Bonjour,
Aujourd'hui vous allez apprendre plus de chose sur Kanus. Effectivement, Shion lit l'autobiographie de celui-ci de ses 10 à 15 ans. Bonne lecture et n'hésitez pas à me dire ce que vous en pensez. Biz Peace'.
Chapitre 31 : J+9 (3)
Le soir était venu plus rapidement qu'il ne l'aurait voulu. Lui qui avait émis le souhait d'une semaine plus tranquille, il n'avait pas été écouté.
Shion soupira.
Ce premier jour de semaine avait été des plus éreintant, les autres seraient sûrement pareils. Malgré tout, il était assez heureux. Camus lui avait envoyé un message lui disant que tout s'était bien passé avec Méthos et que très bientôt il pourrait lui apporter des réponses.
Ainsi, la journée finissait sur une note plus réjouissante, ce qui satisfaisait le Grand Pope pour le moment. Ce dernier alla donc se coucher et poursuivit ses passionnantes lectures, commencées quelques jours plus tôt, par l'autobiographie du premier Verseau.
Peu après que mon amie devint Grand Pope, Athéna était venue la voir. La déesse lui avait demandé d'envoyer des hommes dans des temples qui lui étaient dédiés. Ils étaient tous disséminés un peu partout, entre la Grèce et des contrées plus lointaines. Eirene nous fit promettre de la tenir au courant de tout, grâce à une correspondance écrite.
Pour parfaire mon entraînement, je fus envoyé dans l'une des contrées lointaines, dans un pays froid et recouvert de neige.
Élément qui n'existait pas ici en Grèce, ou très peu.
J'y suis allé avec cinq autres garçons d'âge diffèrent. Le plus jeune avait cinq ans.
Avant de partir on nous avait expliqué qu'on allait nous enseigner de nouvelles pratiques liées à notre cosmos afin de devenir des chevaliers d'Athéna, et qu'à notre retour on porterait des armures. On nous fit comprendre aussi que certains – voire beaucoup – d'entre nous ne reviendraient jamais « à la maison » – c'est ainsi que j'appelais désormais le sanctuaire.
Alors quelques heures avant de partir, nous nous étions retrouvés à la rotonde avec Eirene et on s'était dit au revoir, se promettant que ce ne serait pas un adieu. Puis notre ami commun nous rejoignit :
- Reviens-nous vite et assez fort pour porter l'une des armures de notre maître des forges, m'avait-il sermonné.
- Ne vous inquiétez pas, avais-je alors répondu.
- Moi non, mais elle oui, avait-il ajouté tout en montrant Eirene du pouce.
Mais j'avais bien vu que lui aussi s'inquiétait un peu.
Et alors que je m'apprêtais à ajouter quelque chose, mon amie prit la parole.
- Moi, je suis confiante et puis il est né sous le signe du Verseau. Quand tu reviendras, tu deviendras le résident du onzième temple, sourit-elle.
- Je te le promets Eirene et à vous aussi... Je suis bien sous votre protection, n'est-ce pas ? demandais-je d'un air innocent.
L'homme toujours vêtu de noir ne répondit rien et regarda l'horizon. Mais le léger sourire qui naquit sur ses lèvres me dit que j'étais dans le vrai.
Peu après nos brèves retrouvailles, je pris le chemin du port.
Le voyage dura trois longs mois, période pendant laquelle j'écrivais chaque semaine une lettre racontant tout ce qui se passait, mais ce ne fut qu'une fois arrivé au port que je pus les expédier toutes à leur destinataire. Sur le bateau, je me rapprochai de mon jeune compagnon de fortune de cinq ans. Il s'appelait Kiros. Lui et moi devînmes vite comme deux frères, dont j'aurais été l'aîné de la fratrie.
La traversée fut éprouvante, mais j'en ai gardé de bons souvenirs. Comme celui où les marins ramenèrent pour la première fois du poisson, le gamin courut vomir tout son soûl. Deux autres de nos compagnons mirent un bon mois à ne plus avoir le mal de mer. Mais Kiros et moi, nous apprîmes à naviguer et on aidait autant qu'on pouvait sur le bateau. Je pus ainsi apprendre à lire une carte maritime.
Malgré notre jeune âge, la vie au sanctuaire nous avait endurcis, aussi les adultes nous considéraient davantage comme leurs égaux.
Arrivés sur les terres gelées de Sibérie, comme les autochtones l'appelaient, nous dûmes nous acclimater aux intempéries. Nous ne connaissions pas trop le froid, ni la pluie et encore moins la neige, et là je devrais même parler de tempêtes de neige. Nous avons également dû faire face à d'autres difficultés, comme apprendre leurs coutumes et leur langue, nous avions rapidement besoin de savoir communiquer avec eux pour pouvoir survivre dans cet environnement qui nous était totalement inconnu.
Puis je décidai de prendre en charge l'éducation de Kiros en lui apprenant aussi notre langue, ainsi que nos traditions.
En même temps nous commençâmes notre entraînement. Il n'avait rien à voir avec celui du sanctuaire, il était bien plus rude. Mais pour moi et Kiros c'était quand même moins difficile que pour nos quatre compagnons. Nous avions vu que notre cosmos répondait bien à l'eau, à la neige et à la glace. Personnellement je m'en étais un peu aperçu en m'exerçant avec Eirene. Elle maîtrisait bien l'élément de l'eau, ce qui était normal étant donné son ascendance.
Aussi, avec mon jeune « frère », nous nous renforcions de jour en jour. Et nos compagnons faisaient tout pour survivre.
Pendant notre temps libre, je continuais d'écrire à Eirene. Je lui racontais toutes nos journées en détail et lui enseignait des choses sur les coutumes du pays.
Par exemple, que tous les matins nous nous levions vers cinq heures. Nous préparions notre petit-déjeuner – du Kacha, sorte de bouillie contenant : de la semoule, de l'orge moulu, du gruau de sarrasin ou du riz qu'on mélangeait à de l'eau ou à du lait. C'était un repas très consistant qui permettait de tenir toute la matinée. Avec, on buvait une boisson chaude qu'ils appelaient Sbitién – on la préparait avec du miel, du sucre, du gingembre, des clous de girofle, de la cannelle, de la cardamome et de la feuille de laurier d'eau. Après nous prenions une douche glacée – car ici la notion de chaleur était quasi inexistante, sauf si vous étiez près d'un feu de cheminée.
Puis nous sortions faire notre entraînement. Nous commencions par courir quelques kilomètres dans la neige. Ensuite nous faisions des combats au corps à corps dans les glaciers. Lors des pauses méridiennes, nous rentrions nous restaurer avec d'autres plats typiques de la région. Et l'après-midi nous nous concentrions sur notre cosmos et sur la façon de le manipuler afin de créer une ou plusieurs attaques. Enfin le soir, nous dînions avant d'aller nous coucher tôt.
Quoi qu'il en soit, dans ces terres reculées et froides, il n'y avait rien à faire dès que la nuit tombait, ce qui arrivait très vite en fin d'après-midi. Nous n'étions pas du tout habitués à ne plus voir le soleil si tôt dans la journée – nous qui nous levions avec lui et nous couchions après lui –, et l'acclimatation dans cette région isolée en fut d'autant plus difficile.
Les mois et les années passèrent ainsi. Au cours de la troisième année, je reçus une lettre d'Eirene qui m'expliquait en détail la naissance des armures. J'appris ainsi que celle du Verseau avait soutenu mon amie.
Cela détermina encore plus mon courage et mon envie d'aller au bout de ma formation pour devenir le onzième gardien du sanctuaire. C'est ainsi que je redoublai d'efforts lors des séances d'apprentissage de plus en plus intenses, entraînant avec moi Kiros dans ma soif de dépassement.
Quand les cinq années passées sur ces terres hostiles touchèrent à leur but, il ne restait que nous deux avec Kiros, les autres ayant péri dans différentes circonstances. Le premier était mort de froid au cours d'un exercice le deuxième, sous un éboulement de glace le troisième, pendant un combat quant au quatrième, il se noya dans l'eau glacée. Mais avant de rentrer « à la maison », j'avais déjà informé le sanctuaire et son Grand Pope de la terrible nouvelle.
Les yeux de Shion papillonnaient depuis quelques minutes déjà. Le sommeil le rattrapait, alors il s'arrêta là.
Cela semblait correspondre à la même période narrée par le Grand Pope dans son autobiographie. Il rangea donc l'ouvrage et ferma les yeux afin de s'endormir.
Il était quand même heureux d'en connaître un peu plus sur le premier Verseau, et il avait hâte de lire leurs retrouvailles, entre Eirene et ce dernier.
