvoir lutter contre les Titans notamment. En effet, jusqu'à présent, la terre était considérée par les Dieux comme le jardin du Titan Cronos, mais depuis que son père Zeus et ses oncles Poséidon et Hadès – aidés d'autres Dieux – avaient réussi à battre les Titans, ces derniers se battaient pour posséder la planète afin d'avoir un peuple qui les vénérerait.

Zeus lui avait demandé de protéger la terre et d'en faire une zone neutre qu'aucun Dieu ne pourrait posséder. C'est pour cela qu'Athéna désirait un territoire à elle, avec une armée et des fidèles.

Aussi, depuis dix ans, Illyrie s'activait à réaliser les vœux de sa Déesse. Elle finit par trouver un vaste territoire situé à environ une demi-journée de marche de la ville d'Athènes, dans un cadre idyllique avec un lac alimenté par une rivière – ce qui constituerait un point d'eau fraîche et naturelle facilement exploitable par les futurs locataires du domaine. Éloigné de toutes villes et de toute vie humaine, ce lieu serait ainsi à l'abri des yeux indiscrets et protégé de possibles ennemis.

Afin que le secret de ce sanctuaire reste préservé de l'Attique, ma tutrice fit appel à des bâtisseurs venant d'une autre région. Mais avant qu'un plan définitif du domaine ne puisse être envisagé, de nombreuses tractations ont eu lieu avec les simples mortels d'une part, puis avec Athéna en personne d'autre part. Enfin, les ouvriers purent commencer les travaux en posant les premières chapes, correspondant à l'emplacement final des différents temples, et s'activèrent en priorité sur le treizième temple afin de pouvoir accueillir les premiers occupants du domaine dans les plus brefs délais.

À ce jour, vingt-cinq ans plus tard, le sanctuaire est presque terminé, mais je reviendrai sur ce point par la suite.

Je grandis donc au milieu de ce chantier, passant les trois premières années de ma vie dans l'enceinte du domaine. J'appris à marcher sur le parvis du treizième temple, mais c'est dans la onzième maison que je me foulai la cheville quelques années plus tard.

J'ai tellement de souvenirs dans ce domaine. Le jour de mes trois ans, ma tutrice fit venir des précepteurs qui m'apprirent tout ce dont j'avais besoin de savoir pour devenir une personne érudite et de bonne éducation.

C'est aussi à cette époque que je commençai à apprendre mon futur métier, celui de prêtresse d'Athéna en apprenant et en chantant des cantiques en son nom.

Un an après avoir commencé mes leçons, je maîtrisais déjà la lecture et l'écriture, ma tutrice comme mes précepteurs me trouvaient très en avance pour mon âge – sûrement que mon ascendance divine y était pour quelque chose !

Je pourrais rédiger ici une suite sans fin de mes innombrables souvenirs d'enfance au sein de ce sanctuaire en construction, mais mes propos ici ont une toute autre vocation comme tu le découvriras par la suite. Toutefois, un dernier souvenir me revient au moment où j'écris ces quelques mots.

Un jour que j'étais grandement fatiguée – par les études et les entraînements –, je partis me promener dans le Sanctuaire. Après une bonne heure de marche, j'arrivai aux limites du domaine pour les franchir et m'approcher près d'un lac.

Subjuguée par la beauté de l'endroit, je courus à travers une vaste plaine herbeuse jonchée de fleurs vers cette magnifique étendue d'eau. Une fois déchaussée, je trempai mes pieds dedans, et les sensations étaient plutôt agréables.

Très vite, des frissons commencèrent à me parcourir le bas des jambes, et avant de finir complètement frigorifiée, je retirai mes pieds de l'eau stagnante pour aller les sécher dans l'herbe avoisinante. Tout était calme, le silence environnant m'apaisait, cependant je sentais comme une présence non loin de moi.

En me retournant, quelle ne fut pas ma surprise en découvrant un homme, vêtu de noir, assis près du lac et qui m'observait. Il s'agissait du Dieu qui m'avait sauvée du sacrifice qu'allaient accomplir mes parents biologiques.

Plus je m'approchais de lui, et plus il me fixait de ses grands yeux noirs et perçants. Une fois à sa hauteur, je lui souris :

- Puis-je m'asseoir ? demandai-je.

Pour toute réponse, il me fit un signe de la main en désignant l'endroit où je pouvais m'installer. J'ajoutai tout en m'asseyant :

- Merci… pour tout.

L'homme restait là, à mes côtés, ne disant toujours rien. Puis, au bout d'un moment, un vent léger se leva me donnant des frissons, alors il enleva sa veste pour la poser sur mes épaules et prit la parole :

- Tout va bien pour toi ?

- Oui… personne ne sait qui je suis vraiment.

- Je ne parlais pas forcément de ça.

- Je sais, je voulais juste vous rassurer.

- Hum !

- Et pour vous, est-ce que tout va bien ?

Il ne répondit rien et me sourit. Nous restâmes encore un peu assis sans parler. Quand je vis que le soleil avait bien avancé sa course dans le ciel, je repris la parole :

- Je dois y aller… Vous reverrai-je ?

- Je passe parfois… ou quand tu m'appelles, comme aujourd'hui.

- Je ne vous ai pas appelé, lui fis-je surprise.

- Si, inconsciemment… j'ai l'impression que nous sommes liés, ajouta-t-il pour conclure.

Sur ces dernières paroles, il se leva et disparut, quant à moi je rejoignis le treizième temple.

À partir de ce jour, nous nous revîmes assez souvent près du lac et je demandai à ma tutrice de faire construire une rotonde à cet endroit pour qu'on puisse s'y reposer. Bien entendu je ne lui avais pas parlé des visites de mon « sauveur ».

Lors de l'une de nos nombreuses discussions, il m'avait expliqué que les dieux avaient la capacité de se rendre invisibles aux yeux des humains. Parfois, certains d'entre eux possédant un cosmos suffisamment puissant pouvaient les voir ou encore devenir une enveloppe charnelle pour les incarner sur terre. Il précisa également que je faisais partie de cette seconde classe d'humain et que mon héritage divin – bien que latent – me conférait également le statut de Déesse, je serai donc toujours en capacité de le voir. Je compris donc cette fois-là que ma tutrice ne pouvait pas voir les dieux ; ce qui se confirma un jour qu'elle m'accompagnait au lac, il nous rejoignit mais elle ne le vit pas.

Les mois passèrent ainsi, je travaillais beaucoup, j'apprenais à ouvrir mon esprit au cosmos et à la prêtrise.

Le jour de mes cinq ans, Illyrie vint me parler des Chevaliers d'Athéna et de l'importance de leur présence auprès de notre Déesse elle m'expliqua aussi ce qu'elle attendait d'eux en matière de force et de valeur. Pour toutes ces raisons, je décidai donc d'accompagner Illyrie et de l'aider à tous les trouver.

Ne sachant pas par où commencer, je m'étais rendue à la rotonde et avais appelé mon protecteur. Nous discutâmes un moment quand tout à coup, un garçon de mon âge environ apparut sur le seuil de la rotonde. Nu, portant ses vêtements mouillés dans ses bras, il sursauta et cria, surpris de trouver quelqu'un dans cet abri de fortune au milieu de nulle part. Nous sommes restés de marbre, nous détaillant mutuellement pour savoir qui d'entre nous parlerait le premier. Il était d'une taille normale, peut-être un peu plus grand que moi, coiffé de cheveux dans les tons bleu vert et nous fixait de ses grands yeux bleus pour son âge. Le fait qu'il pût rester droit dans cette situation, à nous dévisager malgré la gêne, me fit penser qu'il devait venir d'une famille aisée – cette information me serait confirmée bien plus tard. Son regard était empli de curiosité et d'émerveillement pour nous. Je pense que notre présence l'impressionnait, et cela me fit sourire.

Shion ferma le livre sur ces derniers mots, et son sommeil ne s'en trouva pas mieux pour autant. De nombreuses questions trottaient dans sa tête.

Comment était-ce possible ? Athéna, si pure, celle à qui il était dévoué, avait eu un enfant de son propre oncle, Poséidon, son ancien ennemi. Ça semblait incroyable, et pourtant c'était écrit là, noir sur blanc, de la main même de cet enfant. Quel intérêt aurait le premier Grand Pope à raconter des bêtises, à mentir sur sa propre histoire ? Rien, surtout que le récit du premier Chevalier du Verseau semblait corroborer ses dires.

Les premières phrases de chaque ouvrage étaient les mêmes et visiblement là, le passage s'arrêtait à leur rencontre. Shion avait du mal à y voir clair dans tout ça – sans compter que vu l'heure et sa journée passée, il tombait de fatigue –, pour autant, de nombreuses questions se bousculaient dans sa tête. « Qui était cet homme vêtu de noir dont ils parlaient tous les deux sans jamais citer son nom ? Et d'ailleurs pourquoi faire un mystère de ce nom ? Un Dieu, visiblement, mais qu'aurait-il donc à cacher ? Et cette femme, le premier Grand Pope, qui était-elle ? Et était-elle encore en vie sur terre ? Une Déesse elle aussi, apparemment ! » Devait-il en parler à Camus ? Ou à Athéna ? Non, pas encore. Il devait poursuivre sa lecture d'abord, pour être sûr de ce qu'il avancerait comme éléments probants concernant ces deux chevaliers. « Ne pas se fier à ce que l'on sait ou que l'on croit savoir, se dit-il. »

En y repensant bien, il trouvait autant de similitudes entre les deux Chevaliers du Verseau, qu'entre le premier Grand Pope et lui. Tous deux étaient nés dans des familles hors du commun, pourrait-on dire elle, fille de deux divinités lui, héritier immortel d'un peuple dont on disait qu'il défiait sans cesse les Dieux, les Atlantes. Et pourtant, ils auront grandi incognito au milieu des mortels, se fondant dans la masse jusqu'à ce qu'ils trouvent leur voie.

Mais l'heure n'était plus aux spéculations, il se faisait déjà tard et une nouvelle longue journée l'attendait dans quelques heures. Il ferait des recherches de son côté, et en attendant, il se promit de consacrer davantage de temps à la lecture de ses manuscrits. Il finit par s'assoupir en repensant à ces mystérieux personnages, puis à Camus dont le sourire imprégnait désormais ses souvenirs.