Bonjour,

Aujourd'hui je vous propose un chapitre très tranquille où la Déesse Athéna et Shion visite enfin le sanctuaire alors bonne promenade. Biz Bonne lecture Peace'.


Chapitre 23 : J+7 (2)

Comme il l'avait promis à Athéna le matin même, Shion l'attendait à l'entrée du treizième temple. Il était d'assez bonne humeur, et de sentir ce soleil lui frapper le visage lui rendait le sourire.

Là, en cet instant, il était serein, il venait de laisser les rênes à Noémie en qui il avait totalement confiance et il espérait qu'en ce samedi après-midi, le sanctuaire serait tranquille.

Cette semaine avait été éreintante et pouvoir ainsi se détendre quelques minutes à l'air libre lui faisait un bien fou.

Il laissa alors son esprit vagabonder et repensa aux mots d'Athéna. Il ne savait toujours pas qui était venu la visiter, mais son idée de rénover le sanctuaire lui plaisait. Lui-même y avait pensé mais il n'avait rien pu faire.

Il sortit de ses réflexions quand sa Déesse arriva. Alors qu'il allait l'entraîner à sa suite, celle-ci s'arrêta.

- Nous commencerons par les apprentis, donc passons par l'autre chemin afin de ne pas déranger Aphrodite tout de suite. On ira en dernier chez les chevaliers d'Or et surtout chez lui, déclara Athéna.

- Bien, approuva Shion, je vous suis.

Tous deux descendirent par un chemin de terre assez pentu, amenant aux logements des apprentis. Ces derniers vivaient dans des baraquements de bois – aux planches pourries – et de pierres, dont la plupart étaient fissurées.

À l'intérieur, seules les chambres étaient agencées avec, pour seul ameublement, des lits de bois équipés de vieux matelas troués accompagnés d'une commode pour les habits.

Pour le reste, des volets cassés et branlants ainsi que des rideaux déchirés venaient parer le semblant d'ouverture qui faisait office de fenêtre et ne parlons pas des draps, tellement usés qu'ils ont été rapiécés à la va-vite avec ce qui traînait.

Enfin, une salle d'eau trônait dans un coin avec en tout et pour tout, un tuyau et un trou d'évacuation pour les égouts.

Quant au salon-cuisine, il ne comprenait qu'une kitchenette, une table et tout juste le nombre de chaises correspondant aux personnes habitant le taudis.

Car non, Athéna et Shion ne pouvaient pas appeler ça autrement.

Après avoir fait le tour de ces habitations, Athéna et le Grand Pope se rendirent vers celles des femmes.


Celles-là étaient encore plus lamentables à voir.

Les jeunes femmes qui habitaient là vivaient toutes ensemble, sans aucune intimité, sauf celles ayant déjà le titre de chevalier – comme Marine de l'Aigle ou Shaina de l'Orphiucus – et qui bénéficiaient par conséquent d'un logis individuel, pas moins précaire pour autant.

- Déesse Athéna ! Je suis ravie que vous me rendiez visite, mais vous auriez dû m'avertir, j'aurais rangé et je vous aurais fait du thé, l'accueillit avec douceur une jeune fille aux cheveux roux.

- Ce n'est rien Marine. Nous inspectons juste les logis de chacun d'entre vous pour voir quel genre d'améliorations on pourrait y apporter. Nous ne resterons pas longtemps.

- Je vois et bien entrez, invita le jeune Chevalier d'Argent de l'Aigle.

- Vraiment ? fit une autre voix féminine derrière eux.

- Shaina ! s'exclamèrent Marine et Shion ensemble.

Athéna, elle, était restée silencieuse et regardait le jeune Chevalier d'Argent aux cheveux verts la fixer du regard. Celle-ci était appuyée sur le chambranle de l'entrée de la maison de sa consœur. Son attitude paraissait insolente.

- Je croyais que c'était impossible, continua l'effrontée de service tout en restant toujours respectueuse et fidèle à sa Déesse.

- Rien n'est impossible à Athéna, sourit Shion comme pour calmer le volcan devant lui.

- Heureuse de l'entendre. Je serais plus que ravie de vous faire visiter mon humble demeure après celle-ci. Marine accompagne-les ! ordonna-t-elle. En vous attendant je vais faire chauffer le thé, ce sera bientôt l'heure de la collation de milieu d'après-midi, avait-elle continué. Même si je sais qu'il n'aura rien à voir avec ceux d'Aphrodite ou de Camus.

- Sachez que ce sera avec plaisir Shaina, sourit chaleureusement la divinité qui connaissait le grand cœur de sa protectrice, malgré son caractère emporté.

Tous trois regardèrent la jeune femme à la chevelure verte repartir chez elle.

Après l'inspection de l'habitat de Marine et leur arrêt chez le Chevalier d'Orphiucus, les deux maîtres du sanctuaire se rendirent ensuite dans les temples des Chevaliers d'Or.


Dans le premier temple, ils rencontrèrent Mü et son apprenti Kilian – que tout le monde surnommait Kiki. Le maître des lieux leur fit la visite de leur logis et en profita pour leur montrer l'atelier de réparation des armures.

Athéna écouta les trois générations de Bélier parlementer. Elle était ravie de voir que les derniers survivants de Jamir* s'entendaient aussi bien.

Elle sourit de voir l'entrain du plus jeune, tout en se demandant si ses deux ainés avaient été aussi espiègles que lui dans leur jeunesse. Si cela avait été le cas alors il y avait de l'espoir pour que le jeune Kiki pût s'assagir avec les ans.

Elle devait tout de même reconnaître que l'enfant avait été d'une aide précieuse pour elle et ses chevaliers lors des précédentes guerres. Aussi, consentait-on à lui pardonner son caractère enjoué et parfois survolté.

Puis la Déesse tendit l'oreille quand elle vit que ses chevaliers abordaient le sujet pour lequel ils étaient venus :

- Maître Shion nous n'avons besoin de rien, dit Mü hésitant.

- Bien sûr qu'on a besoin de beaucoup de choses, s'écria le jeune apprenti. Seigneur Shion, il nous manque de la matière première. Ainsi que plein d'autres choses, suivez-moi !

- Kiki ! s'emporta Mü contre son apprenti trop volubile.

- Quoi ? continua le jeune adolescent qui en avait plus que marre de passer après les autres, juste parce que son maître était l'ancien élève du Grand Pope. Ils passent voir tout le monde, alors si aujourd'hui on leur demande une chose ou deux cela ne sera pas vu comme du favoritisme.

- Favoritisme ? s'étonna Shion.

- Ce n'est rien, répondit Mü en baissant les yeux tel un enfant pris en faute.

- Mais si, arrêtez un peu, insista le jeune homme roux. Les gens pensent que comme c'est votre ancien élève vous êtes paternaliste avec lui et que vous le favorisez. Alors Maître Mü n'ose rien vous demander. Mais aujourd'hui il peut n'est-ce pas ?

- Bien sûr, répondit Athéna, et les autres jours aussi. Shion, suis Kiki et note tout ce qu'il dit, veux-tu ?

Elle les regarda partir et s'approcha de Mü.

- Mon cher ami si vous avez besoin de quoi que ce soit, faites-le nous savoir au plus tôt. Vous êtes le seul à réparer nos armures et on sait combien cela est difficile et fatigant. Alors il n'y a aucun favoritisme à alléger votre tâche. Et je ferai taire moi-même les mauvaises langues, et je suis sûre que bien de vos frères m'y aideront, sourit Athéna.

- Merci, déesse Athéna, ajouta Mü en faisant une révérence à la jeune femme.

Quand Shion et Kiki revinrent, le jeune apprenti arborait un énorme sourire.

Athéna et le Grand Pope prirent congés de la maison du Bélier en saluant les deux réparateurs d'armures et marchèrent jusqu'à la demeure suivante où Aldébaran les reçut avec joie. Là aussi, Shion établit une liste de ses besoins. Puis ils montèrent au troisième temple.


Quand ils arrivèrent à destination, Kanon leur ouvrit la porte. En entrant, ils tombèrent sur une scène assez amusante : deux hommes se faisaient face, en chien de faïence, et disposés entre eux sur une petite table en bois, trois tasses fumantes et un échiquier.

Toutefois, le plus surprenant était les deux hommes en soit. Le chevalier Saga et le spectre Rhadamanthe s'affrontant silencieusement.

- Les gars ! On a de la visite, alors si vous pouviez arrêter de jouer deux minutes à qui a la plus grosse ça serait sympa.

- Kanon ! s'insurgea Shion de son vocabulaire des plus inadaptés devant la Déesse.

- Ah ! Oui. Pardon Déesse Athéna, répondit-il.

Cela fit sursauter les deux hommes assis dans leur fauteuil.

- Pardon votre majesté, bonjour. Et bonjour à vous aussi maître Shion, dit solennellement Saga.

- Ce n'est rien. Qui gagne ? demanda Athéna.

- Egalité dirons-nous, s'amusa Kanon.

Les deux joueurs grognèrent un instant envers Kanon, puis se reprirent pour rester attentif aux paroles de la Déesse Athéna.

Une fois son explication finie, Kanon les autorisa à visiter leurs appartements à leur gré pendant qu'ils resteraient dans le salon pour ne pas les déranger.

Quand ils eurent fini leur tour d'inspection, Athéna reparut livide, comme choquée et pleine d'effroi après ce qu'elle venait de voir. Shion suivait derrière, impassible, les lèvres serrées.

- Du thé ? proposa Kanon gaiement afin de rendre le sourire à sa Déesse. Nous n'avons que ça et de l'eau, mais elle n'est pas très potable, je crois.

- Non merci, répondit Athéna tout en esquissant un sourire devant l'attention de son Chevalier.

Puis se tournant vers le chef du sanctuaire, elle éleva la voix avec mécontentement.

- Shion ! Pourquoi ne pas m'avoir parlé de cela plus tôt ? Depuis quand n'y a-t-il pas eu de rénovations ? Ce temple est le pire de tous ceux qu'on a vus jusqu'à présent. Personne ne devrait vivre dans un tel endroit.

- Pour être franc je n'ai rien pu faire. Je veux dire sans vous, je ne peux rien faire. Il y a des règles et l'une d'elle dit que sans l'accord écrit de la Déesse, rien ne peut être changé dans le domaine. Sous l'ancienne Athéna, nous avions commencé quelques rénovations. Et malgré le fait que nous ayons gagné les dernières guerres, la jeune Sacha est morte jeune et vous venez de revenir il y a si peu de temps. De plus vous vivez au Japon. Alors j'ai fait au plus pressé ces dernières années.

- Il n'a pas tort, continua Saga. Vous ne pouvez le blâmer. Je veux dire, quand j'ai usurpé son siège, j'ai voulu faire des choses… mais sans votre signature avec votre sang, on ne peut rien faire. Aucun changement sur votre propriété. Concernant cette bâtisse, il n'y est pour rien là non plus, nous l'avons désertée si longtemps avec Kanon qu'elle est tombée en décrépitude… C'est ma faute…

Tout le monde regardait Saga. L'homme face à eux avait l'air franc, et souhaitait sincèrement qu'Athéna comprît que Shion n'y était vraiment pour rien dans la détérioration des bâtiments.

Bienveillante, la Déesse de la Sagesse reconnut la droiture de son chevalier et son besoin de justice. Depuis leur résurrection il n'avait cessé de l'étonner. L'homme froid et hautain qu'on dépeignait avant sa prise de pouvoir et le monstre qu'il était devenu par la suite avait évolué ses dernières années en un homme juste et protecteur. Un bon conseiller qui ne désirait faire de tort à personne.

Peu à peu il avait réussi à se faire des amis comme Camus du Verseau. Même Shion ne lui en voulait plus et reconnaissait sa valeur. Il avait bien signifié que Saga n'était pas le meilleur des Grands Popes concernant l'organisation du temple, en revanche, il n'avait pu nier que celui-ci avait su renforcer les rangs et donner, malgré sa dureté, un bon enseignement militaire.

Aussi, après mûre réflexion, Athéna regarda l'actuel Grand Pope et ajouta :

- Je comprends mieux et je tiens à te présenter mes excuses Shion. Ma colère n'était pas justifiée et je me rends compte à présent que ces deux-cent-cinquante dernières années n'ont pas été évidentes pour toi et que tu as fait ce que tu as pu avec ce que tu avais. Je vais devoir changer quelques lois. Je comprends mieux également la colère de Méthos, réfléchit-elle à haute voix.

- Méthos ? interrogèrent les hommes autour d'elle.

- Oui ! C'est Méthos, le chevalier d'Arès, qui m'a ouvert les yeux, leur répondit-elle. Je vais m'occuper de tout.

Bien ! Shion, nous continuons ?! poursuivit Athéna d'un ton sec. Au revoir et à ce soir au repas, messieurs, salua la Déesse avant de quitter les lieux.


En sortant du troisième temple, Athéna y jeta un dernier regard attristé. Elle se demandait si un jour cette maison redeviendrait habitable et si ses deux chevaliers connaîtraient enfin le bonheur.

Ensuite, elle grimpa les escaliers devant elle afin d'accéder à la quatrième maison. Deathmask les y reçut avec une tasse de thé à la main.

- Je n'avais pas remarqué que vous aimiez tous autant le thé ! s'exclama Athéna.

- Haha ! Vous rigolez, n'est-ce pas ? ne put s'empêcher de dire le chevalier du Cancer en riant aux éclats.

- Non pas du tout. Pourquoi ? se renseigna la Déesse interloquée par sa réaction.

Deathmask la regarda avec un regard encore plus décontenancé que celui de sa Déesse par sa réponse.

Au bout d'un long moment d'observation, il éclata à nouveau de rire, et d'un geste brusque mais prévenant, il l'attrapa par les épaules, l'amenant contre lui, toujours mort de rire.

Il la fit pénétrer dans son temple, puis dans ses appartements. Athéna et Shion furent surpris de voir que l'endroit avait été nettoyé des visages de ses victimes. Son appartement était propre et même décoré avec goût.

Deathmask rit encore plus fort et devant leurs regards interrogateurs, il répondit un sourire aux lèvres :

- Pour commencer, je hais le thé, affirma-t-il avec verve. Seuls ceux d'Aphrodite et de Camus peuvent encore être buvables, déclara-t-il avant de continuer : sinon, sachez que si j'en bois c'est parce que c'est la seule boisson chaude qu'on nous tolère d'avoir dans le sanctuaire. Pas de café et très peu de chocolat au lait. Ne me demandez pas pourquoi, on m'a toujours répondu 'ordre des supérieurs', mima-t-il avec une grimace hautaine et méprisante. Et maintenant, j'apprends que les supérieurs en question ne sont pas au courant. Haha ! Pardon, mais c'est marrant. Dites, continua le chevalier, vous ne vous êtes jamais demandé pourquoi la plupart d'entre nous préférions faire des missions hors du sanctuaire le plus souvent possible ? Vous imaginez qu'on ne peut même pas faire notre propre liste de course ! On nous impose tout ! affirma-t-il. De plus on nous met à la diète. Regardez mon frigo et mes placards ! dit-il en les ouvrant et tenant toujours Athéna par les épaules.

Il reprit, tout joyeux de pouvoir enfin dire tout haut ce qu'il pensait tout bas :

- Franchement, vous avez l'impression que j'ai besoin de ce genre de nourriture diététique avec un corps comme le mien ?

Il sourit quand il vit la jeune fille rougir à la vue de son torse découvert – sa chemise étant presque entièrement ouverte. Il sourit encore plus quand il vit le regard noir de Shion. Mais il fit comme si de rien n'était et énonça à la cantonade :

- Moi, j'ai la dalle, sans dec' ! Comment voulez-vous que je tienne avec si peu de calories et tous les efforts que je fais ? Et je ne suis pas le seul. Regardez notre cher Aphro'. Le pauvre. Tiens en parlant de lui justement…

- Oui ? fit Athéna buvant encore les paroles de son chevalier.

Deathmask l'avait toujours intriguée au plus haut point, lui qui était si cruel était devenu un bon vivant aidant les autres. Mais elle n'avait jamais osé réellement lui parler.

Aussi, quand Shion allait intervenir pour le réprimander sur sa trop grande familiarité envers Athéna, cette dernière lui avait demandé par télépathie de le laisser poursuivre.

Pour une fois, il s'exprimait franchement et elle ne se sentait pas du tout en danger. Elle ressentait bien l'amusement du chevalier et son envie de parler avec elle de façon informelle, sans pour autant lui manquer de respect. Elle avait bien vu que le regard du Cancer cherchait à connaître les limites afin de ne pas les dépasser et elle lui en était reconnaissante.

- Qu'a-t-il ? reprit-elle.

- Rien. Mais c'est lui qui a refait ma déco. C'est pour cela que c'est si bien aménagé chez moi. En fait, tout est parti d'une boutade de Shiryu sur mon ancienne déco. Que soit disant, je « ne savais pas prendre soin de mon intérieur et que je devrais demander de l'aide ». Alors en rigolant, j'ai crié « À l'aide » et le lendemain Aphro' et Shun d'Andromède ont débarqué et ont tout réaménagé. Ils sont tous deux bons à marier, rigola Deathmask.

- Ça suffit ! s'énerva Shion.

- C'est bon, je rigolais ! Au fait vous désirez quoi ? s'informa le Cancer.

- Voir de quoi tu as besoin pour arranger encore plus ton logis, répondit en souriant Athéna.

Puis voyant Shion changer de pièce, elle murmura pour Deathmask et elle-même, tout en souriant de plus belle :

- Tu as bien raison et finalement, c'est Ikki le plus chanceux.

Le maître du quatrième temple sourit, pensant que maintenant tout le monde devait savoir pour les deux hommes, si même Athéna était au courant…

À moins qu'elle aussi n'ait vu le Phénix rester près du lit du Poisson.

Alors oui, Ikki avait de la chance d'avoir Shun pour frère et Aphro' comme amant – ce qui lui faisait plaisir sachant combien son ami tenait au jeune Phénix.

Il porta à nouveau son regard sur la jeune femme toujours souriante et ne put se retenir de demander :

- Cela ne vous dérange pas ?

- Pas le moins du monde, vous pouvez tous suivre les élans de votre cœur.

- Merci.

Profitant de l'absence du Grand Pope, il resserra alors ses mains sur les épaules de la Déesse et l'embrassa sur le haut de la tête. Puis d'un ton paternel mais aussi protecteur et confidentiel, il dit doucement :

- Vous aussi vous pouvez suivre les élans de votre cœur. Nous sommes en paix et vous êtes aussi une humaine. Alors profitez-en un peu Votre Excellence.

- Merci, j'y penserai, répondit-elle en rougissant.

- Mais vous avez de la chance, continua Deathmask, il est très patient et persévérant. Quand il a un but en tête rien ne le fait lâcher, il nous l'a prouvé à plus d'une reprise, s'évertua le Cancer à rappeler à sa Déesse les bons côtés de son bien-aimé.

Athéna sourit et opina du chef, étaient-ils si prévisibles, autant lui qu'elle ?

Athéna était heureuse de la vie qu'elle menait au temple, ses chevaliers étaient loyaux et reconnaissaient pleinement son côté humain. Ils l'incitaient même à y répondre quand le besoin s'en faisait sentir.

Quant à Deathmask, il apparaissait comme une toute autre personne, loin de la brute souvent décrite, il suffisait juste de savoir l'approcher et l'amadouer.

Shion revint livide de son inspection, sa liste de matériel avait encore augmenté. Au moment de prendre congé du chevalier du Cancer, Athéna se jeta une dernière fois dans ses bras puis l'embrassa sur la joue tout en le remerciant pour ses paroles réconfortantes. Elle rejoignit ensuite le Grand Pope qui l'attendait pour se rendre dans la prochaine maison.


Aiolia n'était pas dans sa maison car il faisait sa ronde. Tous deux se permirent alors d'y entrer et de l'inspecter. Une fois de plus, la liste des réparations fit frémir le Grand Pope qui se lamenta en marmonnant :

- À ce rythme-là, on va être fauché !

- Heureusement que je suis riche comme Crésus, sourit chaleureusement la déesse en reprenant l'expression de Méthos.

Shion ne répondit rien, se contentant d'hocher la tête pour confirmer que cela était heureux, effectivement.


Tranquillement, ils se dirigèrent vers la sixième maison. Là, ils tombèrent sur Shaka en train de méditer sur sa fleur de lotus sculptée dans la pierre.

- Entrez, je n'ai besoin de rien mais si vous désirez visiter et prendre des notes je vous laisse faire.

- Merci, dirent les deux invités.

Après quelques notes, ils saluèrent le chevalier de la Vierge et allèrent vers le temple du dessus.


Shion se demandait s'il allait voir son meilleur ami depuis des siècles. Cela faisait maintenant quelques jours que les deux hommes n'avaient pas pris le temps de se parler.

Quand la Déesse et le Grand Pope arrivèrent, l'endroit était vide. Ce dernier était un peu déçu, mais il supposa que le chevalier de la Balance devait être avec Aiolia en train de faire sa ronde.

- Tu pensais le voir ? demanda la jeune femme intriguée par la mine triste de son compagnon.

- Oui ! confirma le Grand Pope.

- Je peux te poser une question ? fit Athéna.

La jeune femme recommença à se dandiner d'un pied sur l'autre comme la fois où elle avait parlé de leur homosexualité dans le bureau de Shion. Alors l'homme sourit et répondit par l'affirmative.

- Camus m'a parlé des sentiments qu'il éprouve pour… Non rien, se reprit l'adolescente qui finalement ne voulait pas être intrusive dans la vie privée de l'homme.

- Majesté… En fait, il m'est difficile de parler de ça, en plus ici, commença Shion. Il hésita un instant puis reprit : Dans ma jeunesse, c'était très mal vu malgré ce qu'on dit sur la Grèce. Et j'étais amoureux de…

- Dohko, achevant pour lui la phrase, visiblement mal à l'aise avec cet aveu.

Un silence s'installa, que la jeune femme comprit, aussi, elle se tut à son tour.

Shion en profita pour lui faire visiter cette maison qu'il aurait pu arpenter les yeux fermés. Il lui raconta de nombreuses anecdotes, pour certaines plus que centenaires, pour d'autres plus récentes.

Ce qui ravissait Athéna était la complicité que les deux hommes avaient gardée malgré les sentiments qu'éprouvait Shion pour Dokho, et qui n'ont jamais été partagés en retour par ce dernier. Elle savait que pour Shion c'était un effort au quotidien, et elle était fière de voir que leur amitié restait intacte.

- C'est pour cela que je me bats, avait confessé la jeune femme. Pour que tous les êtres humains sur terre puissent être heureux comme ils l'entendent. Shion ?... Tu sais que je suis heureuse que toi et Dohko ayez réussi à rester amis.

- Moi aussi majesté, déclara-t-il content.

- Shion ? Je… Je sais que je suis Athéna mais je suis aussi Saori Kido. Je ne sais rien de Sacha ou des autres jeunes femmes qui m'ont précédée, mais j'aimerais révolutionner ce sanctuaire. Je ne me souviens de presque rien sur Athéna, je veux dire sa première vie en tant que déesse. Et je préférerais que ça reste ainsi. Est-ce mal de vouloir vivre par moi-même ? En me servant de ses pouvoirs pour continuer sa lutte, mais avec mes propres actions ? Au cours des guerres contre mes oncles, j'ai vu que nos résurrections pouvaient être différentes. Par exemple, Hadès voulait détruire l'âme de Shun pour posséder pleinement son corps, alors que Poséidon continue à partager le corps de Julian. Pendant que l'une des deux âmes est en éveil, l'autre dort. Pour autant, les êtres sont vivants. Mais pour moi, je ne sais pas ce qu'il en est. Je n'ai pas l'impression de partager mon corps avec une autre âme, mais j'ai plutôt le sentiment d'être restée la même, Saori Kido comme si à un moment, j'avais été annihilée définitivement par Athéna – peut-être depuis ma naissance –, mais qu'en tant que Déesse protectrice de la Vie Humaine je ne voulais pas reconnaître que j'ai pu tuer une humaine pour survivre. Shion, parfois je… Tout se mélange dans ma tête et j'ai peur, je ne sais plus qui je suis. Mais Deathmask m'a conseillé d'être plus humaine, de laisser mon cœur parler, car j'avais la chance de pouvoir le faire… Mais ai-je le droit de le faire ? interrogea la jeune femme dont l'esprit était de plus en plus embrouillé de questions ces temps-ci.

- Athéna… Non ! Saori, se reprit Shion avec un petit sourire. C'est vrai qu'on ne vous appelle que par votre nom divin, alors que vous êtes aussi une humaine. Sacha était tout comme vous, elle avait peur de se perdre. Mais jusqu'à la fin elle est restée celle qu'elle était avant que la puissance d'Athéna ne se manifeste en elle. Et je suis sûr que cela sera pareil pour vous. De plus on est là, on vous dira si vous disparaissez et puis croyez-vous qu'il vous laissera disparaître ? demanda à son tour le Grand Pope qui voulut par la même occasion rassurer sa Déesse. Il comprit que cette « réunion de famille » l'avait quelque peu perturbée et qu'elle avait l'esprit troublé par plein de choses.

- Non, mais vous vous reposez tous trop sur lui, sourit-elle comprenant une fois de plus de qui on lui parlait.

- Non, on lui fait confiance pour vous ravir le cœur une bonne fois pour toute, c'est tout, s'amusa Shion, sûr de ce fait.

Athéna baissa la tête, rouge de honte et de bonheur, elle-même n'attendait que cela depuis bien des années.


Ensuite, ils se dirigèrent vers le temple du Scorpion et allèrent à la rencontre de Milo, qui les reçut à moitié endormi.

- Oh pardon ! Je faisais une sieste avant de partir pour ma ronde, je vais remplacer Dohko et Aiolia, expliqua Milo.

- Pas de problème, répondit Athéna. Nous ne ferons pas de bruit, promis.

- Bien, mais commencez par la salle de bain, comme ça je prendrai une douche pendant que vous inspecterez le reste. Vu l'heure, je ne vais pas me rendormir.

La Déesse et le Grand Pope s'exécutèrent. Une fois fait, ils firent un tour dans les autres pièces pendant que le maître des lieux était sous la douche puis finissait de se préparer pour sa ronde.

Au moment de partir, Athéna et Shion furent arrêtés dans leur élan par une voix :

- Attendez ! Je vous accompagne. Je fais équipe avec Aiolos, annonça Milo.


Tous les trois profitèrent de l'occasion pour monter ensemble tout en discutant. En arrivant sur le pas de la porte de la maison zodiacale suivante, son chevalier les y attendait.

- Bienvenue chez moi, faites comme chez vous. Saga nous a tous prévenus par télépathie de votre arrivée pour que nous soyons tous dans nos demeures si cela était possible. Dohko et Aiolia s'excuse de ne pas avoir été là quant à Camus, il vous fait savoir de faire comme chez vous et qu'il vous verra chez Aphrodite. Il l'aide encore un peu.

- Il ne va pas mieux ? s'inquiéta Athéna.

- Si, il n'a plus de fièvre et s'est bien reposé, la rassura Aiolos. Mais Camus est surprotecteur avec nous. On ne dirait pas comme ça, mais dès que l'un de nous ne va pas bien il débarque et nous aide. Il s'occupe aussi de notre résidence. Par exemple la dernière fois que j'ai eu une grippe, il s'est occupé – avec Aphrodite – du ménage et des lessives. Ils l'ont fait la nuit pour que je ne m'en aperçoive pas, mais même s'ils parlaient doucement je les ai entendus. Ils s'inquiétaient et Camus regardait les médicaments qu'on m'avait prescrits. C'est un vrai père pour nous, rigola le chevalier. Même s'il nous apparaît toujours froid et distant, il sait tout sur tout et nous aide sans le montrer, confessa le Sagittaire toujours aussi reconnaissant envers le Verseau et le Poisson d'avoir pris soin de lui et de son environnement.

- C'est tout à fait ça, rigola Milo. Un vrai père pour nous tous et depuis longtemps. Mais en ce moment, il est encore plus protecteur. Je crois que de nous avoir vus tous mourir l'a touché plus qu'il ne le montre, ajouta le Scorpion assez inquiet pour son meilleur ami.

- J'essaierai de lui en parler, murmura Shion pour lui-même.

Très étonnés par cette réaction presque automatique du Grand Pope, les deux chevaliers et la Déesse reconnurent qu'en effet son statut lui conférait le droit de faire part de cette situation au chevalier du Verseau. Car après tout, si Camus pensait devoir porter le sort de ses frères d'armes sur les épaules, qui mieux que Shion pourrait le conseiller et prendre soin de lui s'il devait faillir.

Après quelques formules de convenance, les deux Ors en poste prirent congé avec respect de leurs supérieurs et rejoignirent leurs frères d'armes afin de prendre leur relève.

La déesse et le Grand Pope se retrouvèrent seuls dans la maison du Sagittaire. Shion souffla devant l'état déplorable de la demeure.

- Saga a raison, s'exprima à voix haute Athéna qui ressentait le même découragement devant les travaux à venir et la décrépitude des lieux.

- Sur quoi ma Déesse ? demanda surpris Shion.

- Les maisons qui ont été le plus longtemps abandonnées sont les plus insalubres. Même si pour celle des Gémeaux, je pense qu'ils n'ont pas tout dit…

- Vous savez, je lui ai pardonné, tout comme vous l'avez fait. D'un autre côté, si j'avais été un peu plus à l'écoute des jumeaux, peut-être que certains de mes choix… se fustigea Shion.

- Et certaines de mes lois… se reprocha à son tour Athéna.

Les deux se regardèrent sachant pertinemment que tout n'était pas forcément la faute de ces deux gamins qui s'étaient fourvoyés. Ils en avaient payé le prix fort et le payaient encore, car quand on passait devant leur temple la nuit, il fallait être sourd pour ne pas entendre leurs cris de terreur. Si le jour, tout le monde se taisait et faisait comme si de rien n'était, la nuit les deux hommes étaient pris de cauchemars, voire de terreurs nocturnes.

Toutefois, ces derniers temps, cela allait un peu mieux, pour autant, cela ne signifiait pas que leur conscience était guérie.

Ils n'étaient alors que des enfants avec des responsabilités bien trop lourdes à assumer et maintenant qu'ils étaient adultes, ils devraient vivre avec des crimes bien plus lourds encore.

Tous deux se turent un moment pendant qu'ils visitaient l'habitat et qu'ils notaient ce dont ils avaient besoin avant de continuer leur périple.


Ils gravirent ensuite les marches jusqu'à chez Shura. Quand ils tapèrent à sa porte le Capricorne les reçut avec seulement un pantalon et les cheveux mouillés.

- Vous passez votre vie sous la douche, constata Shion agacé.

- Non, mais quand Saga nous a contactés je faisais de l'exercice, j'ai supposé qu'une douche s'imposait avant de vous accueillir, répondit l'homme qui ne comprenait pas la phrase de son supérieur.

- Ce n'est rien, fit Athéna en rigolant. C'est juste que tu n'es pas le premier à en prendre une lors de notre visite.

- Tu aurais pu enfiler aussi un haut ! Est-ce une façon de recevoir une jeune femme ? remarqua le Grand Pope.

- Oh pardon ! C'est vrai. Entrez ! J'arrive.

Shura revint quelques minutes plus tard, et pendant que Shion notait toutes les rénovations à faire, Athéna se mit à discuter avec le jeune chevalier.

Puis, après avoir pris congé du Capricorne, ils allèrent chez le Verseau.


Arrivés sur place, ils constatèrent que l'habitat était vide, mais ils n'en furent pas surpris. Aiolos les avait prévenus de l'absence du gardien des lieux. Shion passa vite dans chaque pièce tout en s'arrêtant quelques instants sur divers objets de la maisonnée. Athéna le regardait faire puis une question lui vint en tête.

- Shion ? Est-ce que…

Shion avait reconnu cette voix, celle que sa Déesse utilisait quand elle commençait à se dandiner et à poser des questions personnelles. Alors il respira profondément et se tourna vers elle.

- Oui Majesté ?

- Non rien, dit-elle en se dandinant. Ils sont mignons tous les trois sur cette photo, continua-t-elle en montrant du doigt une photo avec Camus entouré de Hyoga et Isaak, quelque temps après leur résurrection à tous. On voit qu'ils sont une famille.

- Oui.

Puis se retournant pour ne montrer ainsi que son dos à la jeune femme, Shion reprit la parole. Il savait à cet instant précis qu'il allait laisser un doute suffisamment raisonnable pour permettre à Athéna de comprendre ou non la réponse à la question qu'elle n'osait lui poser.

- Pensez-vous que la différence d'âge compte entre deux personnes ? Je parle en amour.

Il l'avait dit. Pour lui, d'une certaine façon, il avait enfin avoué à quelqu'un qu'il aimait Camus.

- Non, répondit Athéna, heureuse de la semi-confession du Grand Pope. Aphrodite, ma sœur, m'a dit que l'âge n'avait pas d'importance tant qu'on s'aimait, sauf si l'un des deux n'avait pas l'âge légal requis, ça forcément… Mais il n'a plus l'air mineur depuis longtemps, rigola-t-elle en observant le trentenaire sur la photo.

- Effectivement, soupira Shion. Votre sœur est de bons conseils.

Athéna hocha affirmativement la tête, attrapa ensuite le bras de l'homme et le tira à sa suite.

- Viens ! Ils doivent nous attendre, en plus ils font un très bon thé.

- C'est aussi ce que j'ai cru comprendre, sourit Shion.


Athéna et Shion montèrent rapidement les escaliers et furent reçus dans le jardin d'Aphrodite des Poissons. Celui-ci était assis sur un fauteuil en osier avec une couverture sur les jambes. Il portait les lunettes que Shion avait déjà vues quelque temps plus tôt et un livre reposait sur la table devant lui. Derrière eux arriva Camus du Verseau qui venait de les faire entrer dans la demeure peu de temps avant. Il portait un plateau avec une théière et quatre tasses.

- Vous devez avoir soif, on vous attendez pour boire le thé.

Ils ne purent refuser et s'assirent alors autour de la table avec leurs hôtes du moment. Ils regardèrent Camus les servir, puis dégustèrent le breuvage.

- Ils ont raison ! confirma Athéna.

- De quoi parlez-vous ? demanda surpris Camus.

- Que ton thé est délicieux, expliqua Shion.

- Oh c'est juste qu'Aphrodite le choisit bien, déclara le Verseau.

- Modeste, se moqua le chevalier des Poissons.

Après encore quelques échanges taquins, Camus amena ses deux supérieurs faire le tour du logis.

- Merci de t'occuper de lui et des autres, lui dit Athéna.

- De rien, mais…

- Aiolos nous a raconté pour sa grippe, et Milo s'inquiète beaucoup pour toi et… moi aussi, confessa Shion tout en le coupant dans sa répartie.

- Grand Pope vous n'avez pas besoin… répondit le Verseau en baissant la tête.

Il se mordit la lèvre inférieure pour ne pas sauter au cou de son amant dont la confession l'avait touché. Mais il y avait Athéna avec eux.

- Camus, reprit la Déesse, tu remercieras aussi Méthos.

- Pour quelle raison ? s'informa-t-il.

- C'est lui qui est venu me gronder pour l'état déplorable de vos habitats, lui expliqua-t-elle.

- Il est resté poli j'espère ? s'angoissa le Verseau.

- Oui, ne t'inquiète pas. Je pense qu'il aurait pu être bien plus impoli encore, déclara la jeune femme.

- Pardon, fit Camus comprenant qu'il n'avait pas dû être très tendre non plus.

- Remercie-le pour moi aussi, s'invita à la conversation Aphrodite des Poissons qui venait de les rejoindre. La Déesse Aphrodite m'a dit qu'il avait fait baisser ma température et qu'il t'avait appris à le faire.

Camus hocha rapidement la tête de haut en bas pour acquiescer. Puis Athéna et Shion prirent congé d'eux, mais avant de partir la jeune fille dit à Camus :

- Si tu as besoin de parler, Shion et moi sommes là pour toi.

Camus la remercia d'un sourire. Cela l'amusait de la voir ainsi gênée quand elle lui parlait. En y repensant, il se disait qu'elle devait certainement le trouver impressionnant, et il en oubliait parfois que sa Déesse était avant tout une jeune adolescente qui apprenait la vie et découvrait les sentiments.

Il repartit ensuite dans le domaine du Poissons en attendant le repas du soir.

Il faudrait qu'il parle à Méthos et surtout qu'il le remercie pour bien des choses.


*Région perdue au cœur de l'Himalaya, à plus de 8 000 m d'altitude, entre l'Inde et la Chine, où les Jamiriens semblent vivre en ermites. Cf. le lien suivant : wiki/Peuple_de_Jamir)