Bonsoir,

Désolé pour le retard.

Alors ce soir je vous fais part de l'adolescence d'Ereine et des débuts du sanctuaire. J'espère que cela vous plaira. Dites-moi ce que vous en avait pensé ?

Biz à bientôt Peace' et bonne lecture.


Chapitre 28 : J+8 (3)

Shion soupira, le repas était enfin fini et cette journée du dimanche s'achevait également. Une nouvelle semaine allait commencer, qu'il espérait moins fatigante que les précédentes.

Aussi, ce dimanche soir-là, ou presque lundi matin, le Grand Pope s'installa dans son lit, et comme les autres soirs, il attrapa les deux biographies posées près de son lit et commença par celle de son homologue, reprenant là où il s'était arrêté la veille au soir.

Lors des cinq premières années de ma prise de fonction, j'ai eu pour missions principales de faire accélérer la construction des Maisons du Zodiaque et de renforcer l'entraînement des futurs chevaliers. Athéna était revenue me voir en personne peu de temps après mon accession au titre de Grand Pope pour me parler :

- Eirene Polemos, ma chère fille... Pardonne ma familiarité, mais ta tutrice m'a tellement parlé de toi que j'ai l'impression que tu pourrais être mon enfant.

J'en fus si heureuse cette fois-là, que j'étais prête à lui sauter dans les bras pour lui dire : « mais je le suis ! Je suis votre fille ! » quand me revinrent à l'esprit les souvenirs de l'une de mes discussions avec mon protecteur :

- Souviens-toi toujours que les Dieux sont versatiles, ils peuvent te dire « je t'aime » et te mettre à mort l'instant d'après... Alors méfie-toi toujours d'eux, même de moi.

Je remerciai donc ma Déesse de l'honneur qu'elle me faisait en pensant cela. Puis je hochai la tête pour l'inciter à continuer.

- Je suis venue pour te donner mes instructions. Dans cinq ans, je veux que mon armée soit prête. Les membres de ma famille se préparent à envahir la terre et à se la disputer. J'ai demandé de l'aide à mon demi-frère Héphaïstos ; il va créer des armures pour mes guerriers, il m'en a promis quatre-vingt-huit. Il les livrera dans trois ans et leur donnera vie avec ton premier sang – je ne compris cette phrase qu'à la livraison des armures –, et deux ans plus tard, tous mes chevaliers devront revenir pour endosser leur armure. Pour cela, tu devras t'organiser pour que dans cinq ans, ce lieu soit prêt et parfait pour accueillir tout ce monde.

- Bien, votre majesté ! Je ferai tout ce qu'il faut pour, soyez en assurée.

Rassurée, Athéna repartit sur l'Olympe après m'avoir donné d'autres instructions par écrit.

Quant à moi, je m'enfermai trois jours durant dans mes appartements pour concevoir mon projet pour les cinq années à venir.

Cela consistait en trois points : premièrement, je devais m'occuper de l'entraînement des chevaliers. Athéna me fit savoir dans ses instructions que ma mère avait créé des liens avec tous les autres Temples dédiés à notre Déesse et que chacun de ces lieux saints avait créé des centres d'entraînements spécialisés pour chaque chevalier.

J'eus donc la lourde tâche de faire partir les apprentis dans les quatre-vingt-huit sites se trouvant partout en Grèce et ailleurs dans des contrées plus lointaines. Ils étaient au minimum trois par lieu à devoir rejoindre un centre d'entraînement.

En tant qu'Eirene, ce fut presque un déchirement de devoir les laisser partir, surtout que certains ne pouvaient ne jamais en revenir... Mais en ma qualité de Grand Pope d'Athéna, je ne devais pas faillir à ma tâche, celle de livrer une armée prête au combat dans cinq ans.

Et le fait de voir partir Kanus dans une lointaine contrée, où le froid régnait en maître, n'arrangea pas les choses...

Je fis donc promettre à chacun d'eux de m'écrire le plus régulièrement possible afin que nous restions en contact et aussi pour me rassurer sur la nature de leur entraînement et leur état de santé.

Et pendant cinq ans, nous avons maintenu une correspondance au rythme d'une lettre par semaine. L'attente de chaque missive était des plus difficiles parfois je recevais plusieurs courriers en même temps d'une même personne.

Toutefois, j'avoue que le plus dur était l'attente de celles de Kanus ; mais il me parlait du froid et de la neige, une chose qu'on ne voyait que rarement dans notre pays, puis de ses entraînements plus durs qu'à « la maison » comme il disait. Alors je lui répondais qu'ici aussi mon entraînement physique et psychique était des plus ardus. Nous parlions de tout et de rien.

Puis vint le temps où les courriers s'espacèrent de plus en plus, jusqu'à ne plus rien recevoir de certains futurs chevaliers, ce qui m'attrista un peu.

Mais je ne perdais pas espoir en me répétant que les correspondances avaient été perdues. Alors pour ne pas trop penser à eux, je me mis à travailler d'arrache-pied à mon deuxième point qui consistait à accélérer la construction des Maisons Zodiacales et du reste du sanctuaire.

Grâce à la renommée de ma mère adoptive et à ses nombreuses connaissances, je pus embaucher plus de bâtisseurs, venus de tout le pays. De manière concomitante, je dus aussi développer mon troisième point nécessaire à notre survie à tous, mettre en place un plan financier pour gérer le budget du domaine.

Organisés en autarcie pour des raisons de commodités, j'ai suggéré que nous développassions l'élevage et l'agriculture sur place. Nous étions moins nombreux à ce moment-là, il fallait donc en profiter pour produire autant qu'avant et utiliser le surplus pour faire du troc ou pour le vendre sur les marchés d'Athènes.

Cela nous permit de renflouer nos caisses et de payer les architectes. Grâce au bétail nous pûmes avoir de la viande mais aussi du lait avec lequel nous fîmes du fromage.

Les volatiles nous fournirent quantité d'œufs, quant au pelage et aux plumes, ils nous permirent aussi de fabriquer des habits, de faire de la laine… En somme, tout un tas de produits que nous pûmes vendre ou troquer sur place mais aussi exporter grâce à la navigation, sur les îles alentours.

Tout cela fit que le domaine s'agrandit et prospéra en attendant le retour de l'armée d'Athéna.

Trois ans passèrent quand le Dieu Héphaïstos m'apparut un beau matin.

- Bonjour jeune demoiselle, je suis Héphaïstos. Et vous, vous êtes sûrement Eirene Polemos, le Grand Pope d'Athéna ?

- Effectivement, je suis ravie de vous rencontrer Monseigneur.

- Où dois-je poser les armures ?

- Dans une salle du treizième temple ; je l'ai faite aménager rien que pour elles. Veuillez me suivre.

- Attendez ! Vous a-t-on parlé de la façon dont on doit donner vie aux armures ?

- Non, ma Déesse m'a juste dit que vous leur donneriez vie avec mon premier sang mais elle ne m'en a pas dit plus.

- Donc, tu n'as aucune idée de ce qu'est ton premier sang ?

- Non.

- Ah... ça ne me facilite pas vraiment la tâche, dit-il en passant sa main sur sa bouche, comme gêné.

- Dites-moi ce que c'est, je peux tout entendre.

- Pour faire simple, ton premier sang c'est... quand tu deviens une femme. On t'en a parlé, non ?

- Plus ou moins...

- Je ne suis pas le mieux placé pour parler de ça… Bientôt ton corps va rejeter du sang et je m'en servirai pour donner vie aux armures.

- Je ne suis pas sûre d'avoir tout bien compris, mais le jour où vous penserez que c'est le bon moment, dites-le-moi.

- Bien, maintenant amène-moi dans la salle.

Nous parcourûmes le treizième temple en entier et arrivâmes à mes appartements.

Le Dieu Héphaïstos parut gêné, mais je l'invitai à entrer et à me suivre jusqu'au fond. Là, j'ouvris une porte dérobée derrière ma bibliothèque, j'entrai et il me suivit derechef.

Je lui montrai les différentes étagères où entreposer les armures. Je le regardais faire et c'est à ce moment-là que je pris conscience qu'il avait un grand sac en tissu dans le dos qu'il plaça devant lui.

Le Maître forgeron en sortit quatre-vingt-huit petites boîtes, qu'il disposa sur les étagères.

- Je les appelle des « Pandora box », car comme la boîte de Pandore, elles renferment l'espoir de l'humanité contre les fléaux que seront les membres de ma famille.

- Vous désapprouvez leurs actes ?

- En effet, c'est pour cela que j'ai créé les armures de ta Déesse et les « Pandora box » qui les protègent quand elles sont sans chevalier.

- Mais si les autres Dieux vous demandent la même chose pour envahir la Terre, vous serez obligé de dire « oui » en tant que Maître Forgeron des Dieux, non ?

- J'en suis navré en effet.

- Ne le soyez pas, je suis ravie de savoir que vous le ferez sans dévotion pour leur cause. Je suis aussi sûre que vous avez donc mis tous vos bons sentiments dans nos armures.

Pour toute réponse, Héphaïstos me sourit. Je l'invitai à rester autant de temps qu'il le désirerait pour se reposer un peu en attendant de donner vie aux armures.

La journée passa comme d'habitude, chacun vaquant à ses occupations, et aux moments des repas, j'étais accompagnée d'un hôte de marque en la présence du Dieu des Volcans.

Nos discussions tournaient autour de thèmes très variés comme les armes ou encore les bijoux parfois il me parlait aussi des membres de sa famille, et surtout de la Déesse Aphrodite – sa femme – dont il avait fait sa muse !

La nuit arrivant, je l'installai dans une chambre près de la mienne, ce qui lui permettait d'être proche des armures en cas de besoin.

Le lendemain matin, je me réveillai avec une sensation étrange de fraîcheur et d'humidité.

Au début cela me procura un sentiment d'inconfort, mais quand je mis une main sur le drap, je sentis qu'il était bel et bien mouillé et poisseux.

De plus en plus mal à l'aise, je décidai de me lever et d'aller ouvrir les volets qui laissèrent entrer les rayons du soleil – aujourd'hui encore Apollon allait réchauffer notre domaine –, puis je me dirigeai à nouveau vers le lit.

En posant mon regard sur les draps, je constatai qu'ils étaient rouges, et dans le même temps, je sentis quelque chose couler le long de mes jambes. Je baissai la tête et vis un liquide rouge et visqueux glisser jusqu'au sol : « Du sang ! » m'écriai-je.

Et là je me mis à hurler de toutes mes forces.

Au bout de quelques minutes, le Seigneur Héphaïstos déboula dans ma chambre et tenta d'apaiser mes cris grâce à sa grosse voix :

- CALME-TOI PETITE ! Ce n'est rien, voilà enfin le moment ! me dit-il plus posément après que j'eus cessé de m'époumoner.

- Hein ?

- Tu deviens une femme ! ... Tu demanderas à Athéna ou à une femme plus âgée. Maintenant suis-moi, m'ordonna–t-il.

Je me mis aussitôt en marche derrière le Dieu des Forges.

Nous passâmes d'abord par la chambre des armures où il les récupéra toutes, puis il me demanda de le conduire à la salle du trône où se situait l'autel dédié à Athéna.

Là, il demanda aux autres prêtresses du temple d'amener chacune une jarre d'eau et de la verser dans l'autel, au préalablement ouvert par Héphaïstos qui en avait ôté la stèle de pierre.

Il m'expliqua qu'Athéna l'avait fait construire comme un bassin, ainsi l'eau qu'il pouvait contenir ne pourrait pas se répandre dans toute la salle.

Il finit par me soulever et me placer à l'intérieur du réceptacle de pierre qui se remplissait d'eau, en me demandant de rester debout.

Quand mes sœurs de culte eurent versé toute l'eau qu'elles avaient apportée, elle arrivait au niveau de mes cuisses. J'étais frigorifiée, mais en voyant la réaction d'Héphaïstos, je compris qu'il n'y avait pas assez d'eau et que la méthode de remplissage prendrait bien trop de temps. Aussi, je pris la parole avant lui et demandai :

- Seigneur Héphaïstos ! A-t-on besoin des autres prêtresses pour le rituel ?

- Non, mais…

- Très bien. Mes sœurs ! Merci pour votre participation, mais votre présence n'est plus nécessaire ici.

Avant d'être interrompue, je levai une main et ajoutai aussi sec :

- Ne vous inquiétez pas, je suis entre de bonnes mains.

Puis, me retournant vers Héphaïstos, je précisai :

- Vous non plus ne vous inquiétez pas, tout ira bien.

Pendant que les jeunes femmes sortaient de la salle du trône, le Dieu Forgeron me dévisageait d'un air circonspect, ne comprenant pas vraiment ce que je venais de faire.

Une fois qu'elles furent parties, je poursuivis :

- Tout va bien. J'ai compris que vous aviez besoin de plus d'eau pour la mélanger à mon premier sang... J'imagine qu'Athéna savait que ce serait aujourd'hui...

- Sûrement, me dit-il avec une moue d'intense réflexion.

- Tant mieux, comme ça on ne perd pas de temps, mais avant de continuer, j'ai besoin de savoir si je peux vous faire confiance ?

- Bien sûr, de quoi s'agit-il ?

- Rien de... d'exceptionnel dirons-nous. J'espère seulement que vous ne penserez pas que je cherche à cacher quoi que ce soit à Athéna, ou que je cherche à la trahir ou à lui nuire...

- Que veux-tu dire ? demanda-t-il intrigué.

- Je vais vous montrer quelque chose… et j'aimerais que ça reste entre nous.

- Si tu veux, je n'ai aucune obligation envers Athéna ni envers aucun autre Dieu, à part celle d'être leur forgeron.

- Je vois… je savais que je pouvais vous faire confiance, vous m'avez l'air de quelqu'un de bien. Juste une dernière chose.

- Oui ? ajouta-t-il surpris.

- Pourriez-vous ne pas me poser de questions une fois que ce sera fini ?

- Bien sûr, ça a l'air d'être difficile pour toi.

- En effet, seulement deux personnes m'ont vu faire. Avec vous, ça fera trois et j'aimerais que ça reste comme ça.

- Bien.

Je mis mes bras dans l'eau en les plaçant le long du corps et les mains en parallèles avec le liquide. Je fermai les yeux, respirai calmement et fis glisser mon cosmos hors de moi à travers mes mains. L'eau bouillonna autour de moi, puis le liquide augmenta et remplit en quelques secondes le bassin en entier.

Héphaïstos sourit, hocha la tête et se dirigea vers le sac tout en prenant la parole :

- Je vois. Tu n'as pas de soucis à te faire, ça ne sortira pas d'ici. À présent, revenons-en à nos armures, le temps file. Voici comment nous allons procéder.

Il m'expliqua qu'il allait mettre les « Pandora box » dans le bain avec moi et que le mélange de mon sang à son cosmos allait leur donner vie.

Il précisa également que c'était la première fois qu'il faisait cela et que pour l'instant ça restait purement théorique.

Je compris alors que nous allions passer une très longue journée.

Héphaïstos vida le sac dans mon bain improvisé – toutes les boîtes jonchèrent le sol du bac – et trempa ses mains dedans pour pouvoir y introduire son cosmos.

Au début, rien ne se passa, mais j'avais de plus en plus mal au bas ventre – comme une sensation de crampes de plus en plus fortes. Le Dieu des Volcans essaya de me rassurer en disant que ça arrivait souvent quand une femme perdait du sang, et que ça allait passer.

Toutefois, au bout d'une heure, les douleurs s'intensifiaient mais je ne perdais pas assez de sang pour que l'eau soit complètement tintée de rouge. Héphaïstos ferma les yeux, marmonna quelque chose et quelques minutes plus tard un homme arriva.

- Bonjour Héphaïstos, fit l'homme, tu m'as appelé ?

- Bonjour Asclépios ! Oui, j'ai besoin de ton aide. Peux-tu me rendre ce service ?

- Si cela concerne un acte médical, ce sera avec plaisir.

- En quelque sorte... Voilà, je dois donner vie aux armures d'Athéna avec le premier sang de son Grand Pope ici présent...

- Oh pardon demoiselle, je ne vous avais pas vue. Je suis Asclépios, Dieu de la Médecine.

- Bonjour, je suis Eirene Polemos, Grand Pope d'Athéna.

- Donc comme je te disais, reprit le forgeron, nous donnons vie aux armures. En ce moment, elles sont dans l'eau avec Eirene, mais vois-tu j'ai besoin qu'elle saigne davantage, or elle a déjà très mal. Peux-tu y remédier ?

- Je peux accentuer son saignement et apaiser ses douleurs, mais si ce sont ses premiers saignements ce n'est pas très conseillé.

- Faites-le, je vous en prie, demandai-je. Mes amis sont partis dans des camps d'entraînements où ils souffrent tous les jours. Alors supporter des contractions quelques heures pour leur procurer des armures ne me dérange pas, bien au contraire. Je veux leur être utile. S'il vous plaît.

- Tu es sûre ? ça peut être dur, s'inquiéta le médecin.

En entendant cette question, je me redressai le plus possible malgré mon corps endolori pour bien me faire entendre et que mes mots pèsent de tout leur poids :

- Je suis Eirene Polemos, Grand Pope d'Athéna, chef spirituel de son temple et général en chef de son armée. Si mes hommes se renforcent actuellement pour protéger notre Déesse et l'Humanité, alors je me dois de faire pareil. Donc oui, j'en suis certaine !

Les deux hommes me dévisagèrent en silence. Ils comprirent ma détermination, hochèrent la tête et le médecin s'avança vers moi.

Il posa ses mains sur mon buste – une sur mon ventre et l'autre sur mes reins –, la douleur s'apaisa, sans disparaître pour autant. Puis l'eau se teinta de plus en plus en rouge et je sentais son cosmos se répandre en moi.

Au bout de deux heures, alors que l'eau n'était plus que sang poisseux et que dans l'air montait une odeur nauséabonde, il se passa enfin quelque chose. Quatre « Pandora Box » remontèrent à la surface de l'eau et s'ouvrirent. Les armures glissèrent pour couler dans l'eau, pendant que les Box, elles, s'élevaient dans les airs afin d'aller se placer à même le sol un peu plus loin dans la salle. Contre tout attente les Box grandirent afin de devenir des cubes d'un mètre sur un mètre.

Je n'étais pas des plus rassurées à ce moment-là, je l'avoue. De savoir qu'il restait encore quatre-vingt-quatre boîtes dans l'eau et que les quatre-vingt-huit armures pouvaient évoluer comme leur réceptacle ne m'enchantait guère.

Les Dieux qui m'assistaient dans cette tâche ardue essayèrent de me rassurer comme ils pouvaient, mais je sentais bien qu'ils n'étaient pas vraiment convaincus par ma prestation – moi non plus d'ailleurs – et j'appréhendais tout de même ce qui allait venir.

Je ne me trompai pas, la suite fut pire.

Peu à peu, toutes les Box sortirent de la même façon, cela dura toute la journée, j'étais exténuée : tenir debout dans l'eau tout en y mêlant mon cosmos gérer la douleur, bien que je fusse soutenue sans compter la perte incessante de sang tout ça me fragilisait et je n'étais pas au bout de mes peines.

La nuit commençait à tomber et je n'avais toujours rien mangé depuis le matin, mais je tenais bon.

Soudain, je ressentis comme un déchirement à l'intérieur de mon corps et je me mis à hurler.

- Que se passe-t-il ? demanda paniqué le Dieu Forgeron.

- Elles entrent en moi, criais-je.

- Comment ça ? paniqua le Dieu médecin.

- Les armures ! ... entre mes jambes ! hurlai-je.

- Pardon mais... je dois vérifier, fit le médecin.

Je sentis alors sa main sur mon ventre descendre entre mes jambes et il la retira aussitôt.

- Asclépios ! ?...

Le créateur des armures était très agité, il ne comprenait pas trop ce qui était en train d'arriver au Grand Pope d'Athéna.

- Elle n'est plus vierge comprends-tu ? Elles entrent dans son ventre.

- Pourquoi ?

- J'en sais rien, c'est toi leur créateur !

- Elles… veulent… venir… au… monde, qu'on… leur… donne… la vie, balbutiai-je entre deux douleurs.

- J... je ne savais pas, fit Héphaïstos choqué... Je... euh... désolé, finit-il par dire.

- Tout… ira… bien… pour… moi.

Asclépios avait remis sa main sur mon ventre et accentua son cosmos dans mon corps. Elles mirent une bonne partie de la nuit à entrer toutes en moi, mes souffrances s'arrêtèrent quelques heures mais je restai quand même debout dans l'eau sans bouger.

Le matin arriva, les premiers rayons de soleil se levèrent et nous éclairèrent.

- Seigneur Asclépios, puis-je vous poser une question stupide ?

- Oh oui, tout ce que tu veux ma belle ! Je pense qu'au point où on en est, on peut parler de tout, me répondit-il dans un sourire.

- Je crois en vous les Dieux et je vois vos pouvoirs et vos miracles...

- Et tu es en train d'en accomplir un toi aussi en ce moment, me susurra-t-il.

- Ah... oui, merci.

- Pardon, je t'ai coupée, continue.

- Les humains pensent que votre tante et votre père chevauchent un traîneau transportant la lune et le soleil. Alors je voulais savoir si c'était vrai. Je sais, c'est stupide mais en voyant la lune se coucher et le soleil se lever je pensais à Dame Artémis et au Seigneur Apollon.

- Haha ! Non, ce n'est pas si stupide que ça comme question, mais veux-tu vraiment connaître la réponse ? s'amusa le Dieu Médecin.

- Non, en fait je préfère que le mystère reste entier... Et puis je doute que ce soit vrai, sinon ils ne pourraient pas faire tout ce qu'ils font, même si ce sont des Dieux. Alors pour l'instant, je me contenterai de les louer et de les remercier jour et nuit, sans connaître la vérité.

- Tu n'as pas tort.

- Au fait Asclépios, tu as pu parler à ton père ? demanda le seigneur Héphaïstos.

- Non, mais tante Artémis m'a dit qu'elle le ferait.

- Vous vous êtes disputé mon Seigneur ? questionnais-je.

- Oui, on a beaucoup de divergences d'opinions avec mon père, mais rien de très grave ne t'inquiète pas.

Après cette discussion, nous retombâmes dans le silence quand tout à coup j'eus des contractions. Cela dura quelques heures puis j'accouchai d'une première armure, celle du Verseau, celle pour laquelle mon très cher ami Kanus était parti se battre. Nous nous attendions à ce qu'elle s'élève et aille rejoindre sa « Pandora Box » pour grandir. Mais elle grandit devant moi, me contourna et alla se coller dans mon dos, posant ses impressionnantes mains de métal doré sur mon énorme ventre à côté de celles de mon médecin personnel, puis je sentis son cosmos venir me réchauffer.

Alors que je reprenais enfin mon souffle, de nouvelles contractions revinrent. Quelques heures plus tard une seconde armure vint au monde et grandit devant moi, m'enlaça puis s'éleva pour s'installer dans sa Pandora, prenant la forme d'un totem.

Cela dura une semaine, période durant laquelle je fus soutenue par les deux Dieux et l'armure du Verseau – comme si elle voulait remplacer le futur Chevalier qui allait en être le maître, sûrement Kanus, du moins je l'espérais.

Je mis d'abord au monde les armures d'Or, ensuite celles d'Argent et pour finir celles de Bronze. Quand ce fut fini, je m'évanouis dans les bras de l'armure du Verseau.

Je me réveillai trois jours plus tard dans mon lit, avec à mes côtés la Déesse Athéna qui me félicita et me remercia pour mon dévouement et ma ténacité, avant de rejoindre l'Olympe.

Je repris ensuite mon travail pendant les deux années qui suivirent jusqu'au retour de tous les Chevaliers.

Le Grand Pope en avait encore appris beaucoup sur la femme qui avait fait de ce sanctuaire un havre de paix pour ses chevaliers. Il n'en revenait pas de ce qu'il venait de découvrir.

Jamais il n'aurait cru que les armures étaient nées ainsi. Il se demanda si celles des Spectres ou des Marinas étaient nées de la même manière et quelles femmes avaient été aussi fortes qu'Eirene pour expérimenter les mêmes douleurs et les mêmes tourments.

Quoi qu'ait pu faire Eirene plus tard dans sa vie, Shion décida qu'il aurait un immense respect pour elle et ne la jugerait pas hâtivement. Puis regardant l'heure, il décida de dormir et de lire plus tard la biographie du Verseau dont il avait hâte de connaître l'adolescence.